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polar-noir

Dans l'oeil du schizo

Publié le par Yv

Dans l'oeil du schizo, Hervé Jaouen, Presses de la cité, 2012

Jean-Luc Gouézec vit une belle vie de diplômé d'école de commerce. Issu d'un milieu favorisé, bourgeois, qu'il a tendance à rejeter assez violemment. Marié à Delphine, issue elle d'un milieu populaire. Deux enfants. Il perd son boulot, suite à une arnaque dont il est victime et tout s'écroule. La paranoïa latente se développe rapidement. Delphine craint pour sa vie et celles de ses enfants. Elle pense à le faire interner, mais trop tard, Jean-Luc est totalement parti dans un autre monde, une autre personnalité, sa paranoïa se double d'une schizophrénie sévère qui l'amène à partir et à laisser autour de lui cadavres et désolation.

Amateurs de polars ou thrillers, restez quelques secondes avec moi ! Amateurs de belle langue, de beaux paysages et de portraits très parlants rejoignez-nous ! Parce qu'il y a tout cela dans ce livre. D'abord, Hervé Jaouen, nous raconte l'histoire de cet homme, depuis sa rencontre avec Delphine jusqu'à la perte de son travail qui le propulse dans un monde parallèle. Avant déjà, il fait montre d'un caractère entier : "Le week-end suivant, les fiancés se déplacèrent à Vannes où les parents de Jean-Luc les reçurent à déjeuner dans leur hôtel particulier du centre-ville. Ils répondaient trait pour trait à l'image que Delphine s'en était faite à partir des réflexions lapidaires et peu amènes de Jean-Luc - "Des vieux cons qui ont toujours voulu péter plus haut que leur cul... Ils nous ont eu sur le tard. Moi d'abord, mes sœurs après, ric-rac sous le couperet de la ménopause et du cancer de la prostate...", chichiteux et perclus de conventions, directifs et péremptoires, courtisans et snobinards adeptes du naming de chef-lieu de canton." (p.31)

L'auteur sait faire monter la tension et l'inéluctable se profile vite, même si on a très envie de le retenir pour profiter un peu plus. Notamment les lettres que Jean-Luc écrit à divers personnes haut placées, comme celle-ci écrite au Président de la République :

"Monsieur le Président, vous possédez un Kärcher, moi aussi ! Faisons équipe ! Descendons ensemble, sans peur et sans reproche, dans la fosse aux grizzlis !

Et que sous les tirs croisés de nos jets purificateurs jaillisse du magma purulent ce cri que je pousse en vain : JUSTICE ! JUSTICE ! JUSTICE !

Créons notre entreprise de détartrage sociétal ! Formons un duo d'assainissement ! Nettoyons ensemble les silences excrémentiels !" (p.91)

Ensuite, dans la seconde partie du livre, l'auteur décrit une véritable chasse à l'homme, une poursuite de l'ennemi public n°1. Nous, lecteurs savons où il se trouve puisque nous sommes en partie dans sa tête, et c'est pas beau à voir. Parfois, on tremble en se demandant si Hervé Jaouen n'a pas lui-même vécu le même genre d'hallucinations que Jean-Luc Gouézec pour les décrire si bien. Un suspense habile, maîtrisé et mené à un rythme rapide de bout en bout.

Venons-en maintenant à l'écriture d'Hervé Jaouen. Vous avez pu vous rendre compte dans les extraits cités qu'il savait manier la langue. Il sait aussi en user pour décrire les paysages de la Bretagne, des monts d'Arrée : heureusement, ça repose entre deux hallucinations et pulsions meurtrières de Jean-Luc. Et puis, ce que j'aime chez cet auteur c'est aussi son talent pour brosser en quelques phrases un portrait bien senti. Quasiment aucun des intervenants dans ses histoires n'échappe à une description :

"Isolda était devenue ce qu'elle était en naissant : une celtisante quintessenciée, jeune fille aux yeux gris-bleu et aux cheveux châtain foncé, pas très grande mais joliment briochée, de rondeurs et de carnation. Dès son premier cri, ses parents l'avaient langée dans le Gwenn ha Du -le drapeau breton- et jusqu'à son présent au moulin de Meil Gouspérou sa vie n'avait été qu'une remontée en ligne droite vers des sources que ses parents avaient dû quitter pour prendre l'ascenseur social." (p.195)

Tous les personnages qu'ils soient tueurs, futures victimes ou témoins bénéficient d'une attention particulière de l'auteur et donc du lecteur, ce qui augmente encore la tension, car lorsqu'on connaît un peu mieux une probable future victime, on a moins envie qu'elle succombe des sévices d'un schizophrène.

Encore un excellent bouquin de Hervé Jaouen qui va finir par avoir un vrai fan en ma personne. M. Jaouen, j'adore votre écriture, votre manière d'y mêler différents niveaux de langue de la plus châtiée à la plus vulgaire, d'y insérer des néologismes et aussi d'accoler des termes qu'on ne voit pas souvent ensemble. Tout ce que j'aime en littérature. Si en plus, il y a une histoire qui tient la route et en haleine, je suis au comble du bonheur.

Merci merci Laura et H. Jaouen pour la dédicace.

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Ce que cache ton nom

Publié le par Yv

Ce que cache ton nom, Clara Sanchez, Éd. Marabout, 2012 (traduit par Louise Adenis)

Fredrik et Karin Christensen vivent paisiblement dans une petite ville près d'Alicante. Ce sont d'anciens nazis. Elle ancienne infirmière, lui ex-tortionnaire. Sandra est une jeune femme enceinte en plein questionnement sur son avenir, celui de son enfant. Le hasard veut qu'un jour tous les trois se rencontrent et nouent une relation petite-fille/grands-parents qui bénéficie à chacun d'eux. Julian est un vieil homme qui a passé sa vie, après avoir été déporté au camp de Mathausen, à rechercher  les anciens nazis cachés. Il vit en Argentine et sur les conseils de son vieil ami Salva, il atterrit dans cette petite ville, prêt à débusquer le couple Christensen. Il se lie lui aussi avec Sandra.

Ce roman part d'une idée excellente et débute sous les meilleurs auspices :"En sortant de là-bas [Mathausen], moi je voulais juste être normal, m'incorporer à l'humanité normale. Mais lui [Salva] m'avait dit que ce serait impossible, qu'il faudrait continuer à survivre. Et il avait raison, jamais plus je n'ai pu me doucher en fermant la porte à clé, jamais plus je n'ai pu supporter l'odeur de l'urine, pas même la mienne. A l'époque du camp, Salva avait vingt-trois ans et moi dix-huit, et j'étais physiquement plus fort que lui. Quand on nous a libérés, il pesait trente-huit kilos. Il était squelettique et pâle, mélancolique et très intelligent." (p.10) Très emballé, je me lance donc dans cette lecture avec envie et enthousiasme. Malheureusement, cette envie et cet enthousiasme furent vite refrénés. Que de propos inutiles et oiseux dans la première partie de ce roman ! C'est sans doute grâce à mon intelligence très au-dessus de la moyenne (avertissement : évidemment, c'est de l'humour, je ne suis pas "très au-dessus de la moyenne", plutôt "très largement au-dessus" !)  que j'avais compris que Sandra n'allait pas bien, qu'elle nouait une relation pas très saine avec les Christensen et que Julian n'allait pas se faire que des amis en Espagne. Je dis cela parce que l'auteure nous le rabâche tellement qu'à force j'ai fini par y croire moi à mon QI surdéveloppé ! Je serais franchement déçu voire abattu et même carrément dépressif si l'on me prouvait le contraire. Mais, je suis d'un naturel optimiste donc j'y crois à donf.

Toujours est-il que la très bonne idée de départ de ce roman est noyée dans des considérations peu importantes sur la grossesse, le tricot, les faiblesses qu'apportent l'avancée en âge, pas inintéressantes, certes, mais de nombreuses fois répétées. Alors, je me pose donc la question suivante : pourquoi écrire 444 pages là où 250 auraient largement suffi ? Un format plus compact aurait dynamisé le récit, donné du rythme et empêché l'esprit du lecteur (le mien au moins) de divaguer, de papillonner, de s'envoler vers des horizons lointains à certains moments (Est-ce que j'ai bien fermé le gaz ? Qu'est ce que je vais préparer à manger ce soir ? Je fais le ménage cet après-midi ou demain ? Demain, là, je lis ! Ah oui, à propos Yv, reviens dans ta lecture !)

Tout n'est pas mauvais bien au contraire, les personnages évoluent : il sont bien décrits à leurs différentes phases, Sandra, particulièrement et Julian aussi même si l'on peut remarquer pas mal de clichés et de stéréotypes. L'auteure sait installer des rebondissements pour retenir le lecteur, et placer des réflexions, des phrases fortes : "Avant de connaître Karin, il ne me serait jamais venu à l'esprit que le mal prétend toujours faire le bien. Karin affectait toujours de faire le bien, et avait fait de même lorsqu'elle avait tué ou aidé des innocents. Le mal ne sait pas qu'il est le mal, tant que quelqu'un ne lui arrache pas le masque du bien." (p.144) Le problème étant que ces passages plus "sérieux" doivent être repérés dans une littérature passe-partout. Point de recherche d'écriture ici pour retenir le lecteur.

Disons pour résumer que c'est un bouquin pas mal qui aurait pu être très bon voire excellent après un régime amaigrissant évident et un passage dans un salon de beauté pour embellir le style littéraire. Preuve que ce que je raconte est totalement subjectif, ce livre est un best-seller en Italie et en Espagne et a eu un prix (le Prix Nadal 2010). Mais s'il fallait se fier aux différents et nombreux prix...

Je tiens à remercier les Éditions Marabout et Thomas de My Boox pour ce partenariat en demi-teinte.

 

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Comme au cinéma

Publié le par Yv

Comme au cinéma (Petite fable judiciaire), Hannelore Cayre, Métailié, 2012

Etienne Marsant est une star. Le grand acteur français, mais suite à un infarctus, il ne tourne plus. Il vit sur sa notoriété. Cependant, il accepte d'être le Président d'un festival de cinéma de seconde zone à Colombey-les-Deux-Églises.

Dans le même temps, à Chaumont, se tient le procès en appel d'un braqueur de banques récidiviste. Un petit voyou sympa répondant au nom improbable de Abdelkader Fournier, qui braque avec une arme en plastique. Les époux Bloyé, Jean et Anne sont ses défenseurs. Mais la partie sera rude face au juge, surnommé "le boucher de la Haute-Marne".

Tout ce monde se croisera plus ou moins rapidement au tribunal ou dans la seule auberge digne de ce nom dans cette petite ville.

Hannelore Cayre sous-titre son livre, Petite fable judiciaire. Si elle avait fait appel à moi avant, je lui aurais suggéré plutôt : Petite farce judiciaire. Mais bon, tant pis pour vous Hannelore -vous permettez que je vous appelle Hannelore ?- vous avez préféré la jouer solo sans mon avis éclairé. Néanmoins, je ne vous en veux pas. D'abord parce votre sous-titre, bien que moins bon que le mien, il va sans dire, n'est pas mal non plus, et surtout parce que votre roman est très bien. Voilà, c'est dit, c'est clair.

Je suis passé par beaucoup de phases :

- celles où j'ai ri : Jean  Bloyé est totalement désabusé, blasé. Il regarde la vie et son métier avec une ironie et une causticité permanentes. Etienne Marsant est dans le même genre, le cynisme en plus voire même la goujaterie que lui permet son statut de Star et dont il joue. Et Hannelore Cayre de filer une parfaite métaphore florale : "Il avait également semé des fleurettes dans les cœurs de ces dames. Il comptait les cultiver pendant ces quelques jours de festival avec la chaleur ou la fraîcheur qui convenait à chaque espèce afin d'en récolter la plus épanouie la dernière nuit. Tout cela, évidemment, ne tenait que du voeu pieux puisqu'il ne bandait pratiquement plus." (p.74)

- celles où je me suis insurgé, contre le racisme, l'homophobie et la xénophobie faciles et malheureusement crédibles du juge Anquetin : "Anquetin est un gros con. Pas d'une gentille connerie débonnaire... Non... D'une connerie butée, contente d'elle-même. Son esprit est un rendez-vous de banalités racistes et de préjugés épidermiques. Et si un avocat ose lui démontrer qu'une chose n'est pas comme il croit qu'elle est, il prend un air dédaigneux qui s'opiniâtre à mesure qu'il insiste." (p.65)

- celles où je ne pouvais croire la tournure ubuesque que prenait l'histoire, mais elle me faisait rire, donc ça passait.

- celles où je me suis énervé contre le parisianisme exacerbé de Anne Bloyé (Pitié, Hannelore, dites-moi que ce n'est que votre personnage et pas vous !)

- celles ou j'ai ri de nouveau

- celles où je me suis dit : (je me cite, alors, je mets mes propos en italique) "mais finalement, les réflexions de Jean sur le monde actuel, sur cette mode de faire d'un ado, Augusteen Granger -ersatz de Justin Bieber- un modèle pour des millions d'autres ados, les remarques sur la futilité de ce qu'on nous présente comme étant la culture, de ceux qu'on nous dit être les nouvelles stars, mais qui comme les étoiles filantes ne dureront que le temps de les voir s'éteindre (c'est beau, on dirait du Verlaine), la  tendance à prendre comme baromètre de la société un pré-pubère chantonnant des niaiseries qui masque les inégalités, les violences de cette même société, tout cela est assez proche de ce que je peux penser. Oh, non, Yv tu es vieux ! Désabusé, blasé, comme Jean ! Mais que nenni, je vais résister !

Voilà donc mes différents états d'esprit en lisant ce roman, qui emporte l'adhésion, très aisément, grâce également à une écriture, drôle, caustique, franche. Chez Hannelore, un chat est un chat et un con un con ! Elle mène son histoire à un rythme qui ne laisse pas de temps mort, pas de répit à ses lecteurs. Et, cerise sur le gâteau, à chaque fois qu'un nouveau personnage apparaît, on a le droit à une description détaillée, moqueuse voire méchante mais tellement jouissive. En l'espèce, la sélection des jurés pour le procès est un vrai régal. Allez, pour finir en beauté, les portraits de la sous-préfète et de son mari :

"Avec ses tailleurs rouges ou bleu roi, toujours un poil trop petits, et ses cheveux flamboyants bétonnés de laque, la sous-préfète faisait penser plutôt à une grosse poule rousse sexuellement très agressive. Elle offrait un sacré contraste avec son mari, un petit teckel gris et tremblotant [...]"

Merci Valérie.

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Vertiges mortels & Le cri de l'ange

Publié le par Yv

Vertiges mortels, Neal Baer & Jonathan Greene, MA Éditions, 2012 (traduction par Pascal Aubin)

"Claire Waters est une jeune psychiatre spécialisée en médecine légale, passionnée par son métier. Hantée par un événement traumatisant de son enfance – le kidnapping de sa meilleure amie devant ses yeux à l'âge de huit ans – Claire a toujours été attirée par les patients dits incurables, ceux qui semblent n'avoir ni conscience ni peur. Elle accepte de rejoindre le programme mis en place par le célèbre docteur Paul Curtin au centre pénitencier de Rikers Island, l'une des plus grandes institutions psychiatriques des États-Unis. Dès son premier jour, et comme pour tester ses capacités, le docteur Curtin lui demande d'interroger un certain Todd Quimby afin de déterminer s'il est apte à retourner à la vie civile. Détenu à l'esprit dérangé, dont le beau visage enfantin dissimule une histoire sordide de dysfonctionnement et de mauvais traitements, Quimby réveille chez Claire quelque chose qu'elle préférerait ne pas affronter." (note de l'éditeur)

Que dire, que dire ? Si ce n'est que c'est du polar étasunien dans la forme et le fond. Rien qui ne soit original ! Tout est calibré, pesé et emballé pour plaire au plus grand nombre, comme ces séries policières télévisées qui envahissent nos écrans. Le parallèle est simple et évident puisque ce livre est vendu avec un bandeau "Par les scénaristes de la série télé New York Unité Spéciale", et qu'il est précisé en 4ème de couverture que Neal Baer "a été le premier médecin à participer à l'écriture d'une série télévisée (Urgences)". Deux séries que je ne connais point ; bon, je connais Urgences mais je ne l'ai jamais regardée -ben, oui, Madame Yv travaille dans le milieu médical et ne voulait pas avoir l'impression d'y retourner le soir après manger, et moi, je ne suis pas bien dans un bâtiment médical, déjà à la clinique pour la naissance des enfants, le personnel à cru que c'est moi qu'il devait garder. Heureusement que j'avais (et ai toujours, pratique du sport oblige, hum hum -qui tousse ?-) le ventre plat, sinon j'aurais pu craindre le pire. Par contre, je ne connais pas NYUS, l'autre série incriminée. Voyez mon inculture et surtout le fait que je ne suis pas le public pour ce genre de livres. Je l'ai commencé, puis ai passé des pages rapidement pour finalement l'abandonner et plonger dans un autre livre, de la même manière qu'il m'arrive régulièrement d'aller prendre un bon bouquin lorsque mes (grands) enfants -les petits sont au lit, bien entendu : ceux-là, c'est bien, je n'ai pas eu besoin de passer par la clinique. Ouf !- regardent une des innombrables séries policières étasuniennes qui ne m'intéressent pas. Pour être franc, il m'arrive d'en voir et même d'aimer cela. Mais bien souvent, au bout d'une dizaine d'épisodes ou de la seconde saison, je me lasse et je ne vois plus qu'un épisode au hasard d'une soirée "grosse flemme" ou "pas envie-de-faire-autre-chose" : eh oui, mesdames, même les mecs ont ce genre de soirs (sexisme primaire juste pour faire monter mon audimat, allez-y, huez-moi et faites passer le mot).

Regardant donc peu la télévision, je lis et après, je vous en fais profiter ici même. Finalement, ça a du bon ces séries qui se ressemblent toutes. Un livre à réserver aux amateurs du genre qui ne seront sûrement pas déçus.

 

 

Le cri de l'ange, C.E Lawrence, MA Éditions, 2012

"Une jeune fille est retrouvée sauvagement assassinée dans la chapelle d'un établissement scolaire réputé. Sur son corps a été gravé un verset du Notre Père. Lee Campbell – un psychologue devenu profiler – est appelé pour participer à l'enquête. En proie à ses propres démons, traumatisé par la disparition inexpliquée de sa sœur, Lee est constamment à la limite de l'effondrement. Malgré cela, il sent qu'il peut être utile et se lance à corps perdu dans cette enquête. Il fait rapidement le rapprochement avec un autre meurtre ayant eu lieu précédemment : tout porte à croire qu'il s'agirait alors d'un tueur en série. Son intuition se confirme lorsque d'autres victimes sont découvertes dans des églises, présentant le même type de traitement." (note de l'éditeur)

Dans le même genre de littérature, pour ceux qui aiment. J'aurais pu faire un copier/coller de mes lignes écrites un peu plus haut. Je vous fais grâce d'une répétition inutile. Je résume seulement : polar étasunien, avec des personnages caricaturaux. Du déjà-vu ou déjà-lu ou vice-versa. Ici c'est le profiler qui sort d'une dépression suite à la disparition de sa sœur. Pour amateurs également.

Un avantage cependant pour ces deux livres, c'est qu'ils font considérablement augmenter mon nombre de livres de la rentrée littéraire pour le challenge 1%.

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Le testament noir

Publié le par Yv

Le testament noir, Patrice Pélissier, Presses de la cité, 2012

Un jeune photographe parti faire des clichés sur les lieux de son enfance, découvre dans son objectif une vieille caisse abandonnée marquée d'un croix gammée. Dans le village de Saint-Ambrose, proche d'Aix en Provence, c'est l'effervescence, car flotte depuis plus de soixante ans la rumeur d'une caisse prise aux Allemands, remplie d'or. Un trésor. Bientôt, c'est une véritable ruée vers le village, d'habitude hors des sentiers des vacanciers. Puis, César Andréani, vieil homme du village, très troublé par la découverte de cette caisse, est retrouvé assassiné, un couteau dans le dos, avec roulé dans sa main, un morceau de papier portant le nom d'un policier, Victor Kobolsian. Ce Kobolsian est policer à Aix et vit des moments difficiles, sa femme est dans le coma, victime d'un accident de la route. Bien qu'il ne se connaisse aucun lien avec ce village, il est dépêché sur les lieux de la découverte et du crime.

Voilà un polar provençal rondement mené, maintenant le suspense jusqu'au bout. Souvent, j'ai des indices qui viennent au fil de mes lectures. Parfois tôt, parfois tardivement, après avoir éliminé plein de suspects, je parviens à découvrir le coupable avant la fin. Là, je me suis fait baladé. Il est vrai que Patrice Pélissier est futé, qui sait jouer avec divers narrateurs et mêler les histoires pour nous embrouiller. Pas dans la compréhension de son roman, mais dans la recherche du ou des coupables.

C'est donc un roman policier bien construit, qui débute par un prologue censé nous donner la genèse du propos, puis, qui alterne les narrateurs (le photographe, le gendarme, le flic, la journaliste, ...), incluant également des pages d'un mystérieux  journal tenu pendant les années 1937/1943 par une jeune fille et qui finit bien entendu par un épilogue. Classique et efficace ! Le suspense latent dans les premières pages, monte dans la seconde partie jusqu'à nous en faire oublier de lâcher le livre pour vaquer à des occupations plus lucratives.

Les personnages de P. Pélissier sont de forts caractères, de fortes personnalités qui s'affrontent sous la chaleur accablante ; ils prennent tour à tour l'ascendant, ne veulent rien lâcher. Point trop caricaturaux, ils ont des forces et des faiblesses. Et même si Kobolsian est sans doute, le plus stéréotypé, l'auteur préfère en jouer : "Loubeyrac avait été impressionné par Kobolsian, parfaite caricature du policier : spectre fatigué au visage rongé par les rides et les cernes. La jeune femme qui l'accompagnait semblait venir d'un autre monde si on la comparait à son collègue. Grande, au physique élancé, elle respirait la santé, malgré des traits fermés." (p.133)

Ce n'est pas un roman policier avec un contexte très fort, politique, historique ou social comme je les aime, car même si l'origine de son intrigue prend racine pendant la seconde guerre mondiale, je ne peux pas dire que celle-ci en soit vraiment le contexte. Mais, c'est un polar avec des personnages attachants, autant dans les enquêteurs que dans les suspects, dans les vies desquels on entre un petit peu, voire un peu plus pour certains. Il nous dit aussi ce que peut être la vie dans les petits villages tant dans les années 40  (c'est à dire dans des années particulières pour la Provence qui n'a été occupée qu'en 1942, alors que le nord de la France l'était déjà depuis deux ans) que de nos jours.

Après son très bon L'homme qui en voulait trop, Patrice Pélissier récidive de très belle manière. A mes yeux, un ton au-dessus du précédent, surtout parce que là, je n'ai rien à dire de négatif : les tics d'écriture un peu désagréables de L'homme qui en voulait trop ont été gommés.

Le problème pour vous, maintenant, mon cher Patrice -j'espère que vous me pardonnerez cette familiarité-, c'est que vous devez faire au moins aussi bien pour le prochain ! Attention à vous, je vous guette, parce que je ne vous lâcherai pas comme ça, maintenant que j'ai pris goût à vos histoires. Stressante cette demande de qualité, n'est-il pas ? C'est de votre faute, fallait pas m'habituer !

Merci beaucoup Laura

 

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Tais-toi et meurs

Publié le par Yv

Tais-toi et meurs, Alain Mabanckou, Éd. La Branche, 2012

Julien Makambo quitte son Congo natal et arrive en France sous un autre nom, José Montfort. Aidé par Pedro, membre du milieu africain de Paris, il va se faire une place au sein de cette société et vivre de divers petites combines plus ou moins prolifiques. Un jour, un vendredi 13, Pedro lui propose un gros coup. Coup qui le mènera en prison, là où il écrit son histoire, celle qu'Alain Mabanckou rapporte

Je classe ce bouquin dans la catégorie polar eu égard à la collection vendredi 13 de l'éditeur. Ce n'est pas à proprement parler un roman policier. Alain Mabanckou décrit le monde de la SAPE (Société des Ambianceurs et des Personnes Élégantes) et le milieu africain de Paris. Celui des petites magouilles. Son (anti)héros est un pauvre garçon qui tombe dans un environnement qui le dépasse et qui l'amène à avoir des comportements répréhensibles bien que plutôt bénins. On découvre également la suspicion des uns par rapport aux autres selon leurs pays d'origine voire même selon la région s'ils sont du même pays. La solidarité africaine existe, certes, mais avec une certaine méfiance entre ethnies et nationalités. L'auteur montre aussi les appartements partagés à plusieurs, la promiscuité et la difficulté de vivre ensemble, parfois comiquement comme cette fois où Julien ramène une fille à l'appartement et que pris d'une envie pressante, il part aux toilettes et que :

"De retour dans le studio, j'ai entendu Bijou hurler de plaisir :

- Continue, chéri ! Continue, mon amour ! Ne t'arrête pas ! Défonce-moi, chéri ! Défonce-moi !

J'ai allumé la lumière. Il y avait quelqu'un sur elle. C'était Bonaventure. Bijou a vite ramassé ses affaires et s'est enfuie, tandis que Bonaventure et moi nous chamaillions sous les éclats de rire des autres colocataires, tous réveillés." (p.83)

Toute l'aventure de Julien se passe dans les quartiers de Paris dans lesquels la population d'origine africaine est nombreuse, dans les restaurants, les cafés. Alain Mabanckou excelle dans les alternances de moments graves et de moments plus drôles, comme des discussions oiseuses entre plusieurs protagonistes, ou des descriptions physiques, notamment des rois de la SAPE. C'est vrai que le costume vert diabolo-menthe de Julien, associé à une cravate et des chaussures bordeaux, doit valoir le coup d'oeil.

Et puis, plus largement, l'auteur décrit la pègre africaine et plus particulièrement, la pègre congolaise, entre les faux-papiers, les vols de chéquiers, les changements d'identité et une véritable économie parallèle -ou souterraine- de contrefaçons de marques, de billets de train, de métro. Bref, un monde qui m'est totalement inconnu sur lequel A. Mabanckou met le viseur. Un monde dans lequel un service n'est pas gratuit. Contrepartie sera demandée, mais personne ne sait encore quand ni sous quelle forme.

Il parle aussi de tous ces hommes et femmes venus d'Afrique pleins d'espoir et qui se retrouvent confrontés à la triste et dure réalité de la vie quotidienne en France : plus de travail, pas d'argent, logements insalubres, ...

Je vous le disais pas vraiment un polar, même si l'aventure qui va mener Julien en prison est suffisamment bien racontée, l'auteur sachant réserver quelques surprises et effets et les servir aux bons moments.

Encore un très bon titre de cette collection, décidément excellente et un très bon livre de Alain Mabanckou qui ne me déçoit jamais (bon, un tout petit peu sur Demain, j'aurai vingt ans, mais c'est oublié). Quels talents !

Merci Léa de chez Gilles Paris.

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Le dernier Lapon

Publié le par Yv

Le dernier Lapon, Olivier Truc, Métailié, 2012

Kautokeino, extrême nord de l'Europe, Laponie centrale. C'est la nuit polaire depuis 40 jours ce 10 janvier. Le lendemain, le soleil fait sa réapparition pour 40 minutes seulement ; les températures frisent le moins trente degrés voire le moins quarante. Un tambour ancestral de chaman de la communauté samie vient d'être volé au musée. Kelmet Nango, Lapon, membre de la police des rennes et sa nouvelle partenaire, Nina, jeune policière débarquée du sud de la Suède enquêtent. L'affaire se corse lorsque Mattis Labba, éleveur de rennes, Lapon, fils et petit-fils de chaman est retrouvé assassiné dans son gumpi, "un mélange de caravane et de baraque de chantier, en plus petit" (p.22).

Je préfère prévenir en préambule, je risque de m'emballer de me laisser aller à de la dithyrambe. J'ai un vrai coup de coeur pour ce polar nordique -on ne pourrait plus- écrit par un Français connaissant bien la région, puisqu'il vit en Suède.

D'abord l'écriture est très simple : phrases courtes, efficaces allant droit au but. Pas d'effet de style, c'est basique -là, c'est un compliment- sans fausse note, sans faute de goût.

Ensuite, la région est formidablement décrite, entre les montagnes éternellement blanches, les lacs gelés, les tentes lapones, les élevages de rennes, ... ça donnerait presque envie d'y aller. De fait, ça accentue mon envie de visiter ces régions froides : je suis beaucoup plus tenté par la visite du nord de l'Europe que par celles chaudes et ensoleillées du sud. Olivier Truc est donc pour moi un tentateur. Le temps de chausser mes bottes et ma chapka et je suis -presque- prêt à partir.

Puis, les personnages sont bien campés, bien décrits. Olivier Truc dresse toute une galerie : le Lapon fier et combattant pour la reconnaissance de son identité, celui qui ne sait plus s'il est vraiment un Lapon ou un Suédois (Kelmet, le flic), celle qui prend fait et cause pour eux (Nina, l'autre flic) et les racistes en tout genre qui ne sont pas l'apanage de la Suède, on a tous autour de nous des crétins de ce genre. Pas de caricature c'est malheureusement une triste réalité que l'auteur décrit, entre une montée des revendications pour une reconnaissance des minorités et l'envolée des thèses racistes et de défense d'une civilisation qui serait "supérieure" : "Les Samis sont la dernière population aborigène d'Europe. La façon dont on les traite et dont on traite leur culture et leur histoire, en dit long sur notre capacité à appréhender notre histoire." (p.134) Je ne connaissais rien des Samis ou des Lapons. Je ne savais pas à quel point ils avaient été eux aussi persécutés par les pasteurs protestants afin de renoncer à leurs pratiques rituelles et épouser la religion. "Pendant des décennies, les pasteurs suédois, danois ou norvégiens nous ont pourchassés pour confisquer et brûler les tambours des chamans. Ça leur faisait peur. Pensez donc, on pouvait parler avec les morts ou guérir. Ils en ont brûlé des centaines, des tambours." (p.41) Je ne savais pas non plus qu'ils faisaient toujours l'objet d'un racisme quotidien, d'une sorte de complexe d'infériorité. Certains d'entre eux sont encore marqués par cette religion qui les a brimés, les a empêchés de vivre selon leurs principes et préceptes. Certains sont toujours sous la coupe de l'église ou de la secte laestédienne, puisque leurs parents ou grands-parents ont été convertis par le pasteur Lars Levi Laestaddius lui-même ou par ses disciples (voir ici et deux liens vers des articles concernant cette religion et les hommes censés la faire appliquer, dont un article signé Olivier Truc).

Enfin, l'intrigue ou devrais-je dire plutôt les intrigues. Il est malin Olivier Truc. A la manière des polars nordiques très en vue ces dernières années, son héros de flic va lentement : "Mais moi, j'avance sur des faits. Et ça prend du temps. Si tu veux de l'action, va donc rejoindre Brattsen, il est moins pointilleux que moi. Il arrête d'abord, il pose les questions après. J'avoue, j'ai tendance à prendre les choses dans l'autre sens." (p.326). Plusieurs pistes s'ouvrent à lui, il les suit. Il n'est pas persuadé que le vol et le crime soient liés, il vérifie donc tous les indices. Quitte à se dédire ensuite si les faits prouvent le contraire de ce qu'il croyait. Il est tenace et sa collègue itou. Elle le soutient, le seconde et parfois même le devance dans ses déductions. M'étonnerait pas qu'ils reviennent pour d'autres aventures ces deux-là ! Parce qu'en plus, Olivier Truc, il lâche des bribes sur leurs vies personnelles, mais rien de trop, juste de quoi appâter le lecteur -et ça marche,  je suis sans doute une proie facile, mais je ne dois pas être le seul à m'être fait prendre.

Un bonus supplémentaire pour la toute fin que je ne raconterai pas évidemment -même sous la torture, je ne dirai rien. Niet ! Nada ! (je me mets à la langue, une partie de la Laponie est russe). Très bien vu donc ce final qui appelle une suite et qui ne mâche pas tout le travail : le lecteur est mis à contribution.

Vachement -rennement plutôt- bien ce polar dans lequel en plus de suivre une passionnante enquête on apprend plein de trucs (pardon Oliver, mais j'étais obligé. On a dû vous la faire dix mille fois, mais moi, c'est la première. Suis-je pardonné ?). Moi, un polar qui m'instruit et me distrait, non seulement je dis oui, mais en plus je vous le conseille très très fortement.

Merci Valérie.

 

challenge 1% thrillers

PS : Sous la torture, je ne dirai rien, c'est évidemment une formule, je suis un petit être faible, fragile et corruptible facilement. Un garçon facile quoi. Une (très) bonne tablette de chocolat (noir, il va sans dire) et je peux lâcher quelques informations.

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Déliquescence

Publié le par Yv

Déliquescence, Deborah Kay Davies, Ed. du masque, 2012 (traduction, Jean Esch)

Une jeune femme, la narratrice, travaille dans un organisme d'aide à la réinsertion, au Royaume-Uni. Elle reçoit un jour, un homme qui sort de prison et tombe littéralement sous son charme et sa coupe. Au point d'accepter de le suivre dans le parking et de faire l'amour avec lui, brutalement, entre les voitures. Puis, c'est la spirale, la descente dans un monde insoupçonné d'elle : celui de la dépendance et de l'obsession sexuelle et de la manipulation.

Roman très dur sur la descente aux enfers d'une femme. Comment une femme, en apparence bien dans son travail, dans sa vie, dans ses relations amicales et familiales peut-elle se couper de tout cela pour un homme ? La relation qu'elle entretien avec lui est vénéneuse voire mortelle : une dépendance totale. Je me suis toujours demandé comment une femme pouvait rester avec un compagnon qui la bat. Pourquoi ne pas partir ? Pourquoi rester à attendre les coups, les insultes, les remarques ? Deborah Kay Davies répond en partie à cette question et décrit cette "aventure dysfonctionnelle, caractérisée par sa cruauté à lui et sa dégradation à elle. Cette relation toxique, obsessionnelle [qui] tourne au cauchemar" (note de l'éditeur)

C'est un roman éprouvant, qui ne cache rien, qui crûment dit les choses et qu'il peut être bon de réserver à un public point trop pudibond ni trop jeune. Mais malgré des longueurs, des répétitions et des redites (peu, certes, mais une petite cinquantaine de pages du milieu es un peu superflue) c'est un bouquin qui accroche. Pas gai, certes, un peu pleurnichard par moments, mais la situation peut expliquer cette tendance. Pas d'effet de style, pas de tournure alambiquée, la phrase va au plus juste et au plus court. Peu de description : on sait que l'homme est blond, bouclé, assez grand et beau, mais on apprend assez loin dans le livre (à la moitié à peu près) que la narratrice est une jeune femme élégante et assez jolie.  L'essentiel du texte s'attache aux personnalités, aux relations entre les divers personnages, notamment celles de la narratrice avec son amie Alison, avec ses parents et bien sûr à la relation entre elle et cet homme. Et puis c'est aussi une sorte de journal intime, une réflexion sur elle-même, une autocritique sur sa dépendance. Elle écrit comme si elle avait vécu tout ce temps en dehors de son enveloppe charnelle. Comme si son corps posait des actes, mais que son esprit ni ne les approuvait ni ne les vivait réellement. Il les observait du dessus, sans les juger, juste en les notant, les actant.

"Il ne revint pas, il ne revint pas et il ne revint pas. [...] Au travail, je dupais tout le monde. C'était stupéfiant. En apparence, je ressemblais à moi-même, et je m'exprimais comme elle. Je mangeais ce qu'elle mangeait. Je portais ses affaires, même si je n'en aimais pas certaines. Je mettais même son maquillage. Mais à l'intérieur, je pataugeais. Pas facile dans ces conditions d'utiliser mon ordinateur et de répondre au téléphone, mais je me débrouillais. Je ne savais pas combien de temps je pourrais continuer comme ça." (p.171)

La construction du livre par petits chapitres permet de le prendre et le poser rapidement pour des temps de micro-lectures. Intéressant et intelligent, car on peut souffler entre deux chapitres lourds. Chapitres dont les titres commencent quasiment tous par "je" : ""J'accepte les choses aveuglément", "Je trouve que la taille compte", "Je garde le contact", ..., sauf un seul intitulé : "Mon timing est parfait".

Un roman sombre, pas facile, mais très bien construit et qui a le grand mérite de mettre le doigt -encore que le doigt d'un roman, je me demande si l'image est claire- sur une situation dramatique : encore 146 personnes en 2011 sont mortes, en France, sous les coups de leurs compagnons. Terrible constat !

Merci Audrey.

 

challenge 1%

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Les communiants de Rouen

Publié le par Yv

Les communiants de Rouen, Gilles Delabie, Ravet-Anceau, 2012

Rouen, dans l'après-guerre, la ville est en chantiers. Dans l'un d'eux, proche de la crypte de la cathédrale, sont retrouvés huit corps d'enfants. L'évêque de Rouen fait alors murer cette crypte pour que l'affaire ne s'ébruite pas. Mais c'est sans compter sur le commissaire Kléber Bouvier qui a vu les corps et qui est persuadé qu'il s'agit d'enfants tués pendant la guerre, une dizaine d'années plus tôt.

Excellent petit polar de 158 pages ! Idéal pour glisser dans un sac ou dans une poche (comme les autres livres de cet éditeur dont je vous recommande le catalogue). La construction de ce polar peut ressembler parfois à des polars nordiques : les petites victimes s'expriment en tête des chapitres et l'enquête avance doucement mais sûrement. Les personnages sont bien campés. Ni tout blancs ni tout noirs, tous ont leurs zones d'ombre, leurs petits secrets qu'ils ne veulent pas voir dévoiler au grand jour, tant Kléber Bouvier que son principal protagoniste, Monseigneur Glâtre, l'évêque de Rouen. Bouvier est plutôt calme, la cinquantaine juste dépassée, mais il peut parfois s'emporter violemment dans un langage très imagé : "A la patrie reconnaissante ! reprit-il en ricanant. Bah merde alors ! Un pays où on montre son poitrail pour y prendre du plomb et son fion pour y fourrer la pommade... Merci bien. Et tout ça en musique... Sonnez clairon, descendez braguette... Avec les honneurs et la poignée de main du ministre... Et quel ministre ! Legendre, cette France-là, je vous la laisse... Je n'ai plus rien à y foutre... Je suis ancien combattant, militant socialiste et rentier... Pour ainsi dire intouchable... Je vais m'en aller et vous viendrez me décorer pour mes bons et loyaux services devant tous les petits copains... On se fera une belle accolade et j'écouterai poliment votre discours... N'est-ce pas, Legendre ? Vous comprenez à présent ? Je suis libre." (p.51/52)

L'intrigue tient la route, l'époque de l'après-guerre permet de jouer sur l'opposition collaborateur/résistant, mais là encore tout n'est pas si simple qu'il y paraît. Pas de manichéisme chez Gilles Delabie, et c'est très bien ainsi, l'inverse eût été trop "facile", trop évident. Enquête linéaire mais qui réserve quelques rebondissements lorsqu'on croit que tout est calé, fini.

Le contexte est intéressant : je ne connais de Rouen que les boulevards extérieurs qui permettent d'éviter son centre (sauf l'an dernier ou par la faute -ou grâce- à un maniement de GPS de débutant je me suis retrouvé en plein centre de la ville alors que je voulais la contourner). Ville détruite pendant la guerre, elle est, dans ce roman, en pleine reconstruction, en rénovation nécessaire, notamment pour ses quartiers insalubres : "Le meublé donnait sur le rez-de-chaussée d'une rue crasseuse où nombre de rats avaient élu domicile. En plus des gaspards, d'autres vermines s'étaient établies dans le quartier. Des julots et leurs marmites hantaient les bistrots. Certaines arpentaient le pavé, d'autres se plantaient dans de sombres couloirs qui sentaient la pisse. Toute cette faune grouillait entre les murs d'immeubles délabrés" (p.78)

En bon anticlérical que je suis, j'ai ouvert ce polar avec un a priori positif (Les communiants de Rouen, ça devait forcément taper sur l'Institution religieuse) et l'ai refermé avec beaucoup de plaisir -non pas celui de l'avoir enfin fini, mais au contraire celui d'avoir lu un très bon roman policier. Et comme je le disais plus haut, point de manichéisme chez l'auteur, mon anticléricalisme dût-il en prendre un coup, Gilles Delabie sait  jouer avec les stéréotypes pour mieux les dynamiter.

 

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