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Soie

Publié le par Yv

Soie, Alessandro Baricco, Ed. Albin Michel, 1997 (121p)
Hervé Joncour habite le sud de la France dans les années 1860. Depuis quelques années, il fait le commerce des vers à soie et ça marche plutôt bien. Mais une année, une maladie affecte les vers. Il est alors obligé d'aller en chercher au Japon et fait un voyage qui dure trois mois pour l'aller et autant pour le retour. Là-bas, il fait affaire avec Hara Kei. Une jeune fille de la suite de cet homme, aux yeux qui "n'avaient pas une forme orientale" et qui sont d'une "intensité déconcertante," fascine et attire Hervé Joncour.
L'auteur dit de ce livre : "ceci n'est pas un roman. Ni même un récit. C'est une histoire." J'ai même envie d'ajouter que c'est un conte, tellement en la lisant on a un sentiment d'irréalité. La lenteur inhérente peut-être à un siècle moins rapide que le nôtre -imaginez, trois mois de voyage de la France au Japon-, mais peut-être aussi au thème traité : les vers à soie qui prennent leur temps pour fabriquer une soie naturelle, met en avant toute la poésie du texte, des personnages et de l'ambiance générale du livre. Une histoire pas à la mode, donc indémodable, qui se lit rapidement avec un plaisir évident.

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Les onze

Publié le par Yv

Les onze, Pierre Michon, Ed. Verdier, 2009
Pierre Michon écrit sur un célèbre tableau, exposé au Louvre, bien protégé et représentant les onze membres du Comité de salut public en 1794, intitulé Les Onze et peint par le fameux François-Elie Corentin. Ce livre commence par la biographie du peintre, dont on peut voir le portrait à 20 ans -puisqu'on ne connait rien d'autre de son apparence que ce portrait- "sur le mur sud de la Kaisersaal, dans le cortège des noces de Frédéric Barberousse", peint par Giambattista Tiepolo "aux plafonds de Wurtzbourg". (Tiepolo décorait alors le palais d'un banquier allemand, le palais de Wurtzbourg). Ensuite, Pierre Michon déroule la vie de ce peintre, à Combleux sur les bords de la Loire, entouré de ses mère et grand-mère.
J'avais déjà été séduit par l'écriture de l'auteur dans Maîtres et serviteurs, et je replonge à nouveau avec délices dans ce style si particulier, ces belles phrases longues, intelligentes ; chaque mot est à sa place et important : en enlever un c'est rendre la phrase bancale et changer tout le sens. Ce qui dans ce cas serait un sacrilège tellement la langue de Michon est élégante, riche et érudite. Ce n'est pas un livre qui se lit entre deux portes : il demande de la concentration et malgré ces remarques, il reste ouvert à tout lecteur un tant soit peu demandeur de culture et de profondeur. Exercice brillant surtout lorsque l'on sait -je ne révèle rien qui empêche de profiter de cette lecture- que ni le tableau, ni le peintre n'ont existé. Ils ne sont que fiction dans un contexte historique et au milieu de personnages, eux, bien réels.
 

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Madame Bâ

Publié le par Yv

Madame Bâ, Erik Orsenna, Fayard/Stock, 2003
Marguerite Bâ est née au Mali en 1947, sur les bords du fleuve Sénégal. Son petit-fils, Michel a été happé par les sirènes du football et a disparu en France. Pour le retrouver, Madame Bâ doit remplir le formulaire officiel n° 13-0021 de demande de visa. Au fur et à mesure des rubriques de ce formulaire, Madame Bâ se raconte et raconte les siens et son pays.
Quel personnage cette Marguerite Bâ ! Elle raconte son Mali, ses coutumes, "l'Afrique d'aujourd'hui, sans fard ni complaisance". A peine 60 ans de vie dans ce pays et de nombreuses histoires à narrer.
Erik Orsenna, qui connait l'Afrique depuis quarante ans, s'est beaucoup documenté sur le Mali, de telle manière qu'on a parfois l'impression que c'est un Africain natif qui a écrit le livre. Ce qui peut d'ailleurs créer un léger malaise : est-il si bien informé, et raconte-t-il bien ce continent ? Pour vous rassurer, je vous invite à visiter son site et notamment le lien suivant sur ce roman : Madame Bâ.
Le livre est assez long (500 pages en version poche), mais cette longueur, je l'ai surtout ressentie par mon impatience à connaître la fin de l'histoire et ma volonté de ne pas rater une miette de la vie de Marguerite. C'est évidemment très bien écrit, très abordable et le regard de l'Afrique sur la riche France est original  et permet de comprendre l'attirance des jeunes Africains pour les pays du nord.
J'ai voyagé aux fins fonds de l'Afrique avec un guide enthousiaste et pédagogue et qui aime ce continent et ses habitants et qui nous le fait bien ressentir.

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Laisse-moi te raconter... les chemins de lavie

Publié le par Yv

Laisse-moi te raconter... les chemins de la vie, Jorge Bucay, Oh ! éditions, 2004
Démian est un jeune homme à problèmes qui va consulter un thérapeute. Celui-ci, Jorge est un personnage peu ordinaire. Certes, il écoute, analyse, mais pendant chaque consultation, il raconte une histoire se rapportant à la difficulté abordée par Démian.  Les histoires de Jorge sont des contes de diverses origines ou bien inventés par lui-même. Chacun nous interpelle sur les peurs et les limites que nous nous imposons, sur les thérapies, les comportements d'autrui, le mensonge, ...
Ce livre est très facile d'accès : chapitres courts, écriture fluide souvent dialoguée ; il est vivant, humoristique et jamais on ne s'y ennuie. Il n'est peut-être pas à lire d'une seule traite, mais mon conseil est de le laisser à portée de main et de le prendre souvent et régulièrement pour y lire une ou deux histoires.
Jorge Bucay est psychiatre et psychothérapeute, né en Argentine et son livre est un best-seller sud-américain.
Ce livre vous est proposé dans le cadre des "lectures de madame Yv". Vous pouvez remarquer que Madame Yv lit aussi, mais pas le même genre de littérature. Gentiment Yv m'a laissé un espace que je mets à profit pour vous conseiller -à lui aussi, il n'y a pas de raison !- la lecture de Jorge Bucay.

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TAG, ce que les livres disent de vous

Publié le par Yv

Tagué par Aliénor, je me dois de répondre à ces 14 questions : ce que les livres disent de vous ...


1/ A quel livre dois-tu ton premier souvenir de lecture ?
Vieux souvenir : La jonque mystérieuse de D. Toury. Un tout petit moins lointain : Les Misérables, de Victor Hugo.


2/ Quel est le chef d'oeuvre "officiel" qui te gonfle ?
Tout Balzac. Je suis d'un naturel entier ...


3/ Quel classique absolu n'as-tu jamais lu ?
La liste peut être très longue. Balzac, donc, mais aussi Flaubert (quasi en entier, lui aussi). Ouh, que j'ai honte !


4/ Quel est le livre, unanimement jugé mauvais, que tu as honte d'aimer ?
 Aucun ! J'assume !


5/ Quel est le livre que tu as le sentiment d'être le seul à aimer ?
En parlant un peu on est rarement seul à aimer un livre !


6/ Quel livre aimerais-tu faire découvrir au monde entier ?
Si ce n'est déjà fait, un livre de Gracq. Ou alors, dernièrement lu : Le passage du col d'Alain Nadaud, ou encore Nueva Königsberg, de Paul Vacca, très connu des internautes. Mais tellement d'autres encore !


7/ Quel livre ferais-tu lire à ton pire ennemi pour le torturer ?
N'importe lequel d'Amélie Nothomb. Si en plus sa photo est en couverture, le supplice est bien pire !


8/ Quel livre pourrais-tu lire et relire ?
Nombreux sont ceux que j'ai déjà lus et relus, mais le plus probable : Le dernier jour d'un condamné de Victor Hugo.


9/Quel livre faut-il lire pour y découvrir un aspect de ta personnalité ?
Un de Pierre Desproges, de préférence parmi : Chroniques de la haine ordinaire, Manuel de savoir-vivre à l'usage des rustres et des malpolis, Dictionnaire superflu à l'usage de l'élite et des bien nantis


10/ Quel livre t'a fait verser tes plus grosses larmes ?
Harry Potter : j'ai essayé quelques pages et j'ai dû renoncer tellement ce n'est pas ma tasse de thé. Du coup, j'ai pu me moquer et en rire, peut-être pas jusqu'aux larmes, mais pas loin ...


11/ Quel livre t'a procuré ta plus forte émotion érotique ?
Émotion érotique, peut-être pas, mais La Robe de Robert Alexis est un roman sensuel et troublant.


12/ Quel livre emporterais-tu sur une île déserte ?
Un livre dense et conséquent, un livre de Julien Gracq, ou bien, je relirais Les Misérables.


13/ De quel livre attends-tu la parution avec la plus grande impatience ?
Aucun.


14/ Quel est selon toi le film adapté d'un livre, le plus réussi ?
Assez peu d'expérience dans le domaine. Deux exemples de polars me viennent à l'esprit : Pars vite et reviens tard, de Fred Vargas adapté par Régis Wargnier et Ne le dis à personne de Harlan Coben adapté par Guillaume Canet.

Je ne passe ce TAG à personne en particulier, mais qui veut le prend à son compte.

 

 

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On est toujours trop bon avec les femmes

Publié le par Yv

On est toujours trop bon avec les femmes, Raymond Queneau, Gallimard, 1947
Dans ce livre originellement écrit sous le pseudonyme de Sally Mara et traduit soit-disant par Michel Presle, Raymond Queneau nous livre une partie de l'insurrection nationaliste irlandaise à Dublin, en 1916. Sept nationalistes investissent un bureau de poste, le vident de ses occupants et s'apprêtent à soutenir le siège. Une employée anglaise, Gertie Girdle est restée bloquée dans les lavatories et va devenir un souci pour les assiégeants. Réussiront-ils à se conduire en gentlemen ?
Du Raymond Queneau tout craché, humour british -et irish, voire même "Dublinese", précision adjectivale apportée à la demande d'un commentaire d'un lecteur irlandais (voir les commentaires de Sean du 09/04/2010)- en prime. Ceux qui adorent ne seront pas dépaysés, sauf peut-être à aborder le côté sensuel et érotique de l'écriture de l'auteur. Il y déforme toujours les mots, notamment bien sûr ceux d'origine anglaise : par exemple, il écrit du ouisqui, comme dans un autre livre il écrit ouiquende, sans guillemets, bien entendu. Il en invente d'autres et se plait à placer des anachronismes.  J'adore l'écriture quenauenne, j'en redemande même : je la trouve érudite parfois, drôle souvent, décalée et tellement indémodable. Un vrai plaisir comme à chaque fois avec lui que j'aime à nommer l'un de mes auteurs favoris. Et quel titre, mesdames, excusez du peu ! Pour une fois que l'on peut exprimer notre misogynie naturelle sous couvert de la littérature. Allez, sans rancune ?

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Mouchons nos morveux

Publié le par Yv

Mouchons nos morveux, Jean-Louis Fournier, Ed. JC Lattès, 2001
Livre sous titré : conseils aux parents qui ne veulent plus se laisser marcher sur les pieds. En à peine 200 pages illustrées par Gilles Gay, Jean-Louis Fournier nous donne des conseils pour ne plus se laisser emm..... par ses enfants. Les chapitres vont de : reproduisons-nous avec modération, à : comment abandonner ses enfants. C'est drôle, méchant, politiquement très incorrect. Je retrouve dans ces textes une partie des propos de Desproges envers la jeunesse qu'il n'aimait pas beaucoup -dans ses textes, évidemment ! Un petit moment de lecture pendant lequel on peut se laisser aller à sa méchanceté naturelle. Après deux lectures sur la maladie et la mort, je me devais bien ça ! Que mes enfants me pardonnent !

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Croquemort, une anthropologie des émotions

Publié le par Yv

Croquemort, Julien Bernard, Métailié, 2009


Julien Bernard, jeune étudiant en sociologie se fait embaucher pour payer ses études dans une entreprise de pompes funèbres. Sa thèse doit porter sur les émotions dans les médias. Assez vite, il se rend compte que parler des émotions dans le rapport à la mort l'intéresse plus. C'est ainsi qu'il intitule sa thèse Croquemort, une anthropologie des émotions. Son travail reprend de manière exhaustive les rôles et services des pompes funèbres, leur mise en place et en dernière partie la place des émotions dans ce travail.
Je n'ai pas pour habitude de lire des travaux de sociologie et puis, après un livre sur la maladie d'Alzheimer (Histoire de l'oubli), enchaîner sur ce genre de lecture pourrait faire penser à un côté morbide. Ceci étant dit, la lecture est plutôt facile et pleine d'enseignements sur le métier de "croquemort" : le travail proprement dit, les à-côtés comme les émotions et la manière d'aborder les rituels, rites, habitudes diverses et variées en fonction des familles, des lieux, ...
Ce n'est pas gai et je ne pense pas que mon petit article soit propice à de multiples commentaires ni à de nombreuses tentations de découvrir cette lecture. C'est dommage, parce qu'elle permet d'avoir une idée plus précise d'une profession "taboue" et de la difficulté de l'exercer. Une lecture enrichissante, intéressante sur un métier qui recrute !

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Histoire de l'oubli

Publié le par Yv

Histoire de l'oubli, Stefan Merril Block, Ed. Albin Michel, 2009
Seth est un adolescent surdoué qui voit sa mère tomber malade, tout oublier jusqu'à l'oublier lui-même. Elle est atteinte d'une forme de la maladie d'Alzheimer dite familiale. Seth entame alors une vraie enquête pour connaître la famille de sa mère que celle-ci lui a toujours cachée. Dans le même temps, Abel, vieil ermite bossu attend, dans sa maison délabrée, au fin fond du Texas, le retour de sa fille.
J'ai emprunté ce livre suite à l'article de Kathel (qui finit avec une petite interview de l'auteur), à la fois intéressé et intrigué sur la manière dont ce jeune auteur (Stefan Merril Block a 26 ans) pouvait parler d'une maladie autant décrite depuis quelques années. Le début est un peu mou -enfin pour moi !-, mais assez vite, on entre dans le vif du sujet et le roman, construit comme un polar, prend de l'ampleur. Alors, certes, il n'est pas question de comparer ce livre à un roman policier -si ce n'est pour la construction- mais on se laisse guider par la volonté de Seth pour retrouver ses origines et on suit avec intérêt ce qu'il faut bien appeler son enquête personnelle.
Que ceux qui n'aiment pas les récits sur les maladies ne s'effraient pas : ce n'est pas Urgences ! La maladie est là, bien présente, mais ni pesante ni angoissante. L'auteur brosse le portrait de beaux personnages, touchants, sensibles et maladroits. Aucun n'est vraiment à sa place, ni l'adolescent -mais c'est de son âge, me direz-vous !-, ni ses parents, ni Abel, le vieil ermite.
Un récit prenant sur un thème pourtant pas très folichon au départ. Je vous rappelle le titre -on ne sait jamais, Alzheimer ...- : Histoire de l'oubli. Si vous tombez dessus, ça vaut le coup de s'y arrêter.

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