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Yanvalou pour Charlie

Publié le par Yv

Yanvalou pour Charlie, Lyonel Trouillot, Actes sud, 2009
Mathurin D. Saint-Fort est un avocat d'affaires très ambitieux et très en vue de Port-au-Prince. Son désir premier est d'oublier ses origines de petit villageois pauvre et surtout de faire en sorte qu'elles ne soient pas dévoilées dans le milieu dans lequel il évolue désormais, car ses nouvelles connaissances pourraient ne pas les lui pardonner. Tout va bien pour lui, jusqu'à ce que débarque au cabinet et dans sa vie "Charlie, un adolescent en cavale [...] qui vient lui demander son aide au nom des attachements à leur même village natal." (4ème de couverture)
Je n'aime pas forcément beaucoup les livres Actes sud, à cause de leur mise en page souvent dense. Point de ceci dans ce livre. C'est clair et aéré. Heureusement, car le récit est lui, dense et profond. Lyonel Trouillot raconte son pays, les différences entre les quartiers pauvres et les quartiers riches qui se côtoient sans jamais -ou presque- se voir ou se rencontrer.  A travers Mathurin et Charlie, c'est toute la difficulté de vivre en Haïti qui est décrite : comment vivre ou survivre lorsqu'on n'a pas de travail, pas d'argent, aucun moyen de s'en sortir si ce n'est en volant ou mendiant ; comment vivre en oubliant ses racines et en espérant qu'elles ne soient jamais révélées, par peur de retomber ? La description des bas quartiers de Port-au-Prince est dure, la vie doit y être sordide, particulièrement difficile, voire insurmontable ; c'est du moins l'idée que j'en ai après avoir lu ce livre. Parfois, un roman décrit mieux un pays que ne le pourrait faire un documentaire filmé. Je savais Haïti très pauvre, je me doutais des conditions de vie des plus pauvres Haïtiens, mais j'étais encore en dessous de la vérité. 
Ce livre a, outre le mérite d'être un beau roman sur l'amitié, sur la fidélité à ses principes et à ses origines, celui d'ouvrir les yeux des lecteurs sur ce pays et ses habitants.
NB : Le Yanvalou est une danse dédiée à une divinité vaudou, parle des origines, un "salut à la terre ancestrale"

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Le goût des abricots secs

Publié le par Yv

Le goût des abricots secs, Gilles D. Perez, Le rouergue, 2008
Un vieil homme et un jeune homme restent les deux derniers habitants d'une résidence. Entre promenades, visites de l'un chez l'autre et vice versa, chacun se raconte et raconte sa vie, avec sa femme pianiste pour le vieil homme et avec Véra, pour le jeune homme. Ce livre "est un récit d'amour et d'exil, bercé par la musique de Schumann." (4ème de couverture)
Ce livre avait tout pour me séduire : le thème, l'écriture plutôt simple, fluide et le titre. Malgré tout cela, je n'ai pas réussi à aller au bout de ma lecture. Tant pis ! Parfois, on ne sait pourquoi, on n'entre pas dans un bouquin, sans qu'on puisse le juger mauvais. Et bien voilà, c'est le cas cette fois-ci.

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Country blues

Publié le par Yv

Country blues, Claude Bathany, Métailié, 2010
Dans une ferme délabrée des monts d'Arrée, vivent les membres de la famille Argol, tous plus givrés ou désorientés les uns que les autres : "Dany, play-boy rivé à ses vaches, Cécile, lesbienne passionnée d'armes, Jean-Bruno, boxeur agoraphobe, et Lucas, marionnettiste schizophrène" (4ème de couverture), tous frères et sœurs, auxquels, il faut ajouter leur mère atteinte de la maladie d'Alzheimer. Dans leur petit monde, survient Flora, "jeune et mystérieuse zonarde". Alors, de petits bouts de révélations et petits bouts de révélations, le passé de ce village des monts d'Arrée se dévoile. Et la seule chose que je puisse en dire sans trop éclairer  votre lanterne, c'est qu'il est très noir et très glauque.
Je vais être clair tout de suite : j'ai adoré ! Voilà, c'est dit ! Si l'on peut considérer que l'intrigue a déjà pu être lue ou vue ailleurs (un serial killer, des suicides suspects, ...), la manière de la raconter est pour moi très originale.Tous les protagonistes deviennent narrateurs à tour de rôle : les membres de la famille Argol et ceux de l'autre famille importante du livre, les Moullec. Chaque chapitre commence par le récit d'un événement présent par l'un des Argol. Le chapitre qui suit revient sur cet événement, mais par la bouche d'un autre Argol ; il décrit à son tour ce qu'il a vu ou vécu, ajoutant par rapport à son frère ou sa soeur des détails qui lui sont propres. Ce qui nous permet de nous faire une idée plus large de cet événement. Un peu comme si un cinéaste filmait une situation sous des angles différents avec plusieurs caméras et nous présentait ensuite les films consécutivement, sans montage. Une vision grand angle de la vie des Argol. Les Moullec eux, racontent plutôt les faits passés, de la même manière. On comprend donc à la fois la vie terne et peu enviable de ces familles et le secret qui les lie, par touches impressionnistes, tout au long du livre, le suspense tenant bon jusqu'aux dernières lignes.
Claude Bathany use donc d'un stratagème vraiment plaisant. J'aime bien son écriture, qui varie en fonction du narrateur, plus ou moins argotique pour les Argol, nettement plus léchée pour Vincent Moullec (officier de gendarmerie). Son roman est vraiment noir et glauque, quelques pointes d'humour sont les bienvenues. La Bretagne est pluvieuse, la terre omniprésente, boueuse, les hommes sont parfois répugnants, parfois attachants, de vrais losers, la musique est présente en fond de tableau, elle-même pesante, lourde : du blues, sûrement. Du blues de la campagne bretonne. Allez faire un tour dans cette Bretagne blues, vous ne le regretterez pas !

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Le vieux qui lisait des romans d'amour

Publié le par Yv

Le vieux qui lisait des romans d'amour, Luis Sepulveda, Métailié, 1992
El Idilio est un village d'Amazonie dans lequel arrive un jour en pirogue, le cadavre d'un "gringo" blond. Le maire, surnommé "La Limace" accuse les Indiens (les "Shuars") de l'avoir tué. Heureusement pour eux, le vieil Antonio José Bolivar Proano affirme qu'il a été tué par un félin. Un peu plus tard, un second cadavre apparait tué de la même manière. S'ouvre alors une chasse au félin tueur, emmenée par La limace et le vieil Antonio. Entre temps, Antonio aura raconté sa jeunesse, son mariage avec Dolores Encarnacion del Santisimo Sacramento Estupinan Otavalo (ça en jette, un nom pareil !) et sa vie avec les Shuars.
Lorsque j'ai lu et chroniqué mon premier Sepulveda (L'ombre de ce que nous avons été), j'ai eu quelques remarques du style : "comment, tu n'as pas encore lu Le vieux qui lisait des romans d'amour ?" J'ai donc filé vite et droit vers la bibliothèque municipale et l'ai emprunté. Et je reconnais bien volontiers et humblement que j'étais passé à côté d'un très bon roman et d'un auteur intéressant avec une imagination fertile. Il crée des situations et des personnages attirants qui nous entraînent dans leur monde. Par moments, dans ce roman, je me suis cru au temps de Christophe Colomb, par d'autres revenus en des temps plus modernes. On ne sait plus trop à quelle époque on est et ce sentiment est étrangement très agréable. Sepulveda est un vrai raconteur d'histoires qui sait, en outre, placer adroitement des arguments bien sentis sur la démocratie, le respect de la nature et des animaux, la tolérance entre les peuples et l'acceptation des différences.

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Ghost Dog

Publié le par Yv

Ghost Dog, la voie du Samouraï, Jim Jarmush, 1999
Je viens de revoir ce sublime film -hier soir sur Arte- et je le trouve toujours aussi captivant. Un homme -qui se fait appeler Ghost Dog- vivant au milieu de ses pigeons est aussi tueur pour celui qui l'a sauvé huit ans auparavant et qui fait partie d'un groupe mafioso. Ghost Dod étudie également un manuel de Samouraï et entend vivre de cette manière : il est par exemple le vassal de celui qui l'emploie et ne lui fera jamais de mal.
Lors de ma première projection de ce film, j'avais été attiré par sa lenteur, les gestes et le jeu sobres et précis de Forrest Whitaker, acteur impressionnant autant par sa carrure que par sa retenue et son charisme. Hier soir, j'y ai aussi revu un beau film sur la loyauté. La bande son n'est pas mal du tout, même pour moi qui ne suis pas un spécialiste de rap -loin s'en faut ! Un peu d'humour par la présence du vendeur de glace parlant un sabir incompréhensible -et joué par Isaac de Bankolé- et un peu de tendresse grâce à la présence de Pearline, petite fille pour qui Ghost Dog se prend d'affection. Ils parlent tous deux de lectures. Ghost Dog est un tueur atypique, de même que le film qualifié par le programme télé auquel je me réfère de "atypique et planant".
Existe aussi en DVD, pour ceux qui l'auraient raté.

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Intérieur nord

Publié le par Yv

Intérieur nord, Marcus Malte, Zulma, 2005
Recueil de quatre nouvelles. Dans la première, il est question d'un solitaire qui vit dans les montagnes et loue à l'occasion des chambres à des touristes. Et puis, arrive Lauren, jeune femme accompagnée de Clive, homme plus tout jeune. Dans la seconde, un père passe tous les jours par le carrefour auquel son fils a été tué quatre années auparavant : il ne peut empêcher les souvenirs d'affluer. Dans la troisième, un jeune homme observe vivre une femme plus toute jeune qui s'alcoolise méthodiquement. Il se rapproche d'elle. Et dans la dernière, un représentant rendu à la fin de sa vie raconte son histoire avec une jeune femme, 22 ans plus tôt.
Le fil conducteur de ces histoires est la rencontre et la solitude. Car ce qu'il reste finalement après que ces hommes ont raconté une partie de leur vie, c'est bien la solitude, la désespérance et une certaine mélancolie. Chacun se plonge dans une profonde réflexion à la lecture de ses souvenirs. Aucun n'est héroïque. Ils sont tous des hommes normaux et ils ont tous rencontré d'autres personnes normales. Cela les amène parfois à des gestes non ordinaires, mais ils découlent tellement naturellement qu'on peut y croire sans se forcer.
Marcus Malte écrit dans une langue épurée. Peu de phrases inutiles au bon déroulement des histoires et à la bonne compréhension de la réflexion de ces hommes. Le seul point qui m'a parfois gêné, c'est l'élision du "ne" de la forme négative, notamment dans la première nouvelle. Je sais qu'elle donne un ton parlé au texte, mais alors, il faudrait soit l'utiliser tout au long de l'histoire soit pas du tout ; Malte l'utilise de temps en temps et ça m'a embêté. C'est une légère gêne qui ne m'a pas empêché d'apprécier ces quatre nouvelles, surtout la première et la dernière, très bien menées.

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Le libraire

Publié le par Yv

Le libraire, Régis de Sa Moreira, Au diable vauvert, 2004
Un libraire, légèrement ermite, un brin taciturne et misanthrope vit 24 heures sur 24 dans sa librairie, y attend -ou pas- le client et fait d'étranges rencontres. Sa librairie est le lieu de visite de gens étonnants : la plus belle femme du monde cherchant un fiancé, la mort venant reprendre goût à la vie grâce à la lecture, un témoin de Jéhovah qui revient dans plusieurs chapitres, ...
Le livre démarre bien : une écriture simple, limpide, poétique. Un soupçon de logique absurde y ajoute du charme. Et puis, finalement, malgré cela, ce roman tourne un peu à vide. Certains y trouveront des métaphores, des paraboles ou toute autre signification. Pour moi, qui ne suis pas doué dans ces choses là, j'ai pris certes du plaisir à lire les rencontres de cet homme très décalé, mais je n'ai pas franchement adhéré. Peut-être le côté absurde n'est-il pas assez poussé pour moi ? Toujours est-il qu'il ne me restera probablement que peu de souvenirs de ce livre -on verra bien dans quelques mois, les présages en ce domaine ne sont pas toujours exacts !-, bien que j'aie lu Le libraire sans ennui et avec un certain intérêt.

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L'ombre de ce que nous avons été

Publié le par Yv

L'ombre de ce que nous avons été, Luis Sepulveda, Métailié, 2010
Chili, très récemment, trois vieux ex-exilés rentrés au pays après la chute de Pinochet, attendent, dans un ancien garage, l'arrivée d'un quatrième, "le spécialiste", qui doit les faire participer à une action révolutionnaire. Dans le même temps, Conception Gracia, en rage contre son mari, jette par la fenêtre un vieux tourne disque dont la chute est amortie par la tête d'un passant qui ne s'en remettra pas.
Tout d'abord une petite précision : une sorte de partenariat avec les éditions Métailié me permet de lire quelques livres avant leur parution, c'est pour cela que vous ne trouverez pas encore celui-ci en rayon, il ne sort que le 14 janvier 2010, jour célèbre puisque c'est mon anniversaire. Ceci étant dit, passons à mon billet sur ce roman.
C'est un roman parfois difficile, parce qu'il évoque les différentes factions gauchistes d'avant Pinochet, ainsi que des références sud-américaines que je n'ai pas et donne des noms aux protagonistes pas toujours faciles à retenir ; j'ai eu du mal à faire parfois la différence entre des personnages. C'est un roman qui parle de la vie avant et pendant Pinochet, au Chili et de ceux qui ont fui la dictature et sont revenus une fois Pinochet destitué : leurs espoirs et leurs désillusions. C'est un roman très drôle, une sorte d'humour désabusé, détaché. Certains passages sont absolument hilarants et en l'espèce, je vous conseille le chapitre 3 en entier -un peu long pour être cité- qui relate la chute du tourne disque sur la tête du passant : inoubliable ! D'autres passages valent aussi largement le coup et je ne résiste pas au plaisir d'une petite citation. L'un des personnages, ex-exilé en France répond à l'un de ses compatriotes s'étonnant qu'il n'ait pas pu rencontrer Brigitte Bardot à Paris : "[...] il voulut savoir ce qui l'avait intimidé et empêcher d'arriver jusqu'à Brigitte Bardot. Salinas prétexta d'abord une question de temps et ajouta que l'actrice était maintenant une grosse vieille réactionnaire et de mauvaise humeur qui se consacrait à l'élevage des chiens.
- C'est pas vrai. Elle est jolie, blonde, prend le soleil à poil sur une terrasse et, pour arriver jusqu'à elle, il suffit d'écarter les draps accrochés à un étendoir, répondit Arancibia.
Immuable pays de la mémoire. Intact comme un nichon de sainte Thérèse ou comme un film de Roger Vadim."

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Par effraction

Publié le par Yv

Par effraction, Hélène Frappat, Ed. Allia, 2009
Aux puces, un acheteur, pour 40 euros prend possession d'un vieux carton contenant des films de famille. Il commence à les regarder ; tous concernent une jeune fille, A., télépathe ; ils sont dans le désordre. Le visionnage passe de l'adolescence à l'enfance, revient à l'adolescence, ... La vie de A. se reconstruit de cette manière, bancale, décalée, jusqu'à un événement que l'on pressent sans rien en savoir.
Très petit roman, très étonnant, par sa construction : courts chapitres alternant la vie de A. avec des rêves parfois très brefs qui n'expliquent rien - ou dont je n'ai pas saisi la signification !- mais donnent au livre un ton onirique et poétique. L'écriture est à l'avenant, pleine de belles phrases, longues et courtes. Hélène Frappat crée une ambiance un peu désuète qui sied admirablement à l'histoire que chacun pourra interpréter selon son envie ou son ressenti. Auteure que je vais suivre.

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