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L'annulaire

Publié le par Yv

L'annulaire, Yoko Ogawa, Actes sud, 1999

A la suite d'un très léger accident du travail dans lequel elle perd un bout de son annulaire, la narratrice, une jeune femme, est embauchée dans un laboratoire de spécimens. Assistante de M. Deshimaru, elle accueille les clients qui veulent faire conserver des souvenirs. Plus qu'un taxidermiste, M. Deshimaru analyse et enferme ces souvenirs très variés.

Très difficile de résumer et de dire ce que j'ai pensé de ce très court roman (95 pages). Il est à la fois fascinant, étonnant et envoûtant. Yoko Ogawa suggère plus qu'elle ne dit franchement les choses, ce qui donne une ambiance mystérieuse. On sent que la narratrice est attirée, envoûtée par M. Deshimaru, qu'elle est sans résistance face à cet homme qui lui impose plus qu'une simple relation de travail. Deshimaru est une espèce de Diable attirant auquel nul ne résiste.

L'écriture très onirique favorise une ambiance trouble, voilée. Je ne suis pas sûr d'avoir trouvé toutes les clefs pour entrer totalement dans le monde de Yoko Ogawa. Parfois, j'ai eu un peu de mal à suivre, mais toujours, je me suis récupéré un peu plus loin dans le texte et comme c'est un livre court, j'ai réussi à aller au bout sans encombre. J'ai même hésité à en faire un billet, parce que je n'étais pas vraiment sûr de parvenir à obtenir un contenu assez conséquent. Donc, si vous n'avez pas assez d'informations sur ce livre, vous pouvez voir ce qu'en disent entre autres, Marie et Leiloona.

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Comme la grenouille sur son nénuphar

Publié le par Yv

Comme la grenouille sur son nénuphar, Tom Robbins, Ed. Gallmeister, 2009

"Gwendolyn est une jeune trader de Seattle dont les ambitions d'ascension sociale s'écroulent avec les marchés financiers la veille de Pâques. Pour Gwen commence le pire week-end de son existence : alors qu'elle se voit privée d'avenir, le singe kleptomane de son petit ami s'enfuit, un ancien broker [Larry Diamond] de retour d'un voyage à Tombouctou -où il a appris pourquoi les grenouilles disparaissaient de la surface de la Terre- s'insinue dans sa vie, sa meilleure amie se volatilise à son tour, tandis qu'un étrange médecin japonais présente un remède miracle contre le cancer. Au milieu de tout ce désordre, Gwen devra peu à peu choisir entre la poursuite du rêve américain et l'aventure de la liberté." (4ème de couverture)

Tom Robbins est présenté comme un grand écrivain des Etats-Unis ; j'avoue ma profonde inculture à son sujet, mais je suis loin, très loin d'être un spécialiste de la littérature de ce pays. D'où mon attirance pour les partenariats B.O.B/éditeurs qui me permettent de faire des découvertes d'auteurs et d'éditeurs et donc d'étendre ma culture littéraire. Parfois, ça marche. Parfois, ça ne marche pas. Là, ça colle extrêmement bien. Les éditions Gallmeister m'ont fait parvenir un beau bouquin à la mise en page soignée (grand merci !), certes gros (425 pages, dont les 5 dernières consacrées à la biographie de l'auteur) et écrit petit, ce qui demande un temps de lecture assez long, mais vraiment plaisant.

Petite note avant mon propos sur le contenu du livre : il a été écrit en 1994, mais il aurait pu l'être, à quelques détails techniques près, en 2009, juste après la fameuse crise du capitalisme mondial. Une prémonition de Tom Robbins ou une répétition de l'histoire ? En tout cas, un livre d'actualité.

Tom Robbins opte pour le tutoiement de son héroïne, ce qui donne un point de vue extérieur et pose un jugement sur ses faits et gestes. L'auteur ne se prive pas de mettre Gwen dans des situations cocasses, délicates, imprévues, dans lesquelles elle se rend ridicule. Elle en devient drôle à son insu. C'est un livre que l'on lit le sourire aux lèvres avec beaucoup d'accès de rire. Cette ambiance joyeuse n'empêche pas Tom Robbins d'aborder les grands thèmes sérieux : l'amour, la mort, la maladie, le sens de la vie ; un livre profond sous ses airs potaches. Le héros de Robbins a des convictions, des avis, et il les exprime dans des phrases longues, pleines de sens ; Cathulu dit même "il y a plus d'imagination dans une phrase de Tom Robbins que dans l'oeuvre complète de n'importe quel écrivaillon français". Pour la paraphraser, je dirais : "il y a plus d'imagination dans une phrase de Tom Robbins que dans un bouquin entier de quasiment n'importe quel autre écrivain."

Un parti pris intéressant est celui qui donne au personnage masculin, Larry Diamond, des qualités plutôt féminines : l'écoute, le détachement du monde matériel, la sensibilité, pendant que Gwen endosse des "prérogatives" masculines : ambition démesurée, solide et déterminée, matérialisme à -presque- toute épreuve, précipitation et manque de réflexion et incrédulité totale face aux phénomènes inexpliqués et inexplicables. J'en vois sourire quelques unes ! Enfin un homme qui reconnait nos qualités ! Bien obligé, mesdames, vous êtes plus nombreuses que nous à lire et donc à écrire des blogs et à les consulter ; si je veux que mes visites et les commentaires augmentent, je dois faire des concessions ! Allez, sans rancune, laissez-moi vos commentaires !

D'autres avis parfois enthousiastes : PapillonAlex, parfois plus mitigés : Aifelle, ...

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Made in China

Publié le par Yv

Made in China, J-M Erre, Buchet-Chastel, 2008

Toussaint Legoupil est un jeune homme vivant en Provence auprès de sa mère ultra possessive et de son père, maire du village. Toussaint est un enfant adopté, à la recherche de ses origines. Pour cela, il part, contre l'avis de ses parents, en Chine, pays dans lequel il est né. "Or ce garçon n'a rien d'un Asiatique. Il est noir. Type africain évident. Toussaint est un Chinois noir. Et il veut savoir pourquoi." (p.18)

C'est en lisant l'article d'Armande consacré à ce livre que je me suis laissé tenté. Et oui, que voulez-vous, je suis un être faible. Ou alors, l'article est tellement bon qu'il en devient irrésistible. Irrésistible, comme l'humour de J-M Erre. Un rien potache, très drôle, parfois un peu facile, mais bon, il lui sera pardonné. On frise l'absurde à chaque page. Souvent j'ai gloussé provoquant des coups d'oeil et des questions de la part des personnes présentes dans le salon : 

"Pourquoi tu ris ?

- Trop long pour vous raconter, réponds-je alors

- C'est ton livre qui est drôle ?

- Plus que cela, mes chers enfants -eh oui, je leur parle comme cela. Question d'éducation !- il est hilarant !"

De rebondissements, en fausses fins, de personnages tous plus loufoques les uns que les autres, en notes de bas de pages (dont les fameuses p. 112 des non moins célèbres livres : Ecrire un roman ? Fastoche !,  ou La Bible de l'écrivain débutant) donnant de précieuses précisions - je fais dans l'allitération-, ce roman interactif -mais oui mais oui, c'est l'auteur qui le dit- se lit très vite et est un parfait dérouilleur de zygomatiques.

A certains moments, j'ai cru que cet humour sur 257 pages allait me lasser. Et puis, non. Non seulement il ne lasse pas, mais encore j'en redemande. J'ai ouï dire que J-M Erre avait écrit deux autres bouquins, je vais m'enquérir de ces ouvrages et en faire profiter ceux-là mêmes qui m'ont questionné lors de ma lecture et je verrai bien leur réaction.

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Cher amour

Publié le par Yv

Cher amour, Bernard Giraudeau, Ed. Métailié, 2009

Je réactualise cet article datant du 26 mai 2009, pour rendre un petit hommage, à ma modeste mesure à Bernard Giraudeau, mort ce weekend. Cher amour était ma première lecture de cet auteur, que je connaissais et appréciais en tant qu'acteur et réalisateur : il a réalisé notamment un très beau film : Les caprices d'un fleuve.

Mis à part ce préambule, je ne change rien d'autre, vous pouvez donc lire exactement ce que j'avais dit du livre à sa sortie.
Dans ce roman (?) Bernard Giraudeau s'adresse à une femme, son amour, madame T. Son prochain amour. Il lui écrit une lettre, la vouvoyant souvent, la tutoyant parfois. Il lui raconte ses angoisses et ses plaisirs d'acteur de théâtre, avant la pièce et pendant les représentations. Il l'emmène en pensées avec lui dans ses voyages, entre deux pièces ou deux films. Ou l'inverse : les films ou pièces entre deux voyages ? Parfois même les deux se conjuguent, il voyage pour tourner un film. Double bonheur. A chaque fois, il en profite pour rencontrer les habitants, les vrais locaux, ceux qu'on ne voit pas quand on voyage en tourisme organisé. Il les filme et les fait parler de leurs vies.
Il alterne les longs chapitres-voyages avec les plus courts chapitres-théâtre. Dans tous, il voit madame T., lui parle, se révèle sans éluder ses doutes, ses faiblesses, sa maladie. 
Parfois je me suis un peu perdu dans ses mots, lors des voyages, mais me rattrapais quelques pas plus loin.
C'est un texte très beau de marin-voyageur. B. Giraudeau y est quelquefois très direct, d'autres fois beaucoup plus elliptique. Ultime plaisir, le dernier chapitre : Arrêt de jeu, est tout simplement formidable, comme si l'auteur avait voulu conclure son très joli livre sur une note particulièrement belle. Bravo et merci, ce n'est pas le cas de tous les écrivains.

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L'homme est un grand faisan sur terre

Publié le par Yv

L'homme est un grand faisan sur terre, Herta Müller, Ed. Maren Sell, 1988

Windisch est meunier dans un village de Roumanie. La Roumanie des Ceaucescu. Il fait partie de la communauté souabe de ce pays, une minorité allemande. Son souhait le plus cher est d'émigrer vers l'Allemagne et d'y emmener sa femme et sa fille. Seulement, obtenir des papiers à cette époque, dans ce pays, n'est pas simple. Entre corruption, pots-de-vins et droit de cuissage, les policiers font ce qu'ils veulent.

L'ambiance n'est donc pas joyeuse. Windisch parcourt et regarde son village et ses habitants avec un oeil nouveau, celui du futur migrant : ce qu'il voit ne le remplit pas de joie. Nous non plus d'ailleurs. C'est triste, morne, plombant.

Je voulais découvrir l'écriture de Herta Müller, Prix Nobel de Littérature en 2009, et j'ai trouvé que ce petit roman était une bonne entrée en matière. Je suis surpris par cette découverte. Herta Müller écrit des phrases très courtes, souvent sujet + verbe + complément. Elle décrit des personnes, des lieux et des actions on ne peut plus basiques et prosaïques. On sent l'auteure très détachée de ce qu'elle écrit. C'est un vrai paradoxe, puisqu'elle est elle-même une Souabe de Roumanie émigrée en Allemagne, sous Ceaucescu. Dans le même temps, malgré son récit très terre-à-terre et ses phrases sèches, je n'ai pu m'empêcher de trouver une certaine poésie à l'histoire, à la manière de la raconter.

En fait, je suis en pleine confusion : certaines phrases me sont complètement hermétiques, d'autres permettent de suivre l'histoire. Je me suis demandé plusieurs fois pourquoi telle phrase était à telle place, ce qu'elle signifiait et ce qu'elle apportait au récit. Jamais je n'ai pu répondre à mes questionnements. Je ne suis jamais vraiment entré dans le sujet, j'ai toujours eu la sensation d'être au-dessus du livre, de ne pouvoir être dedans. Néanmoins, j'avais très envie de terminer ce livre. Une sorte d'attirance pour l'écriture, pour les situations et les personnages. Inexplicable.

C'est donc à la fois dubitatif et certain d'avoir fait une lecture pas commune que j'écris ce billet en demi-teinte, mi-chèvre, mi-chou, oscillant entre emballement et déception.

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Eté

Publié le par Yv

Été, Mons Kallentoft, Ed. Le serpent à plumes, 2010

Linköping en Suède subit cet été une canicule sans précédent. Les températures avoisinent les 38°/39°. La forêt aux alentours est en flammes et les pompiers luttent jours et nuits contre le feu. C'est la saison que choisit un sadique pour enlever, violer et tuer des adolescentes de 14/15 ans. Malin Fors, commissaire dans cette ville enquête, aidée de Zeke, son collègue.

Dans Hiver, le précédent polar de Mons Kallentoft avec Malin Fors, il m'a fallu m'habituer avec la narration particulière : les morts "s'expriment"  (paragraphes en italique), tentent d'aider et d'influencer les personnes auxquelles ils "parlent" et les vivants qui ne les entendent pas réellement font parfois des gestes inhabituels pour eux, mais recommandés par ceux qui savent, ceux qui sont passés par là, les victimes. Pour Eté, pas de temps d'adaptation ; il est construit exactement pareil qu'Hiver et est tout aussi passionnant. J'aurais pu me lasser d'un certain copier/coller de style et de forme. Point du tout. Ça a le goût d'un bon polar nordique, malgré les chaleurs extrêmes. D'ailleurs, encore une fois, le temps est un contexte formidable et très présent : aucun moyen d'éviter la chaleur, la fatigue, la moiteur et l'ambiance chaude des nuits et des jours de Linköping. La chaleur de la forêt en feu fait monter la température d'encore plusieurs degrés.

L'enquête est lente, très lente, Malin Fors et son équipe ont du mal à trouver l'énergie nécessaire, accablés qu'ils sont par la fournaise. Ils font quelques oublis, commettent quelques maladresses : j'ai lu ce livre début juillet en pleine grosses chaleurs chez nous aussi. Difficile d'en sortir, mais au moins, je pouvais compatir aux malheurs, et je pouvais comprendre la difficulté des policiers à formuler des hypothèses, à se concentrer totalement. Ils suivent cependant toutes les pistes, même les plus insignifiantes, les plus improbables, et encore une fois la clarté sortira d'une piste secondaire voire tertiaire.

Ce qui me plaît bien en plus du côté polar, c'est que l'on suit la vie privée de Malin : ses amours, ses doutes, ses souffrances. La vie de femme célibataire, mère d'une adolescente n'est pas de tout repos, surtout lorsqu'un tueur s'attaque justement aux adolescentes.

J'ai bien un ou deux petits reproches à adresser à  Mons Kallentoft ; d'abord, il ne s'attache qu'à la vie de Malin Fors et laisse tomber un peu celles de ses coéquipiers qui mériteraient un traitement un peu plus profond. Ensuite, je pense que Automne et Printemps suivront et je me demande s'il ne peut pas finir par lasser s'il les construit comme les deux précédents romans. Mais ça je le dirai en temps voulu, parce que je compte bien aller au bout de cette série qui jusque là me réjouit.

Kathel est aussi enthousiaste que moi, Canel nettement moins. D'autres avis chez B.O.B.

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Comme le murmure d'un ruisseau

Publié le par Yv

Comme le murmure d'un ruisseau, François Gantheret, Gallimard, 2006

Paul est psychiatre à Paris. Environ quarante cinq ans, il vit seul depuis une récente séparation. Il retourne dans son village d'enfance, en Haute-Savoie, vingt cinq ans après en être parti, pour vendre la maison de son père qui jusque là était louée. Pendant la transaction, il apprend que le chalet voisin est à acheter. Ce chalet était celui de la famille de Claire, l'amour de jeunesse de Paul, assassinée vingt sept ans plus tôt. Il décide de l'acheter et lors de son installation découvre Béatrice, la très jeune sœur de Claire, née après le meurtre, et qui lui ressemble trait pour trait. Commence alors une relation étrange.

"François Gantheret restitue avec délicatesse le contraste entre la limpidité des paysages montagnards et l'atmosphère épaisse de l'intérieur des fermes, lourdes de silences, de non-dits, de secrets inavouables et douloureux." (4ème de couverture)

A partir d'une histoire assez simple, François Gantheret écrit et décrit divinement bien ses personnages, la nature omniprésente de Haute-Savoie (peut-être ma direction de vacances de cet été ?), et les relations entre hommes, entre hommes et éléments. Un roman du terroir loin des caricatures du genre. La nature est belle, sauvage. les hommes sont complexes, rudes. Le relatif suspense entretenu autour de la mort de Claire est vraiment secondaire, et je pense même que l'auteur aurait pu s'en passer. Il permet juste d'instaurer un climat particulier et une relation unique entre Paul et Béatrice.

Les personnages de deuxième plan, comme l'idiot du village, Baptiste qui vit avec sa soeur, sont forts et bien présents. Ils rajoutent de la densité au roman.

Belle écriture toute en nuances, en allusions ; pas directe, mais précise, elle fait mouche à tous les coups.

De beaux personnages, de superbes paysages et des relations bien construites entre tous ces éléments, rien de tel pour savourer ce très joli roman.

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Rêve d'envol

Publié le par Yv

Rêve d'envol, Hayat El Yamani, Ed. Anne Carrière, 2009

Un été au Maroc, une famille décide d'aller camper avec la toile de tente rapportée par l'un des fils travaillant au Danemark et revenu pour les vacances. La Mère, quatre de ses cinq fils, ses belles-filles prennent donc la direction de la mer, bien décidés à y passer une dizaine de jours. Le père et son dernier fils restent à la maison. En fin d'après-midi, tout le monde est de retour à la maison, catastrophé, l'un des fils, le n°4, M'hammed, surnommé Le Chanceux s'est noyé.

Le même jour, le facteur apporte une lettre confirmant que Le Chanceux est bien reçu à l'école de la gendarmerie, assurant ainsi, par son emploi de fonctionnaire un revenu sûr à toute sa famille. Pour ne pas perdre cette opportunité et sûrement pour continuer à voir vivre son fils préféré, la Mère impose au dernier de ses fils, Fayçal, surnommé Le Malchanceux de prendre la place de son frère.

"Je ne sais comment a germé l'idée.

Et je ne sais comment elle s'est propagée, mais je suis sûr de l'avoir perçue et entendue dans le silence assourdissant de la cuisine avant que la Mère ne l'eût dite. [...]

Ce fut la Mère -personne d'autre qu'elle ne le pouvait, bien sûr-, ce fut elle, et certainement avait-elle été la première à concevoir et faire circuler l'idée je ne savais comment, ce fut cette femme métamorphosée par la noyade d'un de ses fils qui asséna la sentence : "Ce n'est pas M'hammed qui est mort, c'est toi, Fayçal ! Et tu vas prendre sa place dans cette école."

Remarquablement bien écrit, ce livre est l'éveil du jeune homme de 20 ans à la vie adulte. Lui qui n'a jamais vraiment eu les attentions maternelles. Lui qui n'a toujours vécu qu'à travers l'admiration qu'il vouait à son frère. Lui qui comme son père n'a jamais réussi à s'imposer face à sa mère à la présence énorme, imposante et étouffante. Lui qui n'a pas pu développer sa vraie personnalité. C'est lui qui doit prendre la place de son frère mort. Encore une fois, il doit étouffer sa propre personne pour vivre.

C'est donc le roman de la question identitaire. Le roman des questions que doivent se poser beaucoup de jeunes nés au Maroc et désirant venir en Europe. Faut-il émigrer pour soi ? Pour sa famille ? Pour se construire ? Pour des questions purement pécuniaires ?

Un très beau roman d'une femme qui se met dans la peau d'un homme. Une écriture travaillée, accessible, directe, franche. Une ambiance pas toujours rose, mais finalement pas si sombre que cela.

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Le Corps de la France

Publié le par Yv

Le Corps de la France, Michel Bernard, Ed. La table ronde, 2010

Juin 1940, quelques jours avant l'appel de Charles de Gaulle, lorsque Paris fut déclarée ville ouverte, beaucoup de ses habitants désertèrent la Capitale. Parmi eux, sur les routes encombrées de l'exode, dans une Bugatti, un écrivain, Léon Werth et sa femme tentent de rejoindre leur maison du Jura, au sud de la ligne de démarcation. Ils croisent d'autres exilés, des soldats prisonniers. Durant ces mêmes journées, Henri Calet, autre écrivain, est fait prisonnier par les Allemands et est emmené dans un camp.

Je me demande encore pourquoi j'ai pris ce livre, tellement éloigné des mes attirances habituelles. Peut-être tenté par la 4ème de couverture ? Peut-être parce que l'auteur y parle d'écrivains anarchistes, anti-militaristes qui ont soit rejoint les forces françaises, soit ont soutenu comme ils le pouvaient celui qui n'était pas encore général, de Gaulle ? Une envie de savoir comment on peut passer d'un camp à un autre  ?

J'ai fait mon service militaire, n'y ai ressenti aucune fibre patriotique ; je ne l'avais pas avant et ne l'ai pas acquise depuis. Je n'ai ni fierté ni gloire à être Français. Je le suis, point ! Certes, je préfère vivre là que quasiment partout ailleurs au monde, notamment pour la qualité de vie, la possibilité de s'exprimer, etc, etc, ... Mais, je n'ai pas le sentiment d'être très différent d'autres habitants de la planète. C'est d'ailleurs une des raisons qui m'ont fait fuir le scandaleux, inutile, racoleur et nauséabond débat sur l'identité nationale dans lequel je n'avais rien à dire et ne me suis pas reconnu.

Je me permets cette petite digression, parce que dans ce livre, Michel Bernard y va un peu trop fort à mon goût dans l'exaltation de cette notion de patrie, de nation et ce sentiment de patriotisme. Il parle aussi d'une période dans laquelle ce sentiment a pu être exacerbé, à cause de l'occupation étrangère. L'auteur se lance dans des discours pompeux, des dithyrambes, et oublie la réserve ou le recul nécessaire à la crédibilité de son récit.

Par contre, il écrit de très belles pages sur Saint-Exupéry (grand ami de Léon Werth, à qui Le Petit Prince est dédié), sur de Gaulle aussi (lorsqu'il oublie un peu son admiration sans borne). Il parvient également à nous intéresser à Trenet, au Québec et à de Gaulle au Québec. Et surtout il m'a donné très envie de découvrir les écrits de Léon Werth et de Henri Calet dont j'ignorais totalement les existences avant cette lecture (et pourtant après l'avoir relue je me souviens de la dédicace du Petit Prince, mais le nom de Werth ne m'avait pas marqué). Je me dois d'ajouter que Michel Bernard a une très belle plume, très largement fréquentable, classique. Il aligne les phrases construites, les mots choisis et son texte est précis clair et limpide. On sent une écriture intemporelle qui sied à merveille à la période qu'il décrit.

Donc hormis mes réserves plus haut citées, je retiens de ce livre qu'il m'a donné l'envie de découvrir les écrits des deux "auteurs-héros", Léon Werth et Henri Calet dont j'ignorais les existences avant cette lecture. Finalement, n'est-ce pas une grande réussite que de donner cette envie au lecteur de découvrir ceux sur qui on écrit ?

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