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La folie Giovanna

Publié le par Yv

La folie Giovanna, Élise Galpérine, Ed. Nicolas Chaudun, 2012

De la fin du XIXème jusqu'à l'entre deux guerres, ce roman retrace la vie de deux sœurs, Giovanna et Louise, la narratrice, jeunes filles de bonne famille qui évoluent dans la belle société de cette ville du Vercors. Belles situations des parents, beaux mariages et belles situations des maris. Mais, même dans ce monde protégé, le malheur peut survenir. Sournois, il frappe là où il est sûr de faire le plus mal, dans l'innocence même d'un enfant. Dès lors, la famille se soude, mais se fragilise en même temps.

Une fois n'est pas coutume, je vais m'arrêter d'abord sur le livre-objet. On sent (dans tous les sens du terme, et oui, je n'ai pas hésité à humer les pages) la qualité : belle couverture (mais pourquoi ajouter une jaquette ?) et une mise en page très claire, très soignée ; le texte est étiré (environ 6/7 mots par ligne là où les autres livres en ont 10/11), ce qui peut donner l'impression de lire de la poésie. Un beau travail des éditions Nicolas Chaudun, que personnellement, je ne connaissais pas, ce livre est un partenariat avec Les Agents Littéraires que je remercie également de me faire faire des découvertes.

Venons-en maintenant au contenu : excellemment écrit quoiqu'un peu trop mélodramatique à certains endroits, c'est un livre sensible, tendre et touchant. Cette histoire qui se passe dans un monde qui m'est étranger : la bourgeoisie de Province est touchante parce qu'elle raconte la vie de ces deux femmes, très liées dans l'enfance, puisque sœurs avec un an d'écart mais que tout pourrait opposer ; leur mère affiche sans retenue sa préférence pour Giovanna, la plus belle : "Ma pauvre Louise ! Personne ne voudra jamais de toi, je le crains." Quelle méchanceté, quelle sottise aussi... elle pensait que son assertion était une vérité scientifique, en sorte que, lorsque le très beau et très brillant Adrien me fit la cour, que notre mariage se décida, elle ressentit non seulement une certaine jalousie, mais aussi la blessure de quelqu'un dont les prédictions s'avéraient fausses." (p.20) (Là, je me permets une petite remarque perfide, mais néanmoins de bon sens : "s'avéraient fausses" me gène un peu puisque s'avérer veut dire "rendre vrai" et donc, vous comprenez bien qu'on ne peut lui accoler l'adjectif "fausses" ; ceci étant dit, vue la qualité du bouquin, j'avoue que c'est vraiment une mesquinerie de ma part) ; leur mariage apportera la maternité à Giovanna tandis que Louise n'aura pas les joies de l'enfantement : "Mon ventre toujours vide et mes bras emplis des enfants des autres. Et voilà la jalousie, la jalousie profonde et amère. Comment combattre un sentiment qui reposait sur l'observation d'une évidence ?" (p.60). Malgré tout, la vie ne les sépare pas, leur complicité restera au-delà de leurs différences et de leurs chemins personnels. Louise sera très présente et sincèrement très affectée lorsque le sort s'acharnera sur l'enfant de Giovanna, son filleul. 

C'est un roman écrit tout en finesse, autant pour le style que pour la manière d'aborder les personnages : beaucoup de non-dits, beaucoup d'allusions, beaucoup de fragilités des uns et des autres. Les relations entre eux sont adroitement décrites, parfois de la tendresse, parfois de la jalousie, parfois même une once de moquerie. Une écriture élégante, fine, très joliment travaillée qui place ce récit totalement en phase avec son époque et la condition des gens qu'il décrit. Vraiment, je suis tombé sous le charme de l'écriture d'Élise Galpérine. Pour la petite histoire, lorsque Vincent des Agents Littéraires m'a proposé le livre j'ai hésité et j'ai accepté pour changer un peu des polars (très bons, certes) qu'il me propose habituellement, et fort heureusement pour moi ! Un dernier conseil pour la route ? Arrêtez immédiatement vos lectures et plongez dans ce roman immédiatement, si vous passez à côté, vous le regretterez !

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Le canyon

Publié le par Yv

Le canyon, Benjamin Percy, Albin Michel, février 2012

Justin entretient des relations difficiles avec son père Paul. Il lui est toujours soumis et ne réussit pas à lui tenir tête. Depuis la perte de leur second enfant, la vie de couple avec Karen n'est pas au beau fixe non plus. Paul, Justin et Graham, son fils,  décident malgré l'opposition de Karen qui craint pour la vie de son fils (un grizzly rôderait dans les parages)  d'aller passer un weekend à Echo Canyon comme le faisaient Paul et Justin auparavant. Echo Canyon qui vit ses derniers instants de nature vivante et tranquille puisque qu'un complexe immobilier est à la veille de prendre forme.

Pendant que les garçons partent dans la nature, Karen reste seule, courtisée par le promoteur immobilier et par Brian, un serrurier très perturbé depuis son retour de la guerre d'Irak.

Tout cela commence plutôt bien : l'auteur va droit au but, décrit ses personnages et les situations le plus simplement et le plus directement possible.

"Elle [Karen] est, était enceinte de cinq mois. Les médecins lui disent qu'elle a fait de la pré-éclampsie. En gros, son corps a fini par identifier le bébé comme un allergène et l'a expulsé. Lorsqu'elle explique cela à Justin, d'une voix que le Vicodin a rendue pâteuse, elle semble regarder au-dedans d'elle même et à l'extérieur en même temps, perdue dans de sombres pensées dans cette pièce trop vivement éclairée.

Quand l'infirmière vient contrôler les fonctions vitales de Karen, elle demande à Justin s'il désire voir le bébé, une fille. Il veut et ne veut pas. Le jour où son fils, Graham, est né, il était tout brillant, comme si le ventre de Karen l'avait poli, une pierre précieuse qu'ils serraient fort contre leur poitrine et se passaient avec d'immenses précautions. Ce bébé aussi ressemble à ça, sauf qu'il est plus petit, plus bleu." (p.16)

Une grande partie du livre consiste à ausculter les relations entre les différents protagonistes, à décrire leurs caractères, leurs questionnements, leurs cheminements intérieurs. C'est plutôt bien fait, Benjamin Percy inventant des héros mal dans leurs peaux et qui ont du mal à vraiment communiquer. Cependant, Brian, l'ex-marine est un rien stéréotypé : un ancien combattant qui revient détraqué par ce qu'il a vu, ce qu'il a vécu et ce qu'il a été obligé de faire pendant le conflit dans lequel il était engagé. On a déjà vu ou déjà lu ce genre de personnages, concernant notamment la guerre du Viet Nam. On s'attend dès le début à ce que le serrurier commette une bévue voire un drame. Mais le fera-t-il ? Quel suspense, Yv ! Tu es trop fort !

L'autre grande partie du livre est la nature de l'Oregon. Benjamin Percy la décrit lentement et assez précisément. Il parle surtout de ce qui va disparaître puisque -je le rappelle aux inattentifs- le canyon sera recouvert d'un complexe immobilier. Bon, au début, ça va. Mais, je me dois de dire ici, à la France entière, que dis-je, au monde entier ("Yv, c'est l'heure de prendre tes cachets !") que ça devient un petit peu long. La description du campement des garçons, leurs gestes quasiment minute par minute, ça me fatigue un peu. Et puis en plus, je n'aime pas le camping : on a froid, on ne dort pas bien, on ne mange pas bien et souvent froid ou tiède. Non, je préfère nettement un bon hôtel -un quatre étoiles au moins cela va sans dire. Là, au moins, on prend soin du client. Si j'ajoute qu'un ours rôde autour du campement de Paul Justin et Graham, qu'en outre il y a des bruits bizarres, vous avouerez qu'une suite au Sofitel de New York, c'est quand même mieux, non ? Sauf si l'on est femme de chambre, certes, je vous le concède !

Bon revenons à notre campement : un peu longs les passages sur les grands espaces (peut-être Keisha est ses désormais célèbres lectures nature-writing appréciera).

Mais il y a quand même du très bon dans ce roman : du début à la fin un suspense monte, tant pour les campeurs aux prises avec leurs peurs, leurs angoisses et une éventuelle visite d'un éventuel ours que pour Karen qui ne sait pas qu'elle est la cible de l'étrange fascination de Brian le détraqué. A tout moment du livre tout est possible, et là, Benjamin Percy tient bien son lecteur, il ménage ses effets, alterne les moments plus calmes avec des situations plus tendues. Il y a des affinités avec les très bon Sukkwan island de David Vann, mais là, on n'est plus dans le grand nord mais en Oregon. 

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Le glacis

Publié le par Yv

Le glacis, Monique Rivet, Métailié, 2012

Laure est une jeune enseignante qui vient travailler à El-Djond, en Algérie, à la fin des années 50. Ses maladresses, son attitude d'entraide et de recherche de l'autre quel qu'il soit vont lui attirer des regards et des ennuis de la part des colons français et des autorités autant françaises que le FLN. 

Monique Rivet a écrit ce livre dans les années 50, alors qu'elle était à peu près du même âge que son héroïne et qu'elle était comme elle en Algérie, mais ne l'avait jusqu'ici pas publié. Ce récit se lit comme un état des lieux d'une jeune Française avide de rencontres, de connaître l'autre autant le colon que le colonisé à un moment où la tension monte sérieusement entre l'armée française et les fellagas. A cette époque on ne parle pas encore de guerre :

"Je lui demandai si on y avait toujours connu cette ségrégation des communautés ou si c'était un phénomène dû à la guerre.

- La guerre ? Vous appelez cela une guerre ? Nous ne faisons pas une guerre, nous rétablissons l'ordre public. Quant aux communautés, si elles vivent séparées, c'est que cela leur convient, nous n'en avons pas fait une obligation.

Un peu plus tard, comme nous traversions le jardin pour sortir du cercle, Elena me reprocha le mot guerre :

- Ici on dit les événements, au cas où vous n'auriez pas remarqué." (p.14)

Puis Laure s'attirera d'autres remarques en sympathisant avec des jeunes femmes algériennes, en les invitant dans des endroits qu'elles ne fréquentent pas habituellement remplis de femmes françaises, et puis des réponses cinglantes lorsque par exemple elle visite une ferme exploitée par un colon : "Nous avions vu les logements réservés aux ouvriers ; des barbelés les entouraient et j'avais trouvé étrange qu'on mette derrière des barbelés des hommes supposés libres ; réflexion que j'eus la sottise de formuler tout haut et qui m'attira cette réplique de Saragossa : "ils sont tout à fait libres, libres de retourner dans leurs mechtas pour y crever de faim si ça leur plaît. Les barbelés, c'est pas pour les empêcher de partir, c'est pour la protection des bâtiments." (p.61)

Laure est une jeune femme libre et qui entend le rester jusque dans ses amours avec Felipe, mais qui vit au mauvais endroit au mauvais moment. Un beau récit, écrit simplement comme une chronique de la vie dans cette petite ville algérienne dans laquelle les peurs augmentent, les délations vont bon train et les gens qui ne veulent ou ne peuvent choisir un camp sont montrés du doigt, voire beaucoup plus si inimitiés.

Un livre qui permet de plonger en plein cœur de la guerre d'Algérie vue ni par un militaire venu maintenir l'ordre ni par un fellaga, mais par un simple témoin désireux de vivre en harmonie et en bonne intelligence avec tous. Une lecture instructive pour s'informer à froid des événements.

Pour finir l'explication du titre du livre : "Le "glacis", au nord de la ville, c'était une grande avenue plantée d'acacias qui séparait la ville européenne de la ville indigène. Une frontière non officielle, franchie par qui voulait et gravée pourtant dans les esprits de tous comme une limite incontestable, naturelle, pour ainsi dire, à l'instar d'une rivière ou d'une orée de forêt. Ce qui était singulier, ce n'était pas la ségrégation des communautés, habituelle dans ce pays, c'était l'avenue elle-même, comme tirée au cordeau, sa largeur agrémentée d'un terre-plein, la longueur de sa ligne droite, et davantage encore ce nom de glacis qu'elle devait à un fondateur largement oublié malgré une rue dédiée à son souvenir." (p.129)

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L'homme à tête de chou

Publié le par Yv

L'homme à tête de chou, Alain Bashung, Barclay, 2011

Pour un spectacle de danse contemporaine de Jean-Claude Gallota, Alain Bashung a accepté de reprendre ce qui est sans doute l'un des deux ou trois plus beaux albums de Serge Gainsbourg. Un album concept autour d'une shampooineuse nommée Marilou.

Bashung pose sa voix sur les mots de Gainsbourg et sur ses musiques réarrangées, réorchestrées. Et comment dire sans détour  ? Ça l'fait ! Vous rendez-vous compte, moi un amateur (voire fan) de Bashung autant que de Gainsbourg (moins de Gainsbarre) ? Les deux dans un même album doublement posthume. Il y avait bien eu un album de Bashung écrit par Gainsbourg (Play Blessures), encensé par la critique et boudé par le public (ce n'est pas mon préféré, mais à l'époque, 1981, je n'écoutais pas vraiment de musique). Non mes albums préférés de Bashung sont Novice, Chatterton, Fantaisie militaire et L'imprudence. Ceux de Gainsbourg que je préfère sont tous ceux jusqu'à ses albums reggae, après, ça me va moins bien. 

Ce L'homme à tête de chou version Bashung est excellent : les reprises sont sensibles, à la fois proches de l'original -on sait que c'est Gainsbourg qui à fait ces chansons-, mais Alain Bashung se les approprie formidablement sans trop en faire. Il reste sobre, sa voix fragile se place parfaitement sur les titres phares comme Marilou Reggae ou Marilou sous la neige. Les neuf minutes de Variations sur Marilou sont un vrai régal ! Ajoutons à cette voix des arrangements qui sonnent bien avec entre autres Erik Truffaz à la trompette et vous comprendrez que ce disque passe quasiment en boucle à la maison.

Merci Isabelle et Eric qui se reconnaîtront.

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L'assassin éthique

Publié le par Yv

L'assassin éthique, David Liss, Ed. JC Lattès, 2012

Lem Atlick est un jeune étudiant qui vend des encyclopédies au porte-à-porte pour payer ses futures études à l'université de Columbia. Il arpente les rues d'une bourgade constituée de mobile homes. Un jour qu'il est en train de conclure une vente, un homme entre dans le mobile home et tue le couple acheteur, laissant la vie sauve à Lem pour peu qu'il ne parle pas, sous peine de porter le chapeau. "Je n'étais pas censé me trouver là. J'avais été accepté à la Columbia University, mais mes parents avaient refusé de payer l'inscription. Tout ce que je voulais, c'était gagner de l'argent pour la fac, point final. Rien de tout ça ne me concernait ; j'ai fermé les yeux dans l'espoir que tout allait disparaître. Ça n'a rien changé." (p.34)

Tout est dans le titre : l'assassin est éthique, qui tente d'expliquer ses gestes, qui tente aussi de convertir tous les gens qu'il rencontre au végétarisme voire au végétalisme. Il est empli de pensées et de théories dans beaucoup de domaines. Ceux pré-cités bien sûr, mais aussi les vraies raisons pour lesquelles on met les gens en prison, les violences faites aux animaux, ... A chaque fois qu'il aborde un sujet, l'auteur pose des questions poussant son raisonnement jusqu'aux imites de la raison. On se retrouve donc parfois aux frontières de l'absurde, mais évidemment avant d'en arriver à ce point, le lecteur -moi, en l'occurrence- se pose des questions sur ses propres pratiques, ses propres raisonnements et ses propres pensées. Un peu comme lorsqu'on converse avec des amis et que l'un d'entre eux pousse toujours le bouchon un peu plus loin, pour nous pousser dans nos retranchements, jusqu'au moment ou on l'envoie promener gentiment ou moins élégamment, tout dépend du degré d'intimité et d'amitié.

Il y a des passages dans ce livre qui sont extrêmement drôles ou cyniques voire les deux en même temps, comme lorsque le chef d'équipe des vendeurs expose les techniques de vente ou lorsqu'il explique ce qu'est le "moochie" : "Le moochie, ce sont les jouets en plastique, les carillons éoliens, les décorations de Noël tape-à-l’œil qu'on installe trop tôt et qu'on laisse jusqu'au mois de février, tout ce qui suggère que les gens qui vivent là aiment dépenser de l'argent qu'ils n'ont pas pour des choses dont ils n'ont pas besoin ou dont leurs enfants n'ont pas besoin -voilà à peu près ce qu'est le moochie." (p.16) Ou encore lorsqu'il précise que la cible visée est la catégorie des gens pauvres, car l'encyclopédie peut leur apporter ce qu'ils ne peuvent offrir à leurs enfants : un avenir par la connaissance.

Ce roman noir est aussi une vue désabusée des États-Unis d'Amérique, entre rêve et réalité. Le fameux rêve américain dont on nous rebat les oreilles un peu partout : "Là-bas, tout le monde peut réussir, avec une bonne idée et de la volonté" est un leurre : ce pays charrie un nombre impressionnant de pauvres, de gens qui ne "réussissent" pas, non pas parce qu'ils n'ont pas de volonté ou de courage, mais parce qu'ils n'ont pas la chance d'être au bon endroit, d'avoir un minimum d'argent au départ. "Certains jours, toutes ces personnes m'inspiraient presque de la condescendance. Ces personnes qui m'observaient d'un air vide tandis que je leur servais mon speech appris par cœur, je les méprisais pour leur apathie, que je jugeais responsable de leur condition sordide. Je pensais que c'était cette mollesse qui les avait menés, et mènerait plus tard leurs enfants, à vivre dans un mobile home déglingué. Parce qu'au fond, ils s'en foutaient." (p.248)

Et l'intrigue me direz-vous impatients que vous êtes de savoir si ce livre a toutes les qualités ? Eh, bien, plutôt bien, et surtout David Liss la complique à souhait en rajoutant des faux indices, des intrigues mineures qui embrouillent l'intrigue majeure. Pour le plus grand plaisir du lecteur, qui lui, du fait de la multiplicité des narrateurs en sait plus que Lem et le voit avec plaisir tenter de se dépatouiller de cet imbroglio. Tout s'explique à la fin, à la toute fin pourrais-je même dire.

A me lire vous aurez compris tout le bien que je pense de ce roman qualifié par The Washington Post de "thriller décapant et à mourir de rire sur l'Amérique d'aujourd'hui !". Je n'aurais pas mieux dit. Ils sont forts ces Étasuniens !

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Au pays des kangourous

Publié le par Yv

Au pays des kangourous, Gilles Paris, Don Quichotte, janvier 2012

Simon a neuf ans. Il vit dans un bel appartement parisien avec son père Paul, écrivain, ou plutôt nègre pour des "stars" ou personnes plus ou moins connues désireuses "d'écrire leurs mémoires" et sa mère Carole, très souvent absente en voyage professionnel en Australie : elle est femme d'affaires pour la société Danone. Simon est très proche de son père, beaucoup moins de sa mère qui maintient une distance entre eux. 

Un matin, lorsque sa maman est encore en voyage, Simon trouve son papa dans le lave-vaisselle. Lola, la grand-mère originale et fantasque est appelée à la rescousse et va s'occuper de son petit-fils le temps que Paul est interné pour dépression. En visitant son père, Simon fait connaissance d'une étrange petite fille aux yeux violets, Lily.

Gilles Paris est aussi l'auteur d'Autobiographie d'une courgette et il reprend là le même angle de vue, celui d'un enfant. Je ne suis pas très fan du procédé qui cache souvent un manque de profondeur, et qui paraît un peu "facile". Mais force est de constater que Gilles Paris s'en sort très bien. Son parti pris de faire parler un enfant est au contraire pour lui une manière d'aller chercher les fêlures des adultes, de les triturer et de les faire passer par les yeux de l'innocence, ce qui permet de relativiser beaucoup de choses, de se poser des questions sur ce à quoi, nous adultes pouvons parfois accorder de l'importance et qui finalement n'est pas primordial. 

Ce procédé permet aussi de mettre de la fraîcheur dans une situation pas toujours gaie : "Le métier de maman, c'est de voyager en Australie. Elle est directrice de marketing chez Danone. Oui, le yaourt. Alors, quand je suis triste et que maman me manque, je vide six yaourts à la pêche, lentement, à la petite cuiller, et je l'imagine chevauchant un kangourou dans le bush, jusqu'à ce que le sourire revienne sur ma bouche. Le bush, dans le dico de papa, c'est la forêt australienne grande comme huit mille fois Paris." (p.11) Tout passer par le prisme d'un enfant permet de dédramatiser, de mettre de l'humour, du sourire là où un avis d'adulte appesantirait le message. L'écueil, c'est de paraître un peu lisse, un peu trop léger et c'est vrai que malgré des situations lourdes, comme dans son roman précédent, Gilles Paris écrit un roman optimiste ; mais l'optimisme ne signifie pas forcément légèreté. Pour ma part, étant persuadé que le rire ou le sourire voire l'optimisme permettent de faire passer autant voire plus de messages que la noirceur ou la tristesse, j'avoue m'être plusieurs fois interrogé sur telle ou telle situation décrite par l'auteur. Dois-je revoir parfois la hiérarchie de mes priorités quotidiennes ? Et si je tentais moi aussi de voir mes pratiques par l'oeil des enfants présents chez moi, qu'est-ce que cela pourrait changer ? En outre, je peux sans souci m'identifier à Paul étant moi-même père à la maison et donc astreint aux mêmes contingences quotidiennes, aux mêmes tâches et devoirs mais aussi et surtout aux mêmes plaisirs de pouvoir profiter des enfants, grands et petits pour moi. Par contre, pas pour tout ! "Des fois, la musique passe sous sa [celle de Paul] porte et je reconnais Mylène Farmer, Black eyed Peas ou Jay-Jay Johanson." (p.29) Bon, je veux bien pour Jay-Jay Johanson, j'aime bien (tiens, d'ailleurs, ça me fait penser que je pourrais le téléch... euh, non, aller acheter son CD), mais pour les autres, Black Eyed Peas, je veux bien de temps en temps lorsque mon garçon l'écoute, mais Mylène Farmer, non, là c'est trop dur pour moi !

Mon petit -tout petit- bémol viendrait des rêves de Simon, un peu longs à mon goût et trop présents, mais bon, c'est vraiment mon côté mauvais esprit qui me titille et m'empêche d'adhérer en totalité au livre, parce que c'est une toute petite remarque comparée à tout ce que j'ai aimé dedans. Notamment les personnages : Lola, la grand-mère est haut-en-couleur, très atypique. J'ai très envie de la rencontrer elle et ses copines, "les sorcières" ainsi que Fortuné, tous personnages secondaires certes, mais très présents -et heureusement pour Simon et Paul.

En résumé, si vous avez aimé Autobiographie d'une courgette, vous aimerez Au pays des kangourous, on y retrouve la même tendresse, la même candeur, la même innocence enfantine qui permet de décrypter les attitudes des adultes ; si vous n'avez pas lu Autobiographie..., eh bien, vous avez tort, mais vous pouvez vous rattraper avec ce roman. Bonne lecture détente -mais pas que- à vous.

Merci à Gilles Paris pour le petit mot personnel et merci à Olivia des éditions Don Quichotte.

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Microfrictions

Publié le par Yv

Microfrictions, Jan Thirion, Ed. L'atelier In8, 2011

Selon l'éditeur, une microfrition "c'est une histoire ultra courte (elle tient sur une carte postale) pleine de malice, voire de l'humour grinçant". C'est donc un recueil tout à fait original que j'ai ouvert récemment : des histoires écrites sur de vraies cartes postales illustrées. C'est vraiment très bien. D'abord parce que le texte est comme le dit l'éditeur drôle et grinçant, mais aussi décalé, pas banal, construit comme une nouvelle avec une chute réduite à une phrase ou un mot. Ensuite, les illustrations sont très différentes les unes des autres : certaines un peu kitsch, d'autres plus modernes, actuelles, drôles, enfantines ou pour adultes, ... Et enfin, pour peu que vous ayez des enveloppes, eh bien vous pouvez en faire profiter belle-maman, un enfant, une vieille tante ou encore un(e) fiancé(e) ou toute autre personne de votre choix. Il y en a pour tous ! Voici, juste pour donner envie -et peut-être deviner les futurs heureux destinataires de vos missives- les premières phrases de 5 microfrictions : 

"Je ne sais pas si je suis un vrai con ou si je fais ça pour le bonheur des gens."

"Je suis arrivé à l'usine avec le fusil. J'ai l'intention d'en finir avec Gégé."

"Je n'ai pas envie de ma foutre en l'air sur la Harley."

"Depuis que je pratique l'escalade, je n'ai de pensée que pour la fermeture éclair."

"Chaussettes humides à la main, je me tire à toute vitesse avant que les flics ne rappliquent."

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Virginia et Vita

Publié le par Yv

Virginia et Vita, Christine Orban, Albin Michel, janvier 2012

1927, Virginia Woolf habite avec son mari éditeur Léonard leur maison "Monk's House". Tout près réside Vita Sackville-West, dans le château paternel. Vita est elle-même une écrivaine-poétesse reconnue. Au contraire de Virginia, elle est d'ascendance aristocratique, riche et affiche sans pudeur ses amours bi-sexuelles. Ce roman de Christine Orban raconte la passion entre ces deux femmes ainsi que la genèse du livre le plus connu de Virginia Woolf, Orlando.

Virginia Woolf n'est pas présentée comme une personne gentille, désintéressée ; elle est envieuse, jalouse de l'argent de Vita, de son aisance en société, de l'affichage quasi public de ses relations extra maritales et homosexuelles avec plusieurs femmes. Virginia, elle, est tourmentée par son amour pour Vita. Elle n'ose pas en parler, ne veut surtout pas que cela se sache. Elle intériorise tout et c'est pour extérioriser qu'elle crée son personnage d'Orlando qui deviendra le héros de son roman. Virginia n'est pas simple à vivre non plus n'hésitant pas à rabrouer les gens qu'on lui présente, comme cette jeune femme, amie de son beau-frère qui veut être écrivaine :

"- Vous écrivez ? répéta Virginia comme si elle en doutait

L'autre, effrayée, confirma d'un signe de la tête.

- Et vous avez un éditeur ?

- Non, souffla la jeune fille tremblante d'émoi [...]

- Si vous n'avez pas d'éditeur, vous avez peut-être un maître à penser ?

- Non..., murmura une fois encore la jeune fille, décontenancée

- Vous avez tout de même lu Proust ?

- Non.

- Alors, quoi ? demanda Virginia de sa voix profonde et moqueuse [...]

Mais la jeune fille perdit pied comme si elle se noyait et plus un son ne sortit de sa bouche. Virginia se tourna vers l'assemblée tel un toréador triomphant. "N'est-ce pas que cette Béa est stupide et ignorante ?" semblait-elle vouloir dire [...] (p.60/61)

Virginia est fière, a mauvais caractère, est de constitution fragile et sujette aux dépressions, mélancolique comme on disait à l'époque. Elle a déjà fait des tentatives de suicide et a régulièrement des crises de folie. 

Par petites touches successives, Christine Orban dresse le portrait de cette auteure et des relations qu'elle entretenait avec son entourage. De sa folie qui ne demande qu'à sortir au grand jour. Elle est de la trempe des grands écrivains de génie dont le caractère n'est point lisse et parfois difficile à supporter pour leurs entourages. C'est plutôt fin, mais il faut bien le dire un rien répétitif et ennuyeux. Si le début est intéressant, le livre traîne un peu en longueur. Certes, l'on peut toucher du doigt le processus d'écriture d'un grand livre. Bon, je dis ça, mais en fait, je n'ai jamais lu V. Woolf et ce n'est pas ce roman qui m'en donne l'envie ni le dégoût d'ailleurs. Non, je suis resté un peu en retrait de cette passion entre les deux femmes et de la naissance d'Orlando.

Pour résumer : très bon début, puis un livre qui traîne en longueur pour ce roman de Christine Orban dont j'avais bien aimé le précédent : Le pays de l'absence. Dernière précision, après je ferme, ce roman est la version intégralement revue d'un roman de l'auteure paru en 1990 sous le titre Une année amoureuse de Virginia Woolf.

Merci Davina de chez Gilles Paris.

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Ça coince ! (2)

Publié le par Yv

 

Francesca, Sara Poole, Éd. MA, 2011

"Rome, été 1492. Dans les entrailles de la ville éternelle, le mal s’est réveillé. Le meurtre brutal d’un alchimiste va déclencher une course désespérée pour mettre au jour un complot visant à éteindre la lumière de la Renaissance pour replonger l’Europe entière dans les ténèbres moyenâgeuses. Déterminée à venger l’assassinat de son père, Francesca Giordano défie toutes les convenances en s’octroyant la charge d’empoisonneuse au service de Rodrigo Borgia, l’homme à la tête de la plus célèbre et la plus dangereuse famille d’Italie. Elle devient la confidente de Lucrèce Borgia et l’amante de César Borgia." (4ème de couverture)

Tentant, n'est-il pas ? Comme la charmante demoiselle sur la couverture peut le laisser penser. Certes, mais bavard et long ! Pas d'intérêt particulier : écriture banale et sobre, dialogues creux. Dommage, Francesca avait l'air un rien mutin mais farouchement indépendant, ce qui, en 1492, est assez rarement des qualités que l'on donne aux femmes.

 

La soeur, Sandor Marai, Albin Michel, 2011 

"En 1939, un pianiste hongrois en pleine gloire est brusquement hospitalisé à l'issue d'un concert à Florence, victime d'un mal mystérieux.

Il va passer trois mois en proie à de grandes souffrances, dans un état quasi-hallucinatoire parfois, tandis que quatre infirmières, des religieuses à la fois bienveillantes et un peu inquiétantes, lui dispensent l'oubli à coups de morphine. Ce sont ses "rendez-vous chimiques" qu'il attend avec l'impatience d'un amant. Tandis qu'au-dehors la guerre se déchaîne, Z mène à huis clos un combat contre un mal intérieur dont il cherche les causes. Il revisite la relation passionnelle qu'il entretient depuis plusieurs années avec une femme mariée, belle et frigide. Un bonheur qui se nourrissait du manque et du déni. Mais la dépossession de soi qu'engendre la maladie est peut-être le premier pas vers une renaissance." (4ème de couverture)

Autant j'avais aimé Les Braises de Sandor Marai, autant là, je ne réussis pas à m'intéresser à cette histoire, écrite peu après pourtant, dans les années 1940. L'introduction de près de 80 pages est longue et la mise en route ardue. Et puis, après cette entrée en matière décevante pour moi, j'ai eu du mal à passer outre mes premières impressions. Il peut en être ainsi parfois des rencontres avec de grands écrivains, néanmoins, je garde ce bouquin tout près et tout prêt au cas où, un jour de meilleure disposition, je voudrais m'y remettre.

 

Black Mamba boy, Nadifa Mohamed, Ed. Phébus, 2011

"Ce premier roman de Nadifa Mohamed débute à Aden, au Yémen, en 1935. Il retrace la vie mouvementée de Jama, un enfant des rues dont le père a disparu peu après la naissance et dont la mère lui jure qu’il est né sous une bonne étoile. À la mort de celle-ci, Jama part à la recherche de son géniteur. Ce périple rendu incandescent par la croyance en une terre promise, lui fait traverser l’Abyssinie, la Somalie, l’Érythrée, le Soudan, l’Égypte et la Palestine. Mais chaque frontière franchie se révèle source de déception. Les décennies passent, les empires coloniaux s’effondrent, le monde change, cependant Jama l’aventurier demeure un laissé-pour-compte, malgré le serpent tatoué sur son bras, le fameux mamba noir. Évocation puissante de contrées en proie à la guerre, mais aussi roman de formation, Black Mamba Boy est une véritable épopée qui nous fait mieux comprendre le destin de cette partie du globe." (note éditeur)

Malgré ce résumé très tentant, je n'ai pas réussi à entrer dans l'histoire, à m'intéresser à Jama et les autres. C'est un peu frustrant, d'autant plus que j'avais très envie de lire ce roman. Mais bon, quand ça ne veut pas, je ne me force pas... tant  pis pour moi !

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