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L'astronome aveugle

Publié le par Yv

L'astronome aveugle, Anne-Catherine Blanc, Ed. Ramsay, 2009
Dans un royaume dont on ne connait que peu de choses si ce n'est qu'il est au bord de la mer, l'astronome officiel du roi depuis de longues années devient aveugle à force de scruter les étoiles. Renonçant à ses privilèges, accompagné de son chat et muni de sa canne et d'une écuelle, il part tel un vagabond sur les routes. Cette errance le mènera dans un phare. Il rencontre alors le gardien de ce phare qui devient son ami.
Roman écrit dans une langue étonnante "enluminée de références médiévales". (4ème de couverture). Les tournures de phrases, la place des mots dans icelles et le choix des mots fleurent bon le vieux français et donnent à l'histoire une dimension unique. Ces choix l'ancrent dans une époque lointaine et un peu irréelle et lui donne un air de conte ou de fable. Très bel exercice de style.
Belle réflexion aussi sur l'indépendance des hommes tant physique qu'intellectuelle. L'astronome, bien qu'il ait été au service du roi pendant très longtemps a gardé un esprit libre, ouvert, curieux et critique : il ne cède par exemple pas à la croyance en une religion -en ces temps de forte présence de l'Eglise- ni même en celle qui le faisait vivre pourtant : la divination par les astres, qu'il considère comme non exacte et tout juste bonne à rassurer le "client" pour peu que l'astronome soit assez intelligent pour enjoliver son propos. Un espèce d'anarchiste avant l'heure : l'image de l'astronome qui me venait au fur et à mesure de ma lecture, et qui me reste après se situe entre Léo Ferré -pour l'anarchie- et Panoramix -qui certes n'est pas astronome, mais druide. Mais que voulez-vous, on ne contrôle pas toujours les images !
Le livre donc est surprenant par son style, les situations et l'époque décrites et ses personnages : l'astronome certes, mais aussi son chat omniprésent, intelligent qui guide l'aveugle, le prévient des dangers et l'aide à sa réflexion personnelle. Pas mal pour un chat, qui, parfois, dans certains passages, m'a fait penser au Chat Botté. Je vous l'ai dit : un conte ou une fable !
Merci à l'éditeur et à B.O.B pour cet envoi qui m'a ravi.

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Meurtres en sérail

Publié le par Yv

Meurtres en sérail, Charaf Abdessemed, Ed. Métropolis, 2002
A Alger, ces dernières semaines plusieurs femmes de dignitaires sont assassinées. A chacune, le meurtrier à coupé le gros orteil gauche. L'enquête incombe à un médecin légiste, Farid Ouz, assisté d'un flic "pas très net", Hani. Ils doivent faire vite pour coincer ce tueur en série, dans un pays qui n'a jamais connu de tels meurtriers et dont les responsables se refusent à penser qu'un assassin de cette sorte puisse être algérien.
Bon, disons-le tout de suite, ce livre ne brille pas par la qualité de son intrigue policière. En effet, les crimes s'accumulent sans que personne ne bouge, et la découverte du meurtrier en toute fin du roman ne déclenche pas des "Oh" et des "Ah" de surprise. Non, ce qui est intéressant, c'est le contexte : l'Algérie, au sortir (?) de la vague d'attentas commis par le GIA. C'est aussi la vie quotidienne des Algériens : la pauvreté et la débrouille, voire l'escroquerie, souvent au profit des déjà nantis. L'omniprésence de l'Etat et sa corruption au plus haut niveau. Les traditions très ancrées : les mariages arrangés, la condition féminine plus que bafouée. L'intégrisme présent dans toutes les rues et les mosquées.
Ne lisez pas ce livre comme un roman policier, mais comme un roman qui décrit la société algérienne. Voici ce qui définit l'auteur et son livre en quatrième de couverture. J'adhère totalement : "Pour ce premier roman, l'auteur a choisi la dérision et l'écriture policière pour dénoncer le marasme dans lequel se trouve son pays natal." L'auteur est né à Alger. Il est médecin et vit a Genève.
Livre emprunté suite à l'article de Pom'.

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Les inséparables

Publié le par Yv

Les inséparables, Marie Nimier, Gallimard, 2008
Léa et la narratrice sont amies. L'auteure relate leur enfance, puis leur adolescence et en pointillé une partie de leurs vies de femmes. Elles sont inséparables petites, s'éloignent par courts moments à l'adolescence, puis plus longuement lorsqu'elles sont adultes, chacune suivant un chemin bien distinct. Le théâtre et l'écriture pour l'une. La drogue et la prostitution pour l'autre. 
D'une belle écriture, claire, simple Marie Nimier s'étend sur son amitié avec Léa, puisque ce roman est en grande partie autobiographique. Une amitié forte, quasi exclusive, qui ne souffre d'aucune ambiguïté. Elle dresse un constat dur, réaliste sur la vie, sur les dérives (drogues, prostitution, ...). En marge de ce constat, elle pose des questions simples, sans détours :  à quoi tient un destin ? Pourquoi l'une s'en "sort bien" et l'autre dérive dangereusement ? Léa serait-elle la face cachée -la face noire- de la narratrice, ou vice-versa ?
Pas de réponses à ces questions dans ce livre -mon premier de cette auteure-, mais y-en-a-t-il vraiment, des réponses toutes faites à ces interrogations ? Un petit extrait pour finir :
"J'aimais la voix traînante de Léa, ses cheveux roux, son incroyable vitalité. Nous nous comblions, est-ce qu'on peut dire cela ? Se combler, comme deux pièces de puzzle qui s'ajusteraient parfaitement, mais ne viendraient pas de la même boîte. [...] Il n'est pas besoin d'aller très loin, parfois, pour être dans un autre monde."

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Magasin général

Publié le par Yv

Magasin général, Loisel et Tripp, Casterman, 2009
Chronique de Notre-Dame-des-lacs, un village du Québec, dans les années 1920. Félix Ducharme, le propriétaire du Magasin général, plaque tournante du village vient de mourir : il regarde et raconte son village de là-haut. Marie, sa jeune et jolie veuve reprend le magasin dans lequel toutes les familles viennent s'approvisionner.
Dans la version que j'ai sous les yeux, les trois premiers tomes sont regroupés, ce qui permet d'avancer assez vite dans cette histoire. Parce qu'une fois qu'on l'a commencée, on a très envie de connaître la suite, mais pas forcément la fin : les personnages sont tellement sympathiques qu'on veut les voir évoluer (un tome 4 et un tome 5 sont sortis si mes renseignements sont bons). L'histoire est donc une belle chronique villageoise, avec ses hauts et ses bas, les habitants rieurs, les râleurs, les bigotes, le curé, le simple d'esprit... et ici, la jolie veuve Marie qui se démène pour tenir son magasin. Les dessins sont beaux, agréables -Tripp et Loisel dessinent des "tronches". Le scénario n'est pas extraordinairement original, mais ce n'est pas le but, puisque les auteurs racontent les vies simples de gens simples. J'ai pris beaucoup de plaisir à lire ces trois tomes et je crois que je vais m'empresser de chercher les deux suivants.

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Les Armées

Publié le par Yv

Les Armées, Evelio Rosero, Métailié, 2008
San José, village colombien. La vie y est paisible et Ismael, vieux professeur à la retraite passe son temps, grimpé sur une échelle, à cueillir des oranges, dans son potager mais principalement à épier sa jolie voisine, Geraldina qui prend le soleil entièrement nue. Ni celle-ci ni son mari ne s'en offusquent. Seule Otilia, la femme d'Ismael en éprouve une grande honte. Mais un jour, tout ce petit bonheur éclate, lorsque des bandes armées attaquent le village. Des habitants sont assassinés, d'autres enlevés, d'autres encore s'enfuient.
Tout commence comme une belle chronique villageoise, paisible, agréable, et puis l'histoire bascule : il est difficile de ne pas se perdre entre toutes les bandes armées en action. Celles qui attaquent. Celles qui défendent. Sont-ce des militaires, des para-militaires, des narco-trafiquants, des guérilleros, ...? Et somme toute, peut importe. La chronique du village devient un enfer, les maisons des ruines et les habitants des fantômes qui préfèrent s'en aller ailleurs, sans malgré tout être sûrs de rester en vie.
Roman qui fait froid dans le dos lorsqu'on pense qu'il est écrit très récemment (paru en 2007 et traduit en 2008) et qui décrit la réalité des villages colombiens.
N'oublions pas qu'outre la très médiatique Ingrid Bétancourt libérée récemment, de nombreux otages sont actuellement aux mains des diverses factions armées colombiennes. Tous ne sont pas aussi connus, beaucoup sont colombiens, enlevés dans leurs villages ; les kidnappeurs demandent de grosses sommes d'argent que les familles sont bien incapables de payer, prolongeant ainsi leur calvaire.
Evelio Rosero parle aussi de l'instabilité politique de son pays, de son incapacité à empêcher ces exactions. Son constat est édifiant et terrible. Roman fort à découvrir.

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Le sommeil délivré

Publié le par Yv

Le sommeil délivré, Andrée Chedid, Flammarion, 1952
Samya, jeune femme égyptienne tue son mari de deux coups de revolver. Elle est handicapée, ne peut marcher et garde le lit depuis plusieurs années. Ainsi débute le roman. Ensuite, flash-back, Samya raconte son histoire de petite fille en Egypte, puis de très jeune femme -15 ans- mariée de force à un homme beaucoup plus vieux qu'elle, qui la délaisse et préfère de loin la gestion de son domaine.
Andrée Chedid raconte une vie tragique, un destin de femme brimée, obligée au silence et à l'obéissance aveugle aux hommes : père, frères ou mari. C'est terrible parce qu'on sent que Samya a de nombreuses envies, beaucoup de rêves et des capacités à les réaliser, mais rien ne pourra lui permettre de passer outre les choix de son père d'abord et de son mari ensuite. Ce roman écrit en 1952 a de cruels retentissements en ce début de XXIème siècle !
Dans une langue classique, qui décrit admirablement le pays, les odeurs et les personnages -notamment les femmes, parce que malgré ce que croient les hommes, ce sont elles qui font la vie des villages-, l'auteure livre un roman prenant, "pur et sobre", dans la lignée de ce que j'ai déjà lu d'elle, il y a longtemps : L'enfant multiple (très bon et très beau roman) et surtout : L'autre (absolument magnifique et gracieux) ; j'ai d'ailleurs maintenant très envie de les relire.
Andrée Chedid sait décrire les petites gens du Moyen-Orient, les situations tragiques (femmes brisées, guerres, attentats, ...). La lecture de ses livres me laisse toujours une impression de mélancolie, de "tristesses surannées" comme dit Bashung dans Tant de nuits (dans l'album Bleu Pétrole). Pas le côté plombant de certaines œuvres d'autres auteurs, mais cette petite musique à la fois belle et mélancolique qu'on a envie de retrouver. Un peu comme dans les chansons de Bashung pour reprendre ma citation musicale.

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L'homme que l'on prenait pour un autre

Publié le par Yv

L'homme que l'on prenait pour un autre, Joël Egloff, Buchet-Chastel, 2008
Le narrateur est un homme au physique commun. Tellement commun que tout le monde le prend pour un autre, une personne de sa connaissance, le présentateur de la météo, parfois quelqu'un de très proche. Ces quiproquos débouchent évidemment sur des situations diverses et burlesques.
A le lire, je me suis dit : "je vais résumer ce livre en une phrase : de l'art de ne rien dire en 200 pages, mais avec talent !" Et puis, réflexion faite, aux détours des situations loufoques, Egloff aborde sans qu'il n'y paraisse, la solitude, la vieillesse, l'usure du couple. Tout cela par touches délicates et fines. En outre, il use d'un genre que j'adore : l'absurde, les répétitions, les réflexions internes du narrateur poussées à l'extrême, la moindre futilité amenant une réflexion longue, profonde et inutile.
Malgré le manque de lien entre les chapitres -on pourrait croire plus à des nouvelles impliquant le même personnage qu'à un roman-, j'ai savouré cette lecture à sa juste valeur. Egloff a une écriture fluide, claire, non exempte d'une certaine poésie qui rend son histoire vraiment attrayante.

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Rituel

Publié le par Yv

Rituel, Mo Hayder, Presses de la cité, 2008, (414p)
Bristol, ouest de l'Angleterre, Flea Marley, plongeuse de la police remonte à la surface une main humaine, tranchée net. Quelques recherches menées conjointement avec l'inspecteur Jack Caffery, fraîchement muté de Londres, leur permettent de découvrir la seconde main. Les deux policiers recherchent alors activement le reste du corps.
Jack Caffery, à sa demande arrive à Bristol ; il est toujours en proie à ses démons - l'enlèvement et le meurtre de son frère par un pédophile, trente années auparavant qui a entraîné un sentiment de culpabilité et une soif de vengeance violente envers tous les pédophiles. Flea Marley se sent elle aussi coupable de la mort de ses parents, lors d'une plongée extrême. Eux deux forment une équipe qui va découvrir, parfois avec horreur, les rituels de certains pays d'Afrique, la sorcellerie, et les croyances importées en Angleterre.
Autant j'ai bien aimé le premier livre des aventures de Caffery -Birdman- autant là, je me suis ennuyé et j'ai même parfois souri, tellement les ficelles sont grosses. Ces deux enquêteurs, chacun autoproclamé coupable de la disparition de proches, pétris de doutes, de questionnements sont très -trop- archétypaux. Un flic abîmé par la vie et ne vivant que par son travail, ce n'est déjà pas très original, mais ça peut passer ; deux flics de ce genre, qui enquêtent sur la même affaire, ça fait un peu "too much". Si vous ajoutez à cela une histoire confuse, peu crédible, vous avez un polar vraiment très moyen. Pas infréquentable, mais loin d'être inoubliable. Moi qui me faisais une joie de retrouver Jack Caffery, me voilà follement déçu.

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Birdman

Publié le par Yv

Birdman, Mo Hayder, Presses de la cité, 2000 (502p)
Banlieue londonienne, cinq cadavres de femmes sont retrouvés, enterrés dans un terrain vague, tous terriblement mutilés. La police craint alors d'avoir à faire à un tueur en série particulièrement actif et pervers : "un maniaque sexuel de la pire espèce". L'inspecteur Jack Caffery, englué dans ses propres problèmes est chargé de l'enquête.
Ce roman policier commence comme n'importe quel autre déjà lu. Les cadavres, un tueur en série retors et un flic autant embêté par cette enquête que par sa vie qui ne prend pas la direction qu'il pourrait rêver. Et puis, soudainement, tout dérape, et là, on passe à un thriller efficace, glauque, aux descriptions assez détaillées pour qu'elles ne tombent pas sous tous les yeux.  La première partie, loin d'être désagréable laisse donc place à une seconde partie sombre, haletante, rouge sang. On suit l'enquête de Jack Caffery avec beaucoup d'intérêt, d'angoisse et d'impatience d'en connaître le dénouement. En même temps, je me suis pris à espérer pour lui un arrangement radical de sa vie.
La seconde aventure de Jack vient de paraître : Rituel ; je l'ai empruntée à la bibliothèque, et devinez quoi ? Je m'en vais de ce pas la commencer. A bientôt donc pour des nouvelles de Jack.

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