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Bêtes sans patrie

Publié le par Yv

Bêtes sans patrie, Uzodinma Iweala, Ed. de l'olivier, 2008
"Agu est un enfant-soldat africain, un tueur.
Il obéit au Commandant, qui a sur lui droit de vie et de mort.
Viols, exécutions, massacres : c'est la guerre civile. Agu voudrait s'éveiller de ce cauchemar. Alors, il parle."

Voilà le résumé de ce livre très dur, cru, sans concession. Uzodinma Iweala s'est glissé dans la peau d'un enfant-soldat et parle en son nom de toutes les atrocités dont il est à la fois la victime et le coupable. Il n'élude aucune situation et dans un langage enfantin, aborde des thèmes très forts : amour, mort, sexe, violence, guerre, religion, amitié, ... Ce livre qu'on pourrait facilement qualifier de coup-de-poing est écrit dans un style, je l'ai dit, enfantin, ce qui rend sa lecture parfois plus difficile (beaucoup de mots inventés ou mal compris et donc mal retranscrits par Agu), mais qui donne aussi un air de nouveauté, oserais-je dire de fraîcheur, le thème ne s'y prêtant pas ? C'est un livre prenant. Il est parfois dur de se remettre dedans, mais aucun regret de l'avoir fini. Au contraire !
A noter que Bêtes sans patrie a été traduit par Alain Mabanckou, écrivain, auteur notamment d'un excellent Mémoires de porc-épic, à lire aussi pour qui aime les légendes africaines et les histoires très originales.
PS : pour être franc, je me dois de préciser que j'ai dû m'accrocher un peu au début pour ne pas tout arrêter, tant pour la lourdeur du sujet abordé que pour la syntaxe, qui peut rebuter. Sûrement plus pour cette dernière raison, d'ailleurs !

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L'otage

Publié le par Yv

L'otage, Olav Hergel, Ed. Gaïa polar, 2008
La journaliste Rikke Lyngdal est envoyée en Irak pour couvrir la guerre et l'après Saddam Hussein auxquels les troupes danoises participent aux côtés des troupes étasuniennes. Elle y est enlevée par des terrosistes qui exigent le retrait du Danemark contre sa libération. Lorsqu'elle s'évade et rentre au pays, elle devient une héroïne mondiale. Seulement, quelques doutes naissent au sein d'esprits de journalistes danois. Aurait-elle menti ? Et si oui, pour quelles raisons ?
Difficile de classer ce roman comme un simple polar ; l'intrigue est surtout prétexte pour Olav Hergel à démonter le fameux système danois très envié : petit pays riche, numéro un mondial des pays dans lesquels nous aimerions vivre. Sous ces aspects de pays particulièrement agréable, on y découvre en fait une société en proie à la peur des immigrés, entretenue quotidiennement par un parti d'extrême droite (le Parti du Peuple Danois) qui fait la pluie et le beau temps dans la politique danoise. En effet, fort des intentions de vote en sa faveur, ce parti s'allie avec tel ou tel autre parti de pouvoir : les ambitions personnelles des uns et des autres font le reste. Olav Hergel dresse donc un portrait peu flatteur de son pays, des ses hommes et femmes politiques, mais aussi (et presque, surtout) de ses journalistes. Il maîtrise très bien son sujet  étant lui-même journaliste depuis plus de vingt ans.
J'ai vraiment passé un très bon moment de lecture avec quand même un reproche de taille : Olav Hargel pousse souvent trop son propos : il répète inlassablement ses critiques, constatations. Certes, il est bon que les choses soient dites, mais point trop n'en faut, car, à mon sens, trop rabâchées, elles perdent de leur force. Pour résumer : un bon livre, bien construit, dans un contexte extrêmement intéressant, mais un peu gâché par une critique trop systématique et trop forte à mon goût (mais en passant certains de ces passages, l'ensemble est très bien !)
Livre lu dans le cadre du prix inter C-E. Vous pouvez aussi lire un interview de l'auteur ici.

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La petite cloche au son grêle

Publié le par Yv

La petite cloche au son grêle, Paul Vacca, Ed. Philippe Rey, 2008
Un garçon de 13 ans, très attaché à sa mère découvre, par hasard un exemplaire de Du côté de chez Swann, de Marcel Proust. C'est une révélation pour lui et pour sa mère qui espère ainsi que son rêve de faire de lui un écrivain pourra enfin se réaliser. Le père, étranger à ce monde de la littérature proustienne y entre à son tour. Dans un très joyeux désordre, s'engage alors une lutte pacifique pour conjurer un mauvais sort qui s'acharne sur la famille et pour que la bonne humeur et la vie persistent, allant même jusqu'à créer des liens entre les gens de cette petite ville, qui n'existaient pas auparavant. Tout cela grâce à Marcel Proust !
J'ai mis un peu de temps avant de prendre la décision de lire ce roman ; j'avais lu beaucoup de chroniques sur divers blogs (trop nombreux pour que je puisse mettre tous les liens. Désolé.) Et puis, un article de plus m'a finalement décidé et je ne regrette rien sauf peut-être de ne l'avoir pas ouvert plus tôt. C'est un très joli roman, plein de bons sentiments, mais pas "gnangnan", plein de douceur, de tendresse et d'amour. C'est très bien écrit, d'une écriture que je trouve à la fois simple et exigeante. Bien sûr, ce n'est pas du Proust, mais il est omniprésent ; Paul Vacca en parle admirablement bien : "[les puristes] penseront toujours que Proust n'a écrit que pour eux, qu'eux seuls peuvent en pénétrer la subtilité, qu'eux seuls le méritent. Sans se rendre compte, une seule seconde, qu'ils se révèlent aussi ridicules que les Verdurin, dont ils se gaussent. Alors au diable les erreurs ! Pourvu que l'on partage du plaisir avec d'autres." Ceci étant, que ceux qui n'ont pas lu Proust (je n'en ai moi-même lu que les deux tiers de Du côté de chez Swann) ne s'alarment pas, cette petite cloche est accessible à vous aussi.

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La femme du monstre

Publié le par Yv

La femme du monstre, Jacques Expert, Ed. Anne Carrière, 2007

Simon Darget est un homme bien, apprécié de ses collègues, bon vivant, blagueur, boute-en-train, aimé de sa femme et de ses enfants. Un matin, les gendarmes viennent l'arrêter chez lui et l'enferment en prison pour le viol et le meurtre d'une petite voisine, adolescente. Ce roman, très bien chroniqué par Finette qui m'a donné envie de le lire, est en fait le point de vue de son épouse. Elle raconte sa rencontre avec cet homme si beau ; inespérée pour elle, femme très effacée. Elle raconte aussi le procès de son ex-mari (ils ont divorcé suite à l'emprisonnement de Simon). Ce roman est très dérangeant : on y suit une femme qui sous des dehors de femme soumise et effacée cache les agissements de son mari, qu'elle devine au hasard de ses lectures de journaux (un violeur agit systématiquement dans toutes les villes dans lesquelles ils passent).  Lors du procès, elle se pose en victime, femme abusée et faible. Elle n'informera jamais la police de ses doutes quant aux viols et meurtres que perpétue Simon, préférant donner aux autres l'image d'une famille et d'un couple modèles et enviés, sa seule vraie ambition dans la vie. Au fil des pages, on découvre une femme calculatrice, détestable : qui "flique" ses enfants, ne supporte pas ceux des autres, est raciste et ne s'intéresse à rien d'autre qu'à son intérieur. Elle trouve même des circonstances atténuantes à son mari pour le meurtre pour lequel il est accusé (la jeune fille de 14/15 ans est bien sûr dans ce cas, provocante), mais aucune pour avoir brisé son rêve de femme et mère comblée.

Un livre, je l'ai dit, dérangeant, bien écrit, sans fioriture, sans effet de style -et c'est heureux pour une histoire si lourde. Alors, certes, ce n'est pas drôle, mais parfois la lecture sert aussi à être surpris, dérangé ou choqué pour certains qui pourraient l'être par celle-ci.

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Quel petit vélo à guidon chromé au fond de la cour ?

Publié le par Yv

Quel petit vélo à guidon chromé au fond de la cour ?, Georges Perec, Denoël, 1966

Après une déception de lecture (un polar anglais), j'ai repris ce tout petit livre au titre extraordinaire dans ma bibliothèque perso. Sûr que le résultat serait de me faire rire et de prendre un plaisir réel, (pari largement réussi !) autant que celui de Perec, j'imagine, lorsqu'il a écrit ce bouquin fou.  Il y joue avec les mots, les détourne de leurs sens, les transforme, avec les phrases en les réécrivant de différentes manières. Enfin, bref, un vrai bon moment de lecture. Maintenant, à quoi bon résumer l'histoire ? Si je vous dis qu'un groupe de jeunes gens amis mettent tout en oeuvre pour éviter à l'un des leurs de partir faire la guerre en Algérie, vous n'aurez alors que le fil rouge du livre, mais le plus important réside dans l'écriture, les vrais trouvailles littéraires de Perec.

Pour tous ceux que cela intéresse, je note toujours l'édition originale, mais ce petit livre (110 pages) est aussi édité chez Folio, donc à petit prix : ce serait dommage de le rater.

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Un sur deux

Publié le par Yv

Un sur deux, Steve Mosby, Sonatine éditions, 2008

John Mercer est un flic reconnu, respecté et admiré par les autres policiers. La mort de l'un des ses collègues, et ami proche le plonge dans une dépression. Deux ans plus tard, il revient dans son service : il n’apparaît être plus que l'ombre de ce qu'il a été. C'est au moment de son retour que le tueur en série qu'il a déjà traqué deux ans auparavant reprend lui aussi ses activités.

Soyons clair et précis : je n'ai pas aimé du tout. L'histoire est sordide, pas très originale : on a droit aux descriptions de tortures et de cadavres mutilés (je préfère de loin une suggestion à une description au scalpel des horreurs). Les personnages n'ont pas vraiment de carrure, ni les flics, ni le tueur. Enfin, un mauvais polar à mon goût, racoleur et déplaisant. Si après cela sa lecture vous tente quand même, eh bien lancez-vous dans les 415 pages qui le composent, mais je vous aurais prévenu !

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L'homme du lac

Publié le par Yv

L'homme du lac, Arnaldur Indridason, Ed. Métailié noir, 2008

Un squelette lesté par un émetteur radio est retrouvé au fond d'un lac qui se vide, en Islande. Erlendur et ses équipiers Elinborg et Sigurdur Oli mènent l'enquête.  Pour cela ils s'intéressent aux disparitions des années 60, non élucidées. Rapidement ils se forgent la conviction qu'il faut chercher vers les pays de l'ancien bloc de l'Est, communiste.

Je lisais récemment dans un Ouest-France (du 22/11/08) une interview d'Indridason expliquant que si les polars nordiques avaient en ce moment le vent en poupe c'était probablement parce les flics y étaient réalistes, humains et proches de nous. Il ajoute qu'il est pour lui inconcevable d'écrire une scène de poursuite de voitures ou d'une fusillade, simplement parce qu'en Islande, on ne s'y poursuit pas en voiture et que les policiers ne sont pas armés. J'avoue être tout à fait d'accord avec ce côté réaliste et humain des personnages des romans d'Indridason (ou Mankell entre autres), ce qui fait que j'apprécie beaucoup plus les polars nordiques que les polars étasuniens qui se ressemblent tous beaucoup.

Ma parenthèse étant faite, dans L'homme du lac, Indridason se sert de l'intrigue policière pour nous brosser un portrait peu flatteur de l'ex RDA dans les années 50/60 : une longue partie de ce roman y est consacrée, très bien documentée et très intéressante pour se faire une idée de ce qu'on vécu les habitants des anciens pays communistes. L'autre partie du roman consiste en la recherche de la vérité sur ce squelette. On retrouve avec grand plaisir les trois enquêteurs islandais englués dans leur propres soucis. Le dépaysement nordique n'est pas non plus étranger au plaisir que j'ai eu à suivre Erlendur et ses collègues.

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Atelier 62

Publié le par Yv

Atelier 62, Martine Sonnet, Ed. Le temps qu'il fait, 2008


Le résumé du livre est on ne peut plus simple : Martine Sonnet est la cinquième et dernière enfant d'une famille normande. Le père, artisan-forgeron, obligé de quitter son village -plus assez de travail- pour embaucher à la Régie Renault, atelier 62 forges et traitements, réputé comme le plus dur de l'usine de Boulogne-Billancourt. Déracinement normand-enracinement parisien. Années 50/60. Années où tout change : les ateliers se mécanisent, la vie quotidienne aussi.
Ce livre ne ressemble à rien de ce que j'ai déjà lu : mi-récit-mi-documentaire. L'auteure alterne les chapitres. Les uns consacrés à l'usine, en pleine mutation mécanique, écrits comme un documentaire (conditions de travail, relations ouvriers-direction, rapports et références au journal du syndicat de la Régie, ...) ; l'écriture est directe, sèche, descriptive, assez classique. Les autres s'attardent sur l'histoire familiale : l'arrivée à Paris, la figure omniprésente du père ; écriture plus allusive, elliptique : beaucoup de phrases sans verbes, omissions de déterminants ; un parti-pris et un style singuliers.
Soyons directs : j'ai vraiment beaucoup aimé cette lecture, même si les chapitres-usine sont plus difficiles d'accès. Cependant, à mon grand regret, je crains que ce livre ne reçoive pas l'accueil qu'il mérite dans le cadre du prix inter C-E pour lequel il concourt, du fait de sa construction hors du commun.

PS : visitez le site de Martine Sonnet

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Monsieur Pain

Publié le par Yv

Monsieur Pain, Roberto Bolano, Les allusifs, 2004


Voici la quatrième de couverture : "Paris, avril 1938. [...] le poète Vallejo se meurt, possédé d'un hoquet incurable. Surgit alors un homme étrange aux poumons brûlés, acupuncteur féru de sciences occultes, Pierre Pain, qui eût pu arracher Vallejo à la mort."


Je pensais qu'avec cette approche et le style résolument décalé des Allusifs, je m'intéresserais à l'histoire. Que nenni ! Je n'ai pas réussi à entrer dedans. De trop nombreuses digressions m'ont rendu la lecture incompréhensible. C'est pourtant une écriture classique, agréable, et une époque qui me plait, mais j'ai fini en diagonale, très vite.

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