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Le fleuve des brumes

Publié le par Yv

Le fleuve des brumes, Valerio Varesi, Points, 2017 (première édition, Agullo, 2016, traduit par Sarah Amrani)...

La pluie tombe sans arrêt depuis plusieurs jours et les eaux du Pô montent de manière alarmante. Pendant que les policiers tentent d'évacuer les habitants en danger d'inondation, la Tonna, une péniche du nom de son propriétaire part. Bientôt, elle dérive, personne à bord, et Tonna a disparu. Puis, la même nuit, le frère du batelier meurt défenestré. Le commissaire Soneri relie les deux affaires et en enquête sur le passé des deux victimes.

Autre titre sélectionné dans le cadre du Prix du meilleur polar des éditions Points. Initialement publié chez Agullo, une maison que j'aime beaucoup, ce polar m'a néanmoins laissé sur ma faim. Le rythme est lent, très lent, trop lent. On est plus dans du Simenon que dans du thriller haletant évidemment, le commissaire Soneri prend son temps, mais Simenon excelle dans l'art de portraiturer tous ses personnages, Valerio Varesi y parvient moins bien. Certes, l'ambiance est particulière : les pluies qui ne s'arrêtent pas et les paysages qui apparaissent comme dans un tableau de Turner, dans la brume. J'avoue aussi m'être un peu perdu dans la multitude des noms propres, entre ceux des protagonistes et ceux des pays et régions traversés. Et puis, le romancier répète pas mal les indices, les détails qui font avancer -lentement- son commissaire, c'est un peu agaçant.

Voilà, je n'ai pas réussi à entrer dans ce polar à l'atmosphère très particulière, je m'y suis même ennuyé quelque peu. La longueur des chapitres, sans pause possible m'a gêné, oppressé, j'aurais aimé pouvoir y respirer plus aisément. Aurais-je l'honnêteté de dire que j'ai même passé des pages pour arriver au dénouement plus rapidement tant je ne parvenais pas à m'intéresser aux détails ? Ah, oui, je viens de le faire.

Pas mon favori pour le Prix, vous l'aurez compris.

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Les enlisés

Publié le par Yv

Les enlisés, André Lay, French pulp, 2017 (Fleuve noir, 1973)...

Claude Combel est scénariste pour le cinéma. Son dernier film est une histoire d'amour qu'il présente avec le réalisateur lors d'un pince-fesse mondain. En rentrant sa femme, Maud un peu éméchée lui fait le reproche de s'être servi de leur histoire pour son scénario. Alors, à travers cette remarque, Claude comprend que Maud a un amant. Il va monter un plan diabolique pour que les deux cessent de se voir, mais sans montrer à Maud qu'il a deviné sa double vie.

Voilà un polar vite lu, qui, s'il ne restera pas dans les annales est bien agréable et idéal pour un voyage, de quoi le qualifier de roman de gare. Mais entendons-nous bien, c'est un compliment, car réussir à captiver suffisamment un lecteur-voyageur pendant tout son trajet est une entreprise pas aisée. André Lay (1924-1997) l'a écrit en 1973 comme pas mal d'autres, car en trente ans d'écriture, il a publié 140 ouvrages. Et après on se moque des écrivains actuels qui publient leur titre à chaque rentrée littéraire... pfff, petits joueurs ! 

Dire que l'on est dans le summum de la littérature serait mentir. Ecrire que c'est le must en matière de roman noir serait exagérer. C'est une très bonne série B, un truc à lire pour se détendre, à prêter à son voisin de voyage ou à n'importe qui d'autre qui saura apprécier, attention pas un bégueule qui fera la grimace sur le style, la rapidité et de l'intrigue et de son dénouement ni même sur la couverture d'un rouge éclatant (les couvertures French pulp sont selon moi, très réussies, on sait tout de suite à quel genre de romans on à affaire). 

N'attendez donc rien de ce court roman, vous n'en serez que plus agréablement surpris, il se glissera merveilleusement entre un des romans de la rentrée littéraire insipide et incolore -si si il y en a plein, je ne les ai pas lus, mais je devine, il doit bien y avoir un Angot, un Nothomb ou un Beigbeder (pure méchanceté de ma part puisque je n'ai jamais lu ces deux derniers) qui traîne- et un essai pompeux et/ou grandiloquent d'un philosophe ou d'un auto-proclamé-intellectuel. 

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Seules les femmes sont éternelles

Publié le par Yv

Seules les femmes sont éternelles, Frédéric Lenormand, La Martinière, 2017.....

L'inspecteur Raymond Février, en ce début de la guerre de 1914 n'a d'autre solution que de prendre l'identité d'une femme pour éviter la mobilisation. Il devient Loulou Chandeleur, détective privée au sein de l'agence Barnett que la délicieuse Cecily maintient tant bien que mal depuis que son père est parti au front. La première affaire que ramène Loulou est celle qu'il a été obligé de stopper quand il a quitté la police. La baronne Schlésinger est victime d'un maître chanteur qui menace de tuer son fils envoyé sur le front. Cecily et Loulou se lancent sur une piste semée de surprises et de pièges.

Après la série de Voltaire mène l'enquête, voici le premier opus d'une nouvelle série policière signée Frédéric Lenormand : Les enquêtes de Loulou Chandeleur. Partant de l'histoire vraie de Paul Grappe qui s'est travesti pour échapper au front (cf. le film Nos années folles d'André Téchiné), le romancier bâtit un personnage appelé à revenir. Tant mieux. Ce qui est bien dans ce roman policier, c'est évidemment que Ray-Loulou évolue et que, habillée en femme, il se retrouve confronté aux regards et pire si attirance, des hommes qu'il rencontre. Sa part féminine a tendance à prendre le dessus et même si ses instincts masculins reviennent parfois, cette part féminine l'aide à réfléchir -attendez les filles, ma phrase n'est pas finie, nous aussi les hommes on réfléchit, enfin certains- différemment. Et puis, on ne se refait pas, Ray-Loulou se retourne parfois sur des femmes qu'il croise et dont les robes ont tendance à se raccourcir en ce début de siècle, provoquant l'ire des hommes et des femmes qui le voient et le prennent pour une lesbienne. 

Frédéric Lenormand ne joue pas de la situation pour créer des situations grivoises ce qui eut été facile. Au contraire, il en profite pour relater le comportement masculin, qui n'a pas dû beaucoup changer si j'en juge par ces dernières semaines qui ont vu la parole se libérer et des hashtags se remplir de témoignages. Pour l'intrigue, elle est plus prétexte à faire découvrir les personnages, le contexte et le décor qu'à faire tenir en haleine les lecteurs, même si le tout se tient très bien jusqu'au bout. Dans sa galerie de personnages, principaux et secondaires, le romancier balaye un large spectre des différents comportements des Français pendant cette guerre.

J'ai beaucoup aimé ce premier titre pour tout ce que j'ai dit et aussi pour l'écriture de Frédéric Lenormand, qui sait se renouveler et qui, fort heureusement, n'use pas du même style que pour ses Voltaire. Il se fait plaisir et j'en redemande, j'en veux pour preuve ce chapitre -le 8- avec sa belle et longue métaphore filée culinaire voire légumière.

Ce n'est pas un roman aussi léger que la série avec Voltaire mais l'on sourit et l'on rit à certaines remarques, attitudes. Loulou est appelée à revenir et c'est avec un grand bonheur et une pointe d'impatience que je la retrouverai pour de nouvelles aventures.

PS : merci Le Merydien (voir les commentaires), je savais qu'il existait une BD sur le même sujet mais n'en avais pas retrouvé le titre ni l'auteur, c'est chose faite : Mauvais genre de Chloé Cruchaudet.

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Fins de journées

Publié le par Yv

Fins de journées, Jacques Chauviré, Le dilettante, 2003....

Deux nouvelles dans ce recueil. la première, L'absence,  est l’histoire d'Eugène et Louise, septuagénaires, confrontés à ce que l'on appelait pas encore la maladie d'Alzheimer de Louise. Eugène, seul pour prendre une décision, la place dans une institution spécialisée.

Dans la seconde nouvelle, La possession, Georges Laurier est interné en psychiatrie pour une cure de sommeil, il croise différents hommes venus ici pour des raisons diverses.

Très court recueil, d'environ soixante pages qui parle de personnes simples. Jacques Chauviré que je ne connaissais pas était médecin et écrivain. Très discret, il ne fit rien pour se faire connaître et publia quelques romans et des nouvelles, chez Gallimard grâce à Albert Camus avec qui il entretint une correspondance.

Il décrit admirablement les gens et situations qu'il a rencontrés tout au long de sa vie de praticien. Eugène et Louise sont désemparés lorsque la maladie les frappe, et ensuite, c'est l'institution avec son manque de personnel, d'humanité, question toujours d'actualité même si ce texte a été écrit en 1990. Il est toujours effrayant d'apprendre que des personnes âgées ne sont plus considérées comme telles dès lors qu'elles perdent de l'autonomie et qu'elles peuvent ne pas être levées de la journée parce qu'il n'y a pas assez de monde dans l'établissement. C'est un constat dur et cruel, le travail en maison de retraite n'est pas simple, rendu encore plus compliqué par des sous-effectifs.

L'autre nouvelle n'est guère plus réjouissante, peut-être même plus dure parce que dans la première on sent tout ce qui lie Eugène et Louise, la seconde est plus froide, plus distante. L'ambiance n'est pas à la gaudriole, mais l'auteur décrit comme pas deux les angoisses, les peurs, les petits et gros tracas du quotidien lorsque celui-ci confronte à des difficultés médicales ou psychiatriques.

Les textes sont simples, sobres, directs et ils touchent au plus profond le lecteur que je suis, Jacques Chauviré ne s'embarrasse pas de détours, il va droit au but, une sorte de constat clinique, mais il y ajoute de l'humanité, et une touche de chaleur bienvenues.

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Point de lendemain

Publié le par Yv

Point de lendemain, Vivant Denon, Seuil l'école des lettres, 1993 (première parution, 1777).....

Un jeune homme d'une vingtaine d'années, amant et amoureux d'une comtesse, se retrouve un soir à l'opéra. Dans la loge voisine, Mme de T..., amie intime de la comtesse, demande alors au jeune homme de la rejoindre dans la loge. Puis, elle lui demande de l'accompagner jusque chez son mari, hors de Paris, avec lequel elle dit vouloir se réconcilier après presque dix ans de brouille. Tous les deux se promènent des terrasses au jardin, puis du jardin à un pavillon.

Trouvé tout à fait par hasard dans les rayonnages de la bibliothèque, je ne sais vraiment pas dire ce qui a attiré mon œil vers ce petit ouvrage. Point de lendemain est un court texte d'une quarantaine de pages, suivi dans cette édition de deux autres textes : Voyage historique et pittoresque dans le Royaume des Deux-Siciles et Voyage dans la Basse et la Haute-Égypte pendant les campagnes du général Bonaparte. Ces deux textes sont de moindre importance -à mes yeux seulement-, des récits de voyage et de la campagne d’Égypte de Bonaparte. Je m'attarderai sur Point de lendemain.

Il s'agit d'un conte libertin d'une modernité dans l'écriture assez incroyable, pour preuve, le tout début :

"J'aimais éperdument la comtesse de... ; j'avais vingt ans, et j'étais ingénu ; elle me trompa, je me fâchai, elle me quitta. J'étais ingénu, je la regrettai ; j'avais vingt ans, elle me pardonna : et comme j'avais vingt ans, que j'étais ingénu, toujours trompé, mais plus quitté, je me croyais l'amant le mieux aimé, partant le plus heureux des hommes." (p.9)

Alors ? J'avais prévenu. Que certains pseudo-écrivains -je ne donnerai pas de noms- de maintenant en prennent de la graine, l'art de la répétition sans être lourd, celui de la ponctuation. Style haché, franchement, parfait.

Ne connaissant pas l'auteur dont seul le nom apparaît sur la couverture, lorsque je lus ces premières phrases, je crus à un livre récent, et hop, ni une ni deux, dans ma besace. C'est en arrivant à la maison que je l'ouvris et découvris qui était Vivant Denon (1747-1825). Je ne saurais trop conseiller d'abord de se pencher sur son court roman (le seul, ses autres écrits sont des récits tels les deux sus-mentionnés) et ensuite sur sa biographie.

Élégance, style, ce petit roman libertin se lit avec joie et même si l'on est habitué à des textes plus crus, plus directs, il ressort d'icelui une sensualité et un certain émoustillement pour toutes les choses suggérées plus que dites, pour ce libertinage en costume d'époque -non, je ne suis pas fétichiste, mais ça a quand même plus de classe qu'à oilpé en pleine campagne.

Légère lecture qui m'a ravi, elle existe en de multiples éditions, dont certaines très peu onéreuses, n'hésitez pas à découvrir un auteur oublié, en plus, si on réussit à le replacer dans une conversation, ça fait chic et instruit. Que des avantages.

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L'affaire Léon Sadorski

Publié le par Yv

L'affaire Léon Sadorski, Romain Slocombe, Points, 2017 (Robert Laffont, 2016)....,

1942, l'inspecteur principal adjoint Léon Sadorski travaille au RG  dans Paris occupée par les Allemands. En pleine chasse aux juifs, Sadorski, flic zélé n'hésite pas à empocher des pots-de-vin pour éviter l'arrestation à ceux qui peuvent le payer. A ceux qui ne peuvent pas, il ajoute la mention "communiste" pour être sûr qu'ils passeront par les mains de la Gestapo. Mais un jour Sadorski est arrêté par les nazis et emmené à Berlin. Il y est maltraité, interrogé et revient cinq semaines plus tard obligé de collaborer de manière encore plus active. Malgré cela, Sadorski s'entête à retrouver les meurtriers d'une jeune femme, même si pour cela il doit déranger certaines personnes haut placées et bien vues par les occupants.

Premier volet de la série Sadorski et en lice pour le Prix du meilleur polar Points. Pas mal du tout, même si il faut s'enquiller les presque 500 pages et que parfois c'est un peu long. Néanmoins,  Romain Slocombe, que j'avais découvert avec l'excellentissime Monsieur le Commandant, dans lequel Sadorski faisait une apparition, mène son roman de main de maître et à un rythme qui ne peine jamais. Ses personnages, réels pour certains, sont fort bien dessinés, forts et très visuels. Les situations qu'il décrit sont fortes elles aussi, très détaillées, elles fourmillent de détails, de noms de célébrités ayant collaboré activement, de faits et d'anecdotes rappelés ici. De fait, ce polar est bien plus que cela, c'est un roman d'une époque particulièrement difficile, des gens de ces années-là qui n'hésitaient pas à dénoncer, à trahir ; la société française n'en sort pas grandie, mais il faut sans doute cesser de penser que tous les Français ont été des résistants. Je ne juge pas, ni le romancier, qu'aurions-nous fait dans les mêmes conditions ?

Sadorski est un sale type, mais un enquêteur doué et acharné, c'est aussi là tout le sel de ce roman : comment faire d'un mec ignoble le héros d'une série de roman policiers ? Je m'emporte et j'oublie en route ce que je dire : voulais dire, mais en fait, avant de citer les premières phrases et de vous inciter à lire ce livre -qui devient l'un de mes favoris du Prix-, je prends à mon compte l'extrait de la critique de Bernard Poirette (RTL) notée en 4ème de couverture : "C'est bien plus qu'une enquête policière pendant l'occupation. C'est un vrai roman historique, puissant, passionnant, ultra-documenté."

Donc, comme promis, le début du roman :

"Tous les matins, Mme Léon Sadorski, Yvette de son prénom, émerge des brumes du sommeil animée d'une envie immodérée de faire l'amour. La température de son corps s'élève d'un petit degré, son sexe s’humidifie rapidement, elle se blottit contre l'inspecteur principal adjoint Sadorski en poussant un léger soupir. Son époux, en règle générale, répond à ses avances, mais, ce matin du 1er avril 1942, des préoccupations d'ordre moins frivole se présentent à son esprit à peine le réveil-matin a-t-il sonné." (p.19)

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Les petites victoires

Publié le par Yv

Les petites victoires, Yvon Roy, Rue de Sèvres, 2017.....

Marc et Chloé s'aiment et bientôt font un bébé. Quelques mois plus tard, ils s'aperçoivent qu'Olivier, leur fils ne réagit pas comme les autres bébés de leur entourage. Le verdict tombe : autiste. Le couple ne tient pas. Marc, dessinateur et l'esprit un peu fantasque décide de tester des méthodes personnelles qu'il invente chaque jour pour communiquer avec son fils et le faire progresser. Les petites réussites l'encouragent et Olivier avance. C'est tout ce chemin que dessine et scénarise Yvon Roy, c'est son histoire qu'il raconte grâce à son art, la BD.

Excellente. Yvon Roy est Canadien et sans doute ce pays est-il plus ouvert aux méthodes particulières pour élever les enfants différents. Je ne connais pas très bien l'autisme mais j'ai entendu dire plusieurs fois qu'il y avait autant de formes de cette particularité que d'autistes, d'où des méthodes qui peuvent s'appliquer à certains et pas à d'autres, des demandes individuelles auxquelles il peut être parfois difficile de répondre. Dès lors, les parents sont désemparés. Yvon Roy montre dans son album comment lui a tenté des choses et comment il fut soutenu par les différents intervenants : jardin d'enfants, école spécialisée, assistante sociale, ... jamais on ne lui a dit qu'il faisait mal, au contraire, les petits progrès constatés encourageaient tout le monde. 

Avec un dessin volontairement centré sur les être, car il n'est question que d'humain, mais aussi avec des rêves, des histoires folles et délirantes que le papa raconte à son fils, cette BD se lit très bien. Noir et blanc impeccable, classique dans la forme, on progresse avec l'envie qu'Olivier devienne un enfant curieux et éveillé, qu'il puisse sortir de son isolement et profiter de ce et ceux qui l'entourent. Envie exaucée, ce n'est pas dévoiler une intrigue que de le dire en conclusion. Un très bel album à mettre entre toutes les mains, pour montrer la différence, mais aussi que la persévérance et les efforts paient. Un espoir pour tous les parents et enfants autistes qui, pour diverses raisons, ne s'en sortent pas aussi bien. 

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Journées perdues

Publié le par Yv

Journées perdues, Frédéric Schiffter, Séguier, 2017...,

Frédéric Schiffter vit à Biarritz. philosophe, il a longtemps enseigné et a publié pas mal d'essais sur la philosophie et des livres de chroniques. Journées perdues est plutôt dans la seconde case mais avec beaucoup de réflexions autour de son thème de prédilection. A moins que ce thème ne soit simplement lui-même, ou bien ses journées à contempler et faire la sieste... Il est question de tout cela dans cet ouvrage qui est son journal des années 2015 et 2016.

Inégal comme souvent ce genre de livres qui recueillent les pensées du jour, les réflexions et les remarques sur tout sujet. J'ai été emballé dès le départ, et puis mon enthousiasme est retombé au fil des pages. Deux ans, c'est long, j'aurais préféré moitié moins ou dix-huit mois. L'humour et la légèreté qui ouvrent le livre ne le referment pas, il est devenu plus grave, mais il est vrai que les deux années évoquées furent malheureusement riches en actes meurtriers perpétrés par des extrémistes religieux. Frédéric Schiffter en parle beaucoup, d'une manière peu entendue ailleurs : "Une fois de plus, et sans doute pas la dernière, la France a été attaquée par ce que Wilhelm Reich appelait des "petits hommes " atteints de "peste émotionnelle". Ces jeunes pestiférés portent en bandoulière des bombes mais en eux un mélange explosif de hontes : honte de leurs pères, honte de leur situation sociale, honte de leur origine d'ex-colonisés, honte de leur frustration sexuelle, honte de leur religion même -ayant conscience que l'Islam est antinomique avec toute forme de glamour. Comme la voie de la délinquance ne leur a pas donné satisfaction, il leur restait l'option de la vengeance terroriste. Sans cette peste émotionnelle qui les ronge, les sergents recruteurs du djihad n'auraient aucune emprise sur eux. Quand le ressentiment aspire à la grandeur héroïque, ou au martyre, l'ère des carnages commence." (p.79)

Il est aussi beaucoup question de philosophie, et là, je décroche un peu, ce n'est pas le sujet que je préfère, sûrement par manque de culture, je ne vais donc pas en faire plus dessus, sauf citer sa définition du nihiliste qu'on lui reproche parfois d'être : "Je ne dis pas que rien n'existe mais que rien (nihil) n'a d'être, c'est-à-dire de permanence ou de solidité ontologique parce que tout ce qui existe est voué au hasard, au temps, à la mort." (p.103).

J'évoque plus volontiers, la paresse, la flemme, le farniente -ça me parle plus- élevé à un art : "Ce que les embesognés appellent paresser n'est qu'une séance de repos bien mérité avant d'entreprendre la moindre tâche." (p.17) Ce philosophe balnéaire tel qu'il se nomme lui-même aime ne rien faire -et je partage sa passion- non pas par fainéantise mais par goût de la tranquillité, du calme, d'un rythme différent. Il aime aussi les repas entre amis, la littérature, les arts en général. 

Le livre de Frédéric Schiffter est à la fois futile et profond, inutile et indispensable. Drôle aussi : "Dimanche, la Schiffterina reçoit un "SMS" de Khadidja, notre femme de ménage, qui lui fait part de sa décision de démissionner. Motif : "Votre mari est toujours dévêtu à la maison et cela m'empêche de travailler." Réponse de la Schiffterina : "Je vous comprends. Ça me fait le même effet." (p.66)  Il est l'oeuvre d'un auteur que j'imagine dandy, snob, mais prenez ces termes dans un sens positif, décalé, intemporel, un petit côté désuet qui sied parfaitement à un intellectuel qui, même en prenant position sur des faits actuels se met toujours de côté et exprime une opinion à part, soutenue par ses connaissances et ses lectures des philosophes et des romanciers classiques. 

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On ne meurt pas la bouche pleine

Publié le par Yv

On ne meurt pas la bouche pleine, Odile Bouhier, Thierry Marx, Sang neuf, 2017....

Deux cadavres à Tokyo, deux membres liés aux yakusas, à la très puissante famille Santoka.

Un mort en France, un riche homme d'affaires japonais et sa femme qui développe un cancer fulgurant, d'une rapidité encore jamais vue. A priori, rien ne relie ces affaires, sauf que le commandant Simmeo y trouve très vite des similitudes et des points de concordance. Pas vraiment en odeur de sainteté auprès de ses chefs, ce flic, qui a fait toute sa carrière au 36 quai des orfèvres, ne se sent pas de le quitter pour le nouveau siège de la police, se met à nouveau la direction à dos en enquêtant en solo sur ces meurtres.

Un peu brouillon par moment : des paragraphes pas vraiment nécessaires qui alourdissent le poids du livre sans rien lui apporter, des pistes évoquées qui ne vont pas jusqu'au bout, des portes ouvertes non refermées, enfin des maladresses un poil agaçantes qui émoussent un peu le plaisir de lecture ce qui est fort dommage, car malgré cela, ce roman se lit très vite et les plongées au Japon et dans les coulisses de la nouvelle cuisine ne sont pas étrangères à l'intérêt qu'il suscite. En plus, il faut dire que j'aime beaucoup Odile Bouhier que je connais notamment grâce à sa très bonne trilogie avec Victor Kolvair (ici, ici, et ici). Thierry Marx est lui, plutôt connu pour sa cuisine qualifiée de moléculaire. Les deux ont mis leurs savoirs et leurs talents au service de Simmeo et de sa recherche de la vérité, alliant intrigue policière proprement dite et cuisine, et le tout fonctionne. C'est parfois un peu technique, mais ça passe surtout si plutôt que de technicité on parle d'inventivité et de culture générale qui augmente grâce à ce polar culinaire. Maintenant, j'hésite, je goûterais bien la cuisine de Thierry Marx -mais il faut que vous m'invitiez cher Thierry, je n'ai pas les moyens, ou alors, que vous veniez à la maison nous préparer un repas (en plus, j'ai une nouvelle cuisine)-, mais évidemment, j'ai des craintes,  il y a quand même des morts dans son roman !  

L'autre aspect vraiment bien de ce roman, c'est le Japon et tout ce qu'on apprend sur sa culture, sur les yakusas et les samouraïs, notamment lorsque Simmeo visite le musée du samouraï, ça me rappelle l'exposition sur ce thème l'an dernier au Château de Nantes avec des armures, des sabres, des casques, ... je comprends aisément la fascination.

Pour résumer, malgré mes réserves, j'ai bien aimé ce polar, le dépaysement, l'originalité de l'intrigue et du contexte, Simmeo le flic français un rien blasé qui boit pas mal de Champagne Perrier-Jouët Belle époque, j'ai vu le prix ce n'est pas non plus dans mes moyens, mais si je le dis plusieurs fois, ça fait placement de produit, il y a moyen de faire un petit kekchose M. Perrier-Jouët, même pas forcément un Belle époque ? Perrier-Jouët, Perrier-Jouët, Perrier-Jouët, ...

Si avec tous ces appels du pied très discrets, je ne mange pas Marx ni ne boit Perrier-Jouët, je n'y comprends plus rien. Allez bon appétit mais avant un petit apéro champagne , non non, je ne redirai pas le nom de Perrier-Jouët ? Ah si, tant pis... ou tant mieux si mon appel est entendu...

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