Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

La Seine est pleine de revolvers

Publié le par Yv

La Seine est pleine de revolvers, Jean-Pierre Ferrière, French Pulp, 2017..,

Lorsque Marion et Fanny se retrouvent seize ans après le collège, elles reprennent leur amitié comme si elle n'avait jamais cessé. Leur crainte que leurs maris ne s'entendent pas est bien vite apaisée, car Vincent et Edouard deviennent eux-mêmes les meilleurs amis du monde. Et c'est donc à quatre qu'ils passent les ouiquendes et les vacances. S'ajoutent bientôt Bruno, le jeune frère de Fanny et son épouse Pauline. 

Lorsque Vincent espère un héritage conséquent, les choses se gâtent, Bruno et Pauline ne résisteront pas et bientôt Marion et Fanny envisagent de tuer leurs maris suffisamment coupables à leurs yeux, mais avoir l'idée est une chose, passer à l'acte nécessite quelque préparation.

Très inégal ce roman policier qui me laisse dubitatif. Pas emballé, mais néanmoins il reste fréquentable. Bon d'abord, oublions les coquilles qui émaillent le texte et qui évidemment ne le servent pas. Ensuite, sur les 370 pages, élaguons, coupons un bon tiers inutile sauf à ennuyer le lecteur par des redites, des détails dont il se moque éperdument et qui ne servent ni le rythme -au contraire- ni l'intrigue -au contraire itou, ils perturbent la lecture et alourdissent et le livre et la compréhension et peuvent faire perdre le fil. 

Si l'on oublie tout cela, eh bien ma fois, le roman se lit avec plaisir. Les personnages ne sont pas si stéréotypés que prévu et certain(e)s se révèlent même glaçant(e)s. Les femmes n'ont pas le beau rôle, les hommes point trop non plus occupés qu'ils sont à faire des projets, délaissant donc leurs épouses. L'argent, ah l'argent, c'est lui qui fera tout exploser, les rêves qu'il permettrait de réaliser réveillent les rancœurs, les jalousies, les frustrations. Tout n'est pas tout blanc ou tout noir, l'auteur ménage ses effets et insère ici ou là des rebondissements, des personnages ou des intrigues secondaires qui rajoutent une pointe de suspense. C'est bien vu, on sent le romancier habitué à construire des histoires rocambolesques, folles et tortueuses. Dommage que tout cela soit noyé dans un bouillon trop dilué. Plus court, le texte aurait gagné en punch et en vivacité et m'aurait semblé nettement meilleur, d'un autre acabit.

Voir les commentaires

Lagos lady

Publié le par Yv

Lagos lady, Leye Adenle, Points, 2017 (première édition, Métailié, 2016, traduit par David Fauquemberg)....,

Guy Collins, journaliste britannique pour une start-up, est envoyé par son patron à Lagos, Nigéria, pour enquêter sur les prochaines élections présidentielles et les risques élevés de fraude. Un soir, une jeune femme est tuée, les seins tranchés, Guy, sur les lieux est emmené par la police pour être entendu et suspecté. Il est tiré de ce mauvais pas par la sublime Amaka, ange-gardien des prostituées de Lagos qui compte sur lui pour faire un reportage sur ses protégées.

Nouveau titre dans la sélection du Prix du meilleur polar Points, et très bon choix. Si je relate quelques longueurs en fin de volume, qui ralentissent un peu le rythme, c'est vraiment pour dire du mal, c'est mon côté râleur, parce que ces courts passages sont vite oubliés tant ce polar est bon. Rythme et ambiances tendus, c'est vraiment un roman noir, très noir. En plus de nous embarquer sur une enquête passionnante, Leye Adenle parle de son pays, de la corruption, de la pauvreté, des riches -parfois pas Nigérians- qui contrôlent le pays et font en sorte d'en profiter. Le constat est violent, amer et cruel, toutes ces filles jeunes voire très jeunes, contraintes à la prostitution et ces hommes violents et impitoyables avec elles : "Certaines épongeaient les dettes de leur famille. Pas une ne dépensait cet argent pour des choses aussi frivoles que des vêtements de marque ou des vacances. Toutes vendaient leur corps pour une bonne raison, aussi dérangeant que cela puisse paraître." (p.267/268). Je ne sais pas si l'association d'Amaka existe réellement, qui tente de sortir ces jeunes femmes de la rue, mais elle est plus que nécessaire, vitale. Leye Adenle n'est pas tendre avec les élites de son pays qui trempent dans toutes les combines possibles pourvu qu'elles rapportent : drogue, prostitution, meurtres rituels, ...

La femme nigérianne est totalement bafouée. Lorsqu'elle est mariée, elle est allègrement trompée. Lorsqu'elle ne l'est pas, elle sert de jouet sexuel aux hommes. C'est tout cela que nous fait découvrir le romancier nigérian, en plus des conditions de vie difficiles de beaucoup de ses compatriotes, opposées à ceux qui croulent sous les dollars, la violence quotidienne qui vient parfois de ceux censés protéger, les policiers, ... Vivre au Nigéria ne doit pas être reposant. Ce polar, par son rythme, les images qu'il fait naître, les personnages forts et ambigus le montre bien. Car en plus d'être un polar disons social ou sociétal, il repose sur une intrigue alambiquée, qui ne se dévoile vraiment qu'à la fin, chaque intervenant laissant planer un doute quant à son implication réelle dans tel ou tel camp. De fait, on ne sait jamais -sauf pour Guy Collins- si untel est un malfrat, voire un tortionnaire, ou un type bien qui cherche à protéger les prostituées et à aider Amaka -elle-même nous fait douter parfois...

Un exercice totalement maîtrisé par Leye Adenle -même si parfois, les noms et surnoms m'embrouillent un peu-, un premier roman bluffant, terriblement excitant tant on se refuse à le poser avant de l'avoir fini.

Pour le moment, c'est avec Snjor, pour moi, le meilleur de la sélection.

Voir les commentaires

Ça coince ! (40)

Publié le par Yv

Avant tout, se poser les bonnes questions, Ginevra Lamberti, Le serpent à plumes, 2017 (traduit par Irène Rondadini et Pierre Bisiou).,

"Gaia est Gaia. Gaia habite une sublime vallée italienne où les vieilles femmes persécutent les limaces. Puis Gaia rejoint Venise où les petits chefs des centres d'appels persécutent les étudiantes en langues rares dans son genre. Gaia a un père facétieux quoique fragile. Gaia a une mère patiente mais pas que. Gaia aime les chats et vit en colocation. Gaia n'est peut-être pas hypocondriaque mais est certaine plusieurs fois par semaine d'être victime d'un infarctus, notamment. En somme, Gaia c'est toi ou si ce n'est toi c'est donc ton frère, ta sœur, ta fille ou ta voisine, cette personne humaine magnifique, drôle et d'une énergie rare, cette délicieuse joie." (4ème de couverture)

J'ai retranscrit à dessein cette quatrième de couverture, car une fois n'est pas coutume, elle résume plutôt que le fond, la forme de ce texte. Mal fichu (j'ai du mal avec l'ultime phrase, et avec les autres aussi) et se voulant léger et drôle et ne m'apparaissant que léger. Le problème avec l'humour c'est qu'il doit être partagé, et là, je n'adhère pas. Ginevra Lamberti use et abuse des répétitions, comme dans le résumé avec le prénom de son héroïne. C'est bien lorsque ça fonctionne et surtout que ça ne dure pas, le problème étant que ça dure dans ce roman. Long et bavard en plus d'être mal ficelé, ce bouquin n'est pas une réussite, si j'ajoute que les personnages sont survolés, pas travaillés en profondeur, vous aurez une idée plus précise de la vacuité du texte.

 

L'héritier, Joost de Vries, Plon, 2017 (traduit par Emmanuèle Sandron).,

"Quand il apprend le décès de son mentor Josip Brik, le philosophe spécialiste du métadiscours sur Hitler, Friso de Vos est anéanti. Profitant de sa détresse, un certain Philip de vries, inconnu total, occupe alors le devant de la scène, multiplie les apparitions télévisées et devient alors le successeur de Brik au yeux du monde entier. Refusant de se laisser reléguer au second plan, Friso se rend à Vienne pour un colloque, bien décidé à montrer qu'il est le seul vrai connaisseur de l'œuvre de Brik et son unique dauphin. Mais quand on le confond avec l'imposteur, Friso décide de se prêter au jeu." (4ème de couverture)

Tout paraît bien pourtant. Mais  je n'avance pas, ne comprends pas où l'auteur veut en venir, m'ennuie et ne ressens absolument rien pour les personnages ni aucun attrait pour les situations. Ce n'est pas que ce soit un mauvais livre si tant est qu'on puisse dire d'un livre qu'il est mauvais plutôt que d'en dire qu'il ne nous plaît pas, non, c'est juste que je peine à y trouver une once d'intérêt. Fort bien écrit -et donc traduit-, élégant, ça ne suffit pas à emporter mon adhésion.

Voir les commentaires

L'humour juif expliqué à ma mère

Publié le par Yv

L'humour juif expliqué à ma mère, Franck Médioni, Chiflet et Cie, 2017...

Préfacé par Boris Cyrulnik en personne, cet ouvrage, en sept chapitres prétend expliquer ce qu'est l'humour juif. Vaste programme. Hubert Bonnisseur de la Bath (OSS 117) ne dit-il pas que "L'humour juif, c'est quand ce n'est pas drôle et que ça ne parle pas de saucisses." ?

Franck Médioni démarre chaque partie avec un texte de son cru, s'adressant à sa mère, juive bien sûr, et aborde toutes les idées reçues ou pas sur les mères juives ultra possessives, sur les juifs et le pouvoir, les juifs et l'argent... Puis, viennent les citations, parfois juste des aphorismes des plus grands dans le genre : Woody Allen (et celle-ci une des rares que j'ai retenue de lui, il y a bien longtemps et que j'ai retrouvée avec plaisir dans ce livre : "Non seulement Dieu n'existe pas, mais essayez de trouver un plombier pendant un week-end."), Tristan Bernard, Pierre Dac... parfois ce sont des extraits de livres, ceux de Philippe Roth, de Franz Kafka, de Romain Gary... 

L'ensemble est assez inégal parce que l'humour, eh bien ça ne fonctionne pas à tous les coups. Le côté mère juive étouffante qui revient à toutes les pages est lassant et même plus drôle -en fait c'est drôle lorsque c'est Marthe Villalonga qui la joue face à son fils Guy Bedos (Un éléphant ça trompe énormément et Nous irons tous au paradis), après elle, c'est nettement moins bon-, je sais que le comique de répétition est une sorte d'humour, mais bon, parfois ça fatigue, du moins ça me fatigue. Et puis cette notion d'humour lié à une communauté, ça me gave un peu. En fait, le mieux dans ce livre ce sont les citations qu'elles soient de petites phrases, des blagues ou des extraits de livres, souvent drôles mais bien plus que cela : "L'homme a créé des dieux ; l'inverse reste à prouver." (Serge Gainsbourg), "Dieu a offert aux hommes un cerveau et un pénis, mais pas suffisamment de sang pour que les deux fonctionnent en même temps." (Robin Williams), "Groucho Marx à un club WASP interdit aux juifs : - Ma fille étant chrétienne par sa mère, pourrait-elle se baigner dans la piscine jusqu'à la taille ?", "Il ne faut pas avoir peur du bonheur, c'est juste un bon moment à passer." (Romain Gary), ou encore celle-ci, macabre, du même Romain Gary : "Du savon ? Pourquoi du savon ? Non ! Il y a vingt-deux ans que je ne touche plus du savon, on ne sait jamais qui est dedans !" (La danse de Gengis Cohn).

Ce livre est à feuilleter, les phrases à retenir sûrement, mais ça j'ai du mal ; allez pour finir, d'autres citations qui vous donneront l'envie de vous parfaire en humour juif :

"Les murs de mon appartement sont si minces qu'à chaque fois que mes voisins font l'amour, j'ai un orgasme." (Linda Herskovic). Peu de femmes citées, sans doute n'ont-elles pas d'humour, ou alors elles sont trop occupées avec leurs fils, c'est sans doute la seule place qu'on leur laisse  ?

"Mieux vaut qu'il pleuve aujourd'hui qu'un jour où il fait beau." (Pierre Dac)

"Je ne crois pas en l'au-delà, mais j'emporte toujours un caleçon de rechange." (Woody Allen, sans doute le plus cité dans ce recueil -et celui qui me plaît le plus- avec Groucho Marx, et franchement, c'est une bonne idée)

Allez, cette fois-ci c'est fini, mais le bouquin est gros et plein de belles phrases pour rire et faire rire. Et je m'aperçois que je n'ai pas été très drôle pour parler d'humour, mais comme je n'ai pas parlé de saucisses, j'ai peut-être fait de l'humour sans le savoir...

Voir les commentaires

La reine noire

Publié le par Yv

La reine noire, Pascal Martin, Jigal polar, 2017.....

Lorsque Wotjeck, vêtu de noir des pieds à la tête, obligé de porter une paire de lunettes noires pour protéger ses fragiles yeux, roulant très vite dans une BMW noire, revient à Chanterelle le village de son enfance qu'il a quitté  il y a très longtemps, plus rien n'est comme avant. La reine noire, la grande cheminée de la raffinerie de sucre est toujours debout mais ne sert plus à rien, Spätz, l’actuel maire du village a fermé l'usine autrefois. L'accoutrement de Wotjeck et son argent font jaser, mais ce qu'ignorent les habitants c'est que Wotjeck est un tueur à gage, l'un des tous meilleurs. 

Michel Durand, le fils de l'ex-directeur de l'usine, revient lui aussi à Chanterelle, au même moment. Il se fait passer pour un psychiatre, il est flic à Interpol. Depuis leur arrivée, d'étranges événements se déroulent au village provoquant l'exaspération des habitants.

Excellent. Coup de cœur. Voilà, tout est dit. Courez acheter ce roman et ouvrez-le dans un endroit où vous êtes confortablement installés, car vous ne le lâcherez que fini, soit 250 pages plus loin. Vous en voulez plus ? OK, je me fends d'un billet.

Je commence par l'ambiance générale, le contexte. Un village désertifié, appauvri par la fermeture de l'usine qui employait tout le monde. Un paysage désolé, qui pourrait être beau mais qui n'est que désespoir. Et puis, le déclencheur, l'arrivée de Wotjeck et de Durand, deux hommes qui se connaissent de leur enfance, n'ont pas eu la même vie, et continuent à vivre très différemment. Dès qu'ils franchissent les frontières du village, les vieilles rancœurs, les peurs, les veuleries, les jalousies, les trahisons remontent et chacun rejoue son rôle, celui du pleutre, du soumis ou au contraire celui du rebelle -ils sont peu à jouer ce rôle, Marjolaine, la jeune serveuse l'endosse le plus facilement. Les hommes passent leur temps à jouer aux cartes dans le café, à refaire le monde, les femmes étrangement peu présentes ou alors avec des caractères bien trempés, telle la fameuse Marjolaine ou bien la mère Lacroix et sa fille Marie-Madeleine simple d'esprit maltraitée par sa mère qui peut à chaque seconde exploser dans un festival de mots colorés et fleuris (à la fois drôle et violent). 

Les personnages maintenant. On est loin, très loin des stéréotypes du genre policier. Outre les femmes dont j'ai parlé plus haut, Wotjeck et Durand ne sont pas forcément là où on les attend, et leur enfance, leurs relations d'enfance s'immiscent dans cette nouvelle rencontre. Tous ceux qu'on rencontre ont un grain, une fêlure qui ne demande qu'à s'aggraver et Wojteck et Durand feront péter des câbles à certains, parfois involontairement, d'autres fois moins. 

Roman noir plus que polar, il n'est néanmoins pas dépourvu d'étincelle de vie, de lumière et d'espoir. Pas du tout plombant au contraire, le rythme est assez vif et fluide. Pascal Martin mène et maîtrise son sujet de bout en bout, il nous balade, nous emmène exactement là où il veut et nous, eh bien on se laisse faire avec un plaisir non dissimulé et même revendiqué. J'ai passé un très grand moment,  je découvre cet auteur qui n'en est pourtant pas à son premier essai. Très belle pioche des éditions Jigal ! Le début ? Allez, voici les premières lignes :

"La BMW noire filait sur la route à grande vitesse. L'homme au volant portait des lunettes noires, rondes. Des manchons, des sortes de ventouses en cuir, s'échappaient des montants et venaient se plaquer sur ses tempes. On ne voyait pas ses yeux. Il était entièrement vêtu de noir, chemise, imper et pantalon." (p.5)

Voir les commentaires

Vermines

Publié le par Yv

Vermines, Romain R. Martin, Flamant noir, 2017....

Bourganeuf, département de la Creuse, un des coins les plus centraux de France, pas très peuplé et rural. C'est là que vit Arnaud, taxidermiste, et son copain Pascalin, sorte d'idiot du village, alcoolique, mais qui a la bonne idée de détenir une boutique dans laquelle les deux jeunes hommes travaillent. 

Arnaud a un chien depuis une semaine lorsqu'une armoire normande lui tombe dessus et l'occis. Mais lorsque le chien et l'armoire disparaissent, Arnaud commence à se poser des question et à paranoïquer un poil.

Dernière publication de l'excellente maison Flamant noir, qu'il va m'être difficile de mettre dans une case si tant est que je le veuille. Très étranges lecture, écriture et sensation. Ambiance noire, polar sans aucun doute, mais le reste, oscille entre chroniques, roman, aphorismes, délire total, humour noir voire très noir... Voyez un peu la relation mère-fils décrite par Arnaud : "Dès le départ, notre relation fut biaisée : à peine posé sur le ventre flasque de maman que déjà son odeur me révulsait. La faute à une très mauvaise peau puant le tabac tiède, trop longtemps badigeonnée de crèmes en tout genres sous forme d'échantillons, jetés gratuitement au fond de son sac plastique par des vendeuses trop zélées. Notre rencontre n'a donc jamais eu lieu, ou alors disons qu'elle fut d'un genre du troisième type." (p.16/17) Le reste est à l'avenant. Humour franchement noir, caustique, ironique, ravageur, je pourrais rajouter des tonnes de qualificatifs, acerbe, amer, sardonique, narquois voire diabolique... tous sont justes et le tout donne un ton unique et génial. J'ai ri, souri aux mésaventures d'Arnaud même si je me posais pas mal de questions, car la construction du roman est telle qu'on a des bribes d'informations sur la vie du héros, mais pas vraiment d'explications à son existence actuelle, tout arrive à la fin, tout s'éclaire. Quand j'écris tout s'éclaire, je parle du sens de l'histoire, parce qu'icelle reste définitivement noire. Elle entre dans le glauque, le bizarre, le burlesque, l'étrange : aucun des personnages n'est fréquentable, tous ont des attitudes étonnantes, des comportements déconcertants, inattendus et très fort est celui qui découvre avant le dénouement le fin mot de l'histoire. 

C'est une lecture pas banale que ce Vermines ; au détour d'une page, se glisse une phrase-choc comme la suivante qui est un exemple parmi tant d'autres : "Une nuit irascible, agacée, telle une compagne qui n'a pas joui." (p.105/106), autant vous dire que je me suis régalé de bons mots, de tournures à retenir -que je ne parviendrai pas à retenir-, de beaux moments de langage châtié aussitôt suivi d'un dialogue plus familier. 

Cette étrange ambiance est le fait d'une part du style de l'auteur, d'autre part de ses personnages décalés, totalement barrés et iconoclastes et enfin de son histoire racontée par petits morceaux que le lecteur doit recoller avant l'explication finale. Le tout donne un roman très original qui m'a surpris et ça j'adore ça. Etre surpris par un livre, ça n'arrive pas tous les jours, à tel point que j'en ai totalement occulté mes habituels bémols. Mais peut-être tout bonnement n'y-en-a-t'il pas ?

Voir les commentaires

Potions amères

Publié le par Yv

Potions amères, Patrick S. Vast, Le chat moiré, 2017.....

Lorsque Denise Fachel, employée de l’herboristerie de M. et Mme Ragonot sort ce jour-là avec la recette du weekend pour aller la déposer à la banque, elle est agressée et se fait voler la sacoche avec l'argent. C'est Gilbert, un jeune homme tout juste sorti de prison qui a fait le coup. Germaine Ragonot, la patronne de Denise se pose des questions sur son employée, surtout lorsqu'icelle, par un concours de circonstances, se retrouve à fréquenter Gilbert, lequel utilise Denise pour monter un coup contre les Ragonot. Aussi lorsque Gilbert vient cambrioler l'herboristerie et qu'il se fait tirer dessus par Patrice Ragonot, tous les événements s'enchaînent et dépassent très vite les divers protagonistes.

Béthune est une petite ville, tout le monde s'y croise, se connaît, se fréquente, se toise, s'évalue. Du moins c'est ce que l'on ressent à la lecture de ce roman policier à l'ancienne fort bien mené ; les liens entre les personnages sont bien décrits, entre jalousie, amitié, simple fréquentation, tout y passe. Patrick S. Vast a su créer une atmosphère particulière qui donne le ton au roman : une herboristerie, magasin rare en France, pas ou peu de technologie -pas d'Internet, de portable, d'ADN, ...-ambiance rue de quartier, avec ses commerçants et ses passants, pour ceux qui connaissent, les images que ça me fait naître c'est cette vieille publicité Rue Gama. Mais évidemment, arrive le premier événement, l'étincelle qui va faire déborder le vase ou la goutte d'eau qui va mettre le feu aux poudres et la rue va s'animer.

Même le flic, le lieutenant Dumont travaille à l'ancienne, il se déplace beaucoup, pose des questions, écoute, voit et recoupe toutes les informations. On ne peut pas s'empêcher de penser à Columbo avec sa fausse naïveté et son non-moins faux dilettantisme. Patrick S. Vast  déroule son histoire alors que nous connaissons nous le ou les coupables, et l'on se demande bien jusqu'où il va aller, jusqu'à quel point sa boule de neige va s’agrandir. L'enchaînement des événements paraît logique, fou mais logique et ces gens ordinaires se retrouvent confrontés à des situations extraordinaires qu'ils ne comprennent pas. Ils se révèlent alors dans leur veulerie, leurs faiblesses, leurs forces, leur courage, chacun réagissant différemment. 

Un polar discret qui mérite d'être découvert, un peu comme les personnages qu'il met en scène et qui est doublement une bonne nouvelle. D'abord parce qu'il fait passer un très bon moment et change des polars trépidants en installant un suspense de bout en bout sans effet de rythme ou d'artifices et ensuite parce qu'il est le premier d'une nouvelle maison d'édition Le chat moiré qui propose des "polars psychologiques, d'ambiance, d'atmosphère" : ce n°1 est au format poche et à un prix accessible. Faites-vous plaisir !

Voir les commentaires

Chacun son chat

Publié le par Yv

Chacun son chat, Philippe Geluck, Casterman, 2017....

Retour du Chat en pleine forme, dans un format classique de 48 pages. Tome 21. 

Je ne vais pas faire le même coup qu'à chaque fois que je commente un album de Geluck de vous répéter que je l'ai découvert il y longtemps dans le Ouest-France de mes parents chez qui j'habitais encore et que je découpais les gags en trois cases pour les coller sur des feuilles puis sur le mur des ouatères... Ah, ben si, je vous ai refait le coup. Donc dire que j'aime beaucoup le chat est un euphémisme, et même lorsqu'il est un peu moins drôle, je suis indulgent. Ne voyez donc dans cette humble chronique qu'une ode à un personnage de BD. Ceci étant, en toute objectivité eu égard à ce que je viens de dire, l'album est très bon, Geluck s'offrant le plaisir de nous faire rire sur des situations pas drôles, tels les attentats-suicides ou les migrants de la Méditerranée. Dans ces cas-là, on rit un peu bizarrement, notamment un dessin sur les migrants qui nous fait ne pas nous sentir très à l'aise, nos richesses et notre mal de vivre montrés devant la détresse de ces pauvres gens qu'on est incapable d'accueillir dignement.

Pour le reste, Geluck reste fidèle à ses fondamentaux : absurde, détournement de mots ou d'expressions, moqueries du Français râleur et dépressif mais aussi du Belge schizophrénique ne sachant choisir entre la Wallonie et la Flandre. Geluck est drôle, il ne respecte rien et c'est pour cela qu'on aime ses BD. En plus, plus que jamais, Le Chat commande des muscadets, et moi, même si je n'en bois pas -sauf si un bon viticulteur me contacte en m'en fournit du bon, du bio si possible- bien que vivant en plein milieu des vignes de ce vin, eh bien, on a une petite fierté à voir qu'un produit du cru est apprécié par un personnage mythique, n'ayons point peur des mots.

Voir les commentaires

Héros secondaires

Publié le par Yv

Héros secondaires, S. G. Browne, Agullo, 2017 (traduit par Morgane Saysana).....

Lloyd est cobaye pour des essais médicamenteux depuis cinq ans. Il voit régulièrement ses collègues devenus des amis, Vic, Charlie, Franck, Randy, Isaac et Blaine. Tous ont l'air d'aller bien, gagnent leur vie au gré des essais auxquels ils sont conviés. Jusqu'au jour ou d'étranges phénomènes apparaissent dans les rues de New-York : des personnes perdent la mémoire et sont victimes de vols et d'autres d'hallucinations. C'est à ce moment que Lloyd s'aperçoit qu'il soufre de quelques effets secondaires et qu'il parvient à endormir les gens à distance. Très vite ses amis remarquent eux-aussi leurs nouveaux pouvoirs, pas forcément sexy, mais liés aux médicaments.

Après Les cobayes, je file le thème des essais pharmaceutiques, cette fois-ci aux Etats-Unis, c'est une coïncidence absolue, un effet secondaire des lectures, mais celui-ci n'est pas indésirable, bien au contraire. Si vous ne connaissez pas S. G. Browne, sachez que c'est le deuxième livre de lui que je lis, après l'excellent coup de cœur La Destiné, la Mort et moi, comment j'ai conjuré le sort et qu'encore une fois, il me ravit. Ce roman débute assez lentement avec un trentenaire un peu désabusé, un peu velléitaire voire un peu fainéant, pas vraiment investi dans sa vie, qui la subit plus qu'il ne la vit ; Lloyd vit avec Sophie depuis cinq ans qui lui demande d'arrêter son job de cobaye pour trouver un boulot plus sérieux et moins risqué, mais sans jamais vraiment s'opposer à elle il persiste à tester des médicaments et à faire la manche pour les à-côtés. Puis, lorsque les garçons s'aperçoivent qu'ils changent, le roman change également et d'un roman assez réaliste et classique, on passe à de la science fiction, un roman de super héros. Oui, mais comme c'est SG Browne qui écrit, évidemment, vous n'aurez pas droit à Superman ou Batman voire Spiderman, mais plutôt à des super héros aux talents assez étonnants que je vous laisse découvrir. C'est à la fois drôle, cynique, ironique et satirique. A travers ce délire romanesque, l'auteur dénonce notre société de consommation et particulièrement celle des laboratoires pharmaceutiques, des médecins qui prescrivent à tour de bras et notre rôle à nous patients qui acceptons tout et n'importe quoi pour aller mieux. Si la France est championne du monde de la consommation d’anxiolytique, les Etats-Unis doivent suivre de près et sans doute beaucoup d'autres pays riches, malheureux et envieux que nous sommes malgré toutes nos possessions.

Je ne suis pas très connaisseur de la littérature étasunienne, ni même amateur d'icelle, mais lorsqu'elle se présente sous cet angle, je prends et en redemande. SG Browne est direct, il ne ménage pas ses propos, la critique est rude et tellement bien amenée que je ne peux qu'applaudir. Son thème favori étant celui qu'il a longuement déployé dans l'autre roman chroniqué sur le blog, à savoir, le sort, la destinée, le but de toute existence, la raison d'être, enfin toute la réflexion sur l'utilité de notre passage sur terre, le sens de la vie quoi, il en remet une couche cette fois-ci et Lloyd n'échappera pas à ces questionnements existentiels. SG Browne pousse parfois le bouchon, mais c'est bien, ça incite à la réflexion et il le fait tellement bien qu'on lui pardonne. En outre, lorsqu'au détour d'une phrase d'apparence sibylline, il place une banderille utile et réaliste telle que la suivante, que voulez-vous lui reprocher -la situation : une agression a lieu dans la rue, en pleine foule- : "Un des clients compose le numéro de la police tandis qu'un autre remplit son devoir de citoyen en filmant la scène avec son téléphone portable." (p.173) ? Tout est comme cela dans ce roman, pas un mot n'est ratable au risque de passer à côté d'un bon mot ou d'une pirouette à la fois drôle et profonde. Excellent, excellent, excellent.

Roman traduit, comme le précédent, par Morgane Saysana, et cette couverture d'un rose bonbon qu'on dirait un médicament, au dessin sobre et explicite, avec le bandeau maintenant célèbre des éditions Agullo, qui, contrairement aux autres, sert la couverture, en est une partie importante, pas juste une accroche marketing. Un très beau travail.

Voir les commentaires