Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Articles avec #polar-noir tag

Mort à vie

Publié le par Yv

Mort à vie, Cédric Cham, Jigal polar, 2020

Lukas est marié, père d'un fille Léana et cadre dans une entreprise. Tout va bien. Sa vie explose le jour où il est interpellé, mis en garde à vue puis en détention provisoire pour un homicide involontaire commis par son frère Eddy. Eddy est un petit délinquant, dealer à ses heures. Lukas endosse la faute d'Eddy et découvre la prison. Il cohabite avec Rudy et Assane dans 9 mètres carrés. Sa femme et sa fille s'éloignent et ne comprennent pas. Eddy continue ses trafics.

Le prologue annonce la couleur, ce sera du noir profond, intense. Peu de place pour l'espoir et la lumière.

Au cours de chapitres aux narrateurs alternés : Lukas en prison, Eddy en trafic, Fred Bianchi et Franck Calhoun les flics qui ont entendu Lukas et quelques autres intervenants, Cédric Cham construit une histoire qui va vite, qui, si on peut se demander si le début n'est pas un peu exagéré -l'endos de la faute d'Eddy par Lukas-, ne laisse plus la place au doute dès que l'on progresse. Les deux frères sont prêts à tout l'un pour l'autre, même au pire.

Le roman est glaçant. Littéralement. Moi, claustrophobe qui ne supporte pas la promiscuité je sentis des gouttes de sueur, des angoisses monter à la lecture de l'arrivée de Lukas en prison. Elles redoublèrent lorsqu'il intégra sa cellule et ne diminuèrent point, tant la description que Cédric Cham fait de ce milieu est terrible. Et il sait de quoi il parle, il œuvre au sein de l'administration pénitentiaire. C'est d'autant plus flippant qu'on peut croire que ce qu'il écrit est le quotidien des détenus et des gardiens. La prison est violente. Le monde de dehors itou.

"Il y est.

Bouclé. Enfermé.

Lukas se sent con avec son sac plastique, son matelas en mousse et sa gueule d'innocent. Il tente de faire bonne figure. La chaleur est étouffante. Une vraie fournaise.

L'air vicié. Odeur de moisi, de sueur, de pisse et de tout un tas de trucs qu'il préfère ne pas identifier." (p.48/49)

Voilà, ça c'est le style Cham. Rien de superflu. Tout est dit en quelques mots. Du dense, du concret. Ça fuse et ça infuse dans la tête du lecteur qui se pose pas mal de questions sur les conditions de détention en France. Et Lukas de se poser des questions : vaut-il mieux espérer sortir et retrouver sa famille ou taire l'espoir, oublier la vie d'avant pour pouvoir supporter la prison ? Vingt-trois heures sur vingt-quatre enfermé entre quatre murs obligent à une gamberge folle, à des remises en cause qui partent dans tous les sens, celui du nouveau départ dès la sortie c'est promis et celui du à-quoi-bon surtout lorsque le temps, qui en prison, n'est pas le même que dehors -une seconde dure une minute et une minute une heure- fait son travail de sape.

320 pages dévorées. Je classe sans hésiter ce roman dans mes coups de cœur. En fait si, j'hésite... à créer une catégorie coup de poing dans la gueule.

Voir les commentaires

La Venin. Entrailles

Publié le par Yv

La Venin. Entrailles, Laurent Astier, Rue de Sèvres, 2020

1900, États-Unis, Emily cherche à venger le meurtre de sa mère perpétré par cinq hommes une quinzaine d'années plus tôt, alors qu'Emily n'était qu'une enfant. Elle a déjà tué deux des agresseurs (Déluge de feu et Lame de fond) et continue son voyage sanglant à travers le pays Elle est maintenant accompagnée de Claire, une fillette qu'elle a adoptée et bientôt de Susan une esclave affranchie dont le mari vient d'être assassiné par le Ku Klux Klan.

Elles arrivent à Oil Town, ville qui vit de l'extraction du pétrole. Emily est l'institutrice. Elle est traquée par des agents de Pinkerton et des chasseurs de prime et ses futures victimes se méfient. Les choses se corsent.

Retour d'Emily dans ce troisième tome comme les précédents, excellent. C'est le Far-West violent et sans pitié que Laurent Astier dessine. Et pourtant, malgré sa terrible vengeance et ses accès de fureur, Emily est une femme attachante qui n'hésite pas se mettre en danger pour sauver plus malheureuse qu'elle. Anarchiste sans forcément le savoir, sa seule idée de venger sa mère guide sa vie. Cependant, elle prend du temps pour défendre les forçats des puits de pétrole et leurs épouses qui survivent dans une atmosphère puante et polluée.

Laurent Astier scénarise dans la pure ligne des westerns classiques. Mais une femme héroïne et les minorités -comme on dit élégamment- brimées, exploitées et spoliées ne font que rarement partie du genre. Les femmes y sont généralement absentes ou objet du désir des hommes et les noirs et les Indiens sont souvent les méchants de service. C'est là, une des grandes forces de son histoire que de les mettre en avant.

En résumé, ce tome 3 est aussi bon que les précédents et y rajoute même une dose de suspense et d'émotion. Vivement le 4 !

Voir les commentaires

RIP. Ahmed

Publié le par Yv

RIP. Ahmed. Au bon endroit au mauvais moment, Gaet's, Monier, Petit à petit, 2020

Ahmed est policier scientifique, spécialiste des insectes qui aiment les cadavres. Grâce au eux, Ahmed peut dater une mort et découvrir pas mal d'autres choses. Mais le grand chef ne croit pas trop à ces trucs et prend Ahmed pour un rigolo. Aussi lorsque le jeune policier semble flairer le travail d'un tueur en série, se lance-t'il seul dans l'enquête, quitte à prendre beaucoup de risques. Surtout lorsqu'il file et intègre l'équipe des nettoyeurs des maisons des morts rencontrés dans les tomes 1 (Derrick) et 2 (Maurice).

Tome 3 de cette excellente série qui à chaque tome s'intéresse à l'un des personnages du groupe. Son histoire personnelle est alors détaillée et toujours imbriquée dans celle du groupe des nettoyeurs des maisons des morts. On y apprend les raisons qui l'ont mené à ce job particulier et le rôle qu'il joue dans cette histoire. Pour rappel, l'un des nettoyeurs vole une bague de grande valeur et les patrons cherchent à connaître le coupable semant le doute et la suspicion parmi le groupe. Ahmed, le nouveau, est considéré comme le suspect numéro 1 et pris à parti. Lui n'est entré dans ce groupe que parce qu'il a senti que parmi eux, il y avait un tueur en série.

Cette bande dessinée est originale, le scénario de Gaet's est tortueux et puzzlesque. J'aime ces histoires dans lesquelles on revient sur un événement mais d'un autre point de vue qui l'éclaire différemment et oblige le lecteur à douter de tout et de tous. Chaque point de vue apporte son lot de nouveautés et la grande histoire, celle qui sous-tend toute la série se dessine peu à peu.

Et le dessin de Julien Monier enfonce le clou tant il colle à l'histoire noire et glauque. Tous les protagonistes ont des sacrées gueules et les couleurs participent activement à l'ambiance.

Un très grande réussite pour ces trois premiers albums, tous des coups de cœur. Six tomes sont prévus, je me réjouis d'avance.

Voir les commentaires

Ange

Publié le par Yv

Ange, Philippe Hauret, Jigal polar, 2020

Elle s'appelle Ange. Elle joue de sa plastique pour attirer les hommes et de son habileté pour les plumer avant qu'ils n'atteignent leur seul but : coucher avec elle. Ange vit en colocation avec son ami d'enfance Elton, glandeur professionnel qui pratique la procrastination avec ardeur.

Lorsque Ange rencontre Thierry Tomasson, animateur télé connu, elle croit à sa promesse de l'embaucher comme chroniqueuse. Elle déchante vite et décide de se venger de ce mec qui a lâchement profité d'un de ses moments de faiblesse.

Lorsqu'on lit beaucoup, on sait à peu près dès les premières lignes si le roman qu'on débute sera bien ou non. Certes, on peut avoir de mauvaises ou de bonnes surprises dans les pages suivantes et c'est tant mieux, mais globalement, on sait. Et là, j'ai su dès le début. Un premier chapitre intitulé "La nuit, je mens", bon, Bashung, déjà, ça part bien (tous les chapitres ont des titres de chansons) : "J'adore regarder mes mains. Je les trouves fines, élégantes, racées, sensuelles. Les mecs, eux, ne les remarquent jamais, préférant plutôt s'attacher à mater mes jambes, mes seins ou mes fesses. Pauvres petites queues en pilotage automatique qui ne connaissent rien à rien. Je ne vais pas me plaindre, la nature m'a bien gâtée. Mon corps c'est mon outil de travail, mon gagne-pain, mon passe-partout. Grâce à lui, je suis libre, j'avance, je taille ma route." (p. 9) Et la suite confirme ma première impression. 

Le roman de Philippe Hauret avance vite. De coups qui paraissent faciles à complications et événements fâcheux. De vengeance pour ne pas perdre la face à course contre la mort. Ange qui contrôlait sa vie et les hommes qu'elle fréquente et arnaque ne maîtrise plus rien. On sent la descente inéluctable, on aimerait lui dire de stopper mais on ne peut qu'espérer une fin point trop tragique.

Philippe Hauret, avec des phrases courtes et une langue sèche et très oralisée est diablement efficace. Ses personnages qui ne veulent que vivre sont les victimes d'une société qui vend du rêve, de l'argent facile : réussir à la télé en flattant les plus bas instincts, en n'ayant rien à dire ou plutôt en ayant une opinion sur tout ni étayée ni construite comme les chroniqueurs d'émissions bas de gamme. Thierry Tomasson ressemble beaucoup à un quasi homonyme de la télé, cauteleux à souhait, de même Michel Diquaire ou Cyril Hanana plus brièvement évoqués. Le gros avantage du roman c'est qu'il ne reste pas dans le monde télévisuel, il part très vite sur d'autres routes puisque Ange enchaîne les tuiles. Là où l'on aurait pu craindre une critique un peu vaine et facile, Philippe Hauret, après avoir méchamment tapé sur la télé trash emmène ses héros dans d'autres aventures.

Ce roman noir est très ancré dans une époque difficile : chômage, boulots mal payés, employés exploités, un toujours plus grand écart entre les plus pauvres et les plus riches... Ça se lit vite et ça laissera des traces. Dans la pure lignée des grands auteurs de romans noirs dans lesquels la frontière entre le bien et le mal n'existe plus, dans lesquels tous les moyens sont bons pour se sortir de la panade.

Voir les commentaires

L'amant de Janis Joplin

Publié le par Yv

L'amant de Janis Joplin, Élmer Mendoza, Métailié (traduit par François Gaudry), 2020

David, un jeune homme un peu naïf vit dans le Sinaloa, au Mexique, une région connue pour sa production de marijuana. A la fête du village, contre tous les usages, il danse avec Carlotta une jeune fille réservée au fils d'un gros trafiquant du coin. Celui-ci, en colère veut donner une leçon à David qui le tue d'un jet de pierre. Obligé de fuir, il se retrouve aux États-Unis, en joueur de base-ball très doué, cède aux avances d'une femme à Los Angeles qui lui dit être Janis Joplin. Revenu au Mexique, après s'être fait virer de son équipe de base-ball, David a l'interdiction de retourner dans sa région natale. Il s'installe pas très loin, pêcheur et parvient à grand peine à résister à sa voix intérieure, son démon, née après le lancer de pierre fatal.

Un peu long et répétitif bien que pas très épais, ce roman nous plonge dans le monde des narcos-trafiquants mexicains de la toute fin des années 60. David est un jeune homme influençable -en France on l'appellerait l'idiot du village- qui va de mésaventures en catastrophe. Plus il avance dans sa vie, plus les obstacles sont nombreux et durs à éviter ou affronter. Il subit brimades, violences, haines, assauts d'une femme très libérée -mais il veut être fidèle à Janis Joplin. Tout le monde se sert de lui et lui est content d'aider ses amis. Parmi eux, un révolutionnaire recherché par les forces spéciales, très spéciales, violentes et corrompues, prêtes à tout pour trouver un coupable fut-il inventé, et un narco-trafiquant.

Malgré mes réserves, c'est un roman noir qui réserve de belles surprises et est admirablement écrit. Beaucoup de tendresse pour David et les Mexicains en général, les gens simples qui ont subi la violence des pouvoirs et du trafic sans profiter de l'un ou de l'autre, vivant perpétuellement dans la crante d'une dénonciation, d'une vengeance. Parfois drôle, souvent tragique, il met en scène des personnages tendres et n'aspirant qu'à vivre tranquillement et d'autres avides d'argent et de pouvoir qu'il soit sexuel des hommes sur les femmes ou politique. Très ancré dans le Mexique des années 60/70, ce roman est écrit en 2001 par Élmer Mendoza, qui fut l'un des premiers auteurs mexicains à situer ses histoires dans le monde des narco-trafiquants. En prime, la musique et la voix de Janis Joplin sont présentes tout au long des pages.

Voir les commentaires

Stavros contre Goliath

Publié le par Yv

Stavros contre Goliath, Sophia Mavroudis, Jigal polar, 2020

Janvier 2019, le commissaire Stavros se retrouve en mer Égée, pour appréhender un terroriste dans un convoi de migrants. L'affaire est un fiasco, notamment parce que la Turquie s'en mêle et prétend entrer dans les eaux grecques que depuis quelques temps, elle refuse de reconnaître comme telles.

Un cadavre est retrouvé et la police grecque est sommée de collaborer avec son homologue turque. Cengiz, flic turc est désigné, qui semble être un ennemi personnel de Dora la proche collaboratrice de Stavros. Puis, la collaboration continue lorsqu'il faut fouiller un camp de réfugiés à Athènes. Là encore, rien ne se passe comme prévu.

Stavros et son équipe sont des flics hors contrôle. Lui, électron libre désabusé, aimant la bonne chère, les bons vins -la liste de ceux qu'il boit est en fin de volume, très tentante, je ne connais pas les vins grecs- et les alcools en général. Eugène, ex-hacker reconverti en adjoint qui n'hésite pas à renouer avec ses démons pour le bien de ses collègues. Dora, ex des forces spéciales au parcours douloureux, totalement incontrôlable sauf par Stavros. Glykas, partisan de l'aube dorée, part d'extrême droite, déteste les migrants. Zervenis, flic  discret, silencieux et taciturne. Ils vont devoir trouver le terroriste qui fait le vide sur son passage et menace la Grèce d'un attentat. Dans un contexte particulier : le pays sort à peine d'une crise sans précédent qui l'a laissé affaibli et doit faire face à des arrivées nombreuses de migrants, étant aux portes et aux frontières de l'Union Européenne. Union qui laisse la Grèce se débrouiller seule, la sommant même de régler le problème. Des fois que des migrants viendraient jusque chez nous en nombre... La Grèce entre ses difficultés économiques, sa dette à payer et les conflits qui naissent fatalement d'une arrivée massive de réfugiés est une véritable pétaudière. Et la Turquie, en face, qui joue avec l'Europe, qui menace et marchande et c'est encore son plus proche voisin européen qui trinque.

Sophia Mavroudis écrit un roman dur, noir, très noir. Un polar qui va vite, totalement ancré dans une situation géopolitique tendue et explosive. Ses personnages sont eux-mêmes abimés et sentent que l'ambiance n'est pas au beau fixe. Ils doivent faire avec leurs petites ressources et avec le chapeautage de l'Europe très bureaucratique, qui juge sans apporter de moyens supplémentaires. Ça part parfois vite, c'est violent. Même entre les flics : Stavros a de plus en plus de mal à bosser avec Glykas, le facho qui ne se contente pas de proférer des propos haineux -ce qui est déjà insupportable. Aucun d'eux n'a de vie personnelle ressourçante. Chacun est nostalgique à sa manière de la Grèce antique ou ancienne, des traditions, des us et coutumes. C'est sans doute la raison pour laquelle, Stavros s'arrête souvent au restaurant et que l'autrice nous détaille les vins et mets qu'il déguste, une manière pour lui de garder racines (il m'invite quand il veut 

Sophia Mavroudis n'omet ni n'amoindrit les défauts et côtés obscurs de ses personnages et du pays dans lequel ils vivent, elle n'en trace pas des portraits angéliques, loin s'en faut, et c'est cela qui donne à son roman une force et une crédibilité incroyables. J'avais aimé le tome 1, sobrement intitulé Stavros, j'ai davantage apprécié Stavros contre Goliath et trois autres sont promis.

Voir les commentaires

L'affaire Brillancourt

Publié le par Yv

L'affaire Brillancourt, Hugo Buan, Palémon, 2020

Barthélémy Brillancourt, brillant chirurgien rennais est assassiné dans sa résidence secondaire de Saint-Malo. C'est le commissaire Lucien Workan et son équipe qui enquêtent. Tout semble accuser Paul, le fils, DJ et drogué. Seul indice : un gland de mocassin retrouvé sous le canapé. Dès que les flics posent des questions, les réponses des Malouins se réfèrent à l'affaire Brillancourt. Pas celle-ci, mais l'autre, celle d'il y a dix ans, la mort de la femme du chirurgien. Tout le monde semble au courant, sauf les flics, ce qui est bien embêtant lorsqu'il faut mener des interrogatoires...Workan et son équipe passent un peu pour des brêles, mais bon, ils ont l'habitude.

Douzième enquête pour le commissaire Workan, le capitaine Lerouyer et les lieutenants Laurent Roberto et Leïla Mahir. Et douzième occasion de passer un excellent moment entre sourires et rires. Équipe hétéroclite sur laquelle il semble difficile de parier et qui pourtant parvient à résoudre les enquêtes les plus retorses, grâce à des fulgurances de l'un ou l'autre et après avoir éliminé ce qui n'est pas possible. Comme toujours dans les romans policiers de Hugo Buan, les dialogues sont savoureux, les répliques bien senties. Workan est un poil macho et réac, mais il sait s'adapter. Sa compagne Leïla est jalouse et dès qu'une femme plaît au commissaire elle sort les griffes et Workan n'est pas insensible aux femmes qui lui font de l’œil ou des avances -mais il ne franchit pas vraiment le pas, trop craintif des réactions de Leïla.

L'enquête avance à grands pas et la fine équipe fait vite le lien entre les deux affaires Brillancourt. Workan a des méthodes d'interrogatoires particulières pas très académiques mais elles donnent des résultats. Rondement et joyeusement menée, cette douzième enquête du commissaire Workan ravira les habitués qui,comme moi, en redemandent et saura séduire les nouveaux venus.

Voir les commentaires

Dans la tête de Sherlock Holmes. L'affaire du ticket scandaleux

Publié le par Yv

Dans la tête de Sherlock Holmes. L'affaire du ticket scandaleux, Cyril Lieron, Benoît Dahan, Ankama éditions, 2019

Sherlock Holmes s'ennuie et trompe le temps en s'injectant de la drogue, lorsqu'un collègue de Watson arrive au 221B Baker street, accompagné d'un policier. L'homme est mal en point, ne se souvient pas de sa nuit mouvementée. Watson donne son diagnostic, et Holmes, fidèle à lui-même, sent une affaire hors du commun : un complot de grande ampleur.

Sélection pour le Prix BD des Lecteurs. La première impression en voyant l'album est la surprise tant il est beau. La tête de Holmes sur la couverture est évidée. Et ouvrir le livre et tourner les pages c'est prendre le risque de tomber totalement en admiration devant le travail du dessinateur Benoît Dahan et du scénariste Cyril Lieron.

La lecture de l'ouvrage nécessite une attention toute particulière pour ne rien rater des détails qui permettent de bien comprendre le raisonnement de Holmes ou d'autres plus marrants qui concernent Watson. L'ambiance est gothique, les dessins et la mise en pages somptueux. Quelques trouvailles amusent les lecteurs et les lectrices et rajoutent du plaisir, comme s'ils étaient dans un jeu de société et qu'ils menaient l'enquête en même temps que le célèbre détective. On aurait tendance à s'arrêter aux dessins, mais le scénario est fort habile, les choses gentiment et subtilement amenées, tortueusement oserais-je, comme dans le cerveau de Holmes.

Aucune fausse note pour cette bande dessinée, du grand art qui m'a réjoui de bout en bout. Ah si quand même une : il faudra attendre le tome 2 pour connaître la fin de l'histoire, mais pas grave, lorsqu'il sortira, je devrai relire le tome 1, je m'en réjouis d'avance.

Voir les commentaires

L'île abandonnée

Publié le par Yv

L'île abandonnée, Pierre Pouchairet, Palémon, 2020

La commandant Léanne Vallauri et ses amis sont installés à bord d'un Airbus qui les ramène en France après leurs vacances à New York et qui devrait arriver avant la tempête d'une force peu commun qui est annoncée en France et qui devrait être particulièrement violente en Bretagne.

Avant que l'avion ne décolle les services américains ont de sérieux doutes sur certains passagers qu'ils soupçonnent de vouloir perpétrer un attentat et sans doute faire sauter l'avion au-dessus de Paris provoquant ainsi des milliers de victimes. Les autorités françaises interdisent à l'Airbus le survol de la métropole. Il doit donc se poser à Ouessant, juste avant l'ouragan annoncé. C'est là, dans une ambiance cauchemardesque, que Léanne et ses amis devront tenter de faire la lumière sur les doutes américains.

La série Les trois Brestoises avec Léanne commandant de police, Vanessa psychologue et Élodie médecin-légiste est hautement addictive et cette cinquième aventure n'échappe pas à la règle. Privilégiant cette fois-ci l'action, le rythme et la vitesse, Pierre Pouchairet écrit-là un roman catastrophe très cinématographique, qui change un peu des premiers tomes tout en gardant ce qui en fait le sel. C'est bien parce qu'on ne s'ennuie pas, pas le temps, et que la série ne ronronne pas, comme parfois d'autres le font -pas celles que je lis, d'autres- ; enfin, ça ça m'arrive davantage avec des séries télévisées qui à force de saisons s'épuisent et moi avec. Là, rien de tout cela, c'est fou et lorsque l'on croit que le pire est arrivé, on s'aperçoit quelques lignes plus loin qu'il n'en est rien, puisque l'imagination du romancier pousse les limites. 

Toujours attaché à l'actualité, aux thèmes qui rendent notre société violente : le terrorisme, la peur, la soif de vengeance, l'auto-défense, la haine des flics, ... Pierre Pouchairet construit un polar riche et dense dans lequel il n'hésite pas à mettre en scène les présidents français et ses ministres et leurs homologues étasuniens et notamment le "twitteur compulsif", et c'est très crédible. La vie de ses héroïnes est un peu en retrait, elles n'ont que le temps de penser à l'immédiat, pas à leur avenir. Et dans les circonstances décrites, on les comprend. Vivement la suite de cette série plus qu'excellente...

Voir les commentaires

<< < 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 20 30 40 50 60 70 80 > >>