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bande dessinee

Hound dog

Publié le par Yv

Hound dog, Nicolas Pegon, Denoël graphic, 2022

"César et Alexandre, deux losers magnifiques, et le clébard sans nom qui leur colle au train, sur la piste d'un accident maquillé en meurtre maquillé en suicide (pas forcément dans cet ordre). Une virée funky entre Twin Peaks et Bukowski dans une Amérique périurbaine préapocalyptique sous l’œil impavide et miséricordieux du dieu Elvis..." (4ème de couverture)

A la lecture du titre, de l'extrait de la chanson et de quelques cases représentant Elvis, nul doute que Hound dog s'est imprimé dans mes neurones et qu'il ressort dès que je croise la couverture. Mais bon, ça va, c'est Elvis...

Étrange album qui débute par un brainstorming dans le monde de la publicité et enchaîne sur une chorégraphie du King puis un réveil difficile pour César. De grands cases muettes succèdent à d'autres qui ont du dialogue, mais assez peu, les (anti)-héros sont peu diserts. J'aime beaucoup. Beaucoup de références, celles de la quatrième de couverture ci-dessus citées, mais aussi Quentin Tarantino qui décrit de merveilleux poissards et d'autres que j'oublie ou que je n'ai pas. J'aime l'ambiance que Nicolas Pegon crée avec ses personnages décalés, has-been, blasés, anachroniques, son histoire assez simple et brillamment menée : grandes cases très colorées, environnement où tout est désolé, cassé. J'aime les gueules qu'il dessine. Le presque immobilisme de César et Alexandre qui s'animent quand ils flairent qu'il n'est pas normal que ce chien les suive sans qu'on lui demande.

"You ain't nothin' but a hound dog

Crying all the time

Well, you ain't never caught a rabbit

And you ain't no friend of mine" (Elvis Presley, Hound dog, 1956)

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Le rite

Publié le par Yv

Le rite, Amaury Bündgen, Casterman, 2022

"Kéva, petit royaume pacifique perdu dans les montagnes, est réputé pour sa science. lorsqu'il est attaqué par l'Empire haïmar, il ne peut opposer qu'une faible résistance. Rapidement, les Kévarks sont massacrés. Seul survivant, un jeune prêtre, dernier représentant de sa culture, devient alors le porteur de la vengeance de son peuple." (4ème de couverture)

Très très bel album, et ce compliment vient d'un lecteur pas particulièrement amateur d'histoires peuplées d'êtres et de mondes qui empruntent à la fois à la science fiction, à la mythologie et aux légendes. Il débute par des pages superbes en noir et blanc, muettes, aux détails importants et continue en noir et blanc avec des paroles. Il y a le monde des puissants, des envahisseurs qui s'oppose à la sagesse, la tranquillité et la méditation du prêtre. Difficile en ce moment de ne pas faire l'analogie avec l'ogre russe à l'assaut de l'Ukraine, mais il est vrai que cette histoire peut coller à toutes les guerres. Pas super originale, mais bien tournée et bien menée, j'aime beaucoup l'histoire qui puise dans les légendes, qui ménage un certain suspense ou tout du moins une tension sur les véritables raisons du massacre des Kévarks et sur le tour que prendra la vengeance du prêtre. Et le dessin est convaincant, superbe de détails. Les personnages sont reconnaissables, le trait est clair et le noir et blanc du plus bel effet.

Enfin, bref, c'est un album que je conseille fortement, qui m'a permis de (re)découvrir un genre que j'avais mis de côté depuis assez longtemps et un bédéiste très talentueux.

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La bicyclette rouge

Publié le par Yv

La bicyclette rouge (tome 2), Kim Dong Hwa, Paquet, 2022 (traduit par Kette Amoruso)

Le facteur à bicyclette rouge sillone le village de Yahwari en Corée. Il est parfois le seul lien des habitants vieillissants avec autrui. Au fil des quatre saisons, il voit les champs, jardins, arbres changer, et les hommes et les femmes vaquer à leurs occupations.

La bicyclette rouge est un recueil d'histoires courtes, des nouvelles dessinées, qui racontent la vie dans la campagne de Corée, loin des villes vers lesquelles les jeunes se tournent pour trouver du travail mais aussi pour leur attrait. Tout est doux, légèrement suranné, le mot le plus violent du livre doit être "ringard" adressé à une vieille femme pour la décoration intérieure de sa maison. tou est tranquillité, calme et bienveillance pour reprendre un terme tellement à la mode qu'il en est galvaudé. Un pur moment de poésie, autant par les situations, que les textes que les dessins empreints eux aussi d'une grande douceur, dans les traits, les couleurs, les paysages. Même l'hiver qui peut être rude dans le village est d'humeur joyeuse. Les habitants sont farceurs, taquins, solidaires même si l'individualisme commence à poindre avec les enfants et petits-enfants des villes qui viennent rendre visite à leurs parents ou grands-parents, apportant cadeaux, montrant leur réussite sociale vec les voitures...

Un moment de lecture qui fait beaucoup de bien, qui donne le sourire et incite à regarder le monde différemment, positivement.

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Stuck rubber baby

Publié le par Yv

Stuck rubber baby, Howard Cruse, Casterman, 2021 (traduit par Jean-Paul Jennequin)

La première édition de ce livre en français date de 2001, chez Vertige Graphic sous le titre Un monde de différence. Le titre original gardé pour cette nouvelle édition peut se traduire littéralement par "Le bébé de la capote collée".

Dans les années 60, à Clayfield, une petite ville du sud des États-Unis vit une communauté noire et une communauté homosexuelle, qui sont toutes les deux victimes des violences policières et de celles des suprémacistes blancs. Toland Polk est un jeune homme blanc, réservé qui prend conscience du racisme très présent dans la société et qui ne parvient pas à s'avouer son homosexualité et encore moins à l'assumer.

Prix de la critique à Angoulême en 2002, il est obtient le Prix Fauve Patrimoine pour sa réédition en 2022.

Ce roman graphique paru en 1995 aux États-Unis est dense. Deux cents pages de cases assez petites, de textes et de dessins minutieux en noir et blanc avec des ombres, des détails et un réalisme bluffants. On est là dans le top du roman graphique, de ceux qui racontent des histoires fortes et inoubliables. Toland Polk est davantage un observateur qu'un militant pour la cause des noirs et des homosexuels. Même s'il est très mal vu à l'époque de soutenir ces deux communautés lorsqu'on est blanc élevé dans un milieu dit conventionnel. Il se découvre des amis dans les deux mondes qui se côtoient et se croisent puisqu'il fera la connaissance et se liera avec des noirs hétéros, des blancs homos et des noirs homos. Howard Cruse raconte d'une manière originale la lutte pour les droits civiques des noirs qui complète l’œuvre de John Lewis et Andrew Aydin (Wake up America et Get up America). Le sud des années 60 est toujours aussi raciste et violent, les traditions ancrées et les garants d'icelles butés, intolérants et ultra-violents. Il s'inspire de sa vie, jeune homme homosexuel dans les années 60 qui vit dans le sud du pays mais aussi des gens qu'il a rencontrés.

Ce roman graphique, il ne faut pas l'ouvrir en se disant qu'on le finit dans l'heure, cela prendra beaucoup plus de temps si l'on veut ne pas passer à côté. Il faut le prendre comme un roman qui raconte la vie d'un jeune homme qui vit dans un monde qu'il ne comprend pas et qui vit des choses qu'il ne comprend pas non plus. La découverte de sa sexualité à une période où elle est jugée comme déviante, immorale, contraire aux principes de l'église et du droit.

C'est malheureusement un ouvrage qui reste d'actualité puisque les homosexuels et les noirs sont toujours discriminés, victimes de violences racistes et/ou homophobes. Et certains propos tenus désormais publiquement n'incitent pas à davantage de tolérance et de compréhension voire de rencontre mais au contraire à un repli sur soi et sur des valeurs dites traditionnelles qui rejettent autrui s'il ne les respecte pas.

Howard Cruse est décédé en 2019.

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Moon

Publié le par Yv

Moon, Cyrille Pomès, Rue de Sèvres (couleurs Isabelle Merlet)

En saison, cette petite ville du bord de la Méditerrannée attire beaucoup de touristes. Hors saison, la vie y est calme, très calme, trop calme pour les ados qui y vivent. Accros aux réseaux sociaux, ils trompent l'ennui et comblent les vides entre les cours et parfois pendant, en s'envoyant des messages sur tous les réseaux imaginés. Cela crée des tensions sur le nombre de like, sur ceux qui sont amis virtuels ou pas, tout en se côtoyant en réel. Que dire de celui qui n'a pas de portable, quasi seul ?

Mais un jour l'antenne relais grille sous la foudre et tout se tait : plus de réseaux, ni d'Internet et même pas de télé.

Très bien cette bande dessinée qui, je trouve, dépeint justement et finement les ados, leurs relations, leur rejet du monde adulte, les tensions qu'ils ont entre eux, les amours naissantes, le besoin de reconnaissance, d'appartenance au groupe. Cyrille Pomès fait ça sans être lourd. Il suggère plus qu'il ne montre et pourtant tout est très clair : le harcèlement physique ou moral, la violence parentale, le machisme... Il travaille surtout sur le lien social : doit-il passer nécessairement par un téléphone comme semble le laisser paraître nos usages et particulièrement celui des adolescents ? Les relations se coupent elles dès lors qu'on se retrouve en face à face, ce qui, juste après l'arrêt de l'antenne est une vraie question ?

J'aime bien le dessin de Cyrille Pomès, vif, clair et expressif. Beaucoup de petites cases pour les personnages, mais aussi des plus grandes jusqu'aux doubles pages pour des paysages ou des vues en grand angle. Les couleurs sont chaudes, station balnéaire oblige. Le tout donne un très bel album, qui, encore, une fois chez Rue de Sèvres, parle à plusieurs générations, en abordant des sujets graves et sérieux, des sujets d'actualité mais sans être ni moralisateur ni austère ni angoissant.

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Get up America (1)

Publié le par Yv

Get up America, John Lewis, Andrew Aydin, L. Fury, Nate Powell, Rue de Sèvres, 2022 (traduit par Fanny Soubiran)

Suite de Wake up America qui s'arrête en 1965 et dans lequel le député John Lewis (1940-2020) raconte son parcours de militant noir pour les droits civiques. Il poursuit son récit dans ce tome 1 de Get up America, récit enrichi de diverses sources. Les tensions sont extrêmes entre blancs supémacistes et noirs non-violents, mais également entre les mouvements des noirs qui, pour certains résistent à la violence, tel celui du pasteur Martin Luther King, mais qui, pour d'autres engagent un vrai bras de fer violent avec le pouvoir, c'est la naissance des black panthers et la prise en main du mouvement de John Lewis par des gens qui délaissent la non-violence.

Même équipe que pour Wake up America : Nate Powell dessine, John Lewis raconte et Andrew Aydin qui a travaillé longtemps pour lui scénarise associé à L. Fury pour cette fois. Tout ce que j'avais écrit pour Wake up America est toujours d'actualité. Roman graphique qui raconte la lutte des noirs pour les droits civiques, les violences auxquelles ils sont confrontés, la ségrégation, la peur des blancs de perdre leur suprématie. La force des noirs est impressionnante et oblge au respect et à l'admiration. Le roman graphique montre également la montée de la violence dans les mouvements puisque la non-violence n'est pas aux yeux de certains, efficace. Les tensions sont vives, les responsables d'hier sont désavoués mais ne cessent pas pour autant la lutte.

C'est toujours très bien fait, les dessins en noir et blanc sont incroyables de réalisme et de force. Tout est là pour que ces albums (Wake up America et les deux tomes de Get up America) deviennent une référence et indispensable pour quiconque veut raconter et s'informer sur cette partie de l'Histoire des Etats-Unis.

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Partir un jour

Publié le par Yv

Partir un jour, Manu Boisteau, Casterman, 2021

"Quitter son job pour écrire un livre.

Combattre ses démons intérieurs.

Digérer le départ définitif de l'être aimé.

Adopter un bonsaï. Optimiser ses perspectives d'avenir.

Travailler sans relâche. Retomber amoureux.

Continuer d'avancer." (4ème de couverture)

C'est tout cela que va vivre le héros de Manu Boisteau, quarantenaire en plein questionnements. C'est l'âge auquel des doutes existentiels, des remises en question arrivent souvent. Là, c'est assez radical. Consultation de psy, d'hypnothérapeute, dialogue avec son surmoi qui prend la forme d'un chien très Droopyesque ou Brian Griffinesque, pour ceux qui connaissent Family Guy. Cauchemars récurrents avec des formes désagréables qui hantent l'homme en question et qu'il combat mollement.

C'est drôle et léger mais pas seulement, ça pose aussi des questions sur le sens que l'on veut donner à sa vie, au moins à la seconde partie d'icelle : rester dans un boulot certes rémunérateur mais fatigant et ennuyeux ou changer de vie pour tenter de réaliser si ce n'est des rêves au moins des envies ? Tenter de sauver son couple ou fuir ? Bon, là, c'est elle qui s'en va, lui étant bien incapable de prendre une décision, ce qui règle brutalement le problème.

J'aime beaucoup cet album, les toutes petites cases non cadrées avec des petits personnages dont le héros chauve et avec lunettes, les plus grandes qui concernent surtout les cauchemars hantés de monstres. Les dessins qui penchent sérieusement vers l'humour, les phases par lesquelles passe le héros, les amis sarcastiques dont il aurait aimé le soutien...

C'est décalé, ça parle des affres de la création, des doutes, de la difficulté à écrire, à créer quelque chose qui ne serait pas du déjà-vu-déjà-lu, de l'usure du couple surtout lorsque les envies de l'un ne correspondent plus à celles de l'autre. J'aime les trouvailles comme ce chien surmoi ("surmouah"), la mauvaise foi du type, sa couardise. C'est si simple de dire je quitte tout, mais si compliqué à faire.

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Ce que nous sommes

Publié le par Yv

Ce que nous sommes, Zep, Rue de Sèvres, 2022

Dans un monde futuriste, Constant et Franz, deux jeunes amis enchaînent les expériences virtuelles. Leurs cerveaux sont augmentés et en permanence connectés au DataBrain qui centralise tous les cerveaux de tous les humains augmentés qui peuvent ainsi, en fonction de leurs revenus, posséder en quelques jours plusieurs dizaines de langues, des encyclopédies entières... Plus rien n'est limité, le savoir est à portée de tous. Mais tout cela reste virtuel, comme si à la place du cerveau il y avait un maxi-ordinateur, donc inévitablement sensible aux piratages, aux bugs et autres cyber-attaques.

The end et Paris 2119, deux albums précédents de Zep interrogeaient déjà notre devenir en tant qu'hommes aidés par les intelligences artificielles, mais aussi le devenir de notre planète que nous détruisons allègrement. Et les nouvelles technologies ne sont pas les moins énergivores : centre de sauvegardes de données, métaux rares pour fabriquer les PC, tablettes et autres smartphones... Zep continue d'explorer ces thèmes qui sont ou vont être au coeur des prochaines années. Le scénario général peut ressembler à d'autres histoires de science fiction, mais le bédéiste insère dedans des inventions comme les cerveaux connectés et crée des personnages attachants.

L'ouvrage pose des questions et les amène de manière douce. Comment allons-nous vivre demain ? La technologie nous permet-elle de mieux vivre, d'avoir davantage de connaissances, de prendre du temps pour les autres ? Suffira-t-elle pour faire un monde meilleur ? Ou sera-t-elle, au contraire, un moyen pour certains de prendre le contrôle ? Sera-ce elle, qui par sa consommation d'énergie nous précipitera vers l'abîme ? Et bien d'autres encore...

Peu de violence et des couleurs pastel, un trait clair. Tout est là pour que l'album puisse être lu et partagé au plus grand nombre, des ados aux plus anciens. Sûr qu'il suscitera des discussions sur le fond. Tant mieux, il est plus que temps.

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Babyface

Publié le par Yv

Babyface, Olivier Balez, Rue de Sèvres, 2022 (d'après le roman de Marie Desplechin)

Personne à l'école n'aime Nejma, sauf Freddy qui est aussi son voisin. Nejma, le bonnet toujours enfoncé sur la tête préfère l'insolence et la provocation pour se cacher et ne pas entendre les remarques sur son poids, sa méchanceté. Elle est crainte. A chaque fois que quelque chose se passe à l'école, elle est désignée responsable. Lorsqu'un enfant est grièvement blessé, elle est accusée. A tort. Coupable idéale et impuissante à s'innocenter.

Le roman de Marie Desplechin est paru aux éditions L'école des loisirs, sous le titre Babyfaces. Ce n'est pas la première fois que je lis des adaptations de roman de la maison d'édition par des auteurs Rue de Sèvres -c'est la même maison-, et à chaque fois, et là encore, j'ai trouvé que c'était de très bons albums, car ils traitent souvent des thèmes de société touchant les ados : la séparation des parents, la violence intra-familiale, et pour ce dernier la violence à l'école, le racket et le harcèlement. L'histoire est bien menée, claire, identifie assez nettement les agressions, les coupables et les victimes. Nejma qui semble être la méchante de service est surtout malheureuse et la victime. Sa seule défense, c'est de se faire craindre sans en arriver aux mains. Cette histoire parlera aux ados et pré-ados directement mais sans en rajouter. Ils pourront se reconnaître ou reconnaître un ou une camarade.

Le dessin est lui aussi clair, réaliste assez coloré, moderne. J'aime bien Olivier Balez que j'ai déjà lu avec un tome de Infinity 8 : L'évangile selon Emma et J'aurai ta peau Dominique A. Il parvient à transmettre le mal-être de Nejma face aux injustices et dans sa vie déjà difficile d'enfant, mais aussi l'inquiétude des adultes et de Freddy son ami. Ce qui donne un album facile d'accès, qui sans être trop noir, permet d'aborder les questions qui préoccupent les jeunes et d'entamer une discussion sur icelles.

A laisser en évidence à la maison pour susciter l'envie de le lire et pourquoi pas celle de parler.

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