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bande dessinee

Malik Oussekine, contrecoups

Publié le par Yv

Malik Oussekine, contrecoups, Jeanne Puchol, LF Bollée, Casterman, 2022

Décembre 1986, en France c'est la première cohabitation, François Mitterrand est président et Jacques Chirac premier ministre. René Monory est ministre de l'éducation et Alain Devaquet ministre délégué à l'enseignement supérieur. Il présente une loi visant à instaurer des critères de sélection à l'entrée des universités et une autonomie pour ces établissements. Les étudiants ne veulent pas de cette reforme et dans les universités les mouvements de grève se multiplient. Le 4 décembre une grande manifestation est prévue à Paris et beaucoup de provinciaux font le voyage pour grossir les rangs et faire nombre. La foule des étudiants est impressionnante et la manif finit mal, par des heurts.  Le lendemain, pour ne pas se faire déborder, le ministre de l'intérieur, Charles Pasqua envoie ses Pelotons de Voltigeurs Motoportés chasser le manifestant. Deux flics sur des motos, un pilote et un passager muni d'une grosse matraque pour frapper en marche. Malik Oussekine, 22 ans, rentre paisiblement chez lui lorsqu'il se fait attaquer par un duo de flics. Il mourra de ses blessures.

Jeanne Puchol et LF Bollée détaillent cette nuit fatale pour le jeune homme, même pas étudiant et encore moins manifestant. Ils créent des personnages fictifs qui vont croiser ou rencontrer la victime ou qui vont permettre de raconter précisément et de différents points de vue le contexte. Le 4 décembre 1986, j'étais étudiant et manifestant à Paris et la mort de Malik Oussekine nous avait touchés et choqués, comme tous les étudiants. La veille de sa mort, nous repartions vers la gare Montparnasse dans la cohue et le désordre pour échapper aux gaz lacrymogènes et aux heurts, nous sentions bien que la tension était vive. Ce qui est terrible en plus de cette mort, c'est que le pouvoir en place a tout fait pour se dédouaner et pour rejeter la faute sur Malik Oussekine.

L'album en noir et blanc, est sobre et ne tombe pas dans un manichéisme qui serait trop facile, il montre des flics violents bien sûr et fiers de leurs actes, mais d'autres qui refusent de laisser passer les actes de leurs collègues. Il est précédemment paru en 2016, et cette nouvelle édition vient questionner les violences envers les manifestants. Elle est aussi un complément au film de Rachid Bouchareb, Nos frangins, qui devrait sortir bientôt et à la série Oussekine d'Antoine Chevrollier, récemment diffusée que je n'ai pas encore vue.

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La différence invisible

Publié le par Yv

La différence invisible, Mademoiselle Caroline, Julie Dachez, Delcourt, 2016

Marguerite a 27 ans, elle vit en couple et travaille pour une grande entreprise, dans un boulot qu'elle n'aime pas, mais il faut bien vivre... Mais Marguerite est différente : elle ne supporte pas les bruits, la foule, les cris, ne se sent jamais aussi bien que chez elle devant un bon livre avec son chien et ses chats. Très ritualisée, elle part tous les jours à la même heure pour rejoindre le bureau, fait le même trajet. Incapable de mentir, elle est "cash" et si elle trouve un pull moche, elle dit qu'il est moche et tant pis pour la porteuse du-dit pull.

Fatiguée de ne jamais se sentir à sa place, de faire des efforts considérables pour tenter de faire bonne figure, un jour, elle fait des recherches et découvre l'autisme Asperger. Et si c'était cela ?

Marguerite -alias Julie Dachez qui scénarise- est joliment dessinée par Mademoiselle Caroline, en noir et blanc au début, ce qui montre bien les répétitions de ses journées, sa relative transparence aux yeux de certains qui la trouvent folle, complètement barrée ou au mieux bizarre, étrange. Quelques touches de rouge dans les bavardages des collègues et de la couleur enfin, lorsqu'elle sait qu'elle est Asperger. Un soulagement de savoir qu'elle est juste différente, de pouvoir mettre un mot sur cette différence, que l'entourage comprenne, même si au vu des remarques, c'est loin d'être gagné.

Cette bande dessinée est un très bon moyen de comprendre comment vivent les autistes, comment pour eux, l’interaction avec les autres est difficile et leur demande des efforts, comment le bruit leur est physiquement insupportable... C'est aussi un album qui parle de la tolérance et de l'acceptation des us et habitudes de tous ; ce n'est pas parce qu'untel ne vient pas aux soirées, qu'il n'a que peu de conversation qu'il n'est pas digne d'intérêt et qu'il n'a pas une vie remplie, il n'est pas forcément autiste, puisque l'autisme ne se limite pas à une certaine asociabilité -même importante.

Julie Dachez a une chaîne Youtube sur laquelle elle parle de l'autisme mais pas seulement.

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Philocomix. Métro, boulot, cogito

Publié le par Yv

Philocomix. Métro, boulot, cogito, Jean-Philippe Thivet, Jérôme Vermer, M. La Mine, Rue de Sèvres, 2022

Après le bonheur et la vie en société des tomes 1 et 2, Philocomix s'intéresse au travail. Et, interviennent sur ce thème pour des idées parfois totalement en opposition : Socrate, Pétrarque, René Descartes, John Locke, Adam Smith, Georg Wilhelm Friedrich Hegel, Karl Marx, Simone Weil, Martin Heidegger et Bertrand Russell. Parce que le travail prend une grande place dans nos existences et que souvent, l'on se définit par ce que l'on fait, notre job, davantage que par nos hobbies ou ce que l'on est. Le travail a aussi permis le progrès et la qualité de nos vies actuelles, mais il peut être aussi vécu comme néfaste, comme une aliénation.

C'est Socrate qui intervient en premier pour nous rappeler les fondements de la philosophie : interroger les idées reçues, analyser les termes des énoncés, questionner leur définition et articulation et conclure par son ignorance.  ou la réfutation de l'idée reçue. 

L'album est très bien fait, il aide à réfléchir en appelant les plus grands penseurs, mais n'est pas trop lourd. Le dessin de M. La Mine est léger, drôle et s'adapte à chaque époque et chaque lieu, dans les décors, les couleurs et les mises en scène. La manière d'interpeller les philosophes est elle aussi dans le ton, ils sont parfois moqués, mais toujours parviennent à exposer leurs pensées. On passe de la contemplation préférable au travail de Pétrarque au contrat social de John Locke, en passant par l'aliénation au travail de Karl Marx pour finir par le partage du travail de Bertrand Russell. Tous ont cependant en commun que la consommation à outrance n'est pas souhaitable parce qu'elle donne plus de travail pour pouvoir se payer plus d'objets, le cercle vicieux...

Moi qui ne suis pas philosophe mais qui, pas plus con qu'un autre, aime bien réfléchir sur plein de sujets divers, et moi qui, surtout, n'aime pas le travail -pff, quand je pense à tout ce temps perdu..-, j'ai beaucoup aimé l'album avec un penchant pour Karl Marx, Heidegger et Russell. Il m'offre des arguments -qu'il va falloir que je retienne- et permet d’ouvrir le débat autour du travail, de la consommation, du type de société et de vie que l'on souhaite... Bref, de bien belles discussions à venir.

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Commissaire Kouamé. Un homme tombe avec son ombre

Publié le par Yv

Commissaire Kouamé. Un homme tombe avec son ombre, Marguerite Abouet, Donatien Mary, Gallimard, 2021

Des enfants disparaissent à Abidjan, les mères commencent à avoir peur mais la police n'agit pas beaucoup.

Le commissaire Kouamé est, lui, mandaté pour retrouver la fille d'un homme d'affaires, très gros employeur du pays. Gaëlle, la jeune fille disparue a 16 ans et n'a plus donné signe de vie depuis la veille. C'est le ministre de la défense en personne qui charge Kouamé de la retrouver.

Retour du commissaire Kouamé et de son adjoint, le seul flic blanc de la ville, Arsène, collectionneur de vieilles voitures, qui ne parvient à faire entrer dans le pays que des petits modèles et qui a été mis hors de son propre appartement par l'une de ses conquêtes. A l'inverse, Pour Kouamé, tout roule entre sa femme et ses enfants, même si Fanette sa fille, amis de Gaëlle est... adolescente.

Beaucoup d'humour dans les textes -des expressions très drôles-, des situations décalées, grossies et des dessins vifs, dans lesquels on voit la rapidité de Kouamé, son impulsivité. Il se heurte à une certaine inertie de ses services, à un laisser-aller qu'il ne supporte pas surtout lorsqu'il s'agit d'enfants disparus. Alors, il virevolte, menace, fait arrêter, interroge en usant de la manière forte voire très forte, il bouge, se démène et fait tout pour retrouver Gaëlle mais aussi comprendre pourquoi des enfants disparaissent et qui les kidnappe.

C'est drôle, disais-je, mais les auteurs montrent également le pays, ses croyances, ses coutumes, ses bas-quartiers, la justice à deux vitesses -heureusement Kouamé veille-, la société ivoirienne où les plus pauvres n'ont droit à rien et où les riches se gavent. Bref, une bande dessinée très réussie comme l'était le premier, Un si joli jardin et lisible à plusieurs niveaux.

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Valse à 3 sœurs

Publié le par Yv

Valse à 3 sœurs, Melome Machida, Casterman, 2022 (traduit par Anaïs Koechlin)

Elles sont trois. Trois sœurs. Sumi, 28 ans, "Elle adore les daifaku à la fraise". Tora, 22 ans, "Elle aime boire de l'alcool." Fuji, 18 ans, "Elle adore les kabukiage." Elles vivent seules. Leur mère est morte dix ans auparavant et "au 49Eet dernier jour du deuil", leur père les a quittées pour "s'écouter un peu". Elles s'adorent, se soutiennent, s'engueulent, se fâchent et se réconcilient dans la même seconde. Elles se posent beaucoup de questions.

Melome Machida est illustrateur et mangaka qui fait ses débuts avec cet ouvrage qui a cartonné dès sa sortie a Japon. Il faut dire que ses héroïnes sont très modernes, attachantes et spontanées. Le livre est composé de chapitres qui se déroulent à différentes heures de la journée, de 7h à 18h. Les anecdotes s'enchaînent, ne se suivent pas forcément. Il y a beaucoup de tendresse, d'humour, de la futilité et aussi de la réflexion.  Même moi qui ne suis point féru de manga ni connaisseur du genre, j'avoue avoir pris du plaisir à suivre les aventures du trio. Le dessin tout en rose, noir et blanc est vif et s'éloigne des traits habituels des manga, preuve que le genre est plus varié que ce que je vois auprès des ados qui vivent à la maison. La bonne question est de savoir si ce manga saura leur plaire. Je n'en doute pas puisque l'une est très friande des histoires entre filles et de mangas, et l'autre lit à peu près tout ce qui lui passe entre les mains. C'est le tome 1, en toute logique, il devrait donc y en avoir au moins un autre, peut-être de 19h à 6h ?

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Chaplin contre John Edgar Hoover

Publié le par Yv

Chaplin contre John Edgar Hoover, Laurent Seksik, David François, Rue de Sèvres, 2022

1929, après des succès incroyables, une renommée mondiale, Charlie Chaplin n'a plus goût à faire des films. La Dépression de cette année-là, les millions de pauvres et de chômeurs ne l'incitent pas à la bonne humeur.

Puis, l'envie revient, grâce à Paulette Goddard qui jouera dans Les temps modernes et Le dictateur. Mais Chaplin s'est fait un ennemi puissant John Edgar Hoover qui essaie de l'attaquer sur son penchant pour les jeunes femmes et sur ses sympathies communistes supposées.

Dernier tome du triptyque de David François au dessin et Laurent Seksik au scénario, après, Chaplin en Amérique et Chaplin prince d'Hollywood, qui montre les attaques dont fut victime Charles Chaplin, certes, mais aussi, ses doutes et son envie de toujours se surpasser. Chaplin eut une vie mouvementée, de sa naissance dans une famille très pauvre à sa réussite. Il aima les femmes, jeunes, ce qui déplaisait. Il fut aussi interdit de rentrer aux États-Unis pendant vingt ans entre 1952 et 1972, Hoover était parvenu à ses fins.

Comme pour les deux volumes précédents, l'album est très bon. Il installe les contextes de l'entre-deux guerre, puis la guerre et le maccarthysme et y fait évoluer Chaplin et ses amis. Le dessin virevolte toujours, même si Chaplin fait des films lourds et durs, aux messages profonds. Voilà qui clôt de belle manière ce triptyque consacré à l'un des plus grands si ce n'est le plus grand du cinéma international. Charlot se regarde encore et toujours et pour l'avoir testé récemment avec des enfants, ça marche comme avec nous à leur âge.

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Keith Haring. Le street art ou la vie

Publié le par Yv

Keith Haring. Le street art ou la vie, Paolo Parisi, Hugo BD, 2022 (traduit par Laurent Laget)

Keith Haring naît à Kutztown en Pennsylvanie, en 1958. Il est initié au dessin par son père, très tôt. Pas très féru d'école, il quitte la Pennsylvanie pour New York à 20 ans et découvre la ville de Basquiat, Warhol... Une ville en pleine cure d'austérité pour tenter d'éviter la faillite, et une ville où la création est omniprésente. Les années 80, les années Reagan sont riches en contestations et le street art commence à fleurir. Mais ce sont aussi les années sida, maladie de laquelle Keith Haring décède en 1990.

On connaît tous les dessins de Keith Haring, ses bonshommes aux simples contours et très colorés qui dansent et son radiant baby, sa signature. Ça paraît facile, simple et très mercantile tant on les voit sur tous les supports. Cet album biographique reprend tout depuis le début, et laisse la parole à l'artiste qui s'est exprimé sur les murs et sur divers supports toujours dans l'idée que l'art soit le plus accessible possible au plus grand nombre. Pour lui, les produits dérivés, T-shirts, tasses, ... ne sont que des moyens de transmettre son art le plus largement possible.

Ce roman graphique de Paolo Parisi est explosif de couleurs : uniquement du rose, du jaune, du bleu, du noir et du blanc. Il montre les artistes au travail, la vie dans le New York des années 80, dans le monde homosexuel et la difficulté de s'exprimer sur les murs dans  l'Amérique puritaine et réactionnaire de Reagan. Très bien fait, comme le précédent sur Banksy ; une série intelligente pour tous qui permet de mieux connaître les artistes du street art.

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Looking for Banksy

Publié le par Yv

Looking for Banksy. La légende du street art, Francesco Matteuzzi, Marco Maraggi, Hugo BD, 2022 (traduit par Laurent Laget)

Claire filme Adam qui tague un mur de Londres lorsque les policiers arrivent et les arrêtent tous les deux. Ils écopent de travaux d'intérêt général : nettoyer les graffitis des murs de la ville.

Ils mettent à profit ce temps pour peaufiner l'envie de Claire de créer une chaîne sur le street art et parlent de l'un des plus célèbres artistes du genre, Banksy.

Très bien ce roman graphique qui fait remonter le street art à l'art rupestre -même s'il n'y avait pas de rue- car cet art "est un dialogue avec l'environnement immédiat. Autrement dit, l’œuvre est créée spécialement pour le lieu où elle est placée." (p.13)

Puis les auteurs expliquent la démarche de Banksy depuis sa première œuvre à Bristol en 1999. Et évoquent les diverses et nombreuses recherches pour savoir qui se cache sous ce nom. Est-ce un homme ? Une femme ? Un collectif ? Les auteurs inclinant vers cette dernière option, sans vouloir le savoir, de peur de démystification et de déception. On connaît tous une œuvre de Banksy, sans forcément connaître son parcours et en cela, la BD est intéressante, car elle replace les œuvres dans les contextes socio-politiques et leur redonnent leur sens initial.

Très bon album qui parle d'art, ce n'est pas si fréquent, et qui est à la portée de tous.

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Merry men

Publié le par Yv

Merry men. Souvenirs d'une jeunesse écossaise, Chanouga, Paquet, 2022

Librement inspiré du livre Merry men de Robert Louis Stevenson, cette bande dessinée parle de la jeunesse de l'écrivain lorsque son père souhaitait qu'il fût, comme tous les hommes de la famille, bâtisseur de tours et particulièrement de phares, et que le jeune homme ne rêvait que d'écriture. Alors que Robert Louis fréquentait les bas quartiers d’Édimbourg, en 1870, son père l'envoya sur l'île d'Erraid puis sur l’Îlot de Dhu Heartach assister à la construction du phare et enfin s'intéresser au métier. Contre toute attente, le jeune homme se plaît a Erraid, et en tire un récit.

Je ne connais pas le livre de Robert Louis Stevenson, pas plus que je ne savais qu'il était issu d'une famille de bâtisseurs de phares, en fait, je ne connaissais quasiment rien sur lui. Cet album parle de sa jeunesse et de la naissance de son inspiration. Il est très beau, des pages presque muettes parfois, et des dessins sublimes qui font la part belle aux paysages sauvages de l'île d'Erraid et ces fameux Merry men, des rochers découpés proches de la côte, tranchants et qu'un bateau ne peut passer sans risque d'y échouer. Des pages aux tons ocres, d'autres tendant vers le vert montrent, outre la nature, ce que l'homme bâtit dans des conditions dantesques et ce à quoi l'écrivain pense en voyant l'un et l'autre.

La couverture représente bien ce qu'est l’ouvrage, les couleurs, la part de la nature sauvage, de l’œuvre humaine et de l'homme qui contemple. Chanouga réalise un album admirable, de ceux que l'on rouvre régulièrement, juste par plaisir.

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