Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

bande dessinee

Dans la tête de Sherlock Holmes. L'affaire du ticket scandaleux (2)

Publié le par Yv

Dans la tête de Sherlock Holmes. L'affaire du ticket scandaleux (2), Cyril Lieron, Benoît Dahan, Ankama, 2021

"Sherlock Holmes et le DR Watson sont sur la piste d'un mystérieux ticket de spectacle chinois, prétexte pour sélectionner une catégorie de spectateurs, dont les "élus" finissent enlevés plus tard dans la nuit. Tous les métiers et couches de la société victorienne semblent ciblés. Cheveux blonds ou roux, yeux clairs... L'apparence serait-elle le seul lien entre les victimes ?" (résumé du Tome 1, p.4)

Second tome pour cette histoire d'après Sir Arthur Conan Doyle, scénarisée par Cyril Lieron et Benoît Dahan et dessinée et mise en couleurs par Benoît Dahan. Si vous n'avez pas lu le tome 1, c'est sans doute dérangeant mais c'est surtout dommage de se priver d'un tel plaisir. Le dessin est toujours très fouillé, précis et empli de détails, ce qui nécessite de ne pas passer les pages trop vite : on s'amuse même à rechercher le détail, le point du dessin qui pourrait échapper au premier regard. Il y a aussi des trouvailles : des pages à recourber parce que le dessin de la page suivante répond à celui qui est sous nos yeux, des pages à regarder en transparence... Et j'aime beaucoup le trait de Benoît Dahan : ses personnages sont vivants, dynamiques notamment Sherlock Holmes, les couleurs sont sublimes et les cases qui jouent à faire des formes, qui sont parfois très bavardes, parfois muettes, qui ne sont parfois pas de cases, qu'on suit avec le fil rouge donc pas toujours dans le sens "normal" de lecture, tout concourt à faire de cette bande dessinée un objet superbe et original.

En outre, le scénario n'est pas en reste, qui nous balade, nous parle de l'époque victorienne, de l'empire britannique, nous laisse des indices, nous embrouille... Bref, excellent album en deux tomes.

Voir les commentaires

Le poids des héros

Publié le par Yv

Le poids des héros, David Sala, Casterman, 2022

David Sala parle de son enfance au milieu des années 70 et au début de la décennie suivante. Les copains, la musique, les discussions anarchistes de ses parents et le parcours de ses grands-pères qui, tous deux ont fui l'Espagne franquiste et se sont retrouvés dans des camps en France.

Ce fut ensuite, la Résistance pour l'un d'entre eux et la rencontre avec sa future femme suite à une évasion risquée et l'internement à Mathausen, pendant quatre ans pour l'autre.

Faire un album hommage aux grands-parents ou aux parents qui ont vécu les guerres est un exercice fréquent et qui peut être périlleux, parce que pas forcément original et donc souffrant des comparaisons. David Sala prend des options que j'aime beaucoup : celle de raconter à la fois la vie de ses grands-pères et son enfance et son adolescence, lorsque point la nécessité de sauvegarder ces histoires, de les transmettre ; il opte pour des couleurs en phase avec l'époque -pour qui a vécu dans ces années-là, les papiers-peints et couleurs des vêtements feront naître des souvenirs- et des cases fleuries et colorées vivement pour faire appel à l'imaginaire et "approcher les zones d'ombre et les failles à bonne distance" (note de l'éditeur). Le tout donne un ouvrage absolument pas pesant, même si certaines pages racontent l'horreur et sont dures.

C'est un travail formidable pour un album qui ne l'est pas moins, et pour pesante que soit la présence des deux grands-pères, elle n'empêche pas le jeune David d'avancer, de construire son projet. Dans l'exercice, je le disais plus haut, périlleux de l'album-hommage, David Sala s'en sort très aisément d'abord parce que les histoires de ses grands-pères sont fortes et utiles à rappeler "Le ventre est encore fécond d'où a surgi la bête immonde" (Bertold Brecht, cité p.91) -surtout en ces moments où la parole de certains tend à minimiser les faits historiques voire à les transformer- et ensuite, parce qu'il ose l'originalité des couleurs et de la narration à travers ses yeux d'enfant et d'ado. Ce travail permet de se libérer ou de s'alléger du poids des héros.

Voir les commentaires

La Venin. Ciel d'éther

Publié le par Yv

La Venin. Ciel d'éther, Laurent Astier, Rue de Sèvres, 2022

Emily arrive à New York en fin 1900, est embauchée pour danser et chanter dans un spectacle. Elle fait la connaissance de Stanley Whittman, un architecte, l'un de ceux qui ont agressé sa mère quelques années auparavant et qu'elle poursuit pour les confondre et les tuer. Toujours décidée à se venger, Emily est sous la protection d'un Indien énigmatique et filée par deux agents de la célèbre agence Pinkerton. Sa mission se complique singulièrement.

Pénultième tome de la série La Venin, différent des précédents, peut-être parce que l'assurance d'Emily semble vaciller quelque peu. Mais aussi parce qu'elle arrive en ville, elle, la fille des grands espaces. Là, les codes ne sont pas les mêmes, il est moins aisé de défourailler et tirer dans le tas au risque de faire un véritable carnage et de ne pas pouvoir prendre la fuite. Il faut faire preuve de davantage de souplesse. Et puis, les preuves et indices s'accumulent et la fin approche :  la vengeance assouvie apaisera-t-elle la jeune femme ? Y aura-t-il la lumière au bout ?

Toujours Laurent Astier au scénario et au dessin et Stéphane Astier aux couleurs, pour un ensemble très convaincant, très beau. Une bande dessinée qui joue avec le classique : des cases dans des pages blanches, puis dans des pages noires, puis moins de cases ou plus. Ce qui donne du rythme, qui colle parfaitement au scénario qui, lui-même, n'hésite pas à nous faire quelques surprises. Et les femmes y sont très présentes, souvent dans les meilleurs rôles, moins effacées que dans les westerns traditionnels (plus serait compliqué), fortes, volontaires, opiniâtres.

Les tomes précédents sont là : Déluge de feu, Lame de fond, Entrailles.

Voir les commentaires

Commissaire Kouamé. Un si joli jardin

Publié le par Yv

Commissaire Kouamé. Un si joli jardin, Marguerite Abouet, Donatien Mary, Gallimard, 2017

En Côte d'Ivoire, rien ne va plus : la délinquance ne cesse d'augmenter, aussi le ministre nomme-t-il à la tête de la police, le commissaire Kouamé, dit Le Scorpion Urbain. Icelui, un poil irascible est secondé par le fidèle Arsène, fan des petites voitures des années 50/60, ce qui nuit grandement au prestige du commissaire. Lorsqu'un notable important, un juge, ami du commissaire Kouamé est retrouvé assassiné, la discrétion est de mise, mais les policiers ne sont pas tous des flèches et le commissaire n'est point très diplomate et agit selon ses préceptes, parfois éloignés des méthodes douces.

Marguerite Abouet est connue de moi surtout pour son Aya de Yapougon dont j'ai aimé l'humour mais aussi le fond qui aborde sans détours des questions importantes. Pareil pour ce Commissaire Kouamé qui sous des dehors de comédie policière parle des méthodes peu orthodoxes de la police, des droits des hommes à vivre leur sexualité fut-elle homo, voire leurs travestissements, de la violence a Abidjan, des relations parents-enfants et des conflits de génération...

Cela reste une bande dessinée distrayante au trait de Donatien Mary virevoltant, vif et drôle et aux dialogues et textes soignés : on y retrouve des formules, des manières de décrire, des adages très colorés. Bref, un tome 1 très fréquentable qui donne l'envie de fréquenter le tome 2.

Voir les commentaires

Olympe de Gouges

Publié le par Yv

Olympe de Gouges, Catel et Boquet, Casterman, 2021 (première édition, 2016)

Olympe de Gouges, née Marie Gouze en 1748 à Montauban, sans doute la fille illégitime de Jean-Jacques Lefranc de Pompignan grandit dans la bourgeoisie commerçante de sa ville natale. Elle est mariée de force à 17 ans à un traiteur parisien de trente ans de plus qu'elle. Veuve un peu plus d'un an plus tard et seule à élever son fils, elle se rapproche d'un haut fonctionnaire qui restera son ami fidèle, sans se marier, Jacques Biétrix de Rozières. Elle monte à Paris, commence à fréquenter les salons et fait parler d'elle pour ses idées en avance sur son temps et ses écrits.

Elle meurt guillotinée en 1793.

Quel beau roman graphique de Catel et José-Louis Boquet ! Et quelle belle idée à Casterman d'en faire une version un peu plus petite et moins chère la mettant à la portée de tous. Olympe de Gouges est une personnalité importante de la lutte des droits des femmes et de l'abolition de l'esclavage. Elle fit, par ses écrits, scandale et avancer les causes. Mais elle fut aussi l'une des premières femmes à être jouée à la Comédie Française alors très sexiste et patriarcale comme toute la société. Retracer sa vie ici n'aurait pas de sens puisque le plus intéressant est de lire cet ouvrage que j'avais déjà lu à sa parution et qui m'a ravi une seconde fois à cette relecture.

Ultra-documenté, la bibliographie finale est impressionnante, ces 400 pages se dévorent. Olympe virevolte, pétille d'intelligence et de provocation et malgré une époque très compliquée pendant la Révolution et une fin tragique, je ressors de ce livre avec l'idée qu'Olympe de Gouges fut une combattante, une femme libre, intelligente et rusée qui sut mettre tous ses talents pour vivre, écrire et défendre les causes qu'elle croyait justes. Un peu oubliée, elle a retrouvé une place qui lui convient davantage à la faveur du combat actuel des femmes pour l'égalité et le respect de leurs droits. Le scénario de JL Boquet est extra, fait preuve de beaucoup d'humour, par exemple lorsque, pendant le trajet de Montauban à Paris, le fils d'Olympe, à peine parti demande : "Quand c'est qu'on arrive ?" et insistant et que sa mère lui répond : "Dans douze jours, mon chéri". Ceux qui ont voyagé avec des enfants comprendront...

Le dessin de Catel me plaît toujours autant, rond, presque enfantin, il fait la part belle aux personnages, à leurs expressions, à leurs rapports. C'est vraiment un très bel ouvrage qui inclut une biographie de l'héroïne liée aux événements pendant ces 45 ans et de mini-biographies des personnes qu'elle rencontre.

Voir les commentaires

Avez-vous lu les classiques de la littérature IV ?

Publié le par Yv

Avez-vous lu les classiques de la littérature IV ?, Soledad Bravi, Pascale Frey, Rue de Sèvres, 2021

Retour du duo détonnant qui sait résumer les grands livres de la littérature à coup de petits dessins et de phrases humoristiques.

Pascale Frey, qui écrit les textes, en faisant preuve de beaucoup de dérision, d'humour parfois potache. Elle dépoussière les classiques avec une langue moderne; anachronique et peut même susciter l'envie d'en ouvrir certains qu'on a oubliés ou pas lus, par flemme, parce que l'on s'était dit que c'était pas facile à lire ou toute autre bonne raison.

Soledad Bravi n'est pas en reste question humour avec ses petits dessins décalés, ses personnages parfois ridicules, surtout les méchants.

Tout cela est donc fait dans la bonne humeur, et l'on ressort de l'album en pouvant parler des livres qu'on n'a pas lus et encore une fois, dans cette sélection, il y en a pas mal dont je ne connais que les titres et auteurs. Miass j'ai toujours la satisfaction de voir ainsi résumés ceux que j'ai lus, ici Le Cid, Hansel et Gretel, Les trois mousquetaires, Boule de suif, Germinal, Le portrait de Dorian Gray, Le chien des Baskerville, Croc-Blanc, L'affaire Saint-Fiacre, Voyage au bout de la nuit, La nuit des temps, -je ne fais pas l'injure de citer les auteurs. J'en suis à peine à la moitié, 11 sur 23, mais je peux maintenant parler des autres...

Voir les commentaires

Walk me to the corner

Publié le par Yv

Walk me to the corner, Anneli Furmark, çà et là, 2021 (traduit par Florence Sisask)

Elise, la cinquantaine dépassée, vit avec Henrik depuis de nombreuses années. Ils ont ensemble deux grands fils. Lorsqu'elle rencontre Dagmar, une femme de son âge, mariée à une femme et maman de deux jeunes filles, l'attirance est immédiate et elles nouent bientôt une relation passionnelle. Elise en parle assez vite à Henrik et lui assure qu'elle l'aime toujours, mais Henrik s'éloigne peu à peu.

Anneli Furmark est suédoise et a publié plusieurs romans graphiques. Le titre de la version française (?) d'icelui est tiré d'une chanson de Leonard Cohen, Hey, that's no way to say goodbye.

Voilà un roman graphique original dans la forme, alternant les pages aux petites cases et texte adjacent ou en-dessous, d'autres avec six petites cases muettes et d'autres avec des cases plus grandes voire uniques, enfin rien n'est figé, la forme change sans cesse. Ainsi que les couleurs : du noir et blanc, des fonds verts ou bleus ou jaunes, comme à l'aquarelle et des contours de personnages noirs. On ne sait pas en tournant la page quel format  ou quelle teinte on va trouver. Quasiment que des personnages, très peu de paysages, l'histoire étant centrée sur Elise et Dagmar.

Cette histoire qui n'est pas banale non plus : une femme qui découvre une passion homosexuelle a plus de cinquante ans et qui décide de ne pas résister, d'oser vivre au risque de tout casser. C'est très sobrement raconté, pas d'effet racoleur, pas de dessins trash. Comme quoi, on peut aller en profondeur dans des personnages et des situations avec pudeur. Car si elle raconte ses doutes, ses peurs, ses angoisses, ses sentiments, Elise reste pudique.

Un roman graphique à découvrir, il y a un travail sur le dessin, les couleurs et la mise en page original et très intéressant.

Voir les commentaires

Sous les galets, la plage

Publié le par Yv

Sous les galets, la plage, Pascal Rabaté, Rue de Sèvres, 2021

Septembre 1962, Kertudy, c'est bientôt la rentrée pour Édouard, Francis et Albert. Il leur reste quinze jours avant d'intégrer leurs grandes écoles. Quinze jours sans les parents qui ont quitté leurs résidences secondaires pour retourner au travail. A 18 ans, la tentation est grande de faire des expériences, surtout lorsque l'éducation reçue est assez stricte. Et lorsque Odette apparaît sur la plage, un soir tard, les trois amis n'ont d'yeux que pour elle surtout qu'elle n'a pas l'air d'y avoir froid. C'est à celui qui en fera le plus pour attirer son attention.

Tons doux qui collent parfaitement à l'année, un peu surannés et grands dessins qui font la part belle aux personnages, on est dans une bande dessinée qui parle de liberté, du libre choix et qui met en exergue une citation de Pierre-Joseph Proudhon : "La propriété c'est le vol" tout de suite complétée par celle de "Un inconnu au bataillon" : "Avoir une résidence secondaire, c'est du vol aggravé." Tout un programme. Pas celui que les trois garçons avaient imaginé.

Un très bel album construit comme un récit initiatique pour Édouard. Les rencontres de cette quinzaine vont l'amener là où il ne pensait pas aller, lui, fils de militaire qui doit intégrer Saint-Cyr pour être officier et assurer la lignée familiale de militaires. Pascal Rabaté avec toute l'humanité qu'il laisse transparaître dans ces ouvrages, la tendresse pour ceux qui ont un chemin pas forcément rectiligne donne le choix à Édouard. Le libre choix, le libre arbitre, pas simple toujours à appliquer surtout lorsqu'on n'y a pas été habitué. L'avenir tout tracé peut faire peur mais rassure. L'aventure et le pas de côté effraient plus sûrement.

Je finis mon petit laïus en citant la quatrième de couverture et en conseillant très fortement la lecture de ce nouvel album de Pascal Rabaté, très beau, très humain ; tout ce qu'on aime chez lui y est dans cette histoire bien menée.

"En matière de révolte, aucun de nous ne doit avoir besoin d'ancêtres" André Breton

Voir les commentaires

SkilledFast 3

Publié le par Yv

SkilledFast tome 3, Hachin, Ed. H2T, 2021

Eva et Roman sont sur le piste de Noskill, le tueur en série. Roman n'hésite pas à demander de l'aide à Sam Harlot, le journaliste qui a tenté de révéler les dérives du SkilledFast avant d'être muselé et contraint de se taire. Ses révélations sont fracassantes et remettent  en cause toutes les hypothèses des deux enquêteurs. Ceux-ci se retrouvent par hasard face au tueur qui, obligé d'improviser, kidnappe deux témoins pour protéger sa fuite.

Nous voici donc en plein coeur de l'enquête de cette trilogie habilement et promptement menée. Hachin, le jeune mangaka français sait prendre le meilleur du manga, du polar et du récit d'anticipation pour fournir une série passionnante. L'humanité est en danger, il interroge nos actes et nos comportements face aux nouvelles technologies, notre dépendance au portable à l'Internet..

Un zeste de philosophie -le héros se nomme Kirkegaard-, une réflexion sur l'avenir de l'humanité et sur ses dérives possibles. Tout cela pour faire une trilogie qui m'a agréablement supris et que je me permets de vous conseiller vivement.

Voir les commentaires

<< < 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 20 30 > >>