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bande dessinee

Hercule Poirot. Drame en trois actes

Publié le par Yv

Hercule Poirot. Drame en trois actes, Frédéric Brémaud, Alberto Zanon, Paquet, 2022

"Acte I : le révérend Babbington meurt lors d'une réception dans la propriété du célèbre acteur Sir Charles Cartwright.

Acte II : le renommé docteur Strange décède chez lui, lors d'un repas entre amis.

Quel rapport entre ces deux affaires . C'est ce que se demandent Hercule Poirot et ses petites cellules grises. s'il a assisté au premier décès, il était bien loin pour le second. Serait-ce l’œuvre d'un tueur en série ? Qui sera alors le prochain sur la liste ? Une affaire bien étrange, que Poirot va devoir résoudre avant la fin du troisième acte..." (4ème de couverture)

Adaptation du roman d'Agatha Christie, paru en 1935 et traduit en français en 1949. Ce genre d'adaptation en bande dessinée est courant et permet de se remettre en tête les intrigues de la reine du roman policier. J'en ai lu bon nombre autant des BD que des romans, vu des films, des séries télévisées, bref, Agatha Christie est sur tous les supports et malgré cela, ne me lasse jamais. Est-ce à dire que ses histoires sont tellement bien ficelées et ses héros tellement finement décrits ? Ou que les différents scénaristes trouvent toujours un angle ou un point de vue qui fait que l'on s'y intéresse ? Sans doute les deux. Ici c'est Frédéric Brémaud qui met en scène et dialogue et c'est bien fait, ça tient la route et même si j'avais sans doute déjà lu cette histoire, j'avoue que je n'ai pas trouvé le coupable avant Poirot -en même temps, quelle forfanterie d'oser se comparer à Poirot.

Pour le dessin, Alberto Zanon est plutôt classique, d'un classique de très bonne qualité avec quelques originalités dans les plans, notamment les contre-plongées. Quelques vignettes-portraits également pour mieux scruter les réactions aux décès. Enfin, tout est fait pour que le lecteur de tout âge se sente bien dans cette histoire et ait envie de trouver le coupable.

Comme quoi, Poirot, même 90 après, un peu dépoussiéré, ça fonctionne encore.

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Frans Masereel. 25 moments de la vie de l'artiste

Publié le par Yv

Frans Masereel. 25 moments de la vie de l'artiste, Hamid Sulaiman, Julian Voloj, Casterman, 2022

"Né en 1889, Frans Masereel est un artiste belge, fortement marqué par les deux guerres mondiales. Pacifiste, antimilitariste, humaniste, il fréquente l'intelligentsia européenne de l'entre deux guerres, illustrant de son style inimitable des textes d'Emile Zola, Stefan Zweig, Thomas Mann... Ami du peintre allemand George Grosz, il commence à publier ses "romans en gravure" en 1918, en Suisse, et ne cessera, jusqu'à sa mort en 1972, d'utiliser la gravure sur bois comme moyen d'expression privilégié." (4ème de couverture)

Amateur de roman graphique, je ne connaissais cependant pas Frans Masereel. Voici ce manque de culture comblé grâce à ce roman graphique superbe en noir et blanc. Les pages sont noires et le dessin apparaît donc en blanc comme si Hamid Sulaiman, le dessinateur, s'était amusé à les gratter jusqu'au blanc. C'est un travail qui peut dérouter au départ, d'autant plus que les premières pages sont muettes, mais qui s'avère coller à Frans Masereel -je ne suis pas spécialiste, mais il y aurait comme un hommage à la gravure sur bois que je ne serais pas étonné,  celui au roman graphique muet est davantage visible. Rarement plus d'une ou deux cases par page avec un texte en miroir, peu de phylactères, l'album se déguste lentement, en cherchant les détails.

Julian Voloj, le scénariste écrit une biographie instructive, simple qui prend en compte les événements tragiques de cette période. Il revient également sur son travail et la vie de Frans Masereel dans un court texte final pour la replacer dans le contexte culturel de l'époque. Deux détails qui ont leur importance pour conclure : Art Spiegelman, l'auteur de Maus a reconnu l'influence de Frans Masereel sur son travail et sur le roman graphique en général et le sous-titre : 25 moments de la vie de l'artiste est un hommage à l'un des ouvrages de Frans Masereel, son premier : 25 images de la passion d'un homme, paru en 1918.

J'aime quand Casterman publie des ouvrages de cette qualité qui permettent de découvrir d'autres facettes de la bande dessinée. Sur le site de la maison d'édition, on peut feuilleter quelques pages : Frans Masereel de Sulaiman et Voloj.

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Elise et les nouveaux partisans

Publié le par Yv

Elise et les nouveaux partisans, Dominique Grange, Tardi, Delcourt, 2021

Elise a à peine vingt ans lorsqu'elle monte de Lyon à Paris, en 1958, pour poursuivre ses études. En pleine guerre d'Algérie, elle va vivre la manifestation du 17 octobre 1961 contre ce conflit et pour l'indépendance de l'Algérie réprimée par la violence de la police de Maurice Papon, puis 4 mois après une autre manifestation à la répression sanglante au métro Charonne. Son engagement auprès des plus faibles, des humiliés, des travailleurs ne faiblira jamais. Maoïste, elle se battra jusqu'au bout pour ses idées et contre toute forme d'injustice.

Dominique Grange scénarise ce qui ressemble à ses engagements, à sa vie, de sa jeunesse à sa rencontre avec Jacques Tardi, qui dessine comme toujours magnifiquement cet album. C'est le parcous d'une femme et de beaucoup d'autres et d'hommes qui ne veulent pas du capitalisme, qui vont aller de répressions en violences policières, de coups reçus en emprisonnements si ce n'est abusifs au moins discutables. La France des années 60 n'est pas une démocratie dans laquelle tout peut être dit. Parler de la guerre d'Algérie, c'est difficile, de révolution pour virer les patrons-profiteurs et protéger davantage les ouvriers ça passe encore mal. Le pouvoir contrôle les médias, dispose d'une police politique...

J'ai beaucoup de respect pour Elise et ses compagnons de lutte et comme j'aime beaucoup le dessin de Tardi qui sait, quelque soit le sujet qu'il illustre, le saisir et le rendre de manière admirable, je ne peux que conseiller cet ouvrage assez conséquent, qui bien qu'il parle des années 60/70 est toujours d'actualité : les plus riches sont toujours plus riches, les plus pauvres plus pauvres, les violences policières sont toujours présentes, l'extrême droite n'a jamais eu autant d'écho et de place pour s'exprimer. C'est sans doute le bon moment pour sortir ce livre...

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En chair et en fer

Publié le par Yv

En chair et en fer, Killofer, Casterman, 2022

"Dans un monde d'hommes et de robots, Killofer vit en harmonie avec son coloc métallique. Mais malheur à qui s'attache, car les machines meurent aussi..." (4ème de couverture)

Deux choses surprennent au premier abord dans cet ouvrage, d'abord son format (28 x 18 cm, à lire à l'horizontale) et surtout la couverture gris métallique qui brille et reflète la lumière et aussi la tête du lecteur : du plus bel effet -la couverture, parce que pour la tête du lecteur, ça dépend de lui, l'effet n'est pas toujours formidable.

Et puis, on ouvre l'album et le noir et blanc saute aux yeux ainsi que les détails des dessins qu'on peut d'autant mieux observer que la BD est muette. J'avoue humblement n'avoir pas tout compris au premier passage, j'en ai donc fait au moins un autre pour tenter de saisir et d'autres, juste pour le plaisir. Quelques cases échappent à ma compréhension, mais est-ce bien grave ?

En quelques pages, Killofer explore le monde de demain, celui où nous aurons des robots à la maison pour nous aider dans nos tâches quotidiennes, qui renvoie vers toujours plus de solitude, de renfermement sur soi par choix ou contrainte. Et cet homme, Killofer, puisqu'il se dessine, qui tombe quasiment amoureux de son robot. Une histoire d'amour moderne, futuriste que je me fais un plaisir de chroniquer en ce jour du 14 février.

Que de louanges pour un court album... qui les mérite très largement. Et pour bien sentir tout ce qui m'a plu, je mets le lien vers le site de l'éditeur sur lequel quelques pages sont exposées : En chair et en fer.

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Sangoma. Les damnés de Cape Town

Publié le par Yv

Sangoma. Les damnés de Cape Town, Caryl Férey, Corentin Rouge, Glénat, 2021

Le Cap, Afrique du Sud, le corps d'un ouvrier agricole noir est retrouvé dans une ferme d'une famille blanche et un nourrisson a été enlevé au même endroit. Le lieutenant Shane Shepperd, flic blanc, davantage intéressé par les charmes d'une jeune femme noire, maîtresse du leader d'extrême droite et fille d'un politicien noir qui tente de régler l'épineux problème de la répartition des terres entre noirs et blancs, est dépêché sur la double affaire.

Caryl Férey scénarise cet album tandis que Corentin Rouge le dessine. Il débute par une chasse à l'homme noir par des hommes blancs accompagnés de chiens excités et dangereux. L'apartheid est fini, mais les tensions demeurent : des noirs demandent qu'on leur restitue leurs terres dont ils ont été chassés et les blancs propriétaires refusent arguant que ce sont eux qui les ont fait fructifier. Le scénario va puiser dans les croyances les plus enfouies et pas toujours avouables, dans celles qui subsistent dans les coins les plus reculés, dans les townships. La violence y est également très présente, quotidienne, les armes circulent et il ne fait pas bon être flic ou blanc pour y arpenter les rues, alors, flic et blanc...

Les teintes sont souvent sombres, le dessin classique qui fait la part belle aux personnages expressifs, pour un album de très bonne qualité, très rythmé et intense.

Très bonne bande dessinée policière, tous les ingrédients sont réunis pour qu'une éventuelle suite soit tout aussi bonne, car je ne serais pas surpris que Shane Shepperd revienne dans un autre tome, je dois dire que je serai même ravi de le retrouver.

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Dans la tête de Sherlock Holmes. L'affaire du ticket scandaleux (2)

Publié le par Yv

Dans la tête de Sherlock Holmes. L'affaire du ticket scandaleux (2), Cyril Lieron, Benoît Dahan, Ankama, 2021

"Sherlock Holmes et le DR Watson sont sur la piste d'un mystérieux ticket de spectacle chinois, prétexte pour sélectionner une catégorie de spectateurs, dont les "élus" finissent enlevés plus tard dans la nuit. Tous les métiers et couches de la société victorienne semblent ciblés. Cheveux blonds ou roux, yeux clairs... L'apparence serait-elle le seul lien entre les victimes ?" (résumé du Tome 1, p.4)

Second tome pour cette histoire d'après Sir Arthur Conan Doyle, scénarisée par Cyril Lieron et Benoît Dahan et dessinée et mise en couleurs par Benoît Dahan. Si vous n'avez pas lu le tome 1, c'est sans doute dérangeant mais c'est surtout dommage de se priver d'un tel plaisir. Le dessin est toujours très fouillé, précis et empli de détails, ce qui nécessite de ne pas passer les pages trop vite : on s'amuse même à rechercher le détail, le point du dessin qui pourrait échapper au premier regard. Il y a aussi des trouvailles : des pages à recourber parce que le dessin de la page suivante répond à celui qui est sous nos yeux, des pages à regarder en transparence... Et j'aime beaucoup le trait de Benoît Dahan : ses personnages sont vivants, dynamiques notamment Sherlock Holmes, les couleurs sont sublimes et les cases qui jouent à faire des formes, qui sont parfois très bavardes, parfois muettes, qui ne sont parfois pas de cases, qu'on suit avec le fil rouge donc pas toujours dans le sens "normal" de lecture, tout concourt à faire de cette bande dessinée un objet superbe et original.

En outre, le scénario n'est pas en reste, qui nous balade, nous parle de l'époque victorienne, de l'empire britannique, nous laisse des indices, nous embrouille... Bref, excellent album en deux tomes.

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Le poids des héros

Publié le par Yv

Le poids des héros, David Sala, Casterman, 2022

David Sala parle de son enfance au milieu des années 70 et au début de la décennie suivante. Les copains, la musique, les discussions anarchistes de ses parents et le parcours de ses grands-pères qui, tous deux ont fui l'Espagne franquiste et se sont retrouvés dans des camps en France.

Ce fut ensuite, la Résistance pour l'un d'entre eux et la rencontre avec sa future femme suite à une évasion risquée et l'internement à Mathausen, pendant quatre ans pour l'autre.

Faire un album hommage aux grands-parents ou aux parents qui ont vécu les guerres est un exercice fréquent et qui peut être périlleux, parce que pas forcément original et donc souffrant des comparaisons. David Sala prend des options que j'aime beaucoup : celle de raconter à la fois la vie de ses grands-pères et son enfance et son adolescence, lorsque point la nécessité de sauvegarder ces histoires, de les transmettre ; il opte pour des couleurs en phase avec l'époque -pour qui a vécu dans ces années-là, les papiers-peints et couleurs des vêtements feront naître des souvenirs- et des cases fleuries et colorées vivement pour faire appel à l'imaginaire et "approcher les zones d'ombre et les failles à bonne distance" (note de l'éditeur). Le tout donne un ouvrage absolument pas pesant, même si certaines pages racontent l'horreur et sont dures.

C'est un travail formidable pour un album qui ne l'est pas moins, et pour pesante que soit la présence des deux grands-pères, elle n'empêche pas le jeune David d'avancer, de construire son projet. Dans l'exercice, je le disais plus haut, périlleux de l'album-hommage, David Sala s'en sort très aisément d'abord parce que les histoires de ses grands-pères sont fortes et utiles à rappeler "Le ventre est encore fécond d'où a surgi la bête immonde" (Bertold Brecht, cité p.91) -surtout en ces moments où la parole de certains tend à minimiser les faits historiques voire à les transformer- et ensuite, parce qu'il ose l'originalité des couleurs et de la narration à travers ses yeux d'enfant et d'ado. Ce travail permet de se libérer ou de s'alléger du poids des héros.

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La Venin. Ciel d'éther

Publié le par Yv

La Venin. Ciel d'éther, Laurent Astier, Rue de Sèvres, 2022

Emily arrive à New York en fin 1900, est embauchée pour danser et chanter dans un spectacle. Elle fait la connaissance de Stanley Whittman, un architecte, l'un de ceux qui ont agressé sa mère quelques années auparavant et qu'elle poursuit pour les confondre et les tuer. Toujours décidée à se venger, Emily est sous la protection d'un Indien énigmatique et filée par deux agents de la célèbre agence Pinkerton. Sa mission se complique singulièrement.

Pénultième tome de la série La Venin, différent des précédents, peut-être parce que l'assurance d'Emily semble vaciller quelque peu. Mais aussi parce qu'elle arrive en ville, elle, la fille des grands espaces. Là, les codes ne sont pas les mêmes, il est moins aisé de défourailler et tirer dans le tas au risque de faire un véritable carnage et de ne pas pouvoir prendre la fuite. Il faut faire preuve de davantage de souplesse. Et puis, les preuves et indices s'accumulent et la fin approche :  la vengeance assouvie apaisera-t-elle la jeune femme ? Y aura-t-il la lumière au bout ?

Toujours Laurent Astier au scénario et au dessin et Stéphane Astier aux couleurs, pour un ensemble très convaincant, très beau. Une bande dessinée qui joue avec le classique : des cases dans des pages blanches, puis dans des pages noires, puis moins de cases ou plus. Ce qui donne du rythme, qui colle parfaitement au scénario qui, lui-même, n'hésite pas à nous faire quelques surprises. Et les femmes y sont très présentes, souvent dans les meilleurs rôles, moins effacées que dans les westerns traditionnels (plus serait compliqué), fortes, volontaires, opiniâtres.

Les tomes précédents sont là : Déluge de feu, Lame de fond, Entrailles.

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Commissaire Kouamé. Un si joli jardin

Publié le par Yv

Commissaire Kouamé. Un si joli jardin, Marguerite Abouet, Donatien Mary, Gallimard, 2017

En Côte d'Ivoire, rien ne va plus : la délinquance ne cesse d'augmenter, aussi le ministre nomme-t-il à la tête de la police, le commissaire Kouamé, dit Le Scorpion Urbain. Icelui, un poil irascible est secondé par le fidèle Arsène, fan des petites voitures des années 50/60, ce qui nuit grandement au prestige du commissaire. Lorsqu'un notable important, un juge, ami du commissaire Kouamé est retrouvé assassiné, la discrétion est de mise, mais les policiers ne sont pas tous des flèches et le commissaire n'est point très diplomate et agit selon ses préceptes, parfois éloignés des méthodes douces.

Marguerite Abouet est connue de moi surtout pour son Aya de Yapougon dont j'ai aimé l'humour mais aussi le fond qui aborde sans détours des questions importantes. Pareil pour ce Commissaire Kouamé qui sous des dehors de comédie policière parle des méthodes peu orthodoxes de la police, des droits des hommes à vivre leur sexualité fut-elle homo, voire leurs travestissements, de la violence a Abidjan, des relations parents-enfants et des conflits de génération...

Cela reste une bande dessinée distrayante au trait de Donatien Mary virevoltant, vif et drôle et aux dialogues et textes soignés : on y retrouve des formules, des manières de décrire, des adages très colorés. Bref, un tome 1 très fréquentable qui donne l'envie de fréquenter le tome 2.

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