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bande dessinee

Belle-île en père

Publié le par Yv

Belle-île en père, Patrick Weber, Nicoby, Vents d'ouest, 2015 (couleurs : Kness)....

Vanessa Blue est une jeune femme qui a gagné une émission de télé-réalité, qui a ensuite intégré l'équipe d'un feuilleton populaire et assez niais, Au premier regard. Elle en est la vedette incontestée, aussi lorsqu'elle décide de faire une pause de quelques mois pour se reposer et faire le point -et accessoirement travailler un rôle dans du théâtre dit intellectuel-, elle s'attire les moqueries et les foudres de beaucoup. Elle ne cède pas et part s'installer à Belle-île, sur les terres de son père qui l'a abandonnée lorsqu'elle était enfant, qui sont aussi celles de la grande Sarah Bernhardt, celles où elle aimait venir passer les étés.

Voici une bande dessinée bien agréable. Les thèmes sont éternels : la recherche des origines, de la quiétude, la mort, l'amour, le sens de la vie, mais les auteurs, Patrick Weber au scénario et Nicoby aux dessins, les modernisent en faisant de leur héroïne une vedette de la télévision, une de celles qui passent et qu'on oublie pour peu qu'on ait pu les connaître un jour, ce qui, j'avoue humblement mon inculture, est rarement mon cas. Et cette héroïne est bien sympathique, fraîche, contrairement à son amoureux du moment, un écrivain en mal de reconnaissance qui surjoue le côté intellectuel et qui dénigre et méprise tout ce qui n'est pas de son niveau ou de son goût.

Bref, Vanessa Blue -Rozenn de son vrai prénom, plus breton, tu meurs- va se confronter dès son arrivée à l'accueil mitigé des îliens : entre la joie d'accueillir une personnalité et la crainte de voir réapparaître une histoire de famille enfouie. Bon, je vous rassure tout de suite, le suspense n'est pas insoutenable, contrairement à la légèreté de l'être (ouais, bof, un peu facile, n'est-il pas ?), mais il est là pour que le lecteur ne s'ennuie pas au long des 126 pages, et la je vous rassure de nouveau -je fais des prix pour les abonnés-, on ne s'ennuie pas du tout. D'abord parce que les personnages sont très réalistes, sympathiques, des têtes de Bretons bien sûr, on a sa fierté, mais sympathiques quand mêmes (amis Bretons, ne râlez pas, je le suis -tralala- itou). Ensuite, le parallèle avec la vie de Sarah Bernhardt à Belle-île est intéressant et instructif (elle y a vécu tous les étés pendant trente années, au Fort de la pointe des Poulains). Et enfin, les dessins sont plaisants, les protagonistes expressifs et les paysages beaux à tel point que j'irais bien tout de suite à Belle-île... d'autant plus qu'elle fait parte des îles bretonnes que je n'ai pas -encore- visitées.

Une belle histoire donc dans un bel album, mais pourrait-il en être autrement aux éditions Vents d'ouest ?

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Mettez des mots sur votre colère

Publié le par Yv

Mettez des mots sur votre colère, Marc Malès, Glénat, 2015....

Owen Brady est contacté par le National Child Labour Committee qui veut dénoncer le scandale des enfants obligés de travailler, aux États-Unis en ce début de XX° siècle. Il doit les photographier, prendre leurs noms et leurs âges pour faire un reportage. La chose n'est pas aisée, les enfants ne voulant pas se dévoiler au risque de perdre leur travail, les employeurs n'aimant pas voir traîner un photographe près de leurs usines. Au cours de ce reportage, Owen est confronté à son passé d'enfant martyrisé, ce qui rend son travail encore plus difficile.

Très bel album sur les États-Unis du début du siècle dernier confrontés au travail des enfants. Pour les familles très pauvres, ce travail était une nécessité, les parents ne pouvant pas se passer de cet apport de revenu aussi minime fut-il, car en plus de travailler dur, les enfants étaient mal payés. Tout cela, on le sait déjà ; on sait également que ça existe encore dans certains pays dans lesquels les Occidentaux font fabriquer leurs produits qu'ils importeront et vendront cher.

Cette BD a le mérite de nous rappeler qu'il a fallu que certains se battent contre l'exploitation des enfants, contre la course au profit pour libérer les enfants : "La consultation des archives locales était assez édifiante... On y lisait que plusieurs législateurs progressistes s'étaient cassé les dents à vouloir obtenir ne serait-ce qu'un semblant de réforme sur le travail des enfants. La partie était perdue d'avance parce qu'ils avaient en face d'eux le tout-puissant lobby de patrons. Ceux-ci n'envisageaient pas de se priver si facilement d'une telle main-d'œuvre, par définition docile, qu'ils pouvaient exploiter sans vergogne." (p.22)

Cet album s'il met en scène Owen, un personnage fictif, est basé sur la réalité d'un reportage photo mené par Lewis Hine. Owen Brady est son double professionnel mais sa vie d'enfant martyr et d'adulte violent -parfois de manière totalement contradictoire avec le reportage qu'il réalise, avec les gens qu'il rencontre- est fictive. Sans faire de la psychologie de comptoir, Marc Malès met bien en dessins la difficulté de faire face à son enfance lorsqu'une situation qu'on rencontre adulte nous la remet en pleine face. Reproduit-on la violence dont on a été victime ? Jusqu'où peut-on expliquer les pulsions violentes des adultes battus et exploités lorsqu'ils étaient enfants ? Peut-on tenter de réparer le mal fait ? En ce début du XX° siècle, les réponses psychiatriques, psychanalytiques, et autres psy n'étaient pas encore pratiques courantes.

Format à l'italienne qui permet d'élargir certaines cases, de faire des panoramiques, jeu avec le nombre des cases par page, dessin réaliste et ton sépia font de cet album une belle réalisation, une bande dessinée sociale et historique.

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Le sculpteur

Publié le par Yv

Le sculpteur, Scott McCloud, Rue de Sèvres, 2015 (traduit par Fanny Soubiran).....

David Smith est un sculpteur qui a sans doute laissé passé sa chance de devenir célèbre pour son art. Faute d'argent, il ne produit plus, il boit, vit seul. Un jour, attablé dans un restaurant, il rencontre le diable qui lui propose un marché : il pourra sculpter tout ce qu'il souhaite à mains nues, sur tout support mais seulement pendant 200 jours, après il mourra. David accepte car il ne sait pas encore que peu de temps après ce pacte il rencontrera son grand amour.

Connaissant votre sagacité, je ne doute pas que vous ayez reconnu ici le mythe de Faust, ce savant qui a vendu son âme au diable pour profiter de tous les plaisirs et accéder à des savoirs alors inconnus. Scott McCloud s'empare de ce mythe pour son roman graphique absolument formidable.

J'ai été emballé par l'histoire bien sûr, qui même lorsqu'on connaît la fin reste passionnante, d'une part parce qu'une once d'espoir réside : et si le pacte avait un vice de forme ? Et si cet homme qui a retrouvé le goût de vivre émouvait le diable au point de résilier le contrat ? Évidemment, je ne vous dirai rien, il vous faudra aller au bout des presque 500 pages pour savourer le déroulement de l'histoire et son dénouement.

Les dessins sont figuratifs, réalistes, sauf lorsque David réalise des œuvres avec son nouveau pouvoir : elles sont directement issues de son imagination, de ses souvenirs et sont entre réalité et abstraction. Trois couleurs seulement, le noir, le blanc et le bleu. En fonction de la situation telle ou telle domine. Scott McCloud joue aussi avec le nombre de cases par pages : une seule ou deux lorsqu'il a le besoin de ralentir le rythme, presqu'une trentaine et même plus, superposées lorsque le récit accélère. Exactement comme dans un roman : phrases longues pour ralentir, phrases courtes pour accélérer. Des cases saturées de phylactères lorsque David est saoulé des discours environnants, d'autres cases muettes. J'ai lu que l'auteur était un "théoricien de la bande dessinée et de la communication visuelle", c'est dire s'il en connaît les codes ; il les applique donc à son ouvrage magistralement.

A certains moments, lorsque David Smith sculpte dans l'euphorie, j'ai eu des images de Akira, le seul manga que j'aie lu, de Katsuhiro Otomo, récemment récompensé à Angoulème. Les univers sont différents, mais cette folie qui s'empare des héros est assez semblable.

L'éditeur Rue de Sèvres a fait une entrée remarquée dans le monde de la BD il y a deux ans, avec notamment Une histoire d'hommes de Zep, la très belle adaptation de Maupassant, Le Horla de Guillaume Sorel ou Le château des étoiles d'Alex Alice, pour ceux que j'ai lus. Depuis le catalogue s'est étoffé et ce roman graphique ajoute une très belle note à l'ensemble.

Pour les ceusses qui comprennent l'américain, Scott McCloud a un site (cliquez sur son nom, vous y êtes)

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Môaaa Sarkozy

Publié le par Yv

Môaaa Sarkozy, Wiaz, La Différence, 2015....

D'octobre 2002 à janvier 2015, Wiaz dessine l'actualité du futur, puis du présent puis de l'ex-Président. De sa nomination au poste de Ministre de l'Intérieur à son élection à la tête de l'UMP en passant par sa victoire de 2007 et sa défaite de 2012. 150 illustrations, mordantes, caustiques, drôles, désespérantes, sarcastiques, critiques, ... et je pourrais ajouter plein d'adjectifs en "ique"... Pour rappel en 2002, Jacques Chirac est Président et Jean-Pierre Raffarin Premier Ministre.

Ce livre, ce sont les dessins que Wiaz a publié dans Le Nouvel Observateur pendant cette période. C'est assez drôle de le lire maintenant, parce qu'on voit la caricature de Nicolas Sarkozy tremper dans les affaires, écouter les Le Pen pour leur piquer leurs idées, marcher au pas des États-Unis de George Bush, réintégrer l'OTAN en costume de serveur, filer le parfait amour avec Carla, être à la botte des Chinois et d'Angela Merkel et même de W. Poutine, ... Il est comparé plusieurs fois à Joe Dalton, le "petit homme excité" (dixit un Indien qui lit des signaux de fumée). Ses rapports avec son Premier Ministre sont bien vus : sur un dessin, il écrase F. Fillon en posant innocemment la question : "Quelqu'un a vu Fillon ??" (juin 2007) et ce dernier lui répond quelques pages plus loin ((septembre 2007) : "La rentrée de Sarkozy... AH BON ?? Parce qu'il était parti ??"

Wiaz le dessine en "bonne" -chacun jugera de l'usage de ce terme- compagnie : B. Hortefeux, F. Fillon, L Ferry, Carla, G. Bush, A. Merkel, Kadhafi, D. de Villepin, J. Chirac, .... C'est un humour vache qui fait mal à rebours lorsqu'on voit tout ce qu'on a avalé et subi de la part de cet homme qui veut nous refaire le coup dans deux ans (et là, je suis correct, parce que je voulais écrire un truc plus vulgaire du genre "qui veut nous la remettre profond dans deux ans", mais comme je suis un garçon poli et bien élevé, je ne l'écris pas). Quand je pense que certains veulent son retour, ça me laisse pantois. C'est de l'aveuglement ou bien du masochisme ou bien les deux, une nouvelle maladie -ou perversité- la maso-cécité.

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La nuit Mac Orlan

Publié le par Yv

La nuit Mac Orlan, Arnaud Le Gouëfflec, Briac, Sixto éditions, 2014.....

"Marin arrive à Brest pour y rencontrer un bouquiniste qui posséderait un manuscrit inédit de Pierre Mac Orlan, l'auteur du célèbre Le quai des brumes. Bientôt, il se retrouve en cavale dans la nuit brestoise, traqué par la police, cherchant à reconstituer les morceaux d'un puzzle diabolique." (4ème de couverture)

Il y a longtemps que j'attendais de lire cette bande dessinée, depuis que j'avais découvert les éditions Sixto avec Les voleurs de cerveaux. Ensuite, l'éditeur, puisque j'ai "liké" sa page facebook, m'alléchait avec des teasers sur cette BD. Puis, j'ai eu l'occasion de lire d'autres livres mais l'idée est restée. Alors Noël arriva et l'occasion de la mettre sur ma liste... Voilà comment je me retrouve donc avec cet album dans les mains. Vous savez tout de ma vie.

Point n'est besoin de connaître la littérature de Pierre Mac Orlan avant de tourner les pages, la preuve, il me semble bien n'avoir rien lu de lui. Je connaissais son nom, mais c'est tout. Autant dire que maintenant, j'ai très envie de découvrir son œuvre.

Pour l'intrigue (Arnaud Le Gouëfflec), vous imaginez un bouquiniste peut-être retors, un jeune home thésard et admirateur de Mac Orlan, une belle fille, Marguerite toujours prête à aider son prochain surtout si ce prochain est poursuivi par le commissaire Bourrel qu'elle exècre, un tagueur Teuz et vous les mettez tous dans une même course au trésor, car trésor -sans doute cet inédit de Mac Orlan- il y a. A cela vous ajoutez la ville de Brest, la nuit. Une nuit infinie.

Pour le dessin, des couleurs sombres, nuit oblige ; les couleurs vives sont la robe de Marguerite et le manteau de Bourrel plus quelques lumières ici et là dans une ville la nuit. Dans son article sur cette BD, Marie-Florence des huit plumes parle des dessins de Briac comme de "tableaux, assemblés les uns aux autres pour constituer un album." Je n'aurais pas dit mieux, je cite donc...

Le tout donne un album excellent, original, assez loin de la production habituelle, qui parle littérature et aventure et même littérature d'aventures.

Pour les références à l'œuvre de Mac Orlan, je les imagine plus nombreuses que celles expliquées par Marin ; il y en a sans doute de cachées que les connaisseurs trouveront. Pour les autres, comme moi, cette bande dessinée est une belle entrée dans l'œuvre de Pierre Mac Orlan qui ne demande qu'à être confirmée par la découverte de ses romans.

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Moi René Tardi Prisonnier de guerre au Stalag IIB. Mon retour en France

Publié le par Yv

Moi René Tardi prisonnier de guerre au Stalag IIB. Mon retour en France, Tardi, Casterman, 2014..... 

Dans les années 80, Jacques Tardi interroge son père sur ses années de captivité en Allemagne pendant la guerre. René, le père écrit alors dans des carnets sa détention que Jacques mettra en cases dans le premier tome de la BD, Moi René Tardi Prisonnier de guerre au Stalag IIB. Ce deuxième tome est la suite, lorsque le camp est évacué en janvier 1945. Les détenus se retrouvent sur les routes de Poméranie (région côtière au sud de la Mer Baltique) surveillés par des gardes nazis ; ils souffrent de la faim, de maladies, de maux de pieds (ils enchaînent des marches quotidiennes de plus de 20 km). 

J'avais aimé le premier tome, j'ai aimé le deuxième, même si parfois on peut se perdre dans l'évocation des villes et villages traversés. Jacques Tardi s'appuie sur les carnets de son père, se met en scène, petit garçon posant des questions à René, notamment sur les inexactitudes de ses notes, sur les erreurs manifestes ou les oublis. Dessin classique pour Tardi, trois grandes cases par page, peu de gros plans, souvent des plan larges, du noir et blanc -sauf la fin. Une bande dessinée extrêmement pédagogique qui reprend les grands moments de la guerre, l'avancée des Russes et des Américains et des Anglais, qui redit une fois encore -mais qui n'est pas une fois de trop- l'horreur des camps de concentration, la solution finale, tout cette haine et cette folie imaginées par des hommes pour détruire d'autres hommes. Le temps passant, la liste des rescapés s'amenuise, il est bon que des récits, des témoignages gravent dans le marbre ou le papier ce qu'ont enduré les gens vivant à cette époque, les juifs bien sûr mais aussi les tziganes, les homosexuels, les handicapés, les prisonniers de guerre. Travailler sur différents supports, les livres, les films, les bandes dessinées, est une excellente idée qui peut élargir le public touché.

Cette BD est d'un abord aisé, elle est le reflet du discours d'un simple soldat français : elle raconte son quotidien, les marches forcées, le froid : "Ces uniformes, que nous avions sur le dos depuis cinq ans, usés et élimés jusqu'à la corde, sans cesse rapiécés tant bien que mal, nous protégeaient à peine du froid. Je portais sur moi plusieurs couches de hardes, tout ce que j'avais pu trouver au camp pour avoir moins froid. J'avais même coupé des bandes dans la longueur d'une couverture et les avais enroulées autour de mon torse et de mon bide sous ma vareuse, en guise de coupe-vent." (p.9). Froid dont parle Michel Butor également encore adolescents au moment de la guerre : "J'ai l'impression d'avoir toujours eu froid pendant les années de la guerre. Même les étés me semble-t-il étaient froids." (In Improvisations sur Michel Butor).

Tardi sait se faire également pédagogue lorsqu'il parle des Lebensborn : "Des femmes mariées ou des filles-mères certifiées conformes pouvaient y accoucher en grand secret, à condition de refiler le môme à la SS. Les lebensborn étaient aussi des lieux de rencontre où des "Aryennes" pouvaient se faire engrosser par des SS..." (p.23), mais aussi de la fin de la guerre et du partage de l'Europe entre les Alliés.

Une série à lire d'urgence.

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Frères de terroirs

Publié le par Yv

Frères de terroirs, Carnet de croqueurs, Jacques Ferrandez, Yves Camdeborde, Rue de Sèvres, 2014....

Jacques Ferrandez est un auteur de BD bien connu, pour ses adaptations de Camus ou ses Carnets d'Orient voire pour les excellents L'outremangeur et Le Mécano du vendredi en collaboration avec Fellag ; ça c'est juste la liste de ce que j'ai lu de lui. Il est aussi, d'après la préface de Sébastien Lapaque, un amateur des bonnes choses.

Yves Camdeborde est un cuisinier, un des pionniers de la bistronomie, passé chez des grands chefs, il a voulu mettre à la portée du plus grand nombre son talent et ses idées. Il est aussi connu pour avoir été juré dans l'émission Masterchef, que je ne regarde pas, mais je l'ai vu un midi sur Canal+, venir avec son panier et ses produits et j'avais bien aimé son discours. 

Les deux hommes se rencontrent et l'un emmène l'autre voir ses fournisseurs, parfois devenus des amis. Tous sont amoureux de leur métier, qu'ils soient vignerons, charcutiers, éleveurs, fromagers, maraîchers, couteliers, ... Comme le titre l'indique, c'est une BD Terroirs, alors il faut aimer le genre et aimer les propos qui vont avec : préférer manger et boire sain et local, respecter le rythme des saisons, aller sur les marchés ou directement aux producteurs plutôt que de passer par des intermédiaires, favoriser les produits biologiques, les pratiques saines. Moi, tout ça, ça me va, je le pratique autant que possible, même si je n'échappe pas à des passages au supermarché du coin, mais là encore, je privilégie le "petit" Super U (j'espère qu'avec cette pub, ils m'offriront des caddies gratuits) aux très grandes surfaces voisines dans lesquelles je me perds. Et même lorsque mes finances me permettent, je vais à la supérette bio, mais là, ça fait un intermédiaire qui prend de la marge, alors, pour les fruits et légumes, je vais voir les producteurs locaux (marché, ESAT, Centre de réinsertion, maraîcher et producteur de fruits).

Donc cette BD est faite pour moi ; à chaque fournisseur rencontré, je me disais qu'il fallait que je note l'adresse, notamment pour les viticulteurs bio, j'irai voir un jour où je passerai pas loin de chez eux (ou si l'un ou plusieurs d'entre eux veut me faire parvenir des bouteilles, je m'engage bien sûr, d'abord à les boire entre amis et ensuite à faire une chronique sur le blog -je tente, on ne sait jamais...). C'est une BD qui est à mettre dans la lignée de celle d'Etienne Davodeau, Les ignorants, mais là où lui parlait de la relation entre un viticulteur et un dessinateur de BD, Y. Camdeborde et J. Ferrandez parlent de nombreux producteurs, ce qui, parfois fait un peu décousu, un peu inventaire. Néanmoins, l'ouvrage m'a bien plus, parce qu'on sent tout le professionnalisme des gens qu'on y voit, tout l'amour qu'ils ont pour leur travail, le produit d'icelui et le partage de leur passion. Si l'on ajoute à cela le dessin de Jacques Ferrandez, réaliste, dans lequel il insère parfois des cases de ses carnets de croquis, les explications très simples mais complètes sur la manière de faire du vin, de chercher les truffes, de fabriquer un couteau (la coutellerie Perceval, installée à Thiers, de véritables artistes -je ne suis pas contre non plus, un couteau de poche, pliant, n'importe lequel, je suis très ouvert, contre un article sur le blog) ... et même des recettes de quelques protagonistes, eh bien ça fait un beau livre, mais en plus instructif. Un Tome 1 qui présente la collection Hiver et printemps, le tome 2 pour les saisons restantes suivra. Sincèrement, je pense qu'on peut se sortir de cette léthargie ou de cette crise en se bougeant et en bousculant ce que l'on veut nous imposer, notamment dans le système marchand. Les associations locales, les AMAP, les circuits courts, tout cela est à privilégier, d'abord parce que c'est meilleur, ensuite, parce que c'est bon pour le porte-monnaie : moins d'intermédiaires = moins cher et enfin parce que ça fait vivre des producteurs ou des artisans locaux donc moins d'impact sur la pollution. 

Tout cela m'a donné faim et soif et surtout envie d'aller chez Yves Camdeborde qui, dans sa cuisine, résume tout. Bon, ce coup-ci, je ne vais pas faire le coup de tenter une chronique contre un repas, mais Yves Camdeborde, sachez que si l'envie vous prenait d'inviter un autre Yves, je pourrais faire le voyage Nantes-Paris...

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Les cahiers dessinés

Publié le par Yv

Topor dessinateur de presse, Les cahiers dessinés, 2014..,

D'une pierre deux coups -ou d'un article, deux livres- pour ces deux gros ouvrages qui paraissent dans l'excellente maison Les cahiers dessinés. Je connaissais Roland Topor pour avoir lu un ou deux de ses livres, Portrait en pied de Suzanne (lu avant le blog) et Café Panique, un recueil de nouvelles. Ce gros bouquin qui est consacré à ses dessins de presse est aussi une biographie qui permet donc de mieux cerner le personnage. Ses dessins de presse sont difficiles, durs, violents parfois, connus pour certains, comme celui qui illustre la couverture ou celui qui fut entre autres une affiche pour Amnesty International et que vous pouvez voir en cliquant sur le nom de l'association. Topor a collaboré à Hara-Kiri, Charlie Hebdo assez longtemps, et ses dessins furent publiés dans un nombre impressionnant de journaux internationaux. Ses dessins représentent ce qu'à l'époque on appelle le nouvel humour : "Les ficelles du nouvel humour ne sont plus "celles du comique, mais celles, infiniment plus ténues du saugrenu, de l'insolite, de la cruauté mentale voire même du fantastique ou de la terreur, ajoutant une couleur que personne n'attendait dans la palette traditionnelle de la gaudriole : le noir." (p.31) Ouvrir ce livre c'est entrer dans un monde fou, dans lequel son Charlot ressemble au général de Gaulle qui fut l'une de ses cibles favorites. Bref, les dessins de Topor peuvent choquer, heurter, déplaire ou au contraire on peut les admirer, les trouver riches. En aucun cas ils ne laissent indifférent.

 

 

J'ai vu passer le bobsleigh de nuit, Gébé, Les cahiers dessinés, 2014....

Passons maintenant à l'autre livre, celui de Gébé, au titre tellement beau. Gébé a également collaboré à Hara-Kiri et Charlie Hebdo. Cet ouvrage recense des petites histoires drôles, impertinentes, poétiques, absurdes, innovantes comme celle que je préfère qui s'appelle Je ne vous souhaite pas le même rêve, un semi-roman-photo, semi-BD. Le détective William Splatch n'est pas mal non plus, ainsi que la critique du capitalisme à outrance dans Les crêpes. Dans les dessins de Gébé, ce qui importe avant tout, c'est l'humain avec ses désirs, ses défauts, ses contradictions les contraintes qu'il s'impose ou qu'on lui impose. Gébé n'aime pas les faux-semblants, il nous incite à aller au-delà de la première impression, de ne pas se fier à ce que l'on voit, de tourner autour d'un sujet pour bien en saisir toutes les nuances. Le monde de Gébé est fou lui aussi, mais une folie douce, celle qui amène les rêves, les mondes imaginaires, la poésie.

Très bon recueil qui m'a permis de découvrir Gébé, que je ne connaissais pas, choisi grâce à ce titre que je trouve excellent.

 

PS : La Galerie Anne Barrault (51 rue des Archives 75003 Paris) exposera des dessins de Roland Topor à partir du 18 octobre, jusqu'à fin novembre. Elle installera également des dessins de Gébé à partir de novembre.

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Le chat passe à table

Publié le par Yv

Le Chat passe à table, Philippe Geluck, Casterman, 2014.... 
Le nouveau Le Chat est de sortie. Comme le précédent, La bible selon Le Chat, il se présente en deux volumes demi-format de 96 pages chacun, présentés dans une boîte, avec en prime La gazette du Chat, n° 8, à laquelle par ailleurs, on peut s'abonner gratuitement : pour cela, je vous laisse chercher les liens sur vos moteurs de recherches favoris. 

Le Chat revient donc fidèle à lui-même et pas à son maître, on le sait bien, contrairement à un chien ! Il revient donc avec ses légendaires, n'ayons plus peur des mots désormais, à notre époque où leur galvaudage est quasiment un exercice obligatoire pour tout présentateur télévisuel ou journaliste qui se respecte. Historique, la France qui bat l'Allemagne, euh, non, pardon, ça c'est utopique. Pouf, pouf. Historique donc, la France qui bat le Brésil -au foot évidemment, que les non-sportifs veuillent bien me pardonner cette ellipse ; je connais des hommes et des femmes qui ont fait l'histoire -enfin, quand j'écris "je connais", c'est une façon de parler, je ne les connais pas de visu ni même bibliquement, je connais leurs noms et parfois même leurs faits d'armes- qui doivent se retourner dans leurs tombes où qu'elles soient, eux et elles ou leurs actions sont historiques, pas un sportif qui met la baballe dans un but fut-il gardé par un autre sportif ! Mythique, le septuple vainqueur du Tour de France, avant bien sûr que sa statue ne soit rongée par les substances illicites et interdites -sans commentaire superfétatoire de ma part !

Bon, je disais avant de m'emporter et de laisser libre cours à mon désespoir de (ré)entendre un jour les intervenants des médias user d'un français approprié et mesuré, un langage idoine, que Le Chat revenait avec ses légendaires mauvaise foi, immodestie, gourmandise, absurdité et philosophie (comment ça c'est un pléonasme ?), mauvais goût, provocations, ... P. Geluck fait cette fois-ci moins dans le dessin d'actualité et/ou politique, même si l'un d'entre eux représentant une salle d'un café d'une ville gérée par le FN devrait faire parler de lui. Bon, vous le savez, j'aime Le Chat depuis longtemps et même si certains dessins me parlent moins, si d'autres font flop, je suis très bon public, parce qu'en plus, dans le lot, il y en a tout un tas qui marche très bien. Il est fort justement écrit en couverture : "Je l'avoue, je ne respecte rien." Moi non plus, alors, égratigner un peu Le Chat, c'est normal. Qui aime bien châtie un peu quand même mais pas trop, parce que bon, faut pas exagérer.

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