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Recherche pour “le péril vieux”

Comme au cinéma

Publié le par Yv

Comme au cinéma (Petite fable judiciaire), Hannelore Cayre, Métailié, 2012

Etienne Marsant est une star. Le grand acteur français, mais suite à un infarctus, il ne tourne plus. Il vit sur sa notoriété. Cependant, il accepte d'être le Président d'un festival de cinéma de seconde zone à Colombey-les-Deux-Églises.

Dans le même temps, à Chaumont, se tient le procès en appel d'un braqueur de banques récidiviste. Un petit voyou sympa répondant au nom improbable de Abdelkader Fournier, qui braque avec une arme en plastique. Les époux Bloyé, Jean et Anne sont ses défenseurs. Mais la partie sera rude face au juge, surnommé "le boucher de la Haute-Marne".

Tout ce monde se croisera plus ou moins rapidement au tribunal ou dans la seule auberge digne de ce nom dans cette petite ville.

Hannelore Cayre sous-titre son livre, Petite fable judiciaire. Si elle avait fait appel à moi avant, je lui aurais suggéré plutôt : Petite farce judiciaire. Mais bon, tant pis pour vous Hannelore -vous permettez que je vous appelle Hannelore ?- vous avez préféré la jouer solo sans mon avis éclairé. Néanmoins, je ne vous en veux pas. D'abord parce votre sous-titre, bien que moins bon que le mien, il va sans dire, n'est pas mal non plus, et surtout parce que votre roman est très bien. Voilà, c'est dit, c'est clair.

Je suis passé par beaucoup de phases :

- celles où j'ai ri : Jean  Bloyé est totalement désabusé, blasé. Il regarde la vie et son métier avec une ironie et une causticité permanentes. Etienne Marsant est dans le même genre, le cynisme en plus voire même la goujaterie que lui permet son statut de Star et dont il joue. Et Hannelore Cayre de filer une parfaite métaphore florale : "Il avait également semé des fleurettes dans les cœurs de ces dames. Il comptait les cultiver pendant ces quelques jours de festival avec la chaleur ou la fraîcheur qui convenait à chaque espèce afin d'en récolter la plus épanouie la dernière nuit. Tout cela, évidemment, ne tenait que du voeu pieux puisqu'il ne bandait pratiquement plus." (p.74)

- celles où je me suis insurgé, contre le racisme, l'homophobie et la xénophobie faciles et malheureusement crédibles du juge Anquetin : "Anquetin est un gros con. Pas d'une gentille connerie débonnaire... Non... D'une connerie butée, contente d'elle-même. Son esprit est un rendez-vous de banalités racistes et de préjugés épidermiques. Et si un avocat ose lui démontrer qu'une chose n'est pas comme il croit qu'elle est, il prend un air dédaigneux qui s'opiniâtre à mesure qu'il insiste." (p.65)

- celles où je ne pouvais croire la tournure ubuesque que prenait l'histoire, mais elle me faisait rire, donc ça passait.

- celles où je me suis énervé contre le parisianisme exacerbé de Anne Bloyé (Pitié, Hannelore, dites-moi que ce n'est que votre personnage et pas vous !)

- celles ou j'ai ri de nouveau

- celles où je me suis dit : (je me cite, alors, je mets mes propos en italique) "mais finalement, les réflexions de Jean sur le monde actuel, sur cette mode de faire d'un ado, Augusteen Granger -ersatz de Justin Bieber- un modèle pour des millions d'autres ados, les remarques sur la futilité de ce qu'on nous présente comme étant la culture, de ceux qu'on nous dit être les nouvelles stars, mais qui comme les étoiles filantes ne dureront que le temps de les voir s'éteindre (c'est beau, on dirait du Verlaine), la  tendance à prendre comme baromètre de la société un pré-pubère chantonnant des niaiseries qui masque les inégalités, les violences de cette même société, tout cela est assez proche de ce que je peux penser. Oh, non, Yv tu es vieux ! Désabusé, blasé, comme Jean ! Mais que nenni, je vais résister !

Voilà donc mes différents états d'esprit en lisant ce roman, qui emporte l'adhésion, très aisément, grâce également à une écriture, drôle, caustique, franche. Chez Hannelore, un chat est un chat et un con un con ! Elle mène son histoire à un rythme qui ne laisse pas de temps mort, pas de répit à ses lecteurs. Et, cerise sur le gâteau, à chaque fois qu'un nouveau personnage apparaît, on a le droit à une description détaillée, moqueuse voire méchante mais tellement jouissive. En l'espèce, la sélection des jurés pour le procès est un vrai régal. Allez, pour finir en beauté, les portraits de la sous-préfète et de son mari :

"Avec ses tailleurs rouges ou bleu roi, toujours un poil trop petits, et ses cheveux flamboyants bétonnés de laque, la sous-préfète faisait penser plutôt à une grosse poule rousse sexuellement très agressive. Elle offrait un sacré contraste avec son mari, un petit teckel gris et tremblotant [...]"

Merci Valérie.

région

 

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Petits meurtres à l'étouffée

Publié le par Yv

Petits meurtres à l'étouffée, Noël Balen et Vanessa Barrot, Fayard, 2014...

Laure Grenadier est critique gastronomique pour un magazine dont elle est aussi rédactrice en chef. Elle part en reportage à Lyon avec Paco, le photographe, pour un prochain numéro de Plaisirs de table qui sera axé sur les célèbres bouchons de la ville. La semaine se présente bien, mais tout change lorsque  le propriétaire d'un restaurant très en vue meurt, assassiné, la recette de la soirée volée. Lyon est en émoi, Laure aussi qui connaissait bien la victime. Tout en continuant son travail, elle laisse traîner son oreille et recueille des informations sur le monde des restaurateurs lyonnais qui pourraient bien servir à l'enquête. 

Dans la lignée de la série Le sang de la vigne dont il est l'un des co-écrivains, Noël Balen, crée ici avec Vanessa Barrot le personnage de Laure Grenadier qui ne sévit pas dans le vignoble mais dans les cuisines. Il est sympa le duo Laure/Paco. Elle, très parisienne, tirée à quatre épingles, très sensible à l'image qu'elle donne d'elle-même, très professionnelle, et lui, plutôt rockeur, pas toujours bien sapé, pas forcément attiré par la bonne bouffe, très doué dans son domaine, la photographie. Disons tout de suite que l'enquête n'est pas super originale, que la solution est trouvée en toute fin, peut-être un peu vite et que pendant les cent premières pages on se demande bien pourquoi on pourrait épingler une étiquette "polar" sur ce livre. Certes, meurtre(s) -quel suspens je laisse avec ce "s" entre parenthèses- il y a, mais on ne voit pas le bout de la queue d'un flic ou d'un indice. Rien ! Nada ! Mais, parce qu'il y a un -ou même des- mais, on lit les tribulations de Laure et Paco avec beaucoup de plaisir. On visite Lyon, ses bouchons, ses traboules, ses quartiers comme si l'on y était. Je n'ai visité Lyon qu'une seule fois, il y a deux ans avec un guide exceptionnel (Éric, si tu passes par là, sois-en remercié), et j'ai retrouvé l'ambiance des rues et des vieux quartiers. C'est un vrai guide, j'espère que les adresses données sont réelles et qu'on peut y manger. 

J'ai pas mal d'indulgence pour ce roman parce qu'il est le premier d'une série qui promet et que j'aime bien assister à la naissance de héros récurrents qui ne demandent qu'à s'étoffer -pas s'étouffer. Là, je sens que le duo va me plaire, parce que les personnages sont sympathiques, que le livre est bien écrit, que le titre est on ne peut mieux trouvé, qu'il se lit agréablement, qu'on apprend des choses -comme par exemple l'existence du livre la Gastronomie pratique d'Ali-Bab qui date de 1907 et qui, aujourd'hui fait sourire ou fait peur (des extraits sont cités, assez décalés par rapport aux régimes actuels)-, que même si l'on peut se demander au début en quoi c'est une enquête, eh bien, mine de rien on en est déjà à la page 100 sans s'en rendre compte, qu'il est d'un format pratique et qu'en plus la présentation est soignée : la suite, déjà prévue reprend les mêmes codes de première de couverture très réussis. Ce qui est bien aussi, c'est que si l’on n’est pas Lyonnais et pas attiré par cette ville, on sait déjà que Laure Grenadier se baladera aux quatre coins de la France et donc qu'à un moment où un autre, elle passera par chez nous déguster nos spécialités régionales. En attendant qu'elle vienne visiter le pays nantais, elle devrait passer à l'automne 2014 du côté de la Normandie pour le titre suivant : La crème était presque parfaite, pas mal trouvé non plus.

J'ai aimé les meurtres à Lyon, je suis alléché par les assassinats normands.

 

polars

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Crimes et condiments

Publié le par Yv

Crimes et condiments, Frédéric Lenormand, Ed. Lattès, 2014..... 

Tout devrait mener Voltaire à la Bastille en cette année 1734 : le gouverneur du lieu en rêve, il pourrait ainsi organiser des dîners philosophiques que le Tout-Paris voudrait fréquenter et la parution imminente des Lettres philosophiques dudit philosophe devrait précipiter l'incarcération d'icelui. C'est alors que Voltaire échappe miraculeusement à des tentatives d'assassinat. Lui qui cherche à tout prix à investir dans des affaires juteuses, parfois à la limite de la tolérance de l'époque, fait des rencontres, un cuisinier très "nouvelle cuisine", un chien, un mendiant. Mais qui en a après son auguste personne ? 

Quatrième aventure de Voltaire en tant qu'enquêteur. Cette fois-ci, il est plus victime que meneur, ne se rend pas toujours compte des tentatives de meurtre contre lui, et est beaucoup plus concentré sur ses futures affaires financières et sur le mariage qu'il arrange entre la jeune Elisabeth de Lorraine-Harcourt et le duc de Richelieu, par ailleurs son débiteur, pour justement assurer les remboursements de son prêt par la descendance qui naîtra forcément -le pense-t-il- de cette union. Heureusement pour lui, sa maîtresse Emilie du Châtelet veille sur lui.

Quel plaisir de retrouver l'illustre philosophe dans la série qui porte son nom. Le moins "polar" des trois que j'ai lus et celui que je préfère, pas de temps mort, pas le "ventre un peu mou" -juste quelques longueurs en leurs mitans-  que je pouvais reprocher aux autres. Pas de véritable enquête, mais Voltaire virevolte, papillonne, n'arrête pas de gesticuler toujours habillé à l'ancienne mode avec sa haute perruque datée, toujours à l'affût d'une bonne affaire. Lorsqu'il rencontre le cuisinier qu'il lui faut pour son estomac délicat -il faut dire qu'en 1734, les repas sont copieux, roboratifs, un peu de légèreté (relative) ne fait pas de mal- il le débauche et l'embauche bien qu'il ne sache rien de lui, ce sera dès lors, une suite de plats fins, inventifs dont certains font encore le délice de nos palais. 

Le ton est toujours drôle, léger, Frédéric Lenormand n'ayant pas de scrupules à écorner le mythe voltairien à tel point qu'on se demande s'il n'en rajoute pas, mais, en fin de volume, il cite des extraits de livres, de journaux, certains de cette époque, qui abondent dans son sens : "Voltaire avait le front élevé, les yeux noirs, tout de feu, et dans une agitation continuelle. Son esprit était vif et ardent. [...] Il croyait être né pour l'ornement de son siècle, pour donner le ton aux poètes, aux historiens, aux orateurs, aux géomètres, aux physiciens, aux philosophes et même aux théologiens. Aussi était-il d'un orgueil insoutenable. [...] Il était sans amis, et ne méritait pas d'en avoir. Il avait un si grand penchant à l'avarice qu'il sacrifiait tout, lois, devoirs, honneurs, bonne foi, à de légers intérêts." (François Toussaint -1715/1772-, Anecdotes, cité p. 337)

La langue est belle, même dans les insultes lorsque des carrosses de courtisans et d'un ministre sont bloqués dans la rue par des gens mécontents qui s'écrient : "Attrapeminons*  ! Rats de palais ! Vieux manches de gigot ! Moineaux de carême !"(p.150) Quand je pense qu'aujourd'hui on a droit à du "Casse toi pauv'con !"...  Les mœurs changent, le niveau de vocabulaire aussi.

Entre deux cabrioles et deux situations ridicules, Voltaire ne peut s'empêcher de placer des répliques vaches, drôles, philosophiques qui sont un vrai plaisir à lire : "Tout le monde aime le sucre, il est à la cuisine ce qu'est à la religion la promesse d'une vie éternelle : un mensonge agréable qui dissimule l'amertume du reste." (p.177). Je flatte ici mon anticléricalisme. Je me suis régalé avec ce tome narrant les aventures de Voltaire autour de la table et de la bonne chère, cette série est décidément très digeste, un bon petit plat à partager qui ne reste pas sur l'estomac qu'à l'instar du célèbre écrivain, j'ai fragile. Et puis, ces aventures m'ont aussi donné l'envie de relire Voltaire, je crois bien avoir dans le fond de ma bibliothèque Zadig**, Candide et peut-être même Micromégas...

Cathe et Sibylline en parlent aussi.

* Hypocrites

** J'ai failli écrire Zadig et Voltaire, les mœurs changent, le niveau de culture aussi...

 

 

polars 2015

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Deadline à Ouessant

Publié le par Yv

Deadline à Ouessant, Stéphane Pajot, L'Atelier Mosésu, 2013

Luc Mandoline est thanatopracteur. Son métier c'est donc de préparer les morts avant leur ultime voyage. Invité à Ouessant par la mère d'un de ses amis disparu en mer, il compte y passer trois jours et revenir sur le continent. Mais c'est sans compter avec le hasard qui met sur sa route un, puis deux puis trois cadavres. Il a l'habitude certes, mais lorsque ceux-ci n'ont pas trépassé naturellement, Luc Mandoline ne peut s'empêcher de fouiner. Et la petite histoire et les légendes d'Ouessant de rencontrer la grande Histoire, celle pour laquelle on peut encore se battre, voire pire...

Connaissez-vous Luc Mandoline ? Non ? Eh bien, à l'image d'un Gabriel Lecouvreur dit Le Poulpe ou d'un Léo Tanguy, Luc Mandoline est un personnage créé (par Sébastien Mousse) et mis à la disposition d'écrivains qui peuvent s'emparer de son univers pour le temps d'une aventure. Tout cela est bien expliqué sur le site de L'Atelier Mosésu. Stéphane Pajot, qui a déjà excellemment sévi avec Le Poulpe ou Léo Tanguy se colle cette fois-ci à la thanatopraxie. Et le moins qu'on puisse dire c'est que ça commence fort : à peine débarqué à Ouessant, Luc est témoin d'une altercation entre deux vieux dont l'un chute et se fracasse le crâne sur un banc, l'autre s'en allant attendre les gendarmes chez lui. Puis Luc reçoit des messages énigmatiques sur son portable. Ensuite, il échoue dans un café et se lie avec les poivrots locaux qui ne dessaouleront pas du livre. Puis, Stépane Pajot déroule son histoire, entre jeux de mots ou blagues bien pourris (mais assumés) et assénés par un pochtron sympathique quoiqu'un poil lourd : "Sais-tu qu'en Chine, on pleure quant on meurt et on riz cantonais ?" (p.35), argot, tournures de phrases bien senties, fleuries, et citations de chansons connues placées discrètement par-ci par-là, j'en ai repéré plusieurs dont une de Renaud (et d'autres mais comme je n'ai pas noté les pages, je ne les ai pas retrouvées en feuilletant), ainsi qu'une bande-son : JP Capdevielle (la belle Chiquita oblige ! Merci Stéphane, j'ai le morceau en tête depuis plusieurs jours), Miossec (inévitable), Neil Young, The Saints, ... Il parle également beaucoup d'anecdotes locales, de légendes bretonnes et ouessantines, comme l'Ankou (la mort) qui se promène dans les rues pour faucher ceux qui le croisent. Mais Ouessant a aussi rendez-vous avec l'Histoire :  De Gaulle et les résistants mais aussi la section Bezenn Perrot qui, forte d'une poignée de Bretons à fait beaucoup plus que collaborer avec l'ennemi nazi.

Extrêmement bien documenté c'est un polar qui se lit très agréablement : S. Pajot a l'intelligence d'alterner les passages sérieux et historiques avec d'autres plus légers, d'englober tout cela dans un roman noir et dans une écriture enlevée, légère et dynamique.

Bon, avec tout ça, j'ai très envie d'écouter The Saints (ce que je fais en écrivant les texte, Swing for the crime), mais j'ai surtout très très envie d'aller à Ouessant. Alors si par hasard, un Ouessantin ou une Ouessantine passe sur mon modeste blog et si par le même hasard, cette personne se trouve en possession d'un gîte ou d'une chambre de coût modéré, je serais ravi de lier connaissance et de passer quelques jours (voire plusieurs jours, du genre une semaine). Il va sans dire que Madame Yv voudra être du voyage. J'avais bien penser à faire cette proposition en sélectionnant des livres qui se passent aux Seychelles, à l'Île Maurice ou dans d'autres lieux paradisiaques, mais c'est très surfait, alors que Ouessant c'est authentique ! (avec ça, je crois que j'ai mis tous les atouts de mon côté).

A bientôt Ouessant ! Et merci Stéphane, la Bretagne, finalement, y'a rien de mieux !

thrillers

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L'hôtel hanté

Publié le par Yv

L'hôtel hanté, Wilkie Collins, Éd. Sol Publishing 90 (Espagne), 2008 (écrit en 1878)

La comtesse Narona vient consulter un médecin anglais réputé pour la finesse de son diagnostic, car elle croit devenir folle. Future épouse de Lord Montbarry, elle vient d 'apprendre que celui-ci a annulé les fiançailles qu'il avait prévues avec une autre femme, Agnès, sa cousine. Celle-ci prend la chose assez philosophiquement, mais lorsque les deux femmes se rencontrent et malgré la bonté d'Agnès, la comtesse Narona ne se sent pas bien, sûre qu'Agnès est celle qui la mènera jusqu'à sa fin. Son ange de la mort en quelque sorte. Le mariage est prononcé et le couple part à Venise dans un palais dans lequel un drame se joue.

Il y a quelques années, en me baladant dans une librairie, j'ai vu les livres de cette collection proposée par Ouest-France, La crème de crime. Pour le prix, j'ai dû en prendre deux ou trois et seul celui-ci a survécu à diverses réorganisations de notre habitat. Ont été publiés également, Gaston Leroux, Edgar Allan Poe, Paul Féval, entre autres. Bouquin pas cher, format poche, présentation minimale, même pas le nom du traducteur. Au moins, le nom de l'auteur, Wilkie Collins (1824/1889), qui je l'apprends très récemment est connu -mais pas par moi- pour ses écrits appelés "romans à sensation" et précurseurs du roman policier ou à suspense (source Wikipédia).

Me voilà donc en présence de mon premier Wilkie Collins et j'avoue n'avoir point été déçu. Classique, efficace, flirtant avec le surnaturel, ce roman se déguste en douceur et est en plus d'un roman à suspense une peinture de la société anglaise des années 1860. Ces Lords qui vivaient aux Indes et revenaient dans leur pays au bout de quelques années fonder une famille, ces grandes familles qui voyageaient facilement et souvent, passaient du temps en France, chez "le peuple le plus gai du monde entier" (p.118) -comme quoi les temps changent, d'abord je ne suis pas sûr que de nos jours un Anglais aurait le même discours, et ensuite aurait-il tort puisque nous sommes, paraît-il, en tête de consommation d'anxiolytiques ?- et en Italie, notamment à Venise. Les tergiversations d'Agnès, ses hésitations ou ses pudeurs, ne voulant pas céder au frère de son ex futur-mari (vous me suivez), et les longues cour et attente de celui-ci sont  un rien désuètes et ajoutent un charme à ce livre.

Wilkie Collins est un malin, il nous prend par la main au début de son livre et ne nous lâche plus jusqu'à la fin : il nous mène là où il veut. Exactement. Son intrigue est très bien menée, les détails sont disséminés ça et là dans le texte qui seront utiles au dénouement. On le sait, on sait même quels sont ceux qui vont servir mais point encore comment et pour qui ou avec qui. Un vrai Cluedo.

Et puis l'écriture est belle, très 19ème avec des tournures dont on n'use plus guère, des paraphrases, des portraits simples et très visuels ; la comtesse Narona, par exemple :

"Ses vêtements étaient de couleur sombre et d'un goût parfait, elle semblait avoir trente ans. Ses traits : le nez, la bouche et le menton étaient d'une délicatesse de forme qu'on rencontre rarement chez les Anglaises. C'était, sans contredit, une belle personne, malgré la pâleur terrible de son teint et le défaut moins apparent d'un manque absolu de douceur dans les yeux." (p.7)

Ou encore celui d'une femme de chambre :

"C'était une grande femme osseuse, arrivée à l'automne de sa vie, avec des yeux enfoncés, des yeux gris fer. [...] On voyait du premier coup d’œil que Mme Rolland devait avoir sa réputation intacte ; elle avait d'épais et larges sourcils, une voix profonde et pleine de solennité, des gestes raides et secs et, dans sa figure, pas la moindre ligne courbe caractéristique de son sexe : tout était anguleux ; en un mot la vertu, dans cette excellente personne, se montrait sous son aspect le moins engageant. Et quand on la voyait pour la première fois, on se demandait pourquoi elle n'était pas un homme." (p.101)

Daté ce roman, c'est évident, mais très plaisant et puis, c'est comme de revoir un vieux film d'Hitchcock -pas de comparaison dans les dates-, depuis on a fait plus nerveux, plus rapide, plus moderne, mais pas forcément plus tortueux et plus captivant, suggérer étant nettement plus fort que de tout dire ou montrer. Un bémol uniquement pour les coquilles, les approximations de ponctuation à ne point imputer à l'écrivain mais à une mise en page bas de gamme.

 

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La nuit, in extremis

Publié le par Yv

La nuit, in extremis, Odile Bouhier, Presses de la cité, 2013

Lyon 1921, Anthelme Frachant sort de prison, incarcéré après une mutinerie pendant la guerre. Victor Kolvair est persuadé que cet Anthelme est un assassin, celui qui a tué un ami des tranchées, et qu'il recommencera dès qu'il sera sorti. Il décide de la surveiller, seul. A cette date, Lyon est aussi à la veille de la visite d'un secrétaire d'état et les anarchistes, très présents en cette ville pourraient bien en profiter pour mener une action d'éclat.

Une nouvelle enquête des ancêtres des experts mérite que je bouscule mes priorités de lecture. Certains livres restent longtemps au fond des piles. Celui-ci est commencé à peine dans mes mains. Les deux premiers tomes, Le sang des bistanclaques et De mal à personne étaient tellement bien, que j'aspire très vite à retrouver cette atmosphère si particulière créée par Odile Bouhier, un (gros) brin de modernisme dans l'époque troublée de l'après-guerre. Les 30/40 premières pages resituent les personnages ou permettent à ceux qui ne les connaissent pas encore de savoir qui est qui. Puis l'enquête ou plutôt l'attente de Victor Kolvair démarre. Et je me dois de dire ici que je suis un peu déçu par le début de ce polar. Chaque personnage, que ce soit, Victor Kolvair le commissaire, Bianca Serragio l’aliéniste, Hugo Salacan le scientifique, Jacques Durieux son assistant ou encore Damien Badou le légiste, chacun est dans son coin, mène sa vie, son propre travail indépendamment de ses collègues. Ils ne travaillent pas tous sur la même histoire. H. Salacan et D. Badou sont préoccupés par des histoires personnelles, J. Durieux par les anarchistes, B. Serragio frustrée de ne pas voir V. Kolvair et lui-même empêtré dans ses certitudes et ses vieux démons. L'ensemble est un peu décousu, comme si Odile Bouhier avait écrit plusieurs histoires, une par personnage,  puis, les avait accolées en un seul livre ensuite. Il manque un lien entre toutes.

Puis, l'histoire et la collaboration démarrent enfin lorsque 3 cadavres sont retrouvés mutilés. Et comme dans les épisodes précédents, Odile Bouhier développe son contexte, la toile de fond de son roman. Elle s'intéresse aux avancées de la médecine des années 20. Bianca Serragio est très en avance et prend en compte les nouvelles théories de médecins étrangers sur l’aliénation, les maladies psychiatriques. Elle s'oppose avec vigueur à ceux qui ne veulent pas évoluer, sûrs de leur savoir. Elle parle de schizophrénie, de paranoïa là où ils ne parlent que de simulation et de "jeux d'acteurs". Pendant ce temps, H. Salacan s'intéresse de près aux travaux de chercheurs canadiens sur l'insuline qui soignerait les diabétiques. C'est la recherche médicale qu'elle soit classique ou psychiatrique qui peut relier les différents acteurs de cette histoire. Les traumatismes de la guerre sont également au cœur de ce livre, tant du côté des meurtriers que des enquêteurs. Toute ce contexte, très bien documenté, donne tout l'intérêt à cette troisième enquête de l'équipe.

Malgré mes réserves (mais peut-être est-ce parce que j'ai un peu trop idéalisé l'équipe Kolvair-Salacan ? ), je n'ai pas boudé mon plaisir de replonger dans le Lyon des années 20. Et puis, je n'ai pas tout dit, le procureur Rocher est toujours aussi antipathique, réactionnaire, et l'inspecteur Legone toujours aussi retors et mauvais. Et il en reste encore à découvrir dans ce troisième tome, mais je laisse un peu de suspense...

Les premières phrases : "1er août 1915, Fontenoy

Anesthésié par les coups de soleil qui, toute la journée, avaient boxé la vallée de l'Aisne et aplati le relief calcaire, le 96e régiment d'infanterie établit son campement provisoire dans le secteur ouest, l'ombre y étant plus franche. Un an qu'ils avaient quitté les moissons la bouche en cœur et la fleur au fusil, certains d'être de retour pour les vendanges, pourtant il avait bien fallu se rendre à l'évidence : la guerre prenait ses aises, elle était bien la seule." (p.11)

Une histoire qui a bien plu à Claude Le Nocher

 

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Lettres contre la guerre

Publié le par Yv

Lettres contre la guerre, Tiziano Terzani, Intervalles (traduit par Fanchita Gonzalez Batlle).....

Trois jours après les attentats du 11 septembre 2001, Tiziano Terzani, grand reporter qui connaît bien le monde en général et le monde musulman en particulier, retiré depuis quelques années en Inde en quête de spiritualité, publie une lettre intitulée Une bonne occasion. Et si ces attentats étaient la bonne occasion pour tout remettre à plat, discuter et ne pas céder à le violence qui entraînera toujours une violence encore plus grande. Quelques jours plus tard, une autre journaliste italienne publie un livre d'une rare violence contre les musulmans. Tiziano Terzani décide alors de reprendre la plume dans diverses régions du monde pour lui répondre et témoigner de ce qu'il voit et vit au contact des musulmans de Kaboul, Peshawar, Quetta.

Ce livre écrit entre le 14 septembre 2001 et le 7 janvier 2002 rassemble 8 lettres prônant la paix, la tolérance et l'entente entre le peuples. Tiziano Terzani après avoir été grand reporter sur tous les grands conflits s'est tourné vers l'Inde et sa spiritualité, s'est posé et est devenu aux yeux de beaucoup d'Italiens le visage de la paix. Il est décédé d'un cancer en 2004. Ce livre a précédemment été publié chez Liana Levi en 2002.

Difficile d'aborder le thème de la tolérance, de l'amour entre les peuples, de la compréhension de l'autre alors qu'il y a quelques jours des attentats terribles traumatisaient Paris, la France entière et bien plus largement encore, quelques mois tout juste après le massacre de Charlie Hebdo. Je me permettrais donc de citer T. Terzani qui intitule sa dernière lettre Que faire ? Et maintenant allons-nous céder à une surenchère dans la violence ? "C'est peut-être ce qui m'a fait penser que l'horreur à laquelle je venais d'assister était... une bonne occasion. Le monde entier avait vu. Le monde entier allait comprendre. L'homme allait prendre conscience, se réveiller pour tout repenser : les rapports entre États, entre religions, les rapports avec la nature, les rapports entre hommes. C'était une bonne occasion pour faire un examen de conscience, accepter nos responsabilités d'Occidentaux et faire peut-être enfin un saut qualitatif dans notre conception de la vie." (p.15) Une grande partie de la réflexion de l'auteur est basée sur sa conception de la vie et des rapports entre les hommes : "... je suis vraiment convaincu maintenant que tout est un et que, comme le résume si bien le symbole taoïste du Yin et du Yang, la lumière porte en elle le germe des ténèbres et qu'au centre des ténèbres il y a un point de lumière." (p.15) Mais il ne s'est pas arrêté à sa réflexion, il est retourné sur le terrain voir comment vivaient les gens en Afghanistan, au Pakistan. Et chaque témoignage est aussi l'occasion pour le journaliste de raconter l'histoire du pays, celle qui explique pourquoi et comment on en est arrivé là. Évidemment, les États-Unis sont montrés du doigt : "Chalmers Johnson répertorie les manigances, les complots, les coups d'État, les persécutions, les assassinats et les interventions en faveur de régimes dictatoriaux et corrompus dans lesquels les États-Unis ont été impliqués ouvertement ou clandestinement en Amérique latine, en Asie et au Moyen-Orient depuis la fin de la seconde guerre mondiale." (p.40). Pour ce "vieux professeur de Berkeley University, peu suspect d'antiaméricanisme ou de sympathies gauchisantes", les attentats sont des contrecoups de cette politique étrangère agressive, les États-Unis sont devenus le Diable aux yeux du monde islamique. L'Europe étant à la remorque des États-Unis, il est loin le temps ou le ministre des affaires étrangères français osait s'opposer à une décision de faire la guerre, elle est elle aussi la cible potentielle d'attentats et l'atroce nuit parisienne du 13/14 novembre est là pour le confirmer.

A chaque fois que Tiziano Terzani apporte des informations, il les confronte à sa réflexion, à ses questions. Il ne prétend pas détenir la vérité, il pose des questions légitimes, il met en doute les certitudes des autres. Ces textes ont quasiment quinze ans et pendant ces années, rien n'a changé. Ou plutôt, si, tout a changé : les positions des uns et des autres se sont durcies. Tellement, qu'il paraît même difficile de parler de la même manière -utopiste- que le journaliste italien. Jusqu'où pourra continuer cette violence ? A-t-on le droit au nom de nos principes occidentaux de s'immiscer dans les politiques de certains pays ? Notre indépendance énergétique doit-elle primer sur la vie des habitants des pays producteurs ? Nos sociétés sont tellement différentes. Le monde que nous proposons, nous Occidentaux, globalisé, mondialisé, abreuvés que nous sommes de culture américaine -même si la France résiste encore un peu à l'envahissement par son cinéma, sa littérature, son mode de vie- est une violence faite à certains pays pas prêts et pas désireux de s'y soumettre. Et qui serions-nous pour l'imposer ?

Mon billet peut sembler brouillon, maladroit et il l'est sans doute. Lors de ma lecture j'ai sans cesse hésité entre l'admiration pour la réflexion de cet homme, sa sagesse et la peur que la violence monte toujours plus haut. J'ai fini ma lecture le 13 novembre au soir. Le matin suivant je me réveille avec les annonces des attentats parisiens et j'écris mon billet ce même jour, à chaud ; j'y mélange les réflexions de Tiziano Terzani et les miennes. J'ai apprécié que cet homme puisse me donner un autre angle de vue, me donner des informations pour continuer ma réflexion : je ne suis sûr de rien, j'écoute et lis beaucoup avant de me faire une opinion et lorsque j'y arrive elle peut encore varier en fonction de ce que je lis et entends. Ce dont je suis sûr cependant, c'est que ce bouquin va rester longtemps en moi et près de moi, je vais même le conseiller à tous ceux qui comme moi s'interrogent sur cette violence et cette haine qui explosent. Et à tous ceux qui savent déjà tout, je le leur conseille également, il les fera peut-être réfléchir et les bousculera dans leurs certitudes.

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Le Pen une histoire française

Publié le par Yv

Le Pen une histoire française, Philippe Cohen, Pierre Péan, Éd. Robert Laffont, 2012

"Ce livre retrace le parcours tumultueux d'un homme plus complexe qu'on l'imagine. Il éclaire sous un jour nouveau les scandales qui ont jalonné sa vie : l'affaire de la torture en Algérie, celle de l'héritage Lambert et celle du "point de détail" concernant le génocide des juifs. [...] A travers cette première biographie exhaustive du leader frontiste et des siens, c'est toute une histoire française qui nous est dévoilée." (4ème de couverture)

Piqué par la curiosité d'en connaître un peu plus sur le parcours de JM Le Pen, sur les raisons, les faits, les événements qui l'ont amené à défendre des thèses que je combats depuis son irruption visible dans la vie politique française en tant que Président du FN, c'est à dire début des années 80 (ça me fiche un coup de vieux !) j'ai décidé de lire ce bouquin. Le fait qu'il soit co-écrit par Pierre Péan (désolé, M. Philippe Cohen, mais je ne vous connaissais pas avant), très connu pour ses ouvrages sur Mitterrand entre autres, mais que je n'avais encore jamais lu m'ont incité à franchir le pas. 

Toute la première partie est logiquement consacrée à la jeunesse de Jean Le Pen, puisque né avec un seul prénom, ses difficultés en tant que fils de marin pêcheur, sa montée à Paris en droit : de là lui viennent quelques connaissances et amitiés de divers bords politiques. Au fil des pages se dessine le portrait d'un jeune homme qui se cherche, qui affirme des opinions pas vraiment aussi tranchées que celles de l'homme qu'il deviendra.

Puis, je passe vite fait sur l'Algérie, sur ses années poujadistes pour en arriver aux années 80 qui le voient monter dans les sondages et faire de beaux résultats aux élections. P. Péan et P. Cohen parlent d'un dilettante, d'un homme qui ne fait de la politique (au début) qu'en amateur, sans vraiment chercher à monter les échelons. D'ailleurs, ils font remarquer qu'à chaque fois où il était en passe de faire un coup il sort une énormité, une monstruosité qui le disqualifie, par exemple l'histoire des chambres à gaz "point de détail" de la guerre 39/45 quelques mois avant des élections pour lesquelles on lui prédit un beau score. Comme s'il ne voulait en aucun cas accéder au pouvoir. Ces pages-là m'ont paru plus intéressantes, parce que j'ai connu cette période, parce que comme beaucoup, j'ai porté la main jaune de SOS Racisme "Touche pas à mon pote". Il m'est assez dur de lire aujourd'hui que cette association fut manipulée par le pouvoir en place pour diaboliser Le Pen et déifier François Mitterrand et tenter ainsi de faire imploser la droite pour permettre à F. Mitterrand une réélection en 1988. Mais que ces messieurs-dames de droite qui me lisent (il y en a bien un ou deux) ne se réjouissent pas trop vite en se disant que bien sûr c'est Mitterrand qui a créé Le Pen, car les dirigeants tels, V. Giscard d'Estaing, E. Balladur, JC Gaudin et tant d'autres ont dangereusement flirté avec des candidats FN pour ne pas perdre leurs postes. C'est un panier de crabes terrible où chacun se renvoie la balle. D'alliances locales en appels aux votes ou désistements en faveur de l'un ou l'autre beaucoup de politiques ont des traces de FN sur les doigts. 

Les deux auteurs enchaînent les chapitres dont certains sont plus intéressants que d'autres :

- celui sur les rapports ambigus de JMLP avec l'argent : des héritages et des levées de fonds qui peuvent paraître suspects aux yeux de certains au point d'intenter des procès et JMLP est un homme très très riche, probablement l'un des hommes politiques français les plus riches.

- un autre intitulé Le Pen et les siens : l'insupportable postérité. Et oui, puisque le Front National est une affaire familiale qui marche de mieux en mieux, on l'a récemment vu. Une confidence de Marine Le Pen à Franz-Olivier Giesbert rapportée dans le livre est édifiante et pour tout dire effrayante :

"- Un jour, je serai présidente.

- Vous n'aurez jamais la droite avec vous !

- Je l'aurai, parce qu'elle n'aura pas le choix. Vous verrez, le moment venu, avec Copé ou un autre, nous ferons affaire ensemble.

- Allons, avec les idées de votre parti, ce ne sera jamais possible.

- Avec mes idées à moi, oui ce sera possible." (p.500/501)

(Selon une note en bas de page, Marine Le Pen précise que ses propos ont été déformés par FO Giesbert)

Extrêmement détaillé, c'est un bouquin qui se lit vite "comme un roman" dit-on partout dans ces cas-là ! Est-ce par crainte de procès intentés par l'homme qu'ils décrivent que le nombre de notes de bas de pages est si élevé ? Tous leurs propos sont blindés, sécurisés, mais c'est sûrement le cas dans les biographies sérieuses que de ne s'appuyer que sur des faits et non point sur des ragots ou racontars. Moi-même j'avoue avancer sur des oeufs, de peur d'avoir un propos polémique qui me mènerait au tribunal. Mon aversion est totale pour cette famille et leurs idées nauséabondes, mais en termes élégants et précis il faut le dire.

Très fouillée, très dense une biographie d'un homme complexe, aux idées à combattre, qui passe le témoin à sa fille -et à sa petite-fille, sur laquelle il parie plus-, qui elles n'ont sans doute pas les doutes du père et du grand-père et feront tout pour accéder au pouvoir. Intéressant, instructif, une manière de mieux connaître cette famille politique d'extrême droite qui jamais ne pourra monter dans mon estime ni n'espérer un jour mon bulletin ! Rien que de penser qu'un jour ces dames pourraient exercer de hautes fonctions me fait froid dans le dos. 

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Passagers de l'archipel

Publié le par Yv

Passagers de l'archipel, Anne-Catherine Blanc, Ed. Ramsay, 2011

Six nouvelles pour ce recueil qui ont toutes en commun le lieu : Tahiti. Pas la Tahiti touristique, celle de la côte ouest, plutôt l'autre, celle de l'intérieur et de la côte est.

Poerava: courte nouvelle qui raconte l'évolution de la société des atolls dont l'authenticité meurt de l'importation de la société de consommation."...l'alcool et les mirages d'une culture étrangère, elle-même en décadence, dont les lois étaient conçues pour s'appliquer sur de vastes étendues continentales, avaient perverti les coutumes protectrices. [...] ...sur le microcosme de l'atoll, l'adaptation n'était plus depuis longtemps, qu'un pari perdu."(p.9) Cette nouvelle est aussi l'histoire de Poerava, jeune fille pauvre qui vit avec sa mère, ses frères et son père, alcoolique et violent. Les deux femmes subissent jusqu'à l'inéluctable. Magnifique nouvelle qui ouvre le livre de façon magistrale. Écriture poétique, malgré la lourdeur du propos. Une petite jeune fille qui restera dans la mémoire du lecteur assez longtemps.

Lignes de vie: le parallèle entre un vieil épicier Chinois qui, pour passer le temps calligraphie sur de vieux annuaires, cherchant le geste pur, et le tatoueur de la boutique d'en face, qui fait de son métier un véritable art. Superbes descriptions de leurs gestes, nouvelle très lente, très belle.

Raerae: l'histoire de Herenui, "gaucher, métis et raerae"(p.49) (raerae = travesti, homosexuel). A-C Blanc explique que dans la société tahitienne ancienne, le raerae était fêté, célébré alors que de nos jours, il est dénigré, brimé sous l'influence des préjugés occidentaux.

Ces trois premières nouvelles, au moins Poerava et Raerae sont tristes, noires. C'est un constat douloureux de la vie des personnages. On sent qu'A-C Blanc a mis une sorte de distance pour mieux rapporter leurs déboires et leurs malheurs. Mais, dans le même temps, elle comme nous avons énormément d'empathie, de sympathie et d'affection pour eux. Elle les rend attachants, malgré ou grâce à leurs blessures.

Sa place au soleil: Colette est la "brave papetière, un peu timbrée, l'aventurière en pantoufles" (p.92) d'un bourg métropolitain. Depuis un voyage en Grèce, elle ne rêve que de repartir en voyage au soleil. Un jour, elle gagne un séjour pour deux à Tahiti. Dans cette nouvelle, A-C Blanc nous fait toucher du doigt la différence entre la côte ouest, les hôtels de luxe touristiques et la côte est, celle ou vivent les Tahitiens et leur vraie vie hors et loin du tourisme. Les deux premières pages de cette nouvelle décrivent les maisons du petit bourg, où "Vitres et voilages exaltent ce double jeu de l'énigme et de la transparence, proclament tout à la fois que les propriétaires n'ont rien à cacher, puisqu'ils s'exhibent, mais que ce rien même est si enviable et précieux qu'il convient de l'envelopper du plus discret des flous artistiques." (p.89) Ces deux pages sont extraordinaires de poésie, de réalisme et de mystère voilé et il m'est fort dommage de ne pas pouvoir vous les citer entières.

Le sauvetage de tonton Philibert: tonton Philibert est un buveur, qui n'hésite pas, même en état d'ébriété avancée à prendre le volant de son antédiluvienne 404. En quelques mots, l'auteure décrit Philibert et Venucia sa femme : "Tatie Venucia était une grande femme tout en rondeurs, avec un visage sans grâce qu'ensoleillait parfois encore un fragment de sourire, rescapé d'une jeunesse aussi éloignée qu'une vie antérieure." (p.144) " Il [Tonton Philibert]  étayait, sur  de maigres pattes agiles, un petit ventre rond cultivé à la Hinano [la bière locale]" (p.145)

La fourgonnette : un accident bénin de la circulation oblige deux gendarmes à aller voir la notable du coin. Une belle pirouette en guise de fin de recueil.

Ces trois dernières nouvelles sont drôles, plus légères et permettent au lecteur de finir sur un grand sourire.

Dans tout le livre d'Anne-Catherine Blanc, l'écriture est très travaillée, très belle. J'ai résisté -difficilement- à citer beaucoup de passages qui sont absolument magnifiques de justesse et de poésie, mais mon article aurait été trop long. Les descriptions de lieux, de personnages, de situations sont très réalistes. Les histoires sont fortes, elles oscillent entre tradition et modernité dans une sorte d'intemporalité.

J'avais beaucoup aimé L'astronome aveugle et Moana Blues de Anne-Catherine Blanc, tous deux très différents l'un de l'autre. Encore une fois, l'auteure change de registre, sans perdre pour autant toute la qualité de son travail et de son écriture.

Vous le savez, parfois, je m'emporte et je m'enthousiasme. Là, c'est à tête reposée que je vous dis que pour moi, très franchement et très sincèrement Anne-Catherine Blanc fait partie des plus belles plumes que j'ai lues ces dernières années. Si vous ne la connaissez pas encore, ces Passagers de l'archipel, sont un moyen de le vérifier aisément.

D'autres avis : Sarawasti, Lili Galipette, Pascale.

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