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Recherche pour “le péril vieux”

L'été des serpents

Publié le par Yv

L'été des serpents, Henri Cueco, Ed. Hugo et Cie, 2012

Henri Cueco raconte ses années de guerre. Il grandit, passe de l'enfance (9 ans) à l'adolescence (15 ans) dans une période difficile et néanmoins pleine de découvertes. Celles bien sûr qui concernent les nazis occupants mais aussi et surtout celles se rapportant au changement de son corps et par dessus tout à celui des filles.

Pour moi, le postulat de départ était une chronique des années de guerre comme je viens de l'écrire plus haut. Or, là, je me trouve essentiellement dans une chronique d'un vieil homme se souvenant avec une grande nostalgie de la découverte de son corps et de celui des filles changeants à l'adolescence. Rien de particulièrement choquant, certes, mais un peu répétitif et une espèce de libidinerie permanente, compréhensible à cet âge-là mais un tantinet agaçante pour le lecteur quarantenaire que je suis. Peut-être suis-je traumatisé par ma propre adolescence, Freud pourrait sans doute nous en dire plus, mais j'ai perdu son numéro pour la consultation ? Peut-être suis-je devenu cul-pincé avec l'âge (je ne  vous cache pas que cette option n'a pas ma faveur) ? Ou peut-être ne suis-je pas adepte de ceux qui ne parlent que de "ça" (ouh la Yv, ce diminutif entre guillemets est bien la preuve de ton cul-pincé !), tout simplement ? C'est effectivement le propos principal du bouquin, mais le souci c'est que moi je n'ai pas accepté ce partenariat éditeur/Les Agents Littéraires pour lire un tel livre.

C'est d'ailleurs dommage, parce que lorsque que Henri Cueco sort des pelotages, des baisers et des histoires de vestiaires ou de toilettes de cour d'école, il écrit des choses formidables :

"J'ai quinze ans à la fin de la guerre. L'aventure de la mort héroïque est terminée. Il va falloir apprendre à mourir de maladie et de vieillesse. C'est jeune pour mourir vieux."(p.11)

Même lorsqu'il parle des filles il écrit bien (je lui reproche surtout son radotage) : "En ce temps-là, les jambes, les cuisses, les bottes, les lacets d'espadrilles, les reins, les hanches, la pâleur, tout était dans l'ombre. Les filles demeuraient à l'ombre des couloirs, dans le noir. [...] Nous, on avait des sortes de courts-jus dans les veines, du sang courant, des poussées vers on ne savait quoi, des surtensions à péter les lampes, les envies de sauter jusqu'au ciel, d'annuler le poids du corps." (p.87)

Et puis, et puis, il y a la formidable idée qu'a eue l'auteur d'écrire en en-tête de ses chapitres, des textes, plus ou moins longs sur sa vie actuelle, sur ses amis, ses petits-enfants, ses voisins, la vie de son village et parfois des souvenirs de cette guerre. Alors là, je dis bravo. Je dis même mieux, je dis qu'il eût mieux valu mettre ces textes en valeur pour l'accroche du bouquin, parce qu'ils sont excellents, comme de toutes petites nouvelles à suivre ou pas. Une écriture simple, directe, poétique parfois. En fait, pour moi, ils sauvent le bouquin d'un ennui menaçant. Pour être moins négatif (que voulez-vous, je suis un éternel optimiste, on ne se refait pas), je dirais même que ce sont ces passages et l'écriture générale de Henri Cueco qui sauvent ce roman. Ses phrases sont triturées, très ponctuées, elles alternent du vocabulaire simple, parfois un peu plus élaboré, voire inventé, des néologismes quoi (voyez-là mon admirable mansuétude -le mot de la langue française préféré de Claude Hagège ; eh, c'est pas la classe de citer un linguiste dans un billet qui ne se rapporte pas à lui ?- qui utilise un mots savant en en donnant la définition tout de suite accolée) avec des mots grossiers, des "gros mots" comme on disait, petits.

Il m'est d'ailleurs difficile de citer des extraits, d'en sortir un seul alors que tous sont très bons,  ou un seul un peu long, mais vous me pardonnerez certainement :

"Ils ont souillé, humilié des enfants... Pourquoi ai-je si mal ? Petit enfant juif je suis ? Abandonné. Plus jamais torché, souillé, petit humilié, moi aussi, humilié petit. Tu ne comprends pas, petit ? Ta merde et ta faim t'ont fait bête. Ma cigarette tremble un peu. Milicien je suis. Juste le temps de souffrir, petit, ta casquette est trop grande, tes yeux s'agrandissent encore. La morve te coule sous le nez, tu dégoûtes, la pitié s'enfuit à ton odeur. Tes yeux grandiront encore à la découverte de ce qui t'attend. La faim, la douleur, l'abandon, la peur, la solitude, la mort d'étouffement dans les bras de la première mère qui se trouvera près de toi. Je suis si enfant. Tiens-moi, madame. Un parfum de tétée flotte alentour de tes seins nus, je te serre comme une amante-mère. Maman, j'étouffe." (p.153)

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Le secret du docteur Mériaux

Publié le par Yv

Le secret du docteur Mériaux, Y. Bocaj, Presses de la cité, 2012

Le docteur Mériaux est médecin. Docteur dans une petite ville au tout début des années 1970. Veuf, il consacre tout son temps à ses patients. Impuissant depuis le décès de sa femme, il vit entouré de femmes, sa grand-mère Rose, sénile, son aide-malade, son assistante à son cabinet, sa maîtresse Thérèse et bientôt Catherine, une jeune femme qu'il découvre une nuit, légère accidentée de la route. Pour contrer le bourgmestre actuel qui selon lui est un gestionnaire financier au mépris de la personne, il décide de se présenter aux élections sur la liste d'opposition.

On ne peut s'empêcher de penser à La maladie de Sachs lorsqu'on lit ce roman. Beaucoup de points communs, même si je ne compare pas, d'abord parce que le livre de Martin Winckler est une lointaine lecture et ensuite pour qui a lu cet excellent livre dudit M. Winckler, tout roman se rapportant à un docteur le lui rappellera forcément. 

Orps-la-Grande est une petite ville paisible entre urbanité et ruralité. Le docteur Mériaux fait énormément de visites à domicile, reçoit à son cabinet ; il ne lui reste que peu de temps pour lui. Heureusement, Thérèse est là, qui veille au bon équilibre de son amant impuissant. Alors, comment font-ils me direz-vous ? Eh bien, Y. Bocaj écrit quelques pages délicieusement et gentiment coquines (rien à voir avec ma lecture déplaisant d'un roman porno : tout se passe entre adultes consentants, et si certaines pratiques peuvent poser question -même au docteur-, elles ne sont jamais écœurantes. Au contraire !) D'ailleurs tout le livre est délicieux. On a le sourire quasiment  tout au long de la lecture et parfois des éclats de rire comme par exemple lorsque Marc Mériaux reçoit ce couple "d'arriérés mentaux", déjà parents de cinq enfants eux-mêmes "anormaux"  (vocabulaire des années 70 où le politiquement correct ne nous avait pas encore envahi, où l'on pouvait encore dire aveugle et pas mal-voyant, sourd et pas mal-entendant ou comme disait Pierre Desproges, où l'on pouvait dire con et pas mal-comprenant) :

"- Je suis enceinte, monsieur le docteur. [...]

- Enceinte ? Je vous avais pourtant prescrit la pilule ! [...]

Le mari intervient, en chef de famille [...]

- On a fait comme vous avez dit, monsieur le docteur, on les a achetées chez le pharmacien, vos pilules, mais comme je sais que ma femme est trop bête, je les ai prises à sa place. Une par jour, comme vous avez dit." (p.39)

Parfois cependant, le message est plus dur, plus lourd puisqu'un médecin est tout de même souvent confronté à la mort, notamment celle d'enfants. Le cas de Pierre, atteint d'une tumeur au cerveau ne prête pas à sourire et c'est là probablement que l'humanité de Marc Mériaux atteint son apogée. Parce qu'il aime les gens le docteur, qu'ils soient jeunes ou vieux, beaux ou laids, grands ou petits, il aime ses concitoyens. C'est donc pour cela qu'il se lance aussi en politique. On est dans les années 70 et la suspicion, le dégoût des politiciens n'est pas encore au niveau des années 2000 (ça, c'est comme pour le politiquement correct, on pouvait encore croire à la Politique et aux hommes et (peu de) femmes politiques intègres et honnêtes. Bon, en cherchant bien, il doit y en avoir encore quelques un(e)s, ce serait bien pour cette année). Un homme pétri de bonnes intentions, localement pouvait encore tenter de faire passer ses vues, ses idées et ses projets. Y. Bocaj s'amuse donc à raconter la vie de cette petite ville à la veille d'un scrutin important, avec ses petites ou grandes querelles, ses prises de bec, ses polémiques. 

Un roman très réel, très prosaïque, mais qui n'oublie pas de dresser un portrait en détails d'un homme simple et bon, dans tous ses aspects. Le personnage de Marc Mériaux est bien travaillé, en profondeur : sur cette année de vie, on n'échappe à aucune de ses réflexions, de ses peurs, à aucun de ses doutes. Parce que sous ses dehors humanistes, l'homme doute, aime et tentera, par amour de surmonter son handicap, comment dire, pas tous les jours facile à assumer. 

Plutôt bien écrit, très agréable à lire, c'est un livre qui ne vous tombera pas des mains surtout sur la fin ou l'on a hâte de connaître les divers dénouements des histoires en cours ; l'auteur fait preuve d'une plume joyeuse, tendre, humaniste pour reprendre un mot déjà plusieurs fois utilisé, libertine juste ce qu'il faut et d'un humour particulièrement plaisant (dans le genre, l'auto-citation p.31 n'est pas mal du tout)

Merci Laura.

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Givre noir

Publié le par Yv

Givre noir, Pierre Pelot, Ed. La Branche, 2012

Une fusillade a lieu dans un bar d’Épinal : Gerbois, un journaliste local s'y rend pour recueillir les témoignages des victimes et témoins. La victime principale est une jeune femme surnommée Miss Image, et prénommée Veline, sorte d'icône de l'école d'Image de la ville.

Dans la région, dans une vieille maison vivent Mado et Stany, vieux couple aux relations minces. Nell, la nièce de Mado vit avec eux ; un soir elle surprend Mado dans les bras de Dustin, un ancien ami de son défunt fils, qu'elle a ramené à la maison. 

Deux résumés pour ce livre qui déroule deux histoires en même temps. On se dit qu'elles vont forcément se rejoindre à un moment, mais quand ? Et par quel subterfuge Pierre Pelot va-t-il lier ces deux parties qui a priori n'ont rien en commun, si ce n'est le lieu de l'action, Épinal ?

Un début de roman assez décevant qui traîne, tourne en rond et reste en surface des personnages et situations. L'auteur raconte ses histoires sans passion et avec un détachement qui déroute et ennuie quelque peu. Heureusement pour lui, il déploie des talents d'écrivains par son écriture. Il joue des registres du langage. Par exemple, Stany s'exprime de manière assez châtiée, soigne son vocabulaire et ses tournures de phrases alors que Mado est plus familière et Nell plus moderne. Le roman fourmille de trouvailles littéraires drôles comme par exemple cette métaphore culinaire : "Il advint que Mitidjène carrément se retrouva à deux doigts de mettre son poing dans la gueule d'un cornichon tombé de son bocal et désireux, brandissant le tube de rouge à lèvres de sa copine, que Veline lui signe un autographe sur le ventre. La copine du cornichon, encore plus vinaigrée que lui, devint excessivement aigre quand la garde rapprochée entreprit de virer son guignol. Tout avait fini dans les cris, victoire à Mitidjène, qui pour gueuler ne craignait personne, et les deux condiments s'étaient fait virer." (p.136/137)

P. Pelot s'amuse à détourner les expressions, à en changer un mot sans en changer totalement le sens. Par exemple pour dire de Dustin, qu'il ne réagit pas au propos de Stany, il écrit : "Dustin resta de placoplâtre." (p.74), et montre ainsi par ce simple détournement d'adage, que Dustin n'a pas inventé l'eau tiède ; disons qu'il n'a pas la noblesse du marbre ! Il n'est pas le seul d'ailleurs, l'ex-petit ami de Nell, garagiste de son état en prend aussi pour son matricule :

"- C'est pas parce qu'on lit L'Auto-Journal qu'on est plus con qu'un autre, ceci dit, estima Dustin [...] 

- Certainement, dit Stany. [...] Étant tout de même entendu que, dans le cas de ce garçon, Mado n'a pas tort. vous lui dites Toulouse-Lautrec, il vous répond Paris-Dakar." (p.77)

Ce roman noir plan-plan s'anime enfin sur les 40/50 dernières pages et affirme une volonté de faire oublier la relative mollesse du départ. Pari gagné ! On relie tous les personnages entre eux, toutes les situations, les volontés des uns et des autres. Tout ce qui était un peu emmêlé, confus devient limpide et pas si évident que cela : j'avoue que je n'avais pas prévu la moitié des révélations finales. 

En résumé, même lorsqu'un roman de la collection Vendredi 13 paraît un peu plus pépère et mollasson que les autres, il cache en son sein des joyaux d'écriture (ce fut le cas avec celui-ci et avec Close-up de M. Quint, loin d'être décevant sur le rythme cependant) et des fausses pistes capables de berner le lecteur innocent que je suis. 

Merci Pauline de chez Gilles Paris.

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Mon père, c'était toi ?

Publié le par Yv

Mon père, c'était toi ?, Vincent Pichon-Varin, Le Cherche midi, 2012

Gilles, vendeur de chaussures le jour et transformiste dans un cabaret de Montmartre le soir reçoit un jour une lettre d'un notaire normand assez mystérieuse. En fait, Gilles hérite d'une propriété en Normandie, somptueuse maison avec terres, de son père jusqu'ici inconnu de lui. Il est né d'une brève liaison entre sa mère et son complice d'alors au cabaret (et oui, le cabaret est dans leurs gènes), Fred Ginger. Accompagné de son épouse, des colocataires de sa mère, tous les six entre 65 et 89 ans, il décide d'aller voir cette maison et d'en apprendre plus sur son père.

Un livre-comédie dans l'air du temps : les personnages secondaires mais très fortement présents sont une bande de personnes âgées, toutes colocataires à Paris, dotées d'une énergie et d'une volonté de bouger et faire bouger les autres assez peu communes. Ils dynamisent le récit nettement. C'est un livre léger, amusant, souriant, primesautier. La première partie est vraiment agréable et très légère, puis l'histoire se tend un peu -juste un peu, le sourire et la sensation de bien-être perdurent- lorsque Gilles émet des doutes quant à la paternité de l'homme dont il hérite. Un petit suspense se fait alors jour, qui aura son explication en toutes dernières pages.

On est dans une période idyllique, "tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil" (Jean Yanne) : Paris est un rêve, la campagne un havre de bonheur, un rien kitsch, "comme au bon vieux temps". C'est coquet, joyeux, désuet. Vincent Pichon-Varin plonge la tête la première dans tous les clichés sur les Provinciaux (il met un accent au paysan normand "à y accrocher son pardessus" comme disait Coluche)

"- Vous allez me goûter çô, il faut goûter, c'est moi qui l'ai fait et ce pommeau il est impeccab'. Un an de fût de chêne, c'est pô pour de rien, c'est sûr çô y fait au goût. Allez, à la bonne vot' et bienvenue dans not' campagne. Elle est-y pas belle not' verdure . Gadez-moi çô ! Jolie, hein ?" (p.145)

Le cafetier n'est pas mal non plus dans son genre qui s'exprime à la troisième personne "Qu'est-ce qu'il boit ?" (p.33) (ce que personnellement, je jugeais être l'apanage des garçons de cafés parisiens, comme quoi, chacun ses stéréotypes). La confrontation entre les Parisiens, artistes et les habitants du petit village donne lieu à des quiproquos, des blagues un peu éculées, au mieux prévisibles, mais qui étonnamment passent plutôt bien.

L'auteur est parfois dans la caricature, comme ce portrait d'un journaliste local :

"Le rédacteur en chef de L'Eveil est un vrai Normand, jovial et bon vivant. Ses grosses moustaches en bataille peinent à masquer de bonnes joues rougeaudes, gonflées aux escalopes à la crème, au cidre et au camembert au lait cru. Il promène sur sa silhouette épaisse toute la définition du mot "bonhomie"." (p.211)

Si l'histoire s'était déroulée en Corse, il eut été "élevé au fromage de chèvre et à la cochonnaille, un visage en lame de couteau, dur avec des yeux qui, néanmoins inspirent la confiance et l'honnêteté", et en Bretagne : "Un vrai Breton, le teint rougeaud par l'abondance de sa consommation de cidre et en même temps buriné par les embruns, comme si les galettes de blé noir ingurgitées en nombre se reflétaient sur son visage à la fois expressif et fermé". Je vous passe le Berrichon, le Vendéen et le Ch'ti !

Voilà donc pour ce livre qui regorge de clichés, d'évidences et de facilités, mais qui dans le même temps vous fait passer un moment de lecture agréable, sans aucune arrière pensée : un livre qui ne prend pas le chou (normal, il ne se passe pas en Auvergne !) L'auteur sait faire passer les faiblesses de son bouquin au second plan : on les oublie (ou on les range dans un coin) au profit de l'histoire, et de la joyeuse aventure.

C'est bon comme une journée ensoleillée à la campagne entre amis, un pique-nique légèrement arrosé d'un rosé frais, une nappe à carreaux, des gens beaux qui jouent et rient et ne se prennent pas au sérieux. Bon comme un pub pour un fromage ou tout autre produit qui veut vanter ses mérites paysans, "de terroir".

Lu -et finalement approuvé- un après-midi d'un temps on ne peut plus pourri  : idéal pour rester quand même de bonne humeur !

Merci Pauline de chez Gilles Paris.

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Ça coince ! (6)

Publié le par Yv

Le boucher de Guelma, Francis Zamponi, Ed. du Seuil, 2007 (Folio, 2011)

"Arrêté lors d'une escale en Algérie, Maurice Fabre est inculpé de génocide et crimes contre l'humanité. Ancien sous-préfet de Guelma, petite ville de l'Est algérien, il est accusé d'avoir ordonné et perpétré les tristement célèbres "massacres de Guelma" en 1945 : lors des célébrations du 8 mai, des émeutes nationalistes éclatèrent et furent réprimées dans le sang, faisant de nombreuses victimes parmi les Européens comme parmi la population musulmane." (4ème de couverture)

Malgré un thème, un contexte et une histoire très forts, je ne réussis pas à entrer dans ce bouquin. Peut-être le choix de l'auteur de faire de Maurice Fabre le narrateur ? Peut-être les incessants allers-retours entre passé et présent ? Peut-être les divers rapports des divers intervenants cernant la personnalité de Maurice Fabre, les faits qui lui sont reprochés ? Peut-être l'écriture de Francis Zamponi qui ne parvient pas à m'accrocher,  même si il n'y a rien à lui reprocher (ou alors c'est cela une écriture trop lisse, pas désagréable non, juste trop fade pour le sujet qu'elle aborde) ?

Ou bien tout en même temps ?

 

 

La veuve blanche, Michèle Castelli, Presses de la cité, 2012

"En 1709, au cœur de la Balagne, en Corse, la vie insulaire suit son cours, immuable. dans ce monde rural, clos et communautaire, où l'honneur justifie tous les sacrifices, il faut faire son devoir et guetter le danger permanent : pirates barbaresques, mauvais sorts, rivalités entre bergers et paysans. Ainsi naissent, grandissent la rêveuse Fiordispina et l'insouciante Anghjulina, deux cousines confrontées à la violence sourde de leur univers, qui mêle rudesse et tendresse. Pourtant, transgressant les règles sociales, chacune, à sa manière, va fuir le destin tout tracé par leur famille pour connaître un bonheur tragique mais librement choisi." (4ème de couverture)

Voilà, tout est dit. Cette 4ème de couverture que je trouve assez maladroite résume très bien à la fois le livre et ce que je ne recherche pas en lisant. Ce n'est absolument pas mon genre de littérature je n'ai rien contre a priori, mais je n'arrive pas à m'intéresser à ces histoires d'amour contrariées dans les campagnes profondes françaises. J'ai essayé, mais j'ai abandonné. Je laisse à qui aime le soin de faire un commentaire plus à propos.

 

La cinquième carte, James McManus, MA Editions, 2012

"James McManus est dépêché à Las Vegas pour le magazine Harper. Il doit y couvrir les World Series of Poker et en particulier la place grandissante des femmes dans ce tournoi à 23 millions de dollars, ainsi que la mort de son organisateur prodigue, Ted Binion, assassiné par une stripteaseuse et son petit ami. Happé, dès son arrivée, par les démons du jeu, McManus va miser tout son à-valoir pour tenter de participer aux Championnats. Ce livre est le récit incroyablement haletant de ce grand tournoi : les joueurs, les parties acharnées, la trajectoire improbable de l'auteur, mais aussi la savoureuse ambiance de carnaval qui y règne." (4ème de couverture)

Ça ne commence pas très bien pour moi : beaucoup de noms de personnages déboulent en peu de pages, avec des consonances ressemblantes, ce qui fait que je me perds et que je dois revenir en arrière pour identifier tel ou tel intervenant. Pas bon ! Énervé le Yv ! Et puis, on arrive au Poker et c'est un jeu auquel je n'entends rien, et qui ne m'intéresse pas, que voulez-vous, je ne suis pas "dans la vibe". Le poker attire, le poker suscite les passions et moi, eh bien... je fuis ! Si j'ajoute que le récit me paraît bien longuet et un tantinet ennuyeux, je passe pour un vieux qui ne comprend rien et qui en plus use de mots désuets qui finissent en "et" (prononcer "è"). Tant pis j'assume, et même je revendique, histoire d'en rajouter une couche.

Livre pour amateurs de poker et de notes de bas de page qui pullulent.

Désolé Pauline (Gilles Paris), j'ai essayé, mais je n'avais pas les bonnes cartes (Ah, ah, elle est bonne celle-ci, non ?)

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Histoire d'os à Evreux

Publié le par Yv

Histoire d'os à Evreux, Roger Delaporte, Ravet-Anceau, 2012

Momo, collégien, pique des os à l'hôpital d'Evreux, les planque dans son sac et, trop en retard pour les livrer à son commanditaire, file directement au collège. Lors d'une altercation, son sac s'ouvre les os en sortent et subséquemment, le principal du collège, Landier qui revient juste de convalescence se retrouve pris dans une histoire bizarre qui lui fera côtoyer des néo-nazis, un inspecteur de l'Éducation nationale ambitieux, une ancienne élève de ses débuts de prof et son ancien chef de section pendant la guerre d'Algérie. Comme fin de convalescence, on a vu plus tranquille.

Nouveau petit polar des éditions du nord Ravet-Anceau (j'en ai un autre qui attend) :  j'aime bien le format de leurs livres qui tiennent bien dans une poche, pas trop gros (168 pages pour celui-ci), des bouquins pratiques si l'on ne parle que de l'objet et pas trop chers (9 €). Venons-en maintenant au contenu.

Pas très facile d'accès ce polar de Roger Delaporte. Tout d'abord, le style déroute, il faut quelques pages pour s'y faire et puis, ensuite, une fois le rythme pris, ça roule, pour le meilleur. Enfin, si l'on excepte la surdose de calembours et des références parfois absconses qui cependant s'éclairent -presque toutes- au fur et à mesure qu'on avance dans les pages. Je disais déroutant plus haut pour le style de l'auteur, parfois elliptique, parfois argotique, d'autres fois plus châtié :

"Il ne va pas bien vite, une appréhension le domine, le freine, des tas de questions se bousculent, dont les réponses ne dépendent pas de lui. Tempête sous le crâne d'un con, ça va exploser pépère. Chaque être humain a sa peur, Landier n'a pas peur de ses supérieurs, des élus qu'il rencontre parfois, ni même d'un danger physique quelconque. Quant à l'idée de la mort, il y a longtemps qu'elle lui est familière, il ne laissera personne, il s'en fout." (p.68)

En ce qui concerne l'intrigue, plus on avance, plus on patauge. La noirceur se fait de plus en plus sombre (relisez bien cette phrase !). Le burlesque cède à l'ubuesque ou au grotesque : on se croit parfois dans un roman surréaliste ou dans un monde parallèle. Ou alors comme dans un vieux James Bond dans lequel le méchant est totalement barré et rêve de prendre le pouvoir mondial grâce à des inventions bizarres, aberrantes et incroyables (je lisais très récemment dans un magazine que pour faire un bon texte, il ne fallait pas trop d'adjectifs. Zut, encore raté !). C'est drôle, un peu effrayant et surtout hors mode. On ne lit plus vraiment ce genre de délires dans les romans policiers du moment dans lesquels coule l'hémoglobine et les dépeçages suivent des meurtres horribles minutieusement décrits. Merci M. Delaporte de ne pas faire dans le produit de consommation courante !

En plus, au hasard d'un chapitre consacré à un chapitre de la guerre d'Algérie de Landier, on peut lire des phrases beaucoup plus graves racontant le calvaire des Algériens qui se sont battus pour la France :

"Impossible de retourner en Algérie ! Les Français; qui ne pensent qu'à parader avec leurs "racines" dont on ne comprend pas qu'ils puissent en être fiers puisqu'ils n'en sont pas responsables, nous considèrent comme des sous-hommes ! Le mépris alors que je suis plus français que la plupart des Français ! Je n'ai pas essayé de me faire pistonner pour éviter le service militaire ni fait semblant d'avoir mal dans le dos comme beaucoup d'entre eux à l'époque ! Quand je pense que j'ai risqué ma peau pour ces cons-là !" (p.56)

Ce n'est pas le sujet principal du livre, mais ce chapitre est fort et inévitable, et il reprend quasiment mot pour mot mon interrogation principale apparue lors du fameux -et lui très évitable- débat sur l'identité nationale : "Pourquoi être fier d'être Français puisque je n'y peux rien et que je n'ai rien fait pour l'être, au contraire de certains qui luttent pour le devenir ?".

Pour le reste, eh bien, je l'ai déjà dit, un petit -par la taille- polar atypique qui est déjà la quatrième aventure du principal Landier, un anti-héros en proie à des vrais questionnements, de vrais doutes sur son parcours, sa vie, la trace qu'il laissera, ...

Dans les allusions pas très évidentes, l'une est faite concernant Le géranuim ovipare, recueil de poésie de Georges Fourest (merci Goo...) qui m'était passé entre les mains il y a longtemps. Je l'ai racheté depuis cette lecture : un polar qui vous donne envie de lire de la poésie, pas courant n'est-il pas ?

Merci Agnès.

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Éloge du dégoût

Publié le par Yv

Éloge du dégoût, Bernard Morlino, Éd. du Rocher, 2012

"Les présentateurs-vedettes-de-la-télé ont remplacé Albert Camus et François Mauriac. Être intelligent ne sert plus à rien.

Il faut se forger soi-même son propre goût qui impose le dégoût des politiciens -des carriéristes sans dimension spirituelle-, des abonnés aux émissions télévisées, de tout ce qui nous éloigne de l'essentiel.

Rester neuf pour accepter la surprise." (extraits de la note de l'éditeur)

Bernard Morlino part de sa vie, de son enfance pour nous dire ce qu'est le dégoût, son dégoût. Yv, sois franc et direct et ne tergiverse point ! Bon, j'y vais : je n'ai pas aimé ce bouquin du tout ! Ouf, voilà, c'est dit. Je n'ai pas aimé le ton systématiquement polémique, toujours opposant l'avant et le maintenant au détriment de ce dernier, bien sûr ! Je n'ai pas aimé le "tous pourris " pour les politiques. Ce livre est finalement aussi nauséabond que ce qu'il dénonce, à savoir une culture au rabais, un manque de curiosité et d'audace des différents programmateurs et des spectateurs, visiteurs, auditeurs, téléspectateurs, amateurs, ... Un livre un peu facile sur le "c'était mieux avant". De fait, dans mon éloge du dégoût, je placerai ce livre : donc finalement, but atteint pour B. Morlino ?

C'est fort dommage d'ailleurs et ma critique sévère est sans doute à mesurer à l'aune de ma déception. Car je partage certains points de vue avec l'auteur : on ne prend plus le temps de déguster, de regarder, d'admirer. Être contemplatif aujourd'hui est une tare. Vivre à un autre rythme est suspect. De quoi ? Je ne sais pas, mais suspect aux yeux des autres -je le sais, moi qui ai adopté un rythme absolument pas aux normes actuelles, je me fais parfois envier, souvent moquer (ou vice-versa, puisque la moquerie vient de l'envie). J'acquiesce aussi à la dénonciation d'une certaine culture au rabais dont je parlais plus haut, au manque de curiosité et à la volonté de flatter nos plus bas instincts pour "être connu" ou pour "vendre du temps de cerveau disponible", pour reprendre une formule désormais célèbre. B. Morlino cite beaucoup d'exemples et notamment celui de la télévision et des émissions dans lesquelles les invités ne peuvent gère parler plus d'une minute ou deux : désespérant et navrant ! Tout à fait en phase avec lui également lorsqu'il parle de littérature et de création :

"Ne devraient créer que ceux qui ont vraiment quelque chose à dire. Comment peut-on publier autant après Apollinaire, Proust, Joyce ou Céline ? On ne demande plus : "Comment écrit-il ?" mais : "Combien a-t-il vendu ?"" (p.21)

Un autre point sur lequel je suis d'accord, c'est sur Gaston Chaissac : "Chaissac aimait passer pour un plouc provincial. Il adorait l'art brut. De vieux balais, il faisait des personnages coiffés en brosse." (p.91) Mais encore une fois, il ne peut aimer Chaissac qu'en comparaison -avec Dubuffet. Moi, j'aime Chaissac et un point c'est tout ! Point besoin de comparer ses tableaux, ses oeuvres à d'autres.

Un point de discorde supplémentaire : B. Morlino aime le football. Moi, pas ! Des pages vite lues sont consacrées à ce sport ; il écrit dessus aussi sur son blog, si l'envie vous prend, c'est ici.

J'ai l'impression que B. Morlino est resté sur ce qu'il a lu et vu et que jamais oh grand jamais il ne pourrait dire du bien de livres, films, émissions actuels. C'est de la nostalgie amère. De l'acrimonie.

Premier livre de cette collection que je n'aime pas. Ça devait arriver ! Ou alors peut-être tout cela est-il de l'humour ? Je dois en manquer !

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Le théorème de Kropst

Publié le par Yv

Le théorème de Kropst, Emmanuel Arnaud, Métailié, 2012

Laurent Kropst est étudiant en maths sup au lycée Louis Le Grand. Hors les murs de cet établissement, point de vie possible : le temps est passé en révisions, apprentissages et préparations de devoirs surveillés. Il faut être absolument dans les 18 premiers pour espérer ensuite intégrer maths spé. et Polytechnique. Le top étant d'être dans les dix premiers.

Un jour où il est d'excellente humeur, Laurent aborde à l'entrée du lycée deux jeunes filles avec qui il se liera d'amitié, Mélanie et Claudia. Celles-ci sont en hypokhâgne, c'est-à-dire en Lettres, ce qui n'est pas bien vu par les Matheux, mais ce qui permet à Laurent de s'ouvrir à une partie du monde qu'il ne connaît point.

Attention, plongée dans le monde des grandes écoles, de l'élite de la nation. Entre blagues potaches, bizutages et véritable compétition entre les élèves, la lutte est dure. Pas de sentiments, il faut être le meilleur !

Emmanuel Arnaud décrit un monde qui m'est totalement inconnu, et ce qu'il y a de bien dans son roman, c'est qu'il place son héros dans une classe de maths, là où la Littérature n'est pas la bienvenue. Ce genre d'études est cloisonné : les matheux avec les matheux et les khâgneux entre eux ! Il nous explique d'abord les méthodes de chacun des élèves pour arriver à grappiller quelques points dans les devoirs, entre les bûcherons, les analytiques, les intuitifs, ... Puis, les semblants de relations qu'ils instaurent entre eux : parfois de l'admiration, de la déférence, toujours liées au classement général de la classe. C'est un monde totalement clos qui peut faire peur à des non-initiés comme moi ; personnellement, je n'ai pas aimé plus que cela mes années lycée, mais elles étaient libres et je communiquais avec d'autres, sans arrière pensée.

Là, lorsque Laurent commence à fréquenter les littéraires, à lire Proust et à discuter philosophie, il se met à dos ses collègues matheux. Mais finalement peu lui importe, puisque Mélanie et Claudia lui ouvriront des horizons qu'il ne soupçonnait pas. Son esprit s'ouvre et cela lui servira même dans ses études.

C'est un roman assez étonnant, fort bien écrit, presque un huis clos dans les murs de Louis Le Grand, original dans le fond et la forme qui montre la jeunesse de notre future élite. Attention, parfois, ça peut faire peur, de mépris envers les plus petits, d'arrangements entre amis, de retournements de vestes : enfin, finalement rien de plus que ce que l'on voit tous les jours de la part de nos dirigeants adultes ! Oui, oui, Rastignac est bien réel et multiple. C'est un roman qui véhicule, par l'intermédiaire de ses héros, les principes décrits plus haut que je déteste et que je n'aimerais pas que mes enfants adoptent. Néanmoins, ce livre m'a retenu parce que justement, l'auteur en parle bien, ausculte et analyse les comportements des uns et des autres. Ses héros ne me sont pas sympathiques, ils sont même à l'opposé de moi, mais ils ont un côté pathétique : leur vie est toute tracée, déjà définie ; il m'est même venu l'image de certains d'entre eux, plus vieux et responsables politiques ou autres, personnes respectées au passé et au présent pourtant pas vraiment glorieux, coincés dans leur vie confortable de notables avec impossibilité d'en sortir sans une volonté hors du commun. Finalement, je les plains lorsque eux me méprisent.

Laurent Kropst fait le lien entre le livre et les maths dans ce roman qui "est une ode à l'intuition, qui réconcilie la science et la littérature" (4ème de couverture) et qui mérite d'être découvert. 135 pages pour tenter de comprendre comment sont formés nos futurs patrons, chefs d'entreprises, hommes politiques, ... Personnellement, l'ambition, les moyens pour arriver à des fins prometteuses, l'absence de scrupules, etc, etc me font froid dans le dos et me dégoûtent : tous les ingrédients sont là, réunis, pour se faire peur mais sans hémoglobine ou suspense. Ça peut même être mieux qu'un thriller. 

Keisha qui adore les maths a aussi un avis ainsi que Cunéipage.

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De gauche, jeune et méchant

Publié le par Yv

De gauche, jeune et méchant, Zakhar Prilepine, La Différence, 2015 (traduit par Marie-Hélène Corréard et Monique Slodzian).., 

Zakhar Prilepine est l'un des intellectuels protestataires russes les plus actifs. Membre du Parti National-Bolchévique, il écrit régulièrement des chroniques sur ses craintes, ses doutes, sur la société russe qu'il sent partir à vau-l'eau. Il parle aussi de sa vie, de sa femme et de leurs quatre enfants, de leur vie quotidienne pas facile dans ce pays. Découvert en France avec Je viens de Russie, il récidive avec ses chroniques dures, sans concession, mais aussi tendres et volontaires. Zakhar Prilepine, avant d'être écrivain fut soldat, combattit en Tchétchénie, puis fut membre des forces spéciales. Il est aussi connu et récompensé en Russie en tant que romancier, notamment pour son roman Patologii qui raconte sa guerre de Tchétchénie.

On peut sans doute reprocher beaucoup de choses à Zakhar Prilepine, j'y reviendrai plus tard, mais ce qui est sûr c'est qu'il est franc, direct, cru et parfois brutal, et ça c'est plutôt un compliment. Sa langue est sans fioriture et un chat est appelé un chat. Son opposition au pouvoir russe actuel est permanente, argumentée et virulente. Il n'est pas nostalgique de la période URSS -comment pourrait-on regretter les temps staliniens ?- mais il remarque que depuis la perestroïka de Gorbatchev débutée en 1985, et plus particulièrement depuis 1989 et l'effondrement de l'empire soviétique, les Russes vivent moins bien : "Nous nous en souvenons et comment ! Nous n'étions pas bien loin, nous y avons goûté, même que nous en avons gardé un arrière-goût dans la bouche. Ce sont pendant ces années où, pour la première fois après plusieurs décennies, on a vu des centaines de milliers de vieilles gens jetés à la rue faire la manche dans les passages, tandis que des centaines de milliers d'autres retraités défilaient dans les rues en maudissant les "démocrates", en tapant sur des casseroles." (p.163) Certains vivent mieux, les plus riches sont toujours plus riches mais les plus pauvres plus pauvres. Cette ouverture sur l'Occident a chamboulé la société russe, la mondialisation l'a frappée de plein fouet et a laissé beaucoup d'habitants sur le bord de la route. Zakhar Prilepine aimerait revenir à une société plus juste, plus humaine, basée sur les relations entre hommes et non pas sur le profit pour quelques uns, c'est son engagement à gauche, au Parti National-Bolchevique. Je partage largement son avis sur cette question, là où je ne le suis plus c'est sur son nationalisme qui me gène beaucoup : opposer sans cesse les Russes aux Européens, plus ceci ou moins cela, ne me sied point. Il semble oublier ou ne pas savoir qu'en Europe, des voix s'élèvent comme la sienne, mais avec la chance d'avoir des chefs d'état plus démocrates que V. Poutine (moins c'est compliqué). Je n'aime pas le nationalisme en général qu'il soit de France ou d'ailleurs. Je suis heureux d'être français, je suis persuadé que c'est une énorme chance, mais je n'en tire aucune fierté particulière et il ne me viendrait pas à l'esprit, pour attiser l'orgueil national de tirer sur d'autres nationalités. Il me semble que c'est un mauvais calcul, on doit pouvoir faire changer les choses sans se monter les uns contre les autres, sans se construire en opposition.

Autre point qui me dérange, c'est le vieux schéma qu'il a en tête entre les hommes et les femmes. Je ne l'accuse pas de machisme, bien au contraire, il a une profonde admiration pour les femmes et sait le vrai rôle qu'elles tiennent tant dans la famille que dans la société, mais il reste avec l'idée que l'homme doit être fort, viril et évidemment pas efféminé (mais aucune trace d'homophobie dans ses propos).

Il sait se faite tendre lorsqu'il parle de sa famille, Les trois âges de la vie d'un homme est une chronique poétique et très bien vue sur l'éducation des enfants, tout à fait en phase avec ce que j'en pense et ce que j'essaie de faire à la maison. Beaucoup d'autres points qu'il aborde méritent attention et réflexion à laquelle il participe en donnant son point de vue.

Bref, je ne suis pas toutes les idées de Zakhar Prilepine mais, j'en conseille très fortement la lecture, pour voir une autre facette de la Russie que l'on croit trop souvent soumise à son président, pour lire des textes forts bien troussés, bourrés de références russes -expliquées en bas des pages- qui tirent sur tout le monde et dressent le portrait d'une société russe qui va mal, et sans doute plus globalement d'une société mondiale qui ne se porte pas mieux.

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