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Recherche pour “le péril vieux”

Histoire d'os à Evreux

Publié le par Yv

Histoire d'os à Evreux, Roger Delaporte, Ravet-Anceau, 2012

Momo, collégien, pique des os à l'hôpital d'Evreux, les planque dans son sac et, trop en retard pour les livrer à son commanditaire, file directement au collège. Lors d'une altercation, son sac s'ouvre les os en sortent et subséquemment, le principal du collège, Landier qui revient juste de convalescence se retrouve pris dans une histoire bizarre qui lui fera côtoyer des néo-nazis, un inspecteur de l'Éducation nationale ambitieux, une ancienne élève de ses débuts de prof et son ancien chef de section pendant la guerre d'Algérie. Comme fin de convalescence, on a vu plus tranquille.

Nouveau petit polar des éditions du nord Ravet-Anceau (j'en ai un autre qui attend) :  j'aime bien le format de leurs livres qui tiennent bien dans une poche, pas trop gros (168 pages pour celui-ci), des bouquins pratiques si l'on ne parle que de l'objet et pas trop chers (9 €). Venons-en maintenant au contenu.

Pas très facile d'accès ce polar de Roger Delaporte. Tout d'abord, le style déroute, il faut quelques pages pour s'y faire et puis, ensuite, une fois le rythme pris, ça roule, pour le meilleur. Enfin, si l'on excepte la surdose de calembours et des références parfois absconses qui cependant s'éclairent -presque toutes- au fur et à mesure qu'on avance dans les pages. Je disais déroutant plus haut pour le style de l'auteur, parfois elliptique, parfois argotique, d'autres fois plus châtié :

"Il ne va pas bien vite, une appréhension le domine, le freine, des tas de questions se bousculent, dont les réponses ne dépendent pas de lui. Tempête sous le crâne d'un con, ça va exploser pépère. Chaque être humain a sa peur, Landier n'a pas peur de ses supérieurs, des élus qu'il rencontre parfois, ni même d'un danger physique quelconque. Quant à l'idée de la mort, il y a longtemps qu'elle lui est familière, il ne laissera personne, il s'en fout." (p.68)

En ce qui concerne l'intrigue, plus on avance, plus on patauge. La noirceur se fait de plus en plus sombre (relisez bien cette phrase !). Le burlesque cède à l'ubuesque ou au grotesque : on se croit parfois dans un roman surréaliste ou dans un monde parallèle. Ou alors comme dans un vieux James Bond dans lequel le méchant est totalement barré et rêve de prendre le pouvoir mondial grâce à des inventions bizarres, aberrantes et incroyables (je lisais très récemment dans un magazine que pour faire un bon texte, il ne fallait pas trop d'adjectifs. Zut, encore raté !). C'est drôle, un peu effrayant et surtout hors mode. On ne lit plus vraiment ce genre de délires dans les romans policiers du moment dans lesquels coule l'hémoglobine et les dépeçages suivent des meurtres horribles minutieusement décrits. Merci M. Delaporte de ne pas faire dans le produit de consommation courante !

En plus, au hasard d'un chapitre consacré à un chapitre de la guerre d'Algérie de Landier, on peut lire des phrases beaucoup plus graves racontant le calvaire des Algériens qui se sont battus pour la France :

"Impossible de retourner en Algérie ! Les Français; qui ne pensent qu'à parader avec leurs "racines" dont on ne comprend pas qu'ils puissent en être fiers puisqu'ils n'en sont pas responsables, nous considèrent comme des sous-hommes ! Le mépris alors que je suis plus français que la plupart des Français ! Je n'ai pas essayé de me faire pistonner pour éviter le service militaire ni fait semblant d'avoir mal dans le dos comme beaucoup d'entre eux à l'époque ! Quand je pense que j'ai risqué ma peau pour ces cons-là !" (p.56)

Ce n'est pas le sujet principal du livre, mais ce chapitre est fort et inévitable, et il reprend quasiment mot pour mot mon interrogation principale apparue lors du fameux -et lui très évitable- débat sur l'identité nationale : "Pourquoi être fier d'être Français puisque je n'y peux rien et que je n'ai rien fait pour l'être, au contraire de certains qui luttent pour le devenir ?".

Pour le reste, eh bien, je l'ai déjà dit, un petit -par la taille- polar atypique qui est déjà la quatrième aventure du principal Landier, un anti-héros en proie à des vrais questionnements, de vrais doutes sur son parcours, sa vie, la trace qu'il laissera, ...

Dans les allusions pas très évidentes, l'une est faite concernant Le géranuim ovipare, recueil de poésie de Georges Fourest (merci Goo...) qui m'était passé entre les mains il y a longtemps. Je l'ai racheté depuis cette lecture : un polar qui vous donne envie de lire de la poésie, pas courant n'est-il pas ?

Merci Agnès.

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Éloge du dégoût

Publié le par Yv

Éloge du dégoût, Bernard Morlino, Éd. du Rocher, 2012

"Les présentateurs-vedettes-de-la-télé ont remplacé Albert Camus et François Mauriac. Être intelligent ne sert plus à rien.

Il faut se forger soi-même son propre goût qui impose le dégoût des politiciens -des carriéristes sans dimension spirituelle-, des abonnés aux émissions télévisées, de tout ce qui nous éloigne de l'essentiel.

Rester neuf pour accepter la surprise." (extraits de la note de l'éditeur)

Bernard Morlino part de sa vie, de son enfance pour nous dire ce qu'est le dégoût, son dégoût. Yv, sois franc et direct et ne tergiverse point ! Bon, j'y vais : je n'ai pas aimé ce bouquin du tout ! Ouf, voilà, c'est dit. Je n'ai pas aimé le ton systématiquement polémique, toujours opposant l'avant et le maintenant au détriment de ce dernier, bien sûr ! Je n'ai pas aimé le "tous pourris " pour les politiques. Ce livre est finalement aussi nauséabond que ce qu'il dénonce, à savoir une culture au rabais, un manque de curiosité et d'audace des différents programmateurs et des spectateurs, visiteurs, auditeurs, téléspectateurs, amateurs, ... Un livre un peu facile sur le "c'était mieux avant". De fait, dans mon éloge du dégoût, je placerai ce livre : donc finalement, but atteint pour B. Morlino ?

C'est fort dommage d'ailleurs et ma critique sévère est sans doute à mesurer à l'aune de ma déception. Car je partage certains points de vue avec l'auteur : on ne prend plus le temps de déguster, de regarder, d'admirer. Être contemplatif aujourd'hui est une tare. Vivre à un autre rythme est suspect. De quoi ? Je ne sais pas, mais suspect aux yeux des autres -je le sais, moi qui ai adopté un rythme absolument pas aux normes actuelles, je me fais parfois envier, souvent moquer (ou vice-versa, puisque la moquerie vient de l'envie). J'acquiesce aussi à la dénonciation d'une certaine culture au rabais dont je parlais plus haut, au manque de curiosité et à la volonté de flatter nos plus bas instincts pour "être connu" ou pour "vendre du temps de cerveau disponible", pour reprendre une formule désormais célèbre. B. Morlino cite beaucoup d'exemples et notamment celui de la télévision et des émissions dans lesquelles les invités ne peuvent gère parler plus d'une minute ou deux : désespérant et navrant ! Tout à fait en phase avec lui également lorsqu'il parle de littérature et de création :

"Ne devraient créer que ceux qui ont vraiment quelque chose à dire. Comment peut-on publier autant après Apollinaire, Proust, Joyce ou Céline ? On ne demande plus : "Comment écrit-il ?" mais : "Combien a-t-il vendu ?"" (p.21)

Un autre point sur lequel je suis d'accord, c'est sur Gaston Chaissac : "Chaissac aimait passer pour un plouc provincial. Il adorait l'art brut. De vieux balais, il faisait des personnages coiffés en brosse." (p.91) Mais encore une fois, il ne peut aimer Chaissac qu'en comparaison -avec Dubuffet. Moi, j'aime Chaissac et un point c'est tout ! Point besoin de comparer ses tableaux, ses oeuvres à d'autres.

Un point de discorde supplémentaire : B. Morlino aime le football. Moi, pas ! Des pages vite lues sont consacrées à ce sport ; il écrit dessus aussi sur son blog, si l'envie vous prend, c'est ici.

J'ai l'impression que B. Morlino est resté sur ce qu'il a lu et vu et que jamais oh grand jamais il ne pourrait dire du bien de livres, films, émissions actuels. C'est de la nostalgie amère. De l'acrimonie.

Premier livre de cette collection que je n'aime pas. Ça devait arriver ! Ou alors peut-être tout cela est-il de l'humour ? Je dois en manquer !

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Le théorème de Kropst

Publié le par Yv

Le théorème de Kropst, Emmanuel Arnaud, Métailié, 2012

Laurent Kropst est étudiant en maths sup au lycée Louis Le Grand. Hors les murs de cet établissement, point de vie possible : le temps est passé en révisions, apprentissages et préparations de devoirs surveillés. Il faut être absolument dans les 18 premiers pour espérer ensuite intégrer maths spé. et Polytechnique. Le top étant d'être dans les dix premiers.

Un jour où il est d'excellente humeur, Laurent aborde à l'entrée du lycée deux jeunes filles avec qui il se liera d'amitié, Mélanie et Claudia. Celles-ci sont en hypokhâgne, c'est-à-dire en Lettres, ce qui n'est pas bien vu par les Matheux, mais ce qui permet à Laurent de s'ouvrir à une partie du monde qu'il ne connaît point.

Attention, plongée dans le monde des grandes écoles, de l'élite de la nation. Entre blagues potaches, bizutages et véritable compétition entre les élèves, la lutte est dure. Pas de sentiments, il faut être le meilleur !

Emmanuel Arnaud décrit un monde qui m'est totalement inconnu, et ce qu'il y a de bien dans son roman, c'est qu'il place son héros dans une classe de maths, là où la Littérature n'est pas la bienvenue. Ce genre d'études est cloisonné : les matheux avec les matheux et les khâgneux entre eux ! Il nous explique d'abord les méthodes de chacun des élèves pour arriver à grappiller quelques points dans les devoirs, entre les bûcherons, les analytiques, les intuitifs, ... Puis, les semblants de relations qu'ils instaurent entre eux : parfois de l'admiration, de la déférence, toujours liées au classement général de la classe. C'est un monde totalement clos qui peut faire peur à des non-initiés comme moi ; personnellement, je n'ai pas aimé plus que cela mes années lycée, mais elles étaient libres et je communiquais avec d'autres, sans arrière pensée.

Là, lorsque Laurent commence à fréquenter les littéraires, à lire Proust et à discuter philosophie, il se met à dos ses collègues matheux. Mais finalement peu lui importe, puisque Mélanie et Claudia lui ouvriront des horizons qu'il ne soupçonnait pas. Son esprit s'ouvre et cela lui servira même dans ses études.

C'est un roman assez étonnant, fort bien écrit, presque un huis clos dans les murs de Louis Le Grand, original dans le fond et la forme qui montre la jeunesse de notre future élite. Attention, parfois, ça peut faire peur, de mépris envers les plus petits, d'arrangements entre amis, de retournements de vestes : enfin, finalement rien de plus que ce que l'on voit tous les jours de la part de nos dirigeants adultes ! Oui, oui, Rastignac est bien réel et multiple. C'est un roman qui véhicule, par l'intermédiaire de ses héros, les principes décrits plus haut que je déteste et que je n'aimerais pas que mes enfants adoptent. Néanmoins, ce livre m'a retenu parce que justement, l'auteur en parle bien, ausculte et analyse les comportements des uns et des autres. Ses héros ne me sont pas sympathiques, ils sont même à l'opposé de moi, mais ils ont un côté pathétique : leur vie est toute tracée, déjà définie ; il m'est même venu l'image de certains d'entre eux, plus vieux et responsables politiques ou autres, personnes respectées au passé et au présent pourtant pas vraiment glorieux, coincés dans leur vie confortable de notables avec impossibilité d'en sortir sans une volonté hors du commun. Finalement, je les plains lorsque eux me méprisent.

Laurent Kropst fait le lien entre le livre et les maths dans ce roman qui "est une ode à l'intuition, qui réconcilie la science et la littérature" (4ème de couverture) et qui mérite d'être découvert. 135 pages pour tenter de comprendre comment sont formés nos futurs patrons, chefs d'entreprises, hommes politiques, ... Personnellement, l'ambition, les moyens pour arriver à des fins prometteuses, l'absence de scrupules, etc, etc me font froid dans le dos et me dégoûtent : tous les ingrédients sont là, réunis, pour se faire peur mais sans hémoglobine ou suspense. Ça peut même être mieux qu'un thriller. 

Keisha qui adore les maths a aussi un avis ainsi que Cunéipage.

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De gauche, jeune et méchant

Publié le par Yv

De gauche, jeune et méchant, Zakhar Prilepine, La Différence, 2015 (traduit par Marie-Hélène Corréard et Monique Slodzian).., 

Zakhar Prilepine est l'un des intellectuels protestataires russes les plus actifs. Membre du Parti National-Bolchévique, il écrit régulièrement des chroniques sur ses craintes, ses doutes, sur la société russe qu'il sent partir à vau-l'eau. Il parle aussi de sa vie, de sa femme et de leurs quatre enfants, de leur vie quotidienne pas facile dans ce pays. Découvert en France avec Je viens de Russie, il récidive avec ses chroniques dures, sans concession, mais aussi tendres et volontaires. Zakhar Prilepine, avant d'être écrivain fut soldat, combattit en Tchétchénie, puis fut membre des forces spéciales. Il est aussi connu et récompensé en Russie en tant que romancier, notamment pour son roman Patologii qui raconte sa guerre de Tchétchénie.

On peut sans doute reprocher beaucoup de choses à Zakhar Prilepine, j'y reviendrai plus tard, mais ce qui est sûr c'est qu'il est franc, direct, cru et parfois brutal, et ça c'est plutôt un compliment. Sa langue est sans fioriture et un chat est appelé un chat. Son opposition au pouvoir russe actuel est permanente, argumentée et virulente. Il n'est pas nostalgique de la période URSS -comment pourrait-on regretter les temps staliniens ?- mais il remarque que depuis la perestroïka de Gorbatchev débutée en 1985, et plus particulièrement depuis 1989 et l'effondrement de l'empire soviétique, les Russes vivent moins bien : "Nous nous en souvenons et comment ! Nous n'étions pas bien loin, nous y avons goûté, même que nous en avons gardé un arrière-goût dans la bouche. Ce sont pendant ces années où, pour la première fois après plusieurs décennies, on a vu des centaines de milliers de vieilles gens jetés à la rue faire la manche dans les passages, tandis que des centaines de milliers d'autres retraités défilaient dans les rues en maudissant les "démocrates", en tapant sur des casseroles." (p.163) Certains vivent mieux, les plus riches sont toujours plus riches mais les plus pauvres plus pauvres. Cette ouverture sur l'Occident a chamboulé la société russe, la mondialisation l'a frappée de plein fouet et a laissé beaucoup d'habitants sur le bord de la route. Zakhar Prilepine aimerait revenir à une société plus juste, plus humaine, basée sur les relations entre hommes et non pas sur le profit pour quelques uns, c'est son engagement à gauche, au Parti National-Bolchevique. Je partage largement son avis sur cette question, là où je ne le suis plus c'est sur son nationalisme qui me gène beaucoup : opposer sans cesse les Russes aux Européens, plus ceci ou moins cela, ne me sied point. Il semble oublier ou ne pas savoir qu'en Europe, des voix s'élèvent comme la sienne, mais avec la chance d'avoir des chefs d'état plus démocrates que V. Poutine (moins c'est compliqué). Je n'aime pas le nationalisme en général qu'il soit de France ou d'ailleurs. Je suis heureux d'être français, je suis persuadé que c'est une énorme chance, mais je n'en tire aucune fierté particulière et il ne me viendrait pas à l'esprit, pour attiser l'orgueil national de tirer sur d'autres nationalités. Il me semble que c'est un mauvais calcul, on doit pouvoir faire changer les choses sans se monter les uns contre les autres, sans se construire en opposition.

Autre point qui me dérange, c'est le vieux schéma qu'il a en tête entre les hommes et les femmes. Je ne l'accuse pas de machisme, bien au contraire, il a une profonde admiration pour les femmes et sait le vrai rôle qu'elles tiennent tant dans la famille que dans la société, mais il reste avec l'idée que l'homme doit être fort, viril et évidemment pas efféminé (mais aucune trace d'homophobie dans ses propos).

Il sait se faite tendre lorsqu'il parle de sa famille, Les trois âges de la vie d'un homme est une chronique poétique et très bien vue sur l'éducation des enfants, tout à fait en phase avec ce que j'en pense et ce que j'essaie de faire à la maison. Beaucoup d'autres points qu'il aborde méritent attention et réflexion à laquelle il participe en donnant son point de vue.

Bref, je ne suis pas toutes les idées de Zakhar Prilepine mais, j'en conseille très fortement la lecture, pour voir une autre facette de la Russie que l'on croit trop souvent soumise à son président, pour lire des textes forts bien troussés, bourrés de références russes -expliquées en bas des pages- qui tirent sur tout le monde et dressent le portrait d'une société russe qui va mal, et sans doute plus globalement d'une société mondiale qui ne se porte pas mieux.

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Je n'ai jamais eu de petite robe noire

Publié le par Yv

Je n'ai jamais eu de petite robe noire, Roselyne Madelénat, Hugo & Cie, 2015...

Florence, la cinquantaine juste dépassée est journaliste dans la presse féminine. Toujours entre deux amants, sans vraiment d'histoire sérieuse, elle vit loin de sa famille. Elle a coupé les ponts avec ses parents à peine adulte à cause notamment de la violence et de la bipolarité de son père. Lorsque sa mère meurt, Florence renoue avec lui et tente de tisser un lien qu'elle n'a jamais eu avec cet homme devenu vieux. Elle le visite beaucoup à la maison de retraite et le questionne sur sa vie, elle veut faire la lumière sur ce qu'elle a appris par bribes et fort récemment, un secret de famille bien gardé que seul Georges, son père pourra lui confirmer ou lui infirmer.

Un roman qui débute bien, très bien même. Le premier chapitre est puissant et prometteur : "Accroupie et grelottante, je pisse dans la litière de mon chat. Là où il y a le plus de gravillons pour faire le moins de bruit possible, terrorisée à l'idée que mes parents pourraient se réveiller, entrer dans ma chambre et tomber sur ce spectacle navrant. "Elle est vraiment folle !", cette fois, ils en seraient convaincus." (p.7) La suite oscille entre des chapitres tout aussi forts que ce premier et d'autres moins bons, longs même et certains dont on se demande comment ils ont atterri dans ce bouquin, ce qui donne parfois à l'ensemble une construction artificielle et lui ôte une partie de sa profondeur. Plus quelques références de presse féminine que je n'ai pas, ce qui n'est que gênant parfois mais pas rédhibitoire. Voilà pour mes impressions. Pour résumer c'est un roman qui aurait pu être excellent, fort, puissant et qui est bon voire très bon dans certains passages mais qui ne passe pas la barre du livre pour lequel je m'enflamme et m'enthousiasme.

Florence est un beau personnage, cinquante-deux ans, pas de mari, pas d'enfants, tout cela à cause de son histoire personnelle. Très indépendante, elle se questionne sur sa solitude, multiplie les aventures, a une liaison depuis trois ans avec un homme marié, un écrivain, attire plutôt les hommes plus jeunes qu'elle. On sent qu'après trente ans de brouille familiale, elle aimerait renouer avec les siens : sa mère venant de mourir il lui reste son père et ses deux sœurs nettement plus âgées qu'elle. Il est temps pour elle d'éclaircir les zones sombres de sa famille pour vivre. Elle se heurte bien sûr aux silences et incompréhensions des autres.

Beaucoup de belles pages sur le passage de la cinquantaine, sur l'amour à cet âge, le désir, la séduction. Je trouve intéressant que ce soient des hommes jeunes (trentenaires) qui draguent Florence, dans les romans et les films, ce sont souvent les hommes aux tempes grises qui ont des femmes ou des amantes de trente ans... La relation père-fille telle que la traite Roselyne Madelénat me plaît moins, disons qu'elle ne me paraît pas crédible, je n'y crois pas une seconde, pas assez construite, trop soudaine... Cette soudaineté est peut-être envisageable, mais pour mon caractère un rien solitaire et peu enclin aux retrouvailles et rapprochements aussi rapides, elle est difficile à envisager. Certaines longueurs auraient pu être évitées à certains endroits pour permettre d'étayer un peu ces retrouvailles... Et ce secret de famille qui tarde à se révéler, on sent bien qu'il tourne autour des années de guerre, mais c'est confus et que de tours et détours pour y arriver.

Maladroit parfois, mais toujours sincère, c'est un roman qui gagne à être découvert, une écriture qui va au plus direct. Florence est touchante, agaçante, sympathique, chiante, obstinée et changeante, en plein désarroi, amoureuse, seule, ... tout cela à la fois. Pleine de contradictions, d'envie et de limites. Une femme qui à cinquante-deux ans veut profiter pleinement des nombreuses années qui lui reste. Tout ce qu'elle a vécu jusque là était étouffé par ses peurs, ses angoisses de petite fille. Enfin, elle peut s'ouvrir et se livrer, pour elle,la vie commence à cinquante-deux ans...

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Le guide et la danseuse

Publié le par Yv

Le guide et la danseuse, R. K. Narayan, Zulma, (version poche) 2015, (traduit par Anne-Cécile Padoux).....

Raju est libéré de prison après deux années d'enfermement. Il se repose au bord d'une rivière dans un vieux temple. Velan, un habitant du village voisin vient lui parler et prend Raju pour un saint, un swami, un sage qui avec ses sentences peut faire le bien autour de lui. Raju d'abord décontenancé, profite de ce nouveau statut qui lui permet de manger sans effort et des longs moments de solitude pour revisiter sa vie de son enfance en passant par la rencontre avec Rosie, belle jeune femme mariée et danseuse jusqu'à son emprisonnement.

Rasipuram Krishnaswami Narayanswami de son vrai nom est né en 1906 et mort en 2001 à Madras. Ce roman, intitulé The guide en anglais, la langue d'écriture de RK Narayan, est publié en 1958, puis en 1990 en français chez Belfond, repris en 2012 chez Zulma puis en poche cette année.

Quel beau roman les amis, quel beau roman ! RK Narayan sait se faire caustique, drôle, tendre, critique, joyeux, sérieux tout cela par l'intermédiaire de son personnage principal Raju. C'est un jeune homme qui n'aime pas l'école qui préfère aider son père dans sa boutique. Il a des rêves, agrandit le magasin, rencontre Rosie et fait d'elle une danseuse reconnue. Bourré d'amour et d'ambition, il ne fait pas attention aux pièges et pêche autant par cupidité que naïveté. Il est à la fois agaçant et attachant. Peut-on lui reprocher de vouloir accéder à des richesses jusque là rêvées ? Non bien sûr. Peut-on lui reprocher de les vouloir en profitant des autres ? Sans doute un peu... Il devient gourou sans le vouloir, parce que la situation le sert, il a ainsi gîte et couvert sans se donner de mal. C'est une méprise qui lui offre ce rôle, puis la supercherie devient difficile à dévoiler : tout révéler signifie tout perdre et retourner dans sa petite ville d'origine où il sera moqué et regardé comme celui qui sort de prison.

On peut voir dans ce roman -et l'on doit y voir- une critique des sectes et des gourous de tout poil, ceux qui bâtissent une religion ou qui sont adorés par des illuminés ou des gens en plein désarroi. C'est même assez fou de voir qu'il faut peu d'ingrédients pour que Raju soit vite pris pour un prophète alors que sa vie passée est tout l'inverse de cela, il est très loin de Gandhi ! Mais on peut voir aussi la vie d'un homme amoureux qui se laisse déborder par ses rêves de gloire, de vie facile. La jalousie est aussi l'un de ses défauts, il ne supporte pas que Rosie soit heureuse avec d'autres que lui. Rosie est celle qui le révèlera à lui-même, celle qui à son insu fera naître ou grandir ses mauvais côtés.

C'est vraiment un pur plaisir que de se plonger dans ce roman indien des années 50. C'est drôle, léger et sérieux, simple à lire, RK Narayan ne nous noie pas sous des déluges de détails typiquement indiens, même s'il est bien ancré dans la société du pays. Phrases simples, rythme assez soutenu pour ne pas perdre le lecteur, et la magie opère sur les à peine 270 pages. Je l'ai commencé un peu dubitatif mais confiant quand même, Zulma me décevant rarement, et dois-je vous préciser que je ne l'ai pas lâché, c'est typiquement le genre de bouquins qui vous font passer un après-midi pluvieux sur le canapé avec d'abord un café (ils en boivent beaucoup dans le roman), puis avec un thé, sans oublier les éventuels gâteaux et verres d'eau entre... (pensez aux pauses-toilettes, parce qu'avec tout ça, elles seront nombreuses et nécessaires, mais en format poche, le livre se trimbale partout, quand je vous disais qu'on ne peut plus le quitter...)

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Quartier rouge

Publié le par Yv

Quartier rouge, Simone Buchholz, Éd. Piranha, 2015 (traduit parJoël Falcoz).....

Hambourg, début des années 2000, une jeune femme est retrouvée morte, droguée, étranglée et scalpée, une perruque synthétique de couleur sur la tête. Chastity Riley, procureure germano-étasunienne est chargée de l'affaire. Avec l'aide de Faller, vieux flic fatigué mais toujours obstiné dans la recherche des coupables et toute son équipe de flics expérimentés, elle dirige son enquête au cœur du Quartier rouge de la ville, celui des prostituées, des dealers, des bars louches, des clubs de strip-tease. Lorsqu'une deuxième victime est trouvée, même modus operandi de la part du tueur, la tension augmente. Chastity et Faller doivent mettre les bouchées doubles.

Excellente surprise que ce polar allemand, pour pas mal de raisons : la visite de Hambourg et de ses quartiers atypiques, la vie nocturne dans ces quartiers, la procureure Chastity Riley et sa vie amoureuse compliquée, l'équipe de flics très minutieuse et professionnelle mais aussi le format de l'ouvrage, 200 pages qui ne laissent aucun répit et ne souffrent d'aucun temps mort, d'aucune longueur.

Chastity, c'est une procureure punk, jamais à son bureau, toujours sur le terrain, dans un bar -elle boit beaucoup avec son amie Carla-, au stade de foot à encourager le FC Sankt Pauli, le club du quartier du même nom, au commissariat avec son équipe de flics, chez elle à se poser la question de savoir s'il est bon de coucher et tomber amoureuse -ou vice-versa- de son voisin, Klatsche, cambrioleur repenti désormais serrurier hors pair et particulièrement bien infiltré dans les milieux interlopes de Hambourg mais de quinze ans plus jeune qu'elle qui flirte avec la quarantaine. Elle applique ses méthodes particulières entre la minutie du travail des flics et son instinct, son intuition, sa capacité à se mettre dans la tête des malfrats, à ressentir au plus profond d'elle-même des sensations terribles lorsqu'elle croise un être qui dégage de la violence, de la haine ou un très fort mal-être ; un peu comme un chamane elle ressent tout cela en elle, mais contrairement au-dit chamane, elle ne sait pas quoi en faire et ces expériences la laissent désemparée.

Elle arpente les rues de Hambourg, est tombée sous le charme de cette ville qui n'est pourtant pas dans le classement des villes les plus belles, et particulièrement du port : "Chaque fois que je le vois [le port de Hambourg] apparaître brusquement au milieu de l'obscurité, ça me coupe le souffle. La nuit, le port est un trésor, mon trésor. Un coffre gigantesque rempli de joyaux étincelants, que j'ai trouvé il y a dix ans quand je suis arrivée à Hambourg. Découvrir un tel trésor a été une grande surprise car, à l'époque, je ne suis venue ici que pour le boulot." (p.48) Mais le quartier Sankt Pauli n'est pas en reste, omniprésent dans le roman, le contexte géographique. Je ne connais pas la ville, mais après cette lecture, franchement, j'irais bien y faire un tour.

Une très belle réussite donc que ce polar bourré d'humour malgré l'horreur des situations ; je me permets d'ailleurs de rassurer les âmes sensibles, point d'hémoglobine ou de descriptions sanguinolentes dans le livre, tout est dit mais pas décrit, et très supportable. Simone Bucholz use d'une plume vive, percutante, accrocheuse qui ferre le lecteur et ne le lâche qu'à la toute fin de son histoire. Une mention particulière pour le pénultième chapitre (p.174/179) qui permet d'avoir une jolie surprise encore, juste avant la fin, plus dans la forme que dans le fond, certes, mais j'ai apprécié.

Très bonne pioche des éditions Piranha avec une couverture particulièrement réussie.

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Comment va la douleur ?

Publié le par Yv

Comment va la douleur ?, Pascal Garnier, Zulma,2006 (réédition 2015).....

Simon, tueur à gages vieillissant et malade se retrouve un peu par hasard à Vals-les-Bains. Il y rencontre Bernard, un jeune homme qui vient y voir Anaïs sa mère qui végète dans sa boutique qui, malgré diverses destinations n'a jamais marché. Elle est désormais le lieu de vie d'Anaïs qui survit grâce à la présence du rhum Négrita. Simon engage Bernard pour deux jours en tant que chauffeur, un ultime contrat à honorer au Cap d'Agde. Entre eux se nouent des liens improbables et commence le voyage dans le sud de la France, très différent de ce qu'imaginait Simon pour son dernier déplacement.

Quelle belle idée de rééditer les romans de Pascal Garnier, spécialiste du roman noir français, décédé en 2010. J'en ai lu pas mal, pas tous chroniqués ici, car lus avant la création du blog. Néanmoins, vous pouvez relire -avec indulgence, je démarrais- mes billets : Les haut du bas, Lune captive dans un œil mort, Le grand loin. A chaque fois que je lis un roman de Pascal Garnier ou que j'en relis un, comme Comment va la douleur ? que je relis ici, je me dis : "Ah, c'est celui-ci que je préfère". Donc pour cet article, c'est Comment va la douleur ? que je préfère jusqu'à ce que je relise un roman de l'auteur.

Pascal Garnier aime se faire rencontrer des personnages a priori totalement opposés. Qui aurait pu croire que Simon, vieux tueur à gages fatigué, malade, usé et blasé rencontrerait un jeune homme gai et positif et qu'ils s'entendraient ? Et la rencontre avec Fiona la jeune maman célibataire et son bébé Violette ? Et celle de Rose, la femme qui rêve de rencontrer l'homme de sa vie à l'âge de la retraite ? A partir de personnages banals (bon, je vous l'accorde, le tueur à gages ce n'est pas courant), l'écrivain bâtit une histoire noire réjouissante avec un grain de sable qui dévie les plans des uns et des autres. Anaïs, la mère de Bernard apporte la touche d'humour, de légèreté ; sa description ainsi que celles de ses multiples activités et de ses multiples déconfitures dans son pas-de-porte vaut le détour. Elle a également des réparties savoureuses :

"-J'aime bien être fatiguée, ça me repose...

- Et toi, qu'est-ce que tu vas faire ?

- Comme d'habitude, une bonne sieste avant d'aller me coucher." (p.31/32)

Le ton est caustique, l'écriture oscille entre belles phrases bien travaillées pour les descriptions et dialogues au vocabulaire courant voire familier, un régal. Pascal Garnier parle de la vie, de la mort, de l'amour, de la difficulté à trouver sa place dans la société. Son roman est avant tout humain comme les autres, basé sur les rencontres, les interactions entre des gens pas censés se parler. Certains y trouvent leur compte dès le départ, comme Bernard, pour d'autres c'est un peu plus long, mais chacun malgré tout pourra retirer du positif d'avoir pris du temps pour connaître celui ou celle qui lui est opposé. Comme quoi, j'ai l'air d'insister au fil de mes articles, mais tout est toujours dans la rencontre, dans la connaissance d'autrui aussi différent de nous soit-il et je dirais même plus, le plus différent de nous il est, le plus on s'enrichit.

Je ne sais pas si Zulma va republier l'ensemble des romans de Pascal Garnier, mais ce serait une excellente idée, relire Comment va la douleur ? m'a fait un bien fou. Je relirais bien les tout premiers que j'avais bien aimés, L'A26 entre autres m'avait laissé un très bon souvenir.

PS : il a été tiré de ce roman un téléfilm avec Bernard Le Coq en Simon. Je l'avais vu et trouvé pas mal du tout.

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Qu'importe la hauteur du saut

Publié le par Yv

Qu'importe la hauteur du saut (pourvu que le parachute s'ouvre), Martin Rouz, auto-édition, 2015...,

Yohann Brakash est informaticien, taiseux, solitaire. Il travaille pour un très grand groupe, KeOps dont le patron, Alain Jaret a des accointances politiques en très haut lieu. Jaret mène des affaires louches -pour user d'un euphémisme- en tirant toutes les ficelles de ses relations, n'hésitant donc pas à les impliquer. Marion Bellegarde, l'ex de Yohann est une journaliste pugnace et ambitieuse auréolée d'une réussite récente et d'une excellente réputation auprès de ses pairs et du public.

Lorsqu'une prise d'otages à l'ambassade de France de Tripoli tourne au carnage et que le GIGN est en ligne de mire, l'un de ces gendarmes d'élite, alerte Marion de cette bavure dont réellement la DGSE est coupable. Marion, Yohann et quelques autres n'auront de cesse de faire tomber les têtes des vrais coupables.

Mon résumé est un peu long, mais pour ma défense, ce roman est difficilement résumable à quelques lignes tant il est touffu en termes d'intrigue et de personnages. On peut d'ailleurs s'interroger parfois sur la vraisemblance des faits -bien que l'on ait eu vent de tellement d'affaires politico-financières sans doute beaucoup plus rocambolesques que ce que l'on imagine, et certains ont encore tellement de casseroles aux fesses que les faits semblent tout à fait possibles si ce n'est réels- enfin, c'est surtout la manière dont Yohann récolte toutes les informations qu'il détient qui pose question, même si tout s'éclaire à la fin. Voilà ma seule petite -car elle n'entame pas le vrai plaisir de lecture- réserve sur ce roman.

L'intrigue un rien alambiquée et le grand nombre de personnages ne m'ont pas dérangé parce que tout est amené tranquillement, petit à petit et on a le temps de situer un protagoniste avant de passer à un autre. On est autant dans le roman policier que d'espionnage, fort bien mené jusqu'au bout. Toutes les portes qu'ouvre Martin Rouz, et elles sont nombreuses, se referment une à une, personne n'est laissé en rade. Bien écrit, style direct rapide notamment grâce aux dialogues, les descriptions ne sont jamais très longues ; pas mal mis en page -bon quelques erreurs de découpage mais rien d'affolant- la qualité est au rendez-vous. Essentiellement centré sur l'intrigue et la recherche de la vérité, Martin Rouz ne s'attarde pas beaucoup sur ses personnages et l'on aimerait en savoir un peu plus sur eux, mais peut-être reviendront-ils pour d'autres aventures ? On a quelques bribes de la vie de couple de Yohann et Marion, mais pas grand chose sur leurs passés. Mais à sa décharge, je dois dire que l'intrigue est suffisamment complexe pour tenir les 320 pages sans qu'on soit distrait par autre chose. Néanmoins, pas de panique, si elle est compliquée, elle est très largement compréhensible par tout lecteur.

Je ne lis que peu de roman auto-édités -jamais en livre électronique, pas équipé, et un peu vieux jeu, mais j'assume- et pour que je cède aux nombreuses demandes, il faut un petit kekchose en plus. Martin Rouz l'avait dans son courriel, court, sobre et précis -un peu de Yohann Brakash en lui ?- et à la fois dans le titre -avec son sous-titre- de son livre et dans sa présentation : "Roman ( à tendance policière)", sans oublier la couverture, simple et sobre en apparence et qui est une photo de Philippe Leroyer décrite comme cela : "Le 4 novembre 2011, trois cents Indignés pacifistes dépliaient leurs tentes sur l'esplanade de La Défense pur dénoncer les abus du néolibéralisme financier. Ils furent violemment délogés par les CRS. Seuls ces deux cartons résistèrent à l'assaut." Comme quoi, cette photo qui peut sembler banale voire anodine colle parfaitement à ce roman, pas si banal ou anodin que cela sous ses attraits amusants.

Martin Rouz a un site (cliquez sur son nom) que je vous conseille d'aller visiter, histoire d'avoir encore plus de renseignements sur son ouvrage que je vous conseille itou...

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