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Le droit à la paresse

Publié le par Yv

Le droit à la paresse, Paul Lafargue, Éd. Mille et une nuits, 1994 (1ère édition en 1880)

Paul Lafargue est né à Cuba en 1842. Revenu en France à neuf ans, il suit des études à Bordeaux. Très vite il épouse les thèses socialistes, rencontre Engels et Marx dont il épousera la fille Laura. Il sera élu plusieurs fois, fera des séjours en prison pour ses prises de position radicales et se suicidera avec Laura en 1911. Entre temps, il aura écrit et publié Le droit à la paresse, un pamphlet à la fois véhément et ironique dans lequel il s'en prend au "droit au travail", à l'aliénation des ouvriers, à la surconsommation des bourgeois, aux capitalistes, à ce qu'on appelle aujourd'hui l'obsolescence programmée.

Quelle meilleure période pour lire ce pamphlet que les vacances ? Au moins à lire le titre, car le contenu est très revendicatif, bouillant voire violent.

"Une étrange folie possède les classes ouvrières des nations ou règne la civilisation capitaliste. Cette folie traîne à sa suite des misères individuelles et sociales qui, depuis des siècles, torturent la triste humanité. Cette folie est l'amour du travail, la passion moribonde du travail, poussée jusqu'à l'épuisement des forces vitales de l'individu et de sa progéniture." (p.11) Voici les premières phrases de ce texte qui me ravissent, moi qui n'ai jamais aimé le travail. J'ai toujours -et je continue- bossé avec une conscience professionnelle assez développée, mais que ce fut dur d'aller au bureau ou sur mon lieu de travail pendant des années. Une épreuve dont je me serais bien passé, contrairement à beaucoup de collègues, d'amis, de gens de mon entourage qui eux ne se seraient pas vus "inactifs" de peur de perdre une forme de vie sociale. Depuis que je bosse à la maison, je peux vous dire que ma vie a changé : j'ai à la fois l'impression de ne jamais travailler et celle de ne jamais quitter le travail. Paradoxal, déroutant, mais vachement bien. Bon, je ne suis pas encore rentier, mais je ne désespère pas, quand je serai grand...

Mais revenons à ce droit à paresser. Paul Lafargue s'élève contre l'abrutissement des ouvriers, il tient pour responsables de cet amour du travail qu'ils ont, les économistes, le clergé et les moralistes, les bourgeois consommateurs et les capitalistes. "Travaillez, travaillez, prolétaires, pour agrandir la fortune sociale et vos misères individuelles, travaillez, travaillez, pour que, devenant plus pauvres, vous ayez plus de raison de travailler et d'être misérables. Telle est la loi inexorable de la production capitaliste." (p.23)

La théorie de Lafargue est que s'il faut travailler pour ses besoins, point n'est utile de trop bosser, il faut travailler pour gagner de quoi vivre correctement. Ci-après, la phrase clef du bouquin :

"... convaincre le prolétariat que la parole qu'on lui a inoculée est perverse, que le travail effréné auquel il s'est livré dès le commencement du siècle est le plus terrible fléau qui ait jamais frappé l'humanité, que le travail ne deviendra un condiment de plaisir de la paresse, un exercice bienfaisant à l'organisme humain, une passion utile à l'organisme social que lorsqu'il sera sagement réglementé et limité à un maximum de trois heures par jour, est une tâche ardue au-dessus de mes forces ; seuls des physiologistes, des hygiénistes, des économistes communistes pourraient l'entreprendre. Dans les pages qui vont suivre, je me bornerai à démontrer qu'étant donné les moyens de production modernes et leur puissance reproductive illimitée, il faut mater la passion extravagante des ouvriers pour le travail et les obliger à consommer les marchandises qu'ils produisent." (p.28/29)

Pour Lafargue, le travail n'est pas une valeur, n'en déplaisent à ceux qui l'érigent en tant que tel (cf les discours politiques des uns et des autres), c'est un moyen, à condition qu'il soit dosé homéopathiquement, de se faire du bien et de faire du bien à la société. Lafargue dit que la mécanisation des industries doit servir à l'homme pour se dégager du temps et profiter de la vie et de la paresse, la véritable valeur à ses yeux. Que s'il faut consommer, il ne faut pas surconsommer. Que l'obsolescence programmée n'est pas un progrès, mais juste un moyen pour les industriels de se faire plus d'argent et pour les ouvriers de travailler toujours plus.

Un pamphlet d'une cinquantaine de pages qui donne un peu d'air aux discours ambiants, qui fait même passer les 35 heures pour une mesurette à peine sociale. Utopie ? Sans doute. Quoique. Certains de nos jours parlent de décroissance, de consommer moins, de travailler pour vivre et non pas vivre pour travailler. Qui les contredira ? Pas moi !

Bonnes vacances et bonnes paresse, flemme, cagnardise, fainéantise, nonchalance, inaction, ...

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Goldstein

Publié le par Yv

Goldstein, Volker Kutscher, Éd. Seuil, 2013 (traduit par Magali Girault)

Gereon Rath, commissaire à Berlin en cette année 1931 est chargé de la surveillance d'Abraham Goldstein, citoyen états-unien fraîchement débarqué en Allemagne et soupçonné d'être un tueur à gages, venu pour attiser la guerre des gangs. Gereon ne doit le lâcher sous aucun prétexte. 

Alex et Benny, deux jeunes gens cambriolent les grands magasins en s'y laissant enfermer, en raflant les produits de valeur qu'ils refourguent à un receleur. Cette nuit-là, ils sont dénoncés et tentent de s'enfuir. Alex (Alexandra de son vrai prénom) réussit à s'enfuit, Benny s'échappe par les toits mais est rattrapé par un schupo (flic en uniforme)  qui se débarrasse de lui en le faisant tomber du toit. Alex assiste, du bas à cet assassinat. 

Des meurtres antisémites surviennent dans le même temps dans la ville, que d'aucuns attribuent très vite à Abe Goldstein, malgré la surveillance étroite dont il fait l'objet.

J'avais aimé Gereon Rath dans Le poisson mouillé. Je l'avais aimé également dans La mort muette. L'ai-je aimé dans Goldstein ? Ah, quel suspense ! Arrête Yv, tu fais languir tes nombreux lecteurs. 

Gereon a quelque peu changé. Son histoire d'amour entamée dans le premier tome avec Charlotte Ritter, jeune femme engagée qui milite pour le droit des femmes à exercer le travail qu'elles veulent, continue, a des hauts et des bas, mais tient la route et est même son moyen de se ressourcer. Même si dans cet opus, Charly -le diminutif dont use Gereon- tente de s'occuper d'Alex, la jeune cambrioleuse rétive à la moindre aide. Charly est juge stagiaire et prend de plus en plus de place et dans la vie de Gereon et dans les romans de V. Kutscher. L'auteur ne se contente pas de raconter l'enquête de son flic "héros" mais parle de tous ses collègues, personnages secondaires, certes, mais très présents. On assiste à la vie quotidienne du commissariat, de la police de Berlin, tant les flics en civil que ceux en uniformes qui se coltinent la rue au quotidien. Et les rues de Berlin en 1931 ne sont pas joyeuses. Les communistes manifestent, revendiquent. Les nazis également, ils commencent à montrer leurs vrais visages : la haine de l'autre, du juif en particulier, de l'étranger, de la différence. Lorsque ces deux groupes se rencontrent, les heurts sont très violents. C'est dans cette ambiance malsaine et cette situation prête à l'explosion que V. Kutscher nous entraîne. Cette fois-ci, il s'intéresse à la communauté juive de Berlin qui sent ou ne sent pas d'ailleurs le mauvais tournant de la société allemande : Hitler n'est pas encore ressenti comme un homme fort.

Comme dans les tomes précédents (on peut lire les enquêtes séparément), l'auteur fait la part belle au contexte historique, économique, politique. C'est un roman très fouillé tant de ces points de vue que de la partie romancée, policière : beaucoup de personnages, beaucoup de plus ou moins grandes enquêtes qui bien sûr convergeront vers une résolution finale ; tout est maîtrisé, et moi qui me perds aisément lorsque les situations ou les personnages abondent, j'ai toujours eu pied. Bon, pour faire un tantinet la fine bouche, je dois avouer que j'ai trouvé quelques longueurs, notamment dans la première partie, celle qui concerne la filature d'Abe Goldstein et dans les descriptions des trajets des uns ou des autres. Quelle importance de savoir que tel ou tel se rend dans la Fransozichestrasse ou sur la Rudolf-Wild-Platz ? Des 620 pages, on pourrait en ôter quelques unes pour alléger et le poids du livre et le temps passé à le lire, même si l'on voudrait rester encore un peu avec Gereon et Charly. Mais c'est somme toute assez secondaire, puisqu'on peut sauter quelques rues et certains passages moins marquants. 

Je pourrais user encore beaucoup de votre temps à vous dire pourquoi j'aime cette série, pourquoi vous devez la lire, si possible en débutant par le premier, mais le mieux c'est, d'une part que vous (re)lisiez -les parenthèses sont juste là pour ceux d'entre vous qui ne sont pas assidus à mes articles, mais y en a-t-il ?) mes billets concernant les deux premiers volumes, d'autre part que sous sachiez qu'un quatrième tome se passant logiquement en 1932 est paru en Allemagne en 2012 (mes piètres performances collégiennes et lycéennes en cette matière ne permettent point d'accéder à la version originale, dommage !) et que je suis d'ores et déjà très intéressé et enfin que vous lisiez les premières lignes de ce roman policier qui j'espère vous passionnera comme moi :

"Une odeur de bois, de colle et de peinture fraîche parvenait à ses narines. Seule dans l'obscurité et le silence, elle n'entendait rien d'autre que sa propre respiration et le léger tic-tac de sa montre dans la poche de son manteau. L'homme avait dû partir, mais elle attendit encore un peu et s'étira pour faire circuler le sang dans ses membres. Un mince filet de lumière se glissait par l'entrebâillement de l'armoire. Elle sortit sa montre. Vingt et une heures passées de quelques minutes. Au sixième étage, le gardien de nuit devait terminer sa ronde." (p.13)

 

polars

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Cadeau

Publié le par Yv

Comme j'ai eu une bonne idée ce jour où j'ai participé à un jeu chez Liliba ! J'ai répondu aux questions, comme d'habitude, plus par plaisir que pour gagner le gros lot. Eh bien, que croyez-vous qu'il arriva ? Je gagnai ! Et comme le tiré au sort devait recevoir un Petit Larousse illustré 2014, je l'ai réceptionné hier, feuilleté tout de suite, évidemment, mais je n'en ferai pas un résumé, la tâche me paraît trop ardue. Néanmoins, je peux affirmer ici que l'objet est beau, sûrement complet, joliment illustré avec des planches détaillées. A garder tout près pour le consulter dès que le besoin s'en fait sentir plutôt que d'ouvrir le PC.

Merci à Liliba et à Paula de chez Larousse, il me souvient d'avoir visité la maison de Claude Augé, créateur du Petit Larousse illustré, à L'Isle Jourdain dans le Gers, lors de mes vacances estivales en 2010, visite commentée par des passionnés...

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