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Attends... & Le dernier mousquetaire

Publié le par Yv

Attends... & Le dernier mousquetaireAttends... & Le dernier mousquetaire

Attends..., Jason, Ed. Atrabile, 2000. Le dernier mousquetaire, Jason, Ed. Carabas, 2007

Deux bandes dessinées aujourd'hui. Deux scénarios et dessins de Jason, bédéiste norvégien, traduit par Jérôme Martineau pour Le dernier mousquetaire.

Attends... est la vie dessinée d'un type lambda, qui a un travail purement alimentaire, qu'il n'aime pas et dans lequel il s'ennuie et se fait engueuler. Séparé, il vit seul, ne voit pas son enfant. Bon, pas très gai, mais j'aime beaucoup le dessin simplissime et particulièrement économe de Jason. Pas beaucoup de texte, tout passe par les situations. On comprend tout aisément même lorsqu'il y a des retours en arrière, des ellipses. Rien de superflu. En noir et blanc. C'est parfait.

Le dernier mousquetaire est plus bavard et décalé. Athos, le personnage fétiche de Jason, que l'on peut retrouver dans l'excellent Athos en Amérique, se rend sur Mars pour combattre ses habitants qui veulent conquérir la Terre. Là, c'est plus léger même si l'expression des personnages à têtes d'animaux change peu de Attends... 

J'aime beaucoup Jason, c'est tellement dépouillé et simple que chacun y met ou y trouve ce qu'il veut. Si vous ne connaissez pas encore, je vous en conseille vivement la lecture (Athos en Amérique ainsi que Low Moon sont, à mon sens, meilleurs que ces deux albums, qui m'ont néanmoins régalé)

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Le fruit de mes entrailles

Publié le par Yv

Le fruit de mes entrailles, Cédric Cham, Jigal polar, 2018....,

Simon Vrinks est incarcéré pour attaque à mains armées, sans nouvelle de son  épouse depuis des années. Un jour, elle vient au parloir lui annoncer la mort de Manon, leur fille de vingt ans, vraisemblablement torturée, massacrée. Simon sait alors qu'il va  s'évader et lui rendre justice à sa manière.

Amia, vingt ans, est prostituée. Elle subit les pires outrages de Dimitri, son mac, survit difficilement aux traitements qu'il lui inflige et aux demandes parfois violentes des clients. Lorsqu'elle apprend qu'elle est enceinte, elle décide de tout quitter, mais Dimitri ne la laissera sûrement pas partir. 

Alice Krieg, capitaine de police est sur la trace de Simon Vrinks, obstinée, pugnace.

Ce roman noir pourrait se résumer à une longue course-poursuite de 275 pages. Vrinks poursuit les bourreaux de sa fille, Alice Krieg poursuit Vrinks. Amia est au milieu qui tente, elle, de recommencer sa vie. Et s'arrêter là serait réducteur, car Cédric Cham en plus de construire une histoire rapide, violente, forte, y place des personnages qui n'ont plus rien à perdre, qui iront jusqu'au bout tout en se posant pas mal de questions sur les actions passées, sur l’impact d'icelles sur leur vie et celles de ceux qui les entourent ou plus exactement qui les on entourés, car ils sont seuls. C'est un polar punk. No future ! Le rythme pourrait être largement accompagné des décibels de groupes punks, alors que, contre toute attente de ma part, la play-list de l'auteur, en fin d'ouvrage, est assez loin de ce genre musical, plutôt électro et folk. 

Il est difficile de décrocher de ce roman, construit en courts chapitres avec les différents protagonistes qui se croiseront et/ou se fréquenteront. Hors cette course effrénée, c'est aussi une histoire d'amour pas commune, mal embarquée, qui pourrait pourtant bien finir en happy end. C'est cela qui est bien aussi avec Cédric Cham, c'est que l'on ne sait jamais comment va finir son histoire -sauf à la fin-, on oscille toujours entre le pessimisme qui conseille de ne pas y croire tant tous les intervenants sont cabossés, et l'optimisme qui, lui, fait pencher la balance vers un dénouement heureux après tant de heurts et malheurs. 

J'ai beaucoup aimé ce récit haletant, ultra rythmé, qui n'oublie pas les personnages au profit de l'action comme c'est parfois le cas dans le genre polar rythmé. C'est noir, très noir, presque outrenoir -de Pierre Soulages-, ce noir sur lequel la lumière varie, cette petite lumière pas totalement absente du roman de Cédric Cham.

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Anonyme

Publié le par Yv

Anonyme, Luc Fivet, Le ver à soie, 2018....,

Lorsque ce soir-là, le héros, comptable au salaire peu élevé, rentre chez lui, il trouve devant la porte, un homme vêtu comme un clochard qui lui demande un euro pour passer le seuil. Fatigué, il accepte. Puis l'homme rentre chez lui suivi par le clochard qui lui demande de nouveau un euro à chaque fois qu'il veut changer de pièce dans la maison dont il a hérité de son père. Il finit par céder et s'installe alors une étrange transaction dans laquelle le propriétaire de la maison ne peut plus ni y entrer ni y évoluer comme il le souhaite, sauf à payer un inconnu dont il ne parvient pas à se défaire.

Étrange, c'est le mot. Ou aurais-je pu écrire : déconcertant, inattendu, insolite, abracadabrantesque, étonnant, saugrenu, extravagant, inhabituel, curieux. Sans doute, j'aurais pu ajouter : ubuesque, surréaliste. Parti d'une situation certes pas courante mais assez simple, le romancier construit un roman très original dans lequel la tension monte, le lecteur se demandant bien comment cet homme s'en sortira -ou pas. J'avais noté quelques passages à citer, mais je crains que les dévoiler ici n'en dise trop sur ce roman qu'il faut absolument découvrir. Luc Fivet parle de la société de consommation, de l'aliénation des foules par la consommation à outrance en leur faisant croire que posséder est l'ultime besoin du bonheur : acheter le dernier écran plat, la belle auto, le téléphone et l'ordinateur portables derniers cris... Ainsi les plus pauvres s'appauvrissent et les plus riches s'enrichissent. "On nous fait croire que le bonheur c'est d'avoir de l'avoir plein nos placards" disait Alain Souchon, tandis que quelques années auparavant Louis Chédid chantait Le cha cha de l'insécurité, car Luc Fivet centre aussi son roman sur la peur de l'autre, la peur de se faire cambrioler tous ces biens matériels achetés pour être heureux.

Dernièrement, j'ai encore envoyé paître un énième démarcheur pour une société de protection/surveillance des maisons qui ne comprenait pas que je ne veuille pas adhérer à son formidable contrat. "Rien de ce qui est dans ma maison n'a de valeur" lui dis-je. Il a fini par me dire : "Vous ne voulez pas parce que vous ne connaissez personne qui s'est fait cambrioler ? Mais lorsque vos voisins le seront, vous changerez d'avis." Si l'on n'a pas envie de consommer à outrance, de dire oui à tous les gogos qui se présentent, à sur-sécuriser sa maison, on est vu comme le dernier des crétins qui ne vit pas dans la réalité. Tant mieux, crétin je resterai ; de toutes façons, je reste persuadé que si je me fais cambrioler, les visiteurs n'emporteront pas ma bibliothèque. Alors, le principal est déjà sauvé.

Pour revenir à notre sujet du jour, l'excellent roman de Luc Fivet, je le conseille à tous ceux qui veulent sortir des lectures habituelles, à ceux qui veulent se poser des questions sur la société actuelle, sur la manière dont on y traite les gens. La chute peut survenir à n'importe quel moment, rapidement, et si personne n'est là dans l'entourage elle peut être rude. Joliment fait, joliment écrit, pas totalement noir, des lueurs d'espoir émaillent le texte. Vraiment une très belle découverte et un beau travail de l'auteur et de l'éditeur.

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Je reviens vers vous

Publié le par Yv

Je reviens vers vous, Olivier Tallec, Rue de Sèvres, 2018.....

Plus qu'une bande dessinée, c'est un livre de dessins que j'ai dans mes mains. De grands dessins qui prennent toute la page, avec une phrase -ou deux- dessous et parfois aucune. Les dessins, à la Sempé, pour citer un nom de référence ou peut-être un hommage (?),  mettent en scène des petits hommes dans un grand monde, des animaux.

Il n'y a pas forcément de message à chercher, juste se laisser aller à la poésie, à l'humour, à l'absurde parfois des situations. 

J'aime beaucoup les dessins aux couleurs tendres. Souvent la nature est présente, belle, aride, ou verte, et la phrase du dessous viens donner la pointe d'humour, de décalage. 

A laisser entre toutes les mains qui aimeront par exemple ce dessin :

Je reviens vers vous

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Une petite douceur meurtrière

Publié le par Yv

Une petite douceur meurtrière, Nadine Monfils, Pocket, 2018.....

Un soir, Porguy roule sur quelque chose. Il s'arrête et ramasse un bras de femme. Arrivé dans son taudis qu'il partage avec Marcel, un rat, il décide de garder la main, coupe donc une partie du bras qu'il donne à grignoter à Marcel.

Elisabeth, femme au foyer, peu épanouie, ne vit que pour sa fille Nina, 14 ans. Un jour, celle-ci ne rentre pas de l'école et ne donne pas de nouvelle. Les policiers pensent à un enlèvement. Dan, le mari d'Elisabeth, qui passe ses moments dans les bras de Sarah se résout à rester avec Elisabeth jusqu'à ce que Nina revienne.

Puis une multitude d'événements bizarres survient dans la ville. Un mystérieux motard tout de noir vêtu semble être le lien entre eux.

Cette petite douceur meurtrière commence comme un bonbon bien sucré, mais bientôt, le coeur que l'on croit sucré devient amer, épicé voire indigeste. Si le bonbon l'est, ce n'est pas le cas de ce roman policier.qui m'a réjouit de bout en bout. Ça débute dans un joyeux bordel délirant : sitôt qu'un événement bizarre est décrit, un autre ubuesque le suit de près. C'est très drôle, décalé, on est entre Frédéric Dard et Arto Paasilinna. Puis, la farce, je le disais plus haut vire au tragique et au glauque, alors qu'on ne s'y attend pas forcément. C'est surprenant et excellent. La succession des événements apparemment sans lien ne s'arrête jamais et le lecteur de s'interroger sur le lien entre eux, sur leur(s) auteur(s). J'avoue humblement m'être bien fait balader par Nadine Monfils, jusqu'au bout. Avec bonheur, car en plus de surprendre par son intrigue, par ses nombreux personnages tous aussi loufoques et/ou barrés les uns que les autres, elle sait tenir son lectorat avec une écriture débridée, vive et une construction en courts  chapitres qui donne du rythme et qui permet de ne pas se perdre entre tous les intervenants puisqu'ils reviennent régulièrement et rapidement.

Deux cents pages qui passent à une vitesse folle, pfff un après-midi pluvieux et le tour est joué, pour un peu on n'a même pas vu qu'il faisait gris.

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Le Corbusier n'a pas rencontré Freud

Publié le par Yv

Le Corbusier n'a pas rencontré Freud, précédé de quelques réflexions avec croquis, ébauches et autres fantaisies, Roland Castro, Editions du Canoë, 2018.....

En 1993, Roland Castro, architecte, est invité à la prestigieuse Université de Princeton pour donner une conférence sur Le Corbusier. Évoquant le grand artiste qu'il était, le conférencier prend alors un biais assez peu usité à savoir que la vision de Le Corbusier, tirée de sa théorie : "habiter, travailler, se divertir et circuler", a donné naissance à tous les grands ensembles des cités françaises devenus totalement invivables, car niant l'individu au profit du groupe et de l'uniformisation. Le succès ne fut pas forcément au rendez-vous, car critiquer l'oeuvre de Le Corbusier est assez rare.

Ce livre regroupe cette conférence précédée de remarques sur le thème et de l'explication de la mise en parallèle de l'architecture avec la psychanalyse. Là où Le Corbusier pense globalité, rationalisation et habitat pour tous, ce qui sera un progrès indéniable  pour beaucoup de personnes quittant des logements insalubres, Lacan et Freud pensent individus. Et Roland Castro de repenser l'architecture pour l'individu. 

Je résume naturellement, peut-être même assez caricaturalement, le mieux est de se faire sa propre opinion en lisant ce court essai impertinent. Personnellement, comme beaucoup, j'ai trouvé, en visitant la Cité Radieuse de Rezé (près de Nantes) que les appartements étaient clairs, grands et accueillants. Puis, au hasard de mes lectures, de reportages vus ou entendus, j'ai appris que Le Corbusier avait eu plusieurs projets, heureusement non menés à terme, comme par exemple le Plan Voisin, qui consistait à raser une partie de Paris pour y ériger des tours identiques, y dessiner des routes droites, parfaitement perpendiculaires. Et ma perception du génial architecte en a pris un coup. S'il a fait de belles réalisations, sa théorie que Roland Castro rapproche des théories totalitaires, m'a refroidi.

L'essai est très intéressant, j'aime beaucoup le parallèle entre l'architecture et la psychanalyse, qui oblige les professionnels à repenser leur manière de construire, d'envisager la ville et qui nous permet nous aussi, habitants, citadins de regarder la ville différemment. Roland Castro tente de redonner de la vie à l'architecture, aux villes, en prônant des bâtiments uniques, qui s'intègrent parfaitement dans leur milieu. Si je devais retenir une phrase de ce livre, ce serait sans nul doute, la suivante : "J'ai toujours rêvé que l'architecture devienne littéraire."

Nouvellement créées, les éditions du Canoë sortent ici un essai passionnant et iconoclaste. Tout pour plaire.

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La lumière est à moi

Publié le par Yv

La lumière est à moi et autres nouvelles, Gilles Paris, Gallimard, 2018....,

Dix-neuf nouvelles composent ce recueil publié dans la collection Haute enfance de Gallimard. Dix-neuf nouvelles qui ont en commun l'enfance, soit parce que les narrateurs sont des enfants soit parce que devenus adultes, ils racontent un fait, un événement ou toute une partie de leur passé qui les a bouleversés et a donné à leurs vies des directions inattendues.

Gilles Paris excelle dans les romans qui mettent en scène l'enfance ou l'adolescence (Courgette inévitablement, mais aussi Marnie dans l'excellent Le vertige des falaises).

A travers l'art de la nouvelle, il montre toute l'étendue de son talent d'écrivain, alternant les récits oniriques voire ésotériques comme la nouvelle intitulée Vivants et les réalistes, directs, comme l'étonnante La petite dernière, histoire écrite dans un style rapide aux phrases courtes qui met en scène une petite fille aux réflexions surprenantes, violentes. La jolie Enfants de coeur est tout aussi courte, rapide et étonnante. 

Je l'ai dit plus haut, le thème principal est l'enfance. L'enfance malheureuse, beaucoup des petits narrateurs sont orphelins d'un parent ou des deux. Il est donc beaucoup question de l'absence, de l'amour parents/enfants, de l'amour entre les parents, des amours adolescentes, du désir, de la solitude, du désamour voire du manque d'amour total. Les jeunes observent beaucoup les plus âgés, tentent de les aider à surmonter le chagrin de la perte de l'être aimé lorsqu'eux-mêmes y sont confrontés. Souvent, dans les histoires de Gilles Paris, ce sont eux les plus forts, les plus lucides. 

Les enfants de Gilles Paris se posent beaucoup de questions, ont des rêves trop grands ou des vies trop courtes. Ils vivent un peu partout dans le monde, en Uruguay, à Stromboli, en France, et ils rencontrent des gens qui viennent de partout, un véritable hymne à la tolérance et à la mixité qui profitent à tous. En plus, les paysages sont beaux, on aurait envie de visiter tous les lieux que l'auteur décrit. S'y ajoute parfois, une dose d'hommage aux grands écrivains -peut-être involontaire tant ils ont marqué- comme dans Eytan où je me suis retrouvé plongé dans une description de la bourgeoisie Agatha-Christienne : les paysages, les liens entre les protagonistes, ...

Bref, beau recueil, qui peut se lire d'une traite mais qui sera mieux à alterner avec d'autres lectures pour profiter plus longtemps de chaque nouvelle.

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Anarphorismes

Publié le par Yv

Anarphorismes, Sven Andersen, Les éditions du monde libertaire, 2018.....

Prière -mot choisi à dessein pour agacer un peu l'auteur- de bien lire le titre, ce ne sont pas de simples anaphorismes, mais bien des anar-phorismes, car Sven Andersen est anar... et belge. J'ai déjà lu et apprécié son Manifeste schizo-réaliste, et je réitère donc avec ce recueil de petits paragraphes bien sentis, d'une mauvaise foi ou plutôt d'un franc parler assumé qui me ravit, d'un athéisme qui me convainc -ce n'est pas dur, convaincu, je l'étais avant-, d'une haine du travail qui me réjouit et d'un doute certain sur l'économie, le capitalisme à outrance qui ne fait qu'enfoncer le clou de mes propres pensées et/ou interrogations.

Hommage revendiqué à Cioran dont une citation est en exergue du livre, ce petit livre risque de rester longtemps proche de mes mains et de mes yeux pour y piocher des phrases ; tiens en voici une qui me correspond au moins à son début : "J'ai été baptisé de force comme beaucoup. L'Eglise prétend que l'on demeure à jamais baptisé. Quelle horreur ! J'aimerais par conséquent être excommunié, ce qui pour ces sauvages doit être la seule façon de quitter leur secte obscuranto-pédophile. Qui pourra me dire comment procéder ?" (p.47). Pour ma part, je suis un apostat, ravi et fier de l'être, même si pour bien faire, il faudrait que mon nom soit totalement rayé des registres de l'église, mais là, c'est compliqué, peut-être comme Sven Andersen, penser à l'excommunication...

Plein d'autres textes, sur des thèmes différents me plaisent, mais je ne pourrai pas tous les citer : 

"Droit à la paresse, voilà une nouvelle matière juridique enthousiasmante qui mériterait une stricte codification." (p.22). (Re)lisez Paul Lafargue !

"Du devoir d'être politiquement infect et non correct." (p.30)

"Il faut bien mourir un jour. Personnellement, je préférerais une nuit." (p.34)

Je disais donc, plein d'anarphorismes à garder en tête, parfois des calembours assumés. C'est drôle, violent, "politiquement infect", fortement décalé, ... Bref, tout cela me plaît énormément. Je ne sais pas si je peux me qualifier d'anar, ou alors anar écolo, mais je partage pas mal des idées énoncées par Sven Andersen. De la lecture qui fait du bien, pour pas cher, seulement 5€, à voir sur le site des éditions du monde libertaire.  

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Stavros

Publié le par Yv

Stavros, Sophia Mavroudis, Jigal polar, 2018...,

Stavros Nikopolidis est commissaire à Athènes, un peu mis sur la touche depuis dix ans, depuis qu'il a perdu sa femme suite à l'une de ses enquêtes finalement non aboutie. Dix ans plus tard donc, Rodolphe, le responsable de son fiasco revient et Stavros reprend du service. Un peu rouillé mais toujours impulsif et solitaire il doit néanmoins travailler avec une équipe. Dora une redoutable flique adepte des combats rapprochés et Eugène ex-hacker seront ses plus proches collaborateurs. Ainsi formée l'équipe part sur les traces de Rodolphe.

Dit comme cela, Stavros pourrait paraître comme un rustre un peu bas de plafond, expéditif et prompt à la vengeance. En fait, il est beaucoup plus subtil que cela et c'est tout le talent de Sophia Mavroudis que de ne pas trop tomber dans les caricatures. Stavros est certes un flic dur, solitaire, aux méthodes personnelles et violentes, mais il est aussi féru de littérature grecque ancienne, connaisseur en art -sa femme était archéologue. En plus, son patron, l'inspecteur Livanos, qui lui a mis pas mal de bâtons dans les roues dix ans auparavant alors frais sorti de l'école, est un fervent lecteur des philosophes grecs anciens qu'il cite abondamment : Platon, Aristote, Thucydide : "Pour Aristote, la corruption est dans la nature des choses, elle fait partie intégrante du processus d'altération naturelle de certains êtres. Platon et Thucydide y ajoutent la notion de pathologie, une tendance de l'être humain à pervertir certains de ses actes dans le but de s'adapter ou de plier la réalité à sa propre volonté." (p.100). Autant dire que le mélange est rare et étonnant, donc forcément, ça me plaît bien.

Ce titre est le premier à mettre en scène Stavros Nikopolidis que j'ai pu trouver déroutant par ses nombreuses bêtises de débutant qui collent mal à son expérience. Je l'ai trouvé parfois un poil pleurnichard et victime plus qu'acteur. Sans être un super héros, il gagnerait à s'endurcir, sans pour autant nier ses fragilités qui le rendent terriblement humain, un peu à la Kurt Wallander, qui reste fragile en même temps qu'il sait se faire violence. Je ne doute pas qu'il saura évoluer, construire un personnage demande du temps et il est rarement "fini" dès le premier tome, et fort heureusement, car l'intérêt d'un flic récurrent c'est aussi de le voir évoluer. 

C'est donc dans une ambiance qui oscille entre l'envie de vengeance, la rédemption, l'action pure, la philosophie que se déroule cette intrigue. Le contexte est aussi géopolitique : la Grèce ne va pas bien depuis quelques années et Sophia Mavroudis, franco-grecque montre une autre image que les plages et îles touristiques. Corruption, trafic d’œuvres d'art, drogue, prostitution, montée des extrémismes -malheureusement comme partout en Europe. Tout cela est passionnant et fort bien fait avec pas mal de rebondissements à la fin. 

Originalité, naissance d'un héros récurrent, contexte fort, je valide et prends rendez-vous pour la suite.

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