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Le sceptre de Dieu

Publié le par Yv

Le sceptre de Dieu, André Journo, Fayard, 2014..,

"Menahem Yanovski, le Grand Rabbin de New York, savait qu'il risquait sa vie. Quelques mois plus tôt, assis à son bureau, il avait rédigé une lettre énigmatique pour indiquer à sa petite-fille Tamara comment retrouver un mystérieux objet : le sceptre de Dieu. Adam puis Moïse avaient reçu cette arme absolue, capable de détruire Sodome et Gomorrhe, d'ouvrir les flots de la mer Rouge et de déclencher les dix plaies d'Egypte. Si jamais ce bâton sacré tombait dans les mains des fanatiques lancés à sa recherche, la planète serait en danger mortel. Prise dans une course contre la montre, Tamara doit déjouer les plans de ses adversaires et percer le secret des énigmes laissées pas son grand-père. Sa vie ne tient qu'à un fil. Services secrets américains, terroristes islamistes et chrétiens ultras, tous se livrent un combat sans pitié pour retrouver le sceptre." (4ème de couverture)

 

Un midi, on sonne à ma porte. C'est la charmante préposée aux colis de La Poste qui me remet contre signature un paquet contenant un livre. Je signe, toujours ravi de recevoir ce genre de cadeau. J'ouvre, et je vois ce titre et cette première et lorsque je tourne l'ouvrage, cette quatrième de couverture. Arrgh ! Tout ce que je déteste, un titre et un résumé ésotérico-mystico-religio-thrillers. Le livre me brûle les mains, je le pose, le jette même sur ma table de salon, une bobine de câble électrique récupérée que j'ai poncée pour enlever les aspérités cirée pour lui donner la teinte souhaitée et vernie incolore, des roulettes dessous, et hop, le tour est joué, une table originale. Le soir, en racontant mes péripéties à Mme Yv, non sans oublier bien sûr d'avoir écouté les siennes, je lui montre le livre et elle me dit : "laisse-le moi, je vais le lire, j'aime bien moi." Re-arrgh, ma femme aime donc ce que je déteste ? Cruelle désillusion ! Déception ultime ! Cause de divorce ! Non, en fait, je déconne, nous le savons tous les deux depuis longtemps. Bon, néanmoins, je lui laisse le livre en mains, et, compte tenu d'un emploi du temps un peu allégé, elle le lit en un temps record, mais comme elle est timide, elle me donne ses impressions que je vais tenter en toute impartialité (je vais prendre sur moi) de vous rendre ci-après.

Bon d'abord, ce roman n'est pas ésotérique, disons, qu'on est dans le religieux, les fanatiques de tout genre recherchent l'arme suprême pour imposer aux autres leur sens de la religion, de leurs croyances. Le contexte est très actuel, géopolitique, très documenté sans doute, mais tout cela me passe un peu au-dessus, je ne suis pas vraiment amatrice des romans qui mettent en scène de la pure fiction avec des faits réels, je me perds, je ne sais plus ce qui est vrai de ce qui ne l'est pas. Yv aime ça, mais bon, lui, il est bizarre. Certaines réparties sont sans doute tirées de vrais discours, comme celle-ci mise dans la bouche d'un pasteur, au moins le début : "Jour après jour des voix s'élèvent contre la décadence et l'immoralité, incarnées par ces horreurs que sont l'avortement, le divorce, la promotion des minorités de toutes sortes. Et l'heure viendra pour notre cher Obama ; ce dictateur communiste, ce musulman, ce sang-mêlé [...] Or, lorsqu'on assiste à ce qui se passe en ce moment dans le monde, ces dérives socialo-communistes, ces légitimations de mariages gays, ces pseudos-révoltes arabes, on comprend que le temps nous est compté. La Main de Justice nous permettra de triompher plus rapidement et définitivement" (p.78)

Tamara doit résoudre des énigmes basées sur les écrits religieux, ce qui m'a bien plu. Le rythme est rapide, on ne s'ennuie pas, mais tout est très calibré sur le modèle des thrillers ou des films d'action étasuniens : les héros sont blessés, ils courent sans arrêt, se prennent des coups dont un dixième nous laisserait à l'hôpital pour au moins quinze jours, puis la nuit arrivée, tout va mieux il la passe entière à faire l'amour ; des surhommes et surfemmes ! 

En résumé, j'ai passé un moment plutôt agréable, récréatif, ce thriller ne me fera pas faire de cauchemars, mais comme disait je-ne-sais-plus-comment-elle-s'appelle, dans une pub ancienne pour un produit ménager : "Je ne ferais pas ça tous les jours !"

 

polars

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Ça coince ! (22)

Publié le par Yv

Le Roi Lézard, Dominique Sylvain, Éd. Points, 2013 (Éd. Viviane Hamy, 2012).,

"Louise Morvan, gouailleuse détective, a une obsession : venger son oncle Julian Eden abattu il y a vingt ans. Insaisissable, il côtoyait une faune interlope d'artistes, dont le fameux Roi Lézard, Jim Morrison himself ! Avec Serge Clémenti, commissaire à la poursuite du "killer des quais", Louise enquête dans un Paris psychédélique et déjanté. On ne réveille pas impunément les démons du passé..." (4ème de couverture)

J'ouvre le roman, je commence, je ne comprends pas grand chose, j'ai l'impression de rentrer par effraction dans une histoire qui s'est commencée sans moi et qu'on ne m'en raconte pas le début, c'est désagréable, je ne saisis pas des allusions, des remarques, des détails ; les personnages arrivent comme un cheveu sur la soupe, comme si je me devais de les connaître avant même d'ouvrir le livre, mais moi, c'est mon premier Dominique Sylvain ! alors, je tente de continuer ma progression au sein de cet univers brouillon et ouaté, mais rien n'y fait, l'apparition de l'héroïne Louise ne me fait aucun effet, je ne comprends pas ce qu'elle fait ici, pourquoi on parle de son oncle (sauf à avoir lu la quatrième de couverture, mais enfin, une quatrième n'est pas censée être une aide à la compréhension du roman, n'est-il pas ? Si ?), alors je m'agace, je pose le livre, le reprends un peu plus tard, démotivé, relis quelques pages qui ne me font pas changer d'avis (ah ces Bretons à la tête dure !), le repose, le reprends plus tard une ultime tentative histoire de ne pas avoir de regrets et finis par l'abandonner au coin d'une table au profit d'un autre qui me siéra davantage.

 

 

L'Ange de charbon, Dominique Batraville, Zulma, 2014..,

"Tout commence par le tonnerre et l'engloutissement, le grand tremblement de gorge de Monsieur Richter. Face à ce nouvel esprit vodou, M'Badjo Baldini -nègre errant d'origine italienne- parvient à tenir la dragée haute à l'apocalypse." (4ème de couverture)

Si le texte est beau, il m'apparaît parfois totalement abstrus. Entre poésie, lamentation, explication, prières, incantations, assertions. L'Ange de charbon, c'est M'Badjo : "Depuis mon enfance, à cause de mon teint noir profond et ma peau très lisse, parents et proches m'appellent "Italien peau d'ange de charbon". Ils étaient parvenus, bon gré mal gré à faire mon éducation." (p.13). Je m'en veux un peu d'être passé à côté de ce roman, parce que j'en ai aimé l'écriture, mais sans en comprendre toujours la signification, il me manque beaucoup de références bibliques, religieuses car Dominique Batraville se rapporte très souvent à la Bible et aux évangiles et j'avoue que je suis assez loin de tout cela et que les souvenirs de mon éducation religieuse sont enfouis très profondément ; cette lecture nécessite aussi des connaissances d'Haïti que je ne possède pas. Je m'en veux également parce que je suis rarement déçu par une publication Zulma et parce que, encore une fois, la couverture est magnifique ! Mais bon, tant pis, ce texte parlera à d'autres qu'à moi.

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Sexe, mensonges et banlieues chaudes

Publié le par Yv

Sexe, mensonges et banlieues chaudes, Marie Minelli, Éd. La musardine, 2014...

Sara est une riche jeune femme, fiancée à Amaury de Saint-Sauveur, elle travaille à la fondation de sa future belle-mère et ne vit qu'avec des gens du même monde qu'elle, dans le carré Neuilly, Auteuil, Pereire, Passy (Nappy pour les connaisseurs). Mais contrairement à ses amies, Sara s'ennuie et ne se trouve pas à sa place. Elle veut être indépendante et ne rien devoir à ses origines. Anonymement, elle postule à un casting pour France Télévisions se faisant passer pour une Marocaine vivant à Saint-Denis. Lors de ce casting, elle croise Djalil, banlieusard. 

Prendre ce roman érotico-romantique pour ce qu'il est et pas plus, un agréable passe-temps entre deux lectures plus conséquentes. Marie Minelli mélange les genres, roman sur les différences sociales, la comédie romantique, l'érotisme pour faire un livre léger, qui se lit très vite, un peu osé, juste ce qu'il faut pour des lecteurs comme moi qui aiment s'encanailler mais pas le porno. On est un peu dans l'histoire de la pauvre petite fille riche qui ne se reconnaît plus dans son monde tellement éloigné de la réalité et qui ne rêve que d'une vie simple, sans argent, en banlieue ; il est bien connu qu'on rêve toujours de ce qu'on n'a pas qu'on idéalise totalement. Sous la plume de Marie Minelli, la banlieue deviendrait presque sexy et Saint-Denis la nouvelle ville à habiter de toute urgence au détriment de Neuilly ! Pourquoi pas, après tout, le livre est résolument à contre-courant des réalités ? Renseignements pris, il semblerait que Marie Minelli puise dans sa vie pour raconter celle de Sara, l'auteure tient d'ailleurs un blog : les filles bien n'avalent pas, ce qui fait peur, car si effectivement la vie des gens riches est telle qu'elle la décrit, je préfère rester où je suis (de toute manière, je n'avais pas vraiment envie d'évoluer dans ce monde). 

Pour ce qui est de la comédie romantique, on est en plein dedans, l'amour entre Sara et Djalil, deux personnes opposées comme rarement deux êtres le sont qui vont se chercher, se repousser, s'éviter. Tous les codes sont là, présents, les clichés, les poncifs également, agrémentés de quelques scènes de sexe torrides. Pas mal de dérision et d'humour, d'ironie également, de critiques à peine voilées du monde dans lequel évolue Sara : "Pour les treize ans de Salomé, elle a loué Hélène Ségara, et le jour de ses dix-huit ans, Céline Dion est venue chanter une chanson. Ce qui nous enseigne deux choses : 1/Céline Dion est à vendre ; 2/on peut être richissime et avoir des goûts musicaux de merde."(p.136/137) J'aime assez l'idée qu'on puisse dire que ces deux dames sont des chanteuses de merde (Enfin ! Céline, c'est comme Johnny, faut pas y toucher, alors que bon quand même c'est pas la panacée musicale, isn't it ?) ; j'aime aussi une idée très drôle qu'a l'auteure de faire crier à Amaury, le fiancé de Sara "Vive la France", au moment de son extase sexuelle. La description générale dudit Amaury est assez plaisante également. Une tendresse pour les personnages souvent totalement pris dans les carcans de leurs milieux et de leur éducation et qui sans un effort immense n'en sortiront pas -Marie Minelli, parlant de ce qu'elle connaît le plus insiste sur les nappy (je rappelle à ceux qui ne suivent pas nappy = Neuilly Auteuil Pereire Passy) plus que sur les banlieusards qui mettent sans doute plus de force à sortir de leur condition, mais il est plus compréhensible de vouloir se sortir de la misère que de la richesse. 

Quitte à passer pour le dernier des blaireaux, je me dois de dire ici qu'il y a plein de notions, de termes, de noms, que je n'ai pas captés : nappy, il m'a fallu chercher l'information, l'Amex black m'était totalement inconnue et des noms et des marques dont je n'ai jamais entendu parler..., la jet-set connais pas, les people pas mon truc, les soirées VIP loin de mes préoccupations. 

Bon arrivant à ce stade de mon billet, je m'aperçois que je suis très critique, assez négatif, alors que globalement, je me suis plutôt amusé : j'ai pris cette histoire au second degré, évacué les poncifs par des sourires, apprécié les scènes chaudes et me suis réjoui du changement de vie de Sara même s'il est très improbable. Prenez donc ce bouquin comme je l'ai pris, si vous recherchez un guide sur la vie en banlieue, ce n'est pas ce roman qu'il vous faut, si vous souhaitez un livre léger, une comédie romantique, un agréable passe-temps, vous ne devriez pas être déçus. 

Je signe là, avec ce roman, mon millième article sur le blog, qui depuis bientôt six ans, modestement recense mes lectures (et autres parfois). Merci à vous qui passez de temps en temps ou souvent, qui laissez ou non un commentaire, n'hésitez pas, je ne croule pas dessous, passez et repassez et faites passer...

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Traîne-savane

Publié le par Yv

Traîne-savane, Guillaume Jan, Ed. Intervalles, 2014.....

Guillaume Jan est un baroudeur, du genre qui a traîné ses guêtres un peu partout dans le monde. Cette fois-ci, avec Belange, la femme qu'il aime, ils décident de prendre le Chemin des murmures, pour aller de Kinshasa à Oshwé, chez les Pygmées, à pieds. Un périple de plus de cent kilomètres dans la jungle, un peu à la manière de David Livingstone cent cinquante ans plus tôt. Ce médecin-missionnaire tombé totalement en admiration des Africains au point de ne plus vouloir rentrer en Ecosse et d'avoir oublié sa propre famille. 

Ce livre est assez atypique dans ma bibliothèque, ce n'est pas mon genre de lectures a priori. Mais, comme je n'ai jamais été déçu par les éditions Intervalles, je l'ai commencé avec envie sans vraiment savoir de quoi il retournait puisque je ne lis pas ou peu les quatrièmes de couverture. Et bien m'en a pris, car ce livre de voyageur, de baroudeur disais-je plus haut est passionnant. Il alterne les chapitres : un coup un sur Guillaume Jan et Belange qui marchent sur le Chemin des murmures à la rencontre des Pygmées, un coup sur la vie et les marches de Livingstone. Les deux en parallèle, toute comparaison gardée.

De Livingstone, je connaissais le nom, point l'œuvre. "Livingstone n'est pas un tocard, mais il n'est pas non plus le héros qu'on croyait." (p.281). Certains de ses biographes ont voulu en faire un personnage mythique voué à sa mission d'évangéliser les Africains et à celle de découvrir des passages sur les fleuves congolais. Or il n'a converti qu'un seul homme qui s'est empressé de revenir très vite à ses croyances et s'il a beaucoup marché, il a peu découvert. Par contre, à l'inverse de beaucoup d'explorateurs, il a découvert les hommes et les femmes de ce continent, il les a d'abord respectés (dans les années 1850/1870, la traite négrière est encore très active, notamment menée par les Portugais et les Arabes et lui s'est à de nombreuses reprises élevé contre cette pratique très fructueuse) et les a aimés. Guillaume Jan le compare à Don Quichotte, d'ailleurs beaucoup de chapitres commencent avec une phrase de Cervantès en exergue, un chevalier qui se bat contre rien de concret, qui tente beaucoup sans vraiment réussir. Il fut beaucoup malade souffrant terriblement mais jamais il ne renonça voulant prouver au monde qu'il n'avait pas tort de croire aux hommes de ce pays et qu'on pouvait travailler avec eux (l'Angleterre colonisera d'ailleurs une partie de ce continent après la mort de Livingstone). Les chapitres consacrés à Livingstone sont de très belles pages, une mini-biographie d'un homme à (re)découvrir pour ce qu'il fut réellement et non pas pour l'image qu'il eut après son décès, la plume alerte à la fois critique et respectueuse, un rien moqueuse et admirative de Guillaume Jan rend ces passages très vivants et passionnants.

Les autres chapitres sont consacrés à la marche de Guillaume et Belange (et Joël leur guide qui les accompagnera plus qu'il ne les guidera vraiment ne connaissant pas plus le chemin qu'eux). Ces chapitres sont l'occasion pour l'auteur de faire le point sur la vie au Congo, ce pays au sous-sol riche qui fut exploité (hommes et biens) par Léopold II roi des Belges qui en fit sa propriété personnelle, puis par ses divers gouvernants qui s'enrichirent personnellement au détriment des Congolais qui eux s'appauvrirent. Depuis que les premiers Européens se sont aventurés sur ce continent au XVème siècle, ils n'ont eu de cesse d'en profiter : "Au début, ce sont des navigateurs portugais. Ils installent un comptoir sur le littoral, apportent des étoffes et quelques missionnaires, repartent avec de l'ivoire, de l'huile de palme, du café et, tant qu'à faire, quelques dizaines d'esclaves ou quelques centaines." (p.129) Le Congo d'aujourd'hui ne réussit pas à sortir de la misère, sa capitale est pauvre, les Kinois (les habitants de Kinshasa) vivent dans des bidonvilles : "Elle [Belange] pouvait m'héberger dans la cour des miracles où elle logeait, près du marché central : treize appentis où s'entassent une centaine de personnes, des veuves de guerre, des fonctionnaires licenciés, des vendeurs de marijuana, des filles-mères et des familles de dix. Avec un seul robinet pour abreuver toute cette palanquée. Les kulunas, c'est-à-dire les voyous du quartier, y terminent parfois leur nuit, ils dorment quelques heures sur le ciment sale avant de se revigorer avec un joint et quelques gorgées d'alcool de maïs. Le fatras de cabanes est rebaptisé Maman Yemo, du nom de l'hôpital le plus insalubre de Kinshasa, où l'on a plus de chance d'attraper une infection mortelle que de ressortir guéri. Ici, les maladies se faufilent dans la crasse, prévient Belange. Quand elle va faire sa toilette, entre trois murs de parpaings branlants, elle ajoute des gouttes de crésyl dans son seau d'eau, en espérant que ça suffira pour tuer les microbes." (p.43/44), ils ne survivent que grâce à des combines, des ventes assez incroyables ainsi Belange a pu investir dans un congélateur, et elle vend de la glace en petites portions, un autre loue des chaises, ... Le constat de Guillaume Jan est terrible, fait peur et s'il dit bien que la faute originelle est la nôtre à nous Européens, il précise également que les potentats locaux en ont profité également et qu'il ne faudrait sans doute pas grand chose pour que le pays reparte. Ces chapitres sont aussi l'occasion pour l'auteur-marcheur d'un voyage initiatique, au lieu de passer de l'enfant à l'adulte, il passe du solitaire qui aime arpenter les pays, à l'homme amoureux qui envisage la vie à deux qui se voit sans difficulté partager son existence avec Belange, qui partage avec Livingstone la fascination pour le pays de celle-ci et pour ses habitants. Comme pour les chapitres consacrés au médecin-missionnaire, l'écriture de Guillaume Jan rend vivante son aventure et instructif mais pas didactique son constat sur la vie au Congo.

Encore un beau texte chez Intervalles.

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Une ombre au tableau

Publié le par Yv

Une ombre au tableau, Joseph Hone, Éd. BakerStreet, 2014 (traduit par Françoise Jaouën)...,

Ben Contini est artiste-peintre à Dublin. Le jour de l'enterrement de sa mère, lors de la réception qui suit, une femme entre dans la maison, elle ressemble trait pour trait à Katie, son ex-petite amie qui vient de se suicider. Troublé, Ben l'est encore plus lorsque cette femme, Elsa, l'approche et lui apprend qu'elle a un message de la part de son père et que leurs deux familles sont liées. Plus tard, en fouillant le grenier, Ben y trouve un nu, vraisemblablement peint par Modigliani, puis dans un tiroir secret d'un meuble de son père mort depuis des années, une liste de tableaux et d'objets d'art dérobés par les nazis pendant la guerre. Tableau en main, Ben et Elsa partent sur les traces d'icelui et de la fameuse liste : Paris, l'Allemagne, l'Italie. 

Joseph Hone est un écrivain irlandais, né en 1937, plutôt spécialisé dans le genre espionnage. Il est connu -pas par moi- également pour avoir travaillé dans le cinéma, le théâtre. A plus de 70 ans, il signe un roman efficace qui lentement et sûrement installe les personnages, l'intrigue et les lieux. Je ne saurais pas vraiment le qualifier entre thriller, roman policier, roman noir ou roman d'aventures, c'est sans doute un mélange de tous ces genres.

J'ai été séduit dès le départ, par l'irruption d'Elsa dans la maison de Ben. Et la suite ne m'a pas déçu. Les personnages sont bien travaillés, fouillés et les relations entre eux également. Ben, peintre, plutôt spécialisé dans le nu ne vit que pour les femmes, ce n'est pas un dragueur fini qui cherche l'aventure d'un soir, non, il veut trouver celle qu'il dessinera et qu'il aimera. Il pensait que Katie était celle-là, il l'a beaucoup dessinée et aimée. Elsa, le double de Katie le trouble, d'autant plus qu'elle ne montre pas vraiment d'attirance pour lui. Leur relation est subtile, même si Joseph Hone joue un peu avec les standards de la comédie romantique dans laquelle les deux héros ne se supportent pas mais finissent dans le même lit. On sent, on espère presque que ce sera le cas pour eux, mais la question du lien entre leurs deux familles est présente qui brouille les cartes. Ce lien, c'est la spoliation nazie, le trafic d'œuvres d'art auquel leurs pères semblent mêlés : le père d'Elsa, autrichien, fut soldat pour l'armée d'Hitler, celui de Ben, juif, fut envoyé à Auschwitz. Quel lien pouvait-il bien exister entre eux, si tant est qu'il y ait un lien ? Intrigue très bien menée qui jusqu'à son dénouement réserve des surprises. Chaque intervenant est à un moment ou un autre soupçonnable de trafic d'œuvres d'art : Harry, l'ami de Ben, marchand d'art est-il si innocent que cela ? L'aide-t-il par amitié ou en vue d'un généreux profit ? Et les moins soupçonnables ont parfois des choses à se reprocher. Ce n'est pas un roman instructif, il n'apprendra rien au lecteur un minimum informé sur la spoliation nazie, mais son auteur place admirablement ses personnages dans cette période trouble et sait admirablement jouer avec les névroses et le mal-être des descendants des spoliateurs ou supposés tels.

Ce qui est bien aussi, c'est que l'auteur nous oblige à prendre notre temps, à chaque fois que Ben et Elsa passent dans une ville, Joseph Hone la décrit, ainsi Paris, Carrare, Pise, ou Munich. L'histoire, certes, l'intrigue, bien sûr, mais il n'oublie pas les paysages, les lieux et les divers intervenants qui ont droit à quelques lignes de description plus ou moins valorisantes. Le rythme du livre est parfois rapide, mais pas trépidant, et si une scène a mérité une débauche d'énergie, une suivante nous permettra de nous remettre en visitant un café ou en lisant une recette préparée par Elsa ; par exemple, après une course assez longue dans les rues parisiennes pour échapper à divers poursuivants, Ben et Elsa trouvent refuge dans une péniche qu'ils louent et s'enfuient ... à 7 kilomètres à l'heure, et ce pendant une semaine !

Le ton général du roman est entre le tragique pour les thèmes qu'il aborde et le léger (comme cette fuite en péniche). Très bien écrit (et donc très bien traduit), je me suis régalé de certains portraits: "McCartney était le notaire de ma mère, et à présent son seul exécuteur testamentaire. Il avançait en âge, septuagénaire, mais restait un homme imposant, qui aimait se mettre en avant ; visage rougeaud, ancien pilier de rugby dans l'équipe d'Irlande. Il arborait habituellement une veste de tweed pied-de-poule, parfois un gilet écarlate. Tenues voyantes, fort en gueule. Ce jour-là, il était plus sobrement vêtu. Je l'avais toujours trouvé antipathique. Manières onctueuses, fourbes." (p.12) Un polar à découvrir, qui sait se faire plus qu'un polar, car même lorsque l'intrigue est finie, l'auteur continue son roman continue une quarantaine de pages, s'intéressant -comme il l'a fait tout du long- à ses personnages, il ne les lâche pas comme ça d'un claquement de doigts, ils continuent à vivre même après leurs aventures. On ne se remet pas aisément de deux mois d'enquêtes, de fuite, d'affrontements en tous genres, de découvertes et de révélations, Ben et Elsa ont sûrement changé c'est aussi cela que veut montre Joseph Hone.

 

 

polars

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La fantaisie des Dieux

Publié le par Yv

La fantaisie des Dieux, Hippolyte et Patrick de Saint-Exupéry, Ed. Les Arènes, 2014.....

Du 6 avril au 4 juillet 1994, le génocide rwandais a fait huit cent mille morts. Des Tutsis, éliminés par les Hutus alors au pouvoir. C'est le génocide le plus rapide de l'histoire mené par les extrémistes Hutus du Hutu Power. Patrick de Saint-Exupéry a couvert ce massacre, et en 2013, il retourne au Rwanda avec Hippolyte dessinateur de BD. 

Cette BD reportage est un excellent moyen de revenir sur ce génocide dont on parle encore aujourd'hui et particulièrement cette année puisque des commémorations ont eu lieu et vont continuer pour ce sinistre anniversaire. Elle n'explique pas totalement pourquoi les Hutus ont massacré les Tutsis, il faudra aller chercher l'information ailleurs, même si elle explique la source de tous les maux : "Pour vous, c'est une guerre de plus en Afrique. Un conflit ethnique. Le mot ethnie n'existe même pas dans notre langue. Ce sont les colons allemands et belges qui nous ont divisés. Diviser pour mieux régner... Vous connaissez la devise ? Tout était en place." (p.33) Elle revient sur le génocide, sur l'implication ou la non action de la France dans ce pays anciennement colonie belge. La France qui n'a pas beaucoup fait pour éviter le bain de sang, mais j'ai vu sur ce sujet (lundi 7 avril) l'excellente émission d'Arte, 28 minutes, dans laquelle il était clairement expliqué qu'aucun pays n'avait bougé, ni la France, ni la Belgique, ni les Etats-Unis, ou alors trop tard ! Bill Clinton, président de l'époque, disait même en 2012 que s'il avait mobilisé 10 000 hommes et convaincu d'autres pays d'en faire autant ils auraient pu sauver 300 000 vies ! "Un génocide, c'est d'abord du silence. Un silence étourdissant" (p. 82/83) est-il écrit en fin volume. C'est effectivement ce que je ressens. Je ne me souviens plus de la manière dont on parlait du Rwanda en 1994 (mais à la même période, j'avoue que je devais avoir la tête ailleurs, puisque ma fille est née le 4 juillet 1994, mon premier enfant). Je ne regardais déjà pas beaucoup la télévision, pas les journaux télévisés, ne lisais pas la presse. C'était tellement loin de nous, de moi ; j'ai comme beaucoup eu l'information du génocide, mais c'était si loin..., et puis, il y eut le choléra qui a déboulé : "Les caméras se sont braquées dessus. Sur ce choléra qui effaçait tout. Un vrai drame, pas un génocide. Une catastrophe naturelle. Oui, naturelle. Africaine, si africaine." (p.77) 

La BD revient sur ce qu'a vu P. de Saint-Exupéry, Hippolyte le met en images ; tous deux rencontrent des rescapés, des témoins de l'époque qui racontent leur calvaire et la manière dont ils ont pu échapper à leurs bourreaux, quelques photos sont insérées pour rendre compte et donner de la réalité au propos et aux dessins. Très bien faite, cette BD est un reportage au cœur du pays. Hippolyte reproduit les paysages, les lieux aux couleurs chaudes, certaines planches sont totalement muettes et suffisent à la compréhension, d'autres expliquent par les mots des divers intervenants dans le conflit ou par une voix off, ceux qu'a récoltés P. de Saint-Exupéry. Des passages sont plus oniriques, permettant au lecteur de faire une pause, tout en lui rappelant l'immobilisme criant des politiques français (droite et gauche, c'est le temps de la cohabitation, sous Mitterrand), ou en résumant en quelques cases fortes ce qui aurait pu être trop explicatif.

La BD est un support parfait pour tout genre, humour, aventures, science-fiction, historique, ... et j'en passe plein, lorsqu'elle passe à des sujets très sérieux voire dramatiques, elle peut toucher peut-être encore plus qu'un roman ou qu'un -malheureusement- énième documentaire surtout lorsqu'elle est de très grande qualité, ce qui est le cas ici. Je ne rechigne jamais sur un bon vieil album drôle, mais j'avoue que lorsque la BD se fait reportage ou sociale (comme avec Efix, par exemple) ou aborde des thèmes actuels comme l'immigration avec Les ombres (déjà Hippolyte y dessinait), je trouve qu'elle prend une ampleur formidable et qu'elle peut parler à tous et ça me plaît terriblement.

Album instructif qui marquera sans aucun doute. A ne pas rater.

 

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Des mille et une façons de quitter la Moldavie

Publié le par Yv

Des mille et une façons de quitter la Moldavie, Vladimir Lortchenkov, Ed. Mirobole (traduit par Raphaëlle Pache)....

Larga, petit village de Moldavie ; tous les habitants rêvent de l'Italie. Sorte d'Eldorado, le pays de tous les possibles, celui d'où l'on ne revient jamais puisque la vie y est prospère. Tous les moyens sont bons pour partir, de la croisade menée par le pope, au tracteur volant puis sous-marin, en passant par d'autres idées folles. Pas un habitant ne sera tenté un jour où l'autre de sa vie par l'exil ou le départ définitif.

La Moldavie, si vous êtes comme moi, vous pensez que c'est un pays imaginaire, c'est la faute à Hergé qui, dans ses albums parle de la Syldavie. Lequel est le bon si tant est qu'il y en ait un ? Eh, bien, la Moldavie existe, coincée entre la Roumanie et l'Ukraine (qui en ces moments d'annexion de la Crimée par la Russie voit d'ailleurs ses frontières renforcées par peur de Vladimir, pas l'auteur de ce roman joyeux, mais un autre plus désagréable et tristement célèbre qui rêve de grandeur et de puissance) ; capitale Chisinau (ville dans laquelle habite V. Lortchenkov), environ 700 000 habitants pour un total de 3,6 millions de Moldaves. Je vous la fais courte sur l'histoire du pays, qui sorti du joug russe hésite désormais entre un rapprochement avec ce pays ou avec l'Europe (plus de renseignements sur Wikipédia ou en tapant Moldavie sur un moteur de recherches, plein d'articles en parlent en ce moment). J'en parle un peu parce que l'auteur fait plusieurs fois référence au contexte historique, politique de son pays et même si ce n'est pas rédhibitoire, il n'est pas plus mal de se renseigner un peu avant ou pendant (c'est ce que j'ai fait) la lecture. Le gros avantage, c'est qu'on apprend plein de choses utiles pour sa culture personnelle et/ou pour briller en société. C'est d'ailleurs un des points qui m'a intéressé dans ce livre, son exotisme (pour moi j'entends) qui m'a obligé à aller chercher des infos, j'aime quand les livres me poussent à m'instruire.

L'autre point fort de ce roman est sa drôlerie, une tragi-comédie qui fait sourire, rire qui peut être totalement loufoque, ubuesque voire grotesque ; une farce assez féroce et tendre de la Moldavie et des Moldaves écrite par un Moldave. Il y a des passages absolument géniaux comme celui où Séraphim et Tudor, deux personnages récurrents, sont pantois devant la nouvelle équipe de curling de Larga qui compte participer à des championnats en Italie et y rester : "Deux alouettes se posèrent dans les bouches béantes de Séraphim et du vieux Tudor, médusés par tout ce charabia incompréhensible. Elles y bâtirent un nid, pondirent leurs œufs puis, laissant piailler leurs oisillons, s'en furent chercher de la nourriture à travers les champs gelés." (p. 35), suivent deux trois pages de règles du curling, puis des querelles entre les participants, et l'on retrouve Tudor et Séraphim : "Après voir nourri leurs oisillons tout juste éclos avec les quelques vers endormis qu'elles avaient extraits de la terre froide, les alouettes nettoyèrent soigneusement leur plumage et se mirent à gazouiller dans la bouche de Séraphim. Comme tiré d'un profond sommeil, celui-ci ôta précautionneusement la jeune génération de son gosier, aussitôt imité par Tudor." (p. 39) D'autres passages sont totalement barrés, l'auteur s'est lâché dans des idées plus folles les unes que les autres. Mais il n'y a pas que cela dans ce roman, entre les lignes on y voit aussi le constat de la pauvreté de la Moldavie de la dureté de la vie, de la difficulté de vivre de son travail lorsque tous les jours on voit comment on vit dans les pays riches, de l'envie d'émigrer pour atteindre le paradis, le pays où la vie paraît facile. 

En filigrane on peut y voir aussi une critique joyeuse mais sévère de l'embrigadement qu'il soit politique, religieux, de toute sorte ; un jugement des dégâts que peuvent faire les croyances en des êtres ou en des entités ou des idées lorsqu'elles conduisent à l'intolérance et au rejet de l'autre. J'aime aussi ce passage qui dit par la bouche de Tudor : "Comprenez, malheureux, que nous cherchons ailleurs quelque chose que nous pourrions avoir ici. Ici même, en Moldavie ! Nous pouvons nettoyer nous-mêmes nos maisons, refaire nous-mêmes nos routes. Nous pouvons tailler nos arbustes et cultiver nos champs. Nous pouvons cesser de médire, de nous saouler, de fainéanter. [...] Arrêter de truander ! Commencer à vivre honnêtement ! L'Italie, la véritable Italie se trouve en nous-mêmes !" (p.217/218) Message qui vaut bien sur pour les Moldaves, mais aussi pour tous ceux qui préfèrent toujours rejeter la responsabilité de leurs échecs sur les autres, sur l'administration, le gouvernement et autre plutôt que de se retrousser les manches et de se mettre vraiment au boulot. 

Voilà pour ma lecture de ce roman très réussi, drôle mais pas seulement, instructif pour peu que l'on veuille faire un petit effort de recherches d'informations et finalement beaucoup plus profond qu'il pourrait paraître au premier abord. Je conseille fortement. Eric des Huit Plumes en parle en des termes élogieux.

Cet excellent roman a fait l'objet d'une lecture commune avec la non moins excellente Liliba.

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Claude Gueux

Publié le par Yv

Claude Gueux, Victor Hugo, Mille et une nuits, 1994 (1ère parution, 1834).....

Claude Gueux, est un ouvrier pauvre qui un jour est obligé de voler pour nourrir sa compagne et leur enfant. Pris, il écope d'une peine de prison de cinq années. Incarcéré à la maison d'arrêt de Clairvaux, ancienne abbaye, il devient assez vite, malgré son analphabétisme et son instruction limitée un homme vers lequel les autres détenus se tournent, une sorte de chef naturel. Claude, gros mangeur, souffre de la faim, jusqu'à ce qu'Albin un jeune homme, lui propose de lui donner ce que lui a en trop. Une profonde amitié se noue entre eux. Mais MD, le directeur des ateliers décide de les séparer, sans raison, juste "parce que" 

Victor Hugo est un des premiers classiques que j'aie lu, et tant qu'à faire, j'ai commencé par Les Misérables ! Claude Gueux est un tout petit récit, basé sur des faits réels, qui préfigure le personnage de Jean Valjean qui est jusqu'à aujourd'hui mon personnage de fiction préféré, sans doute aussi parce que je l'ai rencontré de bonne heure. Contrairement à son habitude, Hugo écrit un texte très court, trente-six pages, et on peut même, chose impensable chez cet écrivain de la démesure lire au hasard des pages un "Abrégeons." (p. 29) pour éviter une description des soins prodigués à Claude Gueux avant son ultime procès. J'ai déjà lu et relu ce texte, et là, je l'ai vu dans ma bibliothèque et hop je l'ai pris en main et re-relu. Quelques points m'ont un peu surpris, je les avais oubliés, comme lorsque Hugo se lance dans sa harangue contre les puissants qui gouvernent et qu'il dit qu'il faut donner de l'espoir aux pauvres : "Donnez au peuple qui travaille et qui souffre, donnez au peuple pour qui ce monde-ci est mauvais, la croyance à un meilleur monde fait pour lui. Il sera tranquille, il sera patient. La patience est faite d'espérance. Donc ensemencez les villages d'évangiles. Une Bible par cabane. Que chaque livre et chaque champ produisent à eux deux un travailleur moral." (p.43) Mon anticléricalisme bout en moi, je savais qu'au début de sa vie Hugo était très croyant, l'époque était aussi très religieuse, mais ce discours m'est difficile à lire, "La religion est l'opium du peuple" disait Karl Marx, on est en plein dedans ; certes, on sent bien que Hugo veut le bien du peuple, mais la religion pour qu'il oublie les difficultés de sa condition, non, je ne peux pas adhérer.

Le reste du livre est par contre tout simplement formidable, puissant. Hugo décrit, sans artifice, les conditions de vie dans la prison, il fait un portrait terrible et peu flatteur du directeur des ateliers : "C'était un de ces hommes qui n'ont rien de vibrant ni d'élastique, qui sont composés de molécules inertes, qui ne résonnent au choc d'aucune idée, au contact d'aucun sentiment, qui ont des colères glacées, des haines mortes, des emportements sans émotion, qui prennent feu sans s'échauffer, dont la capacité de calorique est nulle, et qu'on dirait souvent fait de bois : ils flambent par un bout et sont froids par l'autre." (p.9), et encore je ne cite qu'une phrase, deux pages entières sont consacrées à cet homme qui éloigne Albin et Claude, juste parce que c'est son bon vouloir, pour montrer son ascendant sur les autres, car lui, contrairement à Claude a besoin de le montrer. 

Victor Hugo élude la question de l'homosexualité dans les prisons et pourtant, à lire ses lignes de nos jours, on sent que la relation entre Albin et Claude est homosexuelle, que ces deux hommes s'aiment et ont besoin l'un de l'autre pour tenir, mais le dix-neuvième siècle n'était pas enclin à lire ou à entendre ce genre de relations, le nôtre l'est plus même s'il existe encore beaucoup de réticences voire d'oppositions en France et ailleurs. Par contre Hugo n'élude pas la question de la peine de mort qu'il avait déjà abordée dans Le dernier jour d'un condamné cinq ans plus tôt ; c'est un véritable plaidoyer contre la sentence ultime : "Messieurs, il se coupe trop de têtes par an en France. Puisque vous êtes en train de faire des économies, faites-en là-dessus. Puisque vous êtes en verve de suppressions, supprimez le bourreau. Avec la solde de vos quatre-vingts bourreaux, vous paierez six cents maîtres d'école." (p.41), un message pour instruire les pauvres, comme les riches pour que cessent les vols pour vivre et manger et par là même les incarcérations et les situations comme celles de Claude Gueux. Un message pas très courant à l'époque dans les milieux favorisés, qui ne fut pas forcément bien accepté. 

Une post-face explique qu'on a pu étudier le véritable parcours de Claude Gueux qui fut sans doute un peu différent de ce qu'en a écrit Victor Hugo : pour les besoins de sa démonstration, il en a gommé certains aspects gênants, comme ses divers séjours en prison, mais rien de ce qu'il écrit n'est inventé.

Classique. Formidable. Puissant. 

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Un été à Pont-Aven

Publié le par Yv

Un été à Pont-Aven, Jean-Luc Bannalec, Presses de la cité, 2014 (traduit par Amélie de Maupeou)....

Pont-Aven, le corps de Pierre-Louis Pennec, 91 ans, propriétaire de l'hôtel-restaurant le Central est retrouvé assassiné dans l'établissement ; héritier de Marie-Jeanne, sa grand-mère fondatrice du lieu qui vécut aux temps glorieux de Gauguin et ses amis alors férus de ce coin de Bretagne et de ses habitants, notamment de Marie-Jeanne qui les aida plus d'une fois. Georges Dupin, commissaire à Concarneau est chargé de l'enquête ; arrivé deux ans auparavant de Paris, suite à une mutation punitive pour "diverses dissensions" -très concrètement, il a proclamé haut et fort à certaines personnes responsables ce qu’il pensait d'elles-, il est tombé sous le charme de la Bretagne et apprend à connaître les Bretons et leurs caractères taiseux et entêtés. 

Précision liminaire qui concerne un point qui n'a sûrement pas échappé à votre sagacité, je fais mention plus haut d'un livre écrit par Jean-Luc Bannalec et traduit (brillamment) par Amélie de Maupeou ; en fait A. de Maupeou traduit de l'allemand au français, car JL Bannalec est le pseudonyme d'un écrivain allemand qui vit trois mois de l'année dans le Finistère sud ; ce premier tome -car d'autres enquêtes de G. Dupin suivront- fut une vraie réussite en terme de vente en Allemagne et débarque donc chez nous.

Soyons francs, soyons fous, je divulgue tout de suite mon avis général, un peu comme si je donnais le nom du coupable dès les premières pages : c'est un bon roman policier qui laisse le goût d'un revenez-y pas désagréable du tout ; la deuxième aventure a déjà été lue par nos amis allemands, j'aimerais bien qu'Amélie de Maupeou la traduise rapidement pour retrouver Georges Dupin et la Bretagne telle qu'il la décrit. 

Plusieurs bons points dans ce roman policier, le premier étant qu'il n'y a point de sang partout, on est dans des meurtres "à l'ancienne", l'auteur nous épargnant les descriptions minutieuses des cadavres, les odeurs, et tout ce que l'on peut lire dans certains livres du genre.

Le deuxième, sur la même ligne nous présente un commissaire qui prend son temps, qui a besoin de prendre du recul, seul pour réfléchir, à l'instar d'un Maigret -il a d'ailleurs le prénom du créateur du célèbre commissaire du 36 quai des orfèvres. Il pose des questions, consigne tout sur des petits cahiers Clairefontaine, les relit, y trouve -ou pas-le détail qui fait basculer l'enquête : "On y était. Dupin connaissait ce point précis où tout basculait dans une enquête, peu importait laquelle. Ce fameux moment où la vraie version des faits apparaissait au grand jour. Jusque-là, tout le monde s'était efforcé de ne montrer de soi-même qu'une surface lisse et opaque, de ne surtout rien révéler des véritables dessous de l'histoire. Et chacun, pas seulement les coupables, avait toujours de bonnes raisons de le faire." (p. 246) Il y a aussi du Colombo en lui, avec cette manière de poser des questions parfois sans rapport direct avec l'affaire, mais qui s'avèrent primordiales, du Wallander aussi à creuser toutes les pistes -à faire creuser plutôt par Le Ber et Labat ses collaborateurs ainsi que Nolwenn la secrétaire ultra-efficace (pléonasme ?)- à garder pour lui des informations, des intuitions qui deviendront des certitudes. Car dans ses moments de réflexion, Dupin se repasse tout le film de l'enquête en cours cherchant le détail qu'il n'a pas encore vu jusqu'à ce que ce fameux détail le mène vers la solution, évidente et même simple, presque trop, néanmoins bien dissimulée jusqu'au bout par JL Bannalec.

Le troisième est la description du pays par un œil extérieur, celui d'un exilé qui se met à adorer son lieu de "punition" ou celui de JL Bannalec, auteur allemand donc, qui s'émerveillent à raison devant la beauté des sites, des lieux typiques, de la gastronomie locale et pour G. Dupin, qui tombe sous le charme des Bretonnes (pour JL Bannalec, je ne m'avance pas, je ne voudrais pas faire de peine à "Frau Bannalec"), au moins deux, Camille de Denis, la notaire et Marie Morgane Cassel, experte en art, spécialiste de l'école de Pont-Aven.

Les Bretons vont adorer ce roman qui décrit superbement la région et les autres vont avoir très envie de venir la découvrir. Quant à moi, né en Ille-et-Vilaine, élevé à Nantes, et habitant désormais au sud-est de cette ville, presque en bordure de la Vendée, suis-je Breton ? L'éternel débat relancé. En fait, je suis entre les deux, j'ai beaucoup aimé ce roman pour toutes les raisons évoquées ci-dessus, et notamment pour la visite guidée de Concarneau et Pont-Aven et les environs et j'ai très envie de retourner voir tous ces coins que j'ai déjà vus et revus et que je trouve particulièrement accueillants.

 

polars

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