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Funérailles molles

Publié le par Yv

Funérailles molles, Fang Fang, l'Asiathèque, 2019 (traduit par Brigitte Duzan assistée de Zhang Xiaoqiu)....

Ding Zitao est une jeune femme retrouvée nue dans une rivière, le corps blessé, meurtri par les chocs contre les rochers. Amenée à l'hôpital, à son réveil, elle ne se souvient de rien. C'est le docteur Wu qui la soigne et qui se prend d'affection pour elle. C'est lui qui la nomme Ding Zitao, qui lui trouve une place de servante dans une bonne famille, puis qui, quelques années plus tard, l'épouse. Longtemps après, Qinglin, leur fils qui a une très bonne place au sein d'une entreprise chinoise, installe sa mère, veuve depuis plusieurs années, dans une grande maison, près d'un lac. Mais Ding Zitao, d'un coup s'enfonce dans une sorte de paralysie mentale à la grande inquiétude de son fils.

Assez gros roman de presque 500 pages qui pourtant se lit vite, tant il est écrit simplement, comme quelqu'un qui nous raconterait une histoire. Si l'on met de côté quelques répétitions superflues, des circonvolutions pour décrire des situations, des faits, qui me gênent moi qui aime bien la ligne directe -mais qui semblent être la marque de la littérature et de la culture chinoises-, de nombreux patronymes qui se ressemblent -qui parfois ne diffèrent que d'une lettre ou d'un signe- et de multiples personnages qui me perturbent m'obligeant à faire de gros efforts pour savoir de qui on parle, eh bien disais-je si l'on met cela de côté, on a en mains un roman particulièrement intéressant et attachant.

Il commence avec la vie de cette femme qui a oublié son enfance et qui, petit à petit renonce à la retrouver : "Oublier n'est pas forcément une trahison, c'est souvent ce qui permet de vivre, lui avait le docteur Wu." (p.12) Quelques phrases font mouche et touchent tels des aphorismes. Puis, l'auteure oublie un peu Ding Zitao pour s'intéresser à son fils et l'on peut imaginer que leurs deux histoires se rejoindront sur les thèmes  principaux du livre : l'oubli et le devoir de mémoire.

Le roman aborde aussi la Réforme agraire des années 50 pendant laquelle, les propriétaires terriens furent parfois obligés de se donner la mort pour éviter les séances de luttes autrement dit des séances publiques d'accusation se finissant souvent mal pour eux. Un pan connu mais pas dans les détails de l'histoire de la Chine dont parle Fang Fang, considérée comme l'une des grandes écrivaines de Chine même si ce roman, pourtant primé, a choqué les ultraconservateurs du pays. Il est vrai qu'il montre bien les exactions commises au nom de la doctrine communiste qui n'a pas toujours profité aux plus pauvres. 

Exotique, historique, instructif, et en guise de conclusion, le court dialogue extrait du livre et qui, en quatrième de couverture -ne lisez que cela, pas la suite qui divulgue trop de l'intrigue- explique le titre étrange de ce roman :

"Je veux être enterrée dans un cercueil, dit la grand-mère.

- On n'a pas de cercueils prêts, que va-t-on faire ? demanda la troisième tante.

- Des funérailles molles, répliqua tout bas le beau-père de Daiyun, la mine soudain très sombre.

- Je ne veux pas de funérailles molles, s'écria la belle-mère de Daiyun en pleurant encore plus fort, si on est inhumé ainsi, on ne peut pas se réincarner."

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Une famille presque parfaite

Publié le par Yv

Une famille presque parfaite, Dimitris Sotakis, Intervalles, 2019, (traduit par Françoise Bienfait)....,

Dans un pays et une ville jamais nommés réside Zerin, rentier quarantenaire, à la vie codifiée et un rien routinière. Zerin a une passion inexpliquée pour tout ce qui touche à la Roumanie. Aussi lorsqu'une famille de Roumains s'installe dans une petite maison pas loin de chez lui, tente-t-il de tisser des liens. La famille d'abord surprise accepte de se lier avec cet homme affable, autant Flaviu le père qui cherche désespérément un travail que Ionela la mère et les deux enfants Anna et Ilia. 

Qu'il est étrange et bon ce roman qui débute par une description assez précise de la vie très rangée et rituelle de Zerin. Dimitris Sotakis décrit par le menu ses habitudes, ses faits et gestes sans jamais nous ennuyer, au contraire, on sent dès le début que cet homme va changer, qu'il va faire des choses inattendues. Et on n'est pas déçu. Je n'en dirai pas plus pour ne rien divulguer, même si, ne vous méprenez pas, nous ne sommes ni dans un thriller ni dans un polar. Néanmoins, l'auteur est habile à nous mettre dans une situation dont on sent bien qu'elle va exploser ou au minimum qu'elle ne pourra pas se finir de façon normale. 

Il décortique les relations entre ce riche rentier et cette famille qui lui est vite redevable comme personne avec un humour noir très présent. Lire ce roman est un ravissement, Dimitris Sotakis ne se départit jamais de l'humour précédemment cité et d'une certaine normalité pour décrire des événements assez terribles. Iceux sont décrits comme naturels, et ils les alterne avec des faits on ne peut plus banals comme le fait d'aller acheter son pain, par exemple. Son roman est traversé de part en part par une ambiance noire.

Pas de tension, de ressort de polar dans ce roman qui, je vous l'ai écrit plus haut, est un pur moment de plaisir. Franchement, si vous aimez être surpris par une ambiance un peu bizarre, des personnages pas très recommandables et/ou pas prévisibles, dont on a de la peine à deviner les futurs agissements -ce qui augmente la sensation de bizarrerie-, par une écriture ciselée, précise, n'hésitez pas, j'ai le livre qu'il vous faut !

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L'inspecteur Dalil à Paris

Publié le par Yv

L'inspecteur Dalil à Paris, Soufiane Chakkouche, Jigal polar, 2019....

L'inspecteur Dalil coule sa retraite dans sa maison bringuebalante de bord de mer, entre la pêche et les dialogues avec sa Petite Voix, omniprésente. Lorsque les services secrets marocains lui font comprendre qu'il est fermement invité à se rendre à Paris pour enquêter en collaboration avec le chef de la Crim, le commissaire Maugin, il y va contraint, mais sans réel enthousiasme. Quelques jours plus tôt, Bader Farisse, un étudiant en transhumanisme, un petit génie qui vient d'inventer une puce révolutionnaire a été enlevé. Les autorités craignent que ce soit l'oeuvre de terroristes islamistes.

Un polar comme je les aime. Court, avec des héros rugueux, pas forcément sympathiques, ni antipathiques. Ils ont des humeurs, des emportements, des avis tranchés et restent avant tout des professionnels de la traque des malfrats. Dalil a ce petit plus d'avoir sa Petite Voix qui lui parle et à laquelle il répond. Un peu désabusé, un peu à côté, un peu vieux, un peu has-been, c'est l'image qu'il donne aux autres, qui devraient se méfier, car la nonchalance de Dalil cache une grande réflexion, une capacité de déduction et une intelligence de haut vol.

Soufiane Chakkouche a la bonne idée d'enjoliver son texte, déjà fort plaisant, décalé, de réflexions drôles, de remarques qui jouent sur les mots, les expressions, Dalil parle certes bien le français mais pas parfaitement l'argot ni même le jargon des flics parisiens. Et dès le début, dès que je lis le portrait suivant de Dalil, je sais que la suite sera à mon goût :

"A vrai écrire, Dalil était à l'adolescence de la vieillesse ; il entrait dans sa soixante et unième année, mais il en faisait 51, et il s'en foutait éperdument. "Comment peut-on ressembler à un chiffre ?" avait-il l'habitude de répondre à ceux qui le saupoudraient d'un tel compliment. Cette illusion physiologique était principalement due à deux attraits de son physique : sa ligne et ses cheveux." (p.8)

Et la suite ne m'a pas déçu, bien au contraire. J'ai pu visiter Paris avec les yeux de Dalil, qui fait un peu comme quand moi j'y vais avec mes yeux de Provincial : une certaine innocence et un émerveillement évident en même temps qu'un agacement de la pollution et du bruit. Voilà un roman qui met le terrorisme en fond sans pour autant être plombant, angoissant. Une belle enquête d'un flic atypique à qui on ne la fait pas. Un héros qui gagnera à être rencontré de nouveau et qui, très franchement, sans jamais faire qu'on veuille le revoir -il cultive sa liberté, sa solitude et une certaine agoraphobie-, donne au lecteur très envie de le revoir.

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L'outil et les papillons

Publié le par Yv

L'outil et les papillons, Dmitri Lipskerov, Agullo, 2019 (traduit par Raphaëlle Pache).....

Arseni Andréiévitch Iratov, architecte, homme d'affaires, ex-trafiquant de devises  se réveille un matin très surpris que son sexe ait disparu. Aucune intervention humaine, il dispose désormais d'un orifice pour ses fonctions physiologiques. Ça tombe très mal, car Véra, sa chère Vera aimerait bien un enfant de lui. 

Loin, très loin de Moscou, mais toujours en Russie, la jeune Alissa recueille un petit bonhomme, pas plus grand qu'un jouet mais qui vit. Il grandit très vite et devient bientôt un très beau jeune homme qui file sur Moscou, à la recherche d'Iratov.

Un autre homme, mystérieux, arrive aussi en ville et espionne Iratov.

Dmitri Lipskerov est l'auteur d'un roman paru chez Agullo, l'an dernier, classé dans mes Coups de coeur, Le dernier rêve de la raison. Il récidive avec ce dernier roman, absolument génial, foisonnant, explosif. Les trois histoires, plus toutes les intrigues secondaires, qui sont nombreuses, se rejoignent évidemment. Elles se mêlent, s’entremêlent, se croisent et convergent toutes vers Arseni Iratov, le personnage principal.

Dmitri Lipskerov joue avec les genres du roman, il y a un peu de fantastique, de la saga familiale totalement déjantée, déstructurée qui explose les codes, les cadres. Il s'amuse sans doute, nous distrait sûrement. C'est le style de bouquin qui bien que comptant presque 400 pages ne se lâche pas une seconde. On a l'impression que ça part dans tous les sens, de tous les coins de la Russie, qu'énormément de thèmes y sont abordés et tout cela est vrai, sauf que c'est diablement maîtrisé. On y parle donc de paternité, de féminité, de la pauvreté en Russie, de la manière dont certains riches s'enrichissent, de politique, de religion, de l'histoire du pays. Finement, l'auteur aborde ces questions, de manière romancée et forte avec l'air d'écrire une farce. 

Le texte est formidable, le travail de la traductrice Raphaëlle Pache également, le tout donnant un livre rare et franchement barré, original et fou, drôle et absurde. J'ai lu que Dmitri Lipskerov est considéré comme l'un des écrivains les plus marquants de la Russie actuelle, je le crois sans peine tant ce qu'il m'a montré sur les deux romans parus chez Agullo -très belle jeune maison qui fait un fameux travail de découverte- est remarquable.

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Risque zéro

Publié le par Yv

Risque zéro, Olga Lossky, Denoël, 2019...,

Milieu du XXI° siècle, l’informatique est au cœur de tout. Le système Providence régit la vie de ses adhérents : sécurité, santé, régime alimentaire, … Victorien Carmini est l’un des concepteurs de ce projet dont le point d’orgue est la plume d’ange, puce sous-cutanée qui, à chaque instant de la vie des implantés, donne leur état de santé, les risques, et les dirige vers la clinique privée la plus proche lorsqu'elle le juge nécessaire. Agnès Carmini, la femme de Victorien, anesthésiste,  a décidé de travailler dans l’hôpital public, soigner ceux qui n’ont pas accès à Providence. Un soir, une urgence, une adhérente de Providence, accidentée tout prêt de l’hôpital. Elle décède des suites de ses blessures et bientôt Agnès est accusée de négligence, mise en garde à vue puis relâchée dans l’attente de son procès. 

Un roman qui pousse jusqu'au bout l'ambiance actuelle du risque zéro, du parapluie ouvert dès qu'une goutte tombe, de ce que l'on a un temps appelé le principe de précaution, de peur de prendre des risques. On peut rêver d'un monde aseptisé dans lequel tout est calculé pesé, géré par des algorithmes, on peut imaginer qu'il nous débarrassera de toutes les tâches rébarbatives qui seront déléguées à des robots, c'est ce monde que décrit Olga Lossky. Qu'elle oppose à celui qui ose encore, qui parie sur l'humain plus que sur la technologie. D'aucun pourrait lui reprocher un certain manichéisme, sauf qu'elle fait bien ressentir le dilemme de ses personnages, Agnès en tête, qui se pose beaucoup de questions et pense aussi à la sécurité de ses enfants. Ceux qui ont refusé Providence, comme Horace le centenaire bougon ne le regrettent pas et n'en rêvent pas secrètement. Providence ne me fait pas rêver mais les bondieuseries des grands-parents d'Agnès réfractaires au système, encore moins. Tout monde a ses avantages et ses inconvénients.

Olga Lossky montre son héroïne qui, seule, dans la cellule de garde à vue, peut enfin réfléchir à sa vie et à ses relations avec autrui, biaisées par Providence. Elle a envie d'humanité : "Elle éprouvait de façon quasi physique ce lien d'humanité qui la reliait à ses semblables, malgré son isolement, et lui mettait le coeur en joie. Il avait fallu venir dans ce lieu improbable pour faire une telle découverte. Agnès aurait souhaité mettre un mot sur son expérience, mais cela échappait à toute définition." (p.125/126) C'est le coeur et tout l'intérêt du roman : la remise en question d'une femme au travers des évolutions techniques de nos sociétés qui la déshumanisent en y apportant des améliorations et avantages indéniables. Doit-on sacrifier l'humanité, les relations, l'entraide, tout ce qui fait que nous sommes des Hommes au profit d'une espérance de vie plus longue en très bonne santé, sécurisée, sans surprise (mauvaise il va sans dire, mais sans doute les bonnes aussi) ?

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Nietzsche au Paraguay

Publié le par Yv

Nietzsche au Paraguay, Christophe et Nathalie Prince, Flammarion, 2019....

Virginio Miramontes, aventurier est, en avril 1888, le seul survivant d'une expédition, laissé pour mort par les Indiens Arumgaranis dans sa pirogue. Bientôt, il est recueilli dans une communauté au fin fond du Paraguay, peuplée de quelques familles allemandes et dirigée par le Doktor Förtser, mari d'Elisabeth Nietzsche, la sœur du philosophe du même nom. Tous les deux, suivis par une poignée de compatriotes, sont venus au Paraguay pour y créer la nouvelle Allemagne, la nouvelle race aryenne pure. 

La Nueva Germania, ainsi s'appelle ce bout de terre, ne tient pas toutes ses promesses et malgré la forte personnalité des deux instigateurs, elle vivote, survit au gré des intempéries, des maladies, de la famine qui guette. C'est donc dans cet endroit que Virginio est soigné.

Court préambule avant de parler de cet étrange roman. Ecrit à quatre mains, par Christophe et Nathalie Prince et finalisé par la seule Nathalie Prince, puisque son mari est décédé fin 2017. Je le connaissais sous son pseudonyme de Boris Dokmak (Les Amazoniques et La femme qui valait 3 milliards) et dire qu'il m'avait impressionné est un euphémisme. Ces deux romans furent de véritables coups, ce genre de livres inoubliables (particulièrement Les Amazoniques, avec ses références et goût du Voyage au bout de la nuit de Céline ou d'Apocalypse Now de FF Coppola). Apprendre qu'il est décédé à cinquante ans m'a fait une sensation bizarre et je remercie son épouse pour l'envoi de ce roman si joliment dédicacé.

Nietzsche au Paraguay est moins flamboyant que les deux précédents, mais plus original, plus étrange, ce qui en fait un roman très attirant. Pour remettre les choses dans le contexte, il faut savoir que la Nueva Germania fut une réalité, menée par la sœur de Nietzsche et son mari (Elisabeth Niezsche, fut à la fin de sa vie, en accord avec les théories nazies). Se greffent sur cette réalité, des personnages de fiction, mais les notes de bas de pages, les envois vers des œuvres littéraires existantes ou fictives brouillent les pistes pour qui voudrait connaître précisément la frontière entre le réel et l'inventé. Ce n'est pas mon cas, embarqué que je fus dans cette histoire folle et menée de mains de maîtres. S'ajoutent à l'histoire racontée par Virginio, des extraits de son livre de bord, des lettres de Friedrich Nietzsche -dont la santé mentale faiblit en la fin 1888 -il finira interné, dans un état mental quasi végétatif-, des fiches de renseignements écrites par le Doktor Förster. 

Inclassable, original, ce roman montre la folie des hommes lorsqu'ils s'enfoncent dans des théories de supériorité des uns par rapport aux autres, cinquante ans avant l'arrivée de Hitler au pouvoir. Il parle de l'aveuglement des moins forts prêts à suivre n'importe qui  leur promettra une vie meilleure même si c'est au détriment d'autres, enfin, je ne vais pas vous la faire sur la théorie nazie, sur l'antisémitisme ces pensées et doctrines immondes qui ont tendance à resurgir, menées par des tarés frustrés, envieux et cons. Il montre bien également la montée de la folie chez un grand penseur de la fin du XIX°siècle.

C'est un roman foisonnant, un truc comme on en lit peu. Raison de plus, s'il en fallait une, pour s'y plonger.

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Retour à Killybegs

Publié le par Yv

Retour à Killybegs, Pierre Alary, Rue de Sèvres, 2019 (d'après le roman de Sorj Chalandon).....

"Tyrone Meehan est Irlandais et militant de l'IRA. Mais il est aussi un traître à la cause : celui qui n'a d'autre alternative que celle de travailler avec les Anglais, dès les années 1980, avant le processus de paix. Fin 2006, âgé de 81 ans, il revient dans la maison de son enfance, à Killybegs, y attendre la fin. C'est aussi le moment pour lui de se raconter, de dire ce que fut sa vie, de l'enfance battue à la trahison qui l'obsédera jusqu'à la fin."

C'est le résumé que j'écrivis lorsque je chroniquai le roman de Sorj Chalandon sur le blog. Rien de tel que de s'auto-citer. Tout le bien et même l'excellent que je pensais de ce roman, je peux le réécrire dans cet article consacré à la bande dessinée tirée d'icelui. Pierre Alary qui réalise cet album n'en est pas un son coup d'essai puisqu'il avait brillamment adapté Mon traître du même romancier. Et d'un coup c'est l'histoire de l'Irlande du Nord qui s'expose à nos yeux, et celle d'un homme, combattant de la première heure de l'IRA, fils de combattant et père de combattant, une légende irlandaise, qui se retrouve piégé, obligé de trahir son camp pour le protéger. Tout ce qui fait la force du roman se retrouve dans la bande dessinée : l'humanité de Tyrone et de Sheila son épouse, les questionnements sur la lutte violente, sur autrui qui combat dans l'autre camp et qui ne peut pas n'être qu'un simple ennemi, qui est aussi un homme avec une famille, ses peurs, ses doutes, sur ce que l'on laisse à ses descendants, sur les moyens pour arriver à une paix durable, ... Tout est là, illustré, dessiné, coloré.

Le conflit fut rude, les haines sont encore tenaces envers l'ennemi mais aussi envers les traîtres, Tyrone en fit les frais. Un roman et une BD excellents. Faites votre choix, ou lisez les deux.

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L'homme qui voulait rentrer chez lui

Publié le par Yv

L'homme qui voulait rentrer chez lui, Eric Pessan, L'école des loisirs, 2019.....

Jeff est un adolescent qui vit avec Norbert son frère aîné et ses deux parents, père au chômage et mère au travail harassant dans un quartier dit sensible des alentours de Nantes. La tour dans laquelle il habite va être détruite dans quelques jours, la famille sera relogée. Un jour, les deux garçons découvrent dans la cave un fugitif. Un homme qui ne parle pas le français, ni l'anglais. Il ne s’exprime que par des claquements de langue. Un homme à la peau étrangement blanche, trop blanche, aux yeux sans pupilles. Lorsque Jeff et Norbert s'aperçoivent que cet homme est recherché par d'autres à l'allure peu recommandable, ils décident de l'aider à se cacher et à échapper à ses poursuivants.

Publié à l'école des loisirs, il serait maladroit et injuste de réduire ce roman à une lecture jeunesse. D'abord, parce qu'il me semble avoir lu, il y a plusieurs mois, l'auteur dire qu'il n'écrivait pas différemment lorsqu'il était publié par un éditeur qualifié jeunesse et un autre plus adulte -ou si ce n'est lui, c'est un autre. Ensuite, parce que j'ai lu et beaucoup aimé ce livre qui a de spécifiquement jeunesse que le fait d'être écrit par les yeux d'un ado. Bien que peu amateur du genre, je me suis vite pris au jeu, et très vite est née l'envie de comprendre où cette histoire nous emmenait. Outre le suspense créé par l'origine géographique du fugitif, la traque dont il est la victime, la crainte des ados quant à avoir affaire à un éventuel criminel ou malade mental, l'échéance du déménagement et de l'implosion de la tour, ce roman aborde des thèmes très actuels. Evidemment, la question des migrants, des réseaux des passeurs, thème cher à Eric Pessan -dont il a déjà parlé dans  Les étrangers- : "Certaines personnes fuient la guerre, traversent l'océan au péril de leur vie, se cachent sous des camions, franchissent des montagnes à pied et se font menotter par la police à l'arrivée, puis sont renvoyées à l'endroit où elles vont être massacrées. je l'ai lu dans les journaux." (p.42)

On y parle aussi de la vie dans les quartiers dits difficiles, dans des familles empêchées. Eric Pessan aborde aussi la question de l'éducation, de l'information et de la rencontre avec autrui. Celle qui permet de découvrir l'autre, de découvrir sous un nouvel angle ses proches et parfois même de se découvrir soi-même. Un roman d'initiation par la rencontre d'un étranger, d'une personne totalement opposée avec laquelle même la communication est compliquée. 

Tout en finesse, Eric Pessan parle de tout cela dans ce roman qui parlera aux ados mais aussi, comme je l'écrivais plus haut, aux ados avec beaucoup d'années d'expérience que sont leurs parents. Un livre à lire et à faire circuler en famille.

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La tentation

Publié le par Yv

La tentation, Axel, Dynamite, 2019...,

Françoise et Gérard, tout juste cinquantenaires, partent en vacances sur la côte méditerranéenne. Ils rencontrent Fred, une jeune femme qui ne laisse pas Gérard indifférent. Fred leur présente Mathieu son petit ami. A l'issue d'un bain de minuit, le jeune couple se laisse aller à des ébats qui étonnent le couple plus âgé et les émoustillent. Ils se retrouvent pour quelques jours, puis Gérard, de plus en plus attiré par Fred, délaisse Françoise.

Ce qui est bien lorsqu'on écrit un blog de lecteur, c'est qu'on passe de la guerre d'Algérie en BD à une histoire érotique dans le même format. Un grand écart culturel intéressant. Et je ne doute pas que cet article attirera plus de curieux que le précédent, sans doute devrais-je mettre une catégorie érotique ou sexe pour toutes mes recensions, histoire de faire venir des visiteurs, mais je préfère la qualité à la quantité -c'est ce que je me dis pour m'auto-consoler de la (relative) confidentialité de Lyvres. Je dis relative, parce que ça monte un peu en ce moment, rien à voir avec l'éventuelle excitation masculine à la lecture de cet article.

Donc, bande dessinée adulte, les dessins y sont très explicites, il vaudra mieux ne pas la laisser traîner n'importe où dans la maison si celle-ci est peuplée d'êtres étranges et bruyants nommés enfants. Elle traite du thème de l'homme mûr attiré par une jeunette libérée, et, si elle ne le révolutionne pas, elle le met en scène érotiquement et joliment. Evidemment, il y est question de la différence d'âge dans un couple, de la femme aimée pendant vingt-cinq ans et quittée pour une plus jeune, des enfants qui ne comprennent pas et ne pardonnent pas surtout lorsque la nouvelle élue est de leur âge, du désir émoussé, de la routine dans le couple, ... Le point du vue n'est pas original, mais bien que non spécialiste du genre érotique, il ne me semble pas que ces thèmes réalistes y soient souvent traités. C'est là la grande originalité de cet album.

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