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L'énigme du roi sans tête

Publié le par Yv

L'énigme du roi sans tête, Stéphane Gabet et Philippe Charlier, Éd. Librairie Vuibert, 2013

2008, Stéphane Gabet journaliste et documentariste prépare une émission sur Henri IV. Il rencontre Jean-Pierre Babelon, "le biographe de référence du Bon Roy" (p.32). Il cherche une intrigue autour du roi, une sorte de scoop lui permettant de trouver un angle pour son émission, et c'est là que JP Babelon lui parle d'une tête momifiée, disparue depuis quelques années, mais qu'on brocanteur au début du XXe siècle attestait être celle d'Henri IV. S Gabet, un rien titillé enquête et retrouve cette tête chez des retraités à Chateaudun, qui la lui laissent pour examens. C'est alors qu'une équipe de chercheurs, scientifiques, intervenants divers va tout faire pour savoir si cette tête est bien celle du Vert-Galant. Philippe Charlier, médecin légiste, anatomopathologiste et anthropologue, co-auteur du livre sera le responsable de l'ensemble des expertises scientifiques.

J'ai entendu plusieurs fois P. Charlier à la radio, passionné et passionnant. Le livre auquel il participe avec S. Gabet est du même ordre. Une vraie enquête policière, scientifique menée de bout en bout jusqu'à l'authentification de la tête d'Henri IV. L'avant-propos est écrit par JP Babelon, historien, membre de l'Institut, qui raconte la dernière journée du roi et en profite pour nous en dresser un portrait assez différent de ce qu'on apprend à l'école. Car juste avant son assassinat, Henri IV n'était absolument pas populaire : impôts levés, guerre en préparation, catholiques et protestants mécontents de leurs sorts respectifs, ... "Dès la mort du roi, l'on assista, [...] à un retournement quasi immédiat de l'opinion. "(p.17), Chateaubriand écrivit d'ailleurs : "Sa fin tragique n'a pas peu contribué à sa renommée : disparaître à propos de la vie est une condition de la gloire." (cité p.17).

Et puis l'enquête scientifique débute, minutieuse qui oblige les différents intervenants à remonter aux sources, à chercher des documents parfois totalement oubliés. La tête a été séparée du corps en 1793, pendant la Révolution lors du pillage de la nécropole royale de Saint-Denis. A l'époque nombreux furent ceux qui violèrent les sépultures et volèrent des bouts de tissus, des dents, des os des rois et reines pour les vendre ensuite, alors pourquoi pas une tête entière. Les auteurs du livre en profitent pour tirer le portrait de quelques personnages de l'époque dont Alexandre Lenoir, méconnu du grand public bien qu'il ait inventé la muséographie.

Je ne vais pas m'étaler sur les différentes phases de cette énigme, je serais trop long et sans doute -sûrement même- moins intéressant que S Gabet et P Charlier. Leur bouquin (pas trop gros, 150 pages) est très bien fait, facile d'accès malgré quelques rares termes scientifiques qu'on peut ne pas connaître. On sent les doutes des scientifiques jusqu'au bout du processus d'identification, mais aussi une certaine excitation : ce serait tellement bien et incroyable que cette tête soit celle d'un roi et surtout celle d'Henri IV ! Vingt-trois arguments médico-historiques en permettront l'identification, tous rappelés et résumés en fin d'ouvrage : pratique pour ne pas perdre le fil. Un bouquin qui se lit comme un polar !

Le documentaire, l'idée de départ de S Gabet a été tourné, Le mystère de la tête d'Henri IV. Il est passé à la télévision, sur France 5.

Ce genre d'expérience et de recherche médico-historique ne va pas sans opposants, il en existe donc évidemment. Je vous conseille d'aller voir l'excellent billet d'Yspaddaden sur ce livre qui fait état de leurs doutes et leurs contradictions.

Grand merci Tiffany.

Je rajoute le logo suivant pour le challenge de Liliba, certes, ce n'est pas un vrai roman policier, mais franchement, il vaut d'être dans cette catégorie.

 

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Histoire d'Alice qui ne pensait jamais à rien (et de tous ses maris, plus un)

Publié le par Yv

Histoire d'Alice qui ne pensait à rien (et de tous ses maris, plus un), Francis Dannemark, Robert Laffont, 2013

Le jour de l'enterrement de sa mère, Paul, rencontre Alice, sa tante (la sœur de sa mère) qu'il ne connaît pas de visu. Il sait son existence, ses parents ne la lui ont jamais cachée mais il ne l'avait pas vue. Alice et Paul se rencontrent et Alice commence à se raconter. Elle propose même à son neveu d'écrire sa vie et celles de ses maris. Cette femme douce de 73 ans mariée pour la première fois très tôt, dès le sortir de la guerre débute alors le récit d'une existence pas banale.

C'est le deuxième livre de Francis Dannemark que je lis, après l'excellent La véritable vie amoureuse de mes amies en ce moment précis (on peut déjà dire qu'il aime les titres longs) et mon analyse sommaire est qu'il est un écrivain des choses simples et heureuses. Et pourquoi pas, après tout ? Je n'ai rien contre la littérature sombre ou tragique, mais un p'tit coup de joie et de bonne humeur de temps en temps, ça fait du bien. J'avais déjà pris son livre précédent comme une pause heureuse entre deux lectures plus tendues et je réitère. Qu'il est bon parfois d'oublier les serial killers, les questions métaphysiques des uns et des autres ! Non pas que je n'aime pas, d'ailleurs, rien ne m'oblige à lire des bouquins plombants.

F. Dannemark aime les gens simples qui peuvent avoir parfois de vies hors du commun. Alice est une femme simple qui a eu la chance de rencontrer l'amour plusieurs fois. Une femme heureuse :

"- Tu vois, c'est facile. J'ai été heureuse des milliers de jours.

- Même dans cet hôpital indien ?

- Je n'ai pas dit "tous les jours", a-t-elle répondu en souriant d'un air gentiment moqueur." (p.164)

Comme le dit si bien cet extrait, la vie a ses hauts et ses bas pour chacun. F. Dannemark préfère nous parler des bons moments, sans occulter les mauvais mais, soit en les passant rapidement, en les sous-entendant, soit en les racontant avec humour, flegme (ce n'est sans doute pas pour rien qu'Alice a vécu une grande partie de sa vie en Grande-Bretagne).

Un beau portrait d'une femme qui, à 73 ans n'a pas fini de vivre, au contraire. De l'humour donc, de la fraîcheur, du positif dans un livre pas forcément profond mais dont le message principal pourrait être : "Profite du moment présent !". L'auteur a le chic et le talent pour parler de thèmes pas forcément drôles de manière légère ou de les inclure entre les lignes. Il ne dit pas tout, mais on le devine aisément, ce qui allège considérablement le propos sans en enlever le sel. Il y aura inévitablement des grincheux pour crier au roman léger voire superficiel, des tenants de la bonne-littérature-qui-ne-peut-être-que-sombre ; moi je (attention, là je m'engage : "moi je") dis que passer à côté d'un bon moment comme cela, ça ne se peut pas. Alors, profitons, ce n'est sûrement pas le roman du siècle, mais il offre des heures de lecture-plaisir réjouissantes ; je prend la philosophie d'Alice pour mienne. Prenons-la pour nôtre !

 

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Beso de la muerte

Publié le par Yv

Beso de la muerte, Gilles Vincent, Éd. Jigal, 2013

1936, le poète Garcia Lorca est assassiné à cause de ses sympathies républicaines. 2007, Thomas Roussel est commissaire de police à Pau. Il vit avec Claire, une jeune femme passionnée du poète assassiné, qui ne supporte plus son alcoolisme et qui le quitte après 5 ans de vie commune. Quatre ans plus tard, Thomas est toujours commissaire mais sobre. Il se marie avec Délia qui l'a aidé à sortir de son addiction. La nuit même de son mariage il reçoit un appel au secours de Claire qui lui dit être retenue en otage à Marseille. Thomas appelle ses collègues de Marseille et lorsqu'il apprend qu'un corps de femme carbonisé a été retrouvé sur des rails, il sait que c'est Claire. Il décide de se rendre sur les lieux et de prêter main-forte à la commissaire marseillaise, Aïcha Sadia.

Me voici polyglotte ("Moi, j'sais parler toutes les langues, toutes les langues, moi j'sais parler les langues du monde entier" disait Henri Dès dans sa chanson Polyglotte. Désolé, élever 4 enfants, ça laisse des traces.) : après I hunt killers, je me mets à l'espagnol, Beso de la muerte, un polar qui plonge dans les secrets d'États. Sans dévoiler le cœur de l'histoire, il y est question des GAL (Groupes Antiterroristes de Libération) créés par le Premier Ministre espagnol dans les années 80 pour lutter contre l'ETA qui perpétrait ses attentats en Espagne et se réfugiait ensuite en France bénéficiant d'une certaine immobilité de la police à leur égard. Ne pouvant compter sur la France, l'Espagne créa ces escadrons de la mort qui enlevaient ou assassinaient les membres d'ETA sur le territoire français. Tout est très bien expliqué dans le roman, simplement ; ce n'est pas non plus une thèse sur les GAL. Des piqûres de rappel pour les gens de ma génération qui ont entendu parler de ces événements au fil des années 80. Le contexte historique proche est planté de manière forte et si certains noms sont dits comme Felipe Gonzales ou Jacques Chirac, d'autres intervenants de l'époque ont des pseudonymes ; mais qui peut bien se cacher derrière l'ancien Ministre de l'Intérieur Agostini : "En dépit de la gravité de l'instant, elle ne put s'empêcher de sourire à l'accent de son interlocuteur. Un mélange de Raimu et de Fernandel qui les avait tous fait rire lors de la prise de fonction d'Agostini en 1986. Mais cette musique pagnolesque dissimulait une main de fer et un caractère bien trempé, rompu à toutes les combines. Très vite après le débarquement place Beauvau du nouveau ministre de l'Intérieur, la loi "Sécurité et Liberté" avait effacé le sourire des fonctionnaires de police." (p.107) ?

Pour l'intrigue, j'avoue avoir été un peu agacé par de multiples rappels des événements, des sortes de rapport d'enquête faits tour à tour par Aïcha, par d'autres collègues, dont Sébastien Touraine, un privé qui ne parle pas beaucoup mais s'imprègne de tout ce qu'il voit et entend et peut ensuite faire un résumé complet en se glissant en quelque sorte dans la peau des autres, ou encore par les auteurs des faits eux-mêmes. Si mon QI et ma capacité de concentration ne sont pas exceptionnels, il n'empêche que je réussis encore à lire un polar de 250 pages sans qu'on ait besoin de me "raccrocher"  toutes les 50 pages. Faire confiance à l'intelligence de son lecteur !

Malgré ces quelques réserves et d'autres concernant quelques facilités dans la résolution de l'enquête -que je ne dévoilerai pas, car c'est peut-être ma grande perspicacité qui m'a valu de me douter très fortement de choses bien avant les flics-, je dois dire que ce livre se lit avec rapidité et plaisir. Bien menée, dans un contexte fort et habilement planté, cette histoire peut aussi révéler quelques rebondissements et décrit des flics normaux, pas des surhommes, juste des enquêteurs qui suivent les pistes les unes après les autres. L'équipe constituée de flics, d'un privé et du médecin légiste est plutôt convaincante et ce serait un grand plaisir que de la revoir. En fait, si je fais fi de mes réserves, c'est tout ce que j'aime : une histoire -policière ou pas- qui prend dès le début du bouquin, qu'on ne lâche plus et qui, une sorte de fil rouge qui permet, grâce au contexte d'apprendre sur une période historique, sur des coutumes, des pays, ...

Bien écrit, ce roman se lit d'une traite, l'ombre de Garcia Lorca flottant au-dessus du lecteur jusqu'à la fin, et peut-être même un peu après.

Dernière minute : ce livre est finaliste du Prix Landernau 2013

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Le mariage pour tous

Publié le par Yv

Le mariage pour tous, Éd. Tchou, 2013

Ce livre est édité dans la collection "Les murs ont la parole". Tous les murs, les vrais en béton ou parpaings, mais aussi, il faut vivre avec son temps, les virtuels sur les différents réseaux sociaux. Le sujet est brûlant et on ne peut plus d'actualité, puisque je choisis de chroniquer ce recueil aujourd'hui, jour du vote solennel à l'Assemblée Nationale du texte de loi instaurant le mariage pour tous, alors qu'en fait le livre ne sortira réellement que le 02 mai (merci à Gilles Paris au passage). L'ouvrage reprend donc tout ou une grande partie de ce qui a pu être écrit sur les murs, dans les journaux, sur les banderoles, les pancartes des militants pour le oui au mariage. C'est Marie Clavel qui a compilé et Muriel Flis-Trèves qui a fait la préface. Elle est psychiatre et psychanalyste à Paris, mariée et mère de famille pas "militante, [elle] s'investit beaucoup sur les différentes façons de "faire la famille" avec un esprit ouvert à la discussion. Son intérêt pour les questions liées à la parentalité et aux mutations sociétales se retrouve dans les colloques qu'elle organise chaque année et qui font l'objet de publication chez Odile Jacob et aux P.U.F" (note de l'éditeur)

Si chacun peut avoir son opinion et la défendre ardemment, j'avoue ne pas comprendre le déferlement de violence envers ce projet de loi, qui déjà adopté dans nombre d'autres pays européens n'en a pas bouleversé les sociétés : "La Belgique a légalisé le mariage depuis 2003 ! Le pays existe toujours et les moules se mangent encore avec des frites..." Si comme le disait Chantal Jouanno (entendue le lundi 15/04 sur France Inter) Mmes F. Barjot et C. Boutin ont besoin de cela pour exister médiatiquement et entretiennent même le feu pour qu'on parle d'elles encore un peu, pourquoi les milliers d'autres personnes descendent-elles dans la rue, elles à qui on n'enlève rien, puisqu'elle pourront continuer à procréer et à se marier (enfin, l'inverse plutôt, d'abord on se marie, ensuite on procrée, bien sûr, je ne voudrais pas blasphémer, où diable (sic) avais-je la tête ?) ? Je ne voudrais pas être trop lourd ni trop sérieux sur le sujet, tous les arguments ont été dits et entendus, malgré ce que disent les opposants au texte,  je ne reparlerai donc pas de filiation, ou de PMA ou de GPA (puisqu'elles ne sont pas dans le projet de loi). Néanmoins, je me permettrai deux remarques :

- pourquoi les catholiques intégristes prient-ils dans les rues, alors qu'il me semble bien que les prières de rues sont interdites ? Ou alors ne le seraient-elles que pour certaine religion ?

- pourquoi certains hommes politiques de droite descendent-ils dans la rue contre cet texte ? Il me souvient qu'en 2002, entre les deux tours de l'élection présidentielle (JM Le Pen au second tour), ils n'avaient pas daigné y marcher pour manifester leur soutien à la République arguant du fait qu'il n'était pas dans la tradition de la droite française de descendre dans la rue (un de ceux  que l'on voit beaucoup en ce moment le disait dans un reportage sur cette élection présidentielle, tourné par Serge Moati, il me semble). Sans doute pour lui et pour ses collègues, donner des droits aux couples homos est-il plus dangereux que de maintenir la démocratie en France ! Pire, certain(e)s manifestent maintenant, non plus contre le FN mais avec lui ! 

Personnellement, je suis pour cette loi, pour le bien de l'enfant, car je suis persuadé qu'un enfant s'épanouira mieux chez un couple aimant (ici, toutes les combinaisons deviennent possibles) que dans une famille déstructurée et je ne crois pas du tout au mal-être d'un enfant qui grandit dans une famille homoparentale : de toutes façons, parents, dites-vous que vos enfants, à un moment ou à un autre auront honte de vous pour n'importe quelle raison, parce que vous être gros, maigre, petit, grand, moche, trop beau (là, ça sent le vécu), vantard (hein ?), modeste (ah, oui, ça me va mieux), homo, hétéro, pas drôle (euh...), pénible (euh... bis), lourdingue (euh... ter), trop présent, pas assez présent, ... Liste non exhaustive. Alors, un argument en leur faveur de plus ou de moins ... J'enfonce probablement une porte ouverte, mais ça me semble être le seul véritable point important : l'intérêt de l'enfant. Alors, certes, il y aura des familles homos à la ramasse, des couples homos qui après le mariage goûteront aux joies du divorce, de la garde alternée, mais sans doute pas plus que les couples hétéros. Rien de bien nouveau finalement. D'ailleurs lorsqu'on lit le bouquin, on s'aperçoit très vite que les homos candidats au mariage ne rêvent que d'une chose : vivre comme les  autres. Égalité dans la joie du mariage : "Je veux pleurer de joie au mariage de ma fille et de ma belle-fille.", "La mariée est tout le temps la plus jolie d'un mariage. Imaginez deux mariées au même mariage alors...", mais égalité dans les galères et les emmerdements : "Moi aussi je veux pouvoir épouser une chieuse, appeler mes gosses Kevin & Tyson, et avoir un chien qui pue", "Ça fait 2000 ans que vous ratez vos mariages... Laissez-nous essayer."

Et puis, dernier argument et pas des moindres, en regardant bien les uns et les autres, les pro-mariages pour tous sont vachement plus drôles et inventifs (notamment les gays dans l'auto-dérision et dans la reprise à leur compte de tous les poncifs et les blagues éculées à leur propos) que les anti. Florilège :

- François, recule pas, les homos sont derrière toi.

- François, lâche pas les pédales !

- On est tellement folles qu'on veut se marier

- Moi aussi je veux rouler en scenic

Et ma préférée : "Pitié ! Elle m'a dit "pas avant le mariage"..."

Alors, François et Jean-Marc (il faut bien quelqu'un qui le soutienne) ne lâchez pas, au besoin achetez ce bouquin qui vous remontera le moral, offrez-le à vos adversaires (il y a même des citations de gens de droite pour le projet, B. Apparu, F. Riester) et pour finir, une citation qui colle bien à son auteur Michel Galabru : "Je suis pour le mariage homosexuel. Je ne vois pas pourquoi on devrait épargner quelqu'un parce qu'il est homo." 

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Ça coince ! (14)

Publié le par Yv

Rodano, Hervé Carn, Éd. MLD, 2008

Recueil de nouvelles dont la première qui donne son titre au livre est un long cortège d'hommes enchaînés, peut-être aux travaux forcés, en camp, ... ? Un univers noir, très noir, lugubre, très dur et sans espoir.

Puis, vient Wilhelm, une histoire qui  me laisse dubitatif : oui, mais encore ? Passons alors à L'intergauche, la nouvelle suivante. Ah zut, c'est sur le foot ! Beurk ! Sombre, sans lueur, même dans ce monde de paillettes, de fric  et autres substances...

Je passe sur les autres nouvelles, l'ensemble est très bien écrit, on sent le travail de l'auteur, son implication, parfois un peu de pédanterie (dans Contre le biographique), mais finalement, j'y trouve peu d'intérêt. Il manque un je ne sais quoi qui pourrait faire la différence.

 

Maurice à la poule, Matthias Zschokke, Zoé Éditions, 2009 (traduit par Patricia Zurcher)

"Maurice est paresseux. Ses pensées, il ne peut pas les suivre. Elles passent, le voient somnoler, le laissent en paix et poursuivent leur chemin. Il n'est pas capable de retenir l'une d'elles. Elles sont trop rapides." (note éditeur)

Un livre difficile à résumer qui n'est pas à proprement parler un échec de lecture. Beaucoup de passages sont formidables de décalage, de drôlerie, très bien écrits. Mais c'est dense, j'ai eu l'impression que je ne pourrai jamais en venir à bout. Et ce style de littérature et d'humour, c'est bien quand ce n'est pas trop copieux. Et là, ça l'est trop. Je frise l'overdose. Dommage parce qu'il y a des paragraphes excellents, absurdes comme peuvent l'être parfois certains écrits de Boris Vian ou Raymond Queneau. En quatrième de couverture, est cité Samuel Beckett, mais j'avoue avoir beaucoup moins de connaissances sur lui que sur les deux autres que je cite, mais ce que j'ai pu en lire me donne à penser que cette référence n'est point usurpée.

Ce roman a eu le Prix Fémina Étranger.

Lus dans le cadre du club de lecture de la médiathèque municipale qui a pour prochain thème : les petits éditeurs. Dans la liste, il y a aussi que j'ai déjà lu et chroniqué, l'excellent Cannisses de Marcus Malte (chez Atelier in8) et le non moins fabuleux La folie Giovanna d'Élise Galpérine (chez Nicolas Chaudun)

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I hunt killers

Publié le par Yv

I hunt killers, Barry Lyga, Éd. Msk, 2013

Jazz est un adolescent qui vit à Lobo's Nod. Son père Billy est en prison. Un serial killer avec plus de 120 assassinats à son actif. Billy a élevé Jazz seul, lui a tout appris de ses meurtres, l'a même fait participer à des suppressions d'indices. Depuis, Jazz est évidemment perturbé, ne sait pas s'il est "normal" ou s'il peut à tout moment basculer dans l'horreur de crimes. Lorsqu'un cadavre est découvert dans une plaine de Lobo's Nod, il enquête. Lorsqu'un second corps est découvert, il parie pour un serial killer qui imiterait son père. Pas d'autre moyen pour lui, pour prouver son innocence que de tenter de trouver le coupable.

Ce livre est présenté dans un sac à pièces à conviction accompagné d'une bande jaune "police line do not cross", d'un avis de recherche, d'une carte d'identification de corps et d'un doigt coupé -en plastique, ouf- puisque le tueur coupe des doigts de ses victimes et en laisse un sur le lieu du crime. Résolument bâti pour la jeunesse, c'est un roman policier qui pourtant présente de vraies longueurs. On comprend que Jazz puisse s'interroger sur son risque ou même son éventuel passage à l'acte criminel, mais ses doutes et ses interrogations reviennent très (trop) régulièrement. Cela pourrait être intéressant s'ils évoluaient, mais les questions sont finalement toujours les mêmes. Elles ralentissent le rythme du roman, notamment dans sa première partie. Et puis, lorsque Jazz commence à cerner le tueur, le rythme s'emballe et la fin est suffisamment bien construite pour tenir jusqu'aux ultimes lignes.

L'idée de départ est bonne : le fils d'un serial killer qui connaît toutes les "ficelles du métier" si je puis m'exprimer ainsi qui part à la recherche de tueurs. Qui pourrait être mieux placé ? Nul doute que ce thriller- qui appelle une suite- fera la joie des jeunes lecteurs. La mienne fut un peu émoussée parce que je ne suis pas vraiment la cible voulue (je viens juste de sortir de l'adolescence... enfin de celle de ma fille) et que le style adopté ne me sied point. Non pas que je n'aie pas apprécié, mais en terme de polars, j'ai lu mieux. Mais, parmi les adultes moins grognons et rabat-joie que moi, il pourrait bien y en avoir qui se laissent séduire par ce livre, si l'on oublie les quelques fautes d'orthographe (de frappe), comme : "C'était donc à ça qu'ils ressemblaient, cette bande d'allumés, persuadés que Billy étaient victimes d'une machination..." (p.279) ou encore : "Quand t'es entré ici... engoncé dans ton armure, froid, avec l'air du fil de pute le plus blindé du monde." (p.302), cette dernière faute qui, vous me l'accorderez amoindrit un tantinet la portée de l'insulte, ou alors est en rapport avec un travail de couture d'une sus-nommée (sans arrière pensée ni jeu de mots) péripatéticienne, et quelques autres dans les pages précédentes

Pour résumer, pas une déception, mais plutôt un bon roman policier quand on est le public ciblé. Je vais donc de ce pas le poser près des lecteurs potentiels de la maisonnée.

Les lignes du début pour allécher : "C'était une belle journée. Le champ était superbe. Sauf qu'il y avait un cadavre." (p.9)

Merci Anne.

 

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La nuit, in extremis

Publié le par Yv

La nuit, in extremis, Odile Bouhier, Presses de la cité, 2013

Lyon 1921, Anthelme Frachant sort de prison, incarcéré après une mutinerie pendant la guerre. Victor Kolvair est persuadé que cet Anthelme est un assassin, celui qui a tué un ami des tranchées, et qu'il recommencera dès qu'il sera sorti. Il décide de la surveiller, seul. A cette date, Lyon est aussi à la veille de la visite d'un secrétaire d'état et les anarchistes, très présents en cette ville pourraient bien en profiter pour mener une action d'éclat.

Une nouvelle enquête des ancêtres des experts mérite que je bouscule mes priorités de lecture. Certains livres restent longtemps au fond des piles. Celui-ci est commencé à peine dans mes mains. Les deux premiers tomes, Le sang des bistanclaques et De mal à personne étaient tellement bien, que j'aspire très vite à retrouver cette atmosphère si particulière créée par Odile Bouhier, un (gros) brin de modernisme dans l'époque troublée de l'après-guerre. Les 30/40 premières pages resituent les personnages ou permettent à ceux qui ne les connaissent pas encore de savoir qui est qui. Puis l'enquête ou plutôt l'attente de Victor Kolvair démarre. Et je me dois de dire ici que je suis un peu déçu par le début de ce polar. Chaque personnage, que ce soit, Victor Kolvair le commissaire, Bianca Serragio l’aliéniste, Hugo Salacan le scientifique, Jacques Durieux son assistant ou encore Damien Badou le légiste, chacun est dans son coin, mène sa vie, son propre travail indépendamment de ses collègues. Ils ne travaillent pas tous sur la même histoire. H. Salacan et D. Badou sont préoccupés par des histoires personnelles, J. Durieux par les anarchistes, B. Serragio frustrée de ne pas voir V. Kolvair et lui-même empêtré dans ses certitudes et ses vieux démons. L'ensemble est un peu décousu, comme si Odile Bouhier avait écrit plusieurs histoires, une par personnage,  puis, les avait accolées en un seul livre ensuite. Il manque un lien entre toutes.

Puis, l'histoire et la collaboration démarrent enfin lorsque 3 cadavres sont retrouvés mutilés. Et comme dans les épisodes précédents, Odile Bouhier développe son contexte, la toile de fond de son roman. Elle s'intéresse aux avancées de la médecine des années 20. Bianca Serragio est très en avance et prend en compte les nouvelles théories de médecins étrangers sur l’aliénation, les maladies psychiatriques. Elle s'oppose avec vigueur à ceux qui ne veulent pas évoluer, sûrs de leur savoir. Elle parle de schizophrénie, de paranoïa là où ils ne parlent que de simulation et de "jeux d'acteurs". Pendant ce temps, H. Salacan s'intéresse de près aux travaux de chercheurs canadiens sur l'insuline qui soignerait les diabétiques. C'est la recherche médicale qu'elle soit classique ou psychiatrique qui peut relier les différents acteurs de cette histoire. Les traumatismes de la guerre sont également au cœur de ce livre, tant du côté des meurtriers que des enquêteurs. Toute ce contexte, très bien documenté, donne tout l'intérêt à cette troisième enquête de l'équipe.

Malgré mes réserves (mais peut-être est-ce parce que j'ai un peu trop idéalisé l'équipe Kolvair-Salacan ? ), je n'ai pas boudé mon plaisir de replonger dans le Lyon des années 20. Et puis, je n'ai pas tout dit, le procureur Rocher est toujours aussi antipathique, réactionnaire, et l'inspecteur Legone toujours aussi retors et mauvais. Et il en reste encore à découvrir dans ce troisième tome, mais je laisse un peu de suspense...

Les premières phrases : "1er août 1915, Fontenoy

Anesthésié par les coups de soleil qui, toute la journée, avaient boxé la vallée de l'Aisne et aplati le relief calcaire, le 96e régiment d'infanterie établit son campement provisoire dans le secteur ouest, l'ombre y étant plus franche. Un an qu'ils avaient quitté les moissons la bouche en cœur et la fleur au fusil, certains d'être de retour pour les vendanges, pourtant il avait bien fallu se rendre à l'évidence : la guerre prenait ses aises, elle était bien la seule." (p.11)

Une histoire qui a bien plu à Claude Le Nocher

 

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Je nagerai jusqu'aux premiers rapides

Publié le par Yv

Je nagerai jusqu'aux premiers rapides, Jean-Laurent Poli, LC Éditions, 2013

Un homme assiste impuissant à la déchéance de ses parents : sa mère sur-irradiée au cobalt pour guérir un cancer du sein 30 ou 40 ans auparavant, traitement qui, s'il a détruit les cellules cancéreuse  a aussi détruit la femme qu'elle était  et qui ensuite n'a plus jamais été qu'une malade et son père, victime d'un accident vasculaire cérébral, ayant perdu toute autonomie. Pour tenter de les comprendre, cet homme s'inscrit au programme Seniorita censé lui faire ressentir les douleurs et fatigues physiques du vieillissement.

JL Poli est un écrivain qui a déjà commis l'excellent Peut-on aimer une morte ?, c'est donc avec beaucoup d'impatience que je me plonge dans son dernier livre, sans rien en savoir si ce n'est le titre. Totalement surpris par le thème, j'ai été un peu déstabilisé pendant les premières pages, ne comprenant pas pourquoi le narrateur enfilait une combinaison le limitant dans ses mouvements. Une fois tout cela expliqué, on entre dans un livre sombre, douloureux, pas facile. C'est une lecture assez exigeante et de grande qualité, qui bouscule, mais la littérature ce n'est pas reposant, ça doit faire réagir. JL Poli s'attaque à un thème souvent tu. Rares sont ceux d'entre nous qui parlons de la déchéance des personnes âgées qui nous entourent. Le narrateur, fils unique, se retrouve loin (à Paris alors que ses parents vivent à Lyon) et seul à s'occuper d'eux. Il engage des associations, va voir les médecins, tous les intervenants auprès de ses parents, s'investit réellement dans la prise en charge : "Les désagréments que connaissent ceux qui accompagnent des mourants sont plus pénibles quand il s'agit de ses propres parents, mais tous les connaissent. [...] Je n'aurais jamais pensé, jeune homme,  que cette voie m'obligerait à jouer les garde-malades. C'est le lot commun, mais comme les personnes qui doivent subir une opération on croit son cas unique.[...] Après, la culpabilité travaille. Comme une pieuvre découverte par le plongeur dans l'anfractuosité du rocher, elle s'agrippe de toutes ses tentacules." (p.57/58)

Un livre qui ne se contente pas d'aligner les difficultés à prendre en charge des personnes aussi lourdement atteintes, mais qui alterne des pages du journal malhabile du jeune homme que fut ce fils, Journal d'un fils unique, les rapports d'expérience concernant le projet seniorita, les difficultés à se sentir vieillir. Il ajoute aussi quelques beaux souvenirs d'enfance, d'autres moins gais lorsqu'il allait voir ses parents avec sa jeune compagne et que sa mère acariâtre voulait imposer ses principes au mépris des goûts des autres. A petites touches, il parle aussi de la douleur de cette femme, intellectuelle, ancienne professeure, qui s'est vue décliner tant physiquement qu'intellectuellement.

C'est un livre qui parle à chacun d'entre nous, car chacun a été confronté à la maladie d'un proche, à une relation qui n'est plus celle espérée, et chacun espère surtout ne pas faire subir cela à ses propres enfants.

Madame Yv qui travaille en maison de retraite auprès de personnes en fin de vie s'est trouvée fort intéressée, mais ne l'a pas encore lu. Néanmoins, plus fine que moi, elle a parcouru la quatrième de couverture, une simple citation, qu'elle pourrait bien, en vous citant cher Jean-Laurent, replacer dans un rapport ou un travail écrit parce que cette citation -qui va suivre- est à la fois poétique, imagée et claire :

"Le temps de l'agonie est un fleuve qui prend sa source en terre inconnue et croise de multiples affluents. Ce fleuve, j'ai commencé à en remonter le courant, de ses eaux paisibles jusqu'aux premiers rapides."

Ne vous laissez pas impressionner par le thème de ce livre, vous voyez juste au-dessus que l'auteur a une très belle plume qui n'attend plus que vos yeux pour la découvrir.

Merci Christophe, continuez à publier de beaux textes dans de beaux écrins.

Peu de billets encore en ligne, La ruelle bleue en a publié un.

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Le griot de l'émir

Publié le par Yv

Le griot de l'émir, Beyrouk, Éd. Elyzad, 2013

Un griot du désert chante les louanges d'une tribu légendaire qui dirigeait son pays jadis et qui est désormais dispersée voire persécutée par l'émir actuel. Il se met au service de la belle Khadidja, mais lorsque celle-ci est poussée à la mort par un affront de l'émir, il s'exile à Tombouctou, une ville dans laquelle il fréquente les gens de savoir. Il y découvre l'amitié, l'amour. Mais le destin, en la personne de Mehmed son ami vient frapper à sa porte  et le griot qui s'ennuie de son désert ne peut résister à son appel.

Très beau texte qui fait appel à nos souvenirs de récits ou contes orientaux mais aussi à des histoires plus occidentales. Dès les premiers mots, on est au cœur du rythme du livre, des paysages décrits par Beyrouk. Au cœur de son histoire. C'est un texte lent, poétique, qui sait prendre le temps de nous décrire les lieux et les personnages. Le griot notamment, narrateur, qui n'est pas toujours très humble, parce que très conscient de sa valeur, de la portée de ses chants et de l'Histoire qu'il doit transmettre, celle de sa tribu : "Je suis un griot des Oulad Mabrouk. Ma tribu avait tout détruit et tout reconstruit, elle avait tout vaincu et tout embrassé, et elle était tombée sous le poids de son passé trop grand, trop lourd à porter. [...] Nous avions tout vaincu. Nous avions le Sahara tout entier à nos pieds et les verts pâturages, nous avions les plus beaux chevaux du monde et les chameaux les plus gras." (p.9/10)

C'est un texte qui est à la fois daté d'un temps ou le verbe des griots pouvait changer le cours de l'Histoire, un charme désuet d'une belle langue, châtiée, travaillée et en même temps actuel, qui peut rappeler les printemps arabes, les soulèvements des peuples brimés. Un texte intemporel, comme le sont certains classiques parce qu'il éveillent en nous des images et peuvent se référer à la fois à des événements lointains et à d'autres plus récents. Un récit qui m'a souvent rappelé le très bon livre de Anne -Catherine Blanc, L'astronome aveugle, par tout ce que j'ai écrit plus haut.

Pas de longueurs dans ce texte lent, au contraire des passages formidables comme ceux dans lesquels le griot du désert parle de sa découverte de la ville : "Je fus bouleversé quand je vis que les gens se rencontraient mais ne se saluaient pas toujours, et que, quand ils se serraient la main, ils ne le faisaient qu'un court instant, que les conversations n'étaient pas toujours longues. Et je me promenai encore et encore dans la ville, et j'admirai encore les fières et nombreuses mosquées, mais je m'étonnais tout de même de l'ardeur qu'on avait mise à les construire. Dans nos tribus, la foi n'a jamais eu besoin de gros monuments pour s'abriter, elle s'exprime allègrement dans les solitudes des larges espaces, et sous le regard bienveillant du Ciel et du Créateur." (p.75/76). Je n'ai pas pu m'empêcher de placer cet extrait, mon côté athée très développé qui me contraint à placer des "piques" dès que je le peux ; mais, je décline un partie de ma  responsabilité, ce n'est pas moi qui l'ai écrit !

Un excellent bouquin des excellents éditions Elyzad basées à Tunis ; si vous ne les connaissez pas encore, ce n'est pas bien, j'en parle très souvent, vous n'êtes dons pas assidus à mes articles, et là, c'est vraiment moche ! Beau livre, belle couverture, belle qualité du papier ; enfin que du beau !

Un très bel article, complet et détaillé sur RMI, signé d'un professeur de littérature à Nouakchott, Idoumou O. Med Lemine.

 

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