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Ah, au fait, j'vous ai pas raconté...

Publié le par Yv

Ben, non, j'vous ai pas raconté comment c'était le Prix du Roman France Télévision. Alors, voilà, après mon arrivée gare Montparnasse, j'ai choisi de rejoindre mon hôtel (boulevard Victor) à pieds : 35 minutes de bonne marche ! J'aime bien marcher à Paris, même aux heures de pointe, surtout aux heures de pointe, je n'aime pas beaucoup le métro, pauvre petit provincial que je suis : ça pue et ça fait du bruit. Au moins le tramway, chez nous à Nantes, c'est au grand jour et ce n'est point trop bruyant. D'abord, je sors de la gare par le boulevard Pasteur, je passe devant les éditions Albin Michel et je traverse le boulevard, et hop, en, tournant la tête à droite, je vois la Tour Eiffel (bon d'accord, je vous l'accorde, ça on n'a pas en province !). Un petit bonjour en passant à la grande dame (Et oui, outre les distributeurs de billets, les stations services automatiques, je parle à la Tour Eiffel. c'est grave docteur ?) Je vous épargne le reste du trajet effectué itinéraire google maps en main !

J'arrive à l'hôtel et malgré son air moderne mais cossu, la nuit fut bruyante : mais comment pouvez-vous dormir dans Paris ? Entre le bruit des voitures, celui des camions-poubelles jusqu'à tard le soir et celui des klaxons très tôt le matin ? Et moi qui me plains de la rue qui passe sous les fenêtres de ma chambre.

Lendemain matin, je reprends mes pieds et me déplace jusqu'à France Télévision (à peine 10 minutes). Là, nous nous retrouvons entre jurés qui ne se connaissent pas encore et la discussion débute. Puis Katia Martin, la Grande Organisatrice du raout vient nous chercher. J'ai bien vu dans ce grand hall des gens connus, journalistes pour la plupart (nous frôlerons même en redescendant avant la remise du prix, P. Maneuvre et son compère de Sex Machine). Nous arpentons alors les longs couloirs de cette immense bâtisse pour arriver dans une petite salle (enfin, on tient quand même à 25, sans compter les caméras et preneurs de son !) dans laquelle nous accueillent Olivier Barrot et Laure Adler. Café, viennoiseries, thé, jus de fruit, la télévision publique sait recevoir. Chacun défend son livre et je me retrouve assis entre deux jurés l'un qui défend Rouler de C. Oster et l'autre, Cyr@no de Bessora, tout pile les deux livres que j'ai détestés ! Ça commence bien mal ! Mais bon, je les charrie quand même un peu sur leurs mauvais goûts, j'ai d'ailleurs bien raison, puisque la suite de la journée, pour une fois, donnera raison à mes préférences.

Après, tout se passe bien, la discussion est policée -trop sans doute, mais nous sommes 20 jurés, donc chacun doit partager le temps. Un peu frustré donc par la tenue du débat, mais c'est l'exercice qui veut cela.

Mais après la remise du prix à Delphine de Vigan, nous pouvons laisser enfin nous lâcher ! D'abord, je rencontre, discute avec Sorj Chalandon et la lauréate : assez rapide, mais très chaleureux, l'un comme l'autre.

Et puis, nous pouvons parler et parler et parler de... livres entre nous jurés, mais comme nous parlons beaucoup, comme vous avez pu le deviner, nous sommes bien obligés de nous restaurer -parler donne faim- et de nous abreuver -parler donne soif. Très bien le buffet, les réductions salées et sucrées.

Et puis, la fin de la récréation sonne et il faut retourner vers Montparnasse, pas à pieds cette fois-ci car nous sommes plusieurs, donc je ne fais pas mon intéressant du genre : "je rentrerais bien à Montparnasse à pieds, moi. Allez, que 45 minutes de marche ! Bon d'accord, il pleut un peu, mais les habitants de l'ouest, Bretons du nord ou du sud ne s'arrêtent pas à cela !" Non, non, rien de tel dans ma bouche, je suis en bonne compagnie. Donc, métro, changement pour nous qui allons vers la gare de l'ouest : nous nous retrouvons à deux, prenons un café en attendant nos trains, celui vers Rennes pour ma compagne du jour et celui vers Nantes pour moi.

Très belle journée pleine de belles rencontres avec les auteurs, les jurés, les organisateurs. Tout bien quoi ! Je ne sais plus trop quand on postule pour être juré, mais tentez votre chance, vous serez bien reçus.

Il y a bien une vidéo de cette journée, mais elle n'est pas intéressante puisque je ne suis pas dessus. Mais bon, si vous y tenez : ici.

PS : un autre jury demande des candidatures, celui du Prix l'Express (j'y étais en début d'année)

Envoyer sa candidature (lettre de motivation et une chronique d'un de vos romans préférés de la rentrée littéraire 2011 sur une page A4 maxi) à :

concours@lexpress.fr ou L'Express Service communication, 29, rue de Chateaudun, 75009 Paris

Là aussi les rencontres sont belles, et les débats animés (si vous en êtes, passez mon bonjour à Stéphanie)

A ce propos, pour vous dire à quel point c'était bien, 8 des jurés de cette année se sont regroupés pour tenir un blog communautaire (dont Flora d'attrape-livres et moi) et qui s'intitule fort justement et judicieusement les 8 plumes

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Contractors

Publié le par Yv

Contractors, Marc Wilhem, Ed. Scrineo, octobre 2011

Bruno Rijkeers est un cadre du GESGC, une société qui emploie des contractors pour diverses missions. Par contractors, entendons mercenaires. Il vient de finir une mission et compte bien en récolter les fruits, pécuniaires cela va sans dire. Son responsable l'envoie sur une autre mission : il doit former une équipe chargée de surveiller et de protéger des bûcherons qui exploitent clandestinement une partie de l'Amazonie.

Dans le même temps, Thomas Pinheiro de Lima militaire brésilien, membre d'une société secrète Le Cygne blanc, qui s'autoproclame protectrice des intérêts du pays, est chargé par cette société de surveiller la forêt amazonienne et d'en chasser les exploitants clandestins.

Voilà le début de ce thriller résumé, mais c'est bien peu tellement il est empli de rebondissements, d'intrigues dans l'histoire et d'intervenants, tous plus pourris les uns que les autres ou alors naïfs et manipulés. Efficace de bout en bout ce roman, écrit par un capitaine de la Brigade de Répression du Banditisme.

Il y a bien quelques détails gênants, comme par exemple l'abondance de sigles des différentes sociétés ou organismes qui interviennent, certes expliqués en bas de page -d'où de nombreuses notes de bas de page- mais non rappelés ensuite. Il y a en fin de livre une liste des sigles utilisés, mais elle n'est pas mentionnée au début et je n'ai vu son existence qu'à la fin de ma lecture. Et puis, une fois dans l'intrigue, les sigles "passent". Ensuite, il faut bien reconnaître que si l'écriture est simple, efficace on n'a pas affaire au styliste littéraire de l'année et les dialogues sont un peu faibles, perfectibles. Ceci étant dit, on ne lit pas ce genre de roman pour ses qualités d'écriture, mais pour s'évader et éventuellement s'instruire. Ce qui est le cas ici. Donc mission pleinement remplie ! Car je dois dire que je ne connaissais pas grand chose aux sociétés de mercenaires ; je savais qu'elles existaient, mais mes connaissances s'arrêtaient à cet état de fait. Là, Marc Wilhem, grâce à son intrigue, nous montre les rouages, les implications des uns et des autres et comment ses sociétés, grassement rétribuées montent des opérations de déstabilisation voire carrément des machinations terribles. "Le temps du mercenariat à la Bob Denard était bel et bien révolu. La place était maintenant aux sociétés militaires -les SMP, ces multinationales de la barbouzerie qui permettaient aux grandes puissances de "tertiariser" certaines opérations tout en gardant les mains propres." (p.41)

Les connivences entre ces gens-là, les politiques et les journalistes -enfin, certains journalistes : "Aujourd'hui, la profession est une vraie merde. Les journalistes politiques ne font que des commentaires sportifs, comme si les élections n'étaient qu'un jeu. [...] Rien sur le fond, sur les idées ; ces peigne-culs ne sont même pas capables de ressortir les déclarations de l'année précédente pour mettre le doigt sur les contradictions des discours. Je te le dis, petit : que des commentateurs sportifs. Et ils ont raison vu que les journalistes sportifs, eux, font du people. Ils ne critiquent jamais les joueurs de foot, magnifiques, brillants, somptueux, héroïques... Les rois du superlatif. Les seuls à secouer un peu leurs clients sont les journalistes people. En fait, chacun fait le boulot de l'autre." (p.80)- les connivences disais-je sont montrées, démontrées. Instructif et effrayant. Effrayant, parce qu'on se demande qui gouverne qui ? Pourquoi ? Qui manipule ? Dans quel but ? Le Graal ? Le pouvoir bien sûr, et tout ce qu'il apporte : la notoriété, la puissance, la gloire et l'argent.

Un thriller politiquement incorrect qui montre les abus des uns et des autres. Un roman diablement efficace, captivant, crédible et réaliste, c'est d'ailleurs sans doute ce qui fait le plus peur.

En prime, en fin de volume, les éditions scrineo éditent un dossier écrit par un spécialiste (ici, Jacques Massey, journaliste spécialisé défense renseignement et sécurité) qui éclaire et analyse le système des SMP, des contractors. Instructif également, et exemples à l'appui, cette analyse crédibilise le roman qui la précède.

Comme quoi, on peut se faire plaisir en lisant des thrillers intelligents qui donnent à réfléchir et complètent notre instruction. Merci au partenariat Scrineo/les agents littéraires qui m'ont permis cette découverte.

 

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Chinoiseries

Publié le par Yv

chinois zodiaqueC'est bien ma veine ça. Peu tagué en général, me voici rappelé à l'ordre par La bouquineuse elle-même peu encline si j'en crois son billet à ce genre de jeu. Ma modestie dut-elle en prendre un coup, il me semble bien que j'ai été choisi car je dois être le dernier des blogueurs à n'avoir point encore fait son portrait chinois. Car, la subtilité de l'image mise en exergue ne vous aura pas trompé, il s'agit bien de répondre à des questions sur soi à la manière dudit portrait. Je vais tenter l'exercice et vous demande par avance votre indulgence sur mes réponses.

Si j'étais :

- un personnage de fiction : Le Chat de Geluck pour sa sagesse légendaire, et sa mauvaise foi aussi (ça je le rajoute avant que Madame Yv vienne le dire) et puis pour sa propension à commander du Muscadet* à Roger, non que j'en boive beaucoup, mais je suis en plein coeur du vignoble !

- un proverbe : le premier qui me vient à l'esprit : "Bonne renommée vaut mieux que ceinture dorée".

- un arbre : un arbre à cames ce qui au vu de mes dispositions mécaniques peut faire rire, surtout dans mon entourage, je vous le concède, mais je laisse votre imagination faire son travail.

- un parfum : "Un peu d'essence de Guerlain dans les cheveux"

- une rue : la rue de la paix au Monopoly, ou alors une petite rue de Chinon : la rue du pot de chambre (mon côté poétique qui prend le dessus)

- un plat : un moule à tarte ou à gaufres pour les tintinophiles

- une faiblesse : les vertèbres (je suis passé voir l'ostéopathe hier matin)

- une couleur : vert absinthe et non pas verre d'absinthe* (quoique)

- un animal : un tigre ou un chat, un félin à coup sûr : je me verrais bien en mon chat qui passe son temps à chasser les souris, à dormir dans des positions impossibles sur le canapé en plein soleil : ça m'a toujours fait rêver ; je suis sûr que tous les amoureux des chats en rêvent)

- une série télé : aïe, me voilà mal barré, loin d'être spécialiste ou alors toutes celles que je voyais fin des années 80 sur La Cinq (service militaire oblige !) : Shériff fais-moi peur (Ah, Daisy Duke et ses mini shorts !), Amicalement vôtre, Chapeau melon et bottes de cuir, Starsky et Hutch, ... Que des nouveautés. Une petite dernière pour la route, inconnue pour la plupart d'entre vous, sauf pour ceux, oisifs ou appelés du contingent (pléonasme dans mon cas), qui regardaient cette chaîne mythique : Commissaire Shimanski (attention série allemande, mais qui bougeait, et même le commissaire roulait en Citroën CX !) "Cinq you la Cinq !" 

Si parmi vous, quelqu'un(e) n'a pas été encore tagué, qu'il (elle) n'hésite plus et qu'il (elle) prenne ce tag à son actif !

(*à boire avec modération)

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La fin de l'âge déterminé

Publié le par Yv

La fin de l'âge déterminé, Michel Colin, Ed. Lectures Multiples, 2011

"Ils veulent la supprimer ! La nouvelle fait bientôt la une des journaux. Beaucoup de Français se mobilisent pour la sauver. Grèves, manifestations, débats, témoignages se succèdent. Rien n’y fait.

Un homme doit la rencontrer au plus tôt. Auparavant, il lui faut liquider toutes celles se trouvant sur sa liste. De nombreux obstacles sont placés sur sa route pour retarder le moment du rendez-vous. De plus en plus étonné, il décide de mener sa propre enquête sur la vie méconnue de la victime. Il va aller de surprise en surprise.

Fait exceptionnel, la victime, condamnée au silence, réussit néanmoins à parler à l’enquêteur et à lui faire des révélations étonnantes. Stupéfié, il doit se rendre à l'évidence. Pour certains sujets, les modes actuels de diffusion de l’information ne sont pas suffisants." (4ème de couverture). Ou les tribulations d'un homme voulant faire valoir ses droits à la retraite.

Après Alex et Mélusine, me voici confronté au départ en retraite. Non pas que nous ayons l'âge idoine, mais le bouquin idéal, oui ! Enfin, idéal pour elles, moi j'avoue n'avoir goûté ni l'humour ni les descriptions des difficultés à obtenir dossiers, informations et paiements. Ce livre est entre le roman et l'essai, c'est d'ailleurs sans doute sa construction ou sa mise en page qui m'ont dérouté. L'auteur ne choisit jamais vraiment son camp : écris-je un roman ou écris-je un essai ? Ce n'est pas aisé de choisir d'ailleurs puisque le sujet abordé se prête plus aisément à l'essai qu'au roman, mais bon, c'est pas moi qui aie choisi de traiter ce thème !

Je me suis perdu dans les textes, les références et les méandres des recherches effectuées par M. Leretraité (ce qui me fait craindre le pire pour la vraie recherche dans quelques années).

De bons passages alternent avec d'autres plus confus ou moins intéressants. J'ai eu parfois l'impression que l'auteur dressait des listes de faits sans vraiment les lier entre eux. Déplaisant et rien de tel pour perdre mon oeil attentif -je me disperse très vite, que voulez-vous, je ne suis pas un bon élève. Et puis, l'âge venant, ma concentration baisse !

Ceci étant, je ne voudrais pas décourager les ceusses d'entre vous qui peuvent être intéressés par ce sujet : les diverses lois prolongeant la durée de travail et repoussant de facto l'âge de départ à la retraite rendent ce petit livre très actuel (encore plus proche depuis quelques temps, depuis le budget de rigueur du gouvernement). Michel Colin l'aborde de manière originale, et d'ailleurs, je suis le seul à n'avoir pas apprécié cette lecture, ce qui prouve, s'il était nécessaire, mon mauvais goût ou alors, mon désir de rester jeune et de ne pas trop penser à mes vieux jours. Le chapitre le plus abscons est celui intitulé  : "Vers la polypersonnarisation d'un polyvalent polyponctionné devenant polyactif" (p.35) et ça me glace le sang, puisque je crains bien être dans ce cas précis !

Je salue le travail, même s'il ne me correspond pas !

PS : je vais quand même garder ce bouquin pas trop loin, des fois que d'ici quelques années, je veuille me plonger dans mon dossier retraite, j'ai comme dans l'idée qu'il pourrait me servir !

Petit éditeur, Les Editions Lectures Multiples entrent dans le cadre du Challenge Les Agents Littéraires !

 

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L'enfant de la neige

Publié le par Yv

L'enfant de la neige, Henri Gougaud, Albin Michel, 2011

XIIème siècle, Pamiers en Ariège, Jaufré encore très jeune enfant est trouvé dans la neige, par le Père Aymar, prieur du couvent de la ville. Jaufré grandira entre Aymar, la figure du père, Thomette la servante et Alexis, le fils de celle-ci qu'il appelle son frère. Puis, Jaufré partira sur la route, troubadour. Par un concours de circonstance -suite à une cuite carabinée-, il revient à Pamiers et trouve un manuscrit mystérieux d'un moine qui écrit ses doutes en la foi, ce qui à l'époque n'est pas vraiment bien vu, l'Inquisition veillant au grain. Jaufré en tentant de comprendre qui a bien pu écrire ces mots va faire des découvertes sur ses origines.

Autant le dire tout de suite, je ne suis pas spécialiste du Moyen-Age et donc s'il existe des clichés, des erreurs, des anachronismes, je ne saurais les débusquer. Je le précise parce que j'ai lu un article particulièrement virulent sur ce thème concernant ce roman (ici, si vous voulez plus de précision). J'ai donc pris ce livre pour ce qu'il est : un bon roman initiatique qui se passe au XIIIème siècle, un conte.

Nous voilà donc en plein cœur d'une intrigue et d'une région dans laquelle les hérétiques étaient nombreux. L'Eglise et ses représentants n'ont pas forcément le beau rôle, mais l'époque n'était pas franchement à la rigolade sur ces questions de religion (de nos jours, bien sûr, nous pouvons parler de tout, Charlie Hebdo incendié et des pièces de théâtres vilipendées sans avoir été vues ne sont que pures pratiques d'ouverture et de tolérance !). L'Inquisition faisait brûler quiconque pensait -et proférait- différemment, sous prétexte de sorcelleries ou autres hérésies. Mais l'amour rôde et Jaufré qui ne rêve que de le chanter pourrait bien le voir de très près. Henri Gougaud oppose donc malicieusement cette haine de la pensée différente à l'amour charnel et spirituel. Ses personnages sont bien décrits, sûrement caricaturaux pour certains, mais d'autres sont plus complexes, comme Vitalis, ce moine copiste qui ne sait faire une phrase sans jurer ; c'est un vieil homme qui a probablement perdu la foi -du moins celle de l'époque en la personnification de Dieu-, mais qui a gardé un amour immense pour les livres et son métier de copiste qui permet la diffusion d'iceux. Pour le plaisir voici sa première intervention :

"Par les couillons du père pape, j'aurais dû tirer le verrou. Ne reste pas planté, andouille, entre donc, puisque tu es là. Pose ton cul où tu voudras mais tais-toi, silence, motus ! Laisse-moi finir cette page." (p.56)

C'est évidemment le plus truculent de tous, celui qui sait mais qui se tait. Comme dans tout bon roman, chacun sait des choses mais ne les dit pas, sinon, point d'intrigue !

Les autres personnages gravitent autour de Jaufré l'aidant à trouver la vérité, certains plus denses que d'autres, tous très vivants. C'est ce qui ressort de cette histoire d'ailleurs : une joie de vivre, un sentiment d'avoir envie de profiter de la vie ! C'est peut-être un Moyen-Age idéalisé, mais qu'importe, les bonnes nouvelles ne sont pas légion en ce moment, alors prenons du bon temps en lisant !

Ecrit classiquement (avec de faux airs de vieux français dans les dialogues), c'est un roman qui, s'il n'est pas révolutionnaire, ne vous tombera pas des mains. De quoi vous faire passer un après-midi bien agréable au soleil de Pamiers, en des temps reculés, avec des héros bien sympathiques. Jaufré va de surprise en surprise, et le lecteur, sans lire ici de roman policier, pourra trouver du suspense dans la résolution de l'énigme de la naissance de ce jeune troubadour.

Un article aussi chez Bibliosurf.

Merci Aliénor.

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Léviathan : la chute

Publié le par Yv

Léviathan : la chute, Lionel Davoust, Ed. Don Quichotte, 2011

"1984, au large des côtes canadiennes. Surpris par une redoutable tempête, le ferry Queen of Alberta fait naufrage. Parmi les rares rescapés, le petit Michael Petersen, sept ans, a vu ses parents disparaître dans la tourmente.

2011, Los Angeles. Michael, désormais adulte et père d’un petit garçon, nourrit à l’égard de cette mer qui lui a tout pris une fascination mêlée de peur. Devenu chercheur en biologie marine, il se porte volontaire, malgré l’appréhension et la culpabilité d’abandonner les siens, pour une mission dans les glaces de l’Antarctique. 

Or, il est loin de se douter que cette expédition suscite l’inquiétude au sein d’une mystérieuse organisation séculaire, le Comité, dont les membres ont développé au fil du temps des pouvoirs supérieurs aux capacités humaines. Un de leurs agents, Masha, est personnellement chargé de veiller à la bonne marche d’une machination que le chercheur risquerait de mettre en péril. Ses directives sont claires : Michael ne doit jamais atteindre l’Antarctique." (4ème de couverture)

Autant le dire dès le début, je ne suis pas rentré dans ce roman. C'est un thriller scientifico-futuriste qui ne laisse aucune chance au lecteur qui ne réussit pas à adhérer tout de suite au propos. Il démarre très lentement -mais ce n'est pas un critère, un thriller n'est pas obligatoirement rapide-, et aligne les répétitions de situations, de questionnements d'une manière un peu agaçante ; par exemple, il est répété au moins cinq ou six fois en une trentaine de pages que Masha a mal au dos suite à "sa chute dans la benne à ordures" et qu'elle n'a plus vingt ans pour encaisser ces coups ! C'est à mon sens inutile et ça rallonge le livre loin d'être léger (400 pages). Et en plus, c'est un peu dur à entendre pour un quarantenaire, même si je ne saute pas du 5ème étage dans la benne à ordures tous les jours !

Ceci étant dit, l'auteur décrit bien ses personnages (remarquez qu'à force de répétitions, même le lecteur le plus obtus -donc moi- réussit à faire rentrer dans sa caboche les traits de caractères de tous) et les situations ne sont pas dénuées d'intérêt. Un peu prévisibles pour certaines, mais pas mal amenées et l'on a envie de savoir où tout cela va nous emmener. Personnellement, pas très loin pour moi, puisque j'ai lu ce thriller dans un aller/retour Nantes-Paris.

Mais ce qui m'a définitivement embrouillé, c'est le monde que Lionel Davoust décrit scindé en deux groupes dirigeants et opposés : la Main droite et la Main Gauche (au moins, il n'est point Manchot ! Ah, ah, je me gausse, mais où vais-je chercher tout cela ?) :

"La Main Droite croyait à un ordre absolu, supérieur à la volonté de l'homme et ineffable, auquel il convenait de se soumettre sans condition. Or les adeptes de la Main Gauche, guerriers de la connaissance, mages, initiés, quel que soit le nom qu'on leur attribue, n'avaient d'autres règles que celles qu'ils se fixaient individuellement. Certains l'exprimaient avec violence et entraient dans la vaste partie d'échecs qu'était le Jeu Supérieur ; d'autres se retiraient du monde et vivaient dans l'errance." (p.95)

C'est pour moi un charabia qui ne monte pas jusqu'à mes deux neurones encore disponibles (parce que là, ce n'est qu'un extrait ; il y a d'autres pages du genre). Mais il est vrai, je le confesse, et oui mon Père (merci mon Fils : des restes de mon éducation religieuse depuis longtemps enfouie sous mon ironie et mon athéisme convaincu !) que je ne suis pas un liseur de SF et que c'est même un domaine qui m'est étranger. Je ne suis probablement pas le public ciblé. Définitivement pas pour moi. Mais bon, essayez, vous verrez !

Merci Davina de chez Gilles Paris, mais pour les deux tomes suivants, ce sera sans moi.

Pour encore quelques jours le Challenge des Agents Littéraires est ouvert, j'en profite.

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La montagne effacée

Publié le par Yv

La montagne effacée, Patrick Breuzé, Presses de la cité, 2011

1930, Léon Futoz est le responsable de la Compagnie des guides de montagne à Samoëns en Haute Savoie. Armande, sa femme l'attend, de retour d'une de ses expéditions. Mais Léon tarde, ce qui n'est pas son habitude. Partie à sa rencontre, elle le voit au loin, rentrer sans son matériel. Léon ne sait plus vraiment ce qu'il en a fait et raconte à Armande une histoire qui se serait passée sur les sommets. Armande croit son mari pris de boisson, lui qui ne boit pas. Mais Léon perd la mémoire : une maladie d'Alzheimer qui, à l'époque, ne disait pas son nom. Dès lors, se bousculent chez lui les souvenirs de sa vie passée, de son amour pour une belle lyonnaise, et reste en lui son amour de la montagne : une expédition se prépare et il compte bien dessus pour montrer à tous qu'il n'est pas fini.

J'ai cru comprendre en lisant ça et là que Patrick Breuzé est un passionné de montagne : ça se sent ! Il la décrit admirablement, et on sent une vraie passion pour ses personnages, les montagnards, les hommes et les femmes qui vivaient au début du siècle dernier dans des conditions difficiles. L'opposition entre le guide  taiseux, obstiné et le citadin, riche, arrogant, hautain et sûr de la force que sa condition lui donne est un brin caricaturale, mais il faut sans doute cela pour installer le roman et son intrigue. Car, bien sûr, petite intrigue il y a, concernant la jeune femme lyonnaise que Léon a aimée, ce qui rajoute un peu d'intérêt au livre, mais je n'en dirai pas plus pour laisser un petit mystère !

"L'un des porteurs se précipita. Personne n'aimait ce genre de situation, quand guides et clients se retrouvaient dos à dos. D'ores et déjà, il paraissait acquis qu'il n'y aurait pas de bonne main, ce pourboire laissé à l'appréciation de chacun et qui souvent venait arrondir de belle manière une course mal négociée ou trop peu tarifée." (p.155)

La bonne idée de l'auteur est de combiner la maladie d'Alzheimer avec la montagne et les ravages qu'elle peut faire chez de pauvres gens qui n'ont pour gagne pain que cette montagne justement. Mais en même temps, Léon est un homme à poigne, habitué à diriger les autres guides de Samoëns, un homme qui ne lâche rien. On a donc à la fois un roman sur la perte d'autonomie, de la fierté (parce que diminué par une maladie inconnue à l'époque, l'homme n'est plus "un homme" aux yeux de beaucoup, qui ne peut plus nourrir sa famille) et sur la montagne, les randonnées et les paysages. Armande est aussi un personnage important : la femme effacée mais toujours présente, qui est en fait le pilier de ce couple vieillissant (ils ont un peu plus de 65 ans), comme beaucoup de femmes de l'époque. Elle s'inquiète Armande, se demande ce que va devenir Léon : "Quand elle entendit la porte se refermer, elle ne ressentit rien. Ni soulagement, ni colère. Ses mains étaient gelées, ses pieds violacés. Son corps noué attendait qu'on lui dise quoi faire. Ce sentiment de fin de vie, elle le connaissait déjà. [...] Adossée contre le mur chaulé, elle regarda défiler sa vie, de rares moments de bonheur, de longues années de labeur. Désormais, il faudrait admettre que le fardeau devint encore plus lourd." (p.76)

Roman bien écrit, dans une langue simple et soignée, insérant pas mal de dialogues dans le patois local, ce qui lui donne du rythme et du corps. Un livre qui a ce côté roman du terroir ou régional, un peu désuet, mais loin d'être désagréable. Un peu comme un téléfilm de France 3 : pas le film de l'année, mais on le regarde avec plaisir en famille ! Ce genre d'histoire ne deviendra pas ma lecture favorite, mais une de temps en temps (point trop souvent non plus), pourquoi pas ?

Merci Laura.

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La nuit n'éclaire pas tout

Publié le par Yv

La nuit n'éclaire pas tout, Patricia Reznikov, Albin Michel, 2011

"Quand on s’appelle Benjamin Himmelsbar, qu’on est un vieil écrivain en proie aux doutes et qui n’écrit plus, un solitaire qui a pour tout confident son hamster Igor, et qu’on rencontre une jeune femme mystérieuse qui se dit chasseuse de miracles, sorte d’Alice au pays des merveilles qui remonterait le temps, on la suit...
De Paris à Amsterdam, de Londres à Turin, au fil de rencontres insolites et savoureuses qui font revivre l’Europe cosmopolite des années 20, les poètes russes de l’émigration, les écrivains américains du Paris des années folles, le Berlin disparu, chacun d’eux va lever ses propres énigmes tout au long d’une errance en forme de puzzle vertigineux." (4ème de ouverture)

C'est un livre étrange et un exercice original auquel se livre Patricia Reznikov. Un livre, à la fois érudit et léger, déroutant, attirant et parfois long, utile et vain. Enfin, je pourrais presque dire tout et son contraire sur ce roman. C'est un livre qui m'a plu et m'a ennuyé. Il y a dedans un je-ne-sais-quoi qui attire irrémédiablement :  le détachement du narrateur, son lâcher-prise qui lui permet enfin de vivre, la rencontre avec Héloïse et leur relation totalement improbable mais en même temps tellement envisageable. L'écriture de l'auteure hésite entre-ou plutôt englobe-  la légèreté, l'érudition et la poésie (de vrais poèmes s'intercalent, parfois entre deux chapitres ; le  roman est une suite de petits chapitres qui rendent la lecture simple et pratique.

Résident dans ce texte une sorte de mystère et de décalage constants. Pas un suspense digne de romans policiers, non, mais une atmosphère qui plane et qui laisse ce goût très particulier. On ne sait jamais si l'on est dans le rêve ou dans la réalité, et c'est ma fois bien agréable.

En revanche, j'ai du mal à faire le lien entre toutes les informations délivrées ; j'ai presque l'impression de lire un recueil de nouvelles qui auraient en commun le narrateur. La construction de ce roman est un peu bancale : il manque quelques vertèbres pour que l'ensemble se tienne. Parce que Patricia Reznikov aborde plein de sujets, comme la quatrième de couverture -pour une fois pas mensongère- le laisse entendre. Voilà par exemple, une petite saillie tirée des réflexions de Benjamin Himmelsbar sur la rentrée littéraire que je trouve très juste :

"Je me sers mon thé goût russe avec ma théière pétersbourgeoise tout en lisant les journaux. La rentrée littéraire de janvier s'annonce et tous les articles font l'éloge des cinq mêmes écrivains à la mode. Curieux bal des vanités plein de cruels froufrous. Ça fait longtemps qu'on ne m'invite plus. Trop vieux." (p.30)

Le livre est plein de réflexions de ce genre mi-désabusées-mi-ironiques, parfois, il faut bien l'avouer, noyées au milieu de propos plus bénins, anecdotiques et pour tout dire, superflus. A mes yeux, un livre plus dense, moins épais aurait eu plus d'impact. Mais, je suis prévisible comme garçon et je dis cela assez souvent ne goûtant que très peu les gros livres. Alors, je passe des paragraphes, voire des pages. Parfois, dans certains livres, je vais directement à la fin, tellement le propos est dilué. Là, en lisant vite certains passages, je suis allé au bout, du début à la fin, parce que, comme je le disais au début de mon billet, il y a un je-ne-sais-quoi qui attire dans ce roman et qui empêche de le fermer sans le finir.

Leiloona aussi l'a lu.

Merci Aliénor.

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L'an prochain à Tbilissi

Publié le par Yv

L'an prochain à Tbilissi, Sana Krasikov, Albin Michel, 2011

Recueil de nouvelles qui ont toutes en commun de mettre en scène des réfugiés, des exilés, des immigrés de l'Europe de l'est vers les Etats-Unis. C'est parfois un peu difficile de se retrouver tant l'auteure place de personnages dans ses histoires. Je suis passé totalement au travers des deux premières nouvelles, pour cette raison, mais aussi parce qu'elle sont construites comme des puzzles. Sana Krasikov distille des informations par morceaux qui doivent s'imbriquer ensuite les uns dans les autres, mais parfois, comme dans ces deux premières nouvelles, j'ai eu 'impression qu'il manquait une ou plusieurs pièces. Ou alors, c'est moi qui ai la comprenette difficile (je vieillis, je vieillis, que voulez-vous, je dois faire face à mes limites !)

Après une mise en route un peu ardue, j'ai néanmoins persévéré et j'ai bien fait, les six dernières nouvelles me sont plus accessibles (ou alors, j'ai rajeuni ou compris la clef pour entrer dans le monde de l'auteure). La réussite professionnelle et sociale et surtout les apparences de cette réussite sont au cœur de toutes. L'homme se doit d'offrir à la femme confort et biens matériels (a priori deux points communs entre les Etasuniens et les nouveaux Russes et ex-résidents de l'URSS). Sana Krasikov construit des petits romans, pas des nouvelles à chute, juste des histoires, des tranches de vies. Ses personnages sont complexes, tiraillés entre leur pays d'origine et leur pays d'adoption. Les hommes sont assez absents, contraints de travailler pour arriver à leurs fins matérielles. Les femmes espèrent des vies de "Desperate housewives", sorte de panacée bourgeoise américaine. Entre espoir, désillusions, tragédies grandes ou mineures, elles avancent bien décidés, à accéder au rêve américain. Entre extrême solitude de celles qui épousent le premier citoyen des Etats-Unis venu pour avoir la green card et le permis de travail et les belles relations des autres pour tenter d'améliorer leurs vies d'exilées, l'auteure brosse des portraits de femmes actuelles, modernes pleines d'envies et de contradictions. Certaines s'en tirent mieux, plus jeunes, plus adaptées à la vie américaine, comme Alina, la jeune étudiante que Victor, loin d'être un jeune homme, aimerait voir beaucoup plus proche de lui :

"Rien qu'en la regardant, il devinait qu'une fille comme Alina n'était pas du genre à perdre les pédales devant un écran d'ordinateur et ne tapait pas du poing sur le clavier, comme ses fils,  au point d'envoyer valser la touche majuscule et de la faire atterrir derrière les meubles. Non, dans le même genre de circonstances, les filles comme elles se levaient sans doute pour se servir un verre d'eau. Si ça n'allait pas, elles allaient courir. Elles corrigeaient toutes les erreurs de leur curriculum vitae avant de l'envoyer, au lieu de contempler d'un air hébété, quand c'était trop tard, le paragraphe "Compétences", en se demandant si elles avaient vraiment voulu écrire "Bonnes excellentes capacités orales et communicationnelles"". (p.78)

Pas mal du tout ce recueil, même si comme je le disais plus haut, certaines nouvelles sont un peu confuses. Sana Krasikov s'est lancée dans l'écriture d'un roman, son premier, qui ne devrait plus tarder (on va quand même lui laisser le temps de le terminer et celui, pour son éditeur français de le traduire : ici c'est Esther Ménévis qui s'y colle, à la traduction bien sûr !)

Merci Aliénor.

Clara a lu aussi et nous avons a peu près le même avis.

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