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Femme de seconde main

Publié le par Yv

Femme de seconde main, Uršuľa Kovalyk, Intervalles, 2017 (traduit par Nicolas Guy et Peter Žila).....

Gabriela Hafičová, jeune femme de trente ans est au chômage depuis cinq ans. Elle décide de quitter la Petite Ville dans laquelle elle vit pour la Grande Ville et y devient auto-entrepreneure, elle vend de l'amitié de seconde main, c'est-à-dire qu'elle monnaye non pas ses charmes justement mais son amitié simple. Très vite un premier client l'appelle, Kornel atteint d'une maladie dégénérative, puis une femme d'affaires, Muriel, et enfin une jeune femme mariée à un homme beaucoup plus âgé qu'elle Cindy. Gabriela va désormais organiser son temps entre ses trois clients très demandeurs et parfois envahissants.

D'après l'éditeur, l'excellent maison Intervalles, Uršuľa Kovalyk est slovaque et "depuis longtemps impliquée dans la défense du droit des femmes et dans l'aide aux sans-abris. Elle dirige également une troupe de théâtre composée de personnes sans domicile fixe. Femme de seconde main est son premier roman traduit en français", et c'est fort dommage car si les autres sont aussi bons que celui-ci, il est plus que temps de découvrir cette auteure, ou alors, si je prends ce constat avec mon optimisme naturel, c'est une excellente nouvelle, car ça me fera plein de textes à découvrir lorsqu'ils seront traduits. Uršuľa Kovalyk part d'une idée simple, les gens dans les grandes villes sont seuls accaparés par leur travail ou dans le cas de ses héros, gêné par leur maladie ou acheteuse compulsive qui ne vit que pour cela. Sur ce constat, elle bâtit son histoire et la société de Gabriela qui vend de l'amitié et rien que cela, pas de sexe. Elle-même est seule avec sa chienne Hilda et son nouveau travail est sans doute aussi important pour elle que pour ses clients.

Très habilement, la romancière parle de la solitude, de la difficulté de vivre très isolé et très chichement, de l'anonymat des grandes villes, d'une génération de trentenaires qui semble en difficulté, sans vrai repère dans ce pays jamais nommé mais dont on imagine aisément qu'il est le sien, la Slovaquie, qui fut jusqu'en 1993, une partie de la Tchécoslovaquie communiste.

Les personnages de Uršuľa Kovalyk sont très présents, Gabriela en tête, mais ses clients itou, tous avec leur forte personnalité et leurs blessures visibles ou enfouies, et l'on apprendra à les connaître tout au long du roman.

Deux-cent soixante-dix pages auraient pu paraître longues, et c'est au moment où l'on commence à y penser que l'auteure crée le rebondissement qui relance son histoire qui prend ainsi une tournure et une dimension différentes. Uršuľa Kovalyk s'attarde aussi pas mal sur des descriptions de lieux, de la nature, de personnes, de situations pas forcément en rapport direct avec son histoire mais qui apportent un côté décalé, comme lorsqu'une conversation ou une réunion de travail nous ennuient -qui n'a jamais vécu cela?- et qu'on regarde dehors si les lieux le permettent où que notre esprit divague à la suite d'un mot entendu ou d'une attitude d'un collègue, c'est sain et naturel -enfin, ça l'est pour moi, j'espère ne pas être le seul dans ce cas, ça m'arrive souvent (j'espère que mon chef ne lit pas mon blog).

Une auteure et un roman à découvrir qui débute justement par une des descriptions dont je parlais à l'instant, non dénuée d'humour, un humour présent malgré un thème pas toujours gai, un humour parfois noir, grinçant qui donne à la lecture un goût de légèreté tout en faisant passer le message :

"La peinture marron fécal et bon marché des murs de l'agence pour l'emploi semblait ce matin-là un soupçon moins merdâtre. L'écorce rigide d'une branche, parsemée d'un jaune fluorescent, dessinait une longue ligne oblique sur le crépi du bâtiment. Des tickets de bus usagés traînaient au bord du trottoir, tels des vieillards desséchés sur une plage naturiste. Personne ne se pressait." (p.5)

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Streamliner. All-in day

Publié le par Yv

Streamliner. All-in day, 'Fane, Rue de Sèvres, 2017.....

Quarante engagés, pardon enragés qui veulent  gagner la course la plus folle de cette année 1963. Le gagnant devient le propriétaire du coin de désert jusqu'ici géré par Cristal, la fille d'Evel O'Neil, la légende des courses de Streamline. Cette course n'a pas de règles, tous les coups sont permis, même une organisation secrète du pays y a engagé des frères pour abattre l'ennemi public n°1 qui tente sa chance. Qui emportera la mise, ce fameux ennemi public, Billy Joe chef du gang des Red noses, Calamity la rockeuse, Sue la leader des Black panties ou tout simplement cristal qui court sur la voiture mythique de son père ?

Suite de Bye bye Lisa Dora, la course a enfin lieu et tient toutes ses promesses. 'Fane dessine les voitures et les motos comme personne, et se fait un plaisir avec cette course : les chocs, les accidents, les déformations qu'ils impliquent. Il coupe son histoire de réclames dessinées et ajoute un numéro spécial en fin de volume expliquant la genèse des divers participants, une biographie plus détaillée des plus importants sous forme d'un magazine Sports cars& motorcycles magazine.

Fou, fou, fou, tout peut arriver dans cette course de streamline. 'Fane y ajoute une touche d'ambiance noire avec William Boney dit The Kid, fugitif et ennemi public qu'une organisation gouvernementale aimerait bien faire disparaître. Mais bien sûr le suspense le plus grand réside dans le nom du gagnant, Cristal pourra-t-elle garder son terrain sur lequel elle habite et travaille depuis plusieurs années ? Amateurs de grosses cylindrées, de moteurs rugissants, de caractères bien trempés, de coups tordus courez chercher les deux tomes de Streamliner. Les autres, feuilletez les albums et vous ne devriez pas le regretter, l'aventure est au rendez-vous ainsi qu'un constat -ou une critique- de la télé étasunienne de l'époque, prête à tout pour faire de l'audience : violence retransmise en direct et même les coupures de pub.

Évidemment, les tons sont bruns, couleur du désert, bleutés lorsque la télé diffuse un reportage. 'Fane fait feu de tout bois pour mon plus grand plaisir que je ne boude pas.

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Peace and death

Publié le par Yv

Peace and death, Patrick Cargnelutti, Jigal polar, 2017...

Une résidente de la maison  de retraite Les lilas, Odette, meurt dans des circonstances douteuses, du moins c'est ce que pense la lieutenant Céleste Alvarez. La vieille femme gît désarticulée, comme tombée de l'escalier, mais dans un endroit auquel les résidents n'ont pas accès.

La colocataire de la chambre de la résidence, Colette, est étonnamment calme, comme étrangère au remue-ménage qui suit la découverte du cadavre. Elle rêve à sa vie passée, le ranch du Nevada, la rencontre avec Rob...

Polar qui démarre très bien, dans une maison de retraite lieu assez insolite pour y placer ce qui ressemble à un meurtre, et peut-être même perpétré par un pensionnaire. La lieutenant Céleste Alvarez est un personnage que l'on n'a pas l'habitude de rencontrer dans ce genre de romans : pas forcément jolie, vestimentairement pas au top et quelques rondeurs qu'elle soigne à coup de kebabs accompagnés de frites, c'est mieux, de burgers et autres viennoiseries. Elle dessine et est sensible aux couleurs qu'elle voit sur les scène de crimes ou d'enquêtes, si elles se répètent c'est alors que l'affaire est pour elle. Point de vue original pour une flicque qui l'est tout autant. L'intrigue est bien menée et si elle souffre de longueurs, elle est notamment assez longue à démarrer et traîne un peu avec des répétitions et des détails qui personnellement ne m'ont rien apporté ni dans la compréhension de l'histoire ni dans la psychologie des protagonistes, elle est quand même prenante jusqu'au bout du bout. Bon, j'aurais bien ôté quelques pages à ce volume qui en compte 350, mais c'est mon côté bougon et amateur de romans courts. Autre bémol : je trouve que Patrick Cagnelutti dialogue trop son polar, mais encore une fois c'est très personnel. Néanmoins, dans la quatrième de couverture, il est fait mention d'un "roman noir hors norme", et là, je rejoins la personne qui a trouvé cette expression. Hors norme, car comme je le disais plus haut, la lieutenant Céleste Alvarez l'est, tant pour son physique que pour son caractère et l'intrigue qui nous emmène jusqu'aux États-Unis dans les années hippies, la guerre du Vietnam, et prend sa source dans la France de la guerre peut être qualifiée avec les mêmes termes. Un autre point primordial est que la part belle est faite à l'humain qui est au centre de l'intrigue et du roman en général. point de technologie de pointe qui prend le dessus, non ici ce sont les femmes surtout et les hommes un peu qui dominent.

Une belle découverte. Un bon polar Jigal -comme d'habitude- qui débute presque par une onomatopée :

"Lundi 9 janvier 2017

Résidence pour personnes âgées Les lilas - 3h30

Tac-tac, tac, tac-tac, tac, tac-tac, tac...

Exaspérant et bruyant, ce déambulateur. Exaspérante, cette lenteur extrême." (p.9)

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Infinity8. Le jour de l'apocalypse

Publié le par Yv

Infinity 8. Le jour de l'apocalypse, Lorenzo de Felici, Lewis Trondheim, Davy Mourier, Rue de Sèvres, 2017.....

Cinquième reboot pour le vaisseau Infinity 8 toujours empêché d'avancer par une nécropole immense. cette fois-ci, c'est le major Ann Ninurta qui est choisie par le capitaine pour sortir du vaisseau et aller voir de quoi il retourne. Dans cette nouvelle boucle temporelle, Ann fera face à des zombies, sa mission la poussera à se dépasser et à risquer de ne plus jamais revoir sa fille. Ira-t-elle au bout ? Choisira-t-elle sa vie de mère ?

Vive la suite des aventures du vaisseau Infinity 8. Cette fois-ci, si Lewis Trondheim est toujours au scénario, il s'est adjoint les services de Davy Mourier pendant que Lorenzo de Felici dessine. Ann Ninurta change des autres héroïnes de la série. Mère-célibataire, elle se bat pour garder sa fille et si ses missions sont importantes, sa vie de mère l'est également. C'est donc un dilemme auquel elle fait face lorsqu'elle doit aller au bout  de ses limites et peut-être même risquer sa vie -mais, ça je n'en dirai pas plus.

Pour ce cinquième épisode, qui en compte 8, je le rappelle pour ceux qui ne suivraient pas ce blog assidument, ce qui, je le rappelle itou, est une faute de goût, une erreur monumentale, que dis-je, un erreur impardonnable -sauf bien sûr si vous vous précipitez, vous abonnez et faites exploser mes statistiques, et comme ça je deviendrais le maître des blogueurs, ah ah ah ah (rire sardonique)... bon, je crois que je vais me calmer un peu sur la SF.

Pouf pouf, je reprends, puisque je n'ai pas fini ma phrase précédente, je disais donc : pour ce cinquième épisode, qui en compte 8, je le rappelle pour ceux qui ne suivraient pas -euh, non, ça je ne le répète pas-, pour cet épisode donc, l'héroïne est confrontée à des zombies. Chouette. Oui, mais non, parce que des zombies, c'est cool, mais là, ce sont des zombies aliens, encore plus mieux que cool. Et puis Ann, elle est cool aussi, elle ne dit pas non à un petit coup en douce avec un beau mec, même si les fameux zombies-aliens perturbent un brin les flirst et que conter fleurette à un beau gars lorsqu'on est entourée de monstres morts-vivants est un peu étrange.

Atmosphère à la fois légère et tendue pour cet excellent épisode de cette excellente série. Tout est bien comme d'habitude, scénario, dessins et couleurs. Vite, la suite !

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Ça coince ! (39)

Publié le par Yv

Dodgers, Bill Beverly, Points 2017 (Seuil, 2016, traduit par Samuel Todd).,

"A quinze ans, East est déjà un petit caïd : devant la taule où on vend et consomme de la dope, il est le chef de l'équipe de guet. Le jour où les flics débarquent, c'en est fini de son job. Pour conserver sa place dans le gang, East doit se racheter. Quitter L.A., récupérer des armes et éliminer un juge à l'autre bout du pays, là où il neige. Le tout dans un monospace pourri et avec une équipe de bras cassés. Une équipée sauvage..." (4ème de couverture)

Bien sur le papier, la rencontre entre ce texte et moi ne se fait pas. Je décroche dès les premières phrases, tente de poursuivre en m'agrippant aux quelque passages qui me plaisent, je persévère, mais très vite, je sens que j'atteins un point de non-retour, celui au-delà duquel je ne suis pas capable de lire un bouquin qui ne m'intéresse pas. Je ne sais pas pour vous, mais moi, je ressens vraiment un moment dans une lecture difficile où je ne peux plus avancer où le moindre mot devient un effort. Alors, je ne sais toujours pas pour vous, mais moi, je -"moi je moi je", je me la fais un peu narcissique- n'aime pas me faire du mal et préfère arrêter un livre plutôt que d'aller au bout sans plaisir, avec rien qui ne m'y retient. Beaucoup de personnages, une ambiance pas à mon goût, un style que je n'aime pas, plus plein de détails difficiles à cerner et à expliquer... enfin beaucoup de choses qui ne me vont pas. Voilà voilà voilà, donc Dodgers, sélectionné pour le Prix des meilleurs polars de lecteurs de Points, ne fera pas partie de mes finalistes...

 

 

Tu riras moins quand tu connaîtras les hommes, Florent Bottero, Denoël, 2017..

"Un corps de jeune fille flotte dans une rivière. Tout accuse son père, le redouté Joseph Roubaud, en cavale depuis la macabre découverte, et les villageois organisent une gigantesque battue pour le retrouver. Dans sa fuite, Roubaud fait la rencontre de La Forge, mystérieux colosse au calme olympien. Rejetant sur les gens du village la responsabilité de la mort de son enfant, Roubaud n'a dès lors qu'une obsession : se venger. Scellant un pacte avec son nouvel et puissant allié, il se lance dans une expédition sanguinaire." (4ème de couverture)

Ce roman qui se déroule dans le mitan du dix-neuvième siècle, je trouve qu'il peine à démarrer malgré des morts, des coups de feu, des envies de vengeance et des accès de colère. Il tourne un peu à vide et il faut que je m'accroche pour ne pas céder à le tentation de laisser tomber. Alors, j'avance, mais franchement, rien ne m'attire, les personnages son peu approfondis, la nature est présente certes, mais c'est un rien cliché et comment dire, travaillé, mais on sent le travail, le style n'est pas fluide, pour un peu, on verrait presque les ratures et/ou les taches de sueur sur le papier. C'est peut-être un peu méchant ce que j'écris là, mais c'est vraiment mon ressenti à la lecture de ce premier roman -qui a obtenu le prix Matmut 2017 (ah, putain, je n'en peux plus de la pub Matmut avec Chevalier et Laspalès) qui couronne les premiers romans. 

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Little Tulip

Publié le par Yv

Little Tulip, François Boucq, Jerome Charyn, Le Lombard, 2014, (texte traduit par Jeanne Guyon)...,

Années quarante, Pavel, sept ans est enfermé dans un goulag avec ses parents. Séparé d'eux, il rejoint le bâtiment des orphelins. Doué pour le dessin, il parvient à se faire respecter grâce à ceux qu'il dessine sur les corps des détenus.

Des années plus tard, devenu Paul, il vit aux États-Unis, collabore avec les autorités pour dessiner des portraits robots de suspects. Cependant, il ne réussit pas à dessiner Bad Santa, le tueur en série qui sévit dans les rues, viole et égorge des jeunes femmes.

Une BD majoritairement dans les tons bruns, marron, aux dessins explicites et forts. Les différents contextes le sont aussi, le goulag et la promiscuité, la difficulté d'y survivre, de résister aux manques et à l'extrême violence. Mais aussi le salon de tatouage de Paul et surtout les rues de New York en 1970 et ce tueur qui fait des ravages. L'ensemble fonctionne très bien, tant l'intrigue que les descriptions des environnements et des personnages. Pavel devenu Paul est un taiseux, un mec qui ne se confie pas du tout. Il vit avec Yoko et sa fille Azami, ce sont ses deux seules attaches à ce monde, elles et son travail de tatoueur.

L'histoire est suffisamment dense et forte pour nous tenir en tension et haleine les quatre-vingt-cinq pages de cet album. Vous avez pu remarquer, pour ceux qui me suivent régulièrement (les autres, je me répète, mais ce n'est pas bien, vous devriez venir plus souvent) qu'en ce moment je fais une cure de BD : en fait je suis allé à la bibliothèque de ma commune et comme je n'y étais pas entré depuis longtemps, il y avait plein d'albums que je n'avais pas vus et empruntés. Je suis revenu avec les bras chargés, il y en a donc d'autres à venir...

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By the rivers of Babylon

Publié le par Yv

By the rivers of Babylon, Kei Miller, Zulma, août 2017 (traduit par Nathalie Carré).....

1982, Kingston, Jamaïque, quartier d'Augustown, Kaia un garçonnet de six ans rentre de l'école. Ma Taffy, sa grand-tante chez qui il habite l'attend. Aveugle, elle met un peu de temps à comprendre l'inpensable, l'instituteur de Kaia lui a coupé ses dreadlocks, sacrilège absolu chez les rastafari. Alors, Ma Taffy raconte à son Kaia l'histoire du Prêcheur volant, Alexander Bedward, créateur du bedwardisme. Pendant ce temps, une étrange atmosphère se répand à Augustown en ce jour d'autoclapse. La catastrophe annoncée grandit depuis plusieurs jours, mois ou années.

Foisonnant, puissant. Une bouffée d'air jamaïcain, pas toujours très sain, pas toujours empli de bonnes odeurs mais tellement revigorant.

C'est d'abord une plongée dans le rastafarisme, avec ses "créateurs", Marcus Garvey, Leonard Percival Howell, mais aussi avec les croyants. Kei Miller parle de la société jamaïcaine, les ghettos, les noirs, les plus pauvres et les plus clairs jusqu'aux blancs, les plus riches qui habitent les hauteurs de Kingston, Beverly Hills. En partant de ce que nous pourrions, nous Occidentaux, qualifier d'incident, la coupe des dreadlocks de Kaia, le romancier bâtit un roman sur son pays, ses pratiques religieuses, l'histoire d'icelles et la difficulté de vivre pauvre en Jamaïque en même temps qu'une certaine joie de vivre malgré les manques. C'est donc un roman hautement instructif sur un pays assez peu décrit dans les livres, si ce n'est pour parler de reggae et de Bob Marley ou maintenant des sprinteurs tels Usain Bolt, mais ce serait le résumer trop vite que de se cantonner à cela. Kei Miller n'écrit pas non plus un manuel de l'histoire de son pays, c'est par petites touches qu'il procède et par paraboles, par transmission orale de Ma Taffy à Kaia. D'où une vraie explosion de la langue, des néologismes, des onomatopées érigées en substantifs, quasiment à toutes les pages. L'une de ces inventions qui m'a le plus plu est la suivante : "Certains étaient allés à la rivière dans le but de prouver que Bedward était un menteur et que ses paroles n'étaient que des fadaises-ablabla mais lorsqu'ils ressortaient de l'eau, frais et dispos, guéris de douleurs dont ils n'étaient même plus conscients, ils se muaient en convertis des plus démonstratifs." (p.90). "Fadaises-ablabla", je l'ai notée, mais ouvrir le livre à n'importe quelle page, c'est avoir la chance de tomber sur tel ou tel dialogue aussi coloré. Non pas d'ailleurs que ce roman soit très dialogué, ce sont plus des histoires racontées, des monologues ; je mesure la difficulté en même temps que le plaisir que la traductrice (Nathalie Carré) à dû prendre à travailler sur ce texte.

Kei Miller a un talent fou pour raconter des histoires, pour nous transporter loin et décrire des personnages forts et attachants, même les moins recommandables ont une part d'humanité sous-jacente ou clairement exprimée. Il sait les mettre dans des situations qui les rendent faibles ou forts, dans des moments où leur destin bascule parfois pour un simple geste malheureux. Il ne juge pas et le lecteur ne se sent donc pas pris en otage par le romancier qui lui dirait comment percevoir untel ou untel. Un excellent roman, le deuxième de l'auteur, après L'authentique Pearline Portious, paru en 2016, déjà chez cette très belle maison qu'est Zulma, que je n'ai pas lu, mais d'ores et déjà, je l'ai noté.

PS : et ce titre, qui, invariablement fait venir en tête la chanson...

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Pendant que le roi de Prusse faisait la guerre, qui donc lui reprisait ses chaussettes ?

Publié le par Yv

Pendant que le roi de Prusse faisait la guerre, qui donc lui reprisait ses chaussettes ?, Zidrou et Roger, Dargaud, 2013.....

"Catherine a 72 ans. Elle est veuve. Son fils de 43 ans, Michel, vit encore avec elle. Il faut vous dire que Michel est handicapé suite à un accident de voiture." (4ème de couverture)

C'est donc l'histoire de ce duo que Zidrou et Roger racontent. Pas une histoire linéaire avec un début, un développement et une fin, non, des petits moments, des anecdotes, des tranches de vie plus ou moins comiques, plus ou moins tragiques. Et à travers ces petites touches, on sent à la fois ce qui lie Michel et Catherine, lui étant totalement dépendant d'elle et elle lui consacrant sa vie au détriment de la sienne. Avec beaucoup de pudeur et de tendresse, les auteur et dessinateur parlent du découragement parfois de Catherine, de son envie de voyager, de rencontrer d'autres personnes, de vivre pour elle enfin quelques moments. Ils parlent aussi des grands moments de joie qu'elle vit avec Michel.

Il est aussi question de l'après : que faire d'un adulte handicapé lorsqu'on ne peut plus s'en occuper seule ? La solution d'un placement dans une institution est la plus facile -lorsqu'il y a suffisamment de places-, mais il est parfois difficile de s'y résoudre.

Aujourd'hui, je vous parle d'un très bel album, tendre, drôle, tragique, avec des héros attachants, gentils et parfois très encombrants. De ceux qui restent un moment en tête. Scenario impeccable et dessins et couleurs magnifiques. Rien à ajouter, parfois un peu de sobriété ne nuit pas, au contraire.

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Les particules et les menteurs

Publié le par Yv

Les particules et les menteurs (Tonton, l'art et la manière), Samuel Sutra, Flamant Noir, 2017 (première parution, 2012).....

Ruffy, vous connaissez ? Ruffy, peintre obscur du début du siècle dernier a peint deux toiles presque identiques, sauf une. Celle-ci est très recherchée, notamment par David Chicaude prêt à payer une fortune pour se la procurer. Tonton sait où est la toile. Le problème, c'est que pour en devenir très momentanément l'heureux propriétaire, il doit la subtiliser à une famille d'aristocrates, et c'est Gérard qui devra se faire passer pour un particulé pour préparer le terrain au reste de l'équipe. Autant dire mission impossible, Gérard chez les aristos c'est comme... non franchement, je ne vois pas d'image c'est simplement inimaginable.

Tome 2 des -excellentes- aventures de Tonton et sa bande ; vous reporter à mon précédent billet pour comprendre pourquoi je lis le 2 maintenant alors que j'ai déjà lu le 6 et tous les autres. C'est dans ce volume que l'on fait connaissance avec Donatienne de Gayrlasse qui deviendra la bonne de Tonton, et hop, l'équipe est complète. Plonger Tonton et sa bande dans le monde délicat et feutré de l'aristocratie, mais quelle mouche a piqué Samuel Sutra ? Bon, pour la mouche, je ne sais pas mais elle devait avoir de lourds antécédents. Par contre, le monde délicat et feutré vole en éclat et s'il n'adopte pas les mêmes codes que celui de la truande on ne peut pas dire qu'il soit plus glorieux, par exemple, la description de Donatienne : "La dame, d'une cinquantaine bien secouée, mais à la mise impeccable, aux souvenirs de Tonton, était la riche descendante d'une longue lignée de militaires qui s'étaient transmis le sang bleu de génération en génération, à grands coups de consanguinité. L'arbre généalogique devait compter certaines branches ayant donné plus de fruits que de noyaux. Lignée remontant, à ce que l'on disait, à des temps forts reculés, où l'on se battait à mains nues et à pied, le cheval n'ayant pas encore été inventé." (p.9)

Que dire que je n'aurais pas dit sur un roman avec Tonton ? C'est difficile tant à chaque fois, je me régale, je me marre, j'apprends de nouvelles tournures d'argot que je suis bien incapable de retenir, non pas que je soye coincé et que je répugne à user de vocables un rien familier voire pire, mais tout simplement parce que je ne les retiens pas. Il m'a fallu des visionnages et des visionnages des Tontons flingueurs (pas cités innocemment, bien entendu) pour en retenir quelques mots et pareil pour les excellents OSS 117 (mais là, il n'y a pas trop de rapport sinon que j'aime). L'autre référence, hors Audiard, Dard et Lautner, et qui est notée dans la très courte biographie de l'auteur en fin de volume est Alexandre Astier et son Kaamelott, et c'est vrai que le langage pratiqué par l'un et par l'autre se ressemblent ou du moins procurent le même plaisir. Visualisez cette scène : Gérard qu'on pourrait aisément qualifier d'abutyrotomofilogène -mot trouvé sur divers sites et qui signifie "qui n'a pas inventé le fil à couper le beurre", il y en a tout plein de mots comme ça rares, inventés, oubliés, désuets, c'est marrant à replacer dans un papier-, donc Gérard entre dans un bar gay -déjà c'est dur à imaginer- à la recherche de sa cible et demande :

"- Je cherche un mec, avoua-t-il.

Le serveur le dévisagea, parcourant la piste des yeux comme pour vérifier la nature de l'endroit.

- Tu déconnes ? Tu rentres dans un bar gay et tu cherches un mec ? T'es du genre à bouffer quand t'as faim, ma grande. Ça me chavire, les gars comme toi. Le mystère... L'imprévu..." (p.102)

Moi aussi, ça me chavire, si vous ça ne vous fait rien, je ne peux rien pour vous si ce n'est vous prescrire une dose maximale de Tonton pour vous dérider, maintenant qu'ils sont tous parus chez Flamant noir, commencez par le numéro 1, puis le 2, etc etc... Si au contraire vous aussi ça vous chavire, eh bien, commencez par le 1, le 2 etc etc...

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