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Incident de personne

Publié le par Yv

Incident de personne, Eric Pessan, Albin Michel, 2010

Un homme, animateur d'atelier d'écriture, prend place à bord d'un train Paris-Nantes. Il veut se reposer, bien qu'il s'en sente incapable, épuisé qu'il est par son travail, sa vie. Sa voisine de voyage, une femme, très attirée par son portable et ses textos à envoyer ne risque pas de le déranger. Et puis, entre Le Mans et Angers, brutalement, le train s'arrête, sans raison apparente. Au bout d'un long moment, le contrôleur du train parle d'un "incident de personne", un suicide sur la voie, qui oblige le train à s’immobiliser un moment. A ce moment, un contact, timide au départ, s'amorce entre l'homme et la femme, celui-ci se lançant dans un récit, alternant des moments de sa vie et des histoires reçues dans ses ateliers d'écriture.

Sombre, bien sombre ce nouveau roman d'Eric Pessan. Son personnage est fatigué, nerveusement, physiquement. C'est un "passager bavard, dépressif, vaguement inquiétant, celui [...] qui vous racontera sa vie, ses malheurs, ses problèmes, vous montrera ses varices et vous détaillera ses flatulences. Et -comble du malheur- votre train est coincé pour des heures." (p.155) Il se raconte à cette femme inconnue, lui qui ne dit jamais rien. Cet "incident de personne" déclenche en lui quelque stimulus le faisant se confier. Il rentre de Nicosie, en Chypre, où il a animé un atelier d'écriture. Là-bas, l'homme qui l'a accueilli, qu'il ne connaissait pas à procédé d'une façon similaire, lui racontant un épisode douloureux de sa vie et se suicidant ensuite. Alors, si le narrateur n'en est pas au suicide à proprement parler, peut-être peut-on parler de "suicide social", lui qui s'isole totalement des siens, de ses amis, des autres en général, au point de perdre également logement et travail.

Eric Pessan construit son roman comme des allers-retours entre le wagon, où les gens s'impatientent, s'énervent, et les histoires glanées lors des ateliers d'écriture que l'homme raconte à sa voisine. Le lien entre toutes ces anecdotes étant lui, l'animateur, le confident, l'avaleur, l'éponge qui les absorbe toutes et ne peut les ressortir, sauf dans ce train. Là où certains pourraient voir une suite illogique et sans but de récits plus ou moins intéressants, je vois un homme qui ne vit que par les autres, qui n'a aucune existence propre que celle de permettre aux gens qu'il accompagne de sortir leurs malheurs. "Pour ma part, je suis sans histoire, je n'ai rien à dire de moi, je n'existerai plus à la descente de ce train [...], vous vous souviendrez vaguement qu'un type bizarre voyageait à vos côtés, un type sans histoire, cousu de récits de vies qui ne sont pas les siennes. Un type qui a accepté de ne pas avoir d'histoire pour se rendre disponible à celle des autres." (p.182)

Ce n'est pas un texte facile, qui ne fait pas dans la gaudriole, mais Eric Pessan sait nous accrocher avec sa langue simple et directe. Le portrait d'un homme en plein questionnement à l'aube de la quarantaine, en questionnement sur lui-même, sur les autres et sur la vie en général. La vie, la mort, les souffrances, les malheurs, l'amour.

Un livre intelligent, par un auteur que j'aime beaucoup, qui nous pousse à la réflexion et qui ne peut laisser indifférent !

D'autres lecteurs : le globe-lecteur, Sylvie, Pimprenelle.

Merci à Joëlle Faure des éditions Albin Michel.

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Les coqs et les vautours

Publié le par Yv

Les coqs et les vautours, Albert-Paul Granier, Ed. des Equateurs, 2008

Livre prêté par un ami me sachant un petit peu réticent à la poésie et accompagné de ces mots : "Laisse-toi faire...". Vous l'avez donc compris c'est un recueil de poésies, écrites entre 1914 et 1916. Albert-Paul Granier est sous-lieutenant d'artillerie pendant la Grande Guerre. Pendant ses moments inoccupés, il écrit ces poèmes, chargés, lourds, pour beaucoup. Il les publiera à compte d'auteur, et c'est au hasard d'un cadeau amusé d'un copain que Claude Duneton, romancier, comédien,...,  découvrira le poète et cherchera à le publier.

Certains textes sont difficiles, lorsque Granier met en phrases les canons, les obus, car même l'élégance des vers n'édulcore pas la dureté des jours de guerre.

La Rafale (1914)

 

En rafale d'acier, les longs obus gloutons

fracassant le ciel clair d'un formidable orage,

se sont rués férocement sur le village,

comme un vol d'aigles sur un troupeau de mouton.

 

Et, lorsque la fumée en pesants tourbillons,

s'est effacée au long des calmes pâturages,

le doux village, au bord de la rivière sage,

n'était plus que ruine et désolation.

 

Mais, au milieu des morts des ans passés, l'église,

debout comme un cheval moribond, agonise,

et son âme saignant aux blessures des pierres,

 

pleure aux abat-sons morts du clocher chancelant

de ne pouvoir sonner ce soir, pieusement,

le glas du doux village au bord de la rivière.

 

Par contre, d'autres poèmes sont plus "abordables", moins chargés de douleurs, de cris et de guerre.

 

Le Feu (1916)

 

Le feu, dans la cheminée,

fait le bruit souple et flou

des oriflammes

et des pennons bleus des processions,

sur les quais des ports de pêche quand on va bénir la mer.

 

Le feu, très doux,

fait craquer les branches sèches,

et les fait s'affaisser avec un bruit soyeux

de jupe que l'on froisse ou de pas dans la neige.

 

Les flammes,

attachées aux sarments,

se tendent vers la lumière

-comme des âmes-

vers la lumière si lointaine

en haut de la cheminée,

et s'effilent vers la clarté

comme des algues dans le courant...

Albert-Paul Granier est né au Croisic, le 3 septembre 1888. Il est mort le 17 août 1917, "en plein ciel, en plein vol, au nord du Bois Bourru, près de Verdun" (p.17 de la préface), puisqu'il avait décidé de monter en tant qu'observateur dans les avions de l'époque, coucous de toile et de bois. Le sien n'a pas échappé aux obus ennemis.

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Le septième fils

Publié le par Yv

Le septième fils, Arni Thorarinsson, Métailié, 23 septembre 2010

Einar, journaliste au très controversé "Journal du soir" est envoyé par son rédacteur dans les fjords de l'ouest de l'Islande, dans la petite ville d'Isafjordur. Il doit faire un bilan économique, politique, enfin un bilan global de cette région que les Islandais quittent pour rejoindre Reykjavik, la capitale. Dès son arrivée, une ex-star du foot en visite dans le coin disparaît avec son ami d'enfance, une vieille maison du centre ville brûle, ainsi qu'un camping car volé quelques heures auparavant à un couple de touristes lituaniens. Dans celui-ci, deux corps calcinés sont retrouvés. Plus loin, à Reykjavik, c'est un député, très estimé et très en vue qui est retrouvé assassiné : il avait vécu plusieurs années à Isafjordur. Einar mène sa propre enquête au grand dam des flics des fjords et particulièrement de la commissaire Alda Sif Arngrimsdottir (Ah, le charme des noms propres islandais !).

Troisième aventure du journaliste Einar (je ne connais pas les deux précédentes) qui nous emmène dans l'Islande profonde. L'enquête est assez complexe et retorse pour nous tenir jusqu'au bout, même si le dénouement n'est pas si étonnant que cela.

Le plus intéressant, c'est la description de ce petit pays, juste avant la fameuse crise de 2009/2010 qui a vu son économie exploser et s'effondrer totalement (livre écrit en 2008). Les Islandais sont surendettés et Arni Thorarinsson cerne plutôt bien le sujet. Il expose les faits qui amèneront inévitablement à la crise : le besoin, l'envie de confort, de biens de consommation, de bien-être ; la vie à crédit pour ne jamais rien se refuser. Il explique comment les Islandais vivent la mondialisation au travers de ses personnages : la jeune fille-future-star de la chanson -du moins, le croit-elle-, le vieux flic bougon et réactionnaire et le journaliste qui observe et juge son pays et sa société.

Lors de son enquête, Einar s'oppose à la commissaire d'Isafjordur, aux habitants de cette ville qui ne voient en lui qu'un journaliste fouineur, curieux. Classique. Très crédible.

Ce n'est sans doute pas le roman policier du siècle, mais c'est un roman noir aux personnages et aux lieux très attachants. Une belle description, pas forcément pessimiste ou du genre "c'était mieux avant" d'une société et d'un pays en plein changement.

Et comme souvent dans les romans nordiques, le relief et le climat, bien décrits ici, donnent une atmosphère sombre, ouatée ; le pays, la région des fjords particulièrement devient un vrai décor très présent.

Encore un bon roman noir nordique, à lire au chaud pour contrer les effets du froid polaire.

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La fleur de Guernica

Publié le par Yv

La fleur de Guernica, James Noël (texte) et Pascale Monnin (dessins), Vents d'ailleurs, 2010

Sismo vit en Haïti. Ce jour du 12 janvier 2010 commence comme tous les autres : l'école, les copains. Et puis, "Rosemonde, la plus jolie fille de l'univers" s'assoit à côté de lui, en classe. Ils s'ennuient dans ce cour de catéchisme, et Rosemonde montre à Sismo ses dessins. Elle lui donne "une photo joliment bizarre. "Guernica, précise-t-elle, c'est du peintre espagnol Pablo Picasso" (p.5)

J'ai accepté ce partenariat jeunesse B.O.B/Vents d'ailleurs, parce que comme, vous l'avez pu lire dans le billet précédent -si ce n'est pas encore fait, je vous laisse quelques minutes pour y aller ! A tout de suite- Haïti m'intrigue et j'ai envie d'en connaître plus sur ce pays. En outre, aborder en même temps ce pays, le récent tremblement de terre et Guernica, tout cela dans un livre jeunesse me parait être un pari audacieux et tentant.

J'ai donc lu d'abord pour moi, ensuite je l'ai lu au jeune homme de 6 ans qui ne maîtrise pas encore la lecture ; son frère de 8 ans a lu tout seul.

Leurs impressions se ressemblent : "Z'ai bien aimé -l'un des deux zozotte !- les dessins parce qu'ils ont pleins de couleurs. Ils sont beaux. Le livre aussi est beau. L'histoire m'a permis d'apprendre qu'il y avait eu un tremblement de terre en Haïti, et puis, je ne connaissais pas ce pays. Je ne savais pas non plus qui était Picasso."

Quel manque d'éducation me direz-vous ! Bon d'accord, je fais profil bas. Mais justement, j'en profite pour dire merci aux auteurs et merci à l'éditeur parce que par l'intermédiaire de ce très joli livre, j'ai pu parler de ce pays, du récent séisme et du peintre espagnol et cerise sur le gâteau, j'ai montré aux garçons le fameux tableau, Guernica, pas dans le livre -il n'y est pas représenté- mais sur l'ordinateur.

Pour ma part, avec mes a priori d'adulte, une première lecture de ce livre me laissait à penser que les enfants auraient du mal à comprendre l'écriture poétique et un peu elliptique (et très belle) de James Noël. Cette fois-ci, ma supériorité d'adulte-éducateur en a pris un coup, parce qu'ils ont parfaitement saisi l'histoire. Le texte est beau et les dessins sont effectivement très colorés, réalistes : une vraie réussite d'album jeunesse.

Un excellent tremplin pour aborder des question d'actualité et des notions culturelles avec des enfants que l'on tente parfois de protéger des malheurs de la terre et qui, pour peu que ce soit dit dans une langue qu'ils comprennent et bien illustrée sont capables de comprendre beaucoup de choses.

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Haïti Kenbe la !

Publié le par Yv

Haïti Kenbe la !, Rodney Saint-Éloi, Michel Lafon, 2010

Haïti Kenbe la ! (= redresse-toi !), sous titré : 35 secondes et mon pays à reconstruire. Rodney Saint-Éloi, Haïtien, écrivain, éditeur-fondateur des éditions Mémoire d'encrier vit au Québec. Pour le festival Étonnants voyageurs, il retourne dans son pays d'origine en janvier 2010. Le soir de son arrivée, un terrible tremblement de terre a lieu, réduisant en poudre les maisons, palais de la Présidence, tuant des milliers de personnes pendant que des milliers d'autres restent sous les décombres. Vient alors le moment de rechercher ses amis, de venir en aide aux autres.

Rodney Saint-Eloi, une fois revenu au Québec écrit sur ce séisme, mais aussi sur son pays, son histoire riche et forte, les raisons de sa pauvreté et surtout sur ses habitants, tous très forts, courageux et dotés d'un optimisme et d'une vitalité obligatoires pour ce peuple qui a affronté moult épreuves.

Je n'aime pas les livres de témoignage sur tel ou tel événement de la vie, je les trouve souvent racoleurs, pleurnicheurs. Ce livre est tout le contraire. Rodney Saint-Éloi raconte comment le peuple haïtien est debout et tient à le rester, comment  le pays va se reconstruire et comment pour peu qu'on le laisse un peu tranquille (cf. les ingérences étasuniennes, les coups d'états, ...)  et qu'on lui laisse sa chance, Haïti pourrait se sortir de cette spirale de pauvreté.

"Plus de deux siècles d'Histoire. Une chronique coloniale lourde de violences. Les horreurs de l'esclavage. Le pillage des ressources. L'abêtissement de l'être dans son corps et dans son âme. L'esclave est un bien meuble, dit le Code noir, l'ensemble des règles régissant la société coloniale. Les colons pouvaient disposer de leur vies. Saint-Domingue, c'était la Perle des Antilles, la colonie française la plus prospère. L'île est aujourd'hui divisée en deux parties : la République dominicaine, à l'est, et Haïti, à l'ouest. Des tonnes de sucre, de café, d'indigo, de cacao et de bois de construction quittaient le port de Port-au-Prince en direction de la métropole. Aujourd'hui, Haïti est le pays le plus pauvre d'Amérique." (p. 210/211)

Mais comme je le disais plus haut, l'auteur parle surtout des habitants, de ceux qu'il connait bien sûr, les écrivains, Dany Laferrière, Franketienne, Lyonel Trouillot entre autres. Il nous présente aussi sa grand-grand-maman, Grann Tida qui raconte, aux enfants de son village des histoires. Des contes, basés sur la réalité de l'Histoire du pays, de ses coutumes, de ses croyances : "Tida a eu la sagesse de parsemer ses contes de leçons de vie. Aucune bouche de mensonge ne me racontera des sornettes tant il est vrai que l'histoire du pays depuis l'indépendance est une suite de séismes suivis de répliques régulières." (p.215)¨

Haïti m'a toujours intrigué. Dans ma récente lecture de Tonton Clarinette, j'ai pu "visiter" ce pays et ses habitants au travers d'une enquête policière. Dans Haïti Kenbe la !, je visite Haïti et les Haïtiens avec un guide qui connait parfaitement l'un et les autres et qui nous en fait des portraits sincères et forts. Que B.O.B et les éditions Michel Lafon soit grandement remerciés pour ce voyage au cœur d'un pays et d'habitants très attachants et dotés d'un optimisme et d'une force qui leur permettra de se reconstruire et j'espère de se reposer un peu des diverses catastrophes qu'ils ont subies.

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Kaltenburg

Publié le par Yv

Kaltenburg, Marcel Beyer, Métailié, septembre 2010

"Qui est Kaltenburg ? Un ornithologue et chercheur en psychologie comportementale, entouré de choucas, qui fonde après la guerre un institut de recherche à Dresde [...], le père spirituel du narrateur, qui perdit ses parents pendant le terrible bombardement de Dresde. [...]

Presque au terme de sa longue carrière, celui-ci, ornithologue lui-même, se souvient de son mentor, de sa brillante réussite dans les années d'après-guerre, de sa brusque disparition après la construction du mur, mais aussi d'un chapitre de son passé plus secret et beaucoup moins glorieux." (4ème de couverture)

Que dire de ce livre, écrit par un Allemand qui n'a pas connu la guerre, mais qui est très préoccupé par le comportement qu'il aurait eu s'il avait vécu à cette période ?

Très bien écrit (traduit par Cécile Wajsbrot) ; de longues phrases ponctuées par de très rares dialogues donnent un rythme lent qui sied à la recherche de souvenirs du narrateur et à leur évocation.

Par contre, je me suis perdu dans les époques, les lieux et les personnages qui changent sans vraiment qu'on s'y attende. Beaucoup de retours en arrière, à différentes époques m'ont perturbé : je ne savais jamais trop à quelle époque se situait l'action : de nos jours ? Pendant l'enfance du narrateur ? Sa jeunesse ? Son adolescence ?

Je me suis rendu compte également à la lecture de ce livre que j'étais assez ignare en ce qui concerne les années d'après-guerre en Allemagne : les lieux et les personnages ne me sont pas familiers et l'auteur ne donne pas beaucoup d'explications, ce qui a anéanti mes quelques derniers espoirs de finir ce livre. C'est une épreuve difficile de se rendre compte de sa médiocrité au hasard d'une lecture. Bon, en fait, ce n'est pas vraiment une découverte, je cerne assez bien mes limites.

J'ai commencé ce bouquin parce que les thèmes traités me tentaient bien : Allemagne des années 30 jusqu'à nos jours, ornithologie (Marcel Beyer se livre à beaucoup de très belles descriptions d'oiseaux divers).

Trop tortueux et elliptique pour moi, malgré d'évidentes qualités d'écriture. Rendez-vous raté.

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Manuel du fumeur de pétards

Publié le par Yv

Manuel du fumeur de pétards, Didier Du Castel, Ed. Tribord, 2005

En six bouffées, Didier du Castel fait le tour de tout ce qu'on a pu dire et de tout ce qui continue à se dire sur le pétard et les fumeurs du-dit pétard.  "Le fumeur de pétards se contente de rire (trop), de parler (beaucoup), de taper le carton (mal), d'assister aux spectacles (pour les oublier ensuite), de faire la fête (sans bouger) ou de contempler (tout et n'importe quoi). Options cumulables." (p.37)

Le livre est drôle, souvent au second degré. Mais sous ses airs marrants, il fait une liste exhaustive des arguments des défenseurs de la fumette et de ceux des détracteurs du shit. Il n'en oublie aucun. On sent qu'il est très partisan, du côté des fumeurs, cela va sans dire !

Parfois, la démonstration est un peu excessive, voire tirée par les cheveux, mais le trait grossi prête plutôt à rire.

"Débats autour d'un pétard :

Ceux qui fument un pétard disent tout et n'importe quoi.

Ceux qui n'en fument pas et qui en parlent disent tout et n'importe quoi." (p.51)

Bon, maintenant laissez-moi vous expliquer pourquoi j'ai cet objet de parent indigne et d'éducateur particulièrement lamentable dans ma bibliothèque, moi, dont la profession consiste justement à m'occuper et à élever les enfants qu'on me confie. Cet été, en vacances, nous sommes allés dans la petite librairie-tartinerie du très joli village médiéval de Sarrant (32) -ça, c'est pour montrer que j'assure quand même un peu côté éducation et culture- qui propose une variété assez incroyable de livres, de tous les styles, pour tous, d'éditeurs très divers. J'y ai acheté, entre autres, un livre précédemment chroniqué, chez le même éditeur : Cours accéléré d'athéisme,  et mon fils (13 ans. Précoce ?) a trouvé que ce Manuel du fumeur de pétards le tentait bien. Comme en général, il ne lit que des livres avec images, je me suis laissé gagné par l'euphorie qu'il pourrait entamer une carrière de lecteur. Bon, il a bien aimé, mais je crois que malgré l'entretien des zygomatiques que ce livre procure, il n'a pas fait naître chez mon rejeton la passion de la lecture. Mais je n'abandonne pas la lutte !

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Cours accéléré d'athéisme

Publié le par Yv

Cours accéléré d'athéisme, Antonio Lopez Campillo et Juan Ignacio Ferreras, Ed.Tribord, 2004

"A Madrid, au printemps 2003, le Gouvernement conservateur de José Maria Aznar, affidé de Rome et très proche de l'Opus Dei, a imposé l'introduction d'un cours de religion catholique dans le cursus scolaire pendant toute la durée des études primaires et secondaires à partir de la rentrée de septembre 2004."  (p.5)

Pour les parents non croyants, les enfants pourront suivre un enseignement alternatif : "l'alternative au cours de religion catholique sera un cours de l'histoire de la religioon catholique !" (p.5)

Un peu remontés par cette entrée en force de la religion au sein de l'école de la République, les deux auteurs, athées convaincus, se lancent alors dans l'écriture de ce cours d'athéisme.

Mi-philosophique, mi-scientifique, ce livre est à la portée de tous. Il a la bonne idée d'être court, pratique et intelligible. Cours en sept leçons dont : "Le croire dans le non-croire", "La morale n'a pas besoin d'être religieuse pour être morale", "L'idée de dieu n'est plus nécessaire", ...

Les auteurs sont très calés sur toutes les religions et ne s'attaquent pas à une en particulier, mais à la religion en général. Ils ne stigmatisent pas les croyants, mais les  mettent en opposition avec les athées : la religion, c'est croire, l'athéisme, c'est raisonner. Ils considèrent les religions en déclin, parce qu'elles ne sont plus nécessaires ; nées des besoins des hommes d'expliquer  la genèse de l'univers (la cosmogonie), la science les pousse vers la désuétude. Cependant, il ne faut pas faire de la science une religion : elle n'est qu'une explication du monde.

Pour eux, les divers intégrismes sont présents et visibles pour tenter de sauver les religions : revenir à des fondamentaux archaïques pour tenter de faire peur, de culpabiliser comme l'ont été nos parents, grands-parents et parfois nous-mêmes (ça dépend de l'âge des lecteurs !)

Les auteurs disent également, ce qui confirme mes convictions, que les valeurs religieuses sont avant tout des valeurs humaines et que point n'est besoin d'être croyant pour vivre en citoyen à l'écoute et au service des autres.

"Ce qui est propre à l'athéisme, c'est sa morale laïque, dans le sens éthymologique du terme : c'est-à-dire qui appartient au peuple, sans castes." (p.6)

Un petit livre intelligent paru chez un éditeur belge, Tribord, à un prix très abordable (4€). J'espère surtout l'avoir bien compris et n'avoir rien déformé des propos des auteurs.

Antonio Lopez Campillo est docteur en physique de la Sorbonne, et Juan Ignocio Ferreras est professeur de philosophie en France, aux Etats-Unis et en Espagne.

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Le paradis des femmes

Publié le par Yv

Le paradis des femmes, Ali Bécheur, Elyzad, 2006 (Elyzad poche, 2010)

Parce qu'il rencontre Luz, une comédienne de théâtre, le narrateur, un écrivain en plein questionnement sur le sens de son métier, de sa vie, se replonge dans son histoire personnelle. De son enfance en Tunisie, dans une famille riche, son père est un des premiers avocats tunisiens, en passant par son adolescence, jusqu'à sa vie d'homme, il raconte surtout son éveil aux sens, son désir d'approcher "Le paradis des femmes". Bercé dans son enfance par les contes de sa tante Ommi Khadouja, il deviendra écrivain, jamais vraiment accepté parce que "ce n'est pas un métier" et parce qu'il écrit en français, jamais rejeté non plus, parce qu'il est du clan, de la famille.

J'ai découvert, il y a plusieurs mois les éditions Elyzad et leurs beaux bouquins. Celui-ci, dans la collection poche bénéficie d'une couverture remarquable et très réussie, comme d'ailleurs, un autre déjà chroniqué ici. Mais faire de jolis livres, n'est pas tout encore faut-il qu'il y ait du contenu. Eh bien, comme pour mes précédentes lectures élyzadiennes (une autre ), c'est encore le cas pour Le paradis des femmes. Ali Bécheur évoque des thèmes souvent évoqués dans la littérature : l'enfance, le passage à l'âge adulte, la découverte des filles, les premiers émois, l'omniprésence de la mère pendant les jeunes années, puis, la circoncision faisant du petit garçon un homme traçant sa route "dans le sillage du père et du grand-père" (4ème de couverture).

Situé en Tunisie, son roman en ressort la chaleur, la moiteur, les rites sociaux propres aux pays d'Afrique du nord, surtout dans les années 50/60, l'évolution et l'ouverture du pays après l'Indépendance, sa transformation à des fins touristiques. Et puis, thème principal de ce livre, l'amour spirituel et physique est très largement décrit par Ali Bécheur : les premières tentatives de séduction et de passage à l'acte charnel du narrateur, les rencontres de femmes, la sienne bien sûr, mais aussi ses maîtresses d'un jour ou plus. A chaque rencontre, un jeu de séduction commence. Le roman d'Ali Bécheur est très sensuel, il aligne les mots d'une manière poétique, fait de belles longues phrases donnant un rythme lent qui sied parfaitement au narrateur qui prend son temps, qui profite de ces moments de séduction.

Ci-après un extrait qui décrit bien, selon moi, l'écriture d'Ali Bécheur : "A la fin des cours, Mounir me refile un livre mince, sous le manteau, comme un album de photos cochon. Les Fleurs du Mal. L'illumination, page après page je découvre qu'on peut lire le rêve, dire l'imaginaire, le nommer, l'inventorier, rendre ses couleurs, ses irisations, ses moires, ses odeurs, toute la gamme de ses sonorités. Entendre les vers retentir en soi, longuement, jusqu'à l'imprégnation et qu'ils s'impriment dans la mémoire, gravant leur empreinte, entraînés par la musique qu'ils composent. Les poèmes se dissolvent dans le sang, viennent à la bouche de leur propre mouvement, fleurs s'épanouissant grâce à la seule force de leur vitalité. De leur désir." (p.113/114)

Armande a également beaucoup aimé ce livre, elle écrit : "L'auteur trouve des mots somptueux pour évoquer l'amour charnel, d'une poésie puissante et magnétique." J'acquiesce et j'opine et je rajoute même que j'ai la certitude d'avoir découvert un grand écrivain à la langue admirable, riche et brillante.

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