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La loi des Sames

Publié le par Yv

La loi des Sames, Lars Pettersson, (traduit par Anne Karila), Folio, 2016 (Gallimard, 2014)....

Anna, substitut du procureur en Suède est appelée par sa famille maternelle en Laponie norvégienne pour aider à défendre Nils, son cousin, accusé de viol. Elle est chargée de trouver un arrangement avec la victime. Anna, qui a toujours vécu en Suède, retourne alors dans le grand nord qu'elle ne connaît que par de brefs séjours de vacances lorsqu'elle était enfant. En plein hiver, avec des températures frisant les moins cinquante, Anna se heurte à une communauté très soudée, les Sames dont elle est issue par sa mère mais qu'elle ne connaît que très peu ; de même ne comprend-elle et ne parle-t-elle que quelques mots de cette langue très particulière. Elle saisit, plus son travail avance, que le viol n'est malheureusement qu'une partie d'une affaire beaucoup plus importante.

Après la formidable trilogie -pour le moment- d'Olivier Truc, voici un autre roman lapon. Cette fois-ci écrit par un Suédois qui est tombé sous le charme de Kautokeino, localité tout au nord de la Norvège, et qui y passe ses hivers. C'est un roman lent. Très lent. Tout est blanc, gelé, on frôle parfois les moins cinquante degrés, et lorsque la température s'approche des moins dix, c'est que la météo est clémente. La première remarque qui vient à l'esprit est que l'auteur nous décrit beaucoup les différents parcours en voiture ou en scooter des neiges des différents personnages, Anna en particulier. D'où une certaine sensation de répétition, d'histoire qui tourne en rond et d'enquête qui fait du surplace. En outre, Lars Pettersson ne décrit pas les us et coutumes des Sames par des grands paragraphes. On peut donc ressentir une lassitude certaine et un ennui à la lecture, mais ce ne fut pas mon cas. En fait, Lars Pettersson est très habile et tisse son roman avec des fils visibles et invisibles. Il parle beaucoup des spécificités de la langue same et des paroles prononcées ou pas : "C'était ma mère qui m'avait appris cela. Ce que l'on taisait avait plus de poids que ce dont on parlait tout le temps. Il fallait apprendre à déchiffrer ce qui n'était pas dit. L'art de la conversation consistait à comprendre ce qui se cachait derrière les paroles que l'on prononçait réellement. Une vie en sous-texte." (p.71) Il construit son ouvrage de la même manière, le non-dit étant important. Il faut lire entre les lignes, rassembler les bribes d'informations semées de-ci de-là pour comprendre. Plus on avance dans l'histoire plus on intègre le truc et plus on comprend le mode de vie des Sames.

C'est très difficile pour Anna de revenir, elle est mal acceptée, sa mère ayant quitté la communauté depuis longtemps, tout ramène les habitants à elle et non pas à Anna qui reçoit et subit les reproches et les jalousies. Les Sames sont soudés, ils se connaissent tous. Les vieilles familles vivent de l'élevage des rennes sur des terres qu'ils sont les seuls à pouvoir exploiter. Mais si certains continuent l'élevage traditionnel avec peu de têtes, d'autres ont considérablement augmenté leurs cheptels et lorgnent sur les terres de ces familles, n'hésitant pas à s'accaparer des bêtes et tout faire pour couler l'adversaire. La société same qui semble si calme est en fait totalement bousculée par les notions de rendement, de richesse et par l'appât du gain. Les conflits d'intérêt sont légion mais comme les Sames se méfient des lois norvégiennes, ils préfèrent régler ça entre eux. C'est ce monde là que va découvrir -et nous faire découvrir- Anna. Elle va petit à petit trouver des indices qui la mèneront à soupçonner pas mal de monde. Elle va apprendre à connaître sa famille, tout un pan de son histoire personnelle.

C'est aussi un roman sur la condition féminine dans des sociétés où elles ne sont pas reconnues, même si de fait, ce sont elles qui les font tourner. Ajoutons à cela une nature somptueuse, blanche, silencieuse, les aurores boréales, ... et vous aurez toutes les bonnes raisons de jeter un œil attentif à La loi des Sames, un polar assez loin des clichés du genre.

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Weidmann, le tueur aux yeux de velours

Publié le par Yv

Weidmann, le tueur aux yeux de velours, Philippe Randa, French pulp, 2017..

Eugen Weidmann est un assassin allemand, condamné pour cambriolage dans son pays, expulsé du Canada et arrêté en France pour meurtres. Ce fut le dernier guillotiné en place publique, le 17 juin 1939. Le souci de la justice française était de savoir si Weidmann était simplement un tueur ou un tueur doublé d’un espion nazi envoyé pour déstabiliser le pouvoir déjà bien fatigué, le Front populaire qui finit essoufflé.

Ce livre est une exofiction. Personnellement, je ne connaissais pas le terme, qui, par opposition à l’autofiction, désigne une catégorie de livres inspirés de la vie d’un personnage réel (différent de l’auteur), mais s’autorisant des inventions, notamment sur les périodes mal connues (merci Wikipédia). Pourquoi pas ? Ce qui peut me déranger dans le genre, c’est que l’on ne distingue pas toujours ce qui est vrai de ce qui est inventé.

Mais bon, passons, ce qui n’a pas fonctionné avec moi, c’est que malgré un personnage à la vie tumultueuse, aux nombreuses facettes, jamais l’auteur ne parvient à m’intéresser. Son récit est plat et fade. On se retrouve face à un garçon terne qui avoue tout même probablement ce qu'il n'a pas fait tout seul. Peut-être était-ce le cas, mais il aurait sans doute fallu raconter selon un angle différent pour intriguer ou titiller les lecteurs habitués à lire des choses terribles et haletantes dans les thrillers ou les polars, ou un je-ne-sais-quoi qui fasse que le lecteur soit accroché. Il y a pourtant le personnage, le contexte politique, la montée du nazisme, la guerre imminente, même la piste de l'espion qui n'est que peu évoquée, tout cela aurait pu, aurait dû faire un bouquin passionnant. On s'ennuie et on a peine à croire qu'un type ayant commis de tels actes fût aussi terne et passe-partout, aussi prompt à tout avouer. Le juge français qui s'occupe de son cas ne semble pas plus dynamique, si bien que l'on croirait ouïr une conversation de salon entre gens de bonnes mœurs et de bonnes familles. Un comble tout de même !

Philippe Randa se contente d'aligner les faits de la vie de Weidmann sans les inclure dans ce contexte si fort, si particulier, un peu comme si son histoire se déroulait dans une période tranquille de paix et d'insouciance. C'est quand même fort dommage de passer à côté des troubles -c'est un euphémisme- de ce début des années 1930. 

Le seul intérêt de ce bouquin est de parler d'un type oublié qui dans son temps fut connu, mais finalement est-ce une bonne idée de remettre à la une des personnages aussi ignobles ?

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Schnock

Publié le par Yv

Schnock. La revue des Vieux de 27 à 87 ans, Ed. La Tengo, rédacteurs en chef : Christope Ernault et Laurence Rémila

Connaissez-vous Schnock, la revue des Vieux (avec majuscule) de 27 à 87 ans ? Non ? Mais quelle erreur ! Bon, soyons honnête, je dois cette récente découverte au même Pierre qui me prêta Mangez-le si vous voulez de Jean Teulé (merci Pierre). Cette fois-ci, le feuilletage de cette revue à l'heure de l'apéro chez les amis susnommés (enfin, lui, elle c'est Sophie) n'est pas tombé dans l'oreille d'un sourd. Oui, je sais ça ne veut rien dire, puisqu'un feuilletage -je ne suis même pas sûr du mot- certes peut faire du bruit, mais en général on ne le fait pas suivre de cette expression toute faite, mais c'est pour l'image ; remarquez bien que je parle d'image parce que je parle de sourd, si je parlais d'aveugle, eh bien, euh... je ne sais pas je sens que je m'enfonce un peu...

Pouf, pouf, revenons à cette oreille de sourd, de pas sourde d'ailleurs, qui prolongée d'un visage et d'un corps ressemble étrangement à Madame Yv qui a eu la bonne -l'excellente- idée de filer à la librairie commander trois numéros de Schnock pour me les offrir à mon anniversaire. Pas les derniers, non, ceux qu'elle a jugés les plus ciblés pour ma pomme :

- le numéro 3 (été 2012) : avec Jean Yanne en couverture et donc un gros dossier sur lui (c'est la photo qui illustre mon article)

- le numéro 6 (printemps 2013) : dossier sur Serge Gainsbourg

- le numéro 12 (automne 2014) : dossier sur Pierre Desproges

Autant dire que je valide ce choix judicieux et difficile, car si vous allez sur le site de Schnock, eh bien, vous vous apercevrez que -presque- tous les numéros sont tentants. Je n'ai lu pour le moment que celui que je présente en couverture (dessin de Erwann Terrier) et bon, y'a rien à dire si ce n'est que c'est une lecture passionnante et instructive. Ciblée années 60/70/80/90, la revue s'attarde sur les personnalités, les films, les musiques, les phénomènes de société qui ont marqué ces décennies. Beaucoup de plumes pour différents articles, toujours culturels aussi divers que Michelle Torr et son album country (raconté par Laurent Chalumeau), le lapin du métro parisien qui montre aux enfants qu'il ne faut pas se pincer les doigts dans les portes, l'invention des lunettes de soleil, les pornars (polars et pornos) de la Brigandine, ...

Pour plus de détails, je vous invite à visiter le site de la revue, à lire un exemplaire et je crains pour vous que vous ne puissiez vous arrêter à ce premier, d'autres suivront forcément... En plus, cette revue est au format livre, elle tient dans un sac aisément. Tout pour plaire.
Pour finir, ci-dessous les couvertures des deux numéros qui m'attendent et du dernier sorti (Michel Audiard)

 

Schnock
Schnock
Schnock

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Meuh !

Publié le par Yv

Meuh !, François Morel, Folio, 2016 (Denoël, 2015)....

Philippe Bonneval est un jeune homme, fils unique de marchands de vêtements dans la rue principale de Rochebrune. La plus belle boutique de la ville, Au vrai chic parisien. C'est avec fierté que son père pense à la succession Bonneval&fils. Mais Philippe a un autre destin : il se transforme en vache. Oui, oui, vous avez bien entendu, Philippe devient une vache, un beau ruminant à la robe soyeuse. Une vache quoi. Impossible ? Ben non, la preuve dans ce court roman.

Pour profiter de ce roman il faut jouer le jeu et croire à cette transformation aussi étonnante est-elle. J'ai tenté, en tant que lecteur averti -attention, j'écris dans un blog, je sais de quoi que je cause quand même- de trouver des explications, des images, des interprétations qui feraient que cette histoire aborderaient des thèmes sérieux : la tolérance, l'acceptation de l'autre quelles que soient ses différences, le retour à une vie simple, etc, etc... Oui, j'ai cherché, eh bien j'a effectivement trouvé tout cela, et puis j'ai même lu des passages sur le bien-être des animaux dont on parle pas mal depuis un moment, mais en fait, je crois que chacun y trouvera ce qu'il veut y trouver. Pour ma part, plus j'avançais, plus je me disais que c'était simplement une histoire irréelle et fantastique, à la Marcel Aymé. Rien de plus, mais surtout rien de moins. 

On retrouve toute la gentillesse et la tendresse de François Morel, tout son talent d'écriture fine et délicate. Il a l'art de décaler ses personnages, de construire un conte une fable à laquelle on ne peut croire mais en même temps, à laquelle on aimerait croire. Son roman est beau, poétique, peut plaider pour tout ce que j'ai écrit plus haut, mais peut être lu également comme une histoire simple avec des gens et des animaux simples. 

Folio réédite Meuh !  dans la version présentée ici, avec des gravures de Christine Patry, mais il parut chez Denoël en 2015, il me semble même qu'il a été écrit et édité -chez Ramsay-Archimbaud- bien avant (je dirais courant des années 1990).

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La reine en jaune

Publié le par Yv

La reine en jaune, Anders Fager, Mirobole, 2017 (traduit par Carine Bruy)...,

Recueil de nouvelles et d'interludes intitulés Fragments qui se recoupent tous. Des personnages des fragments viennent dans les nouvelles et vice-versa et certains personnages secondaires d'une nouvelle ont le rôle principal dans une suivante et re-vice-versa. Le tout forme une sorte de roman indescriptible, un joyeux mélange des genres original. 

- Le chef d'œuvre de Mademoiselle Witt : My Witt est une artiste trash qui use de son corps pour ses expositions. La dernière en date se met bon nombre de personnes à dos puisqu'il s'agit d'art pornographique.

- Cérémonies : le personnel d'une maison de retraite et les résidents se regroupent au quatrième étage pour des séances rituelles on ne peut moins bizarres, héritées d'un autre temps.

- Quand la mort vint à Bodskär : lorsqu'une équipe de militaires surentraînés est exposée à des étrangetés, la réaction de chacun est parfois inattendue et démesurée.

- La reine en jaune : et revoici My Witt, internée, totalement incontrôlable qui tente justement de se ressaisir.

- Le voyage de Grand-mère : Zami et Janoch débutent un long voyage pour escorter Grand-mère. Un voyage étrange avec une grand-mère qui grogne et montre les crocs.

Sans oublier les Fragments qui séparent les nouvelles et qui en reprennent les différents protagonistes. 

Lire Anders Fager n'est pas de tout repos. Je le savais puisque j'avais déjà lu Les furies de Borås. Bis repetita. Mêmes remarques et mêmes sensations dans ce nouvel opus. Il faut aimer le genre barré, décalé, allumé. Il faut ne pas avoir peur de lire du trash, du dévergondé, du violent et du dur. C’est tout cela l’univers de l’auteur. Et en même temps, ça peut être drôle. Mais ce sont surtout de belles réflexions sur divers sujets :

Qu’est-ce que l’art ? Jusqu’où aller en son nom ? La performance ou l’idée sont-elles déjà une œuvre artistique ?

Mais aussi : l’obéissance doit-elle mener jusqu’au pire ? Doit-on se rebeller lorsqu’on sait qu’un ordre nuit à autrui et finalement à soi ?

Ou encore : comment prendre soin des gens en difficulté, handicapés, internés, vieux ? La maltraitance dans les divers lieux d’accueil.

Il y a aussi des passages de pur irréalité, ou vécus comme tel par moi, car je dois bien avouer que parfois, j’étais perdu et ne comprenais pas trop ce que je lisais, sans avoir pourtant l’idée de passer des pages ou de fermer le livre et de le poser sans le finir. Car Anders Fager emporte le lecteur dans une foultitude de situations, dans son imagination plus que débordante, avec des personnages loufoques –ça c’est quand ils sont sympathiques-, inquiétants ou même franchement flippants.

Mirobole a la bonne idée de sélectionner les textes d’Anders Fager et de les mettre en page de très belle manière. J’aime beaucoup les liens entre les nouvelles et les Fragments, j’aime la façon dont tous les textes a priori indépendants se croisent et se succèdent. Une belle lecture pour se faire un peu peur et surtout pour changer des textes parfois un peu pâlots que l’on peut lire.

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Mangez-le si vous voulez

Publié le par Yv

Mangez-le si vous voulez, Jean Teulé, Julliard, 2009....

Hautefaye, Dordogne, 16 août 1870, c'est jour de foire dans la commune. Les rues et les places sont noires de monde, l'ambiance est à la fête et aux affaires même si les temps sont durs, la sécheresse sévit depuis un moment et l'eau est rationnée, et plus globalement, la guerre que mène l'empereur Napoléon III contre la Prusse est mal engagée. Alain de Monéys, jeune bourgeois du coin se rend à la foire avant de partir pour le front de Lorraine, à sa demande malgré une claudication sérieuse. Bien connu, il est adjoint au maire et travaille sérieusement à un projet d'irrigation qui servira au plus grand nombre. Cependant, un quiproquo, une phrase mal entendue et c'est le début d'une violence sans nom contre Alain de Moénys qui sera battu, lynché, torturé, brûlé vif et même mangé.

J'aime beaucoup Jean Teulé, j'aime l'entendre parler de ses livres et de ceux des autres, mais je dois bien dire que je n'avais jamais réussi à le lire totalement convaincu. Le magasin des suicides m'a déçu. Je, François Villon ne m'a pas transporté. A chaque fois quelque chose coince. J'ai bien failli me retrouver dans la même situation avec ce roman (basé sur des faits réels) : les débuts sont un peu naïfs, joliment comme si Alain de Monéys était une sorte de Candide qui vivait dans un monde beau. Son arrivée dans le village de Hautefaye est belle, lui sur son alezan, les paysans lui parlant tous de bonne humeur. Les dialogues ne sont pas crédibles, personne ne parle ainsi : "Bonjour Etienne Campot. Ça va Jean ? (...) Qu'allez-vous donc faire à la frairie de la Saint-Roch avec ce boulonnais, les frères Campot ?" (p.13/14). On se croirait au théâtre lorsqu'un acteur fait exprès de mal jouer et de mal dire les répliques. Ca sonne faux, mais c'est sans doute pour donner beaucoup d'informations sur les relations entre la future victime et ses futurs bourreaux, sur l'ambiance du jour, sans être trop magistral.

Heureusement, ça ne dure pas et lorsque la violence s'installe, Jean Teulé reprend une écriture plus sèche et directe. Contrairement à sa manière de parler, même s'il n'élude rien, il n'use pas d'un vocabulaire argotique et reste sobre, ce qui rend son récit très visualisable et ne l'édulcore point. C'est dur, c'est fou, c'est inimaginable, c'est parfois à la limite de ce que peut endurer un lecteur surtout parce qu'il sait que le fait est avéré, que Alain de Monéys en est véritablement passé par là. On est donc face à la folie humaine aux débordements incontrôlés et incontrôlables, aux effets de masse, de foule, et même au-delà. Comment peut-on en arriver jusqu'à molester, frapper, torturer et brûler vif un homme ? Un ennemi on pourrait si ce n'est comprendre au moins entendre certaines raisons, mais un homme du coin aimé et respecté ?

Le roman commence comme une bluette, puis part dans des accès de violence inouïs. L’auteur parle de tous les protagonistes, de ceux qui veulent empêcher le massacre, de ceux qui ne voient plus rien que la personne à abattre et qui n’expliqueront jamais vraiment leur geste. Il joue avec son écriture nous promettant une belle histoire qui dérive très vite dans un déchaînement de violence décrit en phrases courtes, rapides, et dans un vocabulaire courant emmenant son lecteur au bord du dégoût mais aussi l’empêchant de lâcher son livre. Enfin, je pourrais dire que j’ai aimé un roman de Jean Teulé (merci Pierre –qui se reconnaîtra- pour ton prêt). Un livre qui m’a rappelé un autre, du même genre, Un juif pour l’exemple de Jacques Chessex, dur et beau en même temps.

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Colère noire

Publié le par Yv

Colère noire, Jacques Saussey, French pulp, 2017.....

Serge Taillard, un industriel proche du milieu politique dans lequel il s'est fait des amis et surtout des débiteurs, et ex-membre d'un parti d'extrême droite, toujours en lien avec cette mouvance raciste et xénophobe, est retrouvé mort dans son bain. Tout laisse penser à un suicide, mais certains détails étonnent le capitaine Daniel Magne et sa jeune collègue Lisa Heslin. En creusant leur début de piste, ils tombent très vite sur de nombreux suspects qui ont la fâcheuse tendance à mourir. Ils tirent les différents fils de leur enquête qui les mènera loin, très loin de la France.

Ce livre, écrit en 2008 est le premier de la série avec Daniel Magne et Lisa Heslin qui en compte aujourd'hui huit, le dernier sort ce mois-ci. Primitivement paru chez Les nouveaux auteurs, cette plate-forme qui permet aux lecteurs de découvrir des manuscrits et en fonction des retours de les publier ou non, c'est la toute jeune maison d'édition French pulp qui le réédite cette année, avec bonheur. C'est un polar pur qui ne s'attarde que peu sur un contexte particulier. La part belle est faite à l'enquête. Parlons tout de suite des choses qui fâchent avant de revenir au roman. Ce qui me gêne, ce sont des fautes de français, comme ce pléonasme "s'avérer exact" qui revient plusieurs fois et qui lorsqu'il ne s'avère pas exact, s'avère autre chose certes pas redondant mais assez lourd stylistiquement. En outre, je note à deux reprises la maladresse suivante -parce que je ne soupçonne pas l'auteur d'un quelconque racisme- qui fait état de la race noire : "Des Africains. Des Noirs eux aussi. [...] Il n'y avait pas tant d'hommes de sa race qui pratiquaient le tir à l'arc..." (p.343). Je me permets de rappeler ici qu'il n'y a qu'une seule race humaine et que la couleur de peau et l'origine ethnique ne sont que des différences mineures qui ne font pas de nous des gens de races différentes. Désolé les cons, euh pardon les racistes -ah encore un pléonasme. 

Bon cet aparté clos, revenons à ce gros roman de 500 pages, format poche. S'il est centré sur l'intrigue et l'enquête et ne développe pas assez un contexte ou même les personnages, seul Daniel Magne bénéficie d'une description étoffée, les autres passent en second plan sans vraiment qu'on se souvienne d'eux, je me dis que c'est un premier tome qui installe l'équipe et que les suivants doivent nous en apprendre davantage. 500 pages disais-je de pur suspense, qui ne m'ont jamais paru longues. Jacques Saussey construit lentement son enquête, elle prend son temps, celui de parler des lieux, de la profession de la première victime et s'intéresse -même trop succinctement, comme dit plus haut- à chaque intervenant. Au fur et à mesure de l'avancée des enquêteurs, les raisons du meurtre semblent s'obscurcir, sauf pour le lecteur qui en sait un peu plus que les policiers, par des incursions dans l'intimité de certains protagonistes importants que les policiers ne connaissent pas encore. Patiemment, Daniel Magne met les pièces qu'il découvre dans des tiroirs et au fur et à mesure qu'il en ferme un, il en ouvre un autre qui le mène dans une direction insoupçonnée : entre les affaires politico-financières, l'extrême droite très liée aux précédentes, les compromissions, les services rendus ; cette enquête à tiroirs donc, est bourrée de rebondissements et de ramifications nombreuses poussant les enquêteurs loin de France.

Lorsque l'on croit l'enquête est finie, il reste encore presque cent pages à lire et l'on se demande bien ce que va dire l'auteur, c'est sans compter sur son obsession à fermer tous les tiroirs qu'il a ouverts, ce qu'il fera de main de maître, nous laissant avec des enquêteurs fatigués mais parvenus au bout qui reviendront donc pour d'autres aventures, que je suivrais très volontiers dans l'ordre.

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Suite française. Tempête en juin

Publié le par Yv

Suite française. Tempête en juin, Emmanuel Moynot, Folio, 2016 (Denoël, 2015), d'après le roman d'Irène Némirovsky, Denoël, 2004..,

Juin 1940, les troupes allemandes sont aux portes de Paris après la capitulation belge. Les Parisiens prennent peur et certains fuient. Parmi eux, le couple Michaud dont le fils est à la guerre, employés de banque, dont le patron monsieur Corbin fuit lui aussi avec sa maîtresse Arlette Corail. Il y a aussi la nombreuse famille Péricand dont l'un des fils, prêtre, est chargé de convoyer les jeunes délinquants de la fondation créée par son grand-père, mais aussi Gabriel Corte, écrivain hautain et désagréable et sa maîtresse. Ils croisent beaucoup d'autres gens que la peur a envoyés sur les routes bientôt surchargées. Il faut pouvoir s'arrêter pour manger et se reposer, mais la moindre chambre minable est prise d'assaut.

Irène Némirovsky est morte en déportation en 1942. Ecrivain, elle avait consigné dans des carnets ce roman qu'elle voulait en cinq volumes "sur le vif". Elle n'y parviendra pas, arrêtée avant, seuls deux romans sortiront de ses carnets, publiés en 2004 uniquement, ses filles les ayant conservés sans les lire pendant cinquante ans. Son roman recevra de nombreux prix, sera traduit et récompensé un peu partout dans le monde.

Ceci étant dit, j'avoue une certaine déception. Le livre n'apporte rien de bien nouveau. Les histoires des différents protagonistes, on les a déjà vues ou lues. J'essaie bien de me dire qu'elles ont été écrites quasiment en direct et ça force mon respect, mais à part cet élément important, l'ensemble est assez plat et fade. Je ne sais ce qui tient du roman ou de l'adaptation BD, mais les personnages ne me semblent ni sympathiques ni profonds. On ne sait rien de leurs liens, de leurs relations, à peine esquissées, c'est le contexte qui domine. Pourtant Irène Némirovsky a pris des gens totalement différents vivant la même tragédie, mais évidemment pas de la même manière. Il y a matière à construire une histoire et des relations fortes entre les personnages, des questionnements, enfin bref, un roman choral avec de vraies personnalités aux parcours différents qui peuvent se croiser, s'opposer, se rencontrer voire se combattre. Rien de tout cela dans cette adaptation en roman graphique, chacun vit la guerre de son côté.

Sans doute faudrait-il juger cette bande dessinée sur l'ensemble, au moins sur la base des deux romans écrits et publiés mais je crois que seul le premier, a été adapté par Emmanuel Moynot pour le moment. Sans doute même faudrait-il parler -comme du roman- d'une petite partie d'une saga en cinq volumes et dont ce premier tome serait la présentation des lieux, du contexte et des personnages, avant d'entrer dans le vif du sujet. C'est donc muni de ces précautions qu'il faut lire mon humble chronique. Néanmoins, on a le droit d'être déçu par ce qui est présenté comme un roman inévitable, plutôt d'ailleurs par son adaptation graphique puisque je ne peux juger du roman que je n'ai pas lu.

Réédité chez Folio, Tempête en juin, se présente en un petit format qui cependant ne nuit pas à la qualité de lecture, une version poche pas chère pour vous faire une idée... 

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Autoportrait

Publié le par Yv

Autoportrait, Edouard Levé, P.O.L, 2013.....

Edouard Levé, né en 1965, le premier jour de l'année et suicidé en 2007, le 15 octobre, est un artiste conceptuel, peintre, photographe et écrivain. Autoportrait est une suite de phrases sans lien toujours évident entre elles, qui, cependant, mises bout à bout dessine un portrait assez précis de l'auteur. 

 

C'est en lisant Charlie Hebdo à la bibliothèque municipale que j'ai découvert le nom de cet écrivain. Dans un article signé Yannick Haenel, icelui expliquait que lors de ses lectures publiques, il finissait toujours par des extraits d'Autoportrait d'Edouard Levé qui faisaient rire, mais il notait que depuis quelques temps, les passages qui habituellement faisaient rire avaient perdu cet effet et résonnaient étonnamment dans notre monde actuel. Muni de tous ces excellents arguments, je vais à la librairie et explique mon choix à la libraire qui paraît surprise qu'Edouard Levé puisse faire marrer, elle a lu Suicide et l'on se rapproche plus de Cioran que de Bigard. Un clin d'œil plus tard assorti d'une demande "tu me diras si tu as ri.", je sors de la boutique et quelques semaines plus tard, je me lance dans la lecture. Et surprise, j'ai ri. Mais pas seulement. Edouard Levé écrit des phrases souvent courtes qui s'enchaînent parfois sans lien apparent. Le procédé peut paraître déroutant mais on parvient cependant aussi bien que dans un autoportrait détaillé à se faire une idée précise de l'auteur. Car il n'élude rien, n'évite aucun sujet et va au plus court, à la phrase épurée, sèche a priori sans émotion -mais sait-on jamais, il y a celles qui résonnent dans le lecteur justement par cette simplicité. Au lecteur justement de faire le lien entre toutes les informations données ou de ne pas le faire et de lire ce court livre comme une suite de faits. Personnellement, j'ai lu ce bouquin, crayon à la main soulignant à tour de bras toutes les phrases qui me ressemblent, me correspondent ou dont j'aime le son, le ou les sens ou la consécution. 

En ce grand jour -le plus grand de l'année, eh oui, le 14 janvier est le jour qui a vu la naissance de gens vachement bien dont moi- je vous livre ici, en vrac, certaines de ces phrases qui m'ont plu pour les raisons ci-dessus évoquées :

"J'oublie ce qui me déplaît.

La compétition ne me stimule pas.

Je ne m'aime pas. Je ne me déteste pas. Je n'oublie pas d'oublier.

Je préfère m'ennuyer seul qu'à deux.

Je n'ai besoin de rien.

Je ne cherche pas les honneurs, je ne respecte pas les distinctions, je suis indifférent aux récompenses.

Je suis irrégulièrement intelligent

Le manque de sommeil me gêne moins lorsqu'il fait beau que lorsqu'il pleut.

Je trouve parfois le juste mot d'esprit une heure plus tard.

Le niveau sonore trop élevé d'un restaurant gâche mon plaisir.

J'utilise la première moule pour décortiquer les suivantes.

En me contredisant, j'éprouve deux plaisirs : me trahir, et avoir une nouvelle opinion.

Adolescent, le nazisme me paraissait appartenir à un autre temps, mais plus je vieillis, plus ce temps semble proche."

Une petite préférence pour ces deux dernières dont la pénultième que je ne me suis pas contenté de souligner, mais que j'ai encadrée. 

Voilà pour cette lecture réjouissante et cette très belle découverte, merci donc Yannick Haenel -un jour il faudra que je le lise lui-aussi-, que je vous recommande chaudement -et jour de mon anniversaire, vous ne pouvez pas refuser-, en plus, en sa version poche chez P.O.L, il ne coûte que 5€. C'est cadeau pour un tel bouquin, que je relirai et que j'offrirai sûrement.

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