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Articles avec #bande dessinee tag

Priscilla

Publié le par Yv

Priscilla. On choisit pas sa famille, Lætitia Coryn, Glénat, 2020

Priscilla, 6 ans et demi, fillette épanouie et enjouée grandit entre son père et sa mère, euh, comment dire ?... bas de plafond. Dans l'entourage de Priscilla il y a aussi son oncle, veuf, homophobe, sexiste, raciste et papa d'un garçon malade ; Jean-Mi un copain de son père, trentenaire qui aime les jeunes femmes, et Tarek et son fils Mehdi, le fiancé de Priscilla, au grand dam de ses parents.

Ouh la, ça commence très fort... Dès le premier gag on est dans le bain de l'humour trash et noirissime. Tous les sujets sont abordés par les parents de Priscilla et leurs amis, beaufs parmi les beaufs : le racisme, l'homosexualité, la sexualité tout court ouvertement expliquée à Priscilla (qui, je le rappelle a 6 ans et demi), la pédophilie, le sexisme, ... Enfin aucun sujet n'est tabou. C'est méchant, sale et on rit, jaune, parce que ces propos, on peut les avoir déjà entendus dans la vraie vie.

Autant je n'avais pas aimé Le péril vieux de l'autrice, autant là j'ai aimé. Ça dépote et décoince, ça fait du bien de rire de tous ces sujets politiquement incorrects. Certes, on s'abstiendra de rire avec certaines personnes : celles qui ne goûteront pas les détails de certaines cases : poster de L. Wauquiez dans une chambre d'hôpital, à côté d'une affiche contre l'avortement et du dernier livre d'E. Zemmour, tout un environnement explicite des personnages de Lætitia Coryn.

Préférez ne pas mettre ce livre entre toutes les mains, même si l'héroïne est une fillette de 7 ans à la fin du volume (elle a fêté son anniversaire dignement), il s'adresse à un public averti qui saura lire au-delà du premier degré.

Sélection pour le Prix BD des Lecteurs.

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Saison des Roses

Publié le par Yv

Saison des Roses, Cholé Wary, Ed. FLBLB, 2019

Barbara est la capitaine de l'équipe de football les Roses de Rosigny. Cette année, leurs bons résultats leur permettent de jouer la qualification pour le championnat national féminin U19. Mais les garçons, avec moins de panache, jouent également pour le championnat national. Le club, en délicatesse financière décide de privilégier les garçons. Barbara et ses copines, énervées, décident de ne pas se laisser faire et de sauver l'équipe.

Sélection pour le Prix BD des Lecteurs. Je ne suis pas fan ni connaisseur du football et du monde qui tourne autour, mais il serait mesquin de ma part de m'arrêter à cela. Certes, l'album traite allègrement de ce sport et des efforts et du travail à produire pour arriver à des résultats. Toujours plus importants pour les filles que pour les garçons. Car c'est surtout de cela dont il est question : la différence entre les mecs et les filles. L'équipe masculine malgré le peu d'efforts de ses joueurs jouera l'an prochain en national pour l'image du club. Les filles, elles, vont devoir prouver leur valeur, se démener, se défoncer, et malgré cela ne seront pas sûres de leur avenir. Même si le sport féminin est de plus en plus médiatisé, il reste toujours très en deçà de la représentation de son homologue masculin dans les médias et auprès du public. Surtout dans certains domaines, tel le foot.

J'avoue qu'il m'a fallu m'habituer au trait rond et parfois imprécis de Chloé Wary et à ses couleurs pastels, comme si l'album était resté au soleil qui en aurait altéré certaines teintes, d'autres étant restées à l'ombre, vives. Et puis, ce qui m'a un peu gêné devient une signature, un plus évident. C'est peut-être un détail que tous les lecteurs et lectrices ne noteront pas, mais les ciels de Chloé Wary sont superbes.

Très bel album, un peu long cependant, qui malgré le contexte footballistique pas dans mes goûts, est très convaincant et aborde le féminisme, la différence hommes/femmes dans le sport, le travail, les médias de manière originale et directe.

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Le Nouveau Président

Publié le par Yv

Le Nouveau Président, Yann Rambaud, Delcourt, 2019

L'ancien Président à disparu, une nouvelle élection dont les résultats sont imminents a été organisée. A peine élu, le Nouveau Président fait face aux puissants lobbys du Parmesan qui n'hésitent pas à menacer physiquement tous ceux qui s'opposent à eux. Le Nouveau Président hésite.

Moi aussi, j'hésite : est-ce un pur chef d’œuvre absurde, loufoque, totalement frappadingue ou une escroquerie, une BD ratée ? En fait, je suis entre les deux. J'ai eu du mal à entrer dedans, et puis, je me suis pris au jeu, à l'humour franchement décalé avant de me lasser. Il faut se laisser faire, sans trop se poser de questions, mais même avec cette méthode, je me suis dit que ce n'était qu'une succession de blagues plus ou moins bonnes, de facilités et de vraies trouvailles, sans but précis, sans fil conducteur. C'est un peu vain. Ce qui est très bon, c'est que malgré des traits esquissés, des yeux absents, on reconnaît les protagonistes qui sont mis dans des situations abracadabrantesques.

Sans doute ne faut-il pas trop se prendre la tête à la lecture de cet album : c'est une succession de blagues sur les travers des politiciens, des médias et de nous aussi un peu. Dès lors, si c'est un album ambitieux, censé dénoncer les turpitudes du monde politico-médiatique, c'est raté, parce qu'attendu et sans réelle invention. En revanche, si c'est un ouvrage qui voulait nous faire rire et sourire de manière décalée sur notre société actuelle, l'objectif est atteint.

Sélection du Prix Lecteurs de la BD.

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Aiôn

Publié le par Yv

Aiôn, Ludovic Rio, Dargaud, 2019

En 2312, Lexi Néel est réveillée après 12 années de sommeil forcé. Elle est envoyée sur la planète Aiôn de laquelle un message d'alerte a été envoyé. C'est Maxine, l'intelligence artificielle qui la reçoit, et Lexi découvre alors une base scientifique abandonnée et le cadavre du dernier chercheur l'ayant habitée.

BD lue dans le cadre du Prix BD 2020 de Lecteurs.com pour lequel j'ai été juré cette année. Six titres dont je vais parler les six prochains jours. Un par jour, et on commence par le premier reçu, pas mon favori. Les autres suivent dans le sens croissant de mon intérêt. Suspense...

Atmosphère Science Fiction, qui, a priori, n'est point mon genre, mais il m'arrive parfois d'être agréablement surpris. Pas là. L'album n'est pas déplaisant, le dessin est soigné, charmant, souvent seul, sans texte, donc plus libre d'interprétation. Mais le scénario est mince et peu original. Le voyage dans le temps est un thème souvent exploité en SF. Ludovic Rio fait dans la répétition de ses cases et son histoire s'étale un peu longuement à mon avis sans apporter d'originalité.

Un poil déçu donc, mais album qui pourra ravir nombre de lectrices et lecteurs, notamment dans les plus jeunes.

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Jusqu'ici tout allait bien...

Publié le par Yv

Jusqu'ici tout allait bien..., Ersin Karabulut, Fluide glacial (traduit et adapté par Didier Pasamonik), 2020

Ersin Karabulut récidive avec ses contes ordinaires qui n'ont d'ordinaire que leur nom. Comme dans son premier album chroniqué hier, Contes ordinaires d'une société résignée, il pousse son raisonnement jusqu'à l'absurde. Un absurde dont on n'a jamais été si proche, tant la société évolue avec une rapidité et une folie parfois effrayantes.

C'est une critique violente des autorités politiques qui préfèrent le profit -souvent à court terme- aux humains. Tout est privatisable et donc privatisé au profit de grandes entreprises et de ceux dont on imagine qu'ils s'en mettent dans les poches, les décideurs : eau, air que l'on respire... Tout le monde est fliqué et plus vraiment besoin de forces de l'ordre- sauf cas de force majeure- puisque ce sont les citoyens eux-mêmes qui se chargent de dénoncer, critiquer, mettre à l'isolement, voire pire, ceux qui ne font pas comme les autres. Celui qui ne veut pas du dernier mobile à la mode sera mis à l'écart et vu comme un paria. Ceux qui résistent, qui posent leur pierre -voir couverture-, qui osent porter des couleurs dans un monde gris le font au risque d'être arrêtés, vilipendés par la foule encouragée par les autorités voire tués. Même ceux qui, par hasard ou sans le vouloir ne peuvent entrer dans le moule risquent leur vie. Ersin Karabulut décrit des pouvoirs autoritaires pour ne pas dire plus qui soumettent les peuples, les abêtissent en leur offrant un accès aux nouvelles technologies ; leurs temps de cerveaux disponibles s'amenuisent jusqu'à quasi disparition. Un peuple qui ne lit pas, qui ne réfléchit pas est un peuple aisément manipulable.

Tout cela est excellent et, en prime, Ersin Karabulut joue avec les graphismes et les couleurs qui changent d'un conte à l'autre. Certains sont plus à mon goût que d'autres, mais c'est aussi jouissif que lorsqu'un écrivain change de style en changeant de narrateur ou de nouvelle. Un pur plaisir, noir et pas gai, qui donne à réfléchir à la dérive de nos sociétés et qui fait peur tant l'humain n'en est plus au centre. Ne reste plus qu'à espérer qu'Ersin Karabulut fait de la science fiction et que ça le restera...

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Contes ordinaires d'une société résignée

Publié le par Yv

Contes ordinaires d'une société résignée, Ersin Karabulut, Fluide glacial, (traduit et adapté par Didier Pasamonik) 2018

Recueil de fables, de contes en bande dessinée. C'est drôle, mordant, cruel, noir. Il y est question de la place de la femme dans une société patriarcale dans laquelle c'est l'homme qui doit rapporter l'argent à la maison, d'enfance, des conflits de génération, du chômage, de l'accès à l'instruction, à la culture, de l'apparition de nouveaux virus. Les sociétés de Ersin Karabulut sont dystopiques, utopiques, carrément flippantes et pas vraiment souhaitables. Il pousse le raisonnement et les dérives de nos sociétés actuelles à leur paroxysme : pourquoi sauver un enfant si cette bonne action nuit à sa carrière professionnelle ? Pourquoi ne pas vendre son corps si cela sert la notoriété, posthume certes, mais notoriété tout de même ? Et si la lecture et donc l'ouverture d'esprit, la curiosité devenaient des défauts à combattre ?

Les histoires dérivent vers le fantastique parce qu'en déroulant son raisonnement et en le poussant on arrive à des comportements qui, pour le moment, nous paraissent décalés et très loin des nôtres, mais qu'en sera-t-il dans vingt, trente ou cinquante ans ? C'est une critique sévère, une satire sociale et politique sans voile. C'est diablement bien fait et le graphisme qui peut changer d'une histoire à l'autre augmente le plaisir. Les scénarios sont inventifs et violemment critiques. Ersin Karabulut, que je découvre avec cet album, est un bédéiste de talent.

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Je t'aide, moi non plus

Publié le par Yv

Je t'aide, moi non plus. Solidarités et alliances dans le monde animal, Gilles Macagno, Delachaux et Niestlé, 2020

Le professeur Noyau, assisté de Charles Darwin et de Piotr Kropotkine -assistants haut de gamme- tente et parvient à démontrer que dans le monde animal et végétal, seules l'entraide et la mutualisation permettent de survivre.

Charles Darwin (1809-1882), le père de la théorie de l'évolution fut beaucoup moins affirmatif dans ses écrits que ce que nous apprîmes. Il s'est beaucoup questionné, émit des hypothèses, que ses zélateurs eurent tôt fait de reprendre comme des affirmations, ce qui les arrangeait dans le monde capitaliste naissant : les plus forts étant bien sûr ceux qui réussissaient et qui donc assuraient la pérennité de l'espèce tandis que les plus faibles, les plus pauvres n'étaient que quantités négligeables.

Piotr Kropotkine (1842-1921) fut géographe, étudia les mœurs de peuples de Sibérie, l'importance de l'entraide au sein de leurs communautés. Il publia L'entraide, un facteur de l'évolution, et fut l'un des principaux penseurs de l'anarchie.

C'est donc grâce à ces deux penseurs que Gilles Macagno construit sa bande dessinée qui est à la fois et tour à tour instructive, fort bien documentée et drôle. Pour ceux qui connaissent l'excellent journal La Hulotte, ça y ressemble un peu dans le ton : humour au service de la pédagogie. Et les gens de ma génération, de revoir leur leçon sur la théorie de l'évolution, non point ode aux plus forts, mais à l'entraide entre tous pour lutter contre les prédateurs, mais aussi pour chasser. Chaque animal y a recours et peu nombreux sont les solitaires purs et durs.

J'aime beaucoup ce genre de livres qui allie humour et savoir et qui sait se mettre à la portée de tous, car si les adultes y trouveront pas mal de notions connues, ils seront sans doute bousculés par d'autres tandis que les plus jeunes riront en apprenant. Je pousserais bien mon observation jusqu'à la nécessaire et impérative entraide entre nous tous les Hommes et la Nature dans son ensemble, faune et flore, qui que nous sommes, quelles que soient nos origines, nos couleurs, ... mais je crains d'être lourd, j'en parle souvent. Quoique, à la réflexion, être lourd lorsqu'on parle d'entraide et de solidarité, ça me va... Et puis, tout cela est entre les lignes -et même dedans- de cette excellente bande dessinée.

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San-Antonio, si ma tante en avait

Publié le par Yv

San-Antonio, si ma tante en avait, Michaël Sanlaville, Casterman, 2020

San-Antonio est muté disciplinairement en Bretagne, à Ploumanac'h Vermoh, avec Béru. Entre des bagarres de sorties de bar et quelques peccadilles, il s'ennuie jusqu'à la mort d'un patron-pêcheur belliqueux. Mort qui va entraîner le commissaire dans une histoire entre les Américains et les Russes, que le sous-préfet (l'ex-Patron de San-A, muté lui aussi) veut stopper discrètement sans même en avertir San-Antonio.

Scénarisée et dessinée par Michaël Sanlaville, d'après l’œuvre de Frédéric Dard, cette bande dessinée fait passer un bon moment. Bon, il faut aimer San-Antonio, sinon, ça risque de ne pas fonctionner ou alors avoir envie de le découvrir. C'est un peu bordélique, dans l'histoire, dans le dessin, mais c'est aussi ce qui fait le charme du commissaire. Ça part un peu dans tous les sens, ça tangue -la mer est démontée en Bretagne-, ça castagne, ça flirte et plus car intimité et ça résout l'enquête car c'est San-A !

Ce n'est pas l'énigme du siècle, mais elle se suit agréablement. C'est finalement assez drôle de découvrir dessinés des personnages comme San-Antonio et Bérurier que j'ai suivis épisodiquement.

L'été est là, et les lectures estivales, légères arrivent à point nommé. En voici une idéale.

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Knock out !

Publié le par Yv

Knock out !, Reinhard Kleist, Casterman, 2020 (traduit par Paul Derouet)

Une nuit, un homme sort d'un bar, il est passé à tabac par quatre hommes lui criant des insultes homophobes et le laissant ensanglanté. Une silhouette humaine encapuchonnée apparaît alors au blessé qui se confie. Lui, c'est Emile Griffith, né en 1938 aux Caraïbes et émigré aux États-Unis après la seconde guerre mondiale. Il travaille chez un modiste, mais son patron impressionné par sa morphologie le présente à un entraîneur de boxe. C'est le début d'une carrière incroyable.

Être noir aux États-Unis n'a jamais été chose facile, on s'en rend compte régulièrement, et encore assez récemment avec l'arrestation meurtrière de George Floyd. Être noir et homosexuel, dans les années 60 n'est pas non plus une sinécure. Emile Griffith, décédé en 2013, fut les deux et un boxeur plusieurs fois champion de monde. Il fut un jeune homme joyeux qui du moment où il eut du succès fut envié, jalousé, insulté. Sa vie vira au tragique un soir de combat gagné dans la douleur. Elle n'eut plus jamais cette petite insouciance et cette joie de vivre qui transparaît dans les pages de Reinhard Kleist.

C'est un album important qui parle d'intolérance, de peur d'autrui, de vieilles idées éculées qui prônent la supériorité de l'homme blanc hétérosexuel. Même si je ne me retrouve pas totalement dans le dessin de l'auteur, trop noir, trop flou, j'ai trouvé cet ouvrage fort. Reinhard Kleist expose la vie du boxeur sans assener de théories, de grands sentiments et c'est la sobriété qui le rend si profond.

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