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Six fourmis blanches

Publié le par Yv

Six fourmis blanches, Sandrine Collette, Denoël, 2015.....

Mathias est un sacrificateur. Il jette du haut d'une montagne des chèvres pour éloigner les mauvais sorts. C'est son travail, il est payé pour cela. Lorsque le vieux Carche lui propose de prendre son petit-fils en formation car il sent qu'il a le don, Mathias ne peut refuser, à son grand dam.

Le jour où Lou et Elias gagnent un trekking intense dans les montagnes albanaises, tout à la joie d'un ouiquende offert, ils ne se doutent pas qu'ils y vivront les heures les plus douloureuses de leur vie. Leur cordée partie à six plus un guide perd d'abord l'un des membres, puis les catastrophes s'enchaînent.

Le titre est je n'en doute pas -mais peut-être me trompé-je ?- une référence ou un hommage aux Dix petits nègres d'Agatha Christie, tant sa construction y ressemble en certains points, mais pas tous, et je ne vous dirai pas lesquels pour ne pas vous en dire trop. Vous garderez ainsi toute l'intensité du suspense de cet excellent roman noir ou thriller, j'avoue que je sais pas bien faire la différence. Le principal étant qu'une fois ouvert, vous risquez de ne plus pouvoir lâcher le bouquin !

Ça commence assez fort avec le rituel du sacrifice effectué par Mathias et l'on est tout de suite plongé dans une atmosphère totalement paradoxale de réalité et de légendes qui persévérera jusqu'au bout, jusqu'à l'ultime ligne. Mathias, c'est le sorcier, le côté irréel et magique du roman. Lou c'est le côté très prosaïque, les pieds bien sur terre. Le contraste fonctionne bien puisque Sandrine Collette a fait de ces deux personnages les deux narrateurs qui se répondent en quelque sorte par chapitre alterné. Quand se rejoindront-ils, puisque le genre veut qu'ils se rejoignent, c'est une autre partie du suspense que je ne dévoilerai évidemment pas ?

Du côté de Lou et Elias, le début est plus lent, ils se mettent en route, font connaissance des autres participants (Marc, Étienne, Arielle et Lucas) et du guide Vigan mais lentement et sûrement la situation de stress et d'angoisse s'installe, inexorable, elle ne baissera plus.

Bien écrit, sans fioriture mais avec de belles tournures, le choix des bons mots et leur place dans la phrase, ça se joue à rien parfois, juste une inversion, qui change la beauté du texte, un détail qui me plaît : "Peut-être la lucidité retrouvée avec un peu de repos, qui me rappelle que ma victoire est éphémère, et amer l'avenir." (p.189) ; bien que les deux narrateurs racontent leur histoire sur ces quelques jours, le langage n'est pas trop oral, Sandrine Collette bâtit son texte solidement sans céder à la facilité que l'on trouve parfois dans ce genre de littérature.

Et puis outre le suspense, un excellent bon point pour l'auteure qui décrit à merveille les somptueux paysages, la neige qui les recouvre, le froid qui s'infiltre et un second pour ses personnages. On les voit évoluer au long des épreuves qu'ils traversent, ils alternent les bons sentiments avec l'instinct de survie, l'altruisme avec l'égoïsme ; les événements les changent et le lecteur les voit changer à quasiment toutes les pages. Du très bon travail et de la très bonne lecture pour se faire un peu peur (même si l'image de Jean-Claude Duss, des Bronzés, seul la nuit en pleine montagne et chantant "Quand te reverrai-je pays merveilleux ?" m'est plusieurs fois venue à l'esprit, sans doute pour me détendre un peu)

Excellent thriller qui risque bien de vous dégoûter des trekkings intenses, moi perso ce sont deux mots dont je n'use que pour ce billet, très loin de mes us et coutumes habituels.

Babelio recense quelques critiques et Sandrine aime aussi.

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Les genoux écorchés

Publié le par Yv

Les genoux écorchés, Philippe Vourch, Christophe Lucquin, 2015....

Michel, le jeune narrateur a onze ans lorsque son père meurt. Ce livre est un carnet de souvenirs, de son premier qui date de ses trois ou quatre ans, jusqu'aux derniers avec son père. Quelques incursions également dans le temps présent plus de trente ans après le décès.

Un lien très fort unit Michel et son père. Des gestes tendres, des baisers, des moments partagés, complices. Ces souvenirs sont ceux d'un homme d'une quarantaine d'années bien entamée lorsqu'il les évoque. C'est sa jeunesse dans les années 60 ou 70, la Simca Aronde familiale est là en repère. On mesure alors que la relation entre le père et le fils était très forte, parce qu'à l'époque, les papas étaient peu présents, pour beaucoup travaillant à l'extérieur et laissant la gestion de la maisonnée à la maman, s'extériorisaient peu et laissaient peu de place aux effusions et embrassades.

Pour beaucoup de lecteurs de ma génération -voire celle d'avant- ces souvenirs en appelleront de plus personnels quoique finalement très partagés, comme celui-ci : "Mon père aimait fumer. Sur le trajet, invariablement, il allumait une Gauloise à l'aide de cette chose ronde dissimulée sous le tableau de bord et sur laquelle il fallait appuyer. La fumée qui emplissait le petit espace me rendait très vite malade, entraînant chez moi de sévères nausées." (p.29). Les variantes pour moi, ce sont les marques : la voiture était une Citroën -avec les suspensions qui faisaient déjà mal au cœur même sans cigarette- et les cigarettes de mon père étaient des JOB -putain, ça grattait, rien qu'à l'odeur...

D'autres images en commun, comme la dernière du père -heureusement pour moi beaucoup plus tard dans ma vie, à 27 ans- : "Je ne verrai pas mon père sur son lit mortuaire, j'ai tant de belles images de lui en tête. Je ne veux pas de celle-là." (p.99)

Très jolie chronique de Philippe Vourch. Tendre, sensible. Une écriture simple qui colle à la vie de Michel et de sa famille. L'exercice de parler du père absent peut être casse-gueule, on peut tomber très vite dans du larmoyant, écueil qu'évite Philippe Vourch. Il y a bien sûr des regrets comme celui de n'avoir pas pu accompagner le mourant plus longtemps : "Mon père est parti seul, dans une chambre d'hôpital aseptisée, au son d'un bip de machine." (p.101), mais l'ensemble est beau, poétique parfois. Court roman qui va à l'essentiel par des images fortes, qui évite le superflu et tant mieux. Pourquoi se cogner un gros bouquin de souvenirs qui se répètent alors que quelques scènes fortes bien racontées marquent plus ? Un peu comme quand on regarde une vidéo longue et qu'on s'ennuie au bout d'une heure -voire avant- alors qu'un résumé de quelques minutes avec les grands moments aurait marqué plus.

L'éditeur Christophe Lucquin fait souvent dans le décalé, le déjanté, il sait aussi repérer des textes délicats, fins, ancrés dans la réalité. Et toujours ces belles mise en page et présentation.

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Joë

Publié le par Yv

Joë, Guillaume de Fonclare, Stock, 2014....,

Guillaume de Fonclare retrace le parcours étonnant de l'écrivain Joë Bousquet. Jeune homme turbulent au tout début du vingtième siècle, il finit par aller à la guerre, celle des tranchées, se distingue par des faits d'armes courageux, et tombe sous une balle ennemie en exhortant ses hommes à ne pas fuir et à tenir le bosquet qu'ils défendent coûte que coûte. La balle lui fracasse deux vertèbres. Joë Bousquet est évacué. Il restera paralysé jusqu'à la fin de sa vie, alité, s'isolant, ne vivant quasiment plus alors que pour la littérature.

Guillaume de Fonclare est atteint d'une maladie auto-immune qui peu à peu l'immobilise, le contraint au fauteuil roulant ou à la marche avec béquilles. Il souffre, doit subir des soins autant désagréables que douloureux. Il a déjà écrit Dans ma peau et Dans tes pas. Dans Joë, il dialogue avec Joë Bousquet, lui parle en le vouvoyant et fait des analogies dans leurs souffrances, leurs manières de vivre, leurs difficultés à subir le regard des autres. Mais jamais il n'est larmoyant, son récit est positif, il donne envie de découvrir l'œuvre de Bousquet, même s'il la juge énigmatique : "Je vous ai lu ; enfin, pour tout dire, j'ai lu tout ce que je pouvais lire, tout ce qui m'était accessible, car vous lire est difficile, ardu même ; votre prose est impénétrable pour qui n'a pas le courage d'entrer tout entier dans cette jungle sauvage et touffue, et il ne faut pas craindre d'être griffé et mordu, de se faire malmener par une langue qui n'a rien de commun ailleurs qu'entre vos pages." (p.17/18)

G. de Fonclare débute son livre par la guerre et la balle qui cloue Joë Bousquet, puis il revient en arrière sur sa naissance oh combien compliquée, puis sur ses années de jeunesse tumultueuses ; ensuite, on repart en guerre, puis logiquement on suit le reste de sa vie à Carcassonne, alité, sous morphine, opium et cocaïne. Joë Bousquet fréquentera les surréalistes, Max Ernst en particulier qui deviendra un très proche, lui qui fit la guerre également, mais du côté allemand. Puis Eluard, Aragon, ... Il fit partie des belles lettres françaises de l'entre deux guerres. Sans doute un peu oublié maintenant, la biographie de G. de Fonclare le remet en lumière avec l'intelligence de ne pas faire une hagiographie. J'aime bien le parti pris d'une sorte de dialogue -ou de monologue adressé à J. Bousquet. Le "vous" utilisé est à la fois révérencieux, poli, respectueux mais pas celui d'un admirateur borné : "Alors, entrer chez vous, c'était risquer d'aller trop loin, faire de vous une icône et entrer en dévotion, à chercher des traces de votre présence dans les lézardes des plafonds et les restes jaunis de papier peint. Je ne veux pas m'extasier sur d'autres reliques que vos lettres et vos poèmes." (p.103/104). G. de Fonclare n'est pas dans une recherche du petit détail croustillant qui ferait vendre ; comme Bousquet qui vivait rideaux fermés, il les entrouvre mais ne les ouvre pas en grand ; aurait-on besoin de savoir comment il pouvait se comporter dans l'intimité avec les femmes alors que ce qui nous importe c'est de comprendre comment ce jeune homme fougueux, tête brûlée est devenu un des grands écrivains de son époque, comment cette balle allemande lui a permis de vivre une autre vie ? Car cette balle le biographe en fait une chance au-delà des maux. Et lui Guillaume de Fonclare, sans sa maladie aurait-il écrit ? Peut-être mais sans doute pas avec autant d'acuité, de sensibilité et d'optimisme, car malgré le thème son bouquin n'est pas plombant, il est au contraire une ode à la vie et aux vies différentes que l'on peut vivre. Très belle écriture, à la fois simple et directe, qui cherche et trouve le lecteur au plus profond de lui-même.

A l'instar de G. de Fonclare qui quitte Joë Bousquet avec regrets : "Certes, vous aurez une place à part dans mon coeur, et il n'y aura guère de jours sans que je pense à vous, intensément. Mais nous serons séparés, éloignés, et mon cœur se serre à cette idée." (p.141), je referme le livre avec l'idée que tant l'auteur que son sujet me resteront en tête longtemps.

Une lecture dans le cadre du Club de Lecture de la librairie Lise&Moi

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Comment ma femme m'a rendu fou

Publié le par Yv

Comment m'a femme m'a rendu fou, Dimitri Verhulst, Denoël, 2015 (traduit par Danielle Losman)..

Désiré Cordier, septante-quatre ans ne supporte plus Monik sa femme. Il décide de simuler la sénilité pour sa tranquillité. Contre toute attente, il y prend un plaisir fou et persévère dans son idée tant et si bien qu'il se retrouve au home Lumière d'Hiver, esseulé, enfin tranquille. Il découvre un monde qu'il ignorait totalement auparavant, celui des institutions pour malades d'Alzheimer.

Présenté comme un roman présentant des portraits féroces et hilarants, ou comme "un roman absolument génial" par le journal Métro, je ne peux dire que ma vive déception. Je ne connais pas du tout l'auteur qui a écrit un roman dont on a beaucoup entendu parler, La Merditude des choses. Je m'attendais à du saignant, du décalé voire du loufoque et je tombe sur un roman finalement assez sage qui se contente d'aligner des anecdotes, des ruses de Désiré pour pouvoir faire croire à sa sénilité. Ce n'est pas toujours drôle, c'est souvent attendu. Je ne voulais pas du trash, je ne suis pas amateur du genre, j'aurais voulu de l'irrévérence, de l'insolence, de la profondeur.

Néanmoins, dans ma déception, j'ai tout de même repéré de belles pages sur le besoin de solitude, sur la religion (et oui, j'y reviens toujours), lorsque dans sa volonté de toujours diriger son mari, Monik installe une statue de Sainte Rita et un Christ dans sa chambre. "Mais un homme, et je parle de moi, qui a grandi dans une société ou la foi n'a pratiquement jamais été mise en question, et qui justement considère son agnosticisme comme une conquête, le produit d'une pensée active et intrépide, se sent tourné en ridicule quand on lui colle l'étiquette "catholique" sur le front.Je me suis senti escroqué philosophiquement [...] ça m'exaspère, nom d'un chien, d'être désormais enregistré sur la liste d'attente de la mort comme "croyant"" (p.91) C'est tout moi ça, sauf que je ne suis ni interné -pas encore- ni ne suis à l'article de la mort -de toutes façons, la mort, je suis contre- et je serais plutôt athée qu'agnostique selon la définition qui dit qu'un athée nie l'existence de Dieu alors qu'un agnostique ne se prononce pas sur une éventuelle existence ou pas d'un être suprême.

Déception pour moi, tant pis, un roman qui saura plaire à d'autres, puisque les goûts et les couleurs...

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L'effet papillon

Publié le par Yv

L'effet papillon, Jussi Adler-Olsen, Albin Michel, 2015 (traduit par Caroline Berg)....,

William Stark est fonctionnaire dans un ministère danois. Sous les ordres de René Ericksen, il dirige un projet humanitaire censé aider des Pygmées du Cameroun à continuer à vivre selon leurs coutumes. Lorsque le régulateur du projet en Afrique meurt et qu'il envoie à Stark un étrange SMS, William comprend que de l'argent est détourné. Mais William disparaît.

Marco, un jeune gitan fait partie d'un clan de mendiants et de voleurs maltraités par Zola son oncle. Marco s'enfuit et pour échapper à ses poursuivants se retrouve dans un trou en compagnie du cadavre de Willam Stark.

Carl Morck, Assad et Rose, les flics du Département V chargé d'élucider de vieilles affaires non classées se retrouvent sur la disparition de William Stark. Leur route croisera celle de Marco qui fait tout pour échapper au clan Zola qui veut le supprimer pour l'exemple.

Ah, quel plaisir de retrouver Carl Morck et son équipe très étrange, même si cette fois-ci ils sont un peu en retrait, Marco étant le personnage principal de ce cinquième tome. Si par pur hasard, vous ne connaissiez pas les autres volumes de cette série consacrée au Département V, je vous livre ici les titres et liens : Miséricorde, Profanation, Délivrance, Dossier 64. Pas tous de valeur égale, je dis ici une petit déception pour le tome 2, je me régale quand même d'abord à l'idée d'ouvrir le livre, puis à l'avancée de l'intrigue et à la plongée dans la vie personnelle des flics. Cette fois-ci, je suis un peu sur ma faim quant à ce dernier point. A part une rupture amoureuse, et quelques petits changements dans la vie quotidienne de Carl, peu d'évolutions au regard de l'épaisseur du bouquin (640 pages !). A ce propos, c'est un peu volumineux, certaines coupes dans les diverses courses-poursuites entre Marco et le clan Zola auraient été les bienvenues, bon ça n'aurait pas ôté cent pages, mais on aurait peut-être pu descendre sous les 600, ce qui fait déjà un lourd ouvrage. Ah si j'oublie quand même le départ du chef de la police avec qui Carl s'entend bien pour son remplacement par Lars Bjorn, un flic pour lequel Carl n'a que mépris, ce qui ne va faciliter ni son travail ni son humeur quasi éternellement maussade.

Ces réserves mises à part, j'ai dévoré ce polar. Jussi Adler-Olsen dresse un tableau assez noir de la société danoise : individualisme, indifférence, renfermement sur soi-même, corruption, gamins des rues exploités par des adultes qui se construisent un empire financier. La belle place est donnée à Marco, ce jeune gitan qui ne veut plus vivre dans ce monde mais rêve d'études et d'une vie honnête. Dans quelques pages, l'auteur flirte avec les stéréotypes : le clan de gitans voleurs, les homos précieux, c'est parfois dérangeant, mais c'est peut-être ma conscience et un certain angélisme qui me font réagir ainsi, d'autant plus que dans chaque communauté décrite, si certains sont très "clichés" d'autres sortent de ces stéréotypes.

Ceci étant dit Marco est un beau personnage, un jeune homme qui veut s'en sortir et souhaite plus que tout réussir sa vie en dépit de la manière dont elle a débuté. Il fera tout pour parvenir à réaliser ce rêve, courant beaucoup, se cachant, échappant tout le long du livre à ses nombreux poursuivants ; c'est parfois un peu rocambolesque, incroyable, mais si l'on se dit qu'on est dans un polar d'action, ça passe aisément. Car même si Jussi Adler-Olsen construit un roman qui critique la société de son pays, on est quand même loin d'un Henning Mankell -ou d'autres- qui font de vrais polars sociaux, Jussi Adler-Olsen est dans le divertissement avant tout. Et ça marche, il le fait bien. Il n'y a qu'à voir l'équipe de Carl : Assad un petit homme énigmatique venu de Syrie ou d'Irak sur lequel Carl peine à apprendre des détails de la vie ; Rose sans doute schizophrénique, gothique, embauchée comme secrétaire et qui déniche les affaires et les impose à son patron ; apparaît dans ce tome Gordon, un dégingandé mou et imposé par le chef haï qui intègre la petite équipe. On peut aussi parler du foyer de Carl : Jesper son beau-fils (son ex-femme est partie avec un hippie), Hardy son collègue cloué sur un lit suite à une fusillade qui a failli coûter la vie de Carl, Morten l'homme à tout faire de la maison et son compagnon Mika, kiné qui soigne Hardy. C'est totalement hétéroclite, foutraque, et ça donne de la légèreté à l'ambiance.

Côté intrigue, Jussi Adler-Olsen monte une combine de détournements de fonds par des hauts fonctionnaires et des banquiers, tous plus retors les uns que les autres. Elle tient en haleine tout au long jusqu'à la fin, notamment parce qu'évidemment les méchants veulent se débarrasser de Marco et que pour cela ils emploient les grands moyens : des tueurs des pays de l'est et même d'ex-enfants-soldats menés par une Mammy effrayante de cruauté. Des rebondissements, des surprises émaillent l'enquête qui aurait été trop linéaire sons cela, d'autant plus qu'en tant que lecteur, on est dans une position omnisciente : on connaît les avancées de Carl Morck, mais aussi les méfaits des uns et des autres.

A priori 11 tomes sont prévus, je signe déjà pour le sixième.

Lystig donne aussi son avis.

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Soleil dedans

Publié le par Yv

Soleil dedans, Arthur H, Polydor, 2014

Cadeau de Noël de mes enfants. Excellent choix, car comme toujours Arthur H fait rimer rythmes, mélodies et paroles poétiques, parfois très terre-à-terre comme dans La caissière du super (un morceau à écouter très fort et à reprendre en chœur). L'album tourne régulièrement depuis fin décembre, je ne l'ai même pas rangé dans le meuble idoine. Je pourrais dire que j'ai une préférence pour cette caissière ou pour la dernière chanson Le bonheur c'est l'eau, ce ne serait pas faux, mais les autres sont tellement bien que ce serait presque mentir.

Arthur H a une voix très grave, mais il sait jouer des aigus, son organe étant un instrument à part entière. J'aime ses albums précédents (L'homme du monde entre autres), je réitère mon attachement à cet auteur-compositeur-interprète qui assez discrètement trace une voix très originale (si vous le pouvez, écoutez, L'or noir, un disque sur lequel il lit des textes d'auteurs noirs-Edouard Glissant, Dany Laferrière, Aimé Césaire, ...- sur des musiques de l'excellent Nicolas Repac). La voix profonde du chanteur se pose admirablement sur des musiques recherchées, pointues.

Bon, bref écoutez tout Arthur H et puis, écoutez aussi Nicolas Repac (son Black Box est génial). Et puis, histoire que vous ayez une chanson en tête toute la journée, autant que ce soit une d'Arthur H, alors, juste pour vous, voici le clip de La caissière du super que vous fredonnerez plusieurs heures. Ne me remerciez pas, c'est cadeau.

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Les boîtes en carton

Publié le par Yv

Les Boîtes en carton, Tom Lanoye, La différence, 2013 (traduit par Alain van Crugten)....

Tom Lanoye, fils de boucher en Flandres, également élève d'une école catholique de sa ville est envoyé avec d'autres enfants en voyage scolaire lorsqu'il a dix ans, au début des années 1970. Ce sont les Mutualités Chrétiennes qui organisent ce voyage, une sorte de publicité pour que les Flamands s'inscrivent chez elles et non point aux Mutualités Socialistes concurrentes et athées. Afin de ne pas faire de différence entre les garçons, chacun reçoit la même boîte en carton, sa valise. Durant ce voyage Tom fera la connaissance de Z., un garçon qui deviendra plus tard l'objet de son désir. Ce livre est le passage de l'enfance à l'adolescence, la découverte du désir et de la sexualité, de l'homosexualité pour Tom.

J'ai déjà lu et beaucoup aimé un livre de Tom Lanoye dans le même temps que je le découvrais avec Troisièmes noces. Ce livre sur le passage de l'enfance à l'adolescence est comme l'autre, Tom Lanoye ne se censure pas, il aborde tous les points : l'amour, la masturbation, l'éveil au désir, l'homosexualité, la religion, ... Certains comme l'église en tant qu'institution ne sont pas épargnés, ni les gens de la classe moyenne qui veulent flirter avec ceux de la classe supérieure, ce qui était vrai à l'époque l'est encore aujourd'hui dans certaines villes, comme par exemple celle dans laquelle je vis où tous les notables et ceux qui veulent faire partie du sérail inscrivent leurs enfants dans les écoles privées à grand renfort de sommes considérables versées (une manière de déculpabiliser sûrement) et de contre-vérités rabâchées -"ils sont mieux encadrés", "ils font moins de bêtises", "ils étudient mieux", "on ne les laisse pas faire n'importe quoi", j'en passe et des encore plus gratinées tout autant que pures inepties ; je pourrais être très virulent sur le sujet, je préfère laisser la place à Tom Lanoye- : "Même si elle possède parfois moins de poids financier que les ouvriers qu'elle hait, la classe moyenne se damnerait pour pouvoir accéder à la bourgeoisie et si elle n'atteint pas ce but dans sa vie, c'est à sa progéniture de franchir le pas dans une vie future. La traite tirée sur cette vie future est l'éducation qu'elle achète dès maintenant pour ses descendants." (p.57),

Mais ce qui est tout le long du livre le sujet le plus important, c'est bien sûr la découverte de l'amour et du désir. Z. est attirant sans le savoir et même sans le vouloir, et Tom découvre sans s'inquiéter et sans questionnement particulier son amour pour les garçons, pour un garçon. C'est ce qui m'a surpris un peu cette absence de questionnement : dans les années 70, l'homosexualité n'était pas autant exposée que de nos jours, mais peut-être l'auteur a-t-il voulu juste parler de sa puberté, de ses attirances comme il aurait pu le faire s'il avait été hétéro, ce qui est à bien y réfléchir une bonne chose, c'est lorsque l'on ne se posera plus la question des différences qu'enfin on s'acceptera tous.

Toujours bien écrit, simplement, directement, ce bouquin est sérieux mais recèle quelques touches d'humour, comme lorsque Tom se décrit comme le stéréotype du Premier de la classe C'est un bouquin qui tout en étant direct est sensible et délicat, tendre et un brin nostalgique. Tom Lanoye nous prend nous lecteur en témoin de son enfance et nous demande même en final, de "participer" à son livre en remplissant nous aussi notre boîte en carton, celle des souvenirs que l'on garde précieusement en nous.

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Question de

Publié le par Yv

Question de n°1, Méditation l'aventure incontournable, Collectif, Albin Michel, janvier 2015.....

La revue Question de renaît sous une forme nouvelle. Créée il y a une quarantaine d'années, elle sera désormais bi-annuelle. Un Mook comme on dit en bon français (condensé de Magazine et Book). Chaque numéro sera consacré à un thème précis. Pour ce premier numéro de la nouvelle version, la méditation est à l'honneur. La revue est également disponible sur www.questionde.com.

J'entame ma seconde année de yoga, pratique qui me fait du bien, surtout excellemment dispensée par notre professeure. Tout est basé sur la respiration, sur l'intention plus que sur la réalisation du geste. Je me dis que comme le yoga me va bien, la méditation qui peut être vue comme un prolongement personnel m'ira bien également. Alors une revue entièrement consacrée à cette méditation me tente forcément. Et Madame Yv ne s'est pas fait prier pour se jeter sur la revue avant même que je n'aie pu l'ouvrir.Résultat de ma lecture : je suis tenté par une expérience mais je vais voir ce que je peux déjà pratiquer seul.

Mais revenons à cette revue fort bien faite, très agréable à lire tant par la clarté des propos que par la mise en page soignée et aérée avec illustrations diverses. On tient en main une vraie revue de luxe, l'une de celles que l'on peut emporter sans crainte de la casser ou d'en déchirer les pages et qu'on peut même fièrement montrer et prêter. Qualité livre, mais prix livre également, 15 euros ! Franchement pour une revue bi-annuelle de cette qualité, c’est le prix. Parce qu'en plus de la forme très agréable, le fond est sérieux et complet. Le thème est présenté sous ses divers aspects : la théorie, l'expérience et le côté scientifique. La théorie pour des intervenants qui parlent des bienfaits de la méditation, de ses origines et de son arrivée en Occident. La pratique que relatent divers auteurs de la revue ou des interviouves de Matthieu Ricard et Roland Rech. La science avec un dossier fort bien documenté et illustré dirigé par Aurélie Godefroy.

Le revue ouvre ses pages pour un article sur le yoga à l'école, pour un sur le qi gong et pour des écrivains ou des journalistes, pas mal de sujets explorés avec des angles différents :"La méditation face à la science/Suivre un stage de pleine conscience/Douze ans dans une grotte en Himalaya/Sur les traces d'un maître de l'an Mil/Méditer en dormant/Sextase : une sexualité de la présence/Le centre de l'être... une réflexion biblique/Initier les enfants au silence..." (4ème de couverture)

Des articles de fond, des témoignages, un dossier scientifique, des reportages, des récits d'écrivains, des portraits des grands de la méditation occidentale, tout cela fait une revue complète de haute tenue qui si elle ne donne pas les clefs pour faire sa propre méditation renvoie vers les ouvrages ou les lieux compétents. Une très belle manière de commencer à réfléchir sur soi pour se permettre d'être ensuite ouvert aux autres. Un dossier final intitulé "Pratique" résume tout cela et donne des informations complémentaires : des adresses, une bibliographie.

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La vérité sur Marie

Publié le par Yv

La vérité sur Marie, Jean-Philippe Toussaint, Minuit, 2009 (Minuit poche, 2013)....

Marie et le narrateur sont séparés depuis quelques mois, depuis leur voyage au Japon. Chacun vit sa vie au gré de ses rencontres. Une nuit, Marie l'appelle parce que son ami, Jean-Christophe de G vient de faire une attaque. Les secours ont été appelés mais Marie est désemparée, ne sait vers qui se tourner. Il accourt. Ils se revoient, se frôlent, se désirent mais en restent là. Et lui raconte ces retrouvailles, la séparation d'avant et leurs vies l'un sans l'autre.

Je continue la série romanesque de JP Toussaint, Marie Madeleine Marguerite de Montalte. J'ai déjà lu et apprécié -voire plus- les tomes un et deux, respectivement Faire l'amour et Fuir. Trois grandes scènes dans ce pénultième tome : celle de l'attaque cardiaque de Jean-Christophe de G, celle de la tentative d'embarquement du cheval dans la soute d'un Boeing et celle de l'incendie à l'île d'Elbe. Cette île qui à nouveau est le dernier lieu du roman (comme Fuir), cette île -ou plutôt le trajet jusqu'à elle- qui est le moyen pour le narrateur de reconstruire l'histoire, de nous raconter des faits qu'il a vécus et d'autres qu'il imagine, comme par exemple l'attaque de JC de G -c'est également vrai pour l'embarquement du cheval- qu'il n'a pas vue mais dont Marie a pu lui raconter des bribes, son imagination ou ses recherches faisant le reste. "J'aurais beau reconstruire cette nuit en images mentales qui auraient la précision du rêve, j'aurais beau l'ensevelir de mots qui auraient une puissance d'évocation diabolique, je savais que je n'attendrais jamais ce qui avait été pendant quelques instants la vie même, mais il m'apparut alors que je pourrais peut-être atteindre une vérité nouvelle, qui s'inspirerait de ce qui avait été la vie et la transcenderait, sans se soucier de vraisemblance ou de véracité, et ne viserait qu'à la quintessence du réel, sa moelle sensible, vivante et sensuelle, une vérité proche de l'invention, ou jumelle du mensonge, la vérité idéale." (p.165/166) Une belle réflexion sur la puissance évocatrice du roman, sur la vérité absolue : existe-telle ? Chacun n'a-t-il pas en lui sa propre vérité sur des faits dont il a été témoin ou acteur ? Son voisin, lui-même acteur ou témoin aura sa propre version, sa vérité. Dès lors quelle est la part de subjectivité dans tout rapport censé être objectif ? Ah ah, balèze comme question, n'est-il pas ?

Je ne suis pas d'un naturel morbide mais les deux scènes les plus marquantes pour moi sont celles de l'attaque cardiaque et le feu à l'île d'Elbe. Comme je l'écrivais récemment, je n'ai rien contre les chevaux -"pourvu qu'ils ne soient pas dans mes lasagnes", c'est si bon de s'auto-citer... l'article en question est -, mais la scène de l'embarquement du cheval décrite par JP Toussaint m'a semblé longue et même le plaisir de lire de belles phrases ne m'a pas suffi, j'en ai passé quelques unes avant de revenir à des choses plus attrayantes. Car comme toujours chez l'auteur, je retrouve le vrai plaisir des mots, de la belle langue, de belles et longues phrases, très ponctuées avec un vocabulaire assez courant, pas de mots inconnus qui nécessitent d'avoir un dictionnaire proche. Et plus j'avance dans cette série, moins je sais où les deux amoureux nous emmènent, où ils veulent aller, mais ce sont de beaux personnages que j'ai plaisir à suivre sur une longue période, un peu comme des amis qui vivent une relation difficile que l'on suit de loin, en pointillé, parce qu'on n'a pas toutes les données, chacun nous donnant sa version de leurs séparations/retrouvailles ; à nous ensuite de nous refaire le film de leurs vies, et on revient donc à l'interrogation de JP Toussaint sur la vérité et l'invention.

Me reste Nue pour clore la série, j'attends la sortie poche.

NB : rarement prises en défaut de fautes grossières, les éditions de Minuit ont laissé une belle coquille p.188 : "J'allai fermer les robinets des bombonnes de gaz dans le jardin...". Il me semblait bien que bonbonne était une exception quant à la lettre "m" devant "m, b, p"... Ceci dit pour faire mon intéressant...

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