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Streamliner. Bye bye Lisa Dora

Publié le par Yv

Streamliner. Bye bye Lisa Dora, 'Fane, Rue de Sèvres, 2017.....

1963, Cristal O'Neil vit avec son père au bord de la route 666. Une station service et un restoroute sont leur gagne pain, même si l'affluence n'est pas vraiment au rendez-vous. Dès que Billy Joe pousse la porte du lieu, la situation change pour toujours. Billy Joe chef d'un gang remet son titre en jeu dans une course de voitures. Attention pas des voitures de séries, non des engins arrangés, carénés, moteurs gonflés... Le père de Cristal fut un champion de la catégorie avant un terrible accident. Mais l'organisation de cette nouvelle course attire beaucoup de monde et les autorités la voient d'un mauvais œil.

'Fane, c'est l'un des auteurs de Joe Bar Team, la célèbre série BD. Amateurs de grosses cylindrées, de forts caractères féminins ou masculins, de défi, de courses de voitures, voici une bande dessinée faite pour vous. Les autres pourront également y trouver leur bonheur, la preuve, j'ai bien aimé. Alors, certes, si vous n'appréciez que les bluettes, les petites fleurs et la nature en pleine floraison, passez votre chemin. Le décor, c'est le désert, les voitures. Les mecs sont pour la plupart machos, les filles revendiquent fièrement leur assurance de battre les hommes sur un terrain qui n'est aux yeux de leurs adversaires pas le leur.

Dans ce premier tome, 'Fane place le décor, le contexte et ses personnages principaux : le beau gosse, le rival, le voyou violent, la fille chef du groupe qui veut rivaliser avec les mecs, l'ex du beau gosse rockeuse jalouse et rancunière, la jeune fille contrainte de subir tout ce déferlement de testostérone, d'huile de moteur et de vitesse. A la fin de cet opus, la course commence, le second tome lui sera donc, j'imagine, consacré.

J'ai passé un très bon moment, renouant avec un genre de BD que je n'avais pas lu depuis un moment. J'approuve sans réserve le dessin, les couleurs, le scénario. Dire que 'Fane invente serait excessif, il se sert des stéréotypes du genre dans lequel il place son histoire, des stéréotypes en général mais il le fait en maîtrisant totalement et admirablement son sujet et maintenant, eh bien, j'ai hâte de connaître le déroulé et l'issue de la course.

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Indian psycho

Publié le par Yv

Indian psycho, Arun Krishnan, Asphalte, 2017 (traduit par Marthe Picard).....

Arjun Clarkson est un Indien qui vit aux États-Unis. Incarnation du rêve américain, Arjun issu d'une basse caste a été adopté par un couple d'Américains resté en Inde. Arjun mène une brillante carrière dans la publicité, mais un jour excédé par une remarque, il poignarde son ex-collègue Emily. Pour ne pas se faire soupçonner, il décide de poignarder le petit ami d'Emily et de faire croire à un tueur qui choisit ses victimes sur le réseau social le plus connu, Myface.

Génial ! Je me suis régalé de bout en bout avec ce polar qui est d'une modernité incroyable, qui joue avec les nouveaux codes de communication, qui n'est pas tendre avec la société étasunienne -je pourrais largement étendre à nos sociétés européennes qui lui ressemblent- ni avec la vie en Inde, les castes, les codes qui semblent dépassés, les conservatismes. "Au croisement de la 73e Rue et de Roosevelt Avenue, deux chiens s'accouplaient, sous les encouragements d'un petit groupe de Pakistanais qui traînait devant le snack Kabab King. Les immigrés regardaient les chiens baiser dans la rue. Les Américains regardaient les Kardashian baiser à la télé. Voltaire avait raison. Il faut bien que les hommes aient un peu corrompu la nature, car ils ne sont point nés loups, et ils sont devenus loups." (p.56) Le constat d'Arun Krishnan est implacable sur les places de chacun, les minorités sont dans les postes les moins intéressants, ses membres ont tendance à se regrouper, ils sont victimes du racisme quotidien. Il l'est également sur la place des réseaux sociaux, sur l'ultra-connection, la technologie qui nous envahit. Le roman questionne sur le sens de la vie en société, sur les relations humaines, sur une certaine idée de société qui nous envahit : publicité à outrance sur tous les supports, multiplication de ces supports, ...

L'autre partie extrêmement réjouissante de ce roman, c'est la partie polar, thriller. Le narrateur est le tueur et il est glaçant, flippant dans ses obsessions, son manque d'empathie, sa psychopathie, ses desseins. Il tue presque par hasard, comme s'il était obligé, même pas par plaisir juste pour ne pas se faire soupçonner. Et comme il est distrait, il a tendance à laisser des indices contre lui, donc à tuer de nouveau. Tout cela est dit de manière assez légère, décalée, comique. Dans sa tête, le lecteur a droit à tous ses cheminements de pensée, ses délires, ses questions et sa manière d'envisager le monde en général et sa vie en particulier. Il faut dire que le jeune homme est né dans une basse caste indienne qu'il a été adopté et élevé par un homme bon mais effacé et une femme vicieuse et perverse, ce qui peut sans doute expliquer une partie de ses agissements. Arrivé aux États-Unis, il se retrouve dans un pays où chacun peut se comporter comme il le veut, mais Arjun est très introverti, inhibé et s'insérer dans cette population lui est difficile. Il réagit encore avec ses repères éducatifs et culturels.

Arun Krishnan dresse un portrait angoissant d'un jeune homme prêt à tout pour exister, pour réussir. Il le fait avec brio, alternant les moments de tension et pas mal de traits d'humour. J'ai été totalement accaparé par l'intrigue, le suspense et totalement incapable de prévoir la fin ; en fait, plusieurs options sont envisageables, je n'ai jamais su choisir et je me suis laissé porter par le romancier. Il m'a mené exactement là où il voulait dans un rythme loin d'être soutenu mais que je n'ai pas pu lâcher. Je l'ai lu attentivement, chaque mot, chaque phrase pour ne rien rater, pas un indice, pas une digression, pas une remarque du héros. Tout est passionnant : "En arrivant en Amérique, un immigré traverse trois phases. D'abord, il est démocrate. Après tout, c'est le parti le plus ouvert et le plus accueillant. Puis l'immigré commence à bien gagner sa vie et passe à la deuxième phase : il devient républicain. Comment ces pourris de démocrates osent-ils redistribuer sa richesse et étouffer la libre entreprise ? Quand l'immigré gagne plus de vingt-cinq millions de dollars, il passe à la troisième phase : il cesse de se soucier des êtres humains et commence à s'intéresser exclusivement aux baleines." (p.249)

Un polar formidablement traduit (Marthe Picard) et paru chez Asphalte. J'en fais un coup de cœur, un roman moderne et drôle, original avec une bande-son incroyable -il faut aimer le jazz ou au moins avoir envie d'en écouter- que vous pouvez retrouver sur le site de l'éditeur et que j'écoute en écrivant ce billet.

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Dans l'ombre du viaduc

Publié le par Yv

Dans l'ombre du viaduc, Alain Delmas, Intervalles, 2017....

1957, Arnaud Madrier, jeune ingénieur est envoyé en Espagne, à Valence, pour un chantier. Se liant d'amitié avec Paco, celui-ci l'invite à passer quelques jours à Teruel son village natal pour assister à la feria. Teruel, c'est aussi le village dans lequel le père d'Arnaud a combattu pendant la guerre d'Espagne, dans les Brigades internationales avant de disparaître mystérieusement. Arnaud veut profiter de ce séjour pour comprendre cette disparition, mais vint ans après les faits, sa présence dérange encore. En plus, il tombe amoureux d'Inès, la fille du maire.

Roman noir, roman sur la quête de l'identité, des origines et de l'histoire de ses parents. Peut-on en être fier ? Doit-on en avoir honte ou peur ou la rejeter ? Doit-on vivre avec le poids des fautes et des erreurs de ses parents, doit-on ou peut-on s'en affranchir ?

Voilà, c'est un peu tout cela ce roman et plein d'autres choses, sur l'amitié, l'amour, la haine, la vengeance, la trahison. Très bien fait, tout commence comme un séjour plaisant dans un charmant village espagnol et la tension monte crescendo, quasi imperceptible au départ puis de plus en plus prégnante. L'intensité est surtout due aux rapports entre les personnages, Paco et Arnaud en particulier. Au fur et à mesure qu'ils se découvrent et apprennent leur histoire leur amitié se renforce mais explose également. Paco est un sanguin qui réagit très vite, contrairement à Arnaud qui prend plus le temps de la réflexion.

Le rythme n'est pas haletant, c'est plus un polar d'ambiance que de situation. Point de courses poursuites, d'actions explosives, violentes, d'objets connectés -on est en 1957-, de bagarres à toutes les pages. L'Espagne est là, présente et très décrite. Franco est encore au pouvoir et l'on sent bien que les gens subissent, n'osent pas dire ou agir de peur de subir les foudres du pouvoir. L'homme fort de Teruel, représentant du caudillo, a les moyens de faire taire les plus téméraire; les plus combatifs.

Ce qui est très agréable dans ce roman, c'est le mélange bien dosé par Alain Delmas : le contexte géographique : Teruel et ses petites rues pittoresques ; le contexte culturel -même si je sais que ça va faire hurler de parler de culture à propos des corridas, mais il n'empêche que c'est culturel, même si l'on n'est contre la mise à mort de taureaux- ; le contexte historique : Franco est à la moitié de son règne, la guerre civile est encore récente et les blessures non refermées, les voisins peuvent s'être combattus durement et vivent maintenant à côté ; l'intrigue qui, si elle n'est pas insoupçonnable ni même hyper originale, est fort bien mise en scène et permet d'aller allègrement au bout des 288 pages sans jamais rechigner ; l'histoire d'amour compliquée est là également pour ajouter une part de drame et de douleur en même temps qu'une dose de sensualité, rien que la description d'Inès laisse le lecteur que je suis tout émoustillé.

Alain Delmas signe là son premier roman, publié chez Intervalles -beau choix-, très prometteur pour la suite.

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Vies et mœurs des familles d'Amérique du nord

Publié le par Yv

Vies et mœurs des familles d'Amérique du nord, Garth Risk Hallberg, Plon, 2017 (traduit par Elisabeth Peellaert)...,

Roman sous titré : "Guide pratique portant principalement sur les familles Hungate et Harrison, présentant leur mode de vie, leur habitat, leur dispersion, etc., comportant une description exhaustive du plumage des spécimens adultes et jeunes, au sein d'une étude taxinomique de nombreux aspects de la vie familiale. "

Roman "accompagné de soixante-trois illustrations conçues par différents artistes." (p.5)

Expérience assez étonnante et enthousiasmante que d'ouvrir ce livre qui ne ressemble pas à un roman, ni à un guide, ni a un essai, en fait il ne ressemble à rien que l'on puisse mettre dans une case sauf à un livre, ce qui est facile pour le ranger... dans la bibliothèque donc. Dans un avant-propos, l'auteur nous renseigne sur la manière de lire son ouvrage : soit linéairement -ma méthode-, soit en allant de renvois en renvois, car chaque page paire est surmontée d'un repère -un mot qui fait titre- et chaque page impaire, celle sur laquelle il y a une photo, renvoie à d'autres repères du livre. On peut même piocher totalement au hasard ; de fait chaque méthode peut être la bonne puisque c'est au lecteur de lier tous les bouts des histoires des deux familles pour construire le roman. C'est gonflé mais très malin de faire appel à l'intelligence et l'imagination des lecteurs. L'écueil, c'est que parfois, je me suis un peu perdu, je ne savais plus trop qui parlait, comme quoi l'intelligence du lecteur a ses limites...

Globalement, j'ai bien aimé le roman, même si j'ai deux remarques. D'abord, tous les chapitres ne se valent pas, certains sont moins intéressants, moins tranchants. Mais certaines pages sont très belles : "Pourquoi deux personnes s'attirent-elles mutuellement ? Cette question laisse les êtres humains perplexes depuis la nuit des temps. Encore aujourd'hui nous en savons peu, sinon que l'attirance est, par nature, irrationnelle." (p.80), je vous laisse découvrir la suite. Ensuite, j'ai pu me perdre entre les différents narrateurs même si je me suis reporté plusieurs fois aux arbres généalogiques du début. L'ensemble est assez désabusé, pessimiste et morose et bien vu. La société étasunienne vue par ces deux familles n'est pas très en forme : divorce, drogue, mort, mais aussi quand même amour, liberté. Garth Risk Hallberg passe tout au peigne fin et décortique assez bien les rapports des personnages entre eux et leur place dans la société. Je ne suis pas spécialiste de ce pays, mais son analyse me semble fine et perspicace. Un pays qui met à sa tête un type comme D. Trump a forcément des pans entiers qui ne vont pas, et sans doute pourrait-on l'étendre à nous Français en ces temps électoraux qui ne nous préparent pas pour le meilleur même si le pire a été évité.

L'ouvrage quant à lui est superbe : les illustrations bien sûr et même les pages des textes, jamais blanches toujours agrémentées soit d'une teinte soit de dessins ou motifs. Un beau travail de qualité.

Si je ne suis pas totalement convaincu par le roman, je trouve l'exercice intéressant et stimulant, original et si je rajoute que pas mal de chapitres m'ont bien plu, je trouve que ce bouquin a un petit kekchose qui justifie le temps que j'ai passé à le lire et le regarder. Faites l'expérience, vous ne devriez pas le regretter.

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L'inconnu de Port Bélon

Publié le par Yv

L'inconnu de Port Bélon, Jean-Luc Bannalec, Presses de la cité, 2017 (traduit par Amélie de Maupeou)....

Un corps est vu par une promeneuse de Port Bélon, pas n'importe qui, Mlle Sophie Bandol, la célèbre actrice venue passer ses vieux jours dans ce petit coin de Bretagne, enfin, c'est ce qu'apprend le commissaire Georges Dupin, sous le charme de l'actrice. Le problème, c'est que le corps qu'elle a vu a disparu et que Sophie Bandol a quelques troubles de la mémoire... Néanmoins, Dupin commence à fureter dans le monde ostréicole. Lorsqu'un second cadavre est découvert dans les Monts d'Arrée, l'enquête prend une nouvelle tournure.

Quatrième enquête du commissaire Georges Dupin depuis cinq ans en Bretagne, en provenance directe de Paris. Après le très bon Un été à Pont-Aven, le Étrange printemps aux Glénan de même niveau et le un peu moins bon Les marais sanglants de Guérande, Dupin revient pour un bon cru. Si la Bretagne cherche un laudateur, un amoureux fou de cette région capable d'en faire une publicité très élogieuse, qu'elle ne cherche plus Jean-Luc Bannalec (écrivain allemand) est là. En bon chauvin (bon d'accord, je suis Nantais, mais quand même Breton), je suis évidemment tout à fait en accord avec tout ce qu'il écrit sur la région, sur les paysages à couper le souffle, sur la gastronomie -qui ne se limite pas aux galettes de sarrasin-, sur les Bretons gens étranges aux caractères bien trempés que semble bien aimer l'auteur : "Un point, cependant, était décisif : en règle générale, les Bretons étaient indifférents à l'eau du ciel. Une conduite très sage, selon Dupin. Ils n'étaient pas pour autant habitués à la pluie. Cette attitude reposait sur deux raisons essentielles : d'une part, il ne s'agissait tout de même que de météo. Il existait des choses plus importantes : la vie par exemple. Il ne serait venu à l'esprit de personne, ici, d'annuler l'une ou l'autre des nombreuses festivités traditionnelles à cause de quelques gouttes. D'autres part, les Bretons détestaient se laisser dicter quoi que ce soit par un élément extérieur, qu'il s'agisse du temps ou de mesures prises par un gouvernement centralisé. Une réplique était très populaire, quand on se plaignait du climat : "En Bretagne, il ne pleut que sur les cons."" (p.22). On frise parfois le dithyrambe, mais comme c'est dit par un non-Breton -qui mériterait d'être naturalisé ou au moins fait citoyen d'honneur- il faut le croire sur parole. Le contexte étant placé et formidablement décrit, qui prend une place très importante dans les romans de JL Bannalec, intéressons-nous aux personnages et à l'enquête. Georges Dupin est omniprésent et sa vie privée qui change est assez largement décrite. C'est bien, j'aime lorsqu'une série policière dresse des portraits assez forts et minutieux des personnages récurrents. On pourrait attendre un peu plus sur les collègues du commissaire, mais peut-être dans d'autres épisodes.

Pour l'enquête, elle avance doucement, toutes les pistes sont minutieusement suivies jusqu'à ce qu'elles débouchent sur des informations ou qu'elles soient abandonnées. Quatre jours d'enquête pour Dupin et son équipe dont sa fidèle et précieuse collaboratrice, puits de science bretonne, Nolwenn. Son adjoint Le Ber est assez calé également, et l'on apprend plein de choses sur les huitres, l'élevage, l'affinage, les différences entre les plates et les creuses, les différentes crises parfois très graves lorsque les exploitants sont vraiment menacés à cause d'une bactérie qui tue les mollusques. Vous ressortirez de ce roman en en sachant beaucoup plus sur l'ostréiculture et surtout avec l'envie de manger des huitres de Bretagne -mais pas que, il y a aussi tous les fruits de mer et toutes les spécialités qui font le bonheur des protagonistes. Finalement, ma seule -très relative- déception vient de la résolution de l'intrigue qui ressemble un peu à des choses déjà vues ou lues -ou alors c'est l'habitude de lire des polars et donc d'être moins surpris-, mais comme elle arrive en toute fin et que tout le reste est très bien, j'aurais tendance à pardonner au romancier. Néanmoins, s'il pouvait trouver des énigmes un peu plus pêchues, mon plaisir serait décuplé.

Un petit voyage en Bretagne vous tente ? Laissez-vous faire, Jean-Luc Bannalec et Georges Dupin vous guident.

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Choucroute maudite

Publié le par Yv

Choucroute maudite, Rita Falk, Mirobole, 2016, (traduit par Brigitte Lethrosne et Nicole Patilloux).....

Viré de Munich pour sanction disciplinaire, Franz Eberhofer est flic dans la petite ville de Niederkaltenkirchen, sa ville natale en Bavière. Il habite la maison familiale entre son père, cossard fabuleux et sa grand-mère, la Mémé de toute la ville qui court les promotions en tout genre. Rêvant d'un minimum d'indépendance Franz tente d'aménager une annexe à la maison en habitation privée. Il passe ses journées à un boulot répétitif, sort Louis II, son chien toujours sur le même trajet chronométré. Lorsque les membres de la famille Neuhofer disparaissent l'un après l'autre et que leur terrain est vendu pour bâtir une station service, Franz flaire une embrouille. il se lance mollement sur une piste.

Polar allemand et très drôle. Une douce folie, un humour décalé, déjanté qui me font de l'effet à quasiment toutes les pages. Un coup les personnages totalement barrés, Franz en premier qui ne sait jamais s'il doit enquêter ou pas, qui a tendance à toujours croire le dernier qui a parlé. Sa Mémé ensuite qui lui impose de l'emmener dans tous les magasins du coin dès qu'il y a une promotion, quelle qu'elle soit. Son père, anti-tout sauf les Beatles qu'il écoute très fort et en boucle, sauf le joint qu'il allume dès que son fils de flic rentre, sauf les manifestations auxquelles il participe, peu importe le motif, il faut que ce soit une manifestation. Son frère Léopold qui en fait des caisses pour être le préféré du père. Et tous les habitants de Niederkaltenkirchen, du boucher au plombier en passant pas la secrétaire de mairie, plan cul de Franz (et vice-versa). Une autre fois, les situations, toutes plus cocasses les unes que les autres : les morts des Neuhofer, pas banales ou cette soirée où la femme de Léopold fait des avances à Franz : "Un moment, je sens son pied à travers son collant sur mes parties intimes, tant et si bien que les yeux m'en sortent de la tête. Je dois tousser, j'ai du mal à avaler ma quenelle qui se coince dans ma gorge. Quand je me lève, un fil mauve de son collant est coincé dans ma fermeture éclair et son bas est filé. Et bien que la Mémé hurle : "Regarde mon garçon, tu as un fil mauve à ta braguette ! " et plus tard : "Regarde Roxanna, tu as une maille filée à ton collant ! ", personne ne remarque rien." (p.15). Ou encore cette soirée où Franz est appelé par la supposée propriétaire du domaine Sonnleitner qui a vu du monde dans sa propriété : "Bon, alors je relève d'abord les identités. [...] Prénom : Mercedes. Mercedes ! Benz ! Vingt-huit ans, un mètre soixante et un, soixante-deux, cinquante et un kilos. Cheveux brun foncé. Yeux bleus. Elle répond impeccablement à tout. Ce n'est qu'à la question sur le tour de poitrine qu'elle marque la surprise." (p.21)

Ajoutez des dialogues savoureux, des décalages permanents et ce côté looser de Franz qui le rend à la fois sympathique, attachant, touchant et très chanceux et vous obtenez un roman réjouissant de bout en bout. On me dit que Rita Falk a écrit toute une série avec Franz Eberhofer. Cette Choucroute maudite date de 2010, si Mirobole a l'excellente idée de traduire et publier les autres, je suis preneur les yeux fermés -juste rouverts pour lire. On me dit aussi -décidément on est bavard- que des films ont été tirés de cette série et notamment du roman en question -mais disponibles en allemand, ach, mes vieux reste de germaniste médiocre ne suffiront pas, il faut que je trouve une version sous-titrée-, j'ai vu une bande annonce qui semble très fidèle : je veux le voir !

Mon ami Eric est au moins aussi enthousiaste que moi; allez voir son blog Débredinages.

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Ça coince ! (38)

Publié le par Yv

Un bref moment d'héroïsme, Cédric Fabre, sang neuf (Plon), 2017.,

Marseille, lorsqu'un élu veut faire un discours, une bande d'individus commence des combats à mains nus, empêchant la manifestation de se dérouler et l'élu de s'exprimer. Arborant des T-shirts sur lesquels certains propos du politique sont imprimés, les combattants entendent lutter contre la vacuité des propos et des actes, le cynisme des politiciens ne cherchant qu'à se faire réélire. Lang, l'un des protagonistes rencontre un jour Awa, une jeune femme qu'il a connue longtemps auparavant et qui lui demande de s'occuper de son fils Arsène.

Mais que m'arrive-t-il pour ne pas parvenir à m'intéresser à ce titre ? Tout est là pour moi pourtant. Mais, de fait, dès le début, je n'accroche pas et je trouve que le romancier s'embourbe dans des répétitions, des longueurs. Il est bavard et radoteur. Je n'ai rien contre les digressions, les parenthèses, les théories sur le sens de la vie, sur la difficulté de vivre lorsqu'on a plus de boulot, de toit et qu'on ne croit plus vraiment en quelque chose... mais c'est sans doute la manière de l'écrire qui ne passe pas. Je ne sais pas, je n'y crois pas, je ne me projette jamais et pour être franc, ne réussis pas à avoir une quelconque envie de connaître la fin de l'histoire. Tant pis.

Le gang des honnêtes gens, Pierre Nemours, French pulp, 2017..,

Paul Récord vient d'être remplacé au poste très intéressant qu'il occupait par un plus jeune que lui. Depuis, il envisage un gros coup, cambrioler une banque. Pour cela il s'adjoint les services d'un employé de cette banque qui a besoin d'argent pour soigner sa fille très handicapée, d'un flicqui peut se procurer les plans de sécurité de l'établissement et d'un quatrième larron.

Pas mal sur le papier ce roman se révèle assez vite un peu longuet et pas au meilleur niveau des productions des années 70/80. Pierre Nemours (1920/1982) fut un écrivain productif et populaire, mais je ne suis pas certain que ce titre fut l'un de ses plus grands succès. Il traîne en longueurs et j'ai peiné à m'y intéresser totalement. Le cambriolage se monte doucement, très doucement, et de ce temps, l'auteur ne profite pas pour vraiment dresser de vrais portraits de ses personnages qui resteront toujours un peu vides.

Le roman s'emballe sur la fin et finalement seule la dernière partie, celle qui concerne l'après-cambriolage est vraiment passionnante et haletante (enfin, tout cela est très personnel et ce livre pourra plaire à certains). Un peu tard, il eût été bon que le suspense naquît bien en amont de l'épilogue.

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Les Égyptiens de l'espace

Publié le par Yv

Les Égyptiens de l'espace, Diego Agrimbau, Diego Garavano, Ed. Saure, 2017.....

Damon est fan d'un jeu en ligne Les Égyptiens de l'espace et compte bien sur ce jeu pour entrer dans la vie active. Un jour, il est enlevé par des extra-terrestres qui s'avèrent être des Égyptiens, ceux du jeu, qui cherchent les meilleurs joueurs pour sauver leur civilisation qui vit à des années-lumières. Sauf que les ordinateurs se sont trompés et Damon est un joueur assez mauvais. Renseignements pris, le meilleur joueur est Géronimo, aussitôt enlevé. Damon et Géronimo feront donc équipe pour combattre le méchant Wando, l'archi-ennemi du pharaon.

Je ne suis pas spécialiste des Égyptiens et je ne saurais dire ce qui est de la réalité ou de la fiction, je vois à peu près ce qui relève de l'anachronisme. Donc égyptologues acharnés, ne criez pas au scandale, cette bande dessinée n'est pas faite pour vous. Plutôt destinée à un public jeune, elle se lira dans le cadre familial. Très drôle, divertissante, le mélange des genres est très réussi. Dessin très coloré (Diego Garavano) et scénarios -scenarii pour les puristes- légers et enlevés (Diego Agrimbau), le tout donne une série qui débute très bien. Car j'ai lu deux épisodes à la suite. Le premier est intitulé La molaire du pharaon et tourne autour de la recherche du dentiste du pharaon qui ne répond plus aux appels alors que urgence il y a pour la dent pharaonique. Le deuxième tome intitulé La recette du pharaon a pour cadre la brasserie et la recette de bière ancestrale perdue à jamais... sauf si Damon et Géronimo parviennent à la récupérer.

Situations décalées, drôles, personnages marrants et attachants comme le sont souvent les gentils loosers qui réussissent sans comprendre comment, cette BD est une belle découverte, éditée par une maison espagnole Editorial Saure. Malgré cela, vous devriez pouvoir la trouver ou la commander dans toutes vos bonnes librairies (on me dit que chez Decitre, Mollat et les libraires.fr elle y est, mais essayez aussi chez vos libraires favoris). Allez-y, je vous promets un très bon moment de détente en famille.

Ci-dessous les deux couvertures des deux tomes

Les Égyptiens de l'espaceLes Égyptiens de l'espace

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Infinity 8. Guérilla symbolique

Publié le par Yv

Infinity 8. Guérilla symbolique, Martin Trystram, Lewis Trondheim, Kris, Rue de Sèvres, 2017.....

Quatrième reboot à bord de l'YSS Infinity. Cette fois-ci c'est Patty Stardust, agent infiltrée au sein de la Guérilla symbolique depuis cinq ans qui doit abandonner urgemment son travail et griller sa couverture pour aller explorer la nécropole intergalactique. Comme les précédentes intervenantes, elle a huit heures devant elle pour comprendre ce qui empêche le vaisseau d'avancer.

Toujours aussi bien cette série. J'en suis à la moitié et à chaque épisode, j'ai l'impression de lire une nouvelle histoire. Cette fois-ci, Patty Stardust en est l'héroïne. Infiltrée dans une guérilla post-hippie, ou néo-hippie, des artistes qui pratiquent l'amour libre, la fumette ou autre prise de substance faisant planer. Liberté avant tout. C'est au moins ce que l'on en comprend de l'extérieur. Mais sans doute est-ce plus compliqué pour qu'il y ait besoin d'une agent infiltrée, la communauté est-elle si pacifique que cela ? Et quid de ce ce millionnaire mécène de cette guérilla : quel rôle joue-t-il ?

Couleurs psychédéliques, références à cet univers et aux hippies, certaines que j'ai repérées, telle cette grenouille  (p. 37) qui est à la tête de musiciens et danseurs (cf. Love is all de Roger Glover, écoutez, je vous garantis la chanson dans la tête pour au moins la journée, non non, ne me remerciez pas c'est cadeau). Puis le nom même de l'agent Patty Stardust... Encore une fois, la bande dessinée fonctionne parfaitement. Toujours scénarisée par Lewis Trondheim aidé cette fois par Kris et dessinée par Martin Trystram. Peut-être pas la plus dense des aventures, mais l'une des plus simples à suivre et de très jolies choses à l'intérieur malgré les méchants qui rôdent.

Il n'est pas encore trop tard pour débuter cette excellente série dès le début ; pour rappel, voici mes recensions sur chaque tome : Romance et macchabées, Retour vers le Führer, L'évangile selon Emma.

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