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Hommes à la mer

Publié le par Yv

Hommes à la mer (2014) et A bord de l’Étoile Matutine (2009), Riff Reb's,  Ed. soleil.....

Deux albums qui font partie d'une trilogie consacrée à l’adaptation en bande dessinée de récits de mer. Hommes à la mer est un recueil de nouvelles de William Hope Hodgson, Pierre Mac Orlan, Marcel Schwob, Joseph Conrad, Edgar Allan Poe avec des extraits illustrés de grands auteurs. A bord de l’Étoile Matutine est une adaptation de Pierre Mac Orlan. Manque dans cet article, parce que je ne l'ai pas lu, Le loup des mers adapté de Jack London.

Riff Reb's ce sont d'abord des gueules incroyables, des marins burinés, des fortes têtes. Ce sont aussi des planches monochromes, jaunes ou vertes ou bleues ou rouges ou grises. Deux histoires dans Hommes à la mer bénéficient d'une colorisation plus variée (noire et rouge et noire et jaune), La Chiourme de Mac Orlan et Les trois gabelous de Marcel Schwob. Le résultat est bluffant et enthousiasmant. Je ne suis pas un homme de la mer, je ne sais pas nager et ai le mal de mer -et vice-versa-, mais j'ai été captivé par ces histoires et le dessin de Riff Reb's.  Dans Hommes à la mer, il ne se contente pas d'adapter, il change sa manière de dessiner les personnages à chaque nouvelle, un peu comme un écrivain qui changerait de style à chaque histoire, ce que j'aime beaucoup.

A bord de l’Étoile Matutine est plus linéaire, mais quelle histoire ! Et encore une fois le dessinateur force le respect avec des cases incroyables, parfois muettes, et la description de la vie à bord d'un bateau de pirates. Je n'ai sans doute pas bien regardé dans les rayonnages de la bibliothèque, parce que je n'ai pas vu le troisième titre de la trilogie, mais dès que je le vois, je prends. Se priver d'un tel plaisir ce serait péché.

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Le rapport de Brodeck

Publié le par Yv

Le rapport de Brodeck, Manu Larcenet, Dargaud (2015, 2016).....

Brodeck revient dans son village après avoir été déporté dans un camp pendant la guerre. Isolé, il vit avec une vieille femme, sa femme Emélia qui ne parle plus et sa fille Poupchette. Un soir, il va à l'auberge pour acheter du beurre. Tous les hommes du village y sont réunis et l'on compend très vite qu'il y a eu mort d'homme, de l'Anderer, un étranger arrivé quelques semaines plus tôt. Sous la pression, Brodeck est chargé d'écrire un rapport qui relatera les faits et la disparition de l'Anderer sans accabler les villageois. Mais Brodeck sait qui sont les coupables et sait tout ce qu'il s'est passé pendant la guerre. Il décide d'écrire un rapport secret, celui qui racontera les faits, les vrais.

Cette bande dessiné est inspirée du roman de Philippe Claudel, paru en 2007 et est découpée en deux tomes : le premier (en 2015), intitulé L'autre, et le second (en 2016), intitulé L'indicible. Je n'ai pas lu le roman et ne peux donc comparer. L'histoire est forte, noire et violente. Elle parle de crime, de la lâcheté humaine, de la peur et de la haine de l'autre, l'étranger, de la trahison. Elle parle également de la seconde guerre mondiale et du nazisme, de la supposée supériorité de certains, de la déportation et de la survie dans les camps et du retour dans un village coupé de tout et de tous lorsqu'on a subi les pires horreurs et que les villageois restés n'apprécient pas ce retour.

Manu Larcenet développe tout cela dans un dessin noir et blanc duquel sourdent la violence et le désespoir, la noirceur des hommes et leurs pires lâchetés et turpitudes. On est assez loin du dessin net et précis et plutôt dans des traits flous, il est parfois difficile de reconnaître les hommes entre eux. A priori un genre que je n'apprécie pas plus que cela, mais je dois dire que dans ce double album, il renforce la noirceur, l'âpreté du monde décrit, la violence. C'est assez prodigieux. Parfois, les images surgissent d'un fond blanc, avec un minimum de traits, de points et si l'on s'y attarde, des détails apparaissent, pas visibles si la lecture est trop rapide. Les albums ne sont pas très bavards, parfois les dessins sont muets et ce ne sont pas ceux qui sont les moins parlants.

Je ne sais pas si je lirai le roman, mais ce dont je suis persuadé c'est que si je le lis, je ne pourrai pas me défaire des visages et des lieux que Manu Larcenet a dessinés.

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L'assassin du canal

Publié le par Yv

L'assassin du canal, Sandrine Berthier, Ravet-Anceau, 2011....

Coudekerque, banlieue de Dunkerque est le lieu de prédilection d'un tueur en série particulier, qui pousse ses victimes dans les lacs ou canaux pour qu'ils s'y noient. La police et le procureur sont sur les dents. Le lieutenant Decanter, jeune flic, revenu au pays depuis un an après quelques années à Paris est sur l'enquête, associé à l'agent Sylvain Fleurynck, dynamique, parfois trop au risque de devenir fatigant. Les victimes s'accumulent sans que les policiers puissent trouver de lien entre elles.

Les éditions Ravet-Anceau, sans leur faire injure, ne révolutionnent pas le genre policier, mais quasiment à chaque fois, le roman policier qu'on tient entre les mains fait passer un très bon moment. Sans faire beaucoup de bruit, cette maison bâtit un catalogue divers et riche. En fait, lorsque je me promène dans les rayons de la bibliothèque, j'ai tendance à prendre facilement l'un de leurs livres, sachant que je ne serai pas déçu. Cette fois-ci, ça a encore marché.

L'histoire de Sandrine Berthier est plaisante en grande partie grâce à ses personnages, qui, étonnamment ou pas -est-ce volontaire ?- ont pour beaucoup des noms commençant par la lettre D : Decanter, Demol, Duval, Duport, Deleu, Delobel, Delaeter, Després -je ne sais pas si le remraquer pendant ma lecture fait de moi un type étrange ou si c'est normal. Elle sait camper des personnes simples, pleines d'humanité, le commissaire qui chouchoute ses hommes en est un bel exemple, qui ont des rapports sains. Il souffle, malgré les victimes et l'enquête qui piétine, comme un air de bonté : "Les gens du nord..." disait un chanteur. Et un peu d'humour et de légèreté apportent un plus indéniable qui conforte la bonne ambiance du roman. Parfois un peu trop de bon sentiment, notamment avec Barney, le chien d'une victime, fait sourire, mais c'est dans le ton, absolument pas rhédibitoire, plutôt marrant et décalé dans le polar qui joue plus souvent le cynisme que la bonté.

Il reste que, passé cette ambiance chaleureuse, les flics doivent travailler et trouver le tueur, ce qui n'est pas aisé. Bon, j'avoue m'être douté du nom du coupable assez nettement avant la fin, mais cela n'a pas altéré mon plaisir de lire ce polar jusqu'au bout.

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Sous le compost

Publié le par Yv

Sous le compost, Nicolas Maleski, Harper Collins, 2020 (Fleuve, 2017).....

Franck Van Penitas vit à la campagne, est homme au foyer, s'occupe donc de ses trois filles, de toute l'intendance domestique et de son potager, véritable joyau du genre dont il espère faire la principale source alimentaire de la famille.

Gisèle, sa femme est vétérinaire et souvent absente. Lorsqu'une lettre anonyme apprend à Frank que Gisèle couche avec l'un de ses associés, c'est la douche glacée, mais sa réaction ne tarde pas : séduire la femme de l'amant de la sienne.

Ce roman a tout pour plaire, loin d'être un alignement de coucheries extra conjugales. Si elles son présentes, elles ne sont finalement pas le sujet principal, elles ne sont qu'un moyen pour Franck de se poser les (bonnes) questions sur sa vie, son couple, son envie d'écrire, sa famille... Je l'aime bien Franck et me suis pas mal reconnu en lui, adultère excepté. Un poil agora-claustrophobe, peu enclin à tenir des conversations ou des relations qui ne mènent à rien, pas à l'aise dans un groupe, non-amateur des pince-fesses et autres fêtes de village ou d'école, un peu chiant sans doute et sûr qu'il n'est nulle part en meilleur compagnie qu'avec lui-même sans pour autant être imbu de soi-même, ce sont juste des moments de tranquillité recherchés. Voilà, c'est tout moi ; j'y ajoute le fait que je travaille à domicile -mais je ne suis pas fan du potager ou du jardinage. Mais j'arrête là ma parenthèse pour revenir à ce roman assez inclassable. Souvent drôle, par le détachement de Franck et par l'écriture volontiers ironique, sarcastique et elle-même décalée de Nicolas Maleski qui, avec ce premier roman, frappe fort. Sa saillie sur les écrivains en vue est savoureuse. J'avoue ne pas lire ce genre de prose, mais il me semble bien avoir deviné un type connu dont le visage s'est aussitôt collé sur celle de Marc, l'ami écrivain de Franck : "Ça marchait pour lui aujourd'hui, il faisait paraître un roman tous les deux ou trois ans, il passait à la radio pour prononcer ses chroniques dans une émission de divertissement. Ses bouquins parlaient de drogue, de boîtes de nuit, de sexe, de marques de luxe, de petits branleurs prétentieux et friqués, fêtards et oisifs, immatures et narcissiques. D'aucuns localisaient son génie dans la condamnation de cette société qu'il décrivait. Pourtant il ne s'agissait nullement de jugement. Marc vivait dans ce milieu, il s'y plaisait, et dans ses bouquins il se contentait de mettre en scène son environnement." (p. 173). Tragi-comique par les situations qui peuvent faire sourire mais dont on sent bien, lorsque Franck lutine sa maîtresse qu'elles peuvent à tout moment sombrer dans le drame ou le sordide. Grave lorsque la disparition d'une jeune fille dix ans plus tôt, fille d'un des amis de Franck est évoquée ainsi que la vie du couple qui ne sait pas ce qu'est devenue son enfant.

Nicolas Maleski peut être direct, mais joue aussi avec des petites touches plus subtiles, de celles que l'on découvre entre les lignes. J'ai beaucoup aimé vivre un instant dans ce village avec Franck, sa famille et ses voisins, j'aime bien la présentation qu'en a faite l'auteur, la manière dont il parle de tous ces gens, des gens simples, sans jamais les juger.

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Avec le chat pour témoin

Publié le par Yv

Avec le chat pour témoin, Pierre Pouchairet, Palémon, 2019.....

Marc Chabot, l'amant de Vanessa, la psychologue criminelle du groupe des Trois Brestoises est retrouvé mort. Tous les indices mènent vers Vanessa qui est emprisonnée. Léane, la cheffe de la PJ de Brest ne peut croire que son amie est coupable, ni Élodie la troisième du groupe, médecin légiste. Bien que l'enquête ne lui soit pas confiée, Léanne s'en mêle et ses premières découvertes sont loin d'innocenter son amie. Mais l'amitié est plus forte que tout et bien épaulée, elle persiste tandis que petit à petit une d'autres affaires s'ajoutent au meurtre de Marc Chabot.

Retour des Trois Brestoises, pour ce quatrième opus mené tambour battant. Il faut croire que la Vallée des Saints est un lieu propice aux enquêtes policières puisque, Françoise Le Mer en a fait le lieu de son dernier roman, Le festin des pierres, et au vu des descriptions des lieux dans les deux livres, je n'en doute pas un instant.

Si l'enquête de Léanne a des côtés très envisageables, elle réserve néanmoins des rebondissements et des surprises bien agréables. Elle nous tient jusqu'au bout des 320 pages sans mollir et sans ennuyer, c'est même tout le contraire tant fermer le livre est un acte difficile. Et comme à chaque fois que Pierre Pouchairet écrit une histoire pour ses trois héroïnes, c'est avant tout à elles qu'on s'intéresse. C'est la vie des trois filles et de leurs connaissances qui lie toutes les enquêtes, les histoires et qui fait que tout se tient admirablement bien et que, comme je le disais plus haut, il est bien ardu de fermer le livre. Parce qu'on a envie de savoir, sans être potinophile ou cancanophile -faites votre choix-, comment ces trois-là vont continuer, quelles seront leurs relations, leur avenir personnel et professionnel.

Pierre Pouchairet écrit des polars réalistes, de ces histoires qui pourraient se passer près de chez nous -d'ailleurs, elles se passent tout près, parce qu'on sait bien que la Bretagne c'est le centre du monde-, avec des protagonistes qu'on peut croiser chaque jour. On y croit. Sa manière de les raconter, vive, rythmée, pas mal dialoguée, assure au lecteur un excellent moment de lecture et fait de lui un des auteurs de polars français inévitables. Le très bon Olivier Marchal qui signe le bandeau ne s'y est pas trompé lui non plus et nous sommes nombreux à partager son avis.

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Au tribunal des couples

Publié le par Yv

Au tribunal des couples, Baptiste Virot, Collectif Onze, Casterman, 2020.....

Malika est greffière dans un tribunal. Elle assiste une juge aux affaires familiales, et les couples en instance de divorce défilent devant elles, avec souvent les problèmes de garde des enfants. Puis la juge est mutée et Malika doit travailler avec un jeune juge peu habitué à ce genre de conflits et qui a tendance à les sous-estimer. Les journées sont épuisantes et lorsque Malika rentre chez elle, elle se retrouve seule avec sa fille, son compagnon est gendarme mobile et souvent absent.

Dans la collection Sociorama j'en suis à mon deuxième ouvrage. Cette fois-ci, plongée dans un tribunal familial avec son défilé de gens en instance de divorce, en plein conflit et donc souvent peu enclins à venir étaler leur vie privée devant un juge. Chacun défend sa cause en espérant convaincre. Le quotidien des juges et greffiers n'est pas de tout repos ni enthousiasmant, ne voyant que des situation de conflits. Et leur vie personnelle en prend un coup, surtout lorsqu'elle n'est pas de tout simple elle non plus. Très différent du titre précédent sur le football, cet album est plus proche de nos vies, parle de soucis qu'on a tous pu rencontrer ou certaines de nos connaissances. Ce qu'on lit, voit ou entend l'est souvent par les yeux des personnes qui passent devant les juges, rarement par les yeux d'iceux. C'est la bonne idée du jour, de nous raconter le tribunal des affaires familiales par ceux qui le vivent au quotidien. Manque de moyens, manque de personnel qui fait ce qu'il peut et souvent plus, la justice peine, au détriment de tous, ceux qui l'attendent et ceux qui la rendent.

Sur la base d'un ouvrage du Collectif Onze dont il reprend le titre et d'autres études ultérieures, Baptiste Virot bâtit une bande dessinée sobre et réaliste. Du noir et blanc et du dessin minimaliste qui colle aux situations décrites. La fiction basée sur des faits et des enquêtes réels fonctionne très bien et l'idée de l'étude sociologique dessinée convainc.

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L'amour du maillot

Publié le par Yv

L'amour du maillot. Une saison en ligue 2, Hélène Georges, Frédéric Rasera, Casterman, 2020.....

Le championnat de football professionnel reprend. L'équipe de ligue 2 de Tourval a pas mal changé pendant la trève : des départs et des arrivées de joueurs anciens censés apporter leur expérience du haut niveau et de jeunes joueurs frais, qui ont tout à donner, notamment leur fougue et leur talent en devenir.

Il y a aussi Mathieu Beccaria, joueur du cru qui a fait toute sa carrière à Tourval et compte la finir dans ce club. Les entraînements reprennent, les matches, les loisirs, ... un rythme de vie particulier.

Deux remarques liminaires : d'abord, la collection Sociorama de Casterman "signe la rencontre entre bande dessinée et sociologie." En fait, les albums adaptent par la fiction des études sociologiques réelles. Ensuite, pas amateur de football, ni de sport en général, me voici donc plongé dans un monde inconnu. Mais par le biais de la sociologie et de la BD, on peut me faire aimer presque tout.

Le récit est centré autour des joueurs, de leurs choix et leurs obligations pour se maintenir au haut niveau, des contraintes pour leurs femmes et enfants notamment lorsqu'il faut changer de club, de région, mais aussi des rivalités entre eux parce qu'ils sont plusieurs pour un même poste et doivent se montrer les meilleurs. C'est aussi la vie d'un petit club qui dépend des résultats de son équipe première. Dit comme cela ça a l'air terrible, mais remis dans le contexte de la société dans son ensemble, il apparaît vite que ces joueurs restent des privilégiés qui, pour certains, même en ligue 2, gagnent en un mois plus que moi en une année. Pas de jalousie de ma part -je sais à peine taper dans la baballe-, un simple constat. Bon d'accord, un peu plus qu'un constat : une infirmière gagne beaucoup moins et sauve des vies, un instit gagne beaucoup moins et se cogne des enfants toute la journée ... et pas que les siens. Cette société me fait un drôle d'effet, qui préfère payer cher des amuseurs interchangeables que des professionnels indispensables, dans laquelle on peut s'enorgueillir de connaître une -petite voire locale, parfois les deux- célébrité plutôt que son voisin -et je m'inclus dans ce mouvement, n'hésitant jamais à dire que je connais tel ou tel écrivain -ouais, j'avoue, je brille dans les dîners- et que je lui ai parlé, mais bon j'ai un alibi, Madame Yv est infirmière et j'en connais d'autres aussi, des gens qui gagnent peu pour des boulots bien prenants.

Pouf, pouf, je me calme et reviens à cette bande dessinée au dessin minimaliste en noir et blanc qui prend des libertés avec les cases, les textes. Frédéric Rasera a basé cette histoire sur sa thèse de sociologie et Hélène Georges l'a dessinée. Une manière de lire de la sociologie sans en avoir l'air. Une collection, Sociorama, que je découvre mais qui a déjà plusieurs titres au catalogue.

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Saisons en friche

Publié le par Yv

Saisons en friche, Sonia Ristić, Intervalles, 2020....

Un squat à Paris, des hommes et des femmes d'origines diverses ethniques, culturelles, sociales s'y regroupent. Il faut s'organiser, gérer le matériel, se répartir les lieux, créer ses espaces et la communauté. Des liens se tissent entre eux, plus ou moins tendus. Des amitiés, des amours, des relations plus lointaines aussi. On ne plaît pas à tout le monde, mais dans cet espace, il faut au moins se respecter et apprendre à vivre ensemble. Il y a Vladimir, Lana, Nieves, Douma, Malo, Alice, Alexandre, Thomas,... et d'autres qui vivent là ou qui tournent autour du lieu.

Mon -petit- souci avec ce roman est son nombre de personnages important qui m'a parfois perdu et des paragraphes qui se répètent et alourdissent, notamment lorsqu'un fait est repris par différents narrateurs. Hormis ces bémols, le roman est rafraîchissant, un brin mélancolique et/ou nostalgique, comme si l'époque du squat -début des années 2010- était, tous ses occupants le savent, un moment fort et inoubliable, un de ceux auxquels ils se réfèreront tout au long de leur vie en le qualifiant de "nos plus belles années". Tout est à construire entre gens très différents. La tolérance, l'adaptation, l'écoute de l'autre sont au cœur du roman, comme c'était le cas dans le roman précédent de Sonia Ristić : Des fleurs dans le vent. Ainsi que la liberté d'opinion, de création, d'amour... Une sorte de société idéale avec ses qualités et ses défauts.

Sonia Ristić écrit en finesse et ses mots évoquent tout ce que je viens d'évoquer. On suit les parcours de tous ses personnages, les hauts et les bas, les doutes, les prises de risque, leurs souffrances également, leurs côtés sombres pas aisément avouables ou pas à n'importe qui, ceux qui impliquent la confiance en l'autre. C'est ce qu'on a coutume d'appeler un roman choral où toutes les histoires se mêlent à la façon de "la créature mêlée emmêlée" inoubliable du roman précédent et brièvement évoquée dans Saisons en friche. Que mes petites réserves ne vous empêchent pas de découvrir les romans de Sonia Ristić, toujours justes, joyeux et revigorants.

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Puisque voici l'aurore

Publié le par Yv

Puisque voici l'aurore, Annie Cohen, Des femmes-Antoinette Fouque, 2020...

Annie Cohen se débat contre sa bipolarité. Elle oscille entre découragements et envies. Elle garde sa chambre, est parfois internée à Sainte Anne. C'est son mari cinéaste, qu'elle suit à Nancy lorsqu'il a besoin de filmer et monter son film là-bas, qui s'occupe de tout. Proche, aimant, patient.

L'autrice se plonge dans son histoire, dans son passé, dans son judaïsme, tentant de garder pied dans la réalité, dans le monde actuel.

Puisque voici l'aurore est son journal, mais un journal qui n'est pas daté et dont on ne sait pas si les propos sont tenus et reportés chronologiquement.

Ce n'est pas très évident à lire pour un lecteur comme moi, assez basique, qui, finalement, aime bien un début, un développement et une fin. Ça me perturbe un peu, et parfois ça ne ma plaît pas, notamment la question du judaïsme qui ne m'intéresse pas du tout. Mais, d'autres pages sont vraiment très belles, sur l'amour qu'elle et son mari se portent, sur la maladie, la dépression qui la gagne, sur le vieillissement :

"Le handicap est flagrant, je ne me souviens plus de ce que j'ai écrit, j'avance en hurlant des phrases comme sous les eaux de la piscine. Je hurle ce qui ne se dit pas, dans un brouillamini de mots, de textes déconstruits, perdus, respirer un peu. Et replonger pour appréhender l'avenir qui n'est que des cris poussés en forêt, la nuit. J'ai perdu le fil, en fait, je n'ai jamais de fil, je construis un ouvrage abstrait." (p. 39/40)

Lorsque je suis tombé sur cette dernière partie de phrase, je le suis dit, c'est cela, c'est exactement cela, ce livre est un livre abstrait. Dès lors, sa lecture en devient plus aisée, car, je ne cherche plus à le comprendre au mot à mot, mais à me laisser porter et à en retirer des sensations, des impressions. N'y voir parfois que des formes, qui peuvent faire penser à de la réalité. Parfois se raccrocher à des concepts, des idées et d'autres fois se laisser aller.

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