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La femme du monstre

Publié le par Yv

La femme du monstre, Jacques Expert, Ed. Anne Carrière, 2007

Simon Darget est un homme bien, apprécié de ses collègues, bon vivant, blagueur, boute-en-train, aimé de sa femme et de ses enfants. Un matin, les gendarmes viennent l'arrêter chez lui et l'enferment en prison pour le viol et le meurtre d'une petite voisine, adolescente. Ce roman, très bien chroniqué par Finette qui m'a donné envie de le lire, est en fait le point de vue de son épouse. Elle raconte sa rencontre avec cet homme si beau ; inespérée pour elle, femme très effacée. Elle raconte aussi le procès de son ex-mari (ils ont divorcé suite à l'emprisonnement de Simon). Ce roman est très dérangeant : on y suit une femme qui sous des dehors de femme soumise et effacée cache les agissements de son mari, qu'elle devine au hasard de ses lectures de journaux (un violeur agit systématiquement dans toutes les villes dans lesquelles ils passent).  Lors du procès, elle se pose en victime, femme abusée et faible. Elle n'informera jamais la police de ses doutes quant aux viols et meurtres que perpétue Simon, préférant donner aux autres l'image d'une famille et d'un couple modèles et enviés, sa seule vraie ambition dans la vie. Au fil des pages, on découvre une femme calculatrice, détestable : qui "flique" ses enfants, ne supporte pas ceux des autres, est raciste et ne s'intéresse à rien d'autre qu'à son intérieur. Elle trouve même des circonstances atténuantes à son mari pour le meurtre pour lequel il est accusé (la jeune fille de 14/15 ans est bien sûr dans ce cas, provocante), mais aucune pour avoir brisé son rêve de femme et mère comblée.

Un livre, je l'ai dit, dérangeant, bien écrit, sans fioriture, sans effet de style -et c'est heureux pour une histoire si lourde. Alors, certes, ce n'est pas drôle, mais parfois la lecture sert aussi à être surpris, dérangé ou choqué pour certains qui pourraient l'être par celle-ci.

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Quel petit vélo à guidon chromé au fond de la cour ?

Publié le par Yv

Quel petit vélo à guidon chromé au fond de la cour ?, Georges Perec, Denoël, 1966

Après une déception de lecture (un polar anglais), j'ai repris ce tout petit livre au titre extraordinaire dans ma bibliothèque perso. Sûr que le résultat serait de me faire rire et de prendre un plaisir réel, (pari largement réussi !) autant que celui de Perec, j'imagine, lorsqu'il a écrit ce bouquin fou.  Il y joue avec les mots, les détourne de leurs sens, les transforme, avec les phrases en les réécrivant de différentes manières. Enfin, bref, un vrai bon moment de lecture. Maintenant, à quoi bon résumer l'histoire ? Si je vous dis qu'un groupe de jeunes gens amis mettent tout en oeuvre pour éviter à l'un des leurs de partir faire la guerre en Algérie, vous n'aurez alors que le fil rouge du livre, mais le plus important réside dans l'écriture, les vrais trouvailles littéraires de Perec.

Pour tous ceux que cela intéresse, je note toujours l'édition originale, mais ce petit livre (110 pages) est aussi édité chez Folio, donc à petit prix : ce serait dommage de le rater.

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Un sur deux

Publié le par Yv

Un sur deux, Steve Mosby, Sonatine éditions, 2008

John Mercer est un flic reconnu, respecté et admiré par les autres policiers. La mort de l'un des ses collègues, et ami proche le plonge dans une dépression. Deux ans plus tard, il revient dans son service : il n’apparaît être plus que l'ombre de ce qu'il a été. C'est au moment de son retour que le tueur en série qu'il a déjà traqué deux ans auparavant reprend lui aussi ses activités.

Soyons clair et précis : je n'ai pas aimé du tout. L'histoire est sordide, pas très originale : on a droit aux descriptions de tortures et de cadavres mutilés (je préfère de loin une suggestion à une description au scalpel des horreurs). Les personnages n'ont pas vraiment de carrure, ni les flics, ni le tueur. Enfin, un mauvais polar à mon goût, racoleur et déplaisant. Si après cela sa lecture vous tente quand même, eh bien lancez-vous dans les 415 pages qui le composent, mais je vous aurais prévenu !

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L'homme du lac

Publié le par Yv

L'homme du lac, Arnaldur Indridason, Ed. Métailié noir, 2008

Un squelette lesté par un émetteur radio est retrouvé au fond d'un lac qui se vide, en Islande. Erlendur et ses équipiers Elinborg et Sigurdur Oli mènent l'enquête.  Pour cela ils s'intéressent aux disparitions des années 60, non élucidées. Rapidement ils se forgent la conviction qu'il faut chercher vers les pays de l'ancien bloc de l'Est, communiste.

Je lisais récemment dans un Ouest-France (du 22/11/08) une interview d'Indridason expliquant que si les polars nordiques avaient en ce moment le vent en poupe c'était probablement parce les flics y étaient réalistes, humains et proches de nous. Il ajoute qu'il est pour lui inconcevable d'écrire une scène de poursuite de voitures ou d'une fusillade, simplement parce qu'en Islande, on ne s'y poursuit pas en voiture et que les policiers ne sont pas armés. J'avoue être tout à fait d'accord avec ce côté réaliste et humain des personnages des romans d'Indridason (ou Mankell entre autres), ce qui fait que j'apprécie beaucoup plus les polars nordiques que les polars étasuniens qui se ressemblent tous beaucoup.

Ma parenthèse étant faite, dans L'homme du lac, Indridason se sert de l'intrigue policière pour nous brosser un portrait peu flatteur de l'ex RDA dans les années 50/60 : une longue partie de ce roman y est consacrée, très bien documentée et très intéressante pour se faire une idée de ce qu'on vécu les habitants des anciens pays communistes. L'autre partie du roman consiste en la recherche de la vérité sur ce squelette. On retrouve avec grand plaisir les trois enquêteurs islandais englués dans leur propres soucis. Le dépaysement nordique n'est pas non plus étranger au plaisir que j'ai eu à suivre Erlendur et ses collègues.

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Atelier 62

Publié le par Yv

Atelier 62, Martine Sonnet, Ed. Le temps qu'il fait, 2008


Le résumé du livre est on ne peut plus simple : Martine Sonnet est la cinquième et dernière enfant d'une famille normande. Le père, artisan-forgeron, obligé de quitter son village -plus assez de travail- pour embaucher à la Régie Renault, atelier 62 forges et traitements, réputé comme le plus dur de l'usine de Boulogne-Billancourt. Déracinement normand-enracinement parisien. Années 50/60. Années où tout change : les ateliers se mécanisent, la vie quotidienne aussi.
Ce livre ne ressemble à rien de ce que j'ai déjà lu : mi-récit-mi-documentaire. L'auteure alterne les chapitres. Les uns consacrés à l'usine, en pleine mutation mécanique, écrits comme un documentaire (conditions de travail, relations ouvriers-direction, rapports et références au journal du syndicat de la Régie, ...) ; l'écriture est directe, sèche, descriptive, assez classique. Les autres s'attardent sur l'histoire familiale : l'arrivée à Paris, la figure omniprésente du père ; écriture plus allusive, elliptique : beaucoup de phrases sans verbes, omissions de déterminants ; un parti-pris et un style singuliers.
Soyons directs : j'ai vraiment beaucoup aimé cette lecture, même si les chapitres-usine sont plus difficiles d'accès. Cependant, à mon grand regret, je crains que ce livre ne reçoive pas l'accueil qu'il mérite dans le cadre du prix inter C-E pour lequel il concourt, du fait de sa construction hors du commun.

PS : visitez le site de Martine Sonnet

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Monsieur Pain

Publié le par Yv

Monsieur Pain, Roberto Bolano, Les allusifs, 2004


Voici la quatrième de couverture : "Paris, avril 1938. [...] le poète Vallejo se meurt, possédé d'un hoquet incurable. Surgit alors un homme étrange aux poumons brûlés, acupuncteur féru de sciences occultes, Pierre Pain, qui eût pu arracher Vallejo à la mort."


Je pensais qu'avec cette approche et le style résolument décalé des Allusifs, je m'intéresserais à l'histoire. Que nenni ! Je n'ai pas réussi à entrer dedans. De trop nombreuses digressions m'ont rendu la lecture incompréhensible. C'est pourtant une écriture classique, agréable, et une époque qui me plait, mais j'ai fini en diagonale, très vite.

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Comme une tombe

Publié le par Yv

Comme une tombe, Peter James, Panama, 2006


Michael Harrison enterre sa vie de garçon avec quatre de ses amis. Enclin à faire des blagues de très mauvais goût à ses camarades, ceux-ci, cette fois-ci ont bien l'intention de se venger, en toute amitié. Pour lui donner une bonne leçon, ils font donc le tour des pubs de la région, le saoulent et décident de ... l'enterrer vivant, dans un vrai cercueil recouvert de terre et d'aller le déterrer deux heures plus tard lorsqu'ils auront visité d'autres pubs. Seulement, l'enterrement fait, ils ont un accident de voiture : trois d'entre eux meurent et le quatrième est en soins intensifs. Voici donc Michael enterré vivant sans que personne ne le sache. Affolée de sa disparition, Ashley, sa fiancée fait appel à la police. Le commissaire Roy Grace est sur l'affaire.
Voilà un roman policier comme je les aime : une belle idée de départ, des personnages fouillés, très bien décrits aussi petits soient leurs rôles dans l'histoire ; idem pour les lieux. Je ne suis pas forcément adepte des comparaisons, mais j'en vois une évidente avec les enquêtes de Kurt Wallander, héros de Henning Mankell (ce qui est un compliment pour moi, car je place Kurt Wallander en tête de mes enquêteurs préférés). Les paysages nordiques en moins, mais la pluie, la campagne, les villes et les pubs anglais en plus. On suit toute l'enquête au rythme de Roy Grace -même si on en sait plus long que lui- on voit aussi les fausses pistes, les questionnements. Evidemment, je ne raconterai pas la fin, mais de rebondissements en rebondissements, elle finit par arriver et elle ne déçoit pas. Signe de qualité pour un polar. Merci à Ys pour son conseil de lecture.

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Les quatre vérités

Publié le par Yv

Les quatre vérités, David Lodge, Rivages, 2000


Je ne connaissais pas du tout David Lodge et en visitant le blog de Keisha, j'ai vu son billet enthousiaste. J'ai donc sauté le pas. Dans Les quatre vérités, quatre personnages : Adrian, un écrivain qui ne se remet pas  d'un succès des années auparavant, sa femme Eleanor, un ami du couple, Sam, scénariste pour des séries et feuilletons télévisés et Fanny, une journaliste effrontée et féroce. Tout commence par un article très méchant écrit par Fanny sur Sam. Celui-ci, meurtri demande à son ami Adrian de le venger en rencontrant Fanny. C'est un roman (plus exactement, une novellisation de David Lodge d'une de ses pièces de théâtre ) drôle, caustique. Aucun des personnages n'est tout blanc ou tout noir. A chacun son petit secret. En prime et en toile de fond du roman, David Lodge s'intéresse à la différence entre la Littérature avec un grand "L" et les exigences médiatiques. Savoureux.

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J'aime pas les autres

Publié le par Yv

J'aime pas les autres, Jacques A. Bertrand, Julliard, 2007


J'ai connu Jacques A. Bertrand, il y a une petite quinzaine d'années avec un très beau livre : Le pas du loup, écrit après la mort de sa mère. Dans J'aime pas les autres, Jacques A. Bertrand change de registre et nous livre, à travers la vie d'Anatole Berthaud de la petite école à la grande, une chronique sur l'apprentissage d'un jeune homme dans les années 50/60. La vie du narrateur aurait pu être heureuse s'il n'y avait pas... les autres. C'est un petit livre très plaisant, entre roman et autobiographie, bourré d'humour et de digressions très drôles, dans lesquelles l'auteur nous donne son avis sur des sujets aussi divers que la philosophie, le gruyère et le champagne, la cigarette, l'appartenance à un groupe, ... Si vous voulez vous détendre après une lecture difficile, voici le bon remède : lisez Jacques A. Bertrand.

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