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Requiem pour le juge

Publié le par Yv

Requiem pour le juge, André Fortin, Éd. Jigal, 2010, sortie poche, 2013

Le juge Galtier est insomniaque, surtout si la soirée avec sa femme s'est finie par une dispute. Ange Simeoni est un malfrat marseillais, qui, une nuit, pour échapper à des gens malintentionnés se réfugie sur un balcon. Celui du juge. Qui justement tente de combattre une insomnie sur ce-dit balcon. 

Très loin de cette rencontre fortuite, le prince Al-Walid réunit les gens qui pour lui, aux quatre coins du monde, font des affaires pas toujours honnêtes. Parmi eux, Charlie Sacomano, agent immobilier marseillais aux grandes ambitions. Lorsque la maîtresse d'icelui est assassinée, le juge Galtier est saisi.

Fatima, une jeune femme que le juge Galtier a aidée lorsqu'il était juge pour enfants débarque un jour et lui demande de surveiller son frère Rachid qu'elle pense sur la mauvaise pente, celle de l'islam intégriste. De toutes ces affaires apparemment déconnectées, le juge sera le point commun.

Chez Jigal, j'étais habitué aux polars assez rapides, efficaces, comme récemment Beso de la muerte ou L'autel des naufragés, mais là pas du tout, c'est un roman qui prend son temps. Un peu bavard et pas mal de répétitions, mais on est à Marseille, là où on enjolive les faits, où une simple anecdote prend des tournures d'histoire du siècle. Je dois sûrement ici écrire un cliché, mais il faut bien reconnaître que ce roman de 272 pages (dans sa version grand format) aurait pu être réduit nettement sans perdre de son intérêt. Ceci étant dit, c'est un roman qui m'a beaucoup plu. D'abord, le ton est léger, le style entre ironie, sarcasme et humour, on lit avec un sourire aux lèvres -pas permanent, car les digressions de l'auteur sont bien senties et sérieuses, mais j'y reviendrai-, mais qui tient une bonne partie du livre : "Le prince Al-Walid qui avait fait ses études secondaires en Angleterre, au prestigieux collège d'Eton, puis ses humanités à Oxford parce que, cette année-là, les étudiants de cette université avaient battu Cambridge aux avirons, n'en était pas moins un partisan convaincu du despotisme absolu. Ça tombait bien parce que le despote, dans son pays, n'était autre que son grand-oncle et que cet ancêtre tout puissant avait le sens de la famille. On avait eu beau apprendre au jeune dandy qu'il était alors, la philosophie des Lumières avec Locke puis Montesquieu et Voltaire (et non pas Rousseau, il ne faut tout de même pas exagérer...), rien n'y avait fait." (p.13)

Ensuite, on suit l'intrigue du côté du juge d'instruction, qui lentement, cherche à établir les responsabilités et à ne pas faire payer des lampistes mais les bons coupables. Enfin, entre deux interrogatoires, et des discussion avec Juston le flic, le juge Galtier nous fait part de ses opinions sur la justice française (André Fortin s'y connaît un peu, il a été magistrat) : "J'ai toujours été, par principe, opposé à cette législation et à cette juridiction d'exception [la juridiction anti-terroriste] : augmentation considérable des droits de la police, durée de garde à vue doublée, voire triplée, détention provisoire allongée, accointances entre justice et services de renseignement, cour d'assises sans jurés, incriminations élastiques, droits de la défense réduits... Un système que l'on croirait relever d'un régime totalitaire et non d'une démocratie européenne du XXIe siècle?" (p.219) et également sur les réseaux de l'islam intégriste dans les cités : recrutement de jeunes désœuvrés et en recherche d'un sens, implication dans des affaires financières douteuses, ... Dans ces moments, l'écriture est plus grave, pas donneuse de leçons, elle constate en s'appuyant sur l'expérience d'un juge.

On est en plein roman noir social ou sociétal. Un polar très ancré dans le vrai, sans doute encore au-dessous de la réalité qui, on le sait, dépasse toujours la fiction. Très prenant grâce au rythme, à l'écriture très plaisante d'André Fortin et au réalisme de ses intrigues.

Avis en partie partagé par Oncle Paul

 

thrillers

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Un cri Lola

Publié le par Yv

Un cri Lola, Auguste Bonel, Vents d'ailleurs, 2013

Le narrateur est un homme amoureux de Lola. Chez lui, dans la rue, au café, dans tout ce qu'il regarde, contemple et admire, il voit Lola. Mais Lola est une jeune femme indépendante, solitaire qui certes aime la compagnie de cet homme mais apparemment sans rien demander en retour. Lui, tout en la désirant, la regarde vivre et tente d'accueillir en musique, le jazz de Coltrane ou de Billie Holiday et de Lester Young, ses sentiments et ses sensations.

Un cri Lola est une longue lettre d'amour ou un cri d'amour du jeune homme pour Lola. Pour la musique aussi. Le jazz. Principalement, A love Supreme de Jonh Coltrane et Fine and Mellow de Lester Young et Billie Holiday. Je ne suis pas connaisseur de jazz, mais forcément lorsque c'est proposé si gentiment, j'écoute, et donc, en écrivant cet article, j'ai dans les oreilles Billie Holiday et Lester Young en attendant John Coltrane à la suite. Me voici donc dans de bonnes conditions pour écrire. 

Auguste Bonel signe ici son premier roman, il avait auparavant publié des poèmes. Et cela se ressent dans son écriture, pas toujours aisée à suivre, mais toujours belle. A l'instar du poète James Noël haïtien, comme lui, et édité chez Vents d'ailleurs, comme lui, A. Bonel fait appel à des images sensuelles, d'autres violentes, dures et crues et d'autres au contraire douces et légères.  Il parle de son amour pour Lola mais aussi des images de corps déchiquetés, d'êtres amputés suite aux séismes qui ont ravagé Haïti. Il parle de son corps et de celui de Lola qu'il désire. "La seule possibilité que j'aurais de sentir la chaleur de son corps, de glisser subtilement ma main sur ses hanches fines, ses fesses de fruit ensoleillé, c'est la danse. Mais elle n'aime pas danser, moi, je ne sais pas danser. Quand je danse, mon corps se délivre des mouvements que je conçois dans ma tête. Il me semble que mon cerveau est séparé du reste de mon corps. Soit je vais trop vite, soit je vais trop lentement. Le rythme n'est jamais à ma mesure. Je me sens lourd comme un grand oiseau aux ailes blessées, qui marche péniblement sur la berge. Tandis que la danse, c'est l'envol." (p.24) Je ne voudrais pas plomber mon image, mais je pourrais reprendre mot pour mot cette citation à mon compte, et je crois même qu'elle est en-dessous la vérité me concernant, plutôt que le grand oiseau, je me verrais plus comme un bâton raide qui tenterait de se trémousser sur une piste. Mais laissons de côté mes dons pour l'expression corporelle et revenons à notre sujet.

Les digressions ne sont pas toujours faciles, mais à chaque fois, l'auteur en sort et reprend au passage les lecteurs qu'il a pu perdre pendant quelques lignes et moi qui me suis perdu plus d'une fois, j'ai toujours eu grand plaisir à reprendre un fil littéraire plus linéaire. Pour finir, je voudrais citer un extrait de la déclaration d'amour pour Lola que le jeune homme garde en lui, une sorte de non-déclaration, comme dirait Brassens : 

"Je sais que j'aime Lola, je sens qu'elle m'aime aussi, mais c'est un amour muet, il ne sait pas palper, il ne sait pas toucher, il ne sait pas révéler le corps dans la jouissance. Le désir est sans limite. Je n'ose pas garder Lola, je ne peux que la regarder. Je ne peux pas lui demander de se jeter dans le vide de ma vie. Je ne peux pas lui demander de soigner un homme qui saigne de partout. Si je le lui demandais, je me verrais comme un condamné à mort qui demande une femme en mariage et lui promet de beaux enfants. Tant d'autres aimeraient la retenir." (p.47)

Un beau texte qui demande de l'attention, mais qui, gros avantage, est court, 63 pages qui sauront vous retenir, plus efficacement que le narrateur ne retient Lola.

Un très bel article sur Le Matin.

 

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Lettre à M. Le Maire

Publié le par Yv

Je vous entendais ce matin sur France Inter, M. Bruno Le Maire tenter d'expliquer la montée du Front National, notamment lors de la législative de ce week-end (remplacement de M. Cahuzac). Explication simple mais simpliste. Je vous la fais courte, c'est forcément l'affaire de la gauche en général et du parti socialiste en particulier si le FN monte. M. Le Maire, j'ai eu l'occasion de vous entendre sur plusieurs sujets et jusque là, vous m'aviez paru si ce n'est convaincant, au moins convaincu, sincère et honnête. Mais là, comment pouvez-vous proférer de telles imbécillités sans l'ombre d'un frémissement ? À M. Boutih qui disait que cette montée était l'affaire de tous et que lui, continuerait à voter pour une personne de l'UMP contre une autre du FN, vous avez dit que vous ne pouviez le comprendre. Si vous aviez raison, ce serait si simple. la gauche à tort, c'est elle qui fait monter l'extrême droite et la droite est propre, exempte de tout reproche. Quelles facilités de langage et de rhétorique ! 

Depuis une grosse trentaine d'années que le FN progresse dans les élections en France, la droite comme la gauche a été au pouvoir et personne n'a su enrayer cette montée. Oui, bien sûr il est apparu à la faveur d'un montage électoral de M. Mitterrand. Mais si vous aviez été bons à droite à l'époque, le phénomène serait retombé. Oserais-je vous rappeler le 21 avril 2002 et la présence de M. Le Pen au second tour ; et pourtant le Président était J. Chirac et le prmier Ministre L. Jospin ? Responsablilité partagée donc. Seul M. Sarkozy, en 2007, a pu brièvement faire descendre les scores du FN, mais uniquement en reprenant à son compte les thèmes chers aux ténors du FN et au noyau dur de leur électorat : immigration, violence, ... Mais croyez-vous qu'il aurait apporté des solutions ? Que nenni ! Au contraire, en dérivant dangereusement sur sa droite, il a exacerbé les haines et les rancoeurs, les jalousies et les peurs. A tel point que, certains Français, déçus autant de la droite que de la gauche sont partis voter pour le FN.  

M. Le Maire, j'ai 47 ans, je vote depuis 29 ans et n'ai raté qu'une seule élection (européenne, je devais avoir 20 ou 22 ans, et mon père m'a tellement engueulé que je n'ai pas recommencé). Depuis 2007, je vous avoue ne plus voter en y croyant. Voter à droite pour des gens, qui tels que vous, rejettent toute la responsabilité des échecs sur les autres, qui ne pensent qu'à revenir au pouvoir pour appliquer leurs lois antisociales, qui ne voient pas que la société évolue ? Non ! Voter pour le PS qui me déçoit, qui de cacophonie en arrangements entre amis ne fait pas mieux que vous (mais pas pire non plus) ? Pas plus ! Pour les verts, qui sont totalement absorbés dans la majorité actuelle et qui ne font pas grand chose ? Mon vote habituel que j'hésite à renouveler tant je le juge inutile ! Pour le Front de Gauche et son leader insupportable qui passe son temps à vitupérer, à insulter et mépriser, qui s'est découvert une conscience révolutionnaire après 25 ans passés bien au chaud dans le sérail dont 20 au Sénat qui n'est généralement pas à la pointe en matière de Révolution ? Encore moins ! Et pour le FN ? Même pas concevable en rêve !

Je vous concède que mon analyse n'a rien de celle d'un politologue, je ne suis qu'un simple électeur, de base, plus près du café du commerce que de l'ENA. Bien moins intelligent et compétent que vous M. Le Maire, mais avec sans doute un gros avantage sur vous, c'est que moi, je vis au milieu des Français qui votent, qui vivent avec peu d'argent, qui ont des fins de mois difficiles et avec d'autres qui ont plus de facilités, qui vont tous plus aisément à ce fameux café du commerce qu'aux portes de la non moins fameuse ENA. Alors, certes, je ne peux comprendre ni même tolérer que certains d'entre eux aillent voter FN, un acte qui est et sera éternellement incompréhensible et inconcevable pour moi. Lorsque vous dites que ce sont les déçus de la gauche qui votent FN, vous avez raison en partie, mais seulement en partie, car je connais des gens de droite qui, très clairement et très ouvertement disent qu'en cas de second tour PS/FN ils voteraient FN. Et même juste avant les présidentielles 2012, qu'en cas de second tour Hollande/Le Pen, ils étaient sûrs de voter Le Pen ! On ne peut pas dire qu'ils soient déçus de la gauche puisqu'ils n'en attendent rien. Mais ils sont franchement déçus de la doite ! 

Je me permets M. Le Maire de vous interpeller et à travers vous, vos amis qui pensent comme vous, de droite bien sûr, mais aussi de gauche qui remettent en cause le fameux pacte républicain et qui préfèrent rejeter la montée du FN sur la droite dans un discours très ressemblant au vôtre (il suffit de "gauche" par "droite") : bougez-vous et arrêtez de vous lancer la patate chaude. À vous entendre, on se croirait parfois dans une cour d'école : "c'est pas moi c'est lui" ou "c'est pas moi qui a commencé". Quand allez-vous enfin, Messieurs et Mesdames nos représentants politiques prendre conscience que ce n'est pas en gardant cette attitude que vous allez nous donner envie de voter ? Quand allez-vous enfin prendre conscience des réalités des gens que vous êtes censés représenter, nous ? Bougez-vous, agissez, prenez vos responsabilités et nous prendrons les nôtres, mais de grâce, arrêtez de ne nous prendre que pour des voix en plus sur vos noms.

Arrêtez de nous prendre pour des cons !

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Raphaël Desportes

Publié le par Yv

 

Raphaël Desportes est peintre. Il est mon ami et j’aime sa peinture. Mais, soyons précis, il n’est pas mon ami parce que j’aime sa peinture et je n’aime pas sa peinture parce qu’il est mon ami. Nous nous connaissons lui, sa peinture et moi depuis  une dizaine d’années. La première exposition à laquelle j’ai assisté était composée de grandes toiles pas faciles d’accès, avec de  grands sujets centraux (sens interdits, X, …), très colorées. Toutes ces toiles avaient en commun d’avoir des fonds qui me plaisaient : des fonds travaillés, épais et pour certains, il me semblait même pouvoir les toucher et que la sensation serait la même que de toucher de la fourrure ou de la moquette. Du tactile.
Puis, Raphaël a changé de «période» : il s’est mis à ramasser plein d’objets divers et variés et à les coller sur ses tableaux. Il est passé à des formats plus petits, en relief, avec des collages de bois, de boulons, de pinceaux, de petits éléments qui représentaient, un œil, une tête, un bras de ses personnages plutôt carrés à la silhouette esquissée. De multiples objets accompagnaient les tableaux, des volumes à poser, faits de bric et de broc, mais attention, toujours avec le petit plus qui fait qu’on ne se lasse pas de les regarder. De l’art brut.
L’univers de Raphaël Desportes est celui du rêve et de la réalité. Il n’est pas aisé de dire ce qu’on ressent devant un tableau, moi, j’aime ses couleurs, ses détournements d’objets (pourquoi ne pas faire des personnages avec de vieux rabots, des mouettes rieuses avec de simples bouts de bois ?). Rien, il ne jette rien (comme chez Cagivo, "Il veut dire Vogica !").
Désormais, Raphaël oscille entre ses tableaux aux objets collés et des toiles plus classiques. Enfin, je dis «classiques» pour la forme, parce que le fond ne l’est pas vraiment. D’abord, il y a toujours ces fonds de toile que j’apprécie particulièrement et que je regarde toujours en premier. Ils créent l’ambiance, la toile de fond si je puis m’exprimer ainsi ; ils donnent la couleur au tableau. La vraie, littérale, la couleur, le thème : des bleus ; des oranges, des noirs ou des gris.
L’autre couleur, la symbolique est apportée par les silhouettes dessinées, parfois un simple trait blanc qu’on devine fait à main levée, d’un seul tenant. Le ton est là : humour, dérision, peur, sensualité, ironie, toute la palette des sentiments passe dans le trait de Raphaël Desportes. Dans ses œuvres, tout a rapport à l’humain, les relations entre eux, rarement un seul personnage par tableau, toujours des groupes –et un groupe, ça commence à 2- des têtes, des corps qui se croisent s’entrecroisent qui se mêlent.
Voilà, pour les tableaux de Raphaël Desportes vus de quelques mètres. Maintenant approchez-vous et vous verrez encore mille détails, sur les fonds, des variations d’une même couleur, des touches plus fines, des traits qu’on pourrait penser mis n’importe comment –mais évidemment il n’en est rien- et puis ressortent des images, des lettres des papiers collés sur la toile et peints. Un second regard donc aussi plein que le premier. L’avantage de ses toiles, comme de ses petits objets à poser, c’est d’abord qu’on continue de les regarder même lorsqu’elles sont exposées aux murs de la maison depuis des années et  qu’on peut même y trouver des détails qu’on n’avait pas vus avant et ensuite qu’elles ne laissent pas indifférents les visiteurs qui s’intéressent un peu à l’art. Elles font parler et parler d’art c’est déjà un excellent début, n’est-il pas ?

L'image qui illustre joliment mon billet date de quelques jours, l'expo est finie, mais si vous voulez en savoir un peu plus sur le peintre, rendez-vous sur le site de la galerie Recycl'art, en cliquant dessus, puis, soit vous regardez toutes la collection de tous les artistes, soit vous allez sur "découvrir nos artistes". Je vous souhaite une belle balade à la lecture de ses tableaux.

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L'autel des naufragés

Publié le par Yv

L'autel des naufragés, Olivier Maurel, Jigal, 2013

Novembre 1963, la veille de l'assassinat de Kennedy, un homme, criminel de guerre nazi est abattu dans une rue de New-York par Simon Slick, agent de la DST. 

Février 2009, le corps d'une femme est retrouvé atrocement mutilé à Milly-la-Forêt. Andréa Slick, patron de la BRI est chargé de l'enquête. Andréa est le petit-fils de Simon. Chez les Slick, on est flic ou barbouze de père en fils depuis plusieurs générations. Chez les Slick, de père en fils, on a aussi une particularité : on voit la mort brutale dans les yeux des gens juste avant qu'elle ne survienne. Andréa devra affronter ses démons intérieurs pour tenter de terrasser la bête  terrible qui torture et tue, guidée par une théorie immonde, ignoble.

Thriller vitaminé, qui s'il n'invente rien dans l'intrigue générale, est néanmoins très bien ficelé, grâce notamment aux personnages très bien campés et à leurs spécificités : "Tous les hommes de la famille Slick étaient flics de père en fils, depuis des générations. Tous avaient aussi en commun de voir apparaître des stigmates sur les personnes qui allaient décéder. A quelques secondes de mourir, les yeux de ces personnes devenaient intégralement blancs. Nul ne savait pourquoi les Slick avaient cette faculté. Il s'agissait d'un secret dont personne ne parlait." (p.16) Chez les Slick, il y a ceux qui vivent avec ce secret, qui réussissent une vie quasi-normale, ceux qui ne réussissent pas à l'affronter, Paul, le père d'Andréa se suicidera et ceux qui utilisent des béquilles pour rester debout, tel Andréa, alcoolique notoire, taciturne voire franchement désagréable pour le moins peu enclin à faire des efforts dans ses relations à autrui. Néanmoins, une qualité lui est reconnue de tous, c'est un flic excellent, pugnace et tenace. 

Quelques bémols pour moi : certains rebondissements ou enchaînements de faits sont un peu prévisibles voire téléphonés si on lit ou regarde un peu de polars ou de thrillers -je ne suis pas spécialiste, mais parfois j'ai cru être doté d'un flair holmesien-, et une morale du héros un peu douteuse calquée sur les standards étasuniens : la loi du talion ! Un peu plus de finesse ne saurait nuire. Mais, malgré mes remarques, le livre se lit très vite, sans ennui, au contraire, l'efficacité est au rendez-vous. Le tueur est particulièrement retors, pervers et détestable, adepte d'une théorie purificatrice de la race humaine très personnelle, mais dont certaines parties remontent à la surface en ces temps de crises dans nos rues.

Le style d'Olivier Maurel varie entre des dialogues enlevés, directs parfois crus, du langage d'hommes d'actions (ou d'hommes entre eux), des descriptions plus classiques et d'autres très détaillées des différents services de la police, de son fonctionnement et des interactions avec le service pénitentiaire ou la justice ; ça peut paraître trop détaillé, mais ça place ce thriller dans le monde réel alors qu'il pourrait partir très vite vers du totalement fictionnel et absolument pas en phase avec une certaine réalité. 

Et puis, pour finir, le plus intéressant sans doute, O. Maurel s'installe dans la peau d'Andréa Slick ainsi que dans celle du tueur, pour mieux nous faire ressentir leurs questionnements : de celui qui ne va pas bien, tourmenté par ses visions, son alcoolisme chronique et sa volonté d'en finir sans oser franchir le pas lui-même à celui qui, fort d'une théorie qu'il croit la meilleure de toutes se permet des actes odieux sans remords. Une plongée dans l'âme humaine comme dit l'éditeur en quatrième de couverture.

Peu d'avis en ligne, un sur Babelio.

 

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La Vierge-Folle

Publié le par Yv

La Vierge-Folle, Frédérique Volot, Presses de la cité, 2013

Le cadavre d'une femme mutilée, aspergée de vitriol est découvert dans une rue du Paris de 1861. Dans sa main un mot prétendant attenter à la vie de l'Empereur Napoléon III. Fort inquiet de la tournure des événements, le Ministre de l'Intérieur, le Comte de Persigny fait appel à Achille Bonnefond pour trouver l'identité de cette femme et connaître les réelles intentions de son assassin. Achille, bel homme, habitué aux salons, à la vie aisée, aux parfums, beaux vêtements et bonne chère devra faire des sacrifices pour connaître le Paris miséreux, celui des chiffonniers, accompagné de l'un d'entre eux, Baise-la-Mort.

Plus qu'un polar haletant ou une enquête trépidante menée par Achille, fils spirituel de Vidocq, ce roman est une plongée dans le Paris du second empire. La ville est transpercée, trouée de toutes parts par le baron Haussmann pour en changer totalement le visage. Les quartiers sont vidés de leurs pauvres pour construire des bâtiments ou des jardins (le Parc Monceaux -avec un "x" à l'époque- par exemple) qui feront la renommée de la capitale. Les miséreux de la ville se regroupent dans des quartiers, de véritables bidonvilles dirions-nous maintenant, des vraies cours des miracles. Les descriptions sont claires, sans tabous ni détours, on a presque les odeurs qui montent aux narines. La crasse, la pestilence, la maladie sont présentes tout au long des pages consacrées aux pauvres de Paris.

Le livre regorge de détails, d'anecdotes de l'époque et ce qui est le véritable intérêt du livre en est aussi peut-être un inconvénient parfois, car on peut avoir l'impression que F. Volot a voulu absolument mettre tout le produit de ses recherches documentaires dans son livre. C'est toujours instructif, intéressant, néanmoins, parfois lourd à digérer et à vrai dire un peu inutile, comme ce passage, un parmi d'autres, qui clôt un chapitre :  "Certains regrettaient la destruction d'une suite d'hôtels construits par Ledoux, Cherpitel ou Brongniart. Que de souvenirs disparaissaient avec eux ! Qui se souviendrait que dans cette même rue le baron von Grimm avait recueilli chez lui le jeune Mozart, après la mort de sa mère, en 1778 ?" (p.130) Peut-être aurait-il mieux valu instiller ici et là des descriptions de la ville en mutation et en garder d'autres pour la suite, car je sens que suite il y aura. L'auteure installe ses personnages dans le long terme ; elle les décrit au plus précis, décrit leur entourage et leurs relations diverses : on sent le début d'une série avec des rôles distribués, des héros qui vont évoluer même si leurs traits sont déjà très précis. Achille, en premier : "Achille écarquilla les yeux. Au fur et à mesure que ses pas le guidaient dans le quartier Maubert, il réalisait que jamais il n'y avait mis les pieds. Jamais ! Ni dans son enfance protégée, ni dans sa jeunesse dorée, ni du temps de la création de son agence de détectives avec Félix. Lui trouvait les affaires, recevait les clients, son ami faisait le reste, se salissait les mains, plongeait dans la boue putride." (p.164/165). Mais aussi Félix, son ex-associé, Tamara sa servante à laquelle il est très lié et qui le lui rend bien, Baise-la-Mort, le chiffonnier dont on connaît les malheurs qui l'ont entraîné jusque dans ces quartiers, jusqu'à Pakoune la chatte obèse et borgne. 

Mis à part mon bémol sur la surabondance d'informations pas toujours nécessaires, j'avoue avoir passé un excellent moment avec Achille et ses comparses. L'enquête n'est pas captivante -mais pas inintéressante non plus-, elle est le fil rouge de l'histoire qui nous permet de nous intéresser à l'époque et aux personnages de fiction de Frédérique Volot mêlés à ceux qui ont réellement existé. Elle permet également de connaître ce qu'était le Paris d'avant, ce qu'étaient les relations -ou l'absence d'icelles- entre les riches et les pauvres : deux mondes qui se côtoyaient sans se voir. Un roman très accessible, au ton résolument léger (même si les passages qui relatent la misère humaine de l'époque ne sont pas particulièrement joyeux) qui, comme je le disais plus haut appelle une suite, ce qui, de mon avis, ne manquera pas d'advenir. Une deuxième aventure sous Napoléon III, je veux bien.

D'autres avis similaires : Oncle Paul, Claude Le Nocher

Merci Laura

 

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Deadline à Ouessant

Publié le par Yv

Deadline à Ouessant, Stéphane Pajot, L'Atelier Mosésu, 2013

Luc Mandoline est thanatopracteur. Son métier c'est donc de préparer les morts avant leur ultime voyage. Invité à Ouessant par la mère d'un de ses amis disparu en mer, il compte y passer trois jours et revenir sur le continent. Mais c'est sans compter avec le hasard qui met sur sa route un, puis deux puis trois cadavres. Il a l'habitude certes, mais lorsque ceux-ci n'ont pas trépassé naturellement, Luc Mandoline ne peut s'empêcher de fouiner. Et la petite histoire et les légendes d'Ouessant de rencontrer la grande Histoire, celle pour laquelle on peut encore se battre, voire pire...

Connaissez-vous Luc Mandoline ? Non ? Eh bien, à l'image d'un Gabriel Lecouvreur dit Le Poulpe ou d'un Léo Tanguy, Luc Mandoline est un personnage créé (par Sébastien Mousse) et mis à la disposition d'écrivains qui peuvent s'emparer de son univers pour le temps d'une aventure. Tout cela est bien expliqué sur le site de L'Atelier Mosésu. Stéphane Pajot, qui a déjà excellemment sévi avec Le Poulpe ou Léo Tanguy se colle cette fois-ci à la thanatopraxie. Et le moins qu'on puisse dire c'est que ça commence fort : à peine débarqué à Ouessant, Luc est témoin d'une altercation entre deux vieux dont l'un chute et se fracasse le crâne sur un banc, l'autre s'en allant attendre les gendarmes chez lui. Puis Luc reçoit des messages énigmatiques sur son portable. Ensuite, il échoue dans un café et se lie avec les poivrots locaux qui ne dessaouleront pas du livre. Puis, Stépane Pajot déroule son histoire, entre jeux de mots ou blagues bien pourris (mais assumés) et assénés par un pochtron sympathique quoiqu'un poil lourd : "Sais-tu qu'en Chine, on pleure quant on meurt et on riz cantonais ?" (p.35), argot, tournures de phrases bien senties, fleuries, et citations de chansons connues placées discrètement par-ci par-là, j'en ai repéré plusieurs dont une de Renaud (et d'autres mais comme je n'ai pas noté les pages, je ne les ai pas retrouvées en feuilletant), ainsi qu'une bande-son : JP Capdevielle (la belle Chiquita oblige ! Merci Stéphane, j'ai le morceau en tête depuis plusieurs jours), Miossec (inévitable), Neil Young, The Saints, ... Il parle également beaucoup d'anecdotes locales, de légendes bretonnes et ouessantines, comme l'Ankou (la mort) qui se promène dans les rues pour faucher ceux qui le croisent. Mais Ouessant a aussi rendez-vous avec l'Histoire :  De Gaulle et les résistants mais aussi la section Bezenn Perrot qui, forte d'une poignée de Bretons à fait beaucoup plus que collaborer avec l'ennemi nazi.

Extrêmement bien documenté c'est un polar qui se lit très agréablement : S. Pajot a l'intelligence d'alterner les passages sérieux et historiques avec d'autres plus légers, d'englober tout cela dans un roman noir et dans une écriture enlevée, légère et dynamique.

Bon, avec tout ça, j'ai très envie d'écouter The Saints (ce que je fais en écrivant les texte, Swing for the crime), mais j'ai surtout très très envie d'aller à Ouessant. Alors si par hasard, un Ouessantin ou une Ouessantine passe sur mon modeste blog et si par le même hasard, cette personne se trouve en possession d'un gîte ou d'une chambre de coût modéré, je serais ravi de lier connaissance et de passer quelques jours (voire plusieurs jours, du genre une semaine). Il va sans dire que Madame Yv voudra être du voyage. J'avais bien penser à faire cette proposition en sélectionnant des livres qui se passent aux Seychelles, à l'Île Maurice ou dans d'autres lieux paradisiaques, mais c'est très surfait, alors que Ouessant c'est authentique ! (avec ça, je crois que j'ai mis tous les atouts de mon côté).

A bientôt Ouessant ! Et merci Stéphane, la Bretagne, finalement, y'a rien de mieux !

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Qui a tendu un piège dans la pinède par une journée fleurie de printemps ?

Publié le par Yv

Qui a tendu un piège dans la pinède par une journée fleurie de printemps ?, Hee-Kyung Eun, Éd. Decrescenzo, 2013 (traduit par Myung-Eun Lee et Anne-Marie Mauviel, assistés de Jean Bellemin-Noël)

Trois nouvelles composent ce petit recueil. Des histoires sur la difficulté de vivre en Corée, sur le quotidien, sur les rapports familiaux et sociaux.

- Il ne neige plus au pays natal : un jeune homme bègue, mal dans sa peau et mal accepté par les autres quitte son village d'enfance avec sa mère pour s'installer dans une plus grande ville. Il commence à fréquenter des voyous et raconte son parcours jusqu'à la prison. Le début :

"Les gens croyaient que je naîtrais en juin. Ils ignoraient que ma mère était déjà enceinte de deux mois le jour de son mariage. Mes parents avaient calculé que je verrais le jour en avril, et ils comptaient prétendre que je naissais avec deux mois d'avance. Je les ai mis dans l'embarras en déjouant leurs prévisions : je suis venu au monde en février. Effectivement au bout de sept mois" (p.6)

- Qui a tendu un piège dans la pinède par une journée fleurie de printemps ? :  La vie d'une femme, d'abord jeune fille, élevée dans les carcans de la bonne société coréenne qui tentera de les rejeter sans y parvenir réellement. Définitivement seule.

 "Sora n'était pas une fillette d'une beauté remarquable. Elle était pourtant très différente des gamins de la campagne qui parcouraient dix ou vingt kilomètres pour se rendre à l'école, leurs affaires sanglées sur la hanche, la semelle de leurs chaussures de caoutchouc tachée de boue rougeâtre." (p.36)

- L'héritage : un homme d'affaires, victime d'un cancer tente de cacher ses déboires financiers à sa femme, son fils et sa fille depuis longtemps éloignés de lui, qui les a négligés.

"Un soir, il annonça à sa femme, avec laquelle il ne s'entendait plus depuis déjà longtemps, qu'il avait un cancer. Il l'avait lui-même appris à la suite d'une endoscopie à laquelle il s'était soumis sur le conseil d'un jeune médecin, membre de son club de golf." (p.84)
La première n'est pas la nouvelle qui m'a le plus inspiré, d'abord parce qu'elle est emplie de retours en arrière, d'ellipses et ensuite, parce que je l'ai commencée juste avant mon week-end Huit Plumes et que je ne l'ai reprise qu'au vol retour (et bon, disons gentiment que je ne suis pas un grand fan des transports, même si finalement le voyage fut bon), la tête encore pleine des rencontres amicales. Pas facile pour reprendre le cours de l'histoire et pas envie de tout recommencer. Les deux autres, lues plus sereinement sont plus linéaires, pleines de détails de la vie quotidienne. L'écriture de HK Eun oscille entre le langage le plus policé possible, fleuri et imagé pour décrire une vie villageoise champêtre, bucolique et une langue crue, directe voire violente lorsqu'elle parle de la vie en prison. Les personnages sont tous mal en point, tant Sora la femme qui traverse sa vie sans la vivre, qui a le don de se faire détester en ne voulant que se faire aimer, que J et N les enfants de l'homme d'affaires en fin de vie, qui ne se sont jamais vraiment sentis aimés et respectés.

Une belle découverte que ces histoires pour moi qui ne connaît rien de la littérature coréenne du sud évidemment, parce que celle du nord doit être inconnue quasiment de tous. L'éditeur, lui est spécialisé en la matière, voyez son site ici. En plus, le bouquin est très beau : mise en pages, couverture réussie, papier épais de bonne qualité et titre on ne peut plus poétique et franchement attirant ; je ne connais pas le coréen, mais si c'est une traduction littérale du titre original, je peux dire que les Coréens ont le sens de la concision, puisqu'il est "Sangsok" !

 

dialogues croisés

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Les Huit Plumes à Fréjus-Saint-Raphaël

Publié le par Yv

Les Huit Plumes (en fait sept, Benoit était absent), face à la mer à Saint-Raphaël, sur une idée de Caroline, la deuxième en partant de la droite. Avant elle, Marie-Florence. Après elle, Eric, puis Cécile, Hervé, moi-même et Véronique. 

Voilà pour la présentation, voici maintenant l'histoire. En 2011, nous étions jurés au Prix de l'Express et avons décidé de continuer l'aventure en bloguant. Depuis deux ans donc, nous écrivons des chroniques, sur le blog Les Huit Plumes. Nous communiquons ensemble par mail, téléphone et parfois, rarement, la distance géographique étant là pouvons nous voir. Cette année sous la merveilleuse impulsion d'Eric, nous nous sommes retrouvés à Fréjus et  Saint-Raphaël, au soleil. Beau temps, bonne bouffe (merci Annette notre hôte raphaëlloise et Paul), bons vins (merci Marie-Florence, Ah le Savenières...), bonnes blagues (euh, merci (?) Eric), petites phrases à retenir (merci Hervé : "Cent mille riens ne sauraient faire quelque chose", tu vois, j'ai retenu Leibniz) et surtout franches rigolades, quelques discussions autour des livres, des balades et encore des rires sur la terrasse fréjussienne ventée et sur celle plus calme à Saint-Raphaël. Et puis le départ pour certains, obligés de travailler le lundi matin. Nous, à cinq, on prolonge un peu dans un hôtel avec un improbable veilleur de nuit qui nous a bien fait rire. Soirée pizza-verveine pour finir et le lendemain matin, petit-déjeuner pris de justesse, quasi en self-service avant d'attraper la navette qui nous emmène vers l'aéroport de Nice. 

Voilà, vous savez tout, je rajoute juste notre envie à tous de se revoir régulièrement, plus souvent que tous les deux ans.

Certains conjoints étaient présents également (Delphine, Jean-Marc, Thomas, pas Hélène malheureusement clouée au lit -bon rétablissement) mais bon, comme ils ne sont pas plumes ils n'ont pas l'honneur de la photographie. Néanmoins, ils ont goûté aux retrouvailles, aux rencontres et sont partants pour remettre ça.

Allez juste pour vous, l'envers du décor :

De gauche à droite, d'abord les filles : Cécile, Caroline, Véronique et Marie-Florence ; les garçons : Hervé, Eric et Yves.

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