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Bilan annuel

Publié le par Yv

Fin d'année oblige -ou pas d'ailleurs- je tire le bilan de mes lectures et de ce qui a tourné autour : les jurys, le blog, les rencontres.

Beaucoup de lectures cette année, je ne mets pas de chiffres parce que ce n'est pas un concours à celui qui lira le plus, mais là, j'ai fait très fort. Les deux jurys auxquels j'ai participé ne sont pas étrangers à cette débauche de livres :

- d'abord le Prix du roman de l'Express, décerné en milieu d'année : 16 romans à lire et à commenter pour élire en 2011, D'acier de Sylvia Avallone (pas mon favori, mais pas mal). Belles rencontres autour de ce prix de gens passionnés par la lecture et qui d'ailleurs, se sont regroupés (pour huit d'entre nous) sur un blog communautaire : les 8 plumes.

- ensuite, le Prix du roman France Télévision, décerné début novembre : 6 livres à lire et parmi eux Rien ne s'oppose à la nuit de Delphine de Vigan la lauréate 2011 (dans mon tiercé de tête). Tout pareil, de belles rencontres, de grandes discussions autour d'un verre et de petits fours (merci la redevance !) avec d'autres passionné(e)s.

A chaque fois, c'est un plaisir d'aller à Paris pour parler littérature, petit provincial qui aime marcher dans la capitale découvrir des quartiers que je ne connais pas, dans une ambiance bon enfant avec des organisatrices très sympathiques (Stéphanie pour L'Express et Katia pour France Télévision).

Venons-en maintenant à mes lectures marquantes de cette année. C'est cruel cet exercice ; mais pourquoi le fais-je vous étonnez-vous, tout étonnés ? Ben oui, c'est vrai ça, pourquoi le fais-je ? Ch'ais pas ! Pas mal comme réponse, réponds-je !

Dans un premier jet, j'ai sélectionné 39 livres, il faut que j'affine encore ; mon top 10 (dans le désordre) des livres sortis en 2011 :

 

- L'homme qui aimait les chiens, de Leonardo Padura, formidable

- Les Successions, de Mikaël Hirsch, belle quête (point de contrepèterie)

- Léna, de Virginie Deloffre, le roman de l'attente

- Famille modèle, de Eric Puchner, déglingué

- L'arcane sans nom, de Pierre Bordage, trépidant

- Close-up, de Michel Quint, quelle belle langue !

- Monsieur le Commandant, de Romain Slocombe, chef d'oeuvre !

- Retour à Killybegs, de Sorj Chalandon, idem.

- Ceux de Menglazeg, de Hervé Jaouen, personnages très atypiques

- La sérénade d'Ibrahim Santos, de Yamen Manai, fable sud américaine

Ceux qui ne sont pas loin, qui auraient largement mérités d'être dans ce top 10, mais qui restent à la porte, parce que l'auteur de ce blog à des critères tellement partiaux et subjectifs voire même personnels que c'en est une honte (toujours dans le désordre) :

Les très fortes nouvelles de Les passagers de l'archipel de Anne-Catherine Blanc, la vie à trois dans la Carte du labyrinthe de Alberto Torres-Blandina, l'inquiétant Le jaguar sur les toits, de François Arango, le déjanté Savages de Don Winslow, la vie d'un champion d'échecs dans La dernière ronde de Ilf-Eddine, l'historique Churchill à Yalta, de Michaël Dobbs, le rapide Le Cramé de Jacques-Olivier Bosco, Mimine dans Tout autour des halles quand finissait la nuit, de Gérard Landrot, le tendre et dur Skoda de Olivier Sillig, la malicieuse Iphigénie Vanderbilt de Eric Deschodt, les étonnants 121 CV pour un tombeau de Pierre Lamalattie, le bashungien Des trains à travers la plaine (collectif).

Et puis, les autres, les derniers, retenus mais pas classés, parfois simplement parce qu'ils ne sont plus de l'année (un excès de jeunisme de Yv) parfois pour d'autres raisons plus confuses :

L'épicurien Les joyeuses de Michel Quint (qui est le seul à en placer 2 dans ce palmarès), l'ouvrier Putain d'usine de Efix (en fait lui aussi il en a deux, mais dans le même article !), Effondrement de Horacio Castellanos-Moya, le très souriant Les pari des guetteurs de plumes africaines de Nicholas Drayson, le polémique Des gens très bien d'Alexandre Jardin, la lettre au Dr Haricot de Fabrice Vigne, le lent Là-haut, tout est calme de Gerbrand Bakker, le lyonnais Le sang des bistanclaques d'Odile Bouhier, le polar allemand La mort muette de Volker Kutscher, le vaudou dans Le psychopompe de Dominique Maisons, l'exceptionnel (putain, que j'aime son écriture !) Des éclairs de Jean Echenoz, les très pur Rosa candida de Audur Ava Olafsdottir, le violent et très dur Anaisthêsia de Antoine Chainas, le génie de La vie mode d'emploi de Georges Perec, le roman graphique indispensable Maus de art Spiegelman, les nouvelles fortes de Vent printanier de Hubert Haddad... et un petit dernier pour la route, que je rajoute ce 1er janvier, car je m'aperçois que je l'ai oublié : Commissaire Garon : les cahiers du ministre, de Saint-Luc, ce qui monte ce total à 40 et permet aux amateurs de chiffres ronds de dormir l'esprit en paix.

Voilà, ça fait un peu inventaire, mais bon, libre à vous qui passez par ici de prendre ce que vous voulez, de piocher ici ou là, ou de ne rien prendre du tout !

Ajoutez à cette riche année livresque des collaborations actives avec Les Agents littéraires qui oeuvrent pour la diffusion et la reconnaissance des livres de petits éditeurs voire auto-édités et avec le club de lecture de la bibliothèque municipale !

L'année prochaine sera vraisemblablement (?) plus cool bloguesquement parlant : je pense faire moins de billets (1 ou 2 par semaine au lieu d'environ 3 cette année), je reviendrai à ce rythme effréné lorsque je serai en retraite (mais mon petit doigt me dit que ce n'est sans doute pas pour bientôt).

Bon dernier jour de 2011 à tous et les souhaits de bonne année attendront encore quelques heures !

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Les grand-mères

Publié le par Yv

Les grand-mères, Doris Lessing, Flammarion, 2005 (J'ai Lu, 2007)

Sur la terrasse d'un café, sur les hauteurs de la baie de Baxter's Teeth, s'installent six personnes réparties comme tel : deux dames sexagénaires, deux hommes d'environ 20 ans de moins, leurs fils, et les filles de ceux-ci. Trois générations qui semblent représenter aux yeux de Theresa, la serveuse, la vraie image du bonheur. Très vite apparaît une autre femme, une belle-fille, qui s'approche, un paquet de lettres à la main, qui prend les deux petites filles par la main, et les emmène loin des grand-mères et pères, sans oublier de leur promettre qu'ils ne verront plus jamais les deux petites.

Au risque d'être hué, moqué, lapidé pour les plus violent(e)s d'entre vous, je ne connaissais Doris Lessing que de nom. Je dois avouer mon inculture, ma crasse ignorance, mais je n'avais rien lu d'elle. Grâce au club de lecture de la bibliothèque municipale, voici que je peux entrer enfin dans le cercle de ceux qui ont lu cette auteure nobélisée ; le thème du club pour notre prochaine rencontre est : les femmes Prix Nobel de littérature (pas dur, il n'y en a que 12 sur 105 prix attribués)

Revenons à ce tout petit roman (95 pages dans sa version poche) fort et dense, forcément dense. Doris Lessing parvient à faire naître des images avec quelques mots. Tout est dit, suggéré plutôt, en un minimum de mots : tout ce que j'aime, l'art de la concision. Par exemple, les paysages ne sont pas vraiment décrits, mais on visualise très bien les deux villes dont elle parle, celle proche de l'océan :

"Les deux petites filles avaient grandi dans un monde bleu. Au bout de chaque rue il y avait la mer, aussi bleue que leurs yeux -on le leur avait assez souvent répété. Le ciel bleu au-dessus de leurs têtes était si rarement bas ou gris qu'un temps couvert était un plaisir en raison même de sa rareté. Le vent, presque jamais aigre, apportait un agréable coup de fouet iodé, et l'air était toujours salé." (p.19/20)

L'autre ville loin de cette ambiance iodée et pleine d'embruns (comme je la rejoins et même si le soleil est moins présent en Bretagne du sud -quoique !-, l'air y est tellement bon) est décrite ainsi : "Harold partit pour son université, qui était entourée, non par l'océan, les brises marines, les chansons et les légendes de la mer, mais par le sable, les broussailles et les épines." (p.30/31). Voilà, c'est tout ce que nous saurons de ces endroits, mais c'est largement suffisant pour avoir une image propre à chacun, mais nette et suffisante.

L'auteure réussit en peu de pages à décrire ses 4 personnages principaux (Lil et Roz et leurs fils, Ian et Tom), à instaurer des liens tenaces et indéfectibles entre eux. Même les relations entre mère/fils, garçons/femmes, garçons entre eux et mères entre elles sont suggérées plus que franchement dites, mais aucun doute ne subsiste, le lecteur sait vraiment à quoi s'en tenir. Un rien poétiquement, Doris Lessing aborde des questions aussi tendues que l'identité sexuelle, l'identité tout court, l'amour filial, la reconnaissance envers ses parents, ...

Quels personnages ! Je pourrais même écrire : quelles grands-mères ! Car bien sûr c'est d'elles dont il est le plus question, elles qui dirigent leurs vies et celles de leurs garçons. Des maîtresses-femmes. Œdipe n'est pas loin, qui traîne quasiment dans toutes les pages. Et encore cette prouesse de l'auteure qui en quelques mots raconte la vie de Lil et Roz. On a l'essentiel et point de superflu, loin de ces sagas qui traînent en longueur et qui au final apporte moins qu'un livre comme celui-ci. Parce qu'en plus, Doris Lessing ajoute des paragraphes sur divers sujets comme par exemple la beauté. J'aime beaucoup l'extrait qui suit dans lequel elle parle de Ian et Tom : on peut ne pas être en accord, mais il est tellement bien écrit :

"La beauté des jeunes gens, bon, ce n'est pas si simple. Les filles, oui, pleines de leurs œufs appétissants, nos mères à tous, c'est normal qu'elles doivent être belles, et d'habitude elles le sont, ne serait-ce même qu'un an ou un seul jour. Mais les garçons, pourquoi ? A quelle fin ? Il y a un âge, un âge éphémère, vers seize, dix-sept ans, où ils ont une aura poétique. On dirait de jeunes dieux. [...] Ils n'en ont souvent pas conscience, se faisant davantage l'effet de paquets mal ficelés qu'ils essaient d'empêcher de se défaire." (p.34) (Ah, comme ils sont loin les temps de mon aura poétique ! J'en suis maintenant au charme des tempes grisonnantes voire grises.)

Un roman absolument passionnant et dérangeant, "décapant sur les non-dits et la dissimulation" est-il écrit sur la 4ème de couverture. Je suis vraiment bluffé par la concision de ce roman et le nombre de questions qu'il aborde, l'air de rien, presque légèrement. Évidemment, je suis tenté par le reste de la production de Doris Lessing, mais j'ai peur d'avoir commencé par le meilleur.

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Les gribouillis

Publié le par Yv

Les gribouillis, Pascal Ayerbe, Marion Bouillie, Enfance et musique, 2011

Pascal Ayerbe fait de la musique avec des jouets, des objets détournés de leur usage premier : objets de la maison pour la plupart. Marion Bouillie fait la même chose mais dans l'illustration des chansons du "gribouilleur sonore". Ce qui donne un livre + CD original.

Les "bidouillages visuels" sont colorés, drôles, bien mis en scène, parfois sur fonds blancs, parfois sur des fonds dessinés. Beaucoup d'idées bien exploitées.

Les musiques sont du même tonneau. Je connaissais déjà cet album de Pascal Ayerbe, mais un peu différent. Là, il ajoute des voix d'enfants qui discutent, racontent des bêtises, des histoires à ces mélodies. Le résultat plait aux deux petits de la maison (7 et 9 ans) surtout  l'air qui reste bien dans la tête : P'tit vélo ("Moi, j'ai un p'tit vélo, qui fait d'la musique")

Les deux adolescents ne goûtent point ce genre de musique, plutôt versés dans des choses plus "adultes".

Les deux grandes personnes aiment bien. En fait, moi, j'adore. Bon, je préfère lorsque les enfants se taisent (d'ailleurs à la maison, ils ne parlent que s'ils ont levé le doigt et s'ils en ont eu l'autorisation. Non, mais !). Mais je suis dans une période où j'aime écouter de la musique seule, sans paroles. L'idée est originale et le résultat souvent beau et toujours mélodique. Loin des standards actuels, et tant mieux !

On ne parle pas beaucoup de lui sur Internet, j'ai trouvé une vidéo de son passage sur France Inter : ici. Elle reflète assez bien l'ambiance de l'album. Ambiance que l'on peut aisément -d'ailleurs, je le fais très facilement- comparer à celle que crée un autre musicien étonnant : Pascal Comelade.

 

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Des trains à travers la plaine

Publié le par Yv

Des trains à travers la plaine, Collectif, Ed. de l'Atelier In8, 2011

Quatre auteurs s'inspirent des textes d'Alain Bashung pour écrire des nouvelles. Ceux qui viennent me lire de temps en temps savent mon admiration pour cet artiste depuis son album intitulé Novice (de 1989), après le succès de Gaby. Je ne pouvais donc que lire ces textes parus chez l'Atelier In8 (que l'on peut avoir en coffret de 4 ou chacun séparément).

Le jour où je suis mort, de Claude Chambard, inspiré de La nuit je mens, de Samuel Hall et de Jamais d'autre que toi de Bashung est une nouvelle très inspirée des écrivains étasuniens Jim Thompson ou Steinbeck, par exemple. L'atmosphère est poussiéreuse, miséreuse, alcoolisée et religieuse. Un jeune homme mal dans sa peau, souffrant de maux de tête terribles raconte sa vie, ses rencontres et ses méfaits. L'écriture est formidable qui oscille entre phrases courtes, percutantes et d'autres beaucoup plus longues comme celle-ci : "Je rêve d'abricots & de ciboulette, de groseilles, de tisanes de serpolet, de jasmins jaunes, de tilleul, de chrysanthèmes & d'oranges sanguines qu'on m'écrase sur le visage, dont la pulpe épaisse m'étouffe, dont le jus rouge dégouline sur moi, m'ensanglante." (p.22)

Croiser les méduses, Éric Pessan qui sample Gaby, oh Gaby, La nuit je mens, Aucun express. Beaucoup plus onirique, une écriture que je peux qualifier de la même manière que pour la nouvelle précédente : formidable. Voici le tout début : "La mer : dans le miroitement bleu-gris des eaux froides, je nage. Ondine, souple, je traverse en apnée les éternelles nuits sous-marines, j'épie les sonars des baleines et me tisse des colliers de planctons luminescents. Sur ma peau nue se dépose une pellicule un peu grasse de douceurs, je glisse dans l'eau, vite. Je nage. Ma mémoire peu à peu se dissout, perle noire. Je nage et rien ne peut m'arriver au-dessous des lagons et des abysses. C'est mon pouvoir, ma force : sirène, je nage, invincible." (p.7) Et c'est comme ça jusqu'au bout ! Beaucoup de poésie, de sensualité, de désir. Rien à dire de plus, à part peut-être, excellent.

Nage entre deux eaux, de Jérôme Lafargue qui parle de Bleu pétrole : "Je ne dirai pas que Bleu pétrole m'a sauvé, non, il faut être honnête, ce qui m'a sauvé, c'est le bruit de la dizaine de CD balancés à terre par Jed une nuit de septembre." (p.7) Un jeune homme de bonne famille raconte comment il côtoie et fait les 400 coups avec une bande de zonards. Nouvelle noire, rapide qui reprend les thèmes inhérents au genre et bien agréable à lire. Pas révolutionnaire, mais un très bon moment de lecture, ce qui est déjà une grande qualité.

Où vont les vaisseaux maudits ?, de Marie Cosnay qui déjà dans le titre reprend les paroles d'Angora. Très onirique, pas ancrée dans le réel, et donc assez différente des autres nouvelles (à rapprocher quand même un peu de celle d'Éric Pessan) : "Angora sourit invariable. Elle sait comment je vais poursuivre. Mon frère m'avait tué et contre toute attente c'est lui qui disparut. cette fois il le fit définitivement." (p.21) Difficilement racontable, il faut se laisser porter par le rythme, l'écriture et l'histoire.

Ces quatre nouvelles inspirées par les chansons d'Alain Bashung sont à découvrir : chacun pourra y trouver son bonheur. L'oeuvre de Bashung suggère aux écrivains des textes sombres, noirs, mélancoliques. C'est vrai qu'on ne peut pas dire que le chanteur interprétait des bluettes légères. C'est une très belle idée d'avoir demandé à des auteurs d'écrire sur ce thème, en tant qu'amateur de l'artiste, j'ai eu énormément de plaisir à lire ces nouvelles. Une toute petite préférence pour les deux premières citées, mais les deux autres sont très bien également. Le conseil ? lisez les quatre !

Merci Isabelle.

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L'à-peu-près Dictionnaire des rêves

Publié le par Yv

L'à-peu-près Dictionnaire des rêves, Frankie Charras, Ed. Grimal, 2011

"L'à-peu-près Dictionnaire des rêves représente ce qui se fait de mieux aujourd'hui dans le domaine de l'interprétation des rêves. On ne connaît pas la date exacte de son écriture, mais on suppose qu'il aurait été écrit vers 900 après Jésus Christ, par Isidore Delacasse, sous la forme d'analyse des rêves." (Introduction, p.12)

C'est donc ce livre qui fut perdu, interdit par l'église, puis retrouvé par un arrière-arrière-grand-père de l'auteur et enfin réédité que j'ai entre les mains. Et encore, je vous passe les péripéties, sous Napoléon et les influences qu'il eut sur Gutenberg et Bill Gates. 

Christine, l'une de mes fidèles visiteuses et commentatrices m'a donné le nom de ce bouquin en me disant qu'elle avait bien ri. Je n'ai donc pas pu faire autrement que me plonger dans ce dictionnaire.

Pour commencer, on évacue tout de suite ce qui peut fâcher :

- pas mal de blagues répétées à différents mots du dico, l'une même mot pour mot. Bon, pas grave, mais peut mieux faire.

- une insistance sur un certain type d'humour consistant à brocarder le lecteur sur son prétendu manque d'intelligence et de culture. D'autres jouent sur le sexisme, mais les hommes en prennent aussi pour leur grade. C'est drôle au début, et puis, ça finit par lasser.

Venons-en maintenant à ce qui plait : dans l'ensemble, c'est drôle, léger et enlevé. Parfois, il y a même de très belles trouvailles, comme l'auto-publicité :

"Argent : Achat qui devrait changer le courant de votre vie. Economisez et achetez à Noël, pour votre famille et vos amis, L'à-peu-près Dictionnaire des rêves de Frankie Charras." (p.29)

Et puis, juste pour le plaisir, j'ai repéré une jolie suite :

"Diamant : Cadeau pour votre femme : un solitaire. Ça tombe bien, elle adore les jeux de société.

Diarrhée : Laissez couler

Dieu : (Voir Frankie Charras)

Dinde : (Voir Femme)" (p.65/66)

Toutes les blagues ne sont pas du même niveau, certaines ne font pas mouche (ou alors, c'est moi qui ne les comprends point), mais d'autres fonctionnent parfaitement et si on ne s'esclaffe pas à toutes les pages, on sourit souvent.

Une petite dernière pour la route :

"Handicapé : Visite prochaine d'un joueur de l'équipe de France de football." (p.98)

Ça ne vole pas très haut, certes, mais ça détend, on peut ouvrir ce livre de temps en temps y piquer une blague et y revenir quelques jours plus tard, histoire de se changer les idées entre deux lectures plus plombantes.

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Dernier été à Mayfair

Publié le par Yv

Dernier été à Mayfair, Theresa Révay, Belfond, 2011

"Mayfair, Londres, été 1911. Lord et lady Rotherfield s'apprêtent à recevoir la haute société anglaise dans leur somptueuse demeure de Berkeley Square, pour le bal des dix-huit ans de leur fille Victoria. Artiste, idéaliste mais décidée à faire un beau mariage, la jeune fille ne veut pas manquer son entrée dans le monde. Pourtant, elle est en colère. Sa sœur Evangeline, vingt ans, a disparu. Dans la matinée, celle-ci s'est rendue à l'une de ces abominables réunions de suffragettes dont elle n'est toujours pas revenue. C'est Julian, le frère aîné, qui la retrouve enfin derrière les barreaux d'une sordide prison de Bermondsey, l'un des quartiers ouvriers de l'East End où couve la révolte. Julian n'apprécie guère le comportement de sa sœur, lui, l'héritier de la dynastie, prisonnier d'une vie qu'il n'a pas choisie mais dont il assume les contraintes par sens du devoir. Il ne comprend pas plus Edward, son frère cadet, qu'il juge égocentrique et inconscient. Homme à femmes, charmant dilettante et passionné d'aviation, Edward a des dettes de jeu. Pour les honorer, il doit remporter le premier prix d'une course d'aviation et vaincre son plus grand rival, le Français Pierre du Forestel, un jeune homme aussi séducteur et fantaisiste que lui." (4ème de couverture)

Très mitigé mon bilan de ce livre. D'abord, j'y entre avec circonspection, car je ne suis pas fan des sagas, des aventures des grandes familles. Puis, je m'y mets avec plaisir parce que l'auteure commence très bien son roman avec des personnages qui semblent être intéressants, une époque qui l'est sans aucun doute et un certain souffle dans son récit qui emmène le lecteur. Enfin, je redeviens circonspect  voire réticent devant des descriptions longues et inutiles, des tergiversations et des discours fatigants.

Donc, tout commence bien, Theresa Révay installe tout son petit monde en Angleterre, dans l'aristocratie. Tout va bien pour tout le monde jusqu'à ce qu'une des héritières se pique de féminisme, qu'un des frères se passionne pour l'aviation et que l'autre se renferme sur lui et sur les principes de sa classe sociale. Des archétypes, bien sûr, surtout si l'on rajoute le majordome fidèle, les travailleuses miséreuses, mais ce genre de roman fonctionne avec des stéréotypes ou des clichés pour bien installer l'atmosphère. Ce n'est pas là-dessus que je titille l'auteure, mais plutôt sur des détails dont on se passerait bien, comme des descriptions mal ficelées (à mon goût), par exemple celle qui suit que je vous laisse apprécier :

"Depuis des semaines, le ciel offrait un visage radieux. Le plus souvent céruléen, il fonçait parfois à en blesser les regards. La terre reposait, inerte, vaincue." (p.62)

D'autres passages sont dignes de la littérature style Harlequin (je dis ça, mais c'est un a priori, puisque dans ma grande inculture je n'en ai lu qu'un seul il y a très très longtemps. Pour savoir. J'ai lu, je n'ai pas recommencé) lorsque deux protagonistes (un homme et une femme, cha ba da ba da) se retrouvent ensemble et sont prêts à croquer la pomme ! C'est vrai qu'on est habitué à des récits crus et directs mais là, même les oreilles les plus chastes peuvent lire ces lignes (encore que je doute que des oreilles puissent lire, mais bon, c'est une image !). C'en est agaçant tellement c'est cucul (si vous me passez ce vocable). Oh, je ne demande point de passages salaces qui ne me plaisent pas plus que cela non plus, mais là on frise le ridicule. Ajouté à cela les descriptions de paysages plates et banales dont je parlais plus haut et vous pourrez comprendre mes réserves.

C'est d'ailleurs fort dommage, parce que en éludant et en coupant dans ce gros texte (473 pages) on aurait pu avoir une saga plus ramassée, plus courte et plus percutante. Avec les personnages de Theresa Révay et la période dans laquelle elle situe son histoire, il y avait de quoi faire mieux.

Néanmoins, que mon avis peu enthousiaste ne dégoûte pas les amateurs (trices) de ce genre de romans, parce qu'ils (elles) trouveront sûrement leur bonheur entre ces pages. Madame Yv dirait que c'est mon insensibilité qui me fait écrire toutes ces méchancetés.

Clara est plus emballée que moi.

Merci quand même Davina.

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Ça coince ! (1)

Publié le par Yv

Les tribus du roi, Alain Dubos, Presses de la cité, 2011

"1689, au Canada. La destinée contrastée de deux frères, orphelins à la suite d'un massacre perpétré à Lachine près de Montréal. Daniel, sauvage et tourmenté, sera milicien vengeur, tueur d'Indiens, coureur des bois épris de liberté, assassin par amour et proscrit promis à la potence.
François, le cadet, sage et ambitieux, gravira les échelons de la vie sociale et politique auprès des gouverneurs de la colonie au Québec..." (Note de l'éditeur)

J'ai eu beaucoup de mal à m'intéresser aux deux frères. Non pas que le livre soit mal écrit, bien au contraire. Non pas que le thème ne me plaisait  pas, ni les grands espaces. Tout cela me mettait plutôt en appétit. Mais je n'ai pas trouvé dans ce roman de quoi me retenir. Le petit plus qui ferait que j'aurais eu envie de tourner très vite les pages de ce roman d'aventures.

Pourtant bien des thèmes qui me concernent -et qui très largement concernent un très grand nombre de lecteurs- sont abordés : la tolérance, l'ambition, la vengeance, l'amour, l'histoire d'un pays -ici le Canada- à travers les destinées totalement opposées de deux frères.

Alors quoi ? Eh bien je n'en sais rien ! Toujours est-il que je n'ai pas réussi à aller au bout : un manque d'épopée, d'aventures sans doute.

 

Tatiana La fumette ou la guerre des branchés, Françoise Gehannin, Ed. dialogues, 2011

"Tatiana Lafumette qui, dans les années 70, fréquentait le café de l’Espoir, habite désormais impasse de l’Avenir. Agenda et mobile toujours à portée de main, elle court d’atelier d’écriture en thérapie, démolit son appartement pour en faire un loft, se commet dans une « flashmob » anticléricale délirante, place sa mère dans une maison de retraite expérimentant le « transgénérationnel citoyen »…
Avec les amis de son « réseau » qui pratiquent jalousement l’entre-soi tout en revendiquant le « vivre-ensemble », elle parle une langue versant tantôt dans l’euphémisme rassurant, tantôt dans l’hyperbole guerrière et c’est lorsque ses discours se veulent les plus subversifs qu’ils se révèlent obéir au plus plat conformisme de la transgression autorisée." (4ème de couverture)

Ça commence bien, belle écriture, plutôt enlevée et recherchée, de longues phrases bien travaillées, du vocabulaire. Mais ça me fatigue assez vite : pour résumer, j'ai eu l'impression de me retrouver dans un monologue d'une jeune femme qui ne se laisse interrompre par personne : une logorrhée incessante, pas inintéressante certes, mais propice aux migraines.  On doit l'écouter coûte que coûte où on s'en va. Ce que j'ai fait. 

 

Merveilleuses, Catherine Hermary-Vieille, Albin Michel, 2011

"1794. La Terreur oubliée, une fureur de divertissements et d'excès enfièvre Paris. Jouissance et plaisirs sont les mots d'ordre des Merveilleuses. Les égéries du jour, frivoles, légères et charmantes. Elles collectionnent les amants comme d'autres les chapeaux, lancent les modes les plus provocantes.
Rose de Beauharnais et Thérésia Cabarrus, les plus merveilleuses d'entre ces Merveilleuses, mènent le bal et les hommes au pouvoir par le bout du nez. Pour l'amour d'un petit général corse, nommé Premier Consul à son retour d'Égypte, Rose deviendra Joséphine, rompant avec son passé tumultueux. Le temps des Merveilleuses a vécu !" (4ème de couverture)

J'ai essayé, j'ai lu des pages, en ai passé pour tenter de me rattraper un peu plus loin, mais rien n'y fit, jamais je n'ai pu m'intéresser au sort ou à l'écriture. Pas pour moi, mais si vous cherchez bien, vous trouverez sûrement des lecteurs qui ont aimé.

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121 curriculum vitae pour un tombeau

Publié le par Yv

121 curriculum vitae pour un tombeau, Pierre Lamalattie, L'Éditeur, 2011

Dans ce roman, Pierre Lamalattie prend à la lettre l'adage "on n'est jamais mieux servi que par soi-même". C'est donc lui le héros de son livre. Il est à la fois, employé à mi-temps du ministère de l'agriculture et d'une école, l'ISV. Dans l'un, le ministère il s'occupe "des restructurations et des plans sociaux dans les industries agroalimentaires. Dans l'autre, "l'Institut supérieur du vivant, autrement dit à l'ISV, [il est] une sorte de conseiller d'orientation pour les étudiants" (p.36). Mais Pierre Lamalattie est aussi peintre dans son autre mi-temps et il a pour projet de monter une exposition de 121 portraits de gens inconnus -du grand public- "sous la forme d'un cycle de curriculum vitae" (p.45), à Brive, non loin de l'endroit où sa mère, gravement malade est venue passé ses derniers instants.

Toutes ses activités amènent l'auteur-narrateur à faire des rencontres et à nous les raconter sur un mode tragi-comique.

On pourrait juger le propos assez vain voire totalement inutile : la vie d'un homme normal, ses rencontres, ses difficultés avec ses collègues, sa mère qui ne va pas bien. Sûrement, mais je n'ai pas lâché mon bouquin. Est-ce le détachement, l'humour de l'auteur qui retiennent ? Ou alors sa narration, dans une langue "mesurée, concentrée, circonspecte" (4ème de couverture) ? Plus probablement les deux ajoutés au fait que P. Lamalattie ne ménage pas ses contemporains, dressant parfois des portraits acides, mais qu'il ne se rate pas non plus.

Une petite explication pour les plus impressionnables : dans le cas présent, le tombeau du titre n'est point mortuaire, mais c'est un genre musical en hommage à un grand musicien ou un ami, ... Une pièce pas forcément  triste qui peut s'écrire du vivant de la personne concernée. "Voilà exactement ce que je voulais faire en peinture : un tombeau des hommes et des femmes de notre temps." (p.46)

121 CV résumés à l'essentiel des gens que rencontre l'auteur émaillent le récit, comme part exemple le sien :

"1- Pierre

Après Soir 3, il s'est endormi durant l'émission intitulée : "Les secrets du plaisir féminin". (p.47)

Ce livre assez linéaire, à part quelques retours en arrière, est donc le récit des rencontres, des pensés d'un homme préparant une exposition : il pourrait être celui du lecteur au jour le jour. Pierre Lamalattie aborde un nombre impressionnant de sujets, comme nous pouvons le faire dans une seule journée, donc a fortiori sur 6 mois ! La peinture bien sûr, avec une critique dure et drôle des impressionnistes et surtout de ceux qui les adulent : "Une peinture sympa, en somme. Évidemment, pas très élaborée sur le plan des registrations, des matières, des sujets, ni de rien, mais sympa... Ils ont inventé la peinture sympa." (p.162)

On a aussi des pages sur l'écologie, sur l'art contemporain, sur un mariage de bobos auquel comme Pierre, j'aurais absolument détesté être, sur les tracas d'un chef de service qui a besoin systématiquement d'une tête de turc pour asseoir son autorité, sur les soi-disant réussites d'hommes partis de rien qui montent une petite entreprise qui grossit jusqu'à devenir une grosse entreprise, puis qui font faillite mais restent toujours arrogants, apportant plus d'importance à leur image, leur réussite professionnelle qu'au désarroi et à la détresse des gens qu'ils licencient.

J'ai adhéré à beaucoup de propos de l'auteur, me suis retrouvé dans certaines situations comme lui à la fois dedans et au dehors, comme si une partie de notre individu était partie prenante et l'autre en observation. J'ai un mot pour ça, parfois, je me qualifie de dilettante mais je ne sais pas si Pierre Lamalattie se retrouverait dans cette définition.

Tout cela pour dire que ce livre un peu fourre-tout m'a beaucoup plu à tel point, que non amateur de gros livre, jamais je n'ai pensé à stopper ma lecture de ces 447 pages, un très bon critère pour moi. J'aurais pu citer encore beaucoup de passages, mais malheureusement trop longs, ainsi que des CV-portraits ; allez, juste un dernier pour la route, pris totalement au hasard :

"49- Orgon

Il a des toilettes sèches, un bac à compost, mange des légumes de saison et filtre son eau de pluie" (p182)

Finalement, la seule chose que je regrette après ma lecture c'est de n'avoir pas pu assister à l'exposition de Brive ; maintenant, j'aimerais bien voir les portraits de Pierre Lamalattie.

Merci Marianne.

PS : j'ai depuis quelques heures le livre des portraits (chez l'Éditeur également) et ma prochaine mission : reprendre le récit avec ce livre pour voir qui est qui. Sans m'étendre sur le sujet qui mériterait plus que trois lignes, je peux dire que les portraits de Pierre Lamalattie ont l'air animés et la petite phrase dessous permet d'en imaginer un peu plus sur la vie de chacun.

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Vent printanier

Publié le par Yv

Vent printanier, Hubert Haddad, Ed. Zulma, 2010

"La rafle du Vel' d’hiv' des 16 et 17 juillet 1942 avait pour nom de code « Opération Vent printanier ». Sur ordre du gouvernement de Vichy, policiers et gendarmes français arrêtèrent à leur domicile quelques treize mille hommes, femmes et enfants, dès les premières heures de l’aube. Internés au vélodrome d’hiver et au camp de Drancy, ils furent tous déportés à Auschwitz-Birkenau dans les jours ou les semaines qui suivirent, puis en majorité exterminés et brûlés. De retour sur les lieux de l'impensable, Hubert Haddad a écrit ces quatre histoires vraies de tout leurs poids d'imaginaire, vraies des milliers de fois, hier à Drancy ou partout en Europe, et aujourd'hui comme en filigrane, à chaque coin de rue, dans les regards effrayés que portent les exclus et les laissés-pour-compte sur un monde en lente perte d'humanité" (p.5, en exergue du livre)

C'est par de courtes nouvelles que l'auteur parle de cet événement terrible et honteux qu'est la rafle du Vel d'hiv'. Quatre nouvelles aussi poignantes les unes que les autres, avec une mention spéciale pour la seconde qui donne son titre au livre. Mention spéciale, parce qu'elle est reliée de manière directe à l'actualité. Michaï, vieux musicien rescapé des camps, le seul de sa famille à avoir échappé cependant à cette rafle, rencontre Nicolaï, jeune musicien tzigane, qui lui, a évité le démantèlement du camp dans lequel il vivait. Ce camp a été détruit deux jours avant la commémoration de la rafle du Vel d'hiv'. L'auteur rappelle fort justement que les tziganes furent aussi les victimes des nazis et qu'ils furent déportés, reconnaissables au triangle marron qu'ils arboraient en lieu et place de l'étoile jaune. "L'expulsion avait dû être expéditive. C'était presque toujours ainsi : les autorités locales chassaient les descendants des martyrs pour honorer ceux-ci en paix." (p.21). D'un côté on rassure l'électeur, mais de l'autre on n'oublie pas d'honorer les morts de la guerre, déportés pour la seule faute d'une religion, d'une origine géographique, d'idées politiques ou d'une préférence sexuelle (puisque les homosexuels ont aussi été déportés)

A notre époque où il est courant et quasi "normal" de démanteler des camps de Roms, de renvoyer les étrangers en situation irrégulière, sans s'occuper de savoir ce que deviendront tous ces gens, il m'apparaît sain que des écrivains prennent leurs plumes et écrivent sur les pires heures de notre histoire. La finesse d'Hubert Haddad est de lier les événements vécus par ses personnages à des époques différentes. Sa finesse est aussi à trouver dans son écriture, toujours très soignée aux mots choisis et pesés. Point d'envolées lyriques, mais des propos justes et précis. Néanmoins le texte ne manque pas de poésie, dans les descriptions, dans les rêves et pensées des personnages.

D'Hubert Haddad, je connaissais déjà -et j'avais beaucoup aimé- Palestine et son dernier roman -mais là, je n'ai pas réussi à aller au bout- Opium Poppy, toujours chez Zulma.

Un petit livre pour un grand message normalement universel : "Ce qui mûrit le mieux au monde, ce sont les rencontres." (p.34). Encore faut-il qu'on veuille rencontrer autrui, me permettrais-je d'ajouter.

Une nouvelle fois les éditions Zulma éditent un incontournable et cette-fois-ci en plus de l'être il est également court et lisible par tous et accessible puisque seulement à 4.50 €. Donc aucune raison de passer à côté.

D'autres avis : Aifelle, Clara, Dominique

Merci à la librairie Dialogues.

 

dialogues croisés

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