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Pierre Soulages. Présences d'outrenoir

Publié le par Yv

Pierre Soulages. Présences d'outrenoir, Bruno Duborgel, Le Réalgar, 2019.....

Peinture, 56 cm x 39 cm, 08/07/2013 (collection particulière). C'est la couverture du livre et c'est aussi son sujet : le tableau qui inspire toutes les lignes à Bruno Duborgel.

Rien de tel, avant de marquer une pause estivale, que de parler de poésie, si en plus cette poésie est inspirée par l'oeuvre de Pierres Soulages, c'est encore mieux. J'ai visité le musée Soulages de Rodez il y a quelques années et j'ai été conquis, je n'en reviens toujours pas qu'on puisse faire autant de lumière avec du noir. Bruno Duborgel l'écrit formidablement. Il parle aussi de la manière de regarder ces toiles et je me suis revu tournant autour des tableaux : "Le regard du spectateur, si mobilisé soit-il, prioritairement, par la contemplation frontale des états de surface du tableau, aime aussi, cependant s'attarder parfois à l'examen des côtés, à gauche et à droite, de la peinture ; il suit alors la tranche des sillons et des arêtes, la ligne de crête de leur découpe, la coupe en quelque sorte de leurs courbes de niveaux, l'épaisseur crantée et crénelée de cet admirable et matériel relief pictural" (p.27)

Les textes sont courts, beaux, poétiques, d'une admiration non feinte pour le peintre et la magie de ses tableaux et plus particulièrement celui de la couverture du livre. Très travaillés, parfois avec références culturelles, picturales, littéraires.

"Une telle peinture, loin de réduire ses effets au choc premier qu'elle déclenche en nous, donne avenir, prolongements, retentissements imprévus à ce choc ; elle nous engage dans la longue durée d'un cheminement interrogatif, d'une délectation et d'une méditation toujours relancées." (p.23)

Un beau et court livre qui permet de se revoir au musée ou d'entrer dans l'outrenoir de Pierre Soulages. Ah, si j'avais un petit, voire tout petit tableau, pour moi aussi me délecter et méditer. Je sais déjà où l'accrocher. Je peux rêver ...

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Tombé dans l'oreille d'un sourd

Publié le par Yv

Tombé dans l'oreille d'un sourd, Grégory Mahieux, Audrey Levitre, Steinkis, 2017.....

Grégory et Nadège viennent d'avoir des jumeaux, Charles et Tristan. Dès sa naissance, Charles contracte une infection qui le rendra intolérant à beaucoup d'aliments. Tristan semble aller bien, puis il est diagnostiqué sourd profond. S'engage alors un véritable parcours du combattant pour les deux parents qui veulent absolument que leurs enfants ne soient pas rejetés mais au contraire totalement intégrés dans toutes les activités de leur quotidien.

C'est l'histoire de Grégory Mahieux qui est racontée là. Encore une fois, la bande dessinée est un fameux vecteur, accessible, direct pour parler cette fois-ci du handicap et des difficultés auxquelles sont confrontés les parents d'enfants différents. Et pourtant, il suffirait parfois d'un tout petit rien : un patron (ici un proviseur de lycée) conciliant, des collègues à l'écoute, des dossiers moins contraignants, une meilleure prise en charge des frais inhérents aux difficultés des enfants, ... Il en faut de l'énergie pour les parents de Tristan pour surmonter les obstacles et au petit garçon beaucoup d'optimisme et de joie de vivre pour ne pas sombrer.

Du noir et blanc, un dessin classique presque enfantin parfois dans les traits, ronds, un format roman graphique tout cela concourt à la prise en main et à la facilité de lecture. 

Ouvrage qui, malgré le thème, reste positif et bien que relatant les nombreux pièges, bâtons dans les roues et autres intervenants réfractaires à l'intégration des personnes porteuses de handicap, il ne tombe jamais dans un discours plombant. Quand on a eu l'occasion de monter des dossiers pour des enfants à difficultés, de se déplacer souvent pour rencontrer les bonnes -et parfois mauvaises- personnes, on sait que les démarches sont longues et ardues, qu'elles agissent sur le moral et le bien-être de tous. Lorsque le résultat se voit quelques mois ou années après, on se dit que ça valait le coup de s'accrocher, s'énerver, menacer, tout en protégeant les enfants... tout ce qu'ont fait Grégory et Nadège.

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Dix petits frelons

Publié le par Yv

Dix petits frelons, Valérie Valeix, Palémon, 2019....

Audrey Astier, l'apicultrice-enquêtrice se rend à Giverny, chez Grégory Larcher, prêtre-éducateur-apiculteur, pour suivre une formation sur la gelée royale. Elle part avec son ami ex-gendarme, Lebel. A peine arrivés, ils en profiter pour visiter l'exposition consacrée à Monet, en sa demeure et pour voir un dessin inédit d'un collier que le peintre a voulu offrir à sa femme, ainsi que le collier fabriqué par un joaillier de renom. Le dessin avait disparu et a été mystérieusement retrouvé. Le lendemain, il a tout aussi mystérieusement disparu, ainsi que le collier. Audrey est alors sollicitée par le gendarme local pour l'aider à enquêter.

Quelle heureuse et agréable surprise que ce polar apicole, notamment après ma petite déception du tome précédent de la série : Abeilles, crimes et champagne. Ce titre qui n'est pas sans rappeler le célèbre chef d'oeuvre d'Agatha Christie, bien que parfois un peu long et bavard -c'est sûrement parce que l'enquêtrice est une femme (blague machiste)- est franchement plaisant et attrayant de bout en bout. Est-ce l'effet Giverny ? Monet ? Est-ce le contexte de la ferme dans laquelle le père Larcher accueille une dizaine d'enfants -ses frelons- en difficultés familiales, tel un Guy Gilbert rajeuni ? Sont-ce les intrigues mêlées, entremêlées, bien difficiles à deviner ? Sans doute tout cela ensemble qui forme un polar attachant. Il y a bien ici ou là des choses peu réalistes, mais tout passe dans la vivacité d'Audrey, parfois dépassée, perdue mais toujours battante. Un brin de Monet, beaucoup d'apiculture, un soupçon d'ésotérisme -dans son sens populaire-, tout cela saupoudré généreusement d'intrigues policières, le tout forme une recette fort digeste à partager le plus largement possible.

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Fleur de Mamoot. Foutu pour foutu...

Publié le par Yv

Fleur de Mamoot. Foutu pour foutu..., Emmanuelle Martinez, Harper Collins, 2019....,

Fleur de Mamoot est une femme qui ne dit pas son âge et ma galanterie habituelle me pousse à ne pas révéler plus d'informations sur ce sujet. Elle est mère d'un adolescent. 

Elle est en proie à toutes les questions existentielles et vitales des femmes d'aujourd'hui : son poids, ses formes, son pouvoir de séduction, ... Ne vous fâchez pas mesdames, c'est de l'humour, mais à travers ces vignettes, apparaissent quand même les relations hommes-femmes, les diktats de la minceur et de la beauté pas faciles à accepter lorsque le corps accuse quelques kilos de trop. 

Fleur de Mamoot est dessinée par Emmanuelle Martinez qui alimente aussi un  site à son héroïne consacré, et habilement nommé Fleur de Mamoot (cliquez sur le nom, vous y êtes). Fleur de Mamoot ose tout. Elle ne s'arrête pas de parler lorsque la bienséance le voudrait. Elle est drôle, pas toujours légère, mais jamais vulgaire. Très féminine et très féministe, elle n'est pourtant pas une militante, plutôt une féministe du quotidien. 

Très chouette bande dessinée pleine d'humour parfois noir, d'autodérision, de petites vacheries. Fleur de Mamoot est cash et très attachante. 

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L'assassin qui aimait Paul Bloas

Publié le par Yv

L'assassin qui aimait Paul Bloas, Pierre Pouchairet, Palémon, 2019.....

Serge Teyssot-Gay, guitariste et Paul Bloas font une performance : le musicien joue et le peintre s'inspire des improvisations pour créer. Anton se prend de passion pour la peinture de Paul Bloas et est prêt à tout pour se procurer ses œuvres. 

Léanne Vallauri, commandant de la PJ de Brest est en garde à vue suite à la tentative de meurtre sur son indic, leurs relations ne semblent pas claires à ses chefs. Elle parvient à être libérée et sitôt de retour au commissariat est en charge d'une série de meurtres qui ont toutes eu lieu près de l'ancienne base des sous-marins allemands. Son enquête, sous haute tension va lui faire découvrir les vestiges souterrains brestois.

Numéro trois de la série des Trois Brestoises (Haines, La cage de l'albatros) et plus la série avance, plus la tension monte, plus les relations entre les personnages se durcissent ou s'améliorent. Léanne, malgré les charges contre elle, ne gagne pas en souplesse et en prudence. Lorsqu'elle enquête, elle est à fond et prend des risques. Ses copines, Vanessa, la psycho-criminologue et Elodie la médecin-légiste sont toujours là pour l'épauler, la freiner dans ses élans parfois contre-productifs, la soutenir dans ses moments difficiles (et vice-versa, chacune soutenant les autres) et jouer de la musique toutes les trois. Le trio fonctionne bien, ainsi que le commissariat de Léanne qui la suit, même en râlant et en s'opposant frontalement à ses directives, mais tous la soutiennent.

La série est fortement addictive et ce troisième tome se lit sans s'arrêter. Si les mésaventures de Léanne qui risquent de lui coûter très cher auraient pu faire croire au lecteur que celle-ci allait se reposer le temps d'un épisode, il n'en est rien, elle est repartie de plus belle. Cette fois-ci, Pierre Pouchairet nous promène dans les sous-sols de Brest qui fut l'un des points fortement gardés et sécurisés par les Allemands pendant la guerre : blockhaus, bunkers, hôpital souterrain, centrale électrique,... La visite est passionnante, instructive et les lieux tellement propices à ce que s'y déroulent des événements glauques, violents et secrets. Je connais un peu Brest, mais pas ses sous-sols qui auraient pu me rafraîchir lors de ma lecture faite pendant l'épisode caniculaire récent, mais que nenni ! De rebondissements en découverte d'autre cadavre, de traque à pérégrination quasi spéléologique, Léanne et ses collègues n'arrêtent pas, ce qui fait que moi, lecteur, je n'ai pas eu le temps de profiter de la fraîcheur, mon petit coeur battant au rythme rapide de ce polar. 

Indispensable lecture estivale, et le mieux, c'est d'emporter les trois tomes dans les valises. Un seul vous seriez frustrés. Et puis ce polar met en exergue les paroles de la chanson Brest de Miossec, que vous risquez d'avoir en tête un moment, ce qui est une excellente autre nouvelle.

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Aux portes de la mémoire

Publié le par Yv

Aux portes de la mémoire, Felicia Yap, Harper Collins (traduit par Thibaud Eliroff), 2019..,

Dans le monde de ce roman, les hommes sont divisés en deux groupes : les Monos qui ont une mémoire limitée à une seule journée, et les chanceux Duos qui doublent cette capacité. Chacun consigne dans son journal les faits détaillés de ses journées pour s'y référer et tenter d'en retenir un maximum. Claire, Mono, mariée à Mark, écrivain et candidat au poste de député du South Cambridgeshire, Duo, tombe des nues lorsque ce dernier est accusé du meurtre de sa maîtresse. Trahie, elle ne sait plus quoi penser de l'homme qui partage sa vie depuis vingt ans.

Bon, me voilà bien embêté pour parler de ce livre qui allie une intrigue bien menée, machiavélique, un truc bien tordu qui ne laisse pas indifférent à une écriture qui privilégie les dialogues pas toujours indispensables et surtout à une idée qui n'est pas vraiment exploitée à sa juste hauteur. En effet, cette idée des Monos et des Duos ne m'a pas convaincu, je pensais que chaque matin des uns et des autres serait vierge et que le vie recommençait, mais par un subterfuge -l'IDiary, le journal électronique individuel-, chacun note ses journées et peut apprendre les faits notés pour ... s'en souvenir. Donc ces problèmes de mémoire finissent par n'en être plus, et j'avoue n'avoir pas compris l'intérêt du truc ; mais sans doute suis-je passé à côté d'informations. L'écriture non plus n'a rien de transcendant. Non, ce qui fait l'originalité de ce roman c'est vraiment l'intrigue et la construction, alliées tout de même à la lecture des journaux des uns et des autres, comme quoi l'idée des mémoires qui flanchent n'est pas totalement ratée. Felicia Yap balade tranquillement son lecteur dans une histoire tortueuse dans laquelle on se doute qu'il y a machination, mais on ne sait pas trop qui l'a ourdie. On s'attend également à des surprises, des détails à chaque page, ce qui rend la lecture plaisante, du genre de celle qu'on ne lâche pas aisément.

Roman qui pourra faire les délices des vacanciers sur les plages cet été. 

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Les replis de l'hippocampe

Publié le par Yv

Les replis de l'hippocampe, Corine Jamar, Bamboo, 2019....,

Salomé est atteinte d'une infirmité motrice cérébrale, suite à un accouchement qui s'est très mal passé. Salomé fête ses dix-huit ans. Le même jour sa mère, Calista, apprend que son mari, Cyril, le père de Salomé -et de Théodora leur cadette- la trompe depuis dix-huit ans avec la même femme.

Calista l'oblige à quitter la maison et le couple. Puis, elle se met à écrire un roman, celui de cette période compliquée, faisant des parallèles entre l'accompagnement de tous les instants de Salomé et l'adultère de Cyril, tentant de comprendre l'un à travers l'autre ou comment elle aurait pu découvrir l'un grâce à l'autre. 

Évacuons tout de suite, ce que j'aime moins dans ce livre : des longueurs ou répétitions, des choses que j'ai eu l'impression de lire et relire, mais pour contrebalancer cette sensation, l'épreuve traversée par Calista est douloureuse et elle a beaucoup à expulser, à dire. Dix-huit années de retenue. Dix-huit années avec Salomé quasi seule tant Cyril s'absentait pour son travail et pour sa maîtresse. Et une réflexion permanente sur le couple en général et sur le couple lorsque celui-ci est parent d'une enfant handicapée.

Ce que j'aime beaucoup maintenant et qui compense très largement les lignes ci-dessus, c'est le style : direct, des phrases courtes, simples qui vont droit au but. Ça rend le roman dynamique, absolument pas plombant alors que le thème pourrait le laisser croire, mais Calista, même si elle a des moments d'abattement se relève toujours avec une envie inébranlable. Elle ne tait rien, contrairement à Cyril, tout est dit dans son roman, ses questions, ses actions, ses remarques les plus intimes la concernant elle ou Salomé. Elle se livre totalement. "Les souvenirs se cachent dans les replis de l'hippocampe, siège de la mémoire. Calista essaie de les extraire, elle tire fort, et plusieurs fois, comme la gynéco avec la ventouse, il y a dix-huit ans. Ceux qui sortent, elle les réanime. Ils se remettent lentement à respirer, tenant à peu près debout. Elle fait avec. Elle lit que marcher rapidement pendant quarante minutes trois fois par semaine, en balançant bien les bras, favorise la mémoire, des études le démontrent. Elle s'y met. Au moins le temps d'écrire ce livre." (p.51) Et la manière d'écrire, avec ses allers-retours, ses images, ses comparaisons entre le handicap de Salomé et la trahison de Cyril, l'humour parfois désespéré, parfois plus vache voire assez méchant et totalement assumé donne un ton réaliste. J'ai eu l'impression de lire une version romancée de situations vécues. Calista ne juge pas beaucoup, elle aligne les faits qui parlent d'eux-mêmes, elle s'emporte et se raisonne, puis ne raisonne plus du tout. Les médecins et notamment la gynéco qui l'a accouchée ne sont pas tant accablés et pourtant, il y a matière à le faire. Cette gynéco n'en sort pas grandie, le contraire eut été étonnant, mais Calista ne s'attarde pas sur cette colère et préfère garder son énergie à s'occuper de Salomé qui lui en demande tant. 

Ce roman est d'une vivacité folle, d'une force peu commune. Corine Jamar raconte le quotidien des parents d'enfants porteurs de handicaps, plus ou moins sévères. 80% des couples ne résistent pas, la mère se retrouvant dans la très grande majorité des cas à assumer l'enfant dans sa vie de tous les jours : les couches, les repas, les colères, les cris inexpliqués, les recherches de centres, les allers-retours, ... Tout cela elle le dit sans détour, ajoutant la situation de séparation du couple, un moment toujours délicat après vingt ans de mariage et l'écriture du roman. 

Tout cela est fort bien fait et les passages d'un thème à l'autre se font au détour d'une phrase, parfois dans la même sans que cela ne gêne. Excellent roman qui permet de comprendre -de loin- le quotidien des parents d'enfants handicapés et qui continuent à vivre pour eux aussi. Le tout emballé dans une écriture directe qui m'a ravi. 

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Dans l'ombre d'Anshoë

Publié le par Yv

Dans l'ombre d'Anshoë, Brigitte Joseph-Jeanneney, Cohen&Cohen, 2019.....

Paris 1977, Ronald vient d'hériter de son père qu'il n'a pas connu, un journal du temps où il fut forestier au Gabon au milieu des années 30 et deux statuettes d'art de ce pays. Ronald les expose chez lui, mais bientôt se fait cambrioler. Sentant que son amie Marlène n'est pas totalement étrangère à l'intrusion à son domicile qui a précédé le vol, il décide de mener son enquête et de retrouver les deux sculptures. Dans le même temps, il lit le journal de son père et apprend à le connaître.

Plongée dans le Paris des années 70, dans le Gabon des années 30 et surtout dans le monde de l'art africain. Ce roman est passionnant parce qu'il fait la part belle aux origines des sculptures de Ronald et plus globalement à l'art dit premier, à la manière dont il les colons s'en emparèrent et l'introduisirent en Europe à leurs retours. Brigitte Joseph-Jeanneney aborde aussi la délicate question de la restitution des œuvres d'art, du pillage des colons qui a néanmoins permis à cet art de devenir rapidement international avec des cotes, des magouilles, des imitations. Picasso, Braque, Léger s'en inspirèrent. Dès lors, à qui appartiennent les œuvres ? Toutes ces questions sont dans le roman. L'auteure y ajoute ses personnages qui s'interrogent sur les mêmes thèmes, mais aussi sur l'amour, la mort, la vie, ces questions personnelles et universelles. 

C'est remarquablement mené, Brigitte Joseph-Jeanneney -qui a signé l'également très très bon Nocturne au Louvre- alterne les passages du Paris des années 70 et du Gabon quarante ans plus tôt. Elle écrit dans une belle langue, classique, accessible sans céder à la facilité. Ses descriptions des sculptures sont précises et sensibles, on les voit quasiment devant soi. Son texte est très beau parce qu'elle ne juge ni n'accuse personne, ni les colons et notamment le père de Ronald qui a profondément aimé le Gabon au point d'en rapporter des souvenirs, ni ceux qui veulent que les œuvres soient restituées parce qu'elles ont en leur pays d'origine des significations fortes, des rôles qu'elle explique bien. Encore une fois la sensation de s'instruire en se divertissant est permanente et fait mon bonheur.

Un polar dans le monde de l'art qui fera votre délice sur la plage ou ailleurs cet été -ou à toute autre saison.

Encore une fois, les éditions Cohen&Cohen font un très bon choix pour le texte et pour la couverture : Masque de danse. Peuple Tsogho (Gabon) exposé au musée du quai Branly.

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Prémices de la chute

Publié le par Yv

Prémices de la chute, Frédéric Paulin, Agullo, 2019.....

1996, le nord de la France est la proie de violents cambriolages et vols à main armée. Toutes ces actions sont l'oeuvre du Gang de Roubaix qui, selon, Tedj Benlazar, agent de la DGSE, chercherait à financer le djihad en France. Les flics sur le terrain ont d'autres occupations que de chercher les raisons, ils cherchent à arrêter les coupables. Tedj parle à son amie Laureline, commandant à la DST, de ses convictions. Puis intervient également Réif Arno, journaliste, pas vraiment sérieux ni considéré dans le milieu qui va, en grande partie grâce à Tedj, mettre le doigt sur l'histoire la plus incroyable de sa carrière. 

Retour de Tedj Benlazar et de Frédéric Paulin son créateur, après l'excellent La guerre est une ruse qui se déroulait en Algérie au début des années 90, juste après les élections qui avaient fait gagné les islamistes. Frédéric Paulin continue de tirer le fil de l'importation du terrorisme en Occident. C'est toujours remarquablement fait, car il sait mêler la réalité à la fiction. Ses personnages inventés se joignent et se mêlent aux personnes ayant réellement existé, le tout donnant un récit crédible et réaliste. Il explique toute l'époque, tous les actes qui amèneront vers les attentats du 11 septembre 2001, leur préparation, les cafouillages des divers services de renseignements et de police pour, souvent de simples guerres entre eux. Il n'oublie pas d'évoquer certaines théories complotistes en les traitant comme telles. C'est passionnant et instructif même pour quelqu'un de ma génération ayant vécu tout cela, sans doute d'assez loin. Ce qui fait la force de son roman et lui donne une puissance indéniable c'est aussi l'ajout de ses personnages fictifs, de leurs vies professionnelles et personnelles difficiles. Il leur donne corps et n'en fait pas de simples faire-valoir du contexte. Ils vivent pleinement l'époque et leur travail, ce qui donne même beaucoup de relief aux événements décrits.

J'étais étourdi de la lecture du premier livre de la série, je le suis tout autant avec le deuxième et je crois savoir qu'un troisième est prévu. Des romans comme cela qui donnent à expliquer et à s'instruire sur une époque ou un thème donnés, qui ne sont pas rébarbatifs mais au contraire passionnants, qui en plus donnent vie à des personnages qu'on a envie de retrouver, il faudrait être fou pour passer à côté. Je prends une option sur le troisième opus. 

Merci à la librairie Dialogues et ses dialogues croisés pour cet envoi.

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