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Les portes et les sons qu'elles font

Publié le par Yv

Les portes et les sons qu'elles font, Jean-François Dion, Carnets nord, 2019 (Az'Art atelier, 2016)...,

Un homme est en retraite dans un monastère, après un séjour en prison. Quelques années auparavant, sa femme et son fils de 16 ans furent tués dans un terrible accident de la route. Cet homme a tenté de continuer à vivre après le drame, à travailler, à manger, dormir -de moins en moins-, puis s'est mis à espionner le coupable de l'accident qui lui, s'en est sorti avec peu de blessures et vit comme avant. L'idée de vengeance germe alors.

C'est un texte qui m'a surpris parce qu'il peut être tour à tour d'une force incroyable et d'un ennui profond. L'ennui ce sont les pages sur la retraite de cet homme dans un monastère. N'y voyez pas trace de mon anticléricalisme primaire, mais vraiment un désintérêt total pour ces pages délayées, qui, de mon sens, n'apportent rien au texte, tant elles se répètent, même si je mesure bien l'analogie à la prison : les portes, la cellule ; l'opposition : le silence. La force du texte tient aux autres pages consacrées à la réflexion de l'homme, à sa survie après l'accident et à son séjour en prison. Ses réflexions sont profondes, elles interrogent sur la vie, l'amour, la mort, la solitude, le besoin d'aimer et d'être aimé, le désir de vengeance. 

L'écriture est minutieuse, détaille chaque fait et geste. On pourrait la dire patiente tant elle prend le temps de décrire. JF Dion travaille ses mots, ses phrases -parfois ça sent un peu la sueur-, mais beaucoup de passages sont somptueux, d'une grande beauté, empreints d'émotions et de justesse sans tomber dans le larmoyant, le pathos facile. "Aucun vêtement, accessoire ou colifichet de Françoise ne reste dans la penderie, ni dans sa commode, ni dans la salle de bain. Je n'ai conservé que ce qui n'est pas purement féminin, comme ses livres, ses disques et des objets de déco qu'elle aimait ; ils finiront par se fondre dans mon monde, celui qui continue ; pas tout de suite bien sûr mais ils finiront, je n'ai gardé que ceux qui finiront." (p. 74)

J'ai rarement ressenti autant la détresse d'un personnage que dans ce roman. L'écriture de JF Dion remue et touche. Descriptive, pointilleuse, on se retrouve dans chacun des gestes, dans presque chacune des pensées de l'homme qu'elle nous présente. Malgré mes réserves, Les portes et les sons qu'elles font est un roman à découvrir.

 

Commenter cet article

manou 13/09/2019 16:09

Sans doute tout cela est-il voulu par l'auteur ? Forcément le silence ne peut qu'occuper les journées lors d'une retraite dans un monastère et ce contraste entre les diverses situations vécues par cet homme en détresse me paraît un sujet intéressant. Merci de nous en parler

Yv 13/09/2019 17:20

Oui, j'imagine que c'est voulu, moi ça m'a semblé long, mais justement, le temps s'écoule différemment en retraite silencieuse

Alex-Mot-à-Mots 13/09/2019 13:30

Et puis la retraite : qui peut dire si ce n'est pas une illusion ? ;-)

Yv 13/09/2019 17:19

Celle dans le monastère ou bien celle qui nous attend peut-être, si on y arrive -à force de la repousser- après les années de travail ?

Cathy BORIE 13/09/2019 12:04

Belle chronique ! J'ai beaucoup aimé ce livre et sa voix singulière, y compris les passages dans le monastère qui évoquent bien à mon avis la solitude et le silence intérieur de cet homme, qui essaie de se confronter à ça en allant à l'extrême... Très beau texte, et en plus c'est chez mon éditeur !!! ;)

Yv 13/09/2019 17:17

Les passages dans le monastère m'ont un peu lassé parce que répétitifs et longs -mais c'est ma propre analyse-, le reste est très bien.

Mimi 13/09/2019 10:24

Malgré ce petit bémol (anticlérical, hi hi), ce texte semble d’une grande profondeur touchant ce point sensible qu’est l’absence de l’autre.

Yv 13/09/2019 17:16

Oui il l'est si on évite les longueurs ou qu'on ne les ressent pas