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Le blog de Yv

Le blog de Yv

Des livres, des livres... encore des livres, toujours des livres. Parfois un peu de musique.

Je viens

Je viens

Je viens, Emmanuelle Bayamack-Tam, P.O.L, 2015…

Roman à trois narratrices. La première, Charonne, la petite-fille noire et obèse adoptée à l’âge de 5 ans et demi. Adoption qui se solde par un échec puisque ses parents adoptifs veulent la "rendre" au bout d’un peu plus de six mois.

La deuxième narratrice, c’est Nelly la grand-mère, ancienne vedette de cinéma, adulée pour sa beauté qui a été follement aimée de Fernand son premier mari, et qui aime follement Charlie, le second.

La troisième et ultime narratrice est Gladys, la mère adoptive de Charonne, la fille de Nelly, la mal aimée et la mal aimante, la revancharde mal dans sa peau.

Reprenons dans le calme la composition de la famille : Nelly et Charlie sont mariés et ont recomposé une famille avec leurs enfants respectifs, Gladys et Régis qui eux-mêmes se sont mariés et ont adopté Charonne. Une sorte de famille recomposée qui se referme sur elle-même. La seule ouverture est l'adoption de Charonne qui débouche sur un échec.

Une fois que cela est dit, je dois dire ma difficulté à parler de ce livre qui m'a tour à tour plu, déçu et agacé voire faché. L'écriture est surprenante, faite de belles phrases usant d'un vocabulaire riche parfois savant ; mais on peut passer aussi à des propos grossiers, insultants et racistes tenus par Charlie notamment. Je ne soupçonne pas l'auteure de racisme ordinaire mais certaines phrases me font bondir : "Je transpire. C'est ce qui arrive fréquemment aux petites filles quand elles sont grosses et noires..." (p.14) -pour moi, aussi con que de dire que tous les noirs courent vite et qu'ils ont le rythme dans la peau-, ou d'autres pires, franchement dégueulasses qui transcrivent les idées de Charlie totalement désinhibé avec l'âge et la maladie ; j'imagine qu'elles sont là pour dénoncer le racisme, mais trop c'est trop, on peut comprendre à moins*. De même l'auteure fait de multiples retours sur des situations par le jeu des différentes narratrices, sans rien y ajouter comme si ses lecteurs étaient atteints d'Alzheimer et qu'il fallait leur ressasser sans cesse. Je préfère un écrivain qui fait confiance à son lectorat. On me reprochera sans doute mon manque d'humour et de second degré face à une auteure qui fait de la provocation et ce dès le tout début de son ouvrage : "L'un des grands avantages de la négligence parentale, c'est qu'elle habitue les enfants à se tenir pour négligeables. Une fois adultes, ils auront pris le pli et seront d'un commerce aisé, faciles à satisfaire, contents d'un rien." (p. 11). Je travaille auprès d'enfants confiés à l'Aide Sociale à l'Enfance, que ne lisent-ils ces propos, ça me simplifierait mes journées...

Pouf pouf, je me calme et je reprends par ordre d'apparition. Charonne est une jeune fille attachante, un personnage fort et puissant qui sans nul doute réussira sa vie telle qu'elle l'entend. Elle est sans doute à peine crédible, une enfant doublement abandonnée ne le vit pas aussi bien, mais bon chaque individu est différent, alors peut-être sa force de caractère lui permet-elle la résilience. Elle vit bien sa couleur de peau et son surpoids, en joue même. Elle sait qu'elle n'est pas aimée par ses mères biologique et adoptive et se retourne donc vers sa grand-mère, Nelly. Celle-ci a été follement aimée par Fernand son premier mari et le père de Gladys qui, loin d'être un Apollon était un amant prodigieux et également celui qui a fait d'elle une vedette de cinéma. A la mort d'icelui, elle tombe follement amoureuse de Charlie, beau comme un dieu, mais piètre amant. A 88 ans Nelly fait un point final sur sa vie qui ces dernières années a changé grâce à Charonne. Quant à Gladys, elle n'aime personne sauf son mari Régis. Mal-aimée, revancharde, égoïste, c'est une femme qui a toujours souffert.

La jalousie, l'égoïsme, la solitude, l'amour, la mort, les relations mères-filles sont en plein cœur de ce roman dans lequel E. Bayamack-Tam ajoute aussi des personnages virtuels, que chaque femme voit dans le bureau de la maison familiale, des personnages rêvés, des hommes qui leur permettent de vivre, de faire le point sur leur vie, de s'intéresser aux autres. C'est un roman sur une famille qui dysfonctionne, une famille handicapée du lien maternel et paternel.

Je finis mon billet sur ce roman qui ne laisse pas indifférent, qui se répète trop, souffre de longueurs, associe une langue très personnelle à des propos parfois à la limite de l'overdose parce que trop rabâchés, qui met en scène des femmes blessées, fortes et/ou en pleine interrogation sur le sens de leurs vies. Autant de points positifs que de négatifs. Je vous l'avais dit, je ne sais par quel bout prendre ce livre...

Dans un genre différent mais parlant de certains des thèmes évoqués ici, j'ai préféré Reproduction, de Bernardo Carvalho, moins racoleur.

* Cette parole qui se libère en ce moment à la faveur de la montée du FN m'exaspère au plus haut point. Je ne suis pas pour ce qu'on nomme le politiquement correct, mais franchement, certains propos m'énervent comme de dire que les petites filles grosses et noires transpirent et puent... Je vis quotidiennement avec deux garçons noirs qui me rapportent des propos tenus dans les cours d'école qui me sidèrent, du racisme quotidien qui n'a rien à voir avec les petites vacheries entre enfants, c'est beaucoup plus profond que cela ; ou alors ma grande naïveté m'avait jusqu'à maintenant -j'approche quand même de la cinquantaine !- épargné, pourtant il ne me semblait pas avoir vécu dans du coton loin des réalités...

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Itzamna 02/05/2015 16:03

Je viens seulement de lire ton billet... Nous n'avons probablement pas lu le même livre ;-) J'ai adoré ce roman ! Je l'ai trouvé magnifiquement bien écrit, plein d'humour, très caustique, d'amour aussi, celui de Nelly pour sa petite-fille, de bienveillance, de Charonne pour cette famille si défaillante mais si ordinaire finalement (raciste, égoïste, individualiste...). Je dirais même qu'il s'agit, malheureusement, d'une histoire d'un racisme ordinaire... De mon côté, j'ai adoré Coco de Colchide et Charonne m'a enthousiasmée ! A bientôt.

Yv 03/05/2015 09:50

Je peux trouver pas mal de choses que tu dis, mais j'i été rebuté par ce racisme ordinaire justement, non pas qu'il ne faille pas en parler, au contraire, mais j'ai trouvé l'auteure très maladroite ; je n'ai pas vu ou pas compris l'humour dont tu parles, ai sans doute pris ce livre trop à coeur

Emma 10/04/2015 11:57

Pas du tout tentée, je n'aime pas passer par trop d'émotions si différentes à la lecture d'un livre.

Yv 10/04/2015 13:23

Ma lecture est sans doute trop "primaire" mais c'est un bouquin que je ne conseille pas

Alex-Mot-à-Mots 31/03/2015 13:13

Que d'émotions en lisant ce roman.

Yv 01/04/2015 07:40

Oui, sans doute lu sans assez de détachement

zazy 30/03/2015 19:34

Celui-ci non plus ne passera pas par moi

Yv 31/03/2015 07:23

Tu peux l'éviter

Aifelle 30/03/2015 13:28

La phrase sur la négligence parentale me fait bondir (entre autres). Je sens que ce n'est pas un livre pour moi, je n'ai guère d'humour non plus dans ces cas-là, je ne suis pas la bonne cliente.

Yv 30/03/2015 13:45

Pourtant j'aime bien la provocation, mais je m'aperçois qu'il y a des sujets sur lesquels j'aime moins...

clara 30/03/2015 08:42

Emmanuelle Bayamack-Tam provoque dans ses livres sur des sujets sensibles, elle n'a pas froid aux yeux et j'aime son écriture ! Mais celui-ci il m' a moins plu que Si tout n' a pas péri avec mon innocence. Je n'ai pas trouvé ce roman racoleur...

Yv 30/03/2015 08:48

On en a parlé pas mal (lu ce livre dans le cadre du club de lecture de la libraire), et je peux reconnaître que je l'ai pris au premier degré, je n'ai jamais réussi à me défaire de ce degré... néanmoins de beaux portraits de femmes