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roman

Le passage du col

Publié le par Yv

Le passage du col, Alain Nadaud, Albin Michel, 2009
Lors d'un voyage au Tibet, un écrivain français se voit offrir l'hospitalité par deux lamas qui voient en lui le moyen de raconter l'oppression qu'ils subissent de la part des autorités chinoises. La marche à travers la montagne est particulièrement éprouvante et propice aux échanges.  Le khempo, l'abbé du monastère, révèle ainsi au narrateur que les rêves qui hantent ses nuits ne sont sûrement pas des rêves, mais des lointains souvenirs de ses vies antérieures. Il lui propose de l'initier à l'art d'en remonter le cours.
Dans ce roman, l'auteur intercale les chapitres dans lesquels il relate son voyage, son initiation aux rites bouddhistes et sa vie au monastère avec ceux qui relatent ses rêves.
Magnifiquement écrit, dans un français on ne peut plus classique, dense et jamais ennuyeux, voici un roman qui sort de l'ordinaire. On se familiarise avec la culture tibétaine et notamment la vie des lamas. C'est aussi une manière moins didactique qu'un essai d'aborder les relations désastreuses sino-tibétaines et l'occupation de ce pays par les Chinois. On prend vraiment la mesure de la tentative de destruction totale de la civilisation des Tibétains et de leurs coutumes.
Evidemment, le bouddhisme est abordé très largement. Jamais mystique -sinon, je n'en dirais pas de bien !-, toujours éducatif.

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Plage de Manaccora, 16h30

Publié le par Yv

Plage de Manaccora, 16h30, Philippe Jaenada, Grasset, 2009
Voltaire (le héros ?), sa femme Oum et leur fils Géo sont en vacances dans un petit village de l'Italie du sud. Un matin, au réveil, ils s'aperçoivent que la forêt qui entoure le village est en feu. C'est un gigantesque incendie qui ravage tout. Comme presque tous les habitants et vacanciers, ils se dirigent alors vers la plage pensant échapper aux flammes.
Le roman n'est que cette fuite racontée par Voltaire, écrivain de son métier. Mais Philippe Jaenada (dont je n'avais rien lu pécédemment) émaille son écit de digressions cocasses, tragi-comiques, loufoques ou drôles, voire très drôles. Je devrais plutôt dire d'ailleurs que les digressions de Jaenada sont interrompues par le récit de la fuite devant le feu, tellement elles sont importantes et omniprésentes. Elles font la majeure partie de livre. Il use et abuse de la parenthèse (il y a même parfois des digressions  dans une parenthèse !), pour le plus grand plaisir (le mien notamment) du lecteur. Enfin, moi j'adore ce style. Tous ces apartés sont des moments de la vie de Voltaire, glorieux ou beaucoup moins pour la plupart. Ils permettent bien sûr de rire alors que le thème principal du livre n'inspire pas à la rigolade. Je crois même que l'incendie n'est là que pour mettre en valeur les fameuses digressions de Voltaire, pour donner du rythme en opposant les deux parties du récit, et puis il crée quand même un petit suspense : vont-ils résister au feu, et si oui, qui s'en sortira ?
A éviter pour ceux qui aiment des récits linéaires et sans surprises, mais à recommander pour tous les autres ! Cécile aussi a beaucoup aimé.

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Revivre la bataille

Publié le par Yv

Revivre la bataille, Juliette Kahane, Ed. de l'Olivier, 2009
Je vais avoir beaucoup de mal à résumer ce livre tellement je n'y ai rien compris. J'ai eu énormément de mal à entrer dans l'histoire et dans le style de Juliette Kahane.
J'ai vaguement compris que Rose était à la recherche de son mari, Vito, disparu mystérieusement. Ils étaient arrivés à Paris, quelques années auparavant, de Troyes et y ont mené une vie de réalisateur pour lui et de photographe pour elle.
Je n'ai pas été sensible à ce roman et je n'ai rien trouvé qui m'y raccroche. Néanmoins, cela ne veut pas dire que c'est un mauvais bouquin. Juliette Kahane a un style d'écriture personnel qui aurait pu me plaire. Des digressions étonnantes et intéressantes émaillent son récit. Je n'ai pas réussi à finir : c'est juste pas pour moi.

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Le remplaçant

Publié le par Yv

Le remplaçant, Agnès Desarthe, Ed. de l'Olivier, 2009
Agnès  Desarthe raconte l'histoire de son grand-père maternel, qui n'est pas son grand-père : "le père de ma mère a été tué à Auschwitz en 1942." Celui dont elle raconte la vie " est l'homme avec qui ma grand-mère, la vraie, a refait sa vie... si l'on peut dire." Homme discret s'il en est, "lui, le remplaçant est devenu irremplaçable". Elle finit son récit par une sorte de confrontation de son grand-père avec Janusz Korzack, directeur de l'orphelinat du ghetto de Varsovie.
Tout petit récit qui part un peu dans tous les sens, car comme Agnès Desarthe le dit elle est incapable de se fixer. Partie pour écrire une biographie de Korzack, c'est son grand-père qui s'impose. Son récit est ponctué par autant de faits réels que de faits rêvés ou inventés  ; ou bien encore par des faits dont elle n'est pas sûre qu'ils se soient déroulés comme elle s'en souvient. C'est une écriture empreinte d'une grande tendresse pour Bouz, son grand-père. On la ressent dans la lecture, très agréable, même si le récit est un peu fouillis. Je me demande même dans quelle mesure ce désordre n'est pas ce qui nous rend ce livre sympathique. Mon seul reproche concerne la dernière partie consacrée à Janusz Kovack. Je n'ai rien contre lui, mais il arrive un peu comme un cheveu sur la soupe, et aurait peut-être mérité un traitement à part dans un livre fait rien que pour lui. Le lien que fait l'auteure entre lui et Bouz est un peu tiré par le cheveu -celui qui est sur la soupe, bien sûr !

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La reine des lectrices

Publié le par Yv

La reine des lectrices, Alan Bennett, Ed. Denoël et d'ailleurs, 2009
Et si la reine devenait une lectrice assidue ? Et si son assiduité lui faisait oublier quelque peu le protocole et la morosité de ses journées ? Et si cette soudaine passion dérangeait les institutions et l'entourage de la souveraine ? Voici ce que nous propose Alan Bennett.
Livre pas ennuyeux, mais pas dérangeant non plus. J'avais lu des critiques me laissant augurer une lecture plus subversive et un peu plus "shocking". Peut-être l'est-elle chez nos voisins d'outre-Manche, mais j'avoue qu'elle m'a laissé un peu de marbre ?
Je n'ai pas trouvé trace de ce fameux humour anglais et mise à part la dernière partie du livre dans laquelle la reine explique ce que la lecture lui a apporté et ce qu'elle a changé en elle, je reste un peu sur ma faim.

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Madeleine

Publié le par Yv

Madeleine, Amanda Sthers, Stock, 2007
Madeleine, femme d'environ 35 ans, un peu enveloppée, vit seule à Brest, sans joie et sans enthousiasme. Antoine Castellot, parisien riche à la vie morne faite d'habitudes, de convenances, de dîners entre amis du même monde, veut acheter une maison en Bretagne. Une manière pour lui de se rappeler son père mort récemment dans cette région. Il se met en contact avec une agence immobilière, celle dans laquelle travaille Madeleine. Cette rencontre va les bouleverser tous les deux.


Pour être franc, j'ai un avis partagé. Certains passages méritent très largement la lecture, grâce à  un style fluide et une écriture plaisante. Mais Amanda Sthers aligne les clichés sur la vieille fille provinciale coincée et frustrée, sur le parisien qui a réussi, sur la Bretagne où il pleut tout le temps -je la laisse responsable de ses propos-  et sur les Bretons toujours alcoolisés ("Son mari [...] avait le sang alcoolisé des Bretons"). C'est tellement récurrent que ça en devient risible, mais je doute que l'effet recherché fût celui-ci ! Ma première expérience de lecture de cette auteure est très mitigée. Livre évitable.

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Un dieu un animal

Publié le par Yv

Un dieu un animal, Jérôme Ferrari, Actes sud, 2009
Un jeune homme revient dans son village natal après s'être battu en Irak en tant que mercenaire. Il a perdu là-bas son ami d'enfance qu'il avait entraîné dans cette aventure. Il éprouve d'énormes difficultés à se reconnaître dans son village et à travers ses parents : "il est condamné à affronter parmi les siens une nouvelle forme d'exil." Il tente, pour se sauver, de retrouver la jeune fille qu'il avait rencontrée adolescent, Magalie.
Étonnant récit qui s'adresse au jeune homme à la deuxième personne du singulier, qui parle de Magalie à la troisième personne et qui passe de l'un à l'autre très habilement, sans arrêter le cours des mots et sans que le lecteur ne perde le fil. On suit très bien cet homme dans sa quête d'identité et de Dieu. Pas de chapitres, le récit est ininterrompu pendant les 100 pages du livre.  Magalie est plus ordinaire, si je puis m'exprimer ainsi, mais n'a pas vécu les horreurs de la guerre dans le désert. Néanmoins, elle est un personnage important qui peut sauver l'ex-mercenaire, elle-même en pleine interrogation sur le sens de sa vie.
Ferrari adopte un style très personnel, tout en retenue, en évocation plutôt qu'en description. Un style poétique qui tranche avec le sujet traité.
Je ne cache pas que je me suis un peu ennuyé sur certaines longueurs, notamment lorsque Jérôme Ferrari évoque le prophète Hussein Ibn Mansûr El-Hallaj et la quête divine du héros. J'ai été tenté de les passer assez vite. Par contre nombre de passages excellents voire vraiment jubilatoires et passionnants sauvent l'ensemble du bouquin qui marquera ses lecteurs, moi en particulier. D'une part par la qualité d'écriture et d'autre part par la qualité des personnages décrits et par leur force.

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Black Bazar

Publié le par Yv

Black Bazar, Alain Mabanckou, Seuil, 2009

Le narrateur est un "dandy africain [...] qui découvre sa vocation d'écrivain au détour d'un chagrin d'amour". Il vit en France depuis une quinzaine d'années et décrit son entourage : amis, voisins, et gens de la nuit afro-parisienne.

Je ne suis ni Africain, ni Parisien, mais j'ai bien aimé ce roman de Alain Mabanckou. J'ai trouvé le même plaisir que j'avais éprouvé à lire les Mémoires de porc-épic du même auteur. De la verve, de la truculence, pour reprendre les mots de la quatrième de couverture. Des personnages pittoresques et hauts en couleur -sans mauvais jeu de mots. Une écriture "comme on parle" favorisée également par un procédé habilement utilisé : l'auteur émaille son texte de diverses références à Aimé Césaire, bien sûr, à Georges Brassens ou encore à Guillaume Apollinaire (et son poème Sous le pont Mirabeau), en les intégrant directement à son propos : "[les Chinois et les Pakistanais] sont des braves types à qui on colle injustement la mauvaise réputation qu'ils se démènent ou qu'ils restent cois alors qu'ils ne font du mal à personne." Tous les poncifs sur les immigrés africains sont abordés, triturés, torturés. On se demande parfois si A. Mabanckou n'en rajoute pas un peu dans la banalité, mais ce n'est pas mauvais de se faire bousculer un peu par quelqu'un qui sait de quoi il parle lorsqu'il parle de négritude et qui sait ce que c'est qu'être Noir au quotidien, dans un pays de Blancs, même si ses propos n'ont rien de révolutionnaire. On les a déjà entendus, ou lus, mais probablement reflètent-ils la réalité des Noirs vivant en Europe ? Et puis, pour l'avoir vu à la télévision, je trouve Alain Mabanckou très intéressant, assez proche de l'image que je me fais de son héros.

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La solitude des nombres premiers

Publié le par Yv

La solitude des nombres premiers, Paolo Giordano, Ed. Seuil, 2009
Mattia est surdoué, passionné de mathématiques, mais hanté par la disparition de sa sœur jumelle, il s'automutile. Alice, boiteuse, victime d'une chute de ski,  est anorexique. Ils se rencontrent à l'adolescence et entre lui, qui refuse d'être sociable et elle qui le voudrait mais qui ne réussit pas à se faire d'amis, une sorte de relation amicale naît. Leurs enfances douloureuses qu'ils ne se sont pas racontées les lient cependant. Ce roman les suit de 1983 à 2007, c'est à dire de leur enfance à leur entrée dans la trentaine, par touches successives. Non pas année par année à la manière d'un journal, mais chaque chapitre est séparé de l'autre d'environ 6 ou 7 ans.
Lorsque Chez les filles m'a proposé la lecture de ce roman, j'ai accepté grâce aux billets d'Hathaway , d'Armande et de Crapouillaud, très emballées. Et bien, merci les filles, car c'est vraiment un beau roman. Deux personnages un peu paumés, à la marge, complètement décalés et perturbés. Avec eux, l'auteur construit une histoire touchante et passionnante. Je me suis demandé tout au long de ma lecture s'ils allaient réussir à quelque chose, s'ils allaient se sortir de leurs situations respectives. Totalement original, je n'ai jamais eu la sensation de lire un roman déjà écrit. Sans parler de suspense, rien n'est prévisible, ou alors, c'est moi qui me suis laissé avoir, et ma fois, tant mieux.

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