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Articles avec #roman tag

Des opéras de lumière

Publié le par Yv

Des opéras de lumière, Jean-Noël Blanc, Le réalgar, 2019 (première édition, 2016).....

François-Auguste Ravier (1814-1895) est destiné au notariat par son père qui l'envoie faire des études de droit. Mais François-Auguste ne rêve que de dessiner et peindre. Toute sa vie sera consacrée à chercher la bonne lumière, à tenter de peindre ce qu'il a dans la tête, exigeant et insatisfait.

Félix Thiollier (1842-1914) est un industriel stéphanois, fils d’industriel qui se passionne très tôt pour la photo et les arts en général. Il rencontre beaucoup d'artistes, de peintres dont Ravier. Ils deviennent amis.

Personnellement, je ne connaissais aucun des deux personnages, j'ai beaucoup appris. Jean-Noël Blanc a choisi le roman pour parler de leur amitié, se donnant donc quelques libertés avec la vérité, peut-être assez peu d'après ce qu'il écrit en post-face. François-Auguste Ravier fut un peintre en perpétuelle recherche d'absolu, de représenter sur la toile ce qu'il avait en tête. En attendant son "grand ouvrage", il produit des "casseroles" : "... jusqu'ici je n'ai fait qu'accumuler des notes et des documents, et le grand ouvrage, mon Dieu, le grand ouvrage, je crains que la mort ne soit là bien avant." (p.159). Pour atteindre cet objectif, il refusa de montrer ses œuvres dans des expositions, des salons, ne voulant montrer que le meilleur. Bien que, devenu une référence, voire même un précurseur aux yeux de beaucoup de ses contemporains, une sorte de Turner avant Turner, un peintre qui peignait la lumière comme personne, jamais il ne dérogea de sa règle au risque avéré de ne jamais être reconnu et connu. Un peu misanthrope et peu sociable, la vie à l'écart qu'il avait choisie lui alla parfaitement. 

Au contraire, Félix Thiollier toucha à tout, fut un hyperactif qui voulut bouger sa ville de Saint Etienne peu ouverte aux arts et à la culture. Il photographia, peignit, produisit du ruban dans son usine, édita des monographies, acheta et tenta de faire connaître des peintres comme Ravier et bien d'autres. 

Ce sont ces deux hommes opposés qui deviendront amis, des hommes sans détours, francs et honnêtes. Jean-Noël Blanc les décrit, parle de la peinture et de la création artistique, de la recherche permanente de l'œuvre parfaite qui a obsédé Ravier sa vie durant, en des termes magnifiques. L'écriture emporte le lecteur et ne le lâche jamais, c'est une vraie merveille. Une langue d'une élégance rare qui varie la longueur des phrases, qui use de termes parfois rares. Voilà par exemple sa description du Paris que François-Auguste peine à peindre : "Le ciel, surtout, le déçoit : ce n'est pas un ciel sérieux, il s'effarouche pour un rien et s'afflige au moindre prétexte. Un courant d'air descendu des canaux du Nord, un souffle venu de l'Ouest et de la mer, une bourrasque bénigne, une bise, une chiquenaude de l’atmosphère, et ça y est les nuages rappliquent, le ciel prend la mouche, tout vire à la grisaille, s'assombrit, s'attriste, s'éteint. Pas de colère, pas d'orage, pas de nuées vindicatives, pas de vastes bousculades de cumulus, ou alors si rarement. Ce sont plutôt des susceptibilités de pluie mince, des chagrins citadins, des mélancolies patinent les rues d'une ombre d'alcôve, dans un chien et loup de plein mitan du jour." (p. 35)

Roman qui parle d'art, de peinture, de photographie, d'équilibre d'une œuvre, de sa création, des échecs, de la recherche de la perfection. Un coup de coeur que Le Réalgar a la bonne idée de rééditer. Pour les amoureux de la peinture, de la littérature, pour tous ceux qui ont envie de s'instruire dans la beauté et l'élégance et de sortir des sentiers battus.

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Les replis de l'hippocampe

Publié le par Yv

Les replis de l'hippocampe, Corine Jamar, Bamboo, 2019....,

Salomé est atteinte d'une infirmité motrice cérébrale, suite à un accouchement qui s'est très mal passé. Salomé fête ses dix-huit ans. Le même jour sa mère, Calista, apprend que son mari, Cyril, le père de Salomé -et de Théodora leur cadette- la trompe depuis dix-huit ans avec la même femme.

Calista l'oblige à quitter la maison et le couple. Puis, elle se met à écrire un roman, celui de cette période compliquée, faisant des parallèles entre l'accompagnement de tous les instants de Salomé et l'adultère de Cyril, tentant de comprendre l'un à travers l'autre ou comment elle aurait pu découvrir l'un grâce à l'autre. 

Évacuons tout de suite, ce que j'aime moins dans ce livre : des longueurs ou répétitions, des choses que j'ai eu l'impression de lire et relire, mais pour contrebalancer cette sensation, l'épreuve traversée par Calista est douloureuse et elle a beaucoup à expulser, à dire. Dix-huit années de retenue. Dix-huit années avec Salomé quasi seule tant Cyril s'absentait pour son travail et pour sa maîtresse. Et une réflexion permanente sur le couple en général et sur le couple lorsque celui-ci est parent d'une enfant handicapée.

Ce que j'aime beaucoup maintenant et qui compense très largement les lignes ci-dessus, c'est le style : direct, des phrases courtes, simples qui vont droit au but. Ça rend le roman dynamique, absolument pas plombant alors que le thème pourrait le laisser croire, mais Calista, même si elle a des moments d'abattement se relève toujours avec une envie inébranlable. Elle ne tait rien, contrairement à Cyril, tout est dit dans son roman, ses questions, ses actions, ses remarques les plus intimes la concernant elle ou Salomé. Elle se livre totalement. "Les souvenirs se cachent dans les replis de l'hippocampe, siège de la mémoire. Calista essaie de les extraire, elle tire fort, et plusieurs fois, comme la gynéco avec la ventouse, il y a dix-huit ans. Ceux qui sortent, elle les réanime. Ils se remettent lentement à respirer, tenant à peu près debout. Elle fait avec. Elle lit que marcher rapidement pendant quarante minutes trois fois par semaine, en balançant bien les bras, favorise la mémoire, des études le démontrent. Elle s'y met. Au moins le temps d'écrire ce livre." (p.51) Et la manière d'écrire, avec ses allers-retours, ses images, ses comparaisons entre le handicap de Salomé et la trahison de Cyril, l'humour parfois désespéré, parfois plus vache voire assez méchant et totalement assumé donne un ton réaliste. J'ai eu l'impression de lire une version romancée de situations vécues. Calista ne juge pas beaucoup, elle aligne les faits qui parlent d'eux-mêmes, elle s'emporte et se raisonne, puis ne raisonne plus du tout. Les médecins et notamment la gynéco qui l'a accouchée ne sont pas tant accablés et pourtant, il y a matière à le faire. Cette gynéco n'en sort pas grandie, le contraire eut été étonnant, mais Calista ne s'attarde pas sur cette colère et préfère garder son énergie à s'occuper de Salomé qui lui en demande tant. 

Ce roman est d'une vivacité folle, d'une force peu commune. Corine Jamar raconte le quotidien des parents d'enfants porteurs de handicaps, plus ou moins sévères. 80% des couples ne résistent pas, la mère se retrouvant dans la très grande majorité des cas à assumer l'enfant dans sa vie de tous les jours : les couches, les repas, les colères, les cris inexpliqués, les recherches de centres, les allers-retours, ... Tout cela elle le dit sans détour, ajoutant la situation de séparation du couple, un moment toujours délicat après vingt ans de mariage et l'écriture du roman. 

Tout cela est fort bien fait et les passages d'un thème à l'autre se font au détour d'une phrase, parfois dans la même sans que cela ne gêne. Excellent roman qui permet de comprendre -de loin- le quotidien des parents d'enfants handicapés et qui continuent à vivre pour eux aussi. Le tout emballé dans une écriture directe qui m'a ravi. 

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La caverne vide

Publié le par Yv

La caverne vide, Dimana Trankova, Intervalles, 2019 (traduit par Marie Vrinat-Nikolv)....

"Après la dislocation de l'Union Européenne, dans un pays des Balkans renommé Patrie populaire, le parti nationaliste au pouvoir a instauré un contrôle sectaire : les indésirables sont envoyés dans des camps de rééducation ou bien disparaissent sans laisser de traces, tandis qu'on dépose leurs enfants dans des "Maisons du bonheur". C'est dans cette société à peine futuriste que revient John, un journaliste américain, que son ex-femme a appelé à l'aide après la disparition de son frère. Mais John découvre aussi que Maya, une ancienne confrère et amante, a été punie pour ne pas avoir respecté la censure : on lui a enlevé sa fille. Maya vit, depuis, dans la soumission, avec un seul désir : récupérer sa fille en devenant une citoyenne exemplaire." (4ème de couverture)

Roman dense et troublant. Dense parce que l'auteure va au plus profond de ses personnages, et comme chacun peut être en totale opposition à l'autre, elle construit des situations  nombreuses, des discussions, des débats sans fin, John notamment venant mettre à mal tout ce qui fait le quotidien des habitants de la Patrie populaire : soumission, censure, ... Difficile de n'y pas voir, le titre du roman est pour cela transparent, une référence à l'allégorie de la caverne de Platon, qui comme de bien entendu est un auteur subversif et interdit dans le pays. Pour l'avoir lu et s'en être inspiré, un philosophe est dans un camp de travail. La densité vient aussi évidemment du contexte ainsi que l'aspect troublant que j'évoquais plus haut. Là aussi, une référence est revendiquée et claire : 1984 de George Orwell. Tout y fait penser. Ce qui rend le récit de Dimana Trankova troublant c'est la proximité géographique et géopolitique. La montée de ce que l'on nomme couramment les populismes en Europe et plus généralement dans le monde fait craindre ce genre de dérives. Le monde que décrit l'auteure n'est peut-être pas si loin que cela. Sa dystopie nous parle directement de ce qui pourrait bien advenir si nous continuons à mettre au pouvoir des gens qui ne rêvent que de grandeur de leur patrie, de patriotisme, de nationalisme, de protectionnisme. Le flicage intensif en Chine qui se développe et fait craindre le pire est tout à fait dans l'ambiance de ce roman. Ambiance angoissante que l'on peut aussi retrouver dans l'excellente série Black mirror (au moins les deux premières saisons).

Si Dimana Trankova n'invente pas totalement le monde qu'elle décrit puisqu'elle s'inspire des meilleurs dans ce domaine, elle le raconte d'une manière très personnelle, il faut bien rester concentré, ce n'est pas un roman que l'on lit en écoutant de la musique par exemple. Ce serait long d'aborder tous les points dont traite l'auteure et sans doute pas suffisant pour dire tout le bien que je pense de ce livre, encore une fois dense, pour lequel il faut s'accrocher au début, mais la récompense est au bout, avec la sensation d'avoir lu une oeuvre forte et puissante. Un livre, des situations et des personnages qui resteront en mémoire longtemps.

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Avenida Vladimir Lénine

Publié le par Yv

Avenida Vladimir Lénine. Objectif Mozambique, Constance Latourte, Intervalles, 2019....

Clémence a passé quelques mois au Chili pour ses études. Elle y a appris que, fuyant le coup d'état de Pinochet, beaucoup de Chiliens ont été accueillis au Mozambique, alors toute jeune république communiste, tout près de l'Afrique du Sud. Elle décide de partir dans ce pays pour recueillir les témoignages des exilés encore vivants et restés en Afrique pour réaliser son premier documentaire. C'est son parcours de quasi-combattante que Constance Latourte raconte.

Ce livre est présenté comme un roman, il doit cependant s'appuyer sur l'expérience de l'autrice qui a réalisé un documentaire sur le thème évoqué, en 2009, intitulé Khanimambo Mozambique. Elle explique très bien que le coup d'état de Pinochet (1973) correspond à l'indépendance du Mozambique (1975) et que les arrivées des Chiliens se sont toutes produites à la fin des années 70. "Dès que l'indépendance a été déclarée, en 1975, les colons portugais ont dû fuir par peur des représailles. Ils sont partis du jour au lendemain pour sauver leur peau. Et le pays s'est retrouvé sans professionnels. Il n'y avait plus de médecins, plus d'ingénieurs, plus d'économistes. Plus aucune personne formée. Parce que pendant la colonisation, les Portugais occupaient tous les postes à responsabilité et ne formaient pas les Mozambicains. [...] A cette époque, il y avait des exilés chiliens dans le monde entier à cause de la dictature. Le Parti Communiste chilien a donc signé un accord avec le gouvernement mozambicain pour envoyer des spécialistes." (p.56) Voilà pour le thème du documentaire que, pour ma part, j'ignorais totalement.

Le livre est ensuite le parcours de la jeune cinéaste pour tout simplement vivre dans un pays qu'elle ne connaît pas et qui a des us et pratiques bien particuliers. Heureusement, Alberto, son colocataire la guidera et lui donnera des conseils en même temps qu'il sera un soutien dans les moments de doute. Car doutes il y aura, tant la tâche est ardue. Tenter de faire un reportage, seule, sans argent, dans un pays où tout se monnaye, de l'amende pour excès de vitesse fictif aux demandes administratives multiples, pour avoir notamment le droit de filmer dans les lieux publics. Français qui vous plaignez des lenteurs et des méandres de l'administration de notre pays, lisez les pages 203 à 211 et vous relativiserez votre point de vue initial. On est forcé de rire, parce que Constance Latourte rend cette épreuve assez comique en jouant notamment avec le style : des phrases normales, puis de plus en plus courtes pour finir quasiment avec des phrases uninominales. Mais j'imagine qu'à vivre, ça doit être l'enfer. 

Tout cela donne un roman bien agréable sur la gestation d'un documentaire en zone si ce n'est hostile au moins difficile, un documentaire que je verrais volontiers maintenant que j'en sais un peu plus sur le thème, grâce à ce livre et sur les étapes qui ont marqué sa réalisation.

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L'écuyère

Publié le par Yv

L'écuyère, Uršuľa Kovalyk, Intervalles, 2019 (traduit par Nicolas Guy et Peter Žila).....

Karolína vit avec sa mère et sa grand-mère dans la Tchécoslovaquie de la fin des années 1980. Lorsque sa grand-mère meurt, elle se retrouve souvent seule, sa mère travaille et fréquente beaucoup d’hommes. La jeune fille fugue alors et se lie d’amitié avec Romana et Matilda dans un centre équestre. Il y a aussi Arpi qui lui fait découvrir les Pink Floyd et la cigarette.

La vie d'une petite fille devenue adolescente dans ces années-là qui virent le passage du régime totalitaire à la démocratie. La vie de Karolína est relativement détachée du régime politique, même si, les leçons apprises par coeur à la gloire du parti, les règles strictes, les conditions de vie sont bien présentes et n'encouragent pas à l'ouverture d'esprit ni à l'épanouissement. Elle l'est beaucoup moins sur le passage à l'adolescence, sur les rivalités entre enfants. Et puis il y a les rencontres, avec Romana d'abord, puis avec le cheval incarné ici par un vieil et doux étalon nommé Cecil.

Uršuľa Kovalyk écrit là son deuxième roman paru chez Intervalles après le très bon Femme de seconde main, déjà traduit par les mêmes garçons. Court roman très différent du précédent, puisque ici, c'est une adolescente mal dans sa peau qui s'exprime. La romancière use d'une langue simplifiée, directe, qui va au plus court et raconte son histoire en moins de 130 pages sans que rien ne manque. Les situations sont parfois tragiques, parfois comiques, le langage est cru sans être grossier. Des exemple ?

"Une fois que j'ai appris à parler et que ma cervelle a fonctionné à plein, j'ai demandé à quoi ressemblait mon grand-père. Mamie a alors souri mystérieusement avant de sortir du tiroir une photo sur laquelle on voyait un grand monsieur avec une fine moustache noire sous le nez. Il avait les cheveux gras, tenait un chapeau dans la main et une jeune femme avec deux longs traits noirs en guise de sourcils s'appuyait contre lui. Elle portait elle aussi un chapeau, mais le sien était orné de magnifiques fleurs. Mamie a dit que Grand-père était un beau gosse doublé d'un sacré queutard. [...] Elle  [Mamie] lui [maman] disait qu'elle avait un clitoris à la place du cerveau. Je m'imaginais qu'elle avait une très belle fleur dans la tête, quelque chose comme un glaïeul." (p.13/14)

L'humour est parfois plus tragique, plus noir. Karolína étant doté d'un caractère fort, elle ne se fait pas que des amis et doit se défendre contre des attaques pas toujours fines. C'est un roman à la fois caustique et poétique, drôle et émouvant, celui d'une jeune fille qui se métamorphose en même temps que son pays. Uršuľa Kovalyk est une romancière à découvrir rapidement, une plume singulière et riche.

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Une main encombrante

Publié le par Yv

Une main encombrante, Henning Mankell, Seuil, 2014 (traduit par Anna Gibson)...,

Kurt Wallander cherche une maison à acheter pour quitter son appartement de Mariagatan situé dans le centre d'Ystad. Il en visite une, proposée par un collègue lorsqu'il découvre les os d'une main qui affleurent le sol. Nouvelle enquête donc pour Kurt qui voit s'éloigner son projet d'achat immobilier.

Étonnamment court et concis pour un polar d'Henning Mankell, c'est en fait la version romancée d'une nouvelle. Entièrement consacrée à l'intrigue et moins aux personnages et à la société suédoise, elle se lit avec plaisir, vient s'intercaler en avant-dernière position des enquêtes de Kurt Wallander, juste avant L'homme inquiet, mais n'atteint pas le niveau d'excellence des autres romans wallanderiens. C'est une manière de retrouver mon flic favori, puisque c'était la seule histoire que je n'avais pas lue (et je crois les nouvelles intitulées La faille souterraine et autres enquêtes). 

Kurt remonte le temps, et se passionne pour cette histoire qui lui permet de ne pas penser à sa retraite, à sa solitude. Elle ne le bouleversera sans doute pas autant que ses autres aventures, mais sera importante avant de passer le flambeau. Très bonne intrigue qui tient la route, ménage ses rebondissements et de laquelle on ressort satisfait du travail accompli, mais surtout avide de lire le dossier post-roman qui explique la genèse de Kurt Wallander. Une quinzaine de pages instructives, qui ne font que renforcer la haute estime que j'avais pour Henning Mankell et son héros flic, né donc en 1990, pour écrire contre le racisme qui montait dans les sociétés en général et en Suède en particulier. Le reste, je vous laisse le découvrir,  une occasion de retrouver Kurt Wallander, ça ne se refuse pas. 

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Sous la grande roue

Publié le par Yv

Sous la grande roue, Selva Almada, Métailié, 2019 (traduit par Laura Alcoba)....

Les corps de deux adolescents gisent sous la grande roue de la fête foraine. Pajarito Tamai et Marciano Miranda, fils de deux ennemis violents. Pourtant les deux jeunes hommes furent amis, avant de se brouiller sans bien savoir pourquoi, comme leurs pères. 

Chacun, avant que la vie les quitte, repense à son enfance, revoit les gens qui ont compté.

Puis c'est l’histoire de leurs parents qui se mêle à leurs appels et leurs souvenirs.

J'ai lu la première fois Selva Almada  dans son récit sur les féminicides argentins : Les jeunes mortes. Un livre glaçant. Elle revient au roman avec Sous la grande roue. Un roman dur et âpre. La construction déroute un peu au départ, puis dès que le pli est pris et qu'on se repère bien dans les familles, impossible d'en sortir. Sur fond de misère, de galère dans les campagnes argentines, elle bâtit une tragédie dans laquelle les hommes sont comme prédestinés à payer et reproduire les actes de leurs pères. Car ce sont bien les hommes qui apportent et transmettent la violence et la haine, les femmes doivent se contenter d'élever les enfants, de faire tourner la maison lorsqu'elles ne sont pas obligées de travailler pour que leurs maris puissent sortir et aller boire avec leurs copains. Elles sont effacées et subissent le poids des traditions machistes et leurs enfants en pâtissent autant qu'elles, même si les garçons auront la chance (?) de vivre comme leurs pères.

L'ambiance est brûlante, le soleil tape fort, attise les passions. L'environnement est pauvre, la région aride. Tout cela mène doucement mais sûrement vers la tragédie, les esprits sont chauffés à blanc. Selva Almada décrit cela admirablement, on visualise très bien les scènes, le décor, même les silhouettes et attitudes de ses personnages. Une écriture simple et directe qui ne s'embarrasse pas d'effets, qui va coeur des hommes et des femmes de son histoire. On pourrait y voir un scénario de cinéma tant les images sont nombreuses, un film noir, tragique avec des gueules, des acteurs burinés, des actrices qui rêvent d'une belle vie avant de se confronter à la dure réalité. Du cinéma réaliste.

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Deuxième mi-temps

Publié le par Yv

Deuxième mi-temps, Hugues Serraf, Intervalles, 2019...,

Cinquantenaire célibataire -divorcé- chauve, le héros de Deuxième mi-temps, vient s'installer à Marseille. Il a lâché sa profession de journaliste pour tenter celle d'écrivain et à lâché Paris pour Marseille pour profiter du soleil, du rythme plus lent qui siéra davantage à ses nouvelles occupations. Actuellement attelé à l'écriture d'un roman policier décalé, il espère écrire juste après son chef d'oeuvre. Mais en attendant, il profite de la vie avec ses copains et les femmes qu'il rencontre.

"Je m'habille comme un plouc. C'est mon style, où plutôt mon absence de style, mais il faut tout de même que je me méfie de ne pas trop me laisser aller. [...] A l'occasion, installé à la terrasse de mon PMU, pas rasé depuis trois jours et avec un T-shirt fripé sur le dos, je me dis que je m'intègre un poil trop bien au paysage et qu'il faudrait que je fasse un effort si je ne veux pas finir en bas de jogging Adidas et en claquettes de piscine Sergio Tacchini, avec cette petite sacoche en bandoulière pour le téléphone portable, les clés de la voiture et le portefeuille que les Marseillais affectionnent." (p.47)

Comme cet extrait le laisse penser, ce roman est plutôt léger et drôle. Hugues Serraf fait preuve de pas mal d'ironie, se moque gentiment de son double littéraire qui lui-même fait preuve d'auto-dérision. Evidemment, s'il n'y avait que cela ce serait un peu facile et vain. C'est pourquoi ces pages humoristiques parlent aussi de la seconde moitié de la vie d'un homme, de l'accès à ses envies et désirs les plus forts : vivre de ses livres, la liberté que procure une vie d'écrivain et une vie de célibataire mais aussi les contraintes et la solitude. Les compromis à faire comme écrire un polar à la fin ouverte pour se ménager une rémunération s'il se vend bien avec une série, alors que l'écrivain écrit plus aisément "une histoire d'amour de quinqua chauve qui tourne mal, ce qui est tout de même plus original." (p.112), mais qui se vend moins.

Pas d'apitoiement ni d'auto-flagellation, le tout est, comme je l'écrivais plus haut, léger et enlevé. Un roman très agréable, dans la veine du précédent de Hugues Serraf : Comment j'ai perdu ma femme à cause du Tai Chi, mais encore mieux, plus maîtrisé. Et puis, malgré le titre, "Deuxième mi-temps [...] ne parle surtout pas de foot." (4ème de couverture), ce qui, à Marseille est presque un exploit, et à mes yeux une qualité indéniable.

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Ça coince ! (46)

Publié le par Yv

Les pépètes du cacatoès, Elisabeth Segard, City, 2019.

A la mort d'Adalbert de Sainte-Sévère, le patriarche de cette famille ultra riche des Hauts-de-France, les héritiers sont surpris de l'ultime facétie de leur aïeul : sa fortune revient au cacatoès rose. Les trois petits enfants doivent monter une entreprise s'ils veulent profiter de l'héritage, mais aucun n'est habitué à travailler. 

Roman qui se veut drôle et qui l'est sans doute, mais l'humour n'est pas toujours aisé à partager. Sans doute ce qui fait rire l'auteure n'est pas ce qui me fait rire. Et puis, rien de très original dans ce roman qui pourrait plaire pour une lecture -très- détente. Je ne sais même pas comment ce livre s'est retrouvé chez moi...

La meute, Sarah Koskievic, Plon, 2019.,

Six femmes : Olivia, Romane, Elly, Isadora, Louise et Rosalie. Elles sont amies avec les hauts et les bas que cette amitié engendre. Très différentes, elles se jugent, se critiquent, s'acceptent, s'aiment. Elles forment La Meute.

La meute est moderne, rock, il décoiffe mais je suis resté en dehors, je n'ai eu ni sympathie ni antipathie pour ces femmes. Bon, ça arrive, tant pis. Plus qu'un échec, c'est un roman qui ne m'est pas destiné, mais il trouvera des lecteurs moins ronchons que moi. Rien à voir avec le fait qu'il n'y soit question que de femmes, juste, ce roman ne m'a pas intéressé.

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