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roman

Mon vieux et moi

Publié le par Yv

Mon vieux et moi, Pierre Gagnon, Ed. Autrement, 2010

Le narrateur, un fonctionnaire québécois à la retraite décide d'adopter Léo, quatre-vingt-dix-neuf ans. Plutôt que de continuer à aller le voir dans sa maison de retraite, il le verra tous les jours sans faire la route.

Tout petit roman de 87 pages ; il se lit très vite. Pierre Gagnon ne fait l'impasse sur aucun des désagréments dus à l'arrivée de Léo. Mais si tout est dit sans fioriture, il n'est jamais trash, ni vulgaire ni cru. La rencontre entre Léo et son "adoptant" est belle, simple, mais confrontée aux absences de Léo, à ses dérèglements physiques et psychiques. Tous deux s'entendront bien et vivront presqu'un an dans une ambiance joyeuse et détendue. Entre eux naîtront respect et tendresse : "Sans grands discours, par des gestes et de simples intentions, cet homme m'enseigne comment vivre harmonieusement. Jamais il ne rechigne. [...] Tous les matins, il se lève avant moi et cueille le journal sur le perron. Il ne le lit pas. Il pèle son orange dessus. Je l'entends qui siffle. Une mélodie improvisée se faufile entre les dents restantes." (p.33)

Ensuite, après cette période paisible, viendront quelques moments plus difficiles : "Léo n'est plus le même. [...] Il a suffit d'une chute et il est devenu vieux, socialement vieux, avec les conséquences qui viennent avec. Comme lors d'une catastrophe naturelle, quelques secondes suffisent pour que l'amitié et le bonheur soient emportés." (p.41)

Un récit tout simple donc qui permet d'avoir une image beaucoup moins négative des vieux que celle souvent véhiculée dans les médias et dans les conversations. Pour ma part, Madame Yv travaillant avec les vieux, en maison de retraite, sans aller jusqu'à dire : "j'aime les vieux" qui est tout aussi ridicule que de dire : "je déteste les jeunes" parce que vous savez comme moi qu'il y a autant d'imbéciles chez les vieux que chez les jeunes -"Le temps ne fait rien à l'affaire, quand on est con, on est con. Qu'on ait vingt ans qu'on soit grand-père" comme disait Brassens- je trouve que notre société ne fait pas grand cas ni de nos très vieux ni des personnels qui s'occupent d'eux, souvent mal payés et mal vus des autres exerçant les mêmes professions, mais dans des domaines plus "porteurs".

Madame Yv -encore elle ! Mais c'est qu'elle prend de plus en plus de place sur mon blog ! Mon espace intime ! Ça c'est comme dans les étagères !- a lu et approuvé ce petit texte : elle le trouve très réaliste et très beau. Merci Madame Yv !

Pour revenir à Léo, prenez le temps de passer lui faire un petit bonjour en feuilletant Mon vieux et moi.

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Je m'en vais

Publié le par Yv

Je m'en vais, Jean Echenoz, Editions de Minuit, 1999

Ferrer est galeriste à Paris. Lorsqu'on fait sa connaissance, au début du livre, il dit à Suzanne, sa femme : "Je m'en vais, je te quitte. Je te laisse tout mais je pars." (p.7) On le retrouve ensuite dans sa galerie qui ne marche pas fort, passant de conquête féminine en conquête féminine. Un jour, Delahaye, un homme qui travaille avec lui, l'informe que des objets de grande valeur, rarissimes sont quelque part enfouis dans les glaces du grand nord. Ferrer décide de partir les chercher.

Lorsque j'ai dit cela, on pense que c'est un roman à suspense alors que non. C'est l'histoire d'un homme qui essaie de sortir de l'impasse, qui tente de sauver sa galerie, qui en même temps cherche sans arrêt des femmes dont il ne peut se passer. Pas une grande histoire d'aventures, ni un polar, mais les aventures d'un homme lambda. Ce qui compte, dans ce livre, qui, entre parenthèses, a reçu le Prix Goncourt 1999, c'est le style, l'écriture de Jean Echenoz. Il nous trimballe du début à la fin, il nous impose force détails n'ayant aucune importance pour le déroulement de l'histoire, tous aussi inutiles qu'indispensables pour la qualité et le ton du livre. Par exemple, lorsque Ferrer fait une attaque cardiaque, les pompiers sont appelés :" Les pompiers sont des beaux jeunes hommes calmes, rassurants et musclés, ils sont équipés de tenues bleu marine, d'accessoires en cuir et de mousquetons à leur ceinture. C'est en douceur qu'ils installèrent Ferrer sur une civière, c'est avec précision que la civière s'introduisit dans leur camion." (p.161/162) Le texte est constellé de ces détails qui lui donnent un côté détaché et ironique.

Le livre est écrit à la troisième personne du singulier, Ferrer étant le personnage principal. Parfois, on voit le monde selon Ferrer, mais l'auteur utilise aussi beaucoup le "on", qui s'il déstabilise un peu au départ augmente encore ce que j'appelais plus haut le détachement et l'ironie : on ne sait jamais vraiment si Jean Echenoz a de la sympathie voire de l'empathie pour Ferrer ou s'il se moque de lui. Pour ma part, la moquerie me semble plus présente, c'est du moins de cette manière que j'ai lu ce roman.

Parfois aussi, Jean Echenoz nous prend à témoin, nous lecteurs, par exemple, lorsqu'une jeune femme rejoint Ferrer dans des toilettes "et se mit à vouloir le griffer et le mordre puis, abandonnant toute retenue, le dégrafer tout en s'agenouillant en vue de va savoir quoi, ne fais pas l'innocent, tu sais parfaitement quoi." (p.239) Tellement d'autres écrivains auraient sauté le pas, si je puis m'exprimer ainsi, pour balancer une vulgarité ou pour décrire l'acte, car ça peut faire vendre.

Vous l'aurez compris, j'ai passé un très bon moment avec Ferrer et Jean Echenoz pour ce roman Prix Goncourt 1999 ; Jean Echenoz que j'ai découvert avec Ravel, livre dans lequel il raconte les derniers moments du compositeur,  et dont je compte bien continuer de découvrir l'oeuvre.

 

dialogues croisés

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Celles qui attendent

Publié le par Yv

Celles qui attendent, Fatou Diome, Flammarion, 2010

Niodior, île du Sénégal, Arame, Bougna, Coumba et Daba sont celles qui attendent. Elles attendent leurs fils ou leurs maris partis chercher fortune et réussite en Europe. Lamine et Issa, les deux hommes laissent donc dans leur île et dans la pauvreté leurs mères et épouses se débrouiller avec le quotidien pendant qu'ils tentent de s'arranger avec les désillusions de l'immigration : la recherche d'un travail, de papiers, "la peur au ventre devant les flics de Sarkoland, sommés de tenir les infâmes chiffres du ministère Briceric Nettoyeurs." (p.316) Pendant ce temps, les femmes triment et espèrent en la revenue des leurs qui leur apporteront l'aisance financière et l'amour qui leur manque tant.

Jusqu'à ce livre, je n'avais pas lu Fatou Diome et la première chose qui me frappe c'est la qualité de l'écriture. Non pas que je doutais de ses capacités, puisque je ne la connaissais que de nom, mais souvent, les livres dont on parle beaucoup sont des livres un peu faciles. Et là, point du tout. Fatou Diome aligne les mots très élégamment -vocabulaire recherché mais pas pédant- et les très jolies phrases naissent pour le plus grand plaisir du lecteur.

Le récit est dense, les personnages formidablement décrits. Les femmes sont courageuses, travailleuses, souvent co-épouses et doivent donc cohabiter avec les autres épouses et les nombreuses progénitures de leurs maris, qui eux, après une vie de travail se coulent une paisible retraite. "Chacune était la sentinelle vouée et dévouée à la sauvegarde des siens, le pilier qui tenait la demeure sur les galeries creusées par l'absence. Outre leur rôle d'épouse et de mère, elles devaient souvent combler les défaillances du père de famille, remplacer le fils prodigue et incarner toute l'espérance des leurs." (p.11)

Les garçons partis tentés l'aventure européenne sont bien mal lotis eux-aussi. "Tiraillé entre deux rives, le destin de l'immigré l'inscrit toujours dans un double désir : ceux qu'il a laissés souhaitent le revoir ; ceux qu'il rencontre tentent de le garder." (p.238) Ils se doivent de revenir en ayant réussi et ne peuvent donc rentrer chez eux sans argent, mais la vie sans papiers en Europe est plus dure en réalité que dans les rêves des jeunes Africains.

Le roman de Fatou Diome raconte donc la vie de ces gens sur les îles sénégalaises et leurs espoirs en une vie un peu meilleure et moins difficile. Mais en plus, l'auteure glisse nombre de réflexions personnelles sur la polygamie, l'économie de la pêche ruinée pour nourrir les pays occidentaux, les fantasmes de l'immigration, la non scolarisation des filles qui entraîne le rôle soumis et dévoué des femmes, le comportement des immigrés ayant réussi lorsqu'ils reviennent dans leur village, ... Toujours bien vues, elles n'empèsent pas le roman proprement dit. Au contraire elles l'éclairent de la vision d'une femme, Fatou Diome, très légitime pour les formuler puisque née dans cette île de Niodior et élevée dans la tradition qu'elle décrit. Ces ajouts ne sont pas péremptoires, catégoriques : ils nous permettent à nous Européens de mieux comprendre le raisonnement des Africains, leur manière de nous voir et d'espérer en l'Europe.

J'aurais pu, tellement l'écriture est belle et les propos sensés allonger mon billet de nombreuses citations ; j'ai préféré n'en faire que quelques unes, vous laissant le soin et la joie de découvrir par vous-même ce très bon roman.

Merci à Gilles Paris. D'autres avis : Catherine, Stephie, Clara, ...  

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Centaure

Publié le par Yv

Centaure, Valéry Meynadier, Ed. Chèvre-feuille étoilée, 2010

Anne-Marie est victime d'un viol. Mathieu, son frère, son seul soutien, préfère qu'elle oublie et qu'elle vive avec cela enfoui en elle. Il minimise l'acte invoquant le nombre important des femmes violées : révéler le crime, pour lui, ne résoudrait rien. C'est alors que dans la personnalité d'Anne-Marie naît Centaure, la part d'elle qui n'admet pas, qui la pousse toujours plus loin, jusqu'à aller se prostituer à Cologne, en Allemagne.

Soyons franc, je n'ai pas acroché : je me suis perdu entre les multiples personnalités et la schizophrénie d'Anne-Marie, et n'ai pas été sensible à la manière de présenter les choses de la part de Valéry Meynadier. J'ai donc proposé à Madame Yv de lire ce livre et de me donner ses impressions que je vous livre ci-après :

C'est un livre très dur, qui parle d'un crime qui détruit la narratrice. Centaure grignote petit à petit Anne-Marie, qui se laisse mener jusque dans les bas-fonds de cette ville allemande. L'auteure a des propos très difficiles à lire et à supporter ; trop crus pour moi lorsque Centaure parle de ses expériences de prostituée, ils me mettent mal à l'aise. Par contre, lorsqu'Anne-Marie tente de se confier au psychiatre, les mots sont beaux, moins crus même s'ils expriment la même douleur :

"- J'ai la mémoire blanche, docteur Retbel. je ne veux pas me souvenir. J'ai eu la force de subir. Je n'aurai pas la force de me souvenir. Vous me condamnez si je rencontre le souvenir de cette souffrance.

C'est le prix de ta guérison Anne-Marie.

Alors, on ne veut pas guérir." (p.104)

En résumé, le livre balance entre la violence et la vulgarité de certains passages et la beauté d'autres phrases qui permet de reprendre son souffle. Livre pas facile d'accès mais qui délivre un vrai message et qui fait réfléchir sur la situation des femmes face à la violence des hommes.

Partenariat B.O.B/éditeur 

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Demain j'aurai vingt ans

Publié le par Yv

Demain j'aurai vingt ans, Alain Mabanckou, Gallimard, 2010

Michel, un jeune garçon d'une dizaine d'années vit à Pointe-Noire, capitale économique du Congo dans les années 70. Il habite avec sa maman, "maman Pauline", et "papa Roger", il est amoureux de Caroline et son plus grand ami est le frère de celle-ci, Lounès. Papa Roger est le père adoptif de Michel ; il a aussi une autre femme, "maman Martine" et d'autres enfants. Michel grandit au milieu de cette grande famille et de cette ville foisonnante.

Michel est le narrateur et Alain Mabanckou adopte un style littéraire collant à un enfant de dix ans. Bel avantage pour ce qui concerne la naïveté de la compréhension du monde : les moyens de diffusion de l'époque en Afrique sont limités : papa Roger est quasiment le seul du quartier à posséder une radio. Je n'ai pas grandi au Congo, mais j'imagine assez bien que la découverte du monde se faisait par ces seuls moyens parcimonieux et que l'imaginaire des enfants s'est forgé à cette lumière. Aujourd'hui, une nouvelle est sur le Net en un temps record, l'imaginaire des enfants en pâtit-il ?

Le parti pris narratif apporte aussi une fraîcheur au récit, l'étonnement de Michel envers le comportement des adultes, ses défis et ses espoirs, son idylle avec Caroline, son amitié avec Lounès, ...

Mon bémol, parce que, bien sûr, j'en ai un vient du fait que je ne suis pas très fan des enfants-narrateurs. Souvent utilisés pour infantiliser ou pour faciliter le discours ce n'est pas toujours une réussite. Là, j'ai hésité entre amusement, frustration et agacement : le style oral de Michel, sur la durée me fatigue un peu. J'avoue avoir passé vite certains chapitres, pour accélérer ma lecture.

Ceci étant dit et malgré mes réserves, j'ai bien aimé l'ambiance, le contexte congolais et communiste dans lequel il ne faisait pas bon être traité d'impérialiste. Alain Mabanckou oublie un peu sa truculence des précédents romans -c'est d'ailleurs un peu dommage !- pour un peu plus d'émotions et de beaux personnages, des femmes notamment : maman Pauline et maman Martine, mais aussi Geneviève, une des petites amies du grand frère de Michel.

Pour finir je ne résiste pas au plaisir de citer l'auteur : "... notre président de la République [...] est à la fois président, Premier ministre, ministre de la Défense et président du Parti congolais du travail, le PCT. C'est vrai qu'on peut vite croire qu'il est trop gourmand puisqu'il occupe ces postes lui-même. Les gens racontent d'ailleurs que lorsqu'il y a une réunion du président de la République, du Premier ministre, du ministre de la défense et du président du PCT, notre président reste tout seul dans la salle pour discuter avec lui-même et il parle d'abord en tant que président de la République, puis en tant que Premier ministre, puis en tant que ministre de la défense, et enfin en tant que président du PCT. Voilà pourquoi cette réunion dure plus longtemps que lorsqu'il est avec ses ministres." (p.69). Toute ressemblance avec des personnages existant en France est sûrement fortuite.

Livre lu grâce à la librairie Dialogues. Stéphie a à peu près le même avis.

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Traîne pas trop sous la pluie

Publié le par Yv

Traîne pas trop sous la pluie, Richard Bohringer, Flammarion, 2010

Richard Bohringer est hospitalisé, pour une hépatite C. Lors de son séjour à l'hôpital, bourré de médicaments, il délire, rêve parle à un "Grand Singe" qu'il voit, fait le point sur sa vie avec le docteur ou la "belle infirmière". Parle de ses copains qui flottent au-dessus de lui, dans "l'aéronef", finit son livre par un petit mot pour Bernard Giraudeau mort après l'écriture du livre : "Ce matin Philippe Léotard, capitaine de l'aéronef, et Roland Blanche ont accueilli Bernard Giraudeau. Calme-toi, calme-toi, mon cœur. Souris lorsque tu penses à lui. Tendre ami" (p.171)

Dans un style inimitable, haché, trituré, scandé, poétique Richard fait le point sur la vie de Bohringer. Il oscille entre la vie et la mort et ne sait pas encore quel côté choisir. Alors, tout revient, l'enfance, près de parents non-aimants, son frère mort à 20 ans, sa vie au cinéma, l'alcool, la drogue. A 68 ans Richard fait le point sur sa vie. Pour finalement lui trouver de l'attrait et rester parmi nous.

J'aime beaucoup cet homme, grande gueule s'il en est, constamment énervé, qui aime réellement son prochain. Ça se sent lorsqu'on l'entend, ça se sent aussi quant on le lit. Certes, parfois on se perd dans ses délires (les 50 premières pages, sont un peu nébuleuses), mais la chaleur, l'humanité sont présentes. J'aime comment l'auteur parle de sa façon d'écrire : "Faut se dépêcher d'écrire ! Je ne laisserai pas une oeuvre. Sûr ! Mais la nécessité d'écrire, ça fait du bien, ça fait du mal. Syntaxe, syncope peu importe ! Il faut avoir du bonheur intime, fugitif. Considérer que les mots sont tes amis. S'étonner de ces heures haletantes, en attente d'une phrase, à la vouloir tant, que cela en fait mal au corps. Les mots sont si généreux qu'ils t'aiment autant que les auteurs de la Pleïade. Ils aiment la syncope. Ça leur permet de danser d'une façon différente. Bien sûr on se marche sur les pieds quand on n'a pas appris à danser ! Ça leur fait une belle récré, aux mots ! La syncope !" (p.142)

Ouvrez ce livre, n'ayez pas peur de vous noyer dans les mots de Richard Bohringer, parce que vous trouverez toujours une planche faites de mots, de phrases pour vous accrocher.

Merci à Gilles Paris pour cet envoi.

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Black Rock

Publié le par Yv

Black Rock, Amanda Smyth, Ed. Phébus, 2010

Trinidad et Tobago, années 50, Célia une jeune fille vit chez sa tante Tassie remariée à Roman Bartholomew, en compagnie de ses deux cousines Vera et Violet. Célia est orpheline, sa mère étant morte à sa naissance. Lorsqu'elle grandit, Roman commence à s'intéresser dangereusement à elle, jusqu'au jour funeste où il la viole. Alors, Célia décide de quitter Tobago et se retrouve sur Trinidad, dans la capitale Port-of-Spain. Là, elle fait la connaissance de William, jardinier chez les Rodriguez qui présente Célia à ses patrons ; elle est embauchée pour s'occuper des deux enfants Rodriguez.

Que dire ? Que dire ? Bon, je serai direct : ce roman est loin d'être inintéressant, mais il est loin d'atteindre des sommets d'originalité et de fascination. Tout est plus ou moins prévisible et ne serait-ce le dépaysement lié au choix de situer l'action dans les îles de Trinidad et Tobago -excellent pour faire des progrès en géographie pour les nuls comme moi dans cette matière !-, on a déjà lu ou vu les aventures de Célia. Confrontée au mal avec Roman, confrontée ensuite au monde des Blancs propriétaires terriens, ou occupant les fonctions des notables, notre jeune femme noire va faire le dur apprentissage de la vie et du passage à l'âge adulte.

Bon voilà pour mes réticences, venons-en maintenant aux points positifs : l'écriture est légère, accessible et malgré tous les poncifs et les portes ouvertes enfoncées, on prend un certain plaisir à suivre Célia dans les paysages tropicaux.

Bon résumons-moi : pas mal, mais peut mieux faire ; se fréquente sans souci et sans risque de détester, trop classique pour cela.

A noter que malgré mes réserves, ce livre est en sélection pour le Prix Fémina, comme quoi l'avis d'un garçon sur un livre pour filles ne vaut que tripette ! Un livre pour filles ? Mais pourquoi écrit-il cela, me demanderez-vous ? Eh bien, si vous avez aimé Autant en emporte le vent comme mes deux grandes sœurs l'ont aimé alors que je me suis ennuyé ... à me moquer d'elles -bon, j'étais jeune, nous étions encore chez papa et maman, et j'aimais bien me moquer d'elles. D'ailleurs avec l'âge, ça ne m'a pas passé- vous aimerez ce livre qui pour moi est l'archétype de la littérature romantique qui plait aux filles. (Mais vous pouvez être un garçon et aimer aussi, comme quoi ce que je dis est à peu près n'importe quoi !)

Merci à B.O.B et à Phébus pour la découverte, et si vous avez l'envie de connaître un autre avis que le mien, peut-être plus enjoué, du moins plus féminin, allez voir chez Keisha !

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La tête en arrière

Publié le par Yv

La tête en arrière, Nathalie de Broc, Ed. Diabase, 2009

"Une jeune femme raconte : son enfance confiée à une tantine, les aléas de son adolescence, la présence épisodique d'une mère aux amours chaotiques, tour à tour enjouée ou cruelle. Une mère différente dont elle s’obstine, jusqu'à l'âge adulte, à percer le mystère." (4ème de couverture)

Très court roman, qualibré en de très rapides chapitres ; ce livre se lit vite. Un livre qui me fait un peu penser à La femme de l'Allemand de Marie Sizun ; dans les deux, une enfant doit faire face aux difficultés psychiatriques de sa mère et tente de la connaître un peu plus. L'écriture est simple, facile d'accès et plutôt très agréable. Je n'ai rien à reprocher à ce petit livre, si ce n'est une sensation de déjà lu.

De beaux personnages de femmes qui m'ont plus mais ne me laisseront vraisemblablement pas un souvenir très vivace.

Fransoaz en a fait un livre voyageur : il part de chez moi très bientôt.

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Le sang et la mer

Publié le par Yv

Le sang et la mer, Gary Victor, Ed. Vents d'ailleurs, 2010

Hérodiane, très belle jeune femme noire haïtienne quitte son village natal, avec son frère Estevèl. La mort de leurs parents les contraint à s'installer dans un bidonville de Port-au-Prince, appelé Paradi, parce sis au flanc d'une montagne et "[qu'il faut] cheminer vers le ciel pour y accéder" (p.47). Spoliés de leur héritage par un sénateur, "ce sénateur, responsable de la mort de mon père, était un voyou, présenté partout, par ces aberrations mentales dont nous étions coutumiers, comme un modèle de citoyen". (p.42) Les deux jeunes gens espèrent sortir de la misère, Estevèl en trouvant des petits boulots et en protégeant sa sœur, tel qu'il l'a promis à leur mère, et Hérodiane en étudiant.

Souvent, dans nos billets, nous parlons de livre fort, à raison, mais là, j'aimerais trouver un qualificatif autre, plus... fort. Quel livre ! Quels personnages ! Hérodiane et Estevèl forment une fratrie soudée. L'une est jolie, convoitée par les hommes, jalousée par les femmes, mais elle sait ce qu'elle veut, et surtout ce qu'elle ne veut pas. Mais quand elle rencontre son Prince Charmant aux yeux clairs, les barrières tombent. L'autre, le frère, est protecteur, attentif, fait preuve d'abnégation pour que sa soeur puisse vivre une vie de jeune fille.

Le contexte est terrible : la vie à Paradi, bidonville de Port-au-Prince où une jolie jeune fille est soit mariée, soit plus probablement, vit de ses charmes, certaines sont prostituées par leur propre famille dans le but de trouver un mari ou de rapporter l'argent qui fait vivre tout le monde.

Gary Victor, dans un style simple, direct et franc décrit sans détour le passage à la vie adulte des deux jeunes gens, la découverte de leur pays, de la pauvreté, de l'extrême dénuement des habitants des bidonvilles et de la vie facile des riches, qui s'enrichissent encore sur le dos des plus pauvres : Yvan, le Prince Charmant d'Hérodiane, héritier d'une des plus riches familles du pays lui raconte : "Paradi, c'est le nom qu'ont donné au bidonville ses premiers habitants. Mais le terrain sur la montagne nous appartient. Essaie de comprendre. Plus de mille habitations de fortune louées à l'année en moyenne à quinze mille gourdes, cela fait quinze millions de gourdes, soit trois cent soixante-quinze mille dollars américains environ chaque année sans redevance fiscale. Nous nous arrangeons pour faire croire que nos terres sont occupées illégalement et ainsi, nous gardons la possibilité de nous faire dédommager par le gouvernement. Nous plantons de la misère, nous cultivons de la misère et nous récoltons de l'or." (p.130)

Dès lors, comment croire à la possibilité des Haïtiens de se sortir de leur misère ? Ajoutez à ce constat, des catastrophes climatiques récurrentes, et la situation devient inextricable. Rodney Saint-Eloi, dans Haïti kenbe la ! dit que son peuple est fort, courageux et qu'il saura reconstruire son pays. C'est tout le mal qu'on lui souhaite, mais quel travail à faire !

Gangoueus, sur son blog écrit : "Le surnaturel n'est jamais absent des textes de Gary Victor. Ici, il prend une forme poétique rare incarnée par Estevèl." Je découvre pour ma part Gary Victor et cette dose de surnaturel rajoute du dépaysement venu tout droit des croyances haïtiennes.

Pour finir, je préfère vous prévenir que ce livre est formidable -il faudrait que je trouve mieux comme adjectif, plus fort, plus accrocheur- et que dès que vous l'aurez ouvert, il vous tardera de le finir. La plus belle preuve -en toute modestie bien sûr- serait que vous puissiez voir ma tête ce matin, après un coucher tardif pour absolument terminer Le sang et la mer (mais bon, là, je vais éviter, je ne suis pas forcément à mon avantage.)

Oh, j'allais oublier, ce livre a fait l'objet d'un partenariat B.O.B/Vents d'ailleurs. Merci, merci.

 

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