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roman

121 curriculum vitae pour un tombeau

Publié le par Yv

121 curriculum vitae pour un tombeau, Pierre Lamalattie, L'Éditeur, 2011

Dans ce roman, Pierre Lamalattie prend à la lettre l'adage "on n'est jamais mieux servi que par soi-même". C'est donc lui le héros de son livre. Il est à la fois, employé à mi-temps du ministère de l'agriculture et d'une école, l'ISV. Dans l'un, le ministère il s'occupe "des restructurations et des plans sociaux dans les industries agroalimentaires. Dans l'autre, "l'Institut supérieur du vivant, autrement dit à l'ISV, [il est] une sorte de conseiller d'orientation pour les étudiants" (p.36). Mais Pierre Lamalattie est aussi peintre dans son autre mi-temps et il a pour projet de monter une exposition de 121 portraits de gens inconnus -du grand public- "sous la forme d'un cycle de curriculum vitae" (p.45), à Brive, non loin de l'endroit où sa mère, gravement malade est venue passé ses derniers instants.

Toutes ses activités amènent l'auteur-narrateur à faire des rencontres et à nous les raconter sur un mode tragi-comique.

On pourrait juger le propos assez vain voire totalement inutile : la vie d'un homme normal, ses rencontres, ses difficultés avec ses collègues, sa mère qui ne va pas bien. Sûrement, mais je n'ai pas lâché mon bouquin. Est-ce le détachement, l'humour de l'auteur qui retiennent ? Ou alors sa narration, dans une langue "mesurée, concentrée, circonspecte" (4ème de couverture) ? Plus probablement les deux ajoutés au fait que P. Lamalattie ne ménage pas ses contemporains, dressant parfois des portraits acides, mais qu'il ne se rate pas non plus.

Une petite explication pour les plus impressionnables : dans le cas présent, le tombeau du titre n'est point mortuaire, mais c'est un genre musical en hommage à un grand musicien ou un ami, ... Une pièce pas forcément  triste qui peut s'écrire du vivant de la personne concernée. "Voilà exactement ce que je voulais faire en peinture : un tombeau des hommes et des femmes de notre temps." (p.46)

121 CV résumés à l'essentiel des gens que rencontre l'auteur émaillent le récit, comme part exemple le sien :

"1- Pierre

Après Soir 3, il s'est endormi durant l'émission intitulée : "Les secrets du plaisir féminin". (p.47)

Ce livre assez linéaire, à part quelques retours en arrière, est donc le récit des rencontres, des pensés d'un homme préparant une exposition : il pourrait être celui du lecteur au jour le jour. Pierre Lamalattie aborde un nombre impressionnant de sujets, comme nous pouvons le faire dans une seule journée, donc a fortiori sur 6 mois ! La peinture bien sûr, avec une critique dure et drôle des impressionnistes et surtout de ceux qui les adulent : "Une peinture sympa, en somme. Évidemment, pas très élaborée sur le plan des registrations, des matières, des sujets, ni de rien, mais sympa... Ils ont inventé la peinture sympa." (p.162)

On a aussi des pages sur l'écologie, sur l'art contemporain, sur un mariage de bobos auquel comme Pierre, j'aurais absolument détesté être, sur les tracas d'un chef de service qui a besoin systématiquement d'une tête de turc pour asseoir son autorité, sur les soi-disant réussites d'hommes partis de rien qui montent une petite entreprise qui grossit jusqu'à devenir une grosse entreprise, puis qui font faillite mais restent toujours arrogants, apportant plus d'importance à leur image, leur réussite professionnelle qu'au désarroi et à la détresse des gens qu'ils licencient.

J'ai adhéré à beaucoup de propos de l'auteur, me suis retrouvé dans certaines situations comme lui à la fois dedans et au dehors, comme si une partie de notre individu était partie prenante et l'autre en observation. J'ai un mot pour ça, parfois, je me qualifie de dilettante mais je ne sais pas si Pierre Lamalattie se retrouverait dans cette définition.

Tout cela pour dire que ce livre un peu fourre-tout m'a beaucoup plu à tel point, que non amateur de gros livre, jamais je n'ai pensé à stopper ma lecture de ces 447 pages, un très bon critère pour moi. J'aurais pu citer encore beaucoup de passages, mais malheureusement trop longs, ainsi que des CV-portraits ; allez, juste un dernier pour la route, pris totalement au hasard :

"49- Orgon

Il a des toilettes sèches, un bac à compost, mange des légumes de saison et filtre son eau de pluie" (p182)

Finalement, la seule chose que je regrette après ma lecture c'est de n'avoir pas pu assister à l'exposition de Brive ; maintenant, j'aimerais bien voir les portraits de Pierre Lamalattie.

Merci Marianne.

PS : j'ai depuis quelques heures le livre des portraits (chez l'Éditeur également) et ma prochaine mission : reprendre le récit avec ce livre pour voir qui est qui. Sans m'étendre sur le sujet qui mériterait plus que trois lignes, je peux dire que les portraits de Pierre Lamalattie ont l'air animés et la petite phrase dessous permet d'en imaginer un peu plus sur la vie de chacun.

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Monsieur le Commandant

Publié le par Yv

Monsieur le Commandant, Romain Slocombe, Ed. Nil, 2011

Paul-Jean Husson est académicien. Écrivain reconnu et personnalité qui navigue entre les puissants du pays. Mais PJ Husson est aussi pétainiste, collaborateur, antisémite et partisan de certaines des thèses défendues par les nazis. En septembre 1942, il écrit une lettre au Sturmbannführer H. Schöllenhammer dans laquelle il revient sur le début de la guerre ; mais surtout, il lui raconte, comment il est tombé amoureux de sa belle-fille, la femme de son fils, Ilse, une juive allemande.

Très longue lettre  -moi qui ai déjà du mal à écrire une carte postale, je tire mon chapeau (façon de parler puisque je ne porte jamais de couvre-chef) à PJ Husson- dont on se demande bien pourquoi Husson l'écrit. On sent bien qu'il a une demande, mais celle-ci tarde à venir. Romain Slocombe sait ménager le suspense et nous emmène doucement vers l'épilogue formidable. Le lecteur est dans ce livre une sorte de voyeur, comme s'il lisait par dessus l'épaule de PJ Husson. C'est à la fois curieux, gênant et jouissif. Sentiment étrange que d'entrer dans les réflexions, dans la vie intime d'un grand homme reconnu et apprécié. Mais surtout cette lecture est dérangeante, parce que l'auteur ne nous épargne ni les pensées, ni les écrits ni les déclarations de cet homme convaincu du bien fondé de la collaboration active avec les nazis :

"La Nation Française, gangrenée par l'individualisme corrupteur né de l'absurde théorie républicaine des droits de l'homme, me paraissait plongée dans une ahurissante apathie. L'anarchie démocratique, dénoncée avec lucidité par Charles Maurras, nous livrait aux quatre fléaux : juif, protestant, métèque et franc-maçon. [...] 1936 apporta à mon vieux pays gallo-romain l'humiliation d'être gouverné par un Juif : Léon Blum -subtil comme un talmudiste, perfide comme un scorpion, rancunier comme un eunuque et haineux comme une vipère-, cet étranger mâtiné de Bulgare, d'Allemand et de youtre, ce prophète de l'erreur, ce Machiavel à la triste figure s'incrusta à la tête de la France. A Paris, la radio prit l'accent yiddish. Accourus du fond des ghettos d'Orient à l'annonce de la victoire raciale, les nez courbes et les cheveux crépus se mirent à abonder singulièrement." (p.38/39/40)

Lire ce genre de propos qui émaillent cette lettre (l'auteur cite aussi des extraits de textes d'autres auteurs ou journalistes de l'époque, tout aussi terrifiants) n'est pas chose facile et légère. C'est une des raisons qui me poussent à écrire que ce livre est dérangeant. Mais passionnant ! Passionnant parce qu'il est d'abord extrêmement bien écrit. Ensuite, parce que R. Slocombe situe son texte dans la réalité, en donnant à son personnage académicien, des relations avec des gens ayant réellement existé, en citant des textes réels de journaux de l'époque. Procédé connu, certes, qui consiste à placer son personnage fictif au sein même de l'Histoire, mais qui me ravit toujours lorsque la greffe prend. Passionnant aussi parce qu'il fait de son personnage principal un type profondément détestable par les théories qu'il défend, qu'il crie haut et fort, mais il n'est pas que cela : il est aussi un homme amoureux, malheureux parce que l'objet de son désir est d'une part inatteignable (puisque la femme de son fils) et d'autre part il fait partie du peuple qu'il hait et méprise : les juifs. Il est très ambigu cet homme : capable de dire des mots terribles, d'avoir des phrases intolérables et impardonnables sur les juifs, les étrangers et dans le même temps, capable de faire l'impossible pour sauver sa belle-fille et sa petite fille.

J'ai avancé dans ce livre, de plus en plus perturbé, notamment dans la première partie dans laquelle l'académicien raconte les premières années de la guerre. Il s'interroge sur son ambiguïté, il se questionne, trouve des réponses, continue d'aimer follement Ilse sans jamais remettre en cause ses convictions profondes. La seconde partie est plus active, plus rapide puisque le dénouement approche.

Il me semble que si la littérature doit permettre de passer de bons moments avec des personnages et des situations divers, elle doit aussi interroger, déranger (et elle a encore probablement d'autres missions). Rien n'est plus triste qu'un livre dont le lecteur sort en se disant : "ouais, bof !" Romain Slocombe évite très largement l'écueil et rassemble ces deux parties de la littérature. N'hésitez pas, foncez ! J'hésite à parler de chef d'oeuvre, tellement nous sommes assaillis de termes plus louangeurs les uns que les autres ou de superlatifs dans les médias pour tout et rien ; je peux au moins vous parler de coup de cœur littéraire, car c'en est un !

Merci à la Librairie Dialogues.

D'autres avis chez Babelio.

 

dialogues croisés

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SOS flemmards

Publié le par Yv

Sos flemmards, Sandra Ganneval, auto-édition, 2011

J'ai reçu, il y a peu ce mail (là, ce n'est qu'un extrait) : "Je suis l’auteur de « SOS FLEMMARDS », un roman que j’ai choisi d’autoéditer. Oui, je sais, le mot fait souvent tiquer car il serait synonyme d'ouvrages illisibles bourrés de fautes d'orthographe. Pour moi, il symbolise surtout une certaine liberté. Je cherche à faire connaître mon roman et il semble que les blogs de lecteurs puissent offrir cette possibilité. Je sais aussi que souvent ceux qui ont une certaine renommée ne sont pas intéressés par les livres autoédités. Mais qui ne tente rien…
Mon livre parle de métissage, d’amitié, d’amour et de bien d’autres choses encore avec un humour un peu cru mais jamais gratuit. Tout cela avec en toile de fond la dure réalité du monde du travail, si, si, si… mais promis, personne ne cède au burn-out et ne se suicide. Le ton se veut léger et distrayant..."

Comment résister à ce titre, moi qui n'aime pas vraiment le travail et à la description qui suit ? Eh, bien, étant d'une nature très faible (je peux ajouter vénale, corruptible, ...), j'ai cédé et j'ai reçu ce livre. Un résumé plus personnel : ce roman s'attache à deux garçons sympathiques, Joseph et Martial, copains d'enfance, qui vont entrer dans la vie active, dans la vie amoureuse avec un certain détachement, beaucoup d'humour  et beaucoup de joie de vivre. C'est dire si, en ces temps de morosité ambiante sa lecture est bienvenue.

Passons maintenant à ma critique, je vois déjà l'auteure qui tremble (c'est une façon de parler puisque nous ne nous connaissons pas, donc, je devrais écrire plus exactement : j'imagine déjà l'auteure qui tremble). Ne craignez rien chère Sandra, si j'ai bien quelques points qui me gênent ma lecture a été très agréable et j'ai beaucoup aimé faire un bout de chemin avec Joseph et Martial. Évacuons alors mes réserves :

- d'abord et essentiellement, le livre part un peu dans tous les sens et aborde énormément de sujets annexes sans jamais les approfondir. Peut-être eut-il été plus judicieux de se concentrer sur les quelques domaines bien triturés, disséqués et bien appropriés par l'auteure, comme par exemple la vie des employés de l'ex-ANPE avec leurs doutes, leurs convictions, leurs envies de bien faire pour les chômeurs ou au contraire leurs démissions devant les tâches insurmontables, comme aussi la difficulté pour Joseph et Martial de franchir le petit pas qui les propulsera vers le monde adulte ; eux ne rêvent que de continuer à vivre au jour le jour, sans se prendre trop le chou : "Exercer le métier qu'il avait choisi revêtait dans son esprit un aspect ludique. Il faisait partie de cette génération qui ambitionnait de travailler aussi pour le plaisir.[...] Travailler, c'est une contrainte, une contrainte ne peut pas être épanouissante." (p.13/17) (J'opine, j'acquiesce et je frappe des deux mains pour montrer là mon assentiment !)

- ensuite, et c'est lié, le roman est copieux par ce fait de vouloir aborder trop de sujets divers, comme si l'auteure avait voulu tout mettre dans son livre ; je me suis laissé dire que c'était souvent les erreurs d'un premier roman. Donc, gageons que le deuxième sera plus resserré.

Maintenant passons aux bonnes choses :

- d'abord, et Sandra le dit très bien, son livre (l'objet) est bien fait, de qualité : point de fautes, une mise en page dense, mais lisible, un format poche très pratique.

- ensuite, lorsqu'elle s’attelle à un sujet et qu'elle le développe l'auteure en fait le tour et nous intéresse ; je l'ai dit, le chômage vu des deux côtés de la barrière, mais aussi la difficulté d'être noir et de réussir professionnellement (parce que je ne l'ai pas dit exprès au début, mais les héros sont noirs, Antillais, Guadeloupéens, mâtinés de Sénégalais ou de plein d'autres origines pas toutes forcément noires : vive les mélanges !) Sandra Ganneval a des réflexions sur le sujet, très justes, jamais pleurnicheuses toujours positives, enlevées, amusantes (malheureusement, je n'ai pas noté les pages) qui me touchent car, dans le cadre de mon travail j'accueille chez moi deux petits garçons noirs (enfin marron, comme ils disent eux-mêmes) et je me souviens de la réaction étonnée de certaines personnes lorsqu'ils les ont vus la première fois : non pas du racisme mais de l'étonnement parce que je n'avais pas précisé la couleur de peau, comme si le blanc était la couleur normale et le noir, celle qu'il faut indiquer.

- puis, l'auteure, dans un langage direct envoie quelques belles et très drôles saillies -si je puis me permettre ce terme, surtout quand vous lirez l'extrait suivant :

"Bien sûr, toi, tout ce que tu recherches chez une fille, c'est une belle plastique.

- Faux !

- Attends, les nanas avec lesquelles tu es resté le plus longtemps avaient leur QI autour de leur poitrine.

- Si haut ? demanda Joseph" (p.101)

Beaucoup de réparties du genre, pas toujours sur le même sujet, même si c'est une préoccupation de tous les instants pour Martial le timide et Joseph le dragueur. Deux garçons très attachants, modernes, bien dans leur époque dans un roman drôle et peut-être un peu copieux mais bourré de qualités.

Ci-après le lien vers le site de l'auteure sur lequel vous pouvez commander, lire les premières pages, ... : ici !

PS : ce livre peut voyager vers chez vous si vous le demandez gentiment (chacun ses critères ).

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La fin de l'âge déterminé

Publié le par Yv

La fin de l'âge déterminé, Michel Colin, Ed. Lectures Multiples, 2011

"Ils veulent la supprimer ! La nouvelle fait bientôt la une des journaux. Beaucoup de Français se mobilisent pour la sauver. Grèves, manifestations, débats, témoignages se succèdent. Rien n’y fait.

Un homme doit la rencontrer au plus tôt. Auparavant, il lui faut liquider toutes celles se trouvant sur sa liste. De nombreux obstacles sont placés sur sa route pour retarder le moment du rendez-vous. De plus en plus étonné, il décide de mener sa propre enquête sur la vie méconnue de la victime. Il va aller de surprise en surprise.

Fait exceptionnel, la victime, condamnée au silence, réussit néanmoins à parler à l’enquêteur et à lui faire des révélations étonnantes. Stupéfié, il doit se rendre à l'évidence. Pour certains sujets, les modes actuels de diffusion de l’information ne sont pas suffisants." (4ème de couverture). Ou les tribulations d'un homme voulant faire valoir ses droits à la retraite.

Après Alex et Mélusine, me voici confronté au départ en retraite. Non pas que nous ayons l'âge idoine, mais le bouquin idéal, oui ! Enfin, idéal pour elles, moi j'avoue n'avoir goûté ni l'humour ni les descriptions des difficultés à obtenir dossiers, informations et paiements. Ce livre est entre le roman et l'essai, c'est d'ailleurs sans doute sa construction ou sa mise en page qui m'ont dérouté. L'auteur ne choisit jamais vraiment son camp : écris-je un roman ou écris-je un essai ? Ce n'est pas aisé de choisir d'ailleurs puisque le sujet abordé se prête plus aisément à l'essai qu'au roman, mais bon, c'est pas moi qui aie choisi de traiter ce thème !

Je me suis perdu dans les textes, les références et les méandres des recherches effectuées par M. Leretraité (ce qui me fait craindre le pire pour la vraie recherche dans quelques années).

De bons passages alternent avec d'autres plus confus ou moins intéressants. J'ai eu parfois l'impression que l'auteur dressait des listes de faits sans vraiment les lier entre eux. Déplaisant et rien de tel pour perdre mon oeil attentif -je me disperse très vite, que voulez-vous, je ne suis pas un bon élève. Et puis, l'âge venant, ma concentration baisse !

Ceci étant, je ne voudrais pas décourager les ceusses d'entre vous qui peuvent être intéressés par ce sujet : les diverses lois prolongeant la durée de travail et repoussant de facto l'âge de départ à la retraite rendent ce petit livre très actuel (encore plus proche depuis quelques temps, depuis le budget de rigueur du gouvernement). Michel Colin l'aborde de manière originale, et d'ailleurs, je suis le seul à n'avoir pas apprécié cette lecture, ce qui prouve, s'il était nécessaire, mon mauvais goût ou alors, mon désir de rester jeune et de ne pas trop penser à mes vieux jours. Le chapitre le plus abscons est celui intitulé  : "Vers la polypersonnarisation d'un polyvalent polyponctionné devenant polyactif" (p.35) et ça me glace le sang, puisque je crains bien être dans ce cas précis !

Je salue le travail, même s'il ne me correspond pas !

PS : je vais quand même garder ce bouquin pas trop loin, des fois que d'ici quelques années, je veuille me plonger dans mon dossier retraite, j'ai comme dans l'idée qu'il pourrait me servir !

Petit éditeur, Les Editions Lectures Multiples entrent dans le cadre du Challenge Les Agents Littéraires !

 

challenge-rentrée-littéraire-2011

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L'enfant de la neige

Publié le par Yv

L'enfant de la neige, Henri Gougaud, Albin Michel, 2011

XIIème siècle, Pamiers en Ariège, Jaufré encore très jeune enfant est trouvé dans la neige, par le Père Aymar, prieur du couvent de la ville. Jaufré grandira entre Aymar, la figure du père, Thomette la servante et Alexis, le fils de celle-ci qu'il appelle son frère. Puis, Jaufré partira sur la route, troubadour. Par un concours de circonstance -suite à une cuite carabinée-, il revient à Pamiers et trouve un manuscrit mystérieux d'un moine qui écrit ses doutes en la foi, ce qui à l'époque n'est pas vraiment bien vu, l'Inquisition veillant au grain. Jaufré en tentant de comprendre qui a bien pu écrire ces mots va faire des découvertes sur ses origines.

Autant le dire tout de suite, je ne suis pas spécialiste du Moyen-Age et donc s'il existe des clichés, des erreurs, des anachronismes, je ne saurais les débusquer. Je le précise parce que j'ai lu un article particulièrement virulent sur ce thème concernant ce roman (ici, si vous voulez plus de précision). J'ai donc pris ce livre pour ce qu'il est : un bon roman initiatique qui se passe au XIIIème siècle, un conte.

Nous voilà donc en plein cœur d'une intrigue et d'une région dans laquelle les hérétiques étaient nombreux. L'Eglise et ses représentants n'ont pas forcément le beau rôle, mais l'époque n'était pas franchement à la rigolade sur ces questions de religion (de nos jours, bien sûr, nous pouvons parler de tout, Charlie Hebdo incendié et des pièces de théâtres vilipendées sans avoir été vues ne sont que pures pratiques d'ouverture et de tolérance !). L'Inquisition faisait brûler quiconque pensait -et proférait- différemment, sous prétexte de sorcelleries ou autres hérésies. Mais l'amour rôde et Jaufré qui ne rêve que de le chanter pourrait bien le voir de très près. Henri Gougaud oppose donc malicieusement cette haine de la pensée différente à l'amour charnel et spirituel. Ses personnages sont bien décrits, sûrement caricaturaux pour certains, mais d'autres sont plus complexes, comme Vitalis, ce moine copiste qui ne sait faire une phrase sans jurer ; c'est un vieil homme qui a probablement perdu la foi -du moins celle de l'époque en la personnification de Dieu-, mais qui a gardé un amour immense pour les livres et son métier de copiste qui permet la diffusion d'iceux. Pour le plaisir voici sa première intervention :

"Par les couillons du père pape, j'aurais dû tirer le verrou. Ne reste pas planté, andouille, entre donc, puisque tu es là. Pose ton cul où tu voudras mais tais-toi, silence, motus ! Laisse-moi finir cette page." (p.56)

C'est évidemment le plus truculent de tous, celui qui sait mais qui se tait. Comme dans tout bon roman, chacun sait des choses mais ne les dit pas, sinon, point d'intrigue !

Les autres personnages gravitent autour de Jaufré l'aidant à trouver la vérité, certains plus denses que d'autres, tous très vivants. C'est ce qui ressort de cette histoire d'ailleurs : une joie de vivre, un sentiment d'avoir envie de profiter de la vie ! C'est peut-être un Moyen-Age idéalisé, mais qu'importe, les bonnes nouvelles ne sont pas légion en ce moment, alors prenons du bon temps en lisant !

Ecrit classiquement (avec de faux airs de vieux français dans les dialogues), c'est un roman qui, s'il n'est pas révolutionnaire, ne vous tombera pas des mains. De quoi vous faire passer un après-midi bien agréable au soleil de Pamiers, en des temps reculés, avec des héros bien sympathiques. Jaufré va de surprise en surprise, et le lecteur, sans lire ici de roman policier, pourra trouver du suspense dans la résolution de l'énigme de la naissance de ce jeune troubadour.

Un article aussi chez Bibliosurf.

Merci Aliénor.

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La montagne effacée

Publié le par Yv

La montagne effacée, Patrick Breuzé, Presses de la cité, 2011

1930, Léon Futoz est le responsable de la Compagnie des guides de montagne à Samoëns en Haute Savoie. Armande, sa femme l'attend, de retour d'une de ses expéditions. Mais Léon tarde, ce qui n'est pas son habitude. Partie à sa rencontre, elle le voit au loin, rentrer sans son matériel. Léon ne sait plus vraiment ce qu'il en a fait et raconte à Armande une histoire qui se serait passée sur les sommets. Armande croit son mari pris de boisson, lui qui ne boit pas. Mais Léon perd la mémoire : une maladie d'Alzheimer qui, à l'époque, ne disait pas son nom. Dès lors, se bousculent chez lui les souvenirs de sa vie passée, de son amour pour une belle lyonnaise, et reste en lui son amour de la montagne : une expédition se prépare et il compte bien dessus pour montrer à tous qu'il n'est pas fini.

J'ai cru comprendre en lisant ça et là que Patrick Breuzé est un passionné de montagne : ça se sent ! Il la décrit admirablement, et on sent une vraie passion pour ses personnages, les montagnards, les hommes et les femmes qui vivaient au début du siècle dernier dans des conditions difficiles. L'opposition entre le guide  taiseux, obstiné et le citadin, riche, arrogant, hautain et sûr de la force que sa condition lui donne est un brin caricaturale, mais il faut sans doute cela pour installer le roman et son intrigue. Car, bien sûr, petite intrigue il y a, concernant la jeune femme lyonnaise que Léon a aimée, ce qui rajoute un peu d'intérêt au livre, mais je n'en dirai pas plus pour laisser un petit mystère !

"L'un des porteurs se précipita. Personne n'aimait ce genre de situation, quand guides et clients se retrouvaient dos à dos. D'ores et déjà, il paraissait acquis qu'il n'y aurait pas de bonne main, ce pourboire laissé à l'appréciation de chacun et qui souvent venait arrondir de belle manière une course mal négociée ou trop peu tarifée." (p.155)

La bonne idée de l'auteur est de combiner la maladie d'Alzheimer avec la montagne et les ravages qu'elle peut faire chez de pauvres gens qui n'ont pour gagne pain que cette montagne justement. Mais en même temps, Léon est un homme à poigne, habitué à diriger les autres guides de Samoëns, un homme qui ne lâche rien. On a donc à la fois un roman sur la perte d'autonomie, de la fierté (parce que diminué par une maladie inconnue à l'époque, l'homme n'est plus "un homme" aux yeux de beaucoup, qui ne peut plus nourrir sa famille) et sur la montagne, les randonnées et les paysages. Armande est aussi un personnage important : la femme effacée mais toujours présente, qui est en fait le pilier de ce couple vieillissant (ils ont un peu plus de 65 ans), comme beaucoup de femmes de l'époque. Elle s'inquiète Armande, se demande ce que va devenir Léon : "Quand elle entendit la porte se refermer, elle ne ressentit rien. Ni soulagement, ni colère. Ses mains étaient gelées, ses pieds violacés. Son corps noué attendait qu'on lui dise quoi faire. Ce sentiment de fin de vie, elle le connaissait déjà. [...] Adossée contre le mur chaulé, elle regarda défiler sa vie, de rares moments de bonheur, de longues années de labeur. Désormais, il faudrait admettre que le fardeau devint encore plus lourd." (p.76)

Roman bien écrit, dans une langue simple et soignée, insérant pas mal de dialogues dans le patois local, ce qui lui donne du rythme et du corps. Un livre qui a ce côté roman du terroir ou régional, un peu désuet, mais loin d'être désagréable. Un peu comme un téléfilm de France 3 : pas le film de l'année, mais on le regarde avec plaisir en famille ! Ce genre d'histoire ne deviendra pas ma lecture favorite, mais une de temps en temps (point trop souvent non plus), pourquoi pas ?

Merci Laura.

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La nuit n'éclaire pas tout

Publié le par Yv

La nuit n'éclaire pas tout, Patricia Reznikov, Albin Michel, 2011

"Quand on s’appelle Benjamin Himmelsbar, qu’on est un vieil écrivain en proie aux doutes et qui n’écrit plus, un solitaire qui a pour tout confident son hamster Igor, et qu’on rencontre une jeune femme mystérieuse qui se dit chasseuse de miracles, sorte d’Alice au pays des merveilles qui remonterait le temps, on la suit...
De Paris à Amsterdam, de Londres à Turin, au fil de rencontres insolites et savoureuses qui font revivre l’Europe cosmopolite des années 20, les poètes russes de l’émigration, les écrivains américains du Paris des années folles, le Berlin disparu, chacun d’eux va lever ses propres énigmes tout au long d’une errance en forme de puzzle vertigineux." (4ème de ouverture)

C'est un livre étrange et un exercice original auquel se livre Patricia Reznikov. Un livre, à la fois érudit et léger, déroutant, attirant et parfois long, utile et vain. Enfin, je pourrais presque dire tout et son contraire sur ce roman. C'est un livre qui m'a plu et m'a ennuyé. Il y a dedans un je-ne-sais-quoi qui attire irrémédiablement :  le détachement du narrateur, son lâcher-prise qui lui permet enfin de vivre, la rencontre avec Héloïse et leur relation totalement improbable mais en même temps tellement envisageable. L'écriture de l'auteure hésite entre-ou plutôt englobe-  la légèreté, l'érudition et la poésie (de vrais poèmes s'intercalent, parfois entre deux chapitres ; le  roman est une suite de petits chapitres qui rendent la lecture simple et pratique.

Résident dans ce texte une sorte de mystère et de décalage constants. Pas un suspense digne de romans policiers, non, mais une atmosphère qui plane et qui laisse ce goût très particulier. On ne sait jamais si l'on est dans le rêve ou dans la réalité, et c'est ma fois bien agréable.

En revanche, j'ai du mal à faire le lien entre toutes les informations délivrées ; j'ai presque l'impression de lire un recueil de nouvelles qui auraient en commun le narrateur. La construction de ce roman est un peu bancale : il manque quelques vertèbres pour que l'ensemble se tienne. Parce que Patricia Reznikov aborde plein de sujets, comme la quatrième de couverture -pour une fois pas mensongère- le laisse entendre. Voilà par exemple, une petite saillie tirée des réflexions de Benjamin Himmelsbar sur la rentrée littéraire que je trouve très juste :

"Je me sers mon thé goût russe avec ma théière pétersbourgeoise tout en lisant les journaux. La rentrée littéraire de janvier s'annonce et tous les articles font l'éloge des cinq mêmes écrivains à la mode. Curieux bal des vanités plein de cruels froufrous. Ça fait longtemps qu'on ne m'invite plus. Trop vieux." (p.30)

Le livre est plein de réflexions de ce genre mi-désabusées-mi-ironiques, parfois, il faut bien l'avouer, noyées au milieu de propos plus bénins, anecdotiques et pour tout dire, superflus. A mes yeux, un livre plus dense, moins épais aurait eu plus d'impact. Mais, je suis prévisible comme garçon et je dis cela assez souvent ne goûtant que très peu les gros livres. Alors, je passe des paragraphes, voire des pages. Parfois, dans certains livres, je vais directement à la fin, tellement le propos est dilué. Là, en lisant vite certains passages, je suis allé au bout, du début à la fin, parce que, comme je le disais au début de mon billet, il y a un je-ne-sais-quoi qui attire dans ce roman et qui empêche de le fermer sans le finir.

Leiloona aussi l'a lu.

Merci Aliénor.

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La sérénade d'Ibrahim Santos

Publié le par Yv

La sérénade d'Ibrahim Santos, Yamen Manai, Ed. Elyzad, 2011

Santa Clara est une petite ville paisible où il fait bon vivre. Le rhum y est divin, les producteurs heureux et l'orchestre emmené par Ibrahim Santos joyeux. Un jour, le Président (ici, on peut lire aussi le Dictateur) goûte ce fameux rhum unique et cherche à savoir d'où il vient. Personne , aucun gouvernant, malgré quelques recherches, ne connait Santa Clara, enclave totalement inconnue dans ce pays opprimé par les militaires. Dès lors, le pouvoir n'a de cesse de trouver cette oasis d'innocence et de joie de vivre et d'y faire appliquer des méthodes autoritaires pour rentabiliser le rhum.

La première partie est assez drôle, enlevée : l'opposition entre les habitants de Santa Clara qui vivent dans une sorte de félicité primesautière et les militaires au pouvoir qui viennent les voir emplit son rôle. Ces militaires sont ridiculisés, notamment le passage dans lequel le Premier Ministre (le frère du Président) a du mal à faire son discours, embêté qu'il est par "une mouche à la cuirasse verte et luisante [qui] n'arrêtait pas de se poser sur le bord épais de ses narines. [...] Il levait le bras en direction de la foule et faisait envers elle de grands gestes elliptiques, comme s'il la couvrait tout entière  par la seule paume de sa main. Puis cette même paume venait tapoter avec noblesse sa poitrine décorée. Son autre main bougeait d'une façon nettement moins aristocratique, puisque l'amour que portait la mouche verte à ses narines était à son apogée." (p.55/59)

Jusqu'à l'arrivée de l'émissaire, l'ingénieur agronome chargé de rentabiliser la rhumerie, tout va très bien dans le meilleur des mondes : les agriculteurs cultivent leur canne à sucre pour le plus grand bonheur des buveurs de rhum ; la farce et la fable sont encore joyeuses. Puis, suite à cette arrivée, le livre se fait plus dur, plus sombre. La fable devient critique de la société de consommation, de la soif de progrès et d'avancées technologiques au mépris des besoins réels, du bien-être des populations et du mal que l'on fait à la terre mais aussi aux hommes, donc à nous-mêmes :

"- C'est après la terre  qu'ils en ont, après la terre et ce qui sort de la terre, dit le vieux Ruiz depuis sa chaise en teck. Ces hommes ont trop de pouvoir pour se contenter d'apprécier une bonne bouteille et décamper. [...]

- Tu crois qu'ils veulent réquisitionner nos terres ? se lança Alfonso Bolivar

- Nos terres ne sont plus les nôtres depuis que ces hommes les ont foulées, répondit le vieux Ruiz." (p.132)

Yamen Manai oppose les traditions qui permettent de vivre, chichement certes, mais heureux au progrès et à la course au profit. C'est sans doute banal comme opposition, caricatural sûrement, et un peu facile sans aucun doute, mais il le fait dans une écriture, souvent drôle avec de jolies trouvailles, je l'ai déjà dit, parfois plus noire et toujours très poétique et très liée aux contes. Les personnages ne sont pas en reste : Lia Carmen la belle liseuse d'avenir dans le marc de café, le vieux Ruiz, une sorte d'Agecanonix américain du sud plutôt que breton, Alfonso Bolivar le barbier qui se mêle de tout, Joaquin le jeune ingénieur par qui le malheur arrive est plus complexe que le simple "méchant" de service et  Ibrahim Santos, le joueur de viole, qui à la fin de ses sérénades donne la météo à venir –sans jamais aucune erreur- et donc permet aux agriculteurs de s'adapter aux conditions, cette ville totalement coupée du monde réel qui vit sans contrainte : une sorte d’Eldorado pour les conditions de vie.

Vers la fin, entre deux chapitres apparaissent des apartés : une phrase empruntée à Nietzsche, un passage du Coran ou encore, une nouvelle de 4 pages, un cauchemar de l’écrivain, a priori sans rapport avec le livre puisque très actuel dans l’écriture, mais qui n’est finalement que l’aboutissement de son raisonnement et ce qui risque bien de nous arriver si ce n’est pas déjà le cas.

Si vous ne connaissez pas encore les éditions Elyzad, c'est le moment de vous y mettre et ensuite -ou avant ou pendant, je ne voudrais forcer personne- d'aller voir leur très beau et très bon catalogue ; si vous les connaissez, vous savez que vous pouvez y aller sans risque.

Yamen Manai écrit là son deuxième roman, pas toujours l'exercice le plus facile, mais il passe brillamment le test.

Merci beaucoup Elisabeth.

Moustaphette a lu aussi et la Griffe noire a aimé. Livre qui entre dans les cordes du Challenge Rentrée Littéraire des Agents Littéraires qui, depuis plusieurs mois œuvrent pour la connaissance et la reconnaissance des petites maisons d'éditions.

 

challenge-rentrée-littéraire-2011

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Le Petit Sauvage

Publié le par Yv

Le Petit Sauvage, Alexandre Jardin, Gallimard, 1992 (Folio, 1994)

Alexandre Eiffel est le descendant de l'illustre Gustave. Orphelin très tôt, il abandonne sa jeunesse pour se consacrer aux études et devient chef d'entreprise. De la serrurerie Eiffel. Mais un jour, dans les allées du Marché aux oiseaux de Paris, il se fait interpeller d'un :"Le Petit Sauvage, tu es un fou." Et là, il reconnait l'auteure de cette phrase, Lily, une femelle perroquet du Gabon. Celle qui vivait dans leur maison. Celle que son père lui avait offert pour ses dix ans. Il la croyait échappée. Or elle se rappelle à lui, 28 ans après leur séparation. C'est une telle secousse pour Alexandre, qu'il décide de tout plaquer pour retrouver l'enfant, le Petit sauvage qui devrait toujours sommeiller en lui.

Maxime du blog L'épopée littéraire a décidé de faire voyager l'un de ses livres à travers la France, auprès de blogueurs(euses) qui, ensuite, devront écrire un billet. Je suis au début de cette aventure et viens de finir ce roman d'Alexandre Jardin. Je n'ai lu cet auteur que très récemment et n'ai actuellement à mon actif que son dernier livre Des gens très bien, qui a défrayé un peu la chronique lors de sa sortie. Dans Le Petit Sauvage, point de règlements de compte avec sa famille, mais plutôt avec lui-même en tant qu'adulte. 

"Un jour, je m'aperçus avec effroi que j'étais devenu une grande personne, un empaillé de trente-huit ans. Mon enfance avait cessé de chanter en moi. Plus rien ne me révoltait. La vie et l'enjouement qui étaient jadis dans mes veines s'étaient carapatés. Le Monsieur prévisible que j'étais désormais jouissait sans plaisir d'une situation déjà assise, ne copulait plus guère et portait sur le visage un air éteint. Je me prélassais sans honte dans la peau d'un mari domestiqué indigne du petit garçon folâtre, imprudent et rêveur que j'avais été, celui que tout le monde appelait Le Petit Sauvage." (p.13)

Alors, toute la suite du roman consiste pour Alexandre à retrouver son âme et son esprit d'enfant, à la fois insouciant et cruel. Parce que c'est bien connu que les enfants, dans leurs jeux, dans la volonté d'assouvir leurs désirs sont égoïstes et donc cruels. 

Plutôt une bonne surprise cette lecture d'un écrivain, que je croyais, dans ses premiers romans cantonné aux bluettes et autres mièvreries. Le roman est rapide, enjoué mais aussi empli de réflexions sur l'enfance, sur le fait de devenir adulte et sur ce qu'on abandonne en passant d'un état à l'autre. Très bien écrit, Alexandre Jardin surjoue ses personnages en permanence, autant dans le malheur que dans la joie. Quelque peu caricaturaux, ils font néanmoins avancer le lecteur de page en page sans déplaisir, avec le désir de faire ce bout de chemin avec eux. Le désir, ce pourrait être le maître mot de ce roman. Le désir de redevenir enfant. Le désir sexuel également. Le désir de vivre tout simplement. L'auteur joue également avec les codes de la mise en page, ajoute des illustrations, des formes peu usitées dans le roman, tout pour ne pas lasser le lecteur. Comme si Alexandre Jardin avait peur de s'ennuyer sur la longueur et pensait que, comme les enfants, son lectorat avait besoin de renouvellement pour se bien concentrer sur le fond. 

Vraiment intéressant ce roman qui me permet de réviser mon jugement sur A. Jardin -un peu à l'emporte-pièce, je dois bien l'avouer, et pire que tout, sans l'avoir jamais lu ! Merci Maxime et pour être totalement informés, retrouvez autres aventuriers de cette épopée littéraire sur le blog l'épopée littéraire.

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