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roman

Vie de Gérard Fulmard

Publié le par Yv

Vie de Gérard Fulmard, Jean Echenoz, Minuit, 2020.....

La chute d'un "gros fragment de satellite soviétique obsolète" sur un centre commercial d'Auteuil va chambouler la vie de Gérard Fulmard "né le 13 mai 1974 à Gisors (Eure)", et donc, par le fait, sans doute le plus jeune Gérard de France. "Taille : 1,68m. Poids : 89kg. Couleur des yeux : marron".

Cette chute tombe mal si je puis m'exprimer ainsi car elle supplante en partie l'enlèvement de Nicole Tourneur, la femme du président du FPI (Fédération Populaire Indépendante), petit parti politique qui vivote entre la droite, la gauche et le centre, c'est dire s'il ne sait où se placer.

C'est à la liseuse que j'ai savouré ce roman de Jean Echenoz, un moyen que je n'aime pas beaucoup, rien ne vaut le papier, mais il faut avouer que c'est pratique et moins cher. Je disais donc que j'ai savouré. De bout en bout. J'aime tout chez cet écrivain. Ses histoires et ses personnages et son style, son ton. Son histoire part un peu dans tous les sens et l'on se demande comment Gérard Fulmard pourra être mêlé à la disparition de Nicole Tourneur, mais tout fonctionne. Il faut dire qu'avec pas mal de fantaisie, d'espièglerie, Jean Echenoz nous fait croire à tout ce qu'il écrit. Et ses personnages, Gérard Fulmard en tête ; qui peut résister à ce portrait : "... je ressemble à n'importe qui en moins bien. Taille au-dessous de la moyenne et poids au-dessus, physionomie sans grâce, études bornées à un brevet, vie sociale et revenus proches de rien, famille réduite à plus personne, je dispose de fort peu d'atouts, peu d'avantages ni de moyens." (p. 17)

Mais ce qui me plaît le plus c'est l'écriture de Jean Echenoz. Ça se joue à rien, un mot inversé dans la phrase, une figure de style qui change tout, un mot rare, juste comme ça, sans affèterie, juste pour le style, qui peut être suivi d'un terme familier voire argotique, un ton entre l'ironie, la drôlerie, le décalé. Ses nombreuses parenthèses, "c'est toujours le même problème avec les parenthèses : quand on les ferme, qu'on le veuille ou non, on se retrouve dans la phrase...", n'alourdissent pas le texte, elles l'enjolivent. Quand je dis que le style Echenoz est simple, évidemment n'entendez point que n'importe qui le pourrait imiter, la simplicité demande souvent beaucoup de travail et du talent.

Excellent, je me demande même si je ne vais pas aller me procurer la version papier.

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Retour à Ithaque

Publié le par Yv

Retour à Ithaque, Leonardo Padura, Laurent Cantet, Métailié, 2020.....

Sur une terrasse de La Havane, cinq amis cinquantenaires se retrouvent à l'occasion du retour de l'un d'eux d'un exil de seize ans en Espagne. Il y a Amadeo, l'exilé, écrivain qui n'écrit plus, Tania ophtalmo qui peine à joindre les deux bouts, Rafa peintre sans inspiration, Aldo ingénieur obligé de travailler clandestinement et Eddy trafic en tous genres. Ces retrouvailles sont aussi le moment de règlements de compte entre eux, des comptes vieux de seize ans et même plus, des rancœurs, des peurs, des doutes...

Ce livre est le scénario écrit par Leonardo Padura, du film du même titre réalisé par Laurent Cantet en 2014. J'avais un peu peur de l'ennui néanmoins rassuré par Leonardo Padura. Et c'est lui qui l'a -et m'a-emporté. Scénario excellent qui m'a tenu sans aucun souci et m'a donné envie de voir le film, l'incarnation des personnages tous attachants ou agaçants à certains moments. Dès le début, on sent que Tania en veut à la terre entière et en particulier à Amadeo d'avoir quitté Cuba et ses amis. Puis c'est au tour d'Eddy de passer sur le grill des sarcasmes et critiques, parfois virulentes. On sent que cette agressivité est liée à une peur, à l'abandon de son ami. C'est extrêmement bien fait, les rapports entre les cinq évoluent doucement au cours de la soirée, passant comme on le dit couramment du rire aux larmes. Tout y passe, l'amitié, la trahison, la mort, la vie difficile à Cuba en général et pour les artistes et intellectuels qui ne peuvent s'exprimer librement, la désillusion puisque ce qu'a promis le régime n'est jamais advenu. Chacun y va de son avis, blézimarde, reprend le fil de sa pensée, accuse, se défend et prend la défense. Mais toujours l'amitié est là qui protège ces cinq-là, même lorsqu'ils se disent des vérités difficiles à entendre.

C'est très dialogué, normal pour un scénario, mais La Havane est très présente, et Cuba et ses espoirs et déceptions.

Ce scénario est complété de chapitres qui racontent la genèse du film, son tournage et l'après.

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Propriété privée

Publié le par Yv

Propriété privée, Julia Deck, Minuit, 2019.....

Un couple, Eva et Charles, des cinquantenaires sans enfant, s'installe dans un écoquartier au bout de la ligne de RER. Bientôt, l'ancien bâtiment industriel transformé en maisons individuelles se peuple de gens aux aspirations écologiques et à une vie paisible de quartier, en interaction avec ses voisins. Eva travaille à l'urbanisme de Paris et Charles reste à la maison, angoissé et en proie à des crises régulées par un traitement lourd. Les deux se mêlent peu aux autres suscitant curiosité et animosité.

J'ai beaucoup aimé Viviane Elisabeth Fauville de l'auteure, je me suis donc plongé dans son dernier roman sans aucune crainte. J'aime bien lorsqu'à partir de faits bénins, de personnages fictifs très réalistes un romancier, en l'occurrence, une romancière, bâtit un roman qui m'embarque. Mon seul bémol vient du format puisque je l'ai lu sur une liseuse et que, décidément, ce format n'est pas fait pour moi.

Mais revenons au texte qui m'a séduit par son ton entre l'ironie, l’empathie, le sarcasme, la vacherie. Tous les sentiments et émotions sont décrits : haine, jalousie, envie, amour, désir... Le quartier est une mini-société dans laquelle ces gens apprennent à se connaître, se lient plus ou moins, parfois beaucoup -sans doute trop aux yeux des conjoints. Ce sont des rapports humains classiques et exacerbés qui se nouent dans ce quartier en construction et en rénovation puisque le système de chauffage révolutionnaire ne fonctionne pas. Il faut donc faire venir des ouvriers et là -quelle transition- j'ai souligné le passage suivant, bien vu et fin :

"Quand je suis descendue à la cuisine le jour suivant, un camion benne barrait l'entrée de la voie. Les ouvriers déchargeaient du matériel. Un quart d'heure plus tard, ils ont commencé à forer. C'était un bruit sans nom qui explosait à l'intérieur des crânes. Il n'était pas humainement possible de le supporter. Et ces hommes qui foraient, casque vissé jusqu'aux yeux, bras rivés à l'engin qui pulvérisait l'asphalte, exécutaient leur tâche avec une tristesse muette. Peut-être songeaient-ils, vibrant au rythme de leur machine, qu'ils s'étaient bien fait avoir en traversant la Méditerranée. Peut-être estimaient-ils, à l'inverse, qu'ils étaient mieux ici. Et peut-être qu'ils ne pensaient rien, transformés en simples prolongements de leur machine." (p.68/69)

J'aime l'écriture de Julia Deck, simple et directe qui va à la fois dans le futile et dans la profondeur et qui sait, au tournant d'une phrase a priori anodine amener une info, une remarque, une opinion ou un questionnement inattendu. Elle fait parler Eva, parfois à la troisième personne, parfois à la deuxième lorsqu'elle s'adresse à son mari. Ce "tu" m'a plu. Il donne un ton intimiste, comme si nous étions avec le couple. Elle nous rappelle qu'on ne choisit pas ses voisins, mais qu'il vaut mieux entretenir avec eux des rapports au minimum cordiaux. D'aucuns pourront dire que son roman part un peu dans tous les sens et que la fin est étonnante. Sans doute. Moi, je me suis laissé totalement faire.

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La seconde vie de Rachel Baker

Publié le par Yv

La seconde vie de Rachel Baker, Lucie Brémeault, Plon, 2020 (Librinova, 2018)....

Rachel Baker est serveuse dans un diner, dans un coin perdu d'Alabama. Un soir, trois hommes entrent et tirent sur les personnes présentes. C'est un carnage. Seule Rachel qui n'a pas bougé et est resté plantée au milieu de la salle est vivante. Choquée et vivante. Lorsque Nick Follers, le flic chargé de l'enquête vient sur place, il l'isole et parvient à obtenir une description des tueurs qu'il arrête très vite. Une étrange relation naît entre le flic blasé, bourru et Rachel, victime qui peine à retrouver une vie normale.

Très bonne surprise que ce roman que je croyais être un polar et qui ne l'est pas. Il est plutôt l'histoire d'une femme qui doit revivre après une tragédie qu'elle a vécue. Construit en six parties, elles-mêmes bâties en chapitres avec deux narrateurs en alternance, l'un change à chaque partie, seule Rachel reste. Très bien fait et plaisant à suivre. Un roman dans lequel les femmes sont omniprésentes, la seule figure masculine est celle de Nick, les autres passent vite et détruisent des vies ou alors, ils ne font que passer un soir dans un lit et sont si peu importants.

Rachel fera un séjour en prison, y dialoguera avec des détenues, cogitera beaucoup, vivra à l'économie. Un chapitre m'a marqué, bien écrit, qui résume en quelques lignes la vie enfermée, une sorte d'inventaire des journées qui se suivent et se ressemblent : "Les semaines passèrent sans que la moindre journée diffère de la précédente. Mila avait cessé de pleurer la nuit, juste après l'extinction des lumières, au bout de deux mois. Trois détenues avaient retrouvé la liberté, six étaient rentrées, cinq bagarres avaient éclaté. On servit douze fois du porridge à la cantine, les toilettes furent bouchées pendant une longue semaine. Rachel avait lu huit livres, vu sa mère au parloir neuf fois, pensé à Nick mille fois. Elle avait participé à trois groupes de parole, pris quarante-cinq douches, fumé douze paquets de cigarettes, pleuré quatre fois dans son oreiller, gratté le plâtre du mur des heures entières en pensant aux prisonniers de Shawsank." (p. 199)

Lucie Brémeault aborde de manière franche et directe le traumatisme, le retour à la vie, la confrontation à l'autre dans des moments et des lieux pas toujours propices, à travers un beau personnage de femme, à la fois forte et fragile qui ne laisse jamais son humanité en berne malgré tout ce qu'elle vit. C'est bien vu, bien fait.

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Les Jango

Publié le par Yv

Les Jango, Abdelaziz Baraka Sakin, Zulma, 2020 (traduit par Xavier Luffin)....

"Les Jango sont décidément impayables. On les reconnaît à leur élégance tape-à-l’œil et à leur sens de la fête. Et ce sont les femmes qui mènent la danse, dans la Maison de la Mère, au cœur de toutes les rumeurs. Les histoires les plus folles courent d'ailleurs sur Safia, élevée au lait de hyène, Alam Gishi l'Ethiopienne experte en amour, ou l’inénarrable Wad Amouna. Lorsque soudain souffle le vent de la révolte..." (4ème de couverture)

Je découvre avec ce livre, Abdelaziz Baraka Sakin, son écriture et son univers. C'est loin d'être banal. L'écriture est imagée en même temps que très réaliste, souvent drôle et parfois grave, légère, multicolore et multiple. En bref, c'est un festival.

Le romancier soudanais parle de son pays mais aussi de l’Éthiopie très proche ou plutôt des habitants de ces pays. C'est un joyeux mélange, un métissage heureux : tous ses personnages sont issus de rencontres et de mélanges qui les enjolivent et les enrichissent. Ce roman est une ode au métissage, à la découverte d'autrui et à la vie ensemble. Les femmes y ont la première place.

Le livre passe du roman au conte, de la fable ou la parabole à l'histoire plus prosaïque et au drame, encore une fois un joyeux mélange. Il n'est pas toujours aisé de suivre les déambulations d'Abdelaziz Baraka Sakin, il faut soit tenter de comprendre phrase à phrase, ce qui n'est pas toujours simple, soit se laisser porter, ce qui me semble être la meilleure des solutions et à cette condition, on peut ressentir ce que j'ai tenté -sans doute maladroitement- de décrire un peu plus haut. Le mieux étant de se faire sa propre idée...

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Les enfants terribles

Publié le par Yv

Les enfants terribles, Jean Cocteau, Grasset, 1929....

Paul est fasciné par Dargelos, leader du collège, cancre qui sait jouer de sa popularité. Pour l'impressionner, Paul l'approche, mais Dargelos lui envoie une boule de neige dans le cœur de laquelle il a placé un caillou. Paul s'écroule et est emmené en auto chez lui par son ami Gérard. Paul vit avec sa sœur Elisabeth, ils sont encore des enfants, mais se débrouillent par eux-mêmes, Elisabeth s'occupant même de sa mère dépressive et alitée qui bientôt les laisse seuls. Gérard, élevé par un oncle riche, passe de plus en plus de temps avec ses amis allant jusqu'à dormir avec eux, dans leur chambre, véritable grotte.

"Haines et fous rires se déroulaient ensemble, car quelque habitude qu'on eût de leurs volte-face, il était impossible de prévoir la seconde où ces deux tronçons convulsés se réuniraient et ne formeraient qu'un seul corps. Gérard espérait et redoutait ce phénomène. Il l'espérait à cause des voisins et de son oncle ; il le redoutait parce qu'il liguait Elisabeth et Paul contre lui." (p. 49) C'est un amour féroce, impitoyable et mortifère qui unit le frère et la sœur. Tellement dense qu'il est quasiment impossible pour quiconque de s'y immiscer, de nouer une relation avec l'un ou l'autre. Seul Gérard et bientôt Agathe y parviennent, mais à quel prix ?

Quatre-vingt-dix ans après l'écriture de cet texte, on collerait une étiquette pathologique sur les deux héros : dépressifs, bipolaires, paranoïaques, ... tant leurs émotions, leurs actions fluctuent des pires tréfonds de leurs êtres aux plus grandes exaltations et explosions d'un bonheur feint et surjoué. Jean Cocteau sait décrire ces passages avec simplicité, ce qui rajoute de la force aux tourments des deux jeunes personnes. Point d'emphase et d'emportements, la langue sans être austère est classique, s'emporte parfois dans les descriptions des lieux, de la décoration mais redevient plus basique pour les êtres. C'est un récit dont on ne voit pas comment il pourrait finir bien, mais même avec Cocteau, on n'est jamais à l'abri d'une surprise. Un classique, d'un homme important dans la première moitié du XX° siècle, peut-être un peu oublié de nos jours.

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Nue

Publié le par Yv

Nue, Jean-Philippe Toussaint, Minuit, 2013.....

Deux mois se sont passés depuis la dernière rencontre entre le narrateur et Marie. Ils s'étaient revus après leur séparation pour le décès du père de Marie, et son enterrement à l'île d'Elbe qu'ils avaient fui lors d'un grand incendie. Depuis, lui s'est installé dans un petit deux-pièces de la rue des Filles-Saint-Thomas tandis qu'elle gardait l'appartement de la rue de La Vrillière. Deux mois sans se voir, sans se parler mais à penser sans cesse à l'autre, au moins pour lui qui raconte l'histoire. pour Marie, on ne sait pas. Lorsque Marie l'appelle et lui donne rendez-vous dans un café, c'est un peu fébrile qu'il s'y rend.

Quatrième et ultime volet de l'ensemble romanesque Marie Madeleine Marguerite de Montalte, après Faire l'amour, Fuir et La vérité sur Marie. Et comme pour les autres titres, je suis sous le charme de l'écriture de JP Toussaint. Si vous ne voulez pas relire mes trois billets précédents, ce qui, évidemment n'est pas bien, car ils sont vraiment excellents, celui-ci résumera tout le bien que je pense de la série sur Marie mais plus globalement de l’œuvre de l'auteur.

D'abord, c'est superbement écrit, assez simplement, l'art de JP Toussaint n'est pas de trouver des gros ou grands mots pour faire le pédant ou le cultivé, non, son art est de construire de belles phrases -longues-, de beaux paragraphes, de beaux livres -courts- avec un vocabulaire certes étendu mais point abscons. Marie est styliste, le point d'orgue de son défilé est une robe en miel. JP Toussaint raconte le défilé et d'autres choses que l'on connaît, très pratiques, très courantes et l'on visualise aisément sans jamais s'ennuyer aux descriptions de gestes ou actes banals. Et puis, il y a cette histoire d'amour et de rupture avec Marie. Et cette ode à la féminité et à la force de Marie, sa volonté de vivre sa vie comme elle l'entend, son indépendance, sa créativité. Lui, sans être l'amoureux transi de "Ne me quitte pas" de Jacques Brel, ne vit que par le souvenir de Marie, que par sa volonté de la revoir. Le reste du temps, il vit, certes, mais beaucoup moins sereinement.

Que dire de plus si ce n'est que cet ensemble romanesque est excellent ? Si j'insiste, je vais finir dans le dithyrambe, j'aime la sobriété, je stoppe ici cette chronique.

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Le discours

Publié le par Yv

Le discours, Fabrice Caro, Folio, 2020 (Gallimard, 2018)...

Lorsque Ludo, son futur beau-frère lui demande d'écrire et prononcer le discours pour son mariage, Adrien ne sais pas refuser, mais ce n'est pas l'envie qui lui manque. Comment aborder un tel fardeau : ses souvenirs avec sa soeur Sophie ? des blagues ? du sérieux ? Autant de questions qui le taraudent durant tout un repas de famille auquel pourtant il n'est présent que distraitement frais largué par Sonia (trente-huit jours de pause) à laquelle il vient d'envoyer un texto auquel il espère une réponse.

"Si vous n'éclatez pas de rire au premier chapitre, on ne peut rien pour vous" (Olivia de Lambertie). J'opine et j'ai ri, mais le souci est que c'est à peu près le seul moment où j'ai vraiment ri. J'ai beaucoup souri ensuite, parce que Fabrice Caro use de formules ou de tournures voire de décalages pas forcément inventifs, mais efficaces. L'écriture est fraîche, légère pour un roman qui peut s'affubler des mêmes qualificatifs. Frais et léger donc et sans doute assez vite oubliable. Adrien se pose beaucoup de questions sur sa vie, la quarantaine juste entamée. Sa difficulté à vivre en couple, à nouer des relations avec autrui, à réellement dire ce qu'il veut et ce qu'il est. C'est un timide, névrosé qui n'ose pas froisser ni même déranger, son éducation et certaines conventions sociales bloquant ses envies de tout envoyer balader. Tout cela est bien vu et il est aisé de s'identifier à certains endroits avec Adrien.

Là où le bât blesse, c'est que le roman est répétitif et étiré en longueurs. Un peu comme un gag de BD qui ferait une page mais que son auteur aurait décidé de décliner en un album complet. Je me permets cette comparaison puisque Fabrice Caro est aussi connu sous l'alias de Fabcaro, bédéiste.

Malgré tout, j'ai passé un bon moment, avec quelques bonnes trouvailles de l'auteur (le chapitre, p.65/67, sur la chenille est irrésistible : "La chenille à laquelle personne ne peut échapper. On a beau faire semblant de manger, de parler, d'être au téléphone, peine perdue, la chenille est impitoyable, elle n'épargne personne, elle ne s'embarrasse pas des ego, de la timidité, elle n'a que faire de tout ça, face à la chenille nous sommes tous à la même enseigne, nous sommes là pour nous amuser, nous avons l'obligation d'être heureux, véritable machine à broyer les orgueils, et on se retrouve subitement au milieu de gens et on ne sait pas trop quoi faire de ses pieds, on tente de leur imprimer une sorte de mouvement un peu festif parce que si on marche, c'est pire que tout, marcher dans une chenille c'est être un dissident, c'est affirmer haut et fort Je ne suis pas comme vous, je vous emmerde, j'ai trop de problèmes dans ma vie pour faire la chenille, j'ai lu Le livre de l'intranquillité de Pessoa, vous imaginez quelqu'un qui a lu Le livre de l'intranquillité de Pessoa faire la chenille ?" -personnellement, lorsque j'entends les premières notes, ce qui oblige à connaître les premières notes de la chenille, je sors si le temps le permet, je vais aux toilettes, je tente désespérément de trouver un subterfuge pour y échapper), des personnages très réalistes, de ceux qu'on croise tous les jours, qui nous ressemblent, sympathiques jusque dans leurs -voire surtout dans leurs- maladresses, balourdises. Il vient de sortir en format poche, l'occasion pour chacun de se faire sa propre idée et, sans arrière pensée, de lire un roman qui détend.

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Ça coince ! (51)

Publié le par Yv

Plunk, Fabien Henrion, Plon, 2020..

Harry Plunk, célèbre galeriste prend un train de Paris vers Londres qui déraille. Bloqué, il revoit des pans entiers de sa vie. Le temps de faire le point sur son enfance, sa vie de couple, son travail. Comment lui, parti de rien est devenu le galeriste en vue qui brasse des millions ? Est-il possible de retrouver une certaine innocence ?

Ce roman commence très bien mais s'enlise assez vite dans des considérations qui me laissent froid. Je peine à m'intéresser à Harry et ses états d'âme. En fait, il ne m'intéresse pas, ni lui ni sa vie. Néanmoins, je dois dire que tout cela est très personnel, le roman est bien écrit et pourra plaire à beaucoup de lecteurs. Il n'y a rien de totalement repoussant en son sein, le contexte du monde l'art contemporain un peu bling-bling un peu déjanté et/ou foutage de gueule est bien vu.

To plunk, in english, signifie balancer sans ménagement. Je n'irai pas jusque là d'abord parce que c'est un livre et qu'on ne maltraite pas les livres, ensuite, parce que ce qui n'a pas eu l'heur de me plaire pourra seoir à d'autres.

 

Faute grave, Lucie Whitehouse, Presses de la cité (traduit par Marie Chabin), 2020.,

"L'inspectrice Robin Lyons doit rentrer au bercail, contrainte et forcée. Mise à pied pour faute grave après avoir remis en liberté un suspect contre les ordres de sa hiérarchie, cet espoir de Scotland Yard n'a pas d'autre choix que de retourner vivre chez ses parents à Birmingham, une ville sinistrée qu'elle croyait pourtant avoir quittée à jamais. Pour éviter de subir les remontrances de sa mère, elle accepte bientôt d'aider Maggie, une détective privée qui traque les arnaques à l'assurance." (4ème de couverture)

Sur le papier, ça me plaisait bien, surtout que je ne vous ai pas dit l'essentiel, c'est que la meilleure amie de Robin meurt dans un incendie criminel dans lequel son fils est blessé et son mari disparaît. Robin plonge alors illégalement dans l'enquête. Le roman part bien, avec les difficiles -c'est un euphémisme- relations entre Robin et sa mère et les attaques en règle de Luke son frère, sans doute jaloux de sa sœur qui a réussi à s'extirper de Birmingham, contrairement à lui. Mais la bonne impression ne dure pas longtemps et j'ai passé quelques lignes, puis quelques pages longues dans lesquelles l'essentiel était délayé dans des paragraphes peu marquants. Pour paraphraser Michel Audiard, je résumerai mon avis à cela : "C'est curieux, [chez certains romanciers], ce besoin de faire des phrases"qui ne servent à rien, si ce n'est au poids du livre. C'est fort dommage, car raccourci de moitié, ce qui ferait tout de même un roman de plus de 200 pages, on lirait là, une histoire vachement bien avec une héroïne qu'on aurait plaisir à retrouver.

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