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roman

L'autre

Publié le par Yv

L'autre, Andrée Chédid, Flammarion, 1969 (Librio, 1998)

Simm est un vieil homme qui rentre chez lui en prenant son temps. Lorsqu'il quitte la bourgade la plus proche de sa maison, il lui reste encore trois heures de marche. Mais au moment où il a salué toutes ses connaissances et où il débute sa marche, une secousse terrible détruit tout. Un séisme fait de cette ville touristique, emplie en cette saison, un tas de ruines. Très vite, les sauveteurs arrivent et quelques jours plus tard, la ville est désertée sans espoir de retrouver des survivants. Seul Simm reste, persuadé que l'étranger qui l'a salué le matin du tremblement de terre par la fenêtre de l'hôtel est toujours en vie, sous les décombres du-dit hôtel. Commence alors une longue période de solitude, à l'affût du moindre souffle de vie souterrain.

J'ai reçu dans ma boîte à lettres l'autre jour, la revue du département de la Loire Atlantique dans laquelle un article m'a plu : les nouveaux collèges construits par cette collectivité territoriale porteront tous des noms de femmes et, celui d'une ville proche de chez moi, s'appellera le collège Andrée Chédid, le premier en France à porter le nom de cette romancière-poétesse récemment décédée. D'où la réalisation d'une vieille envie de ma part : relire L'autre, le premier roman que j'ai lu d'elle et qui m'avait enthousiasmé. A relire des livres qu'on a aimé, on prend un risque, celui de n'y plus retrouver tout ce qui nous avait fait l'aimer. Ça m'est arrivé plusieurs fois, au point de refermer le livre assez vite pour en garder la magie en moi. A peine ré-ouvert ce roman je savais que je ne prenais pas ce risque. Emballé dès le départ jusqu'au bout de l'attente de Simm.

Andrée Chédid pousse son personnage à la solitude, elle le pousse aussi dans ses retranchements, l'obligeant à réfléchir sur l'avenir de l'humanité entre modernisme à tout crin et/ou humanisme :

"Les machines délivrent. J'en ai vu qui creusaient pour découvrir une source, d'autres qui montaient en quelques jours des panneaux de maison, celles qui lient la terre, qui brisent les distances. [...] Tu sais, l'ignorance est une défaite, aussi.

- Notre défaite, Ben, sais-tu où elle est ?

- Peut-être, d'aimer les choses plus que le chemin ?...

- C'est quoi le chemin ?

- Où l'on marche, où l'on avance, où l'on va..." (p.112)

Les thèmes classiques ne sont pas évités, l'amour, la mort, la vie, le sens que l'on donne à sa vie, vus par les yeux de Simm ou de Aga, la petite fille qui vient le soutenir quelques jours. Et pour aborder ces questions, Andrée Chédid use de diverses formes narratives : le roman classique, la poésie en prose, avec mise en page particulière et le théâtre avec dialogues et didascalies.

Un roman fort qui reste longtemps en mémoire et qui, je viens de le prouver, ne perd absolument rien à la relecture, des personnages formidables, Simm en particulier qui n'en fait qu'à sa tête. Un film a été tiré de ce grand roman, mis en scène par Bernard Giraudeau, je suis à l'affût d'un éventuel prochain passage sur une chaîne de télévision, car il me semble qu'il n'en existe pas de copie DVD. Messieurs et Mesdames les Président(e)s de chaînes et programmateur(trice)s, pour une fois, faites quelque chose de bien, programmez de bons films dont L'autre de Bernard Giraudeau !

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Sombre dimanche

Publié le par Yv

Sombre dimanche, Alice Zeniter, Albin Michel, 2013

Je viens d'apprendre qu'Alice Zeniter est la nouvelle lauréate du prix Inter, je recycle donc mon article de début janvier, pour coller à l'actualité. Voyez ce que j'en disais :

Une maison en bois, cernée par les rails, tout près de la gare de Nyugati à Budapest. Là vit la famille Mandy : Imre le grand-père, Pàl le fils et Ildiko sa femme et leur deux enfants Agnès et le jeune Imre. C'est une famille qui vit en dehors des autres, dans les non-dits et les secrets. Du début des années 70 à notre époque, elle subit ou vit les changements du pays, la chute du mur de Berlin, puis l'effondrement de l'URSS et l'ouverture à l'ouest. 

Alice Zeniter place son roman en Hongrie, pays qu'elle connaît pour y avoir vécu. Un pays sans attrait touristique majeur, sans lien à la mer (c'est elle qui le dit), un pays brimé pendant de nombreuses années. Elle fait du jeune Imre son personnage principal. Grâce à lui, elle peut raconter l'histoire de cette famille qui a traversé la seconde partie du siècle dernier. Le grand-père a vécu la guerre, "La Seconde Guerre mondiale [qui] avait été un chaos total durant lequel le pays avait servi de parc à thèmes aux Hongrois, aux Allemands et aux Russes qui l'avaient tour à tour contrôlé. Chacun avait eu son temps de barbarie et chacun en avait usé." (p.31) Puis, la révolte des Hongrois contre les Russes en 1956 qui aboutira à l'invasion de Budapest par l'armée rouge. Suivront des exécutions des opposants ; la répression est terrible et les Hongrois ont peur jusqu'en 1961 où Janos Kadar prononce : "Tous ceux qui ne sont pas contre nous sont avec nous". Alors "Si Kadar acceptait les cœurs tièdes, les cœurs froids à la condition qu'ils conservent un silence poli, alors la maison au bord des rails acceptait Kadar. La peur se fit moins forte, les ventres se dénouèrent. Et Pàl comprit que si l'année 1956 avait été si longue et si terrible, c'était parce qu'elle avait duré jusqu'en 1961." (p.102) Et puis la vie reprend son cours quasi-paisible dans la maison en bois et partout ailleurs dans le pays, jusqu'en 1989 et la chute du mur de Berlin.

Imre grandit dans ce pays en solitaire. D'une unique relation amicale dans l'enfance, il passe à une unique relation amoureuse. A travers lui, l'auteure parle de la difficulté de vivre dans un petit pays brimé dans lequel on ne peut être que "cœurs froids" ou "cœurs tièdes". Ne pas faire de vagues pour (sur)vivre. Imre découvre la vie sans passion -à part peut-être son travail dans le sex-shop qu'il a dû quitter pour une femme- sauf la naissance de sa fille. A part ça, il vit comme avant lui son père dénué de passion lui aussi. Il faut dire qu'il n'est pas très aidé, les non-dits et les secrets sont nombreux dans cette famille et il ne les apprend que très tard, certains par hasard et quasiment tous de la bouche d'une tante qui depuis longtemps a quitté la maison en bois pour vivre. Ne pas savoir ou se taire peut empêcher de vivre pleinement.

Très agréable lecture d'une part pour tout ce que j'ai écrit plus haut, les personnages, bien campés, bien décrits, les relations entre eux ou l'absence de relation, le contexte géographique et historique -personnellement, je ne connaissais pas du tout ce pays, à part quelques vagues souvenirs de livres scolaires- et d'autre part une belle écriture de l'auteure. Simple, directe Alice Zeniter fait mouche à chaque phrase. Elle allie la légèreté, l'humour à la profondeur de très jolie manière. Son livre, qui pourrait paraître un rien plombant si l'on se fie à mes deux premiers paragraphes ou au dossier de presse ne l'est absolument pas. Certes, ce n'est pas non plus un ana ou un recueil de bonnes blagues, néanmoins, A. Zeniter réussit à nous faire sourire par des formules inattendues, des dialogues francs et crus entre Imre et Zsolt. 

Un roman à découvrir d'une jeune auteure que je ne connaissais pas (honte à moi puisqu'elle en est au moins à son troisième) mais que je compte bien continuer à lire.

Merci Aliénor.

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Ça coince ! (16)

Publié le par Yv

Les larmes de Spinoza, Pascal Commère, Éd. Le temps qu'il fait, 2009

Recueil de nouvelles dont le thème principal est l'écriture, la lecture et la rencontre d'autrui. Dit comme cela, ça tente. Le souci c'est que je n'ai jamais réussi à déchiffrer l'écriture de P. Commère, belle certes, travaillée, mais parfois alambiquée, elliptique, comme s'il s'adressait à des lecteurs avec qui il avait commencé une histoire qu'il continue ici. Il me manque des ficelles pour comprendre la profondeur des textes. En outre, dans certaines nouvelles, les narrateurs sont des enfants, quatorze ans et dix-sept ans, et le style littéraire adopté ne colle pas aux personnages qui s'expriment à la première personne du singulier : trop littéraire, trop travaillé. Je ne demande pas du tout que l'auteur écrive en langage texto, mais un minimum de correspondance entre la personne qui parle et la manière de le faire m'aurait davantage plu et n'aurait pas généré chez moi ce décalage total entre ce que je lisais et les images qui peuvent venir. On est dans un niveau de langage très recherché voire élitiste plutôt que dans du courant.

Dommage parce que le résumé me paraissait intéressant et pour ne rien vous cacher, j'avais prévu de faire une méchante blague du genre : Les larmes de Spinoza, à rapprocher d'un autre livre que j'ai déjà chroniqué, de JB Pouy, Spinoza encule Hegel (personnellement, j'aurais plutôt cru aux larmes de Hegel, mais bon...). Pas de très haut niveau, je le concède, mais mine de rien, je l'ai placée quand même.

 

Une saison à Venise, Wlodzimierz Odojewski, Les Allusifs, 2006 (Éd. A vue d'oeil, 2007), (traduit par Agnès Wisniewski et Charles Zaremba)

Marek est un garçon polonais d'une dizaine d'années en 1939. Il se prépare à partir à Venise avec sa mère pour un séjour. Mais la guerre se déclare et tous les projets tombent à l'eau, mais Marek a du mal à comprendre les raisons de l'annulation du voyage auquel il tenait tant. Sa destination pour l'été sera la maison de sa tante Weronika dans laquelle, les autres sœurs de sa mère viendront également ainsi que d'autres enfants.

Ce n'est pas un bouquin qui "coince" franchement, je l'ai lu jusqu'au bout, sans souci mais sans passion. Beaucoup de femmes se retrouvent dans cette maison de famille, se disputent, parlent s'occupent des enfants qui trouvent eux-mêmes plein d'activités. La guerre est en toile de fond, à peine esquissée au départ, puis un peu plus présente : tout est fait pour n'y point penser.

Le hic, c'est que rien n'est particulièrement original ou intéressant, ni les situations (sauf cette source qui surgit dans la cave), ni les personnages, ni l'écriture. Rien qui n'empêche d'apprécier sa lecture mais rien qui n'emporte mon adhésion. "Un roman simple et loufoque [...] d'une drôlerie jubilatoire" est-il écrit en quatrième de couverture. Manifestement, l'humour et la jubilation sont des notions très subjectives, je n'ai pas ri ni n'ai jubilé même intérieurement.

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Renaître de tes cendres

Publié le par Yv

Renaître de tes cendres, Dominique Lin, Élan sud, 2011

Léon a du mal à se remettre de la mort de Danièle sa femme. Sans emploi, ne survivant que grâce aux minimas sociaux, il fréquente Le Rideau rouge, un café dans lequel il retrouve toujours les mêmes copains, notamment le Pacha. Un jour, il retrouve une opportunité de retravailler, commercial dans la finance. Mais c'est sans compter avec son passé qui remonte brutalement : son embrigadement dans une secte dans laquelle il a entraîné Danièle, la plus grande partie de leurs vies gâchée.

Il y a quelques temps, Dominique Lin me contactait pour me demander de lire et chroniquer l'un de ses romans, ce fut pour moi Passerelles pour lequel j'eus un bel accueil, et garde une très belle impression. Alex reçut elle, Renaître de tes cendres et à son initiative, nous avons échangé nos envois ; merci pour cette idée Alex. 

Encore une fois, Dominique Lin parle d'un homme normal, lun de ceux que l'on peut rencontrer dans la rue ou au bistrot ou même avoir dans ses connaissances, pas forcément dans tous les traits de caractère, mais dans certains : un homme de 50 ans, au chômage, veuf, qui ne sait plus quoi faire pour se sortir de cette spirale, qui trouvera une ressource dans la lecture de Diderot et l'écriture. Il se prénomme Léon (comme feu mon papa, c'est dire si le prénom me parle). 

L'écriture de D. Lin est toujours aussi belle, parfois poétique, même dans le quotidien et non dénuée de sourire : "Au bout d'une heure, le bar se remplissait. Depuis la loi d'interdiction de fumer à l'intérieur, on ne sentait plus le tabac, remplacé par les effluves de pastis et les odeurs de cuisine mêlées, selon la volonté du Pacha, aux parfums d'Orient ou de la Méditerranée. Jeudi, c'était le couscous, seul jour où les histoires de riads bénéficiaient d'un accompagnement olfactif. Le Maghreb sur fond de sardines grillées du vendredi n'avait aucun sens, on lui aurait préféré le port de Marseille ou les côtes bretonnes, mais ils n'appartenaient pas à l'univers du Pacha." (p.13/14) Certes, le sourire ou le rire ne sont pas le propre de ce roman qui se penche plutôt sur les questionnements d'un homme arrivé au mitan de sa vie sans avoir rien construit. Pas gai, évidemment, mais profond. L'auteur réfléchit et fait réfléchir Léon sur le sens de la vie, sur la religion, les sectes, l'embrigadement en général fut-il spirituel ou social ("Adrien, tu connais la différence entre une religion et une multinationale ? - Non ? - La date de réunion. La religion, c'est le dimanche et la multinationale, le lundi matin..." [p.140])  la société de consommation, le prêt-à-penser contemporain ("Combien de journalistes accolent le terme de philosophe à certains contemporains dont le discours relève parfois de la sottise ou de la ségrégation ! Ce n'est pas parce qu'on pense beaucoup qu'on pense bien et le bien n'a de valeur que s'il s'adresse au plus grand nombre, pas à une poignée de privilégiés ou d'intellectuels perdus dans des sphères hermétiques" [p.97/98]). De très belles pages également sur l'amour qui unissait Léon et Danièle, notamment les deux premières, sorte de prologue du livre et d'autres sur l'absence et sur la manière de penser à ses proches décédés, dont cette réflexion suivante que je fais mienne depuis longtemps déjà, mais quand c'est bien écrit, c'est encore mieux :

"Tu m'avais dit qu'il n'y avait pas besoin de se recueillir à une place précise pour penser à quelqu'un, comme il n'était pas nécessaire d'avoir un toit pour prier. Le souvenir d'un défunt ne se limite pas à des données géographiques, il habite celui qui reste, partout où il va." (p.129)

Vous l'aurez compris sans peine, j'ai aimé ce livre, autant que Passerelles, deux bonnes raisons pour vous initier à l'écriture de Dominique Lin, qui, il m'en excusera je l'espère, commet un anachronisme, pas essentiel à la bonne compréhension du livre et de ses personnages, mais qui fait désordre, en plaçant Denis Diderot (1713/1784), page 99,  spectateur des campagnes napoléoniennes, qui n'auront lieu qu'après la mort du philosophe, puisque se déroulant entre 1789 et 1814. (Napoléon Bonaparte 1769/1821).

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La disparition de Jim Sullivan

Publié le par Yv

La disparition de Jim Sullivan, Tanguy Viel, Minuit, 2013

Tanguy Viel, après avoir lu beaucoup de littérature française a eu une période assez longue de lecteur de littérature américaine. Il se demande alors pourquoi les romans américains sont quasi-universels, traduits dans tous les pays et décide de s'atteler à l'écriture de son roman américain. Son héros s'appellerait Dwayne Koster, professeur de littérature américaine à l'université, 50 ans, divorcé, ne supporterait pas la séparation, habiterait Detroit.

En général, je suis emballé par les livres de Tanguy Viel. Il a l'art de m'intéresser à une histoire banale, par la subtilité de son écriture, ses longues phrases, ses personnages mis pourtant dans des situations déjà lues ou vues. Son dernier roman est encore mieux : il utilise les mêmes bases, mais en plus il décortique le roman américain, intervient sans cesse en tant qu'écrivain pour dire ce qu'il pourrait faire. De fait, on a à faire à un écrivain qui nous raconte comment il construit son roman. Il absorbe toutes les règles pour fabriquer un roman international, car il faut bien le dire, nombre de romans étasuniens sont calibrés, pré-construits, les rebondissements arrivant à tel et tel chapitres, la minute sentimentale itou... un peu comme les films du même pays, ou comme le camembert d'une grande marque (mais français, l'honneur est sauf) : surtout ne pas déstabiliser le client, lui apporter toujours la même chose, le même plaisir, le garder, le guider. Personnellement, je n'aime pas cela, je vois peu de films hollywoodiens, lis peu de -gros- livres étasuniens et mange du camembert au lait cru, moulé à la louche : j'aime qu'on me surprenne.

Tanguy Viel écrit son roman américain finalement très français (et tant mieux, le contraire m'eût sans doute moins plu) parce qu'il explique toute la méthode, tous les clichés et les stéréotypes du genre, sans critiquer : il constate. Il explique la différence entre un roman français et un roman étasunien :

"Je ne dis pas que tous les romans internationaux sont des romans américains. Je dis seulement que jamais dans un roman international, le personnage principal n'habiterait au pied de la cathédrale de Chartres. Je ne dis pas non plus que j'ai pensé placer un personnage dans la ville de Chartres mais en France, il faut bien dire, on a cet inconvénient d'avoir des cathédrales à peu près dans toutes les villes, avec des rues pavées autour qui détruisent la dimension internationale des lieux et empêchent de s'élever à une vision mondiale de l'humanité. Là-dessus, les Américains ont un avantage troublant sur nous : même quand ils placent l'action dans le Kentucky, au milieu des élevages de poulets et de des champs de maïs, ils parviennent à faire un roman international" (p.10)

Et T. Viel de raconter la vie de ses personnages, Dwayne qui épie son ex-femme qui vit désormais avec l'un de ses ex-collègues prof de l'université, celui qu'il détestait, qui ne voit plus ses enfants, qui va pour tenter de reconquérir sa femme se compromettre. Il passe aussi rapidement sur les traumatismes de cet ex-du Viet-Nam (il a bien failli y aller à un jour près), sur la désormais inévitable dans les romans guerre d'Irak et l'encore moins évitable 11 septembre 2001. On avance dans son roman, on suit Dwayne et les autres personnages, on comprend toute son histoire et on s'y intéresse et dans le même temps, l'auteur intervient et nous dit ce qu'il aurait pu écrire ici ou là pour faire un vrai roman américain, il le dit à ses lecteurs en quelques lignes, dans ses phrases toujours aussi longues et belles là où un romancier étasunien prendrait un ou deux chapitres par idée évoquée ; cela se ressent sur le poids du livre, rarement moins de 400 voire 500 pages pour un roman international et 153 pages pour Tanguy Viel que je ne remercierai jamais assez pour sa concision alors qu'il ne passe aucun thème récurrent du roman américain.  A propos de concision, je vais peut-être stopper là moi aussi en précisant que ni Tanguy Viel (si je l'ai bien compris) ni moi n'avons rien contre le roman international, contre les auteurs étasuniens en général, c'est un genre qui plaît, à juste titre, même s'il n'est pas celui que je lis le plus couramment. Personnellement, je préfère et de très très loin LE roman américain de Tanguy Viel qui une fois de plus aura su me passionner, me surprendre et me captiver avec une histoire et des personnages loin d'être originaux. Du très bon travail, un roman excellent, n'ayons pas peur des mots. Tout ce que j'aime est dedans.

D'autres avis sur Babelio, Clara, Véronique, Krol, ...

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L'alcool et la nostalgie

Publié le par Yv

L'alcool et la nostalgie, Mathias Énard, Actes sud-Babel, 2012 (Éd.Inculte, 2011)

Mathias part à Moscou pour accompagner en train la dépouille de son ami Vladimir jusqu'à Novossibirsk. C'est Jeanne avec qui il a vécu, étudiant à Paris, puis à Moscou en même temps que Vladimir qui l'a prévenu du décès de leur ami. C'est pour Mathias le moment de faire le point sur cette amitié entre eux deux, cet amour entre les deux hommes et la femme. 

Jusque là je n'avais pas encore lu Mathias Énard, ce qui est bien fait pour moi. Je ne sais pas pourquoi je n'avais pas osé ouvrir un de ses livres, parce que la surprise fut bonne, excellente même. Ce tout petit roman est certes court mais intense. Si les questionnements ne sont pas nouveaux : la mort, l'amitié, l'amour, l'alcool, la drogue, le début de la vie d'adulte, les tourments de jeunes gens mal dans leur peau, dans leur vie et dans la société, ... la manière de les mettre en page est tout simplement magistrale. Une écriture belle, de longues phrases qui peuvent tour à tour être lentes lorsqu'elles décrivent les superbes -ou très moches- paysages russes et leur histoire :"J'irais bien sur le Bosphore après une croisière sur la Volga, descendre le fleuve jusqu'à Astrakhan au nord de la mer Noire, puis me laisser glisser doucement vers Istanbul, on verrait Kazan et Stalingrad, deux batailles russes ; on verrait l'île où s'installa Ivan le Terrible avant de prendre Kazan et de mettre fin au khanat héritier de la Horde d'or, terminée la domination mongole en Russie, place à l'encens, aux moines et aux popes barbus." (p.44) ou rapides lorsque le narrateur parle de ses affres de ses doutes et de ses douleurs : "... j'avais vingt ans quand j'ai lu ce livre Vlad, vingt ans et j'ai été pris d'une énergie extraordinaire, d'une énergie fulgurante qui a explosé dans une étoile de tristesse, parce que j'ai su que je n'arriverais jamais à écrire comme cela, je n'étais pas assez fou, ou pas assez ivre, ou pas assez drogué, alors j'ai cherché dans tout cela, dans la folie, dans l'alcool, dans les stupéfiants, plus tard dans la Russie qui est une drogue et un alcool j'ai cherché la violence qui manquait à mes mots Vlad, dans notre amitié démesurée, dans mes sentiments pour Jeanne, dans la passion pour Jeanne qui s'échappait dans tes bras..." (p.42)

M. Énard parle formidablement bien du sentiment amoureux, de l'amitié, de la jalousie du manque d'une personne aimée. S'y ajoute la défonce, drogue et alcool, nécessaire pour ces jeunes gens pour surmonter leur difficulté à vivre tout simplement. Et les petits -ou gros- plus ce sont d'une part les paysages russes enneigés, pas toujours très beaux, certains étant de simples vestiges de l'époque communiste, blocs de béton abandonnées, murs de goulags, d'autre part les pans d'histoire de ce pays qu'il insère entre deux descriptions, entre deux questionnements des héros et enfin, les souvenirs de lecture des grands écrivains russes, eux qui ont su donner de leur pays une image forte et ont su écrire sur la fameuse âme slave.

Eh bien que me reste-t-il à dire ? Que je relirai très certainement M. Énard qui m'a enchanté dans ce récit très nostalgique et mélancolique, que j'espère que le plaisir sera de nouveau au rendez-vous de ma prochaine lecture.

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Marcel Proust roi du Kung-Fu

Publié le par Yv

Marcel Proust roi du Kung-Fu, Marc Lefrançois, Éd. Portaparole, 2011

Élodie a une passion pour Marcel Proust. Paul a une passion pour le Kung-Fu et Bruce Lee. Ils sont tous les deux professeurs. Elle de lettres. Lui de sport. Ils s'aiment. Leurs passions aux antipodes sont-elles compatibles, solubles dans leur vie de couple ?

Deux êtres si différents peuvent-ils s'aimer, construire leur vie ensemble, ou bien la vie se résume-t-elle à ce fameux adage : "qui se ressemble s'assemble" ? Sur ces questionnements, Marc Lefrançois construit son court roman. Ce qui est bien c'est  qu'il évite la posture facile de l'écrivain pour qui, bien sûr Marcel est plus fort que Bruce. Peut-être parce que d'après sa courte biographie, sur le rabat de première de couverture, il est écrit que M. Lefrançois a été prof de lettres et qu'il est un spécialiste d'un art martial japonais, le Taido ? En fait, Marcel tout autant que Bruce, ou Élodie tout autant que Paul se font gentiment railler. Car ce roman est drôle, écrit sur un ton léger même s'il aborde finalement des questions essentielles sur la vie en couple, la vie en société, l'écoute de l'autre, la tolérance, et caetera, et caetera

La vie de couple n'est point aisée tous les jours (croyez-moi, je suis marié depuis pfff..., quelques années) et si les centres d'intérêts sont opposés, elle doit être un sport quotidien : "A ces moments, Élodie et Paul devait avoir la même pensée : "Il y a des couples qui durent toute leur vie. Comment faisaient-ils ? Peut-être mouraient-ils plus tôt que les autres ?" (p.38) Réflexion pas totalement dénuée de fond puisque jadis, nos aïeux se mariaient et ça durait jusqu'au bout, mais leur espérance de vie était moindre que la nôtre qui continue d'augmenter de trois mois par an : donc quand on prend une année on ne se rapproche de la fin que de 9 mois (dixit je ne sais plus quel expert sur le plateau de F. Tadéi, un soir) !

Personnellement -puisque c'est mon blog je peux parler de moi- je ne suis fan ni de l'un ni de l'autre ; Marcel, je l'ai lu un peu, ai calé beaucoup, ai aimé ce fabuleux passage de la madeleine mais ne suis pas vraiment allé au-delà malgré plusieurs tentatives, mais peut-être sur mes vieux jours... Bruce, j'ai vu des films une fois peut être deux (il faut bien avouer que l'effort est moindre que pour lire une seule fois un tome de La recherche du temps perdu), n'ai pas lu de livre de lui : "Il est vrai que Bruce Lee avait moins écrit que Marcel Proust. Néanmoins, il y avait quand même son livre sur le Jeet kune Dao, l'art martial qu'il avait inventé et son monumental Pensées percutantes ou la sagesse du combattant philosophe." (p.29)

Un roman qui traînait chez moi depuis un moment et dont le titre me faisait de l’œil. J'ai fait du rangement ai réduit considérablement ce que beaucoup appellent une PAL (Pile A Lire, j'ai mis du temps à comprendre ce que cet acronyme signifiait, la blogosphère en est pleine et souvent je n'y entrave rien, celui-ci au moins je l'ai retenu. Et encore je ne vous parle pas des flux RSS, des CSS que je vois fleurir un peu partout et dont je ne sais rien : je sais juste publier un article, le mettre en page et y coller une photo, le reste, je patauge.)

Pouf, pouf, je m'égare, revenons à Marcel et Bruce réunis dans un roman au ton léger qui ne l'est pas tant que cela même s'il ne se prend pas au sérieux. Suis-je bien clair ?

Marc Lefrançois est écrivain et aussi blogueur : ici

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Ça coince ! (15)

Publié le par Yv

Hipnofobia, Salvador Macip, Hachette, 2013

"Un homme est retenu prisonnier dans un bunker secret de l'armée américaine, sous la garde d'un scientifique et d'un militaire. Quel est son secret ? Il ne dort pas depuis trois semaines. Ce personnage mystérieux a été retrouvé au milieu d'une centaine de corps calcinés, comme consumés de l'intérieur. Apparemment, tous étaient membres d'une sorte de secte dont on ne sait strictement rien." (note éditeur)

Je me suis ennuyé, mais ennuyé... Le début est lent, très lent. Rien ne se passe. Rien ne me retient. L'idée de départ est plutôt intéressante mais elle tombe très vite à l'eau. Eau qui délaye l'histoire, l'intrigue, la noie même. Et moi, comme je ne sais pas nager, et que je ne veux pas me noyer, eh bien, je suis resté sur le bord à m'ennuyer de plus en plus (un peu comme le mec ou la fille qui tient la chandelle dans une soirée "duo" très sympa... pour ceux qui peuvent en profiter) jusqu'au moment où je range ma pelle et mon seau et je m'en vais. Désolé Salvador, mais ton livre, il n'est pas pour moi.

 

Obsèques, Lars Saabye Christensen, Lattès, 2013

"Le matin du 4 janvier 2001, Kim Karlsen, âgé de cinquante ans, se réveille dans une chambre d'hôtel au nord de la Norvège. Il ne se souvient de rien. Il ne le sait pas encore, mais il est mort." (4ème de couverture)

Imaginez, vous êtes bloqués sur un lit, incapable de bouger et là, une femme à la voix criarde, ou un homme aviné (au choix selon vos préférences), vous parle sans pause, à peine de toutes petites pour reprendre son souffle : une logorrhée insupportable et vous en pouvez rien faire. vous vous sentez oppressés, par ce flot de paroles inutiles qui ne semble mener nulle part si ce n'est à une lassitude pour vos oreilles et vos méninges. Vous y êtes, vous visualisez ? Eh bien, c'est exactement ce qui s'est passé pour moi avec ce roman. Je ne dis pas qu'il ne trouvera pas ses lecteurs comblés, mais moi, il me fatigue. Loin de Paasilinna qui me fait rire avec des digressions drôles et des situations loufoques. Pour reprendre une citation d'un excellent livre lu récemment, Passerelles, je préfère les livres "peu épais, persuadé que quelques pages [suffisent] à exprimer l'idée de l'écrivain, le surplus n'étant que verbiage et digressions. [...] Les livres [que j'apprécie relèvent] de la concision, de la ciselure." 

Voilà c'est dit, c'est dommage. Maintenant, je vais aller ouvrir deux petits livres très tentants avant un prochain pavé de 500 pages, parce que malgré tout, il m'arrive d'en lire et même d'en aimer  !

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Passerelles

Publié le par Yv

Passerelles, Dominique Lin, Éd. Elan Sud, 2013

Léon, une cinquantaine d'années vit en région parisienne. Il travaille dans un organisme s'occupant de personnes en grosses difficultés. Lui-même, enfant a vécu dans la misère. Maintenant, il vit avec sa mère âgée dans une grande maison à une heure de son lieu de travail. Sa vie est rythmée par ses allers-retours quotidiens, et surtout par ses lectures. Un soir, au lieu de rentrer dans sa maison, il s'assied sur le banc juste en face et ses pensées défilent. Sa vie d'enfant pauvre, sa vie d'adulte seul, les raisons de ses choix ou non-choix.

Sollicité par des auteurs assez régulièrement pour lire leurs œuvres, je ne donne plus suite à ces demandes. Souvent parce qu'ils sont édités en e-books et que je ne suis ni équipé de liseuse, ni adepte de la lecture sur écran d'ordinateur. N'ayant jamais testé la liseuse, je peux évidemment revenir sur mes propos si un fabricant d'un tel appareil passant par ici me propose un de ses objets à titre gracieux (on ne sait jamais, avec un peu de chance, ça peut marcher).  Néanmoins, je lis les mails et parfois même les premières lignes des livres des demandeurs lorsque c'est possible. Et là, après avoir lu le premier chapitre du livre de Dominique Lin, je fus intrigué et agréablement surpris. Je lui ai donc répondu et il m'a fait parvenir très gentiment un exemplaire de son roman dédicacé (merci à lui et à son éditeur, dont j'ai déjà parlé pour La dernière nuit)

Dominique Lin écrit la vie d'un homme tout simplement. Pas celle d'un "grand homme" qui laissera une oeuvre de quelque nature qu'elle soit, non celle de millions de gens : "Certaines personnes s'inscrivent dans la mémoire collective, d'autres se contentent de vivre leur temps discrètement. Pas de fait de guerre, pas de découverte, de théorie mathématique ou de citation philosophique. Il n'en reste pas moins qu'elles ont aimé, espéré, donné du plaisir ou de l'espoir à ceux qu'ils ont connu." (p.29) On est loin du fameux quart d'heure de gloire warholien qu'on met désormais à toutes les sauces, de ces personnes qui pour vivre ont besoin de se raconter entièrement sur les réseaux sociaux, de passer dans des émissions de plus en plus racoleuses et pitoyables (pour ce que je peux en voir sur le Zapping par exemple ou en entendre parler un peu partout, car même en ne s'y intéressant pas, on est quasiment obligé d'en avoir entendu parler ou d'en avoir vu des scènes désespérantes de platitude et de nullité). Non, Léon, est un homme profond qui a besoin de faire le point. Tous les questionnements y passent : pourquoi être né ici et pas là ? Pourquoi dans cette famille pauvre ? Pourquoi vivre seul avec sa mère ? Comment en est-il venu à ne plus apprécier ce travail qui le passionnait au départ ? S'échapper dans la lecture suffit-il à vivre pleinement une vie d'homme ?  Etc, etc, ...

Subtilement et assez richement écrit (j'ai par exemple appris l'existence et la signification d'au moins deux mots : "vernal" = relatif au printemps et "allicier" = attirer, séduire) c'est un livre qui se mérite, qui se lit sans aucune longueur ressentie. L'auteur alterne les parties racontant la vie de Léon vue par un narrateur omniscient à la troisième personne du singulier avec des parties en italique, dans lesquelles Léon s'interroge, repense à sa vie d'enfant puis d'adolescent et d'adulte (écrites à la première personne du singulier).

J'ai noté beaucoup de pages qui m'ont plu ou touché, dans certaines desquelles j'ai pu me sentir concerné :

"Léon allumait rarement la télé [...] préférant se plonger dans l'immensité des livres. Il les préférait peu épais, persuadé que quelques pages suffisaient à exprimer l'idée de l'écrivain, le surplus n'étant que verbiage et digressions. [...] Les livres qu'il appréciait relevaient de la concision, de la ciselure." (p.40), je prends pour moi et en même temps, pour ce livre qui en est une illustration. Une autre phrase que j'aime beaucoup, presqu'un aphorisme tiré d'une réflexion plus générale sur la mort : "La mort, cette porte qui ne s'ouvre que dans un sens, est le seul rendez-vous garanti de notre agenda, tous les autres sont aléatoires." (p.41/42)

Pour résumer, vous avez bien fait Dominique de me solliciter, sans cela je serais passé à côté d'un livre très fin et très profond, bien écrit et point trop épais (157 pages).

Un auteur à découvrir forcément. Alex a lu un autre de ses romans qu'elle a aimé, comme quoi l'écrivain est talentueux. Il a même un site : ici.

 

 

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