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roman

Ça coince ! (18)

Publié le par Yv

Faillir être flingué, Céline Minard, Rivages, 2013.

"Un souffle parcourt les prairies du Far-West, aux abords d'une ville naissante vers laquelle toutes les pistes convergent. C'est celui d'Eau-qui-court-sur-la-plaine, une Indienne dont le clan a été décimé, et qui, depuis, exerce ses talents de guérisseuse au gré de ses déplacements." (4ème de couverture)

Je n'entends que du bien de ce roman-western écrit par une Française qui s'empare des codes du roman masculin et étasunien par excellence pour y placer une héroïne indienne. Et bien malgré tout cela, je coince, et ce, dès le début. Jamais oh grand jamais je n'ai réussi à entrer dans le bouquin. Je m'y ennuie profondément et surtout, je capte que dalle ! Allez savoir pourquoi ? Bon, allez, je vais discrètement, le remettre sur les rayons de la bibliothèque, il y aura bien quelqu'un à qui il conviendra mieux qu'à moi. Y'a pas de mal puisque je n'en ai quasiment rien lu. I am a poor lonesome reader...

Babelio et Libfly recensent des avis très différents du mien (j'ai l'habitude)

 

La ruche, Arthur Loustalot, JC Lattès, 2013..

Alice ne va pas bien. Depuis que son mari est parti, elle déprime. Ses trois filles Marion, Claire et Louise, 19, 17 et 16 ans vivent avec elles, se parlent. Parlent d'elles et de leurs parents. Rien n'est vraiment secret dans cet appartement aux cloisons fines.

Une fois n'est pas coutume c'est la forme qui m'empêche d'adhérer à ce livre. Le style de l'écrivain, aux phrases très courtes -que d'habitude j'apprécie, pas l'écrivain, je le découvre là, mais le style aux phrases courtes-, aux prénoms des filles sans cesse répétés, scandés à l'infini. Beaucoup de dialogues, mais encore une fois c'est la forme qui me gêne : ils ne sont pas séparés du récit, si bien que je me demande sans cesse si les tirets font référence à des prises de paroles des filles ou s'ils sont des tirets-parenthèses. De fait, je suis tellement gêné par la mise en page, le choix de faire un récit compact d'un roman pourtant très dialogué, que je ne parviens pas à me concentrer sur le fond et a fortiori à l'apprécier. Je me sens oppressé, comme un claustrophobe dans une petite pièce noire. (Ouf, je respire, j'utilise mes cours de yoga que je viens de débuter); Une écriture sans doute trop jeune pour moi (l'auteur a 25 ans), que voulez-vous, je me fais vieux ! 

Je ne suis pas le seul à avoir été dérangé par la forme : Babelio, Libfly, Cajou

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Épépé

Publié le par Yv

Épépé, Ferenc Karinthy, Zulma, 2013 (Denoël, 1999, 2005), (traduit par Judith et Pierre Karinthy)...,

Budaï est un linguiste renommé et distingué qui part pour un congrès à Helsinki. Dans l'avion, il s'endort et se réveille dans une ville inconnue surpeuplée. Il suit la foule, se retrouve à l'hôtel où il compte rester peu de temps avant de reprendre un avion vers sa destination initiale. Las, dans ce pays, les habitants parlent une langue inconnue et totalement hermétique que même Budaï pourtant spécialiste ne peut intégrer. Incompris, personne ne parle d'autre langue, Budaï va de surprise en désagréments et se retrouve dans une situation inextricable.

Zulma réédite ce livre de Ferenc Karinthy, auteur hongrois (1921-1992), écrit en 1970 et initialement paru chez Denoël presque trente ans plus tard. Préfacé par Emmanuel Carrère qui explique pourquoi ce roman est  grand livre et comment il l'a rencontré : je lis rarement les préfaces, mais j'ai pris du temps pour icelle qui permet de rentrer dans le roman avec quelques billes et les envies que les lignes d'E. Carrère suscitent.

Et nous voilà dans cette ville surpeuplée où les files d'attente sont présentes à tous les coins de rues et dans tous les bâtiments, à la conciergerie de l'hôtel, devant les magasins, devant les cabines téléphoniques. On pourrait hâtivement faire un rapprochement avec les ex-dictatures des pays de l'est, mais Ferenc Karinthy, s'il s'en est forcément inspiré, a exagéré le trait jusqu'à faire des habitants de ce pays de véritables robots, innombrables et toujours en mouvement ne se comprenant qu'entre eux. Toutes les interprétations sont possibles, parce que l'auteur crée également une société aux multiples origines : des blancs, des noirs, des asiatiques, des peaux de toutes les teintes qui cohabitent ("pour reprendre ici le cri du crapaud en rut", selon Pierre Desproges). On peut même y voir un constat de la mondialisation, 30 ou 40 ans avant qu'on en parle quotidiennement : "Les aliments vendus à l'épicerie ne révèlent pas grand-chose du climat local, c'est comme partout ailleurs, des viandes, des charcuteries, des fromages, pommes, citrons, oranges, bananes, des conserves et des bocaux, des jus de fruits, du café, des sucreries, des poissons de mer : mais comment déterminer ce qui est produit local et ce qui est importé ? La mode ne dévie pas significativement des standards du monde civilisé, les différences entre les boutiques de couture et le prêt-à-porter résident dans la qualité, tandis que les autres articles répondent aux normes internationales." (p.44) C'est un bouquin à la fois drôle, absurde et terriblement angoissant : quoi de pire que de se retrouver dans une telle situation ubuesque dont il semble impossible de sortir ? 

Une fois que j'ai dit tout cela, je me dois de signaler également que le bouquin est parfois empreint de longueurs : la situation de Budaï n'évolue pas et Ferenc Karinthy tourne un peu autour du pot, si je puis me permettre cette expression. Beaucoup de redites, de répétitions dont je pourrais me passer, moi qui aime les romans qui vont droit au but. Mais que mes remarques ne vous empêchent pas de découvrir ce que certains qualifient de roman culte, et qui, si ce mot est très largement galvaudé en général, est sans aucun doute marquant. D'ailleurs, rien ne dit qu'un roman marquant -ou culte- doive être lu de bout en bout sans ressentir de longueurs ; par exemple et sans comparaison entre les deux livres, j'ai lu et relu ce qui est mon roman préféré en en passant des pages et des pages, et à chaque fois, en le trouvant admirable. Les Misérables de Victor Hugo. 

Épépé est un roman qui touche et qui marque par la situation qu'il décrit et par cet homme Budaï totalement englué dans ce pays dont il veut absolument sortir. Un roman qu'il faut avoir lu ou qu'il faut lire. 

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Des enfants

Publié le par Yv

Des enfants, Laurent Audret, Éd. Christophe Lucquin, 2013.....

Des enfants. Des adultes. Qui marchent. Des enfants. Des adultes. Qui vivent sous le même toit. Des enfants. Des adultes. Qui se font du bien. Qui se font du mal.

Christophe Lucquin, l'éditeur, ne m'a pas habitué à des livres faciles ou banals. Là, je vous avoue que je planche devant mon ordi, bien embêté, déjà pour tenter de résumer ce livre de Laurent Audret et ensuite pour essayer d'en faire une analyse claire et simple. Alors, alors, alors, par où commencé-je ?

C'est un livre qui ne laisse pas indifférent. Il nécessite plusieurs lectures pour tenter de le saisir totalement, et ça tombe très bien, parce qu'il est de petit format (63 pages aérées, qu'on peut donc lire et relire en peu de temps). C'est en soi une bonne nouvelle, parce que parfois, des tout petits livres on se dit que l'auteur se moque un peu de nous ; eh bien là, pas, puisque à la relecture on aura un volume de 126 pages ou plus si on le reprend une troisième fois ! A mon deuxième passage, je n'ai pas eu la même compréhension, enrichie qu'elle était par la première lecture. Des choses se sont éclairées d'une lueur nouvelle.

Alternativement les adultes et les enfants sont les narrateurs, pas un en particulier, le groupe en entier qui s'exprime majoritairement avec le "on". Laurent Audret use d'un style étonnant, entre langage policé et langage oral, parfois à la limite de la faute syntaxique (ou c'est moi qui ne connais pas cette tournure, peu usitée, ce qui, évidemment est tout à fait plausible ; je l'ai rencontrée certes, mais plutôt dite qu'écrite) qui sied parfaitement aux personnes qui s'expriment, aux situations décrites,tantôt légères voire primesautières (la marche dans la montagne) tantôt nettement plus lourdes et cruelles : 

"C'est longtemps qu'on a pris cette habitude qui est à peu près la même chose que d'acheter du poisson frais au marché."(p.7)

"Il est deux bonnes heures à galoper dans les pâturages, à rouler dans les cailloux et c'est seulement qu'il aperçoit une grosse cheminée carrée avec son extrémité comme badigeonnée d'un noir épais, bitumeux." (p.25)

Ce livre, "un conte barbare" (4ème de couverture) perturbe, percute le lecteur, le laisse dans un état entre le plaisir d'avoir lu un texte fort et bouleversant et le doute d'avoir lu une horreur. Mais il est bon de se souvenir que les contes, à l'origine, notamment ceux de Perrault, étaient cruels et violents et destinés aux adultes et non pas aux enfants. C'est nous par la suite qui en avons fait des historiettes pour endormir nos petits. Laurent Audret renoue avec les origines du genre avec talent et bouscule le lecteur parfois anesthésié par l'abondance de romans qui se ressemblent. 

J'aime lorsqu'un livre me dérange, lorsque je ne sais pas comment commencer et développer un article, car je ne veux ni trop en dire ni décourager les lecteurs -au contraire mon souhait est totalement inverse : inciter à lire des textes différents et forts- ; je ne sais pas si je parviens toujours à mes fins, à savoir éveiller la curiosité et l'envie, sans doute oui parfois au vu des commentaires des un(e)s et des autres, j'aimerais qu'il en soit ainsi pour ce conte de Laurent Audret, histoire d'avoir d'autres avis.

PS : Christophe Lucquin lance un appel au crowdfunding pour avoir un stand au salon du livre, si vous voulez participer ou relayer, c'est sur kisskissbankbank

 

rentrée 2013

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Tango tranquille

Publié le par Yv

Tango tranquille, Verena Hanf, Castor Astral, 2013....

Violette est une femme qui file gentiment vers un âge avancé et qui décide de partir vivre dans une maison, à Bruxelles. Isolée, elle coupe les ponts avec ses connaissances, ces femmes qui lui "voulaient du bien", Lucienne et Micheline. Là, elle vit pour elle, enfin, seule. Dans un parc, elle voit une première fois Enrique un jeune bolivien sans papier qui tente de trouver des petits boulots. Seul lui aussi mais par obligation. Rien a priori ne devait les faire se rencontrer, sauf le hasard.

Le livre est construit comme une alternance des narrateurs : une fois Violette (le plus souvent, les plus longues parties) et une fois Enrique, et ainsi de suite. C'est une sorte de dialogue muet entre eux deux fait de phases courtes voire très courtes. Aucun des deux personnages ne se pose vraiment de question existentielle. Ils font tous les deux, séparément, le point sur leurs vies : quelques retours dans le passé pour comprendre leur présent et leur envie de changer d'air et de solitude pour Violette qui n'est pas tendre avec les autres ni avec elle-même :

"Plus douloureux est le regard sur le corps. Mon corps est un peu délabré, limite cabossé. Mêmes les rondeurs ne sont plus rondes. Elles perdent leur contenance, elles tirent vers le bas. Pourtant je n'ai pas eu d'enfants. Ils n'ont servi à rien, ce ventre, ces hanches, ces seins. Violette, arrête ! Arrête une fois pour toutes avec tes complexes de femme qui n'a pas eu d'enfants. Comme s'il fallait enfanter pour exister à part entière aux yeux de la société." (p.39)

Violette n'est pas une dame vieillissante qui attire immédiatement la sympathie, totalement égocentrée et rétive aux contacts avec autrui. On ne sait pas trop pourquoi Enrique va lui donner cette impulsion pour aller vers lui, elle-même ne le sait pas non plus, parfois certains gestes ou comportements ne sont pas explicables. Toujours est-il que cette rencontre imprévisible les changera durablement, chacun avançant lentement et timidement vers l'autre et en lui.

Un très beau roman, très court qui ne sombre jamais dans le sentimentalisme facile : on est dans des rapports humains tout à fait réalistes entre deux personnes qui ne se livrent pas mais qui s'attachent l'une à l'autre. Tout les sépare, l'âge, la condition sociale, la couleur de peau, la culture et ce sont ces différences qui vont les lier. 

Écrit dans un style qui colle parfaitement à ce qu'il décrit : phrases courtes, efficaces, qui vont à l'essentiel et qui ne s'embarrassent pas de fioritures, pas de salamalecs, d'adjectifs superflus, d'adverbe en trop (je devrais prendre des cours avec Verena Hanf moi qui en mets partout) : "Je mange une dernière pomme de terre, je débarrasse la table, je fais la vaisselle, je regarde la pendule, c'est l'heure du repos maintenant. Je me brosse les dents, j'enlève mes chaussures, ma jupe et mes boucles d'oreille, je tire les rideaux et je m'allonge sur mon lit." (p.33), c'est un livre qui se lit aisément, dans lequel les pauses sont facilitées par de courts paragraphes, on peut donc le poser, le reprendre, ... Aucun ennui, aucun sentiment de longueur, c'est un roman épuré, court (167 pages) qui n'oublie pas de faire la part belle à ses personnages, à leurs relations et leurs sentiments. Une réussite pour ce premier roman écrit directement en français de Verena Hanf, auteure d'origine allemande et égypto-libanaise qui vit à Bruxelles.

Merci Francis.

rentrée 2013

 

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Lucia Antonia, funambule

Publié le par Yv

Lucia Antonia, funambule, Daniel Morvan, Éd. Zulma, 2013....,

Lucia Antonia et Arthénice sont deux funambules. Jumelles puisque nées le même jour mais pas sœurs. Elles marchent sur des fils, font du trapèze dans le cirque fondé par le grand-père de Lucia Antonia, Alcibiade. Le jour où Arthénice chute mortellement, sa complice est contrainte de quitter le cirque. Elle réside alors dans une presqu'île dans laquelle on récolte le sel. Elle consigne sur des carnets sa vie présente et son passé.

Zulma a l'habitude de concocter de belles surprises. Ce roman ne dérogera pas à cette règle. A condition d'aimer les livres qui ne racontent pas forcément une histoire avec un début et une fin, d'aimer être surpris et prendre son temps. Car c'est une histoire qui ne se presse pas, des personnages qui prennent le temps de réfléchir sur leur vie actuelle, passée et future. Lucia Antonia rencontrera Eugénie et sa fille Astrée, deux réfugiées, un garçon voilier qui lui tend ses fils et un peintre poursuivi par le souvenir d'un ancien modèle. Tous vont lentement. Tous ont des envies, des souhaits, des désirs qu'ils expriment plus ou moins, des soucis dus à leur art, à leur passé d'artiste ou d'émigrées. Ils se rencontreront pour tenter de repartir ensemble ou chacun de leur côté.

Daniel Morvan écrit un texte plein de douceur, de calme, une sorte d'oasis de quiétude dans les moments d'intensité, de course parfois un peu vaine que l'on peut vivre au quotidien. Un livre qui prend son temps et nous fait prendre le nôtre ! L'auteur procède par ellipses. En le lisant, on ne visualise pas un film, mais plutôt des images arrêtées, à nous de faire le lien ensuite entre icelles, ce qui est automatique et sans effort. Lucia Antonia parle indifféremment de son présent, d'Eugénie, d'Astrée du peintre ou du garçon voilier, mais aussi de son passé avec Arthénice, de l'avant-accident et de son aïeul Alcibiade (son arrière-grand-père) qui écrivait lui aussi sur des carnets, le créateur du cirque et sorte de dandy de son époque. 

C'est un récit qui avance par petites touches, 170 chapitres (écrits en chiffres romains = CLXX) pour 128 pages, avec des titres explicites qui permettent de se repérer dans le temps. Un livre superbement écrit, hymne à la liberté, la nature et la vie. Poétique. Onirique. Merveilleux. Lisez, par exemple, comment Daniel Morvan parle des marais salants :

"Sitôt les vannes ouvertes, l'eau se déploie en draperies cuivrées sous lesquelles la plaie séchée des sols craquelés cicatrise. De longues silhouettes arpentent les salines. Une main balaie la surface de l'eau et récolte le premier sel." (p.46)

Ou comment Lucia Antonia parle de son amour pour Arthénice sa presque-sœur et pour son art le funambulisme :

"Le fil est pour moi le lieu de la tranquillité et de la nuit. C'est sur le fil que je suis le plus proche d'Arthénice. J'y marche comme dans une forêt sans voûte étoilée pour l'éclairer. Toute pensée s'absente alors et je ne suis plus que mes pas sur un chemin de quatorze millimètres." (p.86)

"Un enchantement de lecture" est-il écrit sur le rabat de la première de couverture. Enchantement que je partage entièrement auquel je rajouterai même un ravissement. Et comme toujours, chez Zulma, la couverture est superbe et le livre (papier, mise en page, police d'écriture, aération du texte, ...) est un très bel objet.

 

rentrée 2013

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Les heures pâles

Publié le par Yv

Les heures pâles, Gabriel Robinson, Éd. Intervalles, 2013....

Le narrateur est un jeune homme qui vient de quitter Lyon pour Paris, il est journaliste. Un jour, une nouvelle, son père, un flic réputé, exemplaire, "professionnel de la vérité" (4ème de couverture) a une autre vie à côté de sa vie officielle de sa femme et ses deux garçons. Une autre femme et une fille de 18 ans. La famille implose. Entre ceux qui ne veulent pas comprendre, qui frôlent la folie, telle la femme-mère trompée et le narrateur qui préfère s'expliquer avec son père, avoir enfin de vraies discussions, des confidences, eux qui évitent de se parler. C'est aussi pour lui, une vraie enquête sur les traces de ses parents pour tenter de comprendre.

Mis à part un petit passage à vide aux trois quarts du bouquin, léger, quelques pages qui m'ont semblé moins intéressantes avant que la fin ne reprenne le dessus, ce livre est passionnant. Je ne suis pourtant pas un grand fan des épanchements, des "romans" ou récits dans lesquels l'auteur ou son double se raconte -je ne sais d'ailleurs pas ce qui, ici relève de la fiction ou du roman- ou alors, il faut que ça soit excellent : une écriture exigeante qui laisse passer les émotions (dans le genre, j'aime beaucoup Annie Ernaux, Charles Juliet qui ont basé toute leur œuvre littéraire sur l'autofiction, mais beaucoup d'autres également l'ont fait sur des livres très personnels tels Jacques A. Bertrand dans le très beau Le pas du loup). Eh bien, sans vouloir comparer Gabriel Robinson à ces grands noms de la littérature française contemporaine, il réussit à écrire un texte bourré d'émotions, de sentiments, de tendresse, d'admiration mais aussi de frustration envers ce père avec qui il n'a jamais pu parler, ce qui semble être un thème universel il va falloir que je voie cela de près avec mon grand garçon. La colère est présente, ainsi que la compassion envers la mère, touchée, coulée même par la découverte de la double vie de son mari. Le fils devient père pour ses parents et reste grand frère pour son cadet en même temps qu'il découvre sa sœur. Ce qui semble faire mentir un guide dogon que les parents ont consulté au début de leur vie commune et que leur fils, menant son enquête sur la vie de ses parents, a retrouvé : "Les fils sont le désordre, les fils sembleront toujours désordonnés aux yeux de leurs pères. Les pères construisent et nous, nous détruisons. C'est l'idée fixe, l'image courante." (p.8)

Écriture à la fois travaillée et limpide, exigeante comme je l'écrivais plus haut, qui fait la place belle aux émotions, alternant phrases courtes, un peu de dialogues et longues phrases, questions, jeux sur les mots, assonances :

"Hélas, parallèlement à ma peur exagérée des guêpes attirées par nos melons, j'avais le bourdon. Farceur sans complice, intégralement niais, les cheveux blanchis par le soleil provençal, juché sur BMX et vêtu de bermudas fleuris, je m'ennuyais gentil, régulièrement confondu en train de parler tout seul faute de gamins de mon âge familiers de ma langue ; il n'y avait que des Allemands, des Anglais et des Hollandais. Parler avec les mains ? Recréer le babil de Babel propre aux enfants qui se captent pour un jeu de balle, ferme les yeux jusqu'à cinq, un bisou." (p.37) 

"Le cœur épuisé, prêt à exploser, irrigué par le stress jusqu'à l'insomnie, la nausée, mon père a traversé des déserts, survécu tête baissée sans parler trop, ce chameau." (p.40)

J'aurais pu citer nombre d'autres extraits, personnellement, j'ai une faiblesse pour iceux : "Le babil de Babel" me ravit particulièrement. Aimer un texte peut tenir parfois à ce qui pourrait paraître des détails mais qui selon moi est le petit plus nécessaire, le je-ne-sais-quoi qui fait la différence entre deux textes : celui qu'il l'a et qui plaît et celui qui ne l'a pas et qui ne fait pas mouche. G. Robinson a manifestement ce petit plus , ce je-ne-sais quoi, sans doute le plaisir et le talent de faire jouer les mots entre eux.

Tout pour plaire ce livre qui explore les profondeurs des tourments humains, les relations familiales, les dits et les non-dits qui peuvent faire exploser un groupe, des individus ou une seule personne. Finement observé et magistralement narré. Pas larmoyant, même s'il n'est pas toujours gai, il ne tombe jamais dans le sordide, le vulgaire ou le pathos. Un premier roman très maîtrisé qui en laisse augurer d'autres de très bonne facture. Une très belle découverte, très convaincante pour cette rentrée littéraire de 2013.

rentrée 2013

région-copie-1 

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Lutte des classes

Publié le par Yv

Lutte des classes, Ascanio Celestini, Éd. Noir sur Blanc, 2013 (traduit par Christophe Mileschi)...,

Deux jeunes garçons vivent seuls avec leur oncle qui ne bouge plus de son fauteuil. Nicola, le grand travaille dans un centre d'appels, raconte ses histoires de sexe à son petit frère Salvatore, qui lui, étudie, travaille bien pour être diplômé ou ingénieur, ou les deux. Chacun intervient à son tour dans ce livre. Il y aura aussi Marinella qui racontera sa vie, son travail au centre d'appels, elle qui handicapée par un bec de lièvre se sait rejetée. Puis Patrizia, la voisine des garçons qui refuse l'aliénation du monde du travail et tente d'en sortir par tous les moyens.

Chaque personnage est le narrateur d'une partie du livre. Salvatore débute, suivi de Marinella, Nicola et Patrizia. Chacun raconte selon son âge, son sexe, son histoire ce qui se passe autour de lui. L'histoire de Salvatore est un peu différente des trois autres : c'est le seul enfant, il ne travaille pas au centre d'appels et même s'il est préoccupé par des questions sexuelles n'a pas encore d'envie d'aller plus loin dans des relations. Voilà ce qu'il dit dès les premières pages : "Quand le docteur a ouvert ma mère, il n'a pas trouvé l'œsophage. Il avait brûlé à cause de l'acide. Mon père s'en servait pour tuer les rats dans la poulaillère. [...] Alors il jetait de l'acide dans les trous à rats et il les brûlait. Mais l'hiver n'était pas loin et mon père voulait savoir si avec le froid l'acide gèle. Il disait "si ça se trouve je leur balance de l'acide dessus et au lieu de cramer les rats font du patin à glace". Il a mis la bouteille au freezer pour faire un test et ma mère l'a sifflée. C'est arrivé par erreur. Quand le docteur l'a ouverte, il n'a pas trouvé l'œsophage." (p.9) Forcément, après cette entrée en matière, pas vraiment appétissante, je vous l'accorde, on a envie de continuer. D'ailleurs, chaque partie consacrée à un nouveau narrateur commence par une phrase courte, marquante : "Barbie montre son cul sur le calendrier." (p.61), "Le nuage avait la forme d'une bite." (p.137), "Tu parles et aucun mot ne sort de ta bouche." (p.197). Le style général du bouquin est sur le même ton, des phrases assénées, courtes assassines parfois, directes, dans un langage courant, familier, avec parfois des petits morceaux de vulgarité, mais rien d'inaudible par nos oreilles habituées à bien pire à la télévision ou à la radio ou même à la maison parfois (sauf pour ceux et celles d'entre nous qui ont des enfants irréprochables qui n'écoutent ni ne retiennent les gros mots de l'école et dont les lèvres-les-nôtres, celles des adultes- ne laissent jamais passer un mot grossier)

Ascanio Celestini s'en prend brutalement et frontalement au monde du travail, à la précarité, aux grands capitalistes qui profitent du système et du besoin des gens de travailler pour vivre. Son constat est dur, réaliste ; certains cumulent plusieurs petits boulots mal payés pour subvenir à leurs besoins pourtant primordiaux : se nourrir, se vêtir, payer le loyer. Ils survivent, tentent de donner du sens à cette vie difficile et abrutissante. C'est un roman sombre, mais qui étonnamment n'est pas pesant. L'écriture de A. Celestini est enlevée, très proche du langage parlé. Il émaille son texte de passages drôles, qui l'aèrent un peu sans alléger le propos mais en le faisant passer sur un ton plus alerte. Néanmoins, je me dois d'écrire ici que certains passages sont redondants : plusieurs narrateurs racontent le même fait parfois sans y apporter de précisions supplémentaires, des lignes dont on pourrait aisément se passer. 

Un roman très atypique, dont il m'est bien difficile de dire si je l'ai aimé ou pas. Il en va parfois ainsi de certains bouquins. Mais je crois pouvoir affirmer que l'atmosphère qui s'en dégage et les personnages me resteront en tête. Un livre qui marque ne serait-ce que parce qu'il sort du lot.

 

rentrée 2013

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Le tennis est un sport romantique

Publié le par Yv

Le tennis est un sport romantique, Arnaud Friedmann, JC Lattès, 2013..,

Le 10 juin 1984, Hélène regarde la finale de Roland-Garros perdue par John McEnroe contre Ivan Lendl. A son fils qui supporte Lendl, elle annonce qu'il est le fils de McEnroe. Rentrée enceinte des États-Unis 5 ans auparavant, la nouvelle est tout à fait envisageable. Hélène demande à Julien, son garçon de garder le secret. Julien se mettra au tennis, pas très doué, encouragé par Hélène, dépressive. Au Besançon Tennis Club, lieu huppé de la ville.

Un thème on ne peut plus courant : la recherche d'identité, la construction d'un garçon pour devenir un homme. Quasiment identique au roman de V. Olmi, La nuit en vérité : un enfant grandit dans une famille monoparentale, la mère étant dans de grosses difficultés financières, psychiques, sociales. Là aussi, comme Enzo, Julien évolue dans un milieu qui n'est pas le sien. La bonne idée de départ est la paternité de John McEnroe (qui, évidemment ne sait pas qu'il a un fils caché ; se souvient-il d'ailleurs de sa nuit d'amour avec une jeune fille au pair française ?). Le problème est que l'idée s'effiloche et qu'elle ne tient pas tout le roman. La première partie est un peu poussive, entrecoupée de bonnes idées (comme les titres des chapitres : "10 JUIN 1984 LENDL BAT McENROE 3-6 2-6 6-4 7-5 7-5", "4 JUIN 1985 WILANDER BAT McENROE 6-1 7-5 7-5", ...). Hélène s'enfonce dans la dépression, Julien tente de réaliser des performances tennistiques, moi je me suis un peu ennuyé, ne connaissant pas grand’ chose au sport en question (enfin, au sport en général). En fait, très franchement, comme dans le livre de V. Olmi, certains clichés, certaines facilités dans un thème archi-éculé m'ont agacé. Et puis, et puis, la seconde partie est meilleure. Julien est adolescent, Hélène semble sortir de sa mauvaise passe. Les personnages sont travaillés plus en profondeur (bon on n'est pas encore dans les records de plongée, mais déjà sous la surface quand même). L'écriture d'Arnaud Friedmann n'est pas désagréable, légère et vive, dynamique. Elle colle assez à Julien, jeune homme qui veut vivre et montrer qu'il existe à défaut de pouvoir dire qui est son illustre père. Plonger encore plus profond dans l'océan (ah, que c'est beau cette image !!!) des relations entre les personnages, dans leurs tourments, en eux-mêmes aurait sûrement donné plus d'ampleur à ce roman sans vraiment de surprise, qui tourne en rond. Un tantinet superficiel même si loin d’être désagréable.

"- Pourquoi les gens ils applaudissent le méchant ?

A cette question, Hélène ne sait pas quoi répondre. La dernière cigarette empâte encore sa bouche. Son fils parle de John pour la première fois. L'appelle le méchant. Elle se retient de détailler l'ensemble des évidences qui s'imposent à ses yeux, ne répond rien, c'est plus simple ; elle laisse McEnroe se cambrer et frapper un service décroisé, ça devrait suffire." (p.9)

 

rentrée 2013

région-copie-1

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Ça coince ! (17)

Publié le par Yv

Rien, Emmanuel Venet, Éd. Verdier, 2013..

Un homme et une femme se retrouvent pour fêter leurs vingt ans de mariage dans une chambre de l'hôtel Negresco. Vingt ans de mariage d'érosion des sentiments et des désirs. Après avoir fait l'amour, chacun d'entre eux se laisse aller à la rêverie.

Voilà pour les premières lignes du roman, et puis, on n'accède absolument pas à la rêverie des deux personnes, mais seulement au travail universitaire de l'homme sur Jean-Germain Gaucher, un compositeur de second ordre : sa vie son œuvre. Son œuvre indissociable de sa vie amoureuse et de sa vie d'homme de cabaret louche au début du 20ème siècle. 

C'est un roman très bien écrit, on sent l'exigence littéraire, l'amour des belles phrases et du beau texte, mais ça ne suffit pas pour m'intéresser. Manque sans doute de l'émotion, du souffle, un je-ne-sais-quoi qui ferait que je pourrais m'intéresser à Jean-Germain et aux femmes qui l'entourent. Las, c'est un récit plat, inodore et sans saveur.

Tout le monde ne pense pas comme moi : Libfly.

 

 

Le soleil à mes pieds, Delphine Bertholon, Lattès, 2013..,

Deux sœurs totalement opposées : le grande, exubérante, nymphomane fascinée par la mort et les cadavres, qui travaille au SAMU parisien et qui dirige la vie de sa sœur, qui la tyrannise, elle, la petite, renfermée, timide et qui s'exclut des relations sociales. Orphelines depuis toutes petites. Depuis 18 ans.

Un peu déçu de ce roman qui ne parvient pas à m'émouvoir : je suis les deux sœurs sans vraiment ressentir quoi que ce soit pour l'une et pour l'autre. Je ne sais si c'est dû à des personnages ou des situations déjà vus ou lus. Sans doute. Ou à une écriture volontairement déstructurée, parfois hachée qui n'apporte pas d'intensité au texte ni d'émotion. Probablement. Ou encore à l'absence de détails tels les prénoms des jeunes femmes, qui sont nommées la grande et la petite. Plausible. Sûrement ces trois raisons simultanément qui font que jamais je n'ai pu m'intéresser vraiment à cette histoire et que, très franchement, je m'y suis ennuyé.

Des lecteurs ont passé un moment plus agréable : Stephie, Clara, sur Babelio et Libfly

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