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roman

Ça coince ! (20)

Publié le par Yv

Solstice d'hiver, Svetislav Basara, Noir sur blanc, 2013 (traduit par Gojko Lukic)

Le narrateur rencontre par hasard Nana, une jeune femme. Puis lorsque celle-ci décède des années plus tard, elle lui lègue ses journaux qui lui permettent de retracer sa vie. Elle passe d'homme en homme, part aux Etats-Unis, y écrit un best-seller, et mourra d'un cancer de la peau.

Pas facile de suivre l'auteur dans ses circonvolutions, dans ses digressions. Coutumier du fait, j'avais aimé son Guide de Mongolie, mais là, je ne parviens pas à m'intéresser à Nana ni à son entourage. C'est une écriture assez froide, distante qui ne permet pas d'accéder à ce roman. Svetislav Basara peut partir un peu dans tous les sens et perdre ainsi ses lecteurs, ce qui fut le cas avec moi. Néanmoins, c'est un bouquin qui devrait en séduire plus d'un, plus apte à y entrer.

 

 

Cosplay, Laurent Ladouari, HC Éd., 2014.,

"Adamas, milliardaire cynique et haï de tous, rachète une ancienne gloire de l'industrie au bord de la faillite : 1T. Le redoutable prédateur déclare vouloir la détruire. Le même jour, par un invraisemblable concours de circonstances, Katie Dûma parvient à se faire recruter par 1T. Comme les trois mille autres employés, Kati est invitée à plonger dans l'univers virtuel du Cosplay : un jeu de masques où chacun agit et communique sous le couvert de l'anonymat." (4ème de couverture)

J'ai reçu ce livre comme une surprise et dès que j'ai ouvert le paquet, j'ai d'abord remarqué la couverture, très inhabituelle, et pour tout dire très réussie de mon point de vue. Puis, j'ai lu un peu de quoi il retournait, et là, je me suis dit que le colis devait être destiné à quelqu'un d'autre tellement le thème est éloigné de mon univers et de mes goûts qu'ils soient littéraires ou même cinématographiques. Néanmoins, par acquit de conscience et comme on me l'avait offert, je l'ai ouvert et en ai même débuté la lecture. J'avoue un manque d'intérêt total et une écriture, qui si elle n'a rien de désagréable, n'a rien pour me retenir, j'ai même fait la grimace sur certaines phrases maladroites ou mal gaulées, jugement qui n'engage que moi, puisqu'en les lisant à voix haute, les deux personnes dans la pièce n'y ont rien trouvé à redire : "Il était cinq heures du matin. Le rédacteur en chef de la Gazette financière avait ouvert la fenêtre en grand pour aérer son bureau. Une nuit de tabac se dissipait en volutes brumeuses dans l'obscurité violette." (p.7)

Je préfère surseoir voire carrément abandonner cette grosse (474 pages) lecture d'un roman qui est le premier d'une série. Mais je ne doute pas qu'il trouvera son public. D'ailleurs Daniel Fattore en parle en bien.

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Bien-aimé Tchebychev

Publié le par Yv

Bien-aimé Tchebychev, Caroline Renédebon, Ed. La différence, 2014...,
2007, Lorsque le docteur Daguer meurt en fin de roman, les haines, rancœurs et jalousies se cristallisent autour de ses dispositions testamentaires concernant la maison de la baie du Mont-Saint-Michel qu'il était le seul à aimer. Ses trois enfants, deux légitimes et un illégitime ne veulent pas de cette maison mais la part d'argent qui doit leur revenir.
1946, Caroline Renédebon remonte le cours du temps et raconte l'histoire de la famille Daguer, à travers des dates importantes, des faits et des événements, jusqu'en 2010.
C'est un roman assez original que je tiens en mains : une saga familiale construite par petites touches marquantes ; il faut aussi tenir compte des ellipses pour bien la saisir dans son entièreté. Le début est une description de la maison de Carolles, en Normandie et de ses environs, avec des phrases qui m'ont enchanté, ce qui fut d'excellent augure pour la suite : "Ce sont ces airs des maisons du Cotentin où l'odeur de pluie se mêle à la mer. La végétation est sucrée et spongieuse. Et le bleu du ciel possède toujours ce petit gris-lumière." (p.11) Entendez-vous cela, "une végétation sucrée et spongieuse" ? Le reste du roman est  à l'avenant, poétique, mélancolique, dur, cruel, pas très gai mais d'une tristesse rendue lumineuse par l'écriture de C. Renédebon.
Étonnamment construit avec de multiples narrateurs, on passe, en tant que lecteur, par les yeux de chaque membre de la famille à un moment ou un autre. Parfois, on peut voir le même lieu ou vivre le même événement de deux manières différentes, notamment cette fameuse maison que le père vénère, celle dans laquelle il trouve quiétude et plaisir et celle qui n'est que contraintes et déceptions pour le reste de la famille. Les chapitres racontent simplement la vie d'une famille qui n'est pas heureuse d'être une famille : chacun vit indépendamment des autres. Michel, le père, marié à Armande a des maîtresses (a même un enfant illégitime avec Annabella la maîtresse en titre). Armande vit mal ses grossesses, déprime après la naissance de son second enfant, Florence, et aucun des deux n'a de fibre parentale : "L'enfant, elle, ne fait que geindre toute la journée, ne sachant comment téter sa mère. Mais c'est la nuit que tout cela cogne dans la tête. Armande ne le supporte pas. L'enfant grimace, rouge, se tord sans répit. L'enfant est une écrevisse bouillie. C'est le lait maternel qui est vicié : si elle régurgite ce blanc acide, il faut sevrer." (p.32/33) Les gestes des parents sont là, purement techniques, hors de toute tendresse. C'est alors qu'Armande fait la connaissance de Gilda qui viendra s'occuper de la maison, des enfants et qui accessoirement passera dans le lit du père, puis restera dans celui de la mère. Claude, le premier enfant ne vivra que pour la réussite, dans les études d'abord, puis dans sa vie professionnelle ensuite, sans une pensée pour les siens. Florence, la petite fille à sevrer sera toute sa vie au bord de la déprime, révoltée contre son éducation qu'elle a ressenti comme violente envers elle ; c'est elle, qui sera le plus souvent la narratrice. Tous deux, ainsi que Dionis, le fils illégitime feront tout pour sortir de ce poids de la filiation.
Je n'aime pas les sagas familiales, souvent trop romanesques, sucrées : là, on en est très éloigné, l'auteure nous montre une famille qui n'en a que le nom, chacun se construisant et se détruisant en regard des autres membres de la famille, les dernières pages concernant l'héritage finissent de faire exploser le peu qu'il restait de liens entre eux. Moi qui suis d'une grande famille unie (avec ses hauts et ses bas, ses affinités et ses désaccords possibles ou réels), très attaché aux liens qui nous lient, je regarde cela comme un triste spectacle en sachant qu'il peut être la réalité pour certains, alors je savoure d'autant plus mon bonheur d'être dans une famille soudée et aimante.
Revenons à ce roman, et particulièrement à son écriture dont j'ai déjà un peu parlé (que ce billet est décousu !) : phrases courtes, acides, cruelles, elles vont au plus court et au plus profond des êtres qu'elles décrivent ; elles savent se faire plus douces et poétiques lorsqu'elles décrivent un paysage, notamment la baie du Mont-Saint-Michel ou un jardin. Un premier roman réussi tant dans le fond que dans la forme.
Une petite explication pour finir : "Bienaymé-Tchebychev est le nom d'un théorème de probabilité qui permet d'évaluer le résultat d'une expérience aléatoire. Il éclaire le sort qui sera réservé à la maison de granit qui cristallise les secrets de la famille Daguer, dans la baie du Mont-Saint-Michel" (4ème de couverture). Théorème nommé "d'après les mathématiciens Irénée-Jules Bienaymé, qui fut le premier à le formuler, et Pafnouti Tchebychev, qui le démontra"(source : Wikipédia)

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L'été des lucioles

Publié le par Yv

L'été des lucioles, Gilles Paris, Ed. Héloïse d'Ormesson, 2014...,

Victor, neuf ans vit avec sa sœur Alicia, sa maman Claire et la compagne d'icelle Pilar à Bourg-en-Bresse. François leur papa vit à Paris. L'été, Victor et les filles vont le passer à Roquebrune -Cap-Martin, dans un appartement dont François a hérité. Là, il se lie d'amitié avec Gaspard et tous les deux arpentent le chemin des douaniers, parfois accompagnés de Justine dont Victor est amoureux. L'été de ses neuf ans sera celui des découvertes des villas de la région, de l'amitié, de l'amour, des secrets familiaux et des lucioles qui font une arrivée quasi miraculeuse sur la commune.

Gilles Paris n'est pas un écrivain prolifique : quatre livres en un peu plus de vingt ans ; tous ont en commun d'être le point de vue d'un enfant. Je n'ai pas lu  Papa et maman sont morts (1991), par contre j'ai lu et aimé Autobiographie d'une courgette (2002) et Au pays des kangourous (2012). Dans ce quatrième roman, il utilise le même procédé, à savoir raconter une histoire vue par les yeux de son enfant-héros. Avec tout le respect et l'amitié que j'ai pour Gilles, je dois dire que le début m'a un poil ennuyé et que j'ai eu du mal à entrer dans son histoire. Les cent premières pages tournent un peu dans le vide une fois passées les présentations des personnages et des lieux, se répètent au point que je me suis demandé si j'allais pouvoir finir le livre. Je me disais également dans mon for intérieur que Gilles pouvait passer à autre chose, qu'il tournait un peu en rond. Je tiens à préciser que de prime abord, je ne suis pas fan des livres racontés par des enfants, je trouve le procédé parfois facile et souvent surexploité pour faire passer des approximations, pour ne pas aller au fond des choses, écueils  que Gilles Paris avait su largement et finement éviter avec ses autres romans. Certes, là il aborde des thèmes très actuels comme l'alcoolisation des jeunes, la difficulté de vivre avec des parents divorcés, la non-difficulté de vivre avec deux adultes de même sexe qui s'aiment, ... mais c'est fait assez timidement. Voilà où j'en étais en passant la page 98 du livre, car là, enfin, le livre débute, et Gilles de dérouler son histoire avec ses secrets de famille bien enfouis, avec des personnages qui enfin agissent et prennent corps, grâce à l'apparition de la baronne Hedwige, le rôle qui fait passer ce roman dans la catégorie de ceux qu'on veut finir absolument. Là, enfin, Victor prend conscience que sa famille a une histoire pas forcément simple et qu'il doit la découvrir pour avancer et faire avancer les siens. Là, enfin, Gilles Paris installe un suspense (pas intense, on n'est pas dans un polar) et des situations extra-ordinaires, irrationnels. Et là, enfin, je retrouve tout le plaisir que j'ai déjà eu à le lire précédemment, toute la tendresse qu'il a pour ses personnages, qu'ils ont entre eux, de l'amour, de l'innocence -d'aucuns diront de la mièvrerie, ce que j'aurais pu dire s'il n'y avait eu ce tournant dans le livre, mais justement, je trouve que G. Paris sait éviter cette facilité avec justesse. Certains passages sont très réussis, notamment l'entrée non autorisée dans la Villa Cyrnos qui m'a fait inévitablement penser à Le château de ma mère de Marcel Pagnol : "La voix résonne dans mon dos et me terrifie. Je sens mes jambes trembler. De toute façon, je n'ai pas le choix. Je me retourne. Un vieil homme barbu, en short et tee-shirt tout taché, casquette enfoncée sur la tête et sandales aux pieds, me fait face, un râteau à la main. Justine et Gaspard se sont collés à moi." (p.123)

Pour résumer, un roman un peu bavard au départ qui, heureusement trouve son rythme en seconde partie qui sauve largement l'ensemble. Très plaisant, humour et tendresse à toutes les pages (à partir de la 98, j'insiste). Malgré mes réserves, de jolies vacances à Roquebrune à partager.

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La recluse du Destel

Publié le par Yv

La recluse du Destel, Martine Alix Coppier, Presses de la cité, 2014..,

Lorsqu'en décembre 1734, Marie une jeune fille de 18 ans, arrive dans les gorges d'Ollioules et monte dans les grottes du Destel pour y vivre, les gens du village voisin se demandent bien ce qu'elle doit expier et si elle survivra. Dix ans plus tard, elle y est toujours, ermite qui mendie de la nourriture à la sortie de l'église. Elle est là pour se punir de ses fautes que l'on apprend par flashbacks.

Une lecture en demi-teinte pour moi. D'un côté un résumé plutôt intéressant et de l'autre un début lent voire long. Roman découpé en quatre parties déséquilibrées au nom des quatre saisons, le printemps et l'été sont celles où les jours sont les plus longs certes, mais pas que les jours, les pages aussi. Si les paysages sont admirables et beaucoup décrits, on n'en sait pas vraiment plus sur ce qui a pu amener Marie à vivre en ermite, ni même sur ses tourments, ses questionnements ou sur ses conditions de vie. On se contente de visiter la région, de faire connaissance avec les personnes du village voisin de la grotte, avec celles auprès de qui Marie a vécu dix ans auparavant. Et puis, l'automne arrive, une chasse à la louve est organisée dans le Destel, Marie la protège fait rater la battue et d'un coup, enfin, elle commence à se livrer et re-enfin, on comprend ce qui l'a fait basculer dans cette vie misérable et solitaire. C'est vraiment à partir de la page 145 que le roman prend de l'épaisseur et les personnages itou. Rien n'est révolutionnaire, ni l'histoire ni son développement ni son dénouement, et les personnages sont un peu négligés au profit des lieux et des divers apports historiques, ce qui fait qu'on a du mal à s'attacher à eux et que Marie ne récolte pas toute la sympathie qu'elle devrait. On est loin de l'étude de mœurs à laquelle on pouvait s'attendre, néanmoins, les deux dernières parties sauvent l'ensemble du livre qui partait bien mal.

L'écriture de Martine Alix Coppier est agréable, très documentée sur l'époque (sauf peut-être pour les allumettes -celles qui produisent une flamme- qui n'apparaîtront que 60 ans plus tard, à moins qu'on ne parle de celles qu'on enflammait avec un briquet à amadou avant de s'en servir pour allumer une lampe qui elles existaient, mais alors la phrase p.14 n'est pas claire : "Avec des gestes fébriles, elle attrapa la lampe et la boîte d'allumettes, enflamma la mèche et se redressa."), c'est d'ailleurs l'écriture qui m'a retenu d'abandonner ma lecture, il est assez rare que je tienne 145 pages si rien ne me plaît...

Mes propos confirment donc ce que j'écrivais au départ, à savoir une lecture en demi teinte, qui a des qualités et c'est sur cette note positive que je finis mon article. Faites-vous votre idée...

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Faire l'aventure

Publié le par Yv

Faire l'aventure, Fabienne Kanor, Lattès, 2014...,

Biram est un jeune homme qui vit à Mbour, ville balnéaire proche de Dakar, cette ville qui au début du Paris-Dakar voyait les participants finir la course sur sa plage. Biram vit chez sa tante, enchaîne les petits boulots. Il veut faire l'aventure, partir, s'exiler en Europe, mais les récits de ceux qui en sont revenus, pas toujours glorieusement ne sont pas encourageants. 

Marème est une belle jeune Dakaroise qui vient vivre à Mbour le temps que son lycée est en grève. Elle a des manières d'adolescente de la grande ville qui peuvent agacer mais qui fascinent Biram. Elle rêve elle aussi d'un destin à la mesure de ses rêves, hors du Sénégal.

Fabienne Kanor mélange adroitement les genres dans son roman : odyssée de ceux qui s'exilent pour trouver mieux ailleurs, roman initiatique du passage à l'âge adulte et roman d'un amour contrarié, mal engagé entre la jeune citadine bêcheuse et le jeune homme pas très sûr de lui. On commence avec ces deux jeunes gens à l'âge où l'on pense beaucoup à soi, où tout reste à faire pour se construire un avenir et une personnalité. Ils sont en devenir, des ados mal dans leurs peaux : "Oh, ce n'était pas la colère du jeune homme [Biram] qui l'alertait, mais plutôt ce truc visqueux et vénéneux qu'il sentait poindre derrière, et que les gens éduqués appellent mélancolie." (p.135) Puis ils feront leurs routes pas comme ils l'escomptaient, feront des rencontres qui leur permettront de vivre, survivre de toucher du doigt leur rêve. Biram sera "modou-modou", vendeur à la sauvette, d'abord à Tenerife, ce qui sera l'occasion pour Fabienne Kanor de nous décrire le touriste de base sarcastiquement, le passage est un peu long, et c'est fort dommage, car je vous l'aurais bien cité en entier, je me contenterai du début : "Occupée à beurrer des sandwiches à la mortadelle, la femme, une bagatelle d'un mètre soixante à peine, bêlait aux oreilles de son mari. Elle rouspétait, pour commencer, contre cette chambre d'hôtel qu'ils occupaient depuis une semaine avec vue sur la moitié d'un parking et où l'on entendait les cris des voisins. [...] Il n'y avait pas plus plouc que les clients de l'Agua Mar. Plage, bar-tabac et supermarché, c'est tout ce qu'ils connaissaient, en dehors de leur chambre." (p.142/143)

En quatre parties, F. Kanor fait grandir ses personnages pour les emmener vers un âge adulte, vers des désillusions et des déceptions, mais aussi vers des espérances. Son roman est mélancolique, pas déprimant, parce que malgré tout, reste un ou des espoirs, ne serait-ce que celui de la vie qui continue et qui peut apporter son lot de belles surprises : il reste que lorsqu'on passe une partie de sa vie en tant qu'exilé sans papier, on ne peut pas dire que la bonne humeur, l'allégresse règnent en maîtresses. Biram et Marème sont des personnages auxquels j'ai eu un peu de mal à m'attacher ; malgré toute mon attention, je n'ai pas toujours ressenti pour eux toute l'empathie (et non pas de la pitié) que j'aurais voulu, sans doute parce qu'ils ne sont pas éminemment sympathiques, plus occupés à s'en sortir qu'à essayer de s'attirer les bonnes grâces ou des amis. Malgré cela et malgré des longueurs dans ce roman, je le conseillerais très volontiers, d'abord parce que je crois que les personnages, les situations évolueront dans chaque lecteur quelques temps après l'avoir fini et ensuite parce que l'écriture de Fabienne Kanor est vraiment très plaisante : des néologismes, des "africanismes" (ça se dit ça ?), des belles phrases propres à faire naître des images nettes, un langage simple et direct qui épouse parfaitement les caractères de Biram et Marème. Une écriture comme je les aime, inventive, originale et pleine de trouvailles.

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Théorie de la vilaine petite fille

Publié le par Yv

Théorie de la vilaine petite fille, Hubert Haddad, Zulma, 2014.....

Les sœurs Fox, Kate, une douzaine d'années et Margaret, trois ans de plus sont les témoins de phénomènes étonnants qui surviennent dans la vieille et pauvre ferme de leurs parents à Hydesville, dans l'état de New York au beau milieu du XIXe siècle. Dans ce pays en pleine construction, très puritain, Kate découvre son pouvoir de médium. Elle initie Margaret, et grâce à Leah, leur sœur de vingt ans leur aînée qui vit à Rochester, la grande ville la plus proche, elles vont inventer le spiritisme, attirer l'amour et la haine, la curiosité, la dévotion, le scepticisme ou de violentes attaques. Elles seront connues bien au-delà de leurs frontières. Dépassées, moquées, vilipendées, enviées, leurs vies ne seront pas de tout repos.

Hubert Haddad s'empare de la vraie vie des sœurs Fox (et oui, elles ont vraiment existé, et si vous cherchez sur le Net, vous trouverez encore et toujours des articles les encensant et d'autres les descendant en flèche, comme quoi elles restent bien présentes ; de là à croire à la présence des esprits...). Il y mêle des noms de célébrités de l'époque, de gens moins connus et également des personnages de fiction. Et tout cela fonctionne admirablement. Il s'intéresse tout d'abord à la personnalité des sœurs Fox et de divers personnages qui interviendront dans l'histoire. Le début du roman peut paraître un peu long, demande attention et persévérance et l'on peut parfois se demander pourquoi untel ou untel est cité, mais on sait que tous se rejoindront un moment ou un autre ; l'écriture de H. Haddad est là pour nous tenir, et heureusement, parce que la mise en scène passée, le reste du bouquin est un délice et se dévore jusqu'au bout (398 pages).

Il en vient rapidement aux premiers signes des esprits : "C'est alors que se fit entendre un claquement répété ; elle dénombra une douzaine de coups vivement martelés suivis de trois coups plus puissants et espacés, tout à fait comme l'annonce du brigadier sur le plancher des anciens théâtres, en signe des apôtres et de la Trinité" (p.41) Kate vient de découvrir son don de médium, et l'esprit qui l'habitera toute sa vie, elle le nomme "Mister Splitfoot". Le reste de l'histoire est l'enchaînement qui emmènera les sœurs Fox sur les grandes scènes, dans la belle société étasunienne de l'époque ; leur ascension est fulgurante, ce qui excite les jalousies et les conversions de certains flairant le bon filon pour se faire de l'argent ; c'est l'avènement des médiums et spirites en tout genre, charlatans et autres (si tant est qu'on ne croie pas déjà que tous sont des charlatans)

Hubert Haddad ne se contente pas de tirer le portrait des sœurs, il les replace dans leur époque et décrit l'Amérique de la seconde moitié du XIXe siècle. Le rattachement du Mexique à l'Union, la guerre de sécession, les luttes pour les droits des noirs, ... On croise quelques personnalités connues et d'autres beaucoup moins ou oubliées comme Frederick Douglass, né esclave, qui deviendra homme politique et conseiller de A. Lincoln, abolitionniste convaincu et convaincant qui militera également pour les droits des femmes, le premier homme noir à atteindre d'aussi hautes fonctions (il conclura l'un de ses discours par : "Right is of no sex- Truth is of no colour- God is the father of us all, and we are all brethren !" (p.274) 

Ce qui a fini de me convaincre et qui est pour moi la plus grande qualité du bouquin -parmi toutes celles qui l'habitent-, c'est l'écriture de Hubert Haddad. De longues ou très longues phrases, dans un langage châtié, aux tournures élégantes, empli de mots rares mais néanmoins connus ("furibonderie", "séditieuse", "méjuger", "impécunieux", pour n'en citer que quelques uns) et d'autres nettement moins courants. Je me dois d'avouer ici en public que je n'aime pas trop les textes dans lesquels trop de mots que je ne connais pas sont inscrits, j'ai la flemme d'ouvrir un dictionnaire et j'oublie leur existence et a fortiori leurs définitions peu après. Mais maintenant que grâce à Liliba, j'ai un dico tout neuf, je me fais un plaisir de l'ouvrir, et second aveu ici même, jamais je n'ai autant cherché avec plaisir des définitions de mots que dans ce livre ; j'attendais même avec gourmandise le moment ou j'allais en trouver un inconnu de moi : "canitie", "liliale", "stertoreux", "égrotant", "épigone", "cachectique", "cippe", "amaurose", "cariatide", "valétudinaire", "herméneutique" (je connaissais ces quatre derniers, mais point leurs significations)

Vous l'aurez compris, ce roman est une vraie réussite, un de ceux que l'on ne quitte qu'avec regret, un de ceux qui instruisent et distraient les lecteurs simultanément, un de ceux dont on se dit que là, on a lu un grand roman et que tout le monde devrait le lire, un de ceux dont on aimerait que notre enthousiasme à son propos soit communicatif !

Plus de renseignements sur le site de l'éditeur Zulma.

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L'appareil photo

Publié le par Yv

L'appareil photo, Jean-Philippe Toussaint, Minuit, 1988....

Le narrateur, jeune homme dont on sait peu de choses décide de passer son permis de conduire. Il pousse la porte d'une auto-école et tombe sous le charme de la jeune femme qui y officie. Il revient sous des prétextes divers, s'installe dans le bâtiment et dans la vie de Pascale, la jeune femme et elle dans celle du jeune homme.

JP Toussaint est maître dans l'art de raconter des vies normales (certains diraient banales, mais je n'utilise pas ce mot pour son côté un rien péjoratif). Le narrateur et Pascale vivent la naissance de leur histoire. Rien d'exubérant, du concret, du classique. Je ne sais pas vous, mais il me semble que même si la rencontre avec l'Autre et les jours qui suivent restent des moments assez forts dans une vie, force est de constater que (sauf exception) les circonstances ne sont pas souvent exceptionnelles : ami(e) d'ami(e)s, soirées, collègues, ... C'est cela que raconte JP Toussaint avec toute l'ironie, l'humour et le détachement que j'ai déjà évoqués pour La salle de bain et Monsieur. Pour bien mettre son lecteur en situation, il commence ainsi :

"C'est à peu près à la même époque de ma vie, vie calme où d'ordinaire rien n'advenait, que dans mon horizon immédiat coïncidèrent deux événements qui, pris séparément, ne présentaient guère d'intérêt, et qui, considérés ensemble, n'avaient malheureusement aucun rapport entre eux. Je venais en effet de prendre la décision d'apprendre à conduire, et j'avais à peine commencé de m'habituer à cette idée qu'une nouvelle me parvint par courrier : un ami perdu de vue, dans une lettre tapée à la machine, une assez vieille machine, me faisait part de son mariage. Or, s'il y a bien une chose dont j'ai horreur, personnellement, c'est bien les amis perdus de vue." (p.7)

Je ne cite pas cet extrait au hasard, j'aurais pu en choisir nombre d'autres, comme celui (excellent et assez long) où le narrateur, assis sur une cuvette des toilettes d'une station-service, réfléchit en mangeant des chips (p.31/32), ou d'autres encore. Non, celui que je cite, est d'abord l'incipit du roman et ensuite, il résume une grande partie de ce que l'on y trouvera : humour décalé, télescopage d'idées et des propos, belles phrases longues et travaillées, ... 

Pour lire et aimer JP Toussaint il faut aimer tout cela ainsi que le minimalisme des situations, des décors et même des descriptions des personnages, chacun se faisant ses propres images. Par exemple, lorsqu'il décrit la salle des cours de code ou même le moniteur qui fait ces cours et celui qui enseigne la conduite, je me suis revu, enseignant de la conduite -eh oui, dans une autre vie, j'ai fait cela, une douzaine d'années-, je me suis même fait peur rétrospectivement, me disant que mes petites blagues bien pourries -qui ne faisaient rire que moi, et qui continuent d'ailleurs à ne faire rire que moi, mais tant pis, j'insiste, peut-être parviendrais-je à convertir de futurs disciples- devaient faire le désespoir de mes élèves. Parenthèse fermée. Pour lire Toussaint et l'aimer il faut aussi accepter de ne pas avoir forcément une réponse à toutes les questions qu'il aborde, de voir des portes ouvertes dans ces romans ne pas forcément se refermer.

JP Toussaint excelle dans le genre petite vie qui par un détail se trouve bousculée. Ses personnages ne sont ni antipathiques, ni sympathiques, ils sont, simplement. Vivants, ils n'aspirent à rien d'autre qu'à une vie simple, emplie de joies et de bonheurs simples, mais non dénuée de coups durs ou de moments plus difficiles. Des vies ordinaires. Dit comme cela, ce n'est pas vendeur sans doute. Beaucoup de lecteurs n'ont pas envie de lire dans des romans leur quotidien. Qu'ils se rassurent, écrite par JP Toussaint la vie de ses personnages ordinaires prend un ton extraordinaire. 

Babelio recense quelques avis, JP Toussaint a aussi un site.

 

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Une si longue lettre

Publié le par Yv

Une si longue lettre, Mariama Bâ, Ed. Le serpent à plumes, 2001 (Les nouvelles éditions africaines du Sénégal, 1979)....

Modou, le mari de Ramatoulaye Bâ vient de mourir. Quelques années auparavant, après vingt-cinq ans de mariage et douze enfants, il avait pris une seconde épouse de l’âge de sa fille aînée, délaissant Ramatoulaye et ses enfants. C’est cela que raconte Ramatoulaye dans cette longue lettre à son amie Aïssatou, partie du pays lorsque son mari avait fait la même chose. Mais dans cette lettre, il est aussi question de la condition des femmes au Sénégal, des mariages forcés, de leur absence de droits

L’an dernier, en classe de seconde, mon fils a étudié ce livre. Je lui avais dit que je le lirai et puis, les autres livres venant, j’ai reculé et oublié. Et puis, cette année (bon en fait, techniquement, ce sera l’an prochain, puisqu’en janvier) pour la prochaine rencontre du club de lecture de la bibliothèque, le thème est les auteures africaines, et cette longue lettre est dans la liste. Ni une ni deux, je fonce dans la chambre du fiston et je lui pique son bouquin dans lequel je me plonge. Un peu laborieux au départ, j’avoue n’avoir commencé à aimer qu’au bout d’un certain nombre de pages et que d’autres ont été survolées. Mais malgré cela, c’est un livre fort qui va droit au but et dit clairement l’absence de droits des femmes, leur obligation de se soumettre à l’autorité masculine, leur mise à l’écart lorsqu’elles osent dire non, les mariages forcés, la polygamie. Certaines, de la génération de Ramatoulaye, se rebellent, "Car, premières pionnières de la promotion de la femme africaine, nous étions peu nombreuses. Des hommes nous taxaient d’écervelées. D’autres nous désignaient comme des diablesses. Mais beaucoup voulaient nous posséder. Combien de rêves avions-nous alimentés désespérément, qui auraient pu se concrétiser en bonheur durable et que nous avons déçus pour en embrasser d’autres qui ont piteusement éclaté comme bulles de savon, nous laissant la main vide ?" (p.36)

Cette lettre fait aussi le point sur les différentes classes sociales, sur ce que sont prêtes à faire certaines femmes pour monter dans la société : véritablement vendre leurs filles à des hommes plus âgés et riches bénéficiant d’une position sociale enviable, elles deviendront des co-épouses, leurs mères accédant ainsi à une vie plus facile : maison, nourriture, argent, … Elles joueront leurs cartes au détriment de celles de leurs filles (elles pensent à elles bien sûr, arrangent leurs mariages pour leur bien, pour qu’elles aient une vie moins difficile que les leurs). Les premières épouses acceptent, contraintes, la concurrence, se consolant comme elles peuvent : "Je me disais ce que disent toutes les femmes trompées : si Modou était du lait, c’est moi qui ai eu toute la crème. Ce qui restait, bah ! de l’eau avec une vague odeur de lait." (p. 78). Lorsque Ramatoulaye se retrouve veuve, elle est, malgré ses cinquante ans, ses nombreuses grossesses qui l’ont déformée, la cible d’attentions masculines dues plutôt à son rang et à l’argent que son mari lui a laissé. Elle refuse toute demande : "Je survivais. Je me débarrassais de ma timidité  pour affronter seule les salles de cinéma ; je m’asseyais à ma place, avec de moins en moins de gêne, au fil des mois. On dévisageait la femme mûre sans compagnon. Je feignais l’indifférence, alors que la colère martelait mes nerfs et que mes larmes retenues embuaient mes yeux. Je mesurais aux regards étonnés, la minceur de la liberté accordée à la femme." (p. 99)

Écrites en 1979 certaines pages sont encore criantes d'actualité en Afrique sûrement (je ne suis point spécialiste de ce continent, mais j'imagine que les femmes ont encore du boulot pour atteindre l'égalité des droits) mais aussi chez nous où les écarts de salaires perdurent, les tâches ménagères ne sont pas équitablement partagées (chez moi non plus, c'est moi qui m'y colle !), etc., etc., je vous la fais courte. Un paragraphe pourrait expliquer le manque d'engagement des femmes en politique (avis que je partage entièrement) : "Je ne veux pas faire de politique, non que le sort de mon pays et surtout le sort de la femme ne m'intéressent. Mais à regarder les tiraillements stériles au sein d'un même parti, à regarder l'appétit de pouvoir des hommes, je préfère m'abstenir." (p. 137)

A méditer. Comme une très grande partie de cette longue lettre. Moi qui ai du mal à écrire une simple carte postale. Un livre à mettre en miroir avec le Madame Bâ d'Erik Orsenna que j'ai lu il y a un petit moment et qui lui est une sorte d'hommage.

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W ou le souvenir d'enfance

Publié le par Yv

W ou le souvenir d'enfance, Georges Perec, Gallimard L'imaginaire, 1993 (Denoël, 1975).....

Récit croisé qui alterne une fiction : un homme, déserteur qui vit sous le faux nom de Gaspard Winckler reçoit un jour un courrier étrange lui donnant rendez-vous. L'homme qu'il rencontre lui dit qu'il connaît sa fausse identité et qu'il doit retrouver le vrai Gaspard Winckler, disparu en mer, aux abords d'une île appelée W. Dans cette île, le sport est roi, il régit toute la société. L'autre partie est une autobiographie de Georges Perec avec ce que l'exercice peut comporter d'inexactitudes, de manquements, d'oublis. A priori deux textes qui n'ont rien en commun.

Je me souviens du premier livre que Georges Perec que j’ai lu : Quel petit vélo à guidon chromé au fond de la cour ? (si je passe sur des extraits de Je me souviens lus au lycée ou dans des ouvrages divers). Approche assez tardive de cet auteur qui m'intimidait. Ce court roman que j’ai chroniqué dans mes débuts bloguesques (je demande votre indulgence) m’avait emballé et je m’étais promis de continuer à lire cet auteur que j’ai eu l’imprudence de nommer Pérec ce qui m’a valu une remarque fort à-propos autant que judicieuse d’une lectrice me précisant qu’il n’y avait point d’accent sur Perec. Faute corrigée, j’ai ensuite fait attention à ne pas la reproduire, et là, dans son autobiographie l’auteur lui-même donne l’explication de l’origine de son patronyme : "Mon grand-père s'appelait David Peretz et vivait à Lubartow [...] ... entre 1896 et 1909 Lubartow aurait été russe, puis polonaise, puis russe à nouveau. Un employé d'état civil qui entend russe et écrit en polonais entendra, m'a-t'on expliqué, Peretz et écrira Perec. Il n'est pas impossible que ce soit le contraire : selon ma tante, ce sont les Russes qui auraient écrit "tz" et les Polonais qui auraient écrit "c". Cette explication signale, plus qu'elle n'épuise, toute l'élaboration fantasmatique, liée à la dissimulation patronymique de mon origine juive, que j'ai faite autour du nom que je porte et que repère, en outre, la minuscule différence existant entre l'orthographe du nom et sa prononciation : ce devrait être Pérec ou Perrec (et c'est toujours ainsi, avec un accent aigu ou deux "r", qu'on l'écrit spontanément) ; c'est Perec, sans pour autant prononcer Peurec."(p.56/57)

G. Perec, né en 1936 vit donc la guerre, son père meurt en 40 des suites d’une blessure de guerre et sa mère (déportée, elle mourra en 1943) l’envoie à Villard-de-Lans en zone libre, dans une institution religieuse. Dès lors, Georges Perec se promènera entre l’institution, les logements de ses tantes, de sa grand-mère.

L’autre partie du livre, fictionnelle, est elle-même composée en deux parties : l’une concernant Gaspard Winckler jusqu’à ce qu’on lui demande d’aller sur W, puis ensuite, W elle-même, cette île sur laquelle le sport est roi. D’une société idyllique, utopique au départ, très vite G. Perec montre les travers : élitisme, eugénisme, abrutissement des masses, embrigadement, lois farfelues, … W est une dictature dans laquelle le sport est le moyen de gouverner. Chez certains c’était le communisme, chez d’autres le nazisme. W est une sorte de démonstration de tous les totalitarismes. On pense évidemment à Hitler et les nazis qui ont décimé des millions de juifs (dont les parents de l’auteur) et d’autres communautés, mais aussi et malheureusement à beaucoup d’autres ; G. Perec conclut son livre par ses mots : "J’ai oublié les raisons qui, à douze ans, m’ont fait choisir la terre de feu pour y installer W : les fascistes de Pinochet se sont chargés de donner à mon fantasme une ultime résonance : plusieurs îlots de la Terre de Feu sont aujourd’hui des camps de déportation. [Livre écrit entre 1970 et 1974]" (p.222)

Le lien entre ces histoires est donc là, dans la folie des Hommes de vouloir le pouvoir et la domination à tout prix.

Point n’est besoin de dire que ce livre est à lire absolument pour qui veut connaître un peu plus Perec. Je ne me permettrai pas de faire des remarques sur son écriture si ce n’est de vous dire qu’elle me plaît toujours autant et que dans ce bouquin très sombre, il ne peut s’empêcher d’y glisser quelques sarcasmes ou traits d’humour légers qui tirent des sourires. J’ai noté, souligné nombre de paragraphes, de pages entières et je vais finir par celle qui m’a le plus marqué, malheureusement tronquée pour manque de place (notée et soulignée, c’est dire !) :

"Je ne sais pas si je n’ai rien à dire, je sais que je ne dis rien ; je ne sais pas si ce que j’aurais à dire n’est pas dit parce qu’il est indicible (l’indicible n’est pas tapi dans l’écriture, il est dans ce qu’il l’a bien avant déclenchée) ; je sais que ce que je dis est blanc, est neutre, est signe une fois pour toutes d’un anéantissement une fois pour toutes. […] … je n’écris pas pour dire que je ne dirai rien, je n’écris pas pour dire que je n’ai rien à dire. J’écris : j’écris parce que nous avons vécu ensemble [avec ses parents], parce que j’ai été un parmi eux, ombre au milieu de leurs ombres, corps près de leur corps ; j’écris parce qu’ils ont laissé en moi leur marque indélébile et que la trace en est l’écriture ; l’écriture est le souvenir de leur mort et l’affirmation de ma vie."(p.63/64)

De Georges Perec, je ne peux que vous conseiller, en plus de W ou le souvenir d'enfance l'excellentissime La vie mode d'emploi, et le texte d'une de ses conférences, Ce qui stimule ma racontouze... 

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