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roman

Les murmures de la terre

Publié le par Yv

Les murmures de la terre, Véronique Biefnot, Livre de poche, 2014 (Héloïse d'Ormesson, 2012)....,

Naëlle est une belle jeune femme hantée par des cauchemars, amnésique sur les douze premières années de sa vie, assez mal en point psychologiquement. Son compagnon, le célèbre écrivain Simon Bersic lui propose de faire un trekking méditatif en Bolivie pour tenter de faire la paix avec elle-même. Peu enthousiaste, elle part tout de même, aligne les kilomètres avec un groupe dont elle s'isole petit à petit. A la fin du séjour, Naëlle disparaît ; craignant le pire Simon s'envole pour la Bolivie pour la retrouver. 

Ce roman est le deuxième d'une trilogie qui commence avec Comme des larmes sous la pluie -que je n'ai pas lu- et qui finit avec Là où la lumière se pose -dont je parlerai très bientôt, puisque je viens d'en entamer la lecture. Une trilogie qu'on peut suivre de bout en bout, ou bien prendre en cours comme moi ou n'en lire qu'un seul sur les trois, chaque opus étant relié et indépendant. Vendu en quatrième de couverture comme un "thriller amoureux", je me demandais bien dans quoi je m'étais embarqué -je dois dire que la dédicace enthousiaste de l'auteure et la joie (dans le tome suivant) de retrouver brièvement les personnages du dernier roman de Francis Dannemark, Aux Anges (j'en parlerai plus dans mon prochain billet) ont été les deux gouttes d'eau qui ont mis le feu aux poudres (???) et je me suis donc lancé. Et bien m'en a pris, parce que j'ai beaucoup aimé, ne me suis pas ennuyé une seule fois au cours des 499 pages, et ai même, à peine posé le livre, pris le suivant pour rester encore un peu de temps avec Naëlle et Simon. 

C'est tout le cheminement de Naëlle qui est intéressant, ses rencontres avec les guérisseurs locaux et les chamans ; Véronique Biefnot s'est sûrement beaucoup documenté parce que certaines pages sont très détaillées sur la manière de guérir avec les plantes, sur le moyen de parvenir à des transes en ingurgitant tel ou tel mélange. On est avec Naëlle en pleine nature avec des Boliviens qui y ont toujours vécu et qui veulent transmettre leurs connaissances à leurs descendants au grand dam des multinationales qui déboisent et voudraient profiter de ces connaissances pour faire un maximum de profit : "Ici, la transmission du savoir se fait oralement, les Indiens n'ont donc aucun moyen de prouver la paternité de leurs formules. Combien de plantes, de graines, de lianes n'ont-elles pas été ainsi pillées au patrimoine de ces pays et exploitées par des firmes étrangères ?" (p. 442/443). Les paysans du coin que décrit l'auteure ont une approche de la vie très différente de la nôtre, consumériste, ils pratiquent l'échange ou le service sans demande de retour, une simplicité que nous avons un peu oubliée : "Nous, dans les villages, nous ne fonctionnons pas comme vous dans les villes : ce n'est pas l'argent qui nous intéresse... Si je soigne quelqu'un, si je lui rends service, alors il sait qu'il me doit quelque chose... Sa conscience lui parle et il m'offre quelque chose d'autre en retour pour me remercier, c'est ainsi que nous fonctionnons, nous les Indiens. Les Blancs poussent les villageois à la monoculture, à l'utilisation d'engrais, ils les incitent à brûler la forêt inutilement. Avec cette logique de la terre brûlée, le peuple perd son âme et tue sa terre." (p.446/447) C'est toute une culture et dans le monde entier de nombreuses traditions, de nombreuses cultures qui disparaissent au profit d'une uniformisation voulue par l'argent et le profit. L'auteure ne fait pas un manifeste pour sauver les Indiens de Bolivie, leurs croyances, leur savoir-faire, mais ce sont les pages qui ont le plus résonné en moi. Tous les passages relatifs à la vie locale, aux coutumes, aux esprits, au chamanisme et à l'histoire de la Bolivie sont instructifs et passionnants. En plus, Véronique Biefnot avance par petites touches dans le personnage de Naëlle, nous faisant découvrir petit à petit ses souffrances du passé, la complexité de sa personnalité, c'est ça qui est le fil rouge du roman, ce qui en donne le sel et qui provoque l'attrait et l'envie de savoir. Les séances de transes sont bien écrites, on avance avec avidité ; ce que vit Naëlle est écrit en italique et ce sont des scènes convaincantes qui font avancer dans son personnage. La mise en page sert aussi à plusieurs reprises le contenu du texte, faisant une forme d'oiseau lorsque Naëlle voit dans un condor un messager personnel et particulier.

Ce qui donne le rythme aussi, c'est la construction du bouquin : de courts chapitres alternant les points de vue : Naëlle, Simon, Lucas le fils de Simon, Grégoire ou Céline un couple ami de Simon dont on peut se demander parfois ce qu'ils font là, mais j'imagine qu'ils étaient plus impliqués dans le premier tome de la série et qu'ils le seront plus dans le troisième et que dès lors, Véronique Biefnot ne voulait pas perdre le fil avec eux. Une écriture simple, rapide, efficace, sans effet de style, mais très agréable, fluide et limpide.

 J'ai une foultitude de compliments à faire à ce roman qui vraiment m'a tenu de bout en bout grâce aux situations, grâce à toutes les informations sur le pays et le chamanisme et grâce aux personnages vraiment bien travaillés, j'aurais pu en rajouter des caisses et des caisses, mais je préfère vous laisser découvrir, quant à moi, je retourne avec Naëlle et le reste de l'équipe pour le troisième tome de cette trilogie. J’espère qu'il sera de même niveau, la barre est assez haute !

Véronique Biefnot est une auteure belge qui signe avec cette trilogie ses premiers romans, très prometteurs.

 

polars

 

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Salon de beauté

Publié le par Yv

Salon de beauté, Mario Bellatin, Ed. Christophe Lucquin, 2014 (traduit par Christophe Lucquin).....

Un travesti qui a créé un salon de beauté qui marche très bien, le transforme quelques années plus tard en un mouroir pour personnes atteintes d'un mal étrange et incurable. A la demande de leurs familles, de leurs proches, à  leur demande propre, les malades viennent finir leurs jours ici. 

Salon de beauté est initialement paru chez Stock en 2000 et a été finaliste du Prix Médicis étranger, Christophe Lucquin le présente dans une version révisée par l'auteur et dans une nouvelle traduction faite par les soins de l'éditeur. C'est un beau travail, un beau texte, littérairement irréprochable -tant le texte originel j'imagine car je ne parle pas espagnol que la traduction, mais il me semble impossible de faire d'un mauvais texte une traduction excellente littérairement parlant-, court (75 pages) et intense. Ce qui est curieux c'est que l'on sort de ce texte avec l'idée qu'il était plus long, Mario Bellatin aborde pas mal de points, comme la création du salon de beauté, sa décoration avec de grands aquariums et les débuts et la progression du narrateur dans l'art d'élever des poissons (ces passages me rappellent une nouvelle tirée du recueil Les furies de Boras, d'Anders Fager, publié chez Mirobole, qui s'intitule Trois semaines de bonheur) et bien sûr l'arrivée des malades, les soins qu'il leur apporte, la malveillance et la peur des voisins, le désir de "récupération" de son activité par les institutions religieuses (à propos de ce dernier point, une phrase a résonné en moi immédiatement, la troisième de l'extrait suivant : "Pas comme les sœurs de la Charité qui dès qu'elles ont appris notre existence ont voulu nous aider dans nos tâches et prier pour nous. Ici personne n'accomplit aucun sacerdoce. Le travail qu'on y fait obéit à un sens plus humain, plus pratique et réel." (p. 60/61) J'aime beaucoup et adhère à cette dernière phrase qui place l'humain au-dessus de la religion et précise que les valeurs religieuses sont d'abord et avant tout des valeurs humaines que les églises ont voulu préempter.

La maladie n'est jamais nommée, on peut raisonnablement penser qu'il s'agit du sida qui fait toujours des ravages, dès lors, on se doute que le texte ne sera pas léger au contraire de ce que pourrait laisser penser le titre du livre qui, effectivement évoque une certaine superficialité, un certain culte du corps et de la beauté, alors que le narrateur et le lecteur se confrontent directement à la mort et au dépérissement des corps, la réalité la plus tangible qui soit ! 

Rien n'est en trop dans ce roman, les passages sur les aquariums et les poissons qu'on pourrait juger plus légers parlent également de la mort, des corps sans vie dont il faut bien se débarrasser, le parallèle est saisissant. On peut parfois reprocher à des textes courts de l'être un peu trop, mais ce n'est pas le cas ici, car Mario Bellatin va à l'essentiel, et comme je le disais plus haut on a l'impression d'avoir lu un roman plus gros ; de fait, la densité d'un roman n'est pas forcément directement liée au nombre de pages. J'aurais pu citer moult extraits, mais je me suis vite aperçu que j'aurais voulu citer le texte dans son intégralité, je vais donc plus modestement, vous laisser avec les premières phrases qui sont aussi reproduites en quatrième de couverture :

"Il y a quelques années, mon intérêt pour les aquariums me conduisit à décorer mon salon de beauté avec des poissons de différentes couleurs. Maintenant que le salon est converti en un mouroir où vont terminer leurs jours ceux qui n'ont aucun autre endroit pour le faire, il m'est très difficile de constater que les poissons ont peu à peu disparu." (p.7)

Que le thème général ne vous refroidisse pas, ce roman est d'une beauté rare.

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Ça coince ! (22)

Publié le par Yv

Le Roi Lézard, Dominique Sylvain, Éd. Points, 2013 (Éd. Viviane Hamy, 2012).,

"Louise Morvan, gouailleuse détective, a une obsession : venger son oncle Julian Eden abattu il y a vingt ans. Insaisissable, il côtoyait une faune interlope d'artistes, dont le fameux Roi Lézard, Jim Morrison himself ! Avec Serge Clémenti, commissaire à la poursuite du "killer des quais", Louise enquête dans un Paris psychédélique et déjanté. On ne réveille pas impunément les démons du passé..." (4ème de couverture)

J'ouvre le roman, je commence, je ne comprends pas grand chose, j'ai l'impression de rentrer par effraction dans une histoire qui s'est commencée sans moi et qu'on ne m'en raconte pas le début, c'est désagréable, je ne saisis pas des allusions, des remarques, des détails ; les personnages arrivent comme un cheveu sur la soupe, comme si je me devais de les connaître avant même d'ouvrir le livre, mais moi, c'est mon premier Dominique Sylvain ! alors, je tente de continuer ma progression au sein de cet univers brouillon et ouaté, mais rien n'y fait, l'apparition de l'héroïne Louise ne me fait aucun effet, je ne comprends pas ce qu'elle fait ici, pourquoi on parle de son oncle (sauf à avoir lu la quatrième de couverture, mais enfin, une quatrième n'est pas censée être une aide à la compréhension du roman, n'est-il pas ? Si ?), alors je m'agace, je pose le livre, le reprends un peu plus tard, démotivé, relis quelques pages qui ne me font pas changer d'avis (ah ces Bretons à la tête dure !), le repose, le reprends plus tard une ultime tentative histoire de ne pas avoir de regrets et finis par l'abandonner au coin d'une table au profit d'un autre qui me siéra davantage.

 

 

L'Ange de charbon, Dominique Batraville, Zulma, 2014..,

"Tout commence par le tonnerre et l'engloutissement, le grand tremblement de gorge de Monsieur Richter. Face à ce nouvel esprit vodou, M'Badjo Baldini -nègre errant d'origine italienne- parvient à tenir la dragée haute à l'apocalypse." (4ème de couverture)

Si le texte est beau, il m'apparaît parfois totalement abstrus. Entre poésie, lamentation, explication, prières, incantations, assertions. L'Ange de charbon, c'est M'Badjo : "Depuis mon enfance, à cause de mon teint noir profond et ma peau très lisse, parents et proches m'appellent "Italien peau d'ange de charbon". Ils étaient parvenus, bon gré mal gré à faire mon éducation." (p.13). Je m'en veux un peu d'être passé à côté de ce roman, parce que j'en ai aimé l'écriture, mais sans en comprendre toujours la signification, il me manque beaucoup de références bibliques, religieuses car Dominique Batraville se rapporte très souvent à la Bible et aux évangiles et j'avoue que je suis assez loin de tout cela et que les souvenirs de mon éducation religieuse sont enfouis très profondément ; cette lecture nécessite aussi des connaissances d'Haïti que je ne possède pas. Je m'en veux également parce que je suis rarement déçu par une publication Zulma et parce que, encore une fois, la couverture est magnifique ! Mais bon, tant pis, ce texte parlera à d'autres qu'à moi.

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Des mille et une façons de quitter la Moldavie

Publié le par Yv

Des mille et une façons de quitter la Moldavie, Vladimir Lortchenkov, Ed. Mirobole (traduit par Raphaëlle Pache)....

Larga, petit village de Moldavie ; tous les habitants rêvent de l'Italie. Sorte d'Eldorado, le pays de tous les possibles, celui d'où l'on ne revient jamais puisque la vie y est prospère. Tous les moyens sont bons pour partir, de la croisade menée par le pope, au tracteur volant puis sous-marin, en passant par d'autres idées folles. Pas un habitant ne sera tenté un jour où l'autre de sa vie par l'exil ou le départ définitif.

La Moldavie, si vous êtes comme moi, vous pensez que c'est un pays imaginaire, c'est la faute à Hergé qui, dans ses albums parle de la Syldavie. Lequel est le bon si tant est qu'il y en ait un ? Eh, bien, la Moldavie existe, coincée entre la Roumanie et l'Ukraine (qui en ces moments d'annexion de la Crimée par la Russie voit d'ailleurs ses frontières renforcées par peur de Vladimir, pas l'auteur de ce roman joyeux, mais un autre plus désagréable et tristement célèbre qui rêve de grandeur et de puissance) ; capitale Chisinau (ville dans laquelle habite V. Lortchenkov), environ 700 000 habitants pour un total de 3,6 millions de Moldaves. Je vous la fais courte sur l'histoire du pays, qui sorti du joug russe hésite désormais entre un rapprochement avec ce pays ou avec l'Europe (plus de renseignements sur Wikipédia ou en tapant Moldavie sur un moteur de recherches, plein d'articles en parlent en ce moment). J'en parle un peu parce que l'auteur fait plusieurs fois référence au contexte historique, politique de son pays et même si ce n'est pas rédhibitoire, il n'est pas plus mal de se renseigner un peu avant ou pendant (c'est ce que j'ai fait) la lecture. Le gros avantage, c'est qu'on apprend plein de choses utiles pour sa culture personnelle et/ou pour briller en société. C'est d'ailleurs un des points qui m'a intéressé dans ce livre, son exotisme (pour moi j'entends) qui m'a obligé à aller chercher des infos, j'aime quand les livres me poussent à m'instruire.

L'autre point fort de ce roman est sa drôlerie, une tragi-comédie qui fait sourire, rire qui peut être totalement loufoque, ubuesque voire grotesque ; une farce assez féroce et tendre de la Moldavie et des Moldaves écrite par un Moldave. Il y a des passages absolument géniaux comme celui où Séraphim et Tudor, deux personnages récurrents, sont pantois devant la nouvelle équipe de curling de Larga qui compte participer à des championnats en Italie et y rester : "Deux alouettes se posèrent dans les bouches béantes de Séraphim et du vieux Tudor, médusés par tout ce charabia incompréhensible. Elles y bâtirent un nid, pondirent leurs œufs puis, laissant piailler leurs oisillons, s'en furent chercher de la nourriture à travers les champs gelés." (p. 35), suivent deux trois pages de règles du curling, puis des querelles entre les participants, et l'on retrouve Tudor et Séraphim : "Après voir nourri leurs oisillons tout juste éclos avec les quelques vers endormis qu'elles avaient extraits de la terre froide, les alouettes nettoyèrent soigneusement leur plumage et se mirent à gazouiller dans la bouche de Séraphim. Comme tiré d'un profond sommeil, celui-ci ôta précautionneusement la jeune génération de son gosier, aussitôt imité par Tudor." (p. 39) D'autres passages sont totalement barrés, l'auteur s'est lâché dans des idées plus folles les unes que les autres. Mais il n'y a pas que cela dans ce roman, entre les lignes on y voit aussi le constat de la pauvreté de la Moldavie de la dureté de la vie, de la difficulté de vivre de son travail lorsque tous les jours on voit comment on vit dans les pays riches, de l'envie d'émigrer pour atteindre le paradis, le pays où la vie paraît facile. 

En filigrane on peut y voir aussi une critique joyeuse mais sévère de l'embrigadement qu'il soit politique, religieux, de toute sorte ; un jugement des dégâts que peuvent faire les croyances en des êtres ou en des entités ou des idées lorsqu'elles conduisent à l'intolérance et au rejet de l'autre. J'aime aussi ce passage qui dit par la bouche de Tudor : "Comprenez, malheureux, que nous cherchons ailleurs quelque chose que nous pourrions avoir ici. Ici même, en Moldavie ! Nous pouvons nettoyer nous-mêmes nos maisons, refaire nous-mêmes nos routes. Nous pouvons tailler nos arbustes et cultiver nos champs. Nous pouvons cesser de médire, de nous saouler, de fainéanter. [...] Arrêter de truander ! Commencer à vivre honnêtement ! L'Italie, la véritable Italie se trouve en nous-mêmes !" (p.217/218) Message qui vaut bien sur pour les Moldaves, mais aussi pour tous ceux qui préfèrent toujours rejeter la responsabilité de leurs échecs sur les autres, sur l'administration, le gouvernement et autre plutôt que de se retrousser les manches et de se mettre vraiment au boulot. 

Voilà pour ma lecture de ce roman très réussi, drôle mais pas seulement, instructif pour peu que l'on veuille faire un petit effort de recherches d'informations et finalement beaucoup plus profond qu'il pourrait paraître au premier abord. Je conseille fortement. Eric des Huit Plumes en parle en des termes élogieux.

Cet excellent roman a fait l'objet d'une lecture commune avec la non moins excellente Liliba.

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Fuir

Publié le par Yv

Fuir, Jean-Philippe Toussaint, Minuit, 2005 (édition poche, 2009).....

Le narrateur est en Chine entre Shangaï et Pékin, pour un séjour de deux semaines, une mission pour la maison de couture de Marie, son amie. Ces jours en Chine se déroulent l'été d'avant la séparation de deux amants. Dès son arrivée à l'aéroport, le correspondant chinois lui offre un téléphone, lui qui déteste ces appareils se demande dans quel but, celui de le surveiller ?  C'est son seul moyen de communication avec l'extérieur, le moyen également pour Marie de le joindre. Et l'on peut sentir déjà dans leurs conversations, à la fois le manque et le délitement de l'amour. 

Suite de Faire l'amour dans lequel Marie et le narrateur se séparaient, Fuir est un roman qui commence sans Marie. Il est en Chine, loin d'être indifférent aux charmes de Li Qi, une jeune artiste chinoise, se sent constamment surveillé par Zhang Xiangzhi, à la limite de la paranoïa. Il ne s'y passe pas grand chose dans les premières pages, beaucoup de superbes descriptions des villes, des gens, des paysages : "Des milliers de personnes se pressaient là sur l'esplanade, qui prenaient la direction des bouches de métro ou de la gare routière, entraient et sortaient de la structure de verre illuminée de la gare, tandis que, à l'extérieur, des centaines de voyageurs étaient massés par terre dans la pénombre le long des parois transparentes, assis et désœuvrés, quelque chose de borné et de noir dans le visage, paysans et saisonniers qui venaient d'arriver ou qui attendaient un train de nuit avec des quantités de valises et de sacs à leurs pieds, élimés, mal fermés, mal ficelés, caisses et cartons entrouverts, sacs en jute affaissés, baluchons, fourniments, parfois de simples bâches mal nouées desquelles dépassaient des réchauds et des casseroles." (p.22/23), des chambres d'hôtel, mais surtout beaucoup de descriptions des tourments de l'homme qui est loin de la femme qu'il aime et n'aime plus à la fois. La relation entre Marie et lui est compliquée, à la fois faite d'amour, de lassitude, de désir sexuel, de dégoût, d'agacement réciproque. Marie est loin, le rapprochement avec Li Qi semble être sérieux, mais Marie est toujours là, dans la tête de l'homme. Les premières pages sont lentes, toujours aussi belles que dans les romans précédents, pas d'humour, de la beauté, de la sensualité dans la rencontre avec Li Qi, du désir latent, notamment dans le train Shangaï-Pékin. Puis à Pékin, le rythme du roman s'accélère à la faveur d'une partie de bowling, visualisable comme si vous y étiez, l'art de l'écriture de JP Toussaint, mais surtout grâce à une course-poursuite à trois sur une moto (cf. photo de couverture, de l'auteur), assez longue qui nous fait emprunter tout un tas de ruelles, de placettes, de venelles ; on n'est bien sûr pas dans un polar états-unien avec force dérapages, bousculades, fumées des pneus sur l'asphalte, mais cette longue scène n'a rien à leur envier, grâce à l'écriture quasi-documentaire de l'auteur. Puis, à la suite d'un coup de téléphone de Marie qui lui apprend que son père (celui de Marie) est mort et qu'il est enterré sur l'île d'Elbe, là où il vivait, l'homme quitte la Chine, pour tenter d'arriver à temps à la sépulture, le récit reprenant un rythme plus lent, celui qui sied aux retrouvailles avec Marie. Dans la première partie, malgré la tension qui régnait lors de la poursuite à moto, le vocabulaire de JP Toussaint était resté assez neutre, alors qu'il devient violent voire grossier lorsque les deux amants se revoient, comme si le danger réel de l'accident, de la mort même était moins grand que celui de la perte de l'amour, moins essentiel. L'amour et la mort. L'amore, pourrais-je même dire puisque  le final du roman se passe à l'île d'Elbe, italienne comme chacun sait.

Encore un excellent roman de JP Toussaint, avec des phrases sublimes, aux mots simples, aux tournures tellement évidentes quand on les lit, de longues phrases, comme celle que j'ai citée et de nombreuses autres, de beaux personnages qui évoluent, qui se posent des questions sur leur vie, sur leur amour. La suite est déjà écrite avec La vérité sur Marie (en 2009) et Nue (en 2013). Livres que je lirai assurément ! J'attends les sorties en poche.

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Aux Anges

Publié le par Yv

Aux Anges, Francis Dannemark, Éd. Robert Laffont, 2014....

Florian et Pierre sont deux amis d'enfance très liés pendant des années qui ne font plus que se croiser aux hasards de leurs vies depuis trente ans, sans vraiment se parler. A l'invitation de Pierre, qui souhaite renouer avec sa belle amitié, Florian accepte une virée de cinq jours entre la Normandie et la Picardie, que Pierre doit ponctuer de quelques rendez-vous professionnels. Bien évidemment, leur escapade entre copains ne se déroulera pas comme prévu, surtout lorsqu'ils rencontrent, Emiliana di Castelcampo, vieille comtesse excentrique qui vit dans un château en quasi ruine, entourée de nombreuses personnes et d'une ménagerie impressionnante.

La balade commence comme un road movie mélancolico-nostalgique, les deux cinquantenaires se redécouvrant, osant petit à petit se livrer l'un à l'autre. Chacun raconte sa vie, entre succès ou ratages professionnels, amours qui durent ou éphémères : Pierre est marié depuis longtemps à Béatrice, médecin et il sent bien qu'ils s'éloignent, Florian est marié-divorcé trois fois, père d'une fille qu'il ne voit pas et en compagnonnage avec une femme qu'il n'aime pas vraiment. La reprise de contact est timide, empruntée, mais on sent qu'il en faudrait peu à ces deux hommes pour se livrer un peu plus. Le déclic viendra d'Emiliana di Castelcampo, arrêtée au bord de la route, son véhicule dans le fossé ; Florian et Pierre la raccompagnent chez elle et découvrent le château, Léo le mari, Benny l'ancien rappeur reconverti et homme à tout faire et toute une galerie de personnages heureux, souriants, et un nombre d'animaux assez impressionnant, Noé même doit s'en mordre ce qu'il reste de ses doigts de jalousie ! C'est donc Emiliana qui va dynamiter le récit qui aurait pu s'enliser dans la routine. Le château est un lieu dans lequel ses habitants se livrent, se racontent. Un peu comme Alice dans Histoire d'Alice qui ne pensait à rien (et de tous ses maris plus un), la vieille dame parle de sa vie, de ses amours parfois heureuses, parfois moins, mais jamais tristes. Puis chacun y va de sa confession, Florian et Pierre itou, qui la cinquantaine à peine entamée se posent pas mal de questions sur la vie, les amours, le sens de la vie, de la réussite -est-elle professionnelle, privée ?-, l'amitié, ... toutes ces questions qui commencent à fleurir dans les cerveaux des gens approchant cet âge.

Comme à son habitude, dans ses derniers romans au moins -les autres, je ne les connais point-, Francis Dannemark, se régale à écrire un roman optimiste. Pas mièvre, drôle, enlevé et optimiste et pas si léger qu'il pourrait paraître de prime abord. Dans ces moments pas toujours faciles, c'est un bonheur total de pouvoir s'échapper quelques heures en compagnie de ses personnages qui, sans avoir une vie facile, la prennent du bon côté. Ce n'est pas toujours aisé, le malheur fait plus vendre que le bonheur. On rêve tous, là, peut-être m'avancé-je en parlent pour tous, alors disons, je rêve, de trouver une Emiliana en son château en ruine, dans lequel, lorsque le moral baisse -ben, oui, ça peut arriver, même si je suis d'une nature plutôt optimiste-, je pourrais aller passer quelques jours. Sauriez-vous résister à un humour tel que le rapporte Lucie, ex-pharmacienne qui vit depuis cette anecdote au château : "Le lendemain, j'ai revu une femme que je n'avais plus revue depuis longtemps. Elle m'a demandé si je n'avais pas, par hasard, un sirop qu'elle pouvait donner à un perroquet qui ne cessait d'éternuer. Je l'ai regardée, elle a précisé avec beaucoup de sérieux qu'il n'était pas impossible que le perroquet fasse semblant d'éternuer mais que dans le doute..." (p.90) ?

Francis Dannemark aime les personnages qu'il crée, et ça se sent, il est bon avec eux, et on n'a pas envie qu'il leur arrive des tas d'événements malheureux. Ils passent par des moments pas faciles, se posent mille questions. F. Dannemark parle bien de la seconde ou de la troisième ou de l'énième chance en amour, la manière dont on peut, en couple évoluer ensemble dans un sens similaire, conforter année après année l'attachement à l'autre, ou au contraire comment deux êtres s'éloignent sans l'avoir voulu, au gré des rencontres, des souhaits, des virages de la vie. Pourquoi alors céder à une vie moyennement confortable lorsqu’une vie plus épanouie s'ouvre ? Alors, certes, chez Francis Dannemark, tout se fait en douceur, il y a un petit côté utopique, rêveur qui paraît difficilement atteignable dans notre monde rapide, moderne, fuyant. Et finalement, s'il avait raison et s'il fallait prendre du temps ? Changer si ce n'est de vie, de vitesse en adoptant une allure pied sur frein, pour profiter de tous les paysages aux différents âges ? Pour finir sur une note personnelle, j'ai changé de rythme de vie, la quarantaine tout juste entamée, et depuis sept ans maintenant je m'en félicite tous les jours, sans regret ou amertume de ne l'avoir pas fait plus tôt, juste avec l'espoir de profiter encore longtemps. 

A noter que les personnages de ce très agréable roman, que dis-je, de cette douceur et joie de lecture se rencontrent avec ceux d'un autre roman, celui de Véronique Biefnot, Là où la lumière se pose, et que l'idée est tellement plaisante, qu'il ne me reste plus qu'à lire le livre de V. Biefnot.

Pour finir en musique, tout le long de ma lecture, j'avais en tête la chanson de Merlot (quoi, vous ne connaissez pas Merlot ? Quelle honte !) qui s'intitule Souris (tiré de l'excellent album Business Classe) et qui est une ode à la vie joyeuse. Eh bien, direction une plate forme d'écoute légale, non mais...

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Le roman du café

Publié le par Yv

Le roman du café, Pascal Marmet, Éd. du Rocher, 2014....

Julien a vingt ans. Il est aveugle. Il vit et travaille avec son grand-père, à la brûlerie du Four à Paris. Un jour où Julien proclame que Nespresso fait du bon café, son grand-père le vire. Ils ne se sont jamais entendus, le grand-père reprochant à son petit-fils la mort de sa fille (donc la mère de Julien) en couches, puis sa cécité face à laquelle il était désemparé. Julien va alors retrouver son amie d'enfance Johanna, une journaliste gentiment allumée, exubérante. Il lui propose d'être ses yeux pour le périple qu'il envisage au Brésil sur les terres des plantations du café. 
Julien Saurelles -tiens, j'aurais plus penché vers un héros de Balzac, grand amateur de café, largement cité par Pascal Marmet que vers un de Stendhal qui ne devait pas apprécier le breuvage, ou alors en solitaire car l'auteur ne le cite point-, Julien Saurelles disais-je avant de m'auto-interrompre est une encyclopédie vivante sur tout ce qui à trait au café : l'histoire, les premiers plants, la manière dont ils se sont répandus tout autour du monde, mais aussi la manière de le boire aux quatre coins du globe, les premiers vendeurs à le proposer à la vente ambulante, puis, ceux qui ont flairé le bon coup de le proposer dans des endroits chics comme Francesco Procopio dei Coltelli qui ouvre un salon de café dans le Paris de la fin du XVIIe siècle vite couru par la bonne société, sauf Louis XIV qui ne se remet pas d'un différend avec celui qui a rapporté les grains de café en France, Soliman Aga : "Les prestigieux accouraient dans ce salon de café, on s'y régalait de chocolats, de liqueurs, de tiramisu, de café liégeois et évidemment de mille sorbets. Mais les dames ne s'y aventuraient pas, stoppaient leur carrosse devant et leurs laquais de pied leur rapportaient le précieux dans de fines tasses de porcelaine ou d'argent. Exit la turquerie, place au grand couvert, tel était le crédo de Procopio l'ingénieux qui avait vu juste." (p.95), les différentes variétés, les terroirs, les méthodes de culture, la torréfaction et même l'économie liée au café ! Autant dire que sous couvert d'un roman on a là une mine d'informations assez incroyable. C'est un vrai documentaire quasi exhaustif sur le café qui, même si parfois on peut friser un surdosage, n'est jamais rébarbatif. Lorsque j'ai senti mon attention se relâcher un petit peu, hop, Pascal Marmet m'embarque sur l'histoire de l'escroc James Vargas, qui sous prétexte de draguer Johanna fait des affaires très louches ; attention relancée jusqu'au bout des 185 pages (sans compter le très instructif dossier final d’une cinquantaine de pages). On pourrait reprocher des petites choses à l'auteur comme des ficelles parfois voyantes : le savant Julien et la candide Johanna, l'escroc qui permet de faire un point sur l'économie et la géopolitique liées au café, les personnages très très secondaires, peu décrits par rapport au thème du roman, mais ce serait juste pour faire le mec chiant, car il n'y a pas à dire autre chose que ce roman est très réussi.
Je n'ai pas lu tous les articles consacrés à ce livre (il y en a beaucoup sur babelio), les auteurs de ceux que j'ai lus disent tous que ce livre leur a donné envie de boire une bonne tasse d'un bon café (même les non-amateurs), c'est un peu facile comme conclusion d'une chronique, mais je dois dire que si facile elle est, inévitable encore plus, car indéniablement ce bouquin incite à l'ingestion de bonnes tasses du breuvage sus-décrit ; il va plus loin, puisque j'ai très envie d'aller découvrir les lieux parisiens dont il parle. Dans un premier temps, je vais aller voir ce qui se fait par chez moi, Nantes est une grande ville il y a sûrement des endroits où le café est aussi aimé pour son goût et tout ce qu'il représente. M. Marmet, si vous avez de bonnes adresses dans le coin, je suis preneur. Merci à vous pour ce bouquin qui m'a ravi et merci à l'éditeur et babelio pour m'avoir permis cette lecture dans le cadre de l'opération masse critique.

 

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Chercher Proust

Publié le par Yv

Chercher Proust, Michaël Uras, Éd. Christophe Lucquin, 2012.....
Jacques Bartel vit une enfance et une adolescence un peu morne, sous le poster de Marcel Proust accroché à un mur de sa chambre. Ses parents, non-lecteurs se demandent bien ce qu'il va finir par faire avec cette passion proustienne. Jacques en fera sa profession, chercheur en Proust, dans une association qui a pour but de disséquer par le menu la vie et l'œuvre du maître. Mais l'obsession de Jacques est néfaste à sa vie personnelle qui s'effiloche. Ses amitiés et ses amours se ressentent de cette mono-maniaquerie.  
Si le thème général du roman n'est pas original, ce sont les questionnements d'un homme tout au long de sa vie, de son rôle sur terre à son utilité, l'amour, la mort, la vie quoi, ce qui est original et intéressant, c'est le biais pris par l'auteur à savoir cette passion proustienne. Jacques ne vit que par et pour Marcel Proust. Sa rencontre avec l'œuvre date de ses quinze ans, lors d'une pause alitée pour cause de maladie, un oncle lui offre Du côté de chez Swann. "Lors d'une crise particulièrement douloureuse, ne sachant plus que faire, je saisis le livre et le mordis de toutes mes forces, laissant l'empreinte de mes dents sur la couverture. Quelques instants plus tard, la souffrance s'estompa. Pour la première fois, Marcel Proust venait de me soulager. Cette expérience se renouvela plusieurs fois, le pauvre livre, que je possède encore, en conserve les stigmates. Pour remercier l'auteur de son aide merveilleuse, je décidai de débuter son œuvre." (p.14/15)
Point n'est besoin pour apprécier ce livre de connaître la littérature proustienne. La preuve, c'est qu'ayant lu à peine un livre de Marcel, j'ai beaucoup aimé celui de Michaël Uras. S'il est totalement respectueux des mots de Marcel Proust, de son œuvre, Uras l'est beaucoup moins de l'homme dont il se moque gentiment : "Proust était habitué à ce faste, ses amis, tous très riches, eux aussi. Si je m'étais trouvé à une table voisine de la leur, qu'aurais-je pensé ? Je l'imagine : quel attroupement de bourgeois ! Quel amoncellement de nobles décrépis ! Voyez ce vieux comte à moitié endormi sur sa table, il n'a même pas la force de soulever sa fourchette. [...] Quant aux femmes, deux ou trois vieilles princesses quasi séniles. L'incontinence régnant, elles se relaient pour aller constater l'ampleur des dégâts aux toilettes." (p.139/140). Il se moque également de ceux qui ont ausculté, disséqué l'œuvre de M. Proust dans tous les domaines les plus inattendus soient-ils : "... alors que je somnolais tout en faisant mine d'écouter un monsieur parler des pantalons et chemises préférées de Proust", "Lors d'une conférence sur l'utilisation de la virgule dans A la recherche du temps perdu." (p.50), "je profitai de ce temps pour lire un article sur l'utilisation de la lettre "i" dans l'œuvre de Proust" (p.52), et de l'écrivain de venu un mythe sans l'avoir voulu : "Proust était aussi présent que Mac Donald dans les coins les plus retirés de la planète, pourtant il n'avait jamais eu de plan commercial. Quel génie du commerce ! Et si Mac Donald diversifiait chaque année son offre, Proust lui, offrait inlassablement la même carte, sans jamais de nouveautés." (p.56/57) Une irrévérence fort salutaire, surtout lorsque comme ici, elle est doublée d'une admiration pour l'oeuvre.
Et puis c'est aussi l'histoire de Jacques Bartel qui va tenter de comprendre pourquoi et comment sa passion l'empêche de vivre avec les autres, avec Mathilde notamment qui n'en peut plus de Marcel ni de Jacques, un petit intellectuel maigrichon et sans muscle, elle qui finalement préfère les vrais hommes, musclés, qui ne lisent pas. Tous les clichés passent sous la plume de Michaël Uras, pour mieux les railler, les tourner en dérision ; ça pourrait être très attendu, grossier et c'est fin, délicat et drôle. Parce que je me suis bien marré (entre autres) en lisant les tribulations de Jacques Bartel. L'écriture est alerte, absolument accessible à tous, peut même permettre à des lecteurs de dédramatiser Proust, et pourquoi pas de le (re)commencer ? La meilleure preuve est que j'ai cité plein d'extraits et que j'aurais pu en placer encore, parce que très souvent, j'ai souligné tel ou tel passage.  Un premier roman très prometteur.

Info de dernière minute : si vous voulez découvrir ce roman, dans sa toujours très belle livrée blanche et bleue de Christophe Lucquin, n'hésitez pas, en plus d'être un bon livre, c'est un beau livre : autrement, un informateur mystère m'indique qu'il sortira au Livre de Poche tout début mai : aucune raison de se priver. Une belle récompense pour cette maison d'édition qui verra un deuxième de ses titres repris en poche, L'été à Lulaby, que je n'ai pas (encore) lu.

On en parle sur Chroniques de la rentrée littéraire. Et je viens de découvrir un blog très original et très vivant sur la manière de parler de Proust qui s'appelle Proustpourtous

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Ça coince ! (21)

Publié le par Yv

Trouvée, Luc Bossi, Isabelle Polin, Éd. Fayard, 2014.

Clara est une étudiante de 25 ans, heureuse, qui vit à Bordeaux avec François, neurologue, de dix ans son aîné. Leur idylle dure depuis quatre ans. Un jour, au sortir d'un cours dans lequel elle a lu une nouvelle policière de son cru, Clara trouve un mot qui la perturbe dans ses affaires : "Je t'ai trouvée". Dans le même temps, à Bordeaux un meurtre est commis, le même qu'un autre neuf ans auparavant. Clara apprend de la bouche de François que ces meurtres sont l'oeuvre d'un même tueur surgi de son passé.

Oh, que j'ai du mal  à résumer ce bouquin tellement je m'y suis ennuyé. J'ai eu l'impression de me retrouver projeté dans mon passé lorsque j'ai lu -je le confesse- deux ou trois romans de Mary Higgins Clark (beurk) ou dans une bluette (j'avoue, j'en ai lu aussi) : les deux personnages sont beaux, ils réussissent de manière insolente, vivent dans une superbe maison que François a refaite juste pour Clara, ils s'aiment, sont tout l'un pour l'autre, etc, etc, ... "Tout ce qu'avait raconté Inès était juste. Mais elle avait bien d'autres raisons d'aimer François. Ils se complétaient : lui était aussi introverti, réfléchi, doux, qu'elle était spontanée, entière, créative. Et il avait su d'emblée se montrer protecteur, calmant les angoisses qui l'habitaient depuis bien plus longtemps que la mort de son père..." (p.18)

L'intrigue est prévisible et le tueur, on le connaît dès le début, non pas parce que les auteurs le nomment, mais parce que tout est du déjà-vu-déjà-lu, certes on peut hésiter un peu, entre les deux mon assurance balance, mais pas bien longtemps.

L'écriture est maladroite, gnangnan, pleine d'adjectifs qui en rajoutent des tonnes dans la beauté des gens et des lieux qu'ils habitent : "Clara battit en retraite vers leur spacieuse salle à manger..." (p.38), "Clara avait un temps trouvé la demeure trop vaste, trop lumineuse, comme s'ils avaient pu perdre dans l'enfilade de ces pièces leur complicité naissante." (p.34),-pauvre chérie !-, émaillée des citations de Marcel Proust, l'auteur préféré de Clara -c'est sûr que ça lui va mieux que Frédéric Dard !-, procédé assez casse-gueule, parce que citer Proust, c'est quand même viser un certain niveau littéraire qui reste là, très loin, hors de portée...

Je suis désolé, madame et monsieur les écrivains, (surtout madame qui m'a fait une gentille dédicace), j'aurais aimé dire du bien de votre livre, mais je n'y arrive pas. Il pourra plaire sans doute, peut-être aux amateurs de romans policiers aux frissons faciles et aux amours belles et enviables, sans doute un très large public, mais pas à moi.

 

 

 

Des vies sans couleur, Zoë Wicomb, Éd. 10/18, 2010 (Phébus, 2008), traduit par Catherine Lauga du Plessis.,

"Marion Campbell dirige une agence de voyages prospère au Cap et mène une vie solitaire et sans histoire. Mais tout n'est qu'apparence. La nuit, son sommeil est agité, et le jour, elle est hantée par les souvenirs confus qu'a fait resurgir en elle la photographie d'une femme en première page du journal." (4ème de couverture).

Pas mal sur le papier, mais long, mais long. Ça n'en finit pas de démarrer. Si encore l'auteure en lieu et place de ses digressions peu intéressantes concernant Marion, nous parlait de l'Afrique du Sud, de la ville du Cap, on apprendrait des trucs, mais là, rien : on se contente des doutes de Marion et de ceux de son vieux père qui sont finalement universels. J'attendais d'un roman sud-africain une touche plus sud-africaine qu'internationale. Je stoppe ce roman peut-être un peu hâtivement, mais quand je vois qu'il fait 282 pages, en petits caractères, dans sa version poche, et que dès le début j'ai du mal, je ne persévère pas, je n'aime pas me faire du mal. (Livre emprunté à la BM dans le cadre du club de lecture dont le thème est : les écrivaines africaines).

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