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Articles avec #roman tag

Petits plats de résistance

Publié le par Yv

Petits plats de résistance, Pascale Pujol, Le Dilettante, 2015....

Sandrine Cordier est conseillère au Pôle Emploi. Zélée et détestée par les chômeurs qu'elle n'a aucun scrupule à désinscrire si leur dossier n'est pas clair et dûment rempli. Antoine Lacuenta, bac +10 est le champion des cossards et totalement allergique à la notion même de travail ; il va rencontrer Sandrine à son agence.

Marcel Lacarrière, patron de presse ne peut laisser la main à son fils abruti notoire qui ne fait que bourde sur bourde. Et pourtant, il aurait besoin d'aide, son journal est en perte de vitesse fulgurante.

Le foyer Darcourt qui accueille des hommes de nationalités diverses, immigrés, sans travail ou avec des travaux mal payés, périclite. Sa fin est proche au grand désespoir des locataires et du gestionnaire qui fait tout pour le maintenir à flot.

Tout cela se passe à Paris XVIII°, Montmartre, la Goutte d'Or, Barbès. Tous les gens impliqués dans ses histoires vont s'y rencontrer.

Une fois n'est pas coutume, mon résumé est un peu long, mais il y a tellement de personnages, d'histoires qui se mêlent, que je ne pouvais pas faire autrement. Et moi, qui n'apprécie pas plus que cela les romans avec beaucoup d'entrées, de personnages, parce que je me perds très vite, eh bien, je me suis régalé ! A tel point, que bien que petit mangeur, je me serais bien resservi une bonne louchée d'aventures montmartroises avec cette galerie inattendue, improbable, colorée et joyeuse.

Certes, le roman est léger, à peine crédible -voire pas du tout-, mais peu importe, l'important n'est pas là. Il est drôle, met en scène des personnages hors norme, caricaturaux et ce sont ces excès qui nous font rire ou sourire. On peut aussi y voir une satire (et non satyre comme j'ai failli l'écrire) du système social : l'accueil des immigrés, des pauvres qui se raréfie dans les villes au profit -et c'est le mot exact- de sociétés sans scrupule qui s'enrichissent donc. Paris doit se rénover et l'habitat social en pâtit. Le roman ne dénonce rien, il sert surtout à détendre les lecteurs, à passer un agréable moment, mais un constat de cette réalité, bien placé est une bonne idée.

Et la gentille chronique avance et un certain suspense naît : pourquoi et comment les différentes histoires avec ces différentes personnalités se rencontreront-elles ? Quels sont les liens entre elles ? Quel jeu joue Sandrine la jolie mais inflexible mère de famille et conseillère Pôle Emploi qui aurait tant aimé faire de la cuisine ?

Tout s'imbrique très bien et même si incohérences il peut y avoir, occultées sont-elles tant je suis séduit par le style résolument humoristique, par les protagonistes tous sympathiques -même certains des "méchants", je les plains plus que je ne les méprise-, par les aventures et mésaventures des uns et des autres, ...

Un roman choral qui se lit très vite un sourire aux lèvres du début à la fin. Que demander de plus ? Une visite de Montmartre ? Eh bien, vous l'avez avec en prime la Goutte d'Or et Barbès...

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Hospice&love

Publié le par Yv

Hospice&love, Thiébault de Saint Amand, Hugo Éd., 2016...,

Armand Bouzies, ancien commissaire, quatre-vingt-cinq ans en cette année 2024 quitte sa fille, son gendre et ses petits enfants chez qui il logeait et qui partent à Singapour. Il se retrouve en ECSPD (Établissement Collectif de Séjour pour Personnes Dépendantes), une sorte de maison de retraite mais en pire, pour les vieux qui n'ont pas d'argent pour se payer un bel établissement. Armand n'est pas dépendant, il est affecté au bloc des autonomes, en chambre double. Lui qui ne rêve que de solitude et de tranquillité met tout en œuvre pour se débarrasser de ses voisins. Vieux bougon, désagréable, il fait tout pour se faire détester, jusqu'au jour ou Élisabeth Löturz arrive dans l'établissement. Distinguée, élégante et discrète, quatre-vingt deux ans. Armand est séduit.

Très agréable ce roman qui surfe sur une vague actuelle, celle qui met en scène des personnes âgées. L'autre vague étant le porno soft pour les mamans -notamment aux éditions Hugo. J'attends la prochaine vague, celle où l'on mélangera les deux précédentes. La sexualité chez les seniors, c'est un sujet dont on parle assez peu dans les romans, Thiébault de Saint Amand l'effleure dans celui-ci de manière à la fois légère et sérieuse. Mais évidemment ce n'est pas un traité sur le thème, d'autres aspects de la vie en communauté, qui plus est en maison de retraite, sont abordés : la solitude et les enfants qui délaissent leurs parents, la maladie, la mort, l'obligation de respecter les horaires et le règlement intérieur d'un établissement ce qui n'est pas toujours aisé lorsqu'on était seul chez soi auparavant, la mort, l'amour, la maltraitance, ... Le ton du roman est à l'humour mais noir, même si parfois l'on rit jaune, puisque l'on rit avec la mort, la vieillesse, la déchéance, la décrépitude comme disait l'un des vieux amis de ma famille mort à 92 ans, comme quoi l'on peut vraiment rire de tout. Il faut dire qu'Armand est drôle : une langue verte, directe emplie de vacheries, des passages à l'acte pas sympathiques pour ses congénères, mais de fait, sympathique, il ne l'est pas. Disons que ce n'est pas le voisin de chambrée idéal. Même s'il s'adoucit lorsqu'Élisabeth arrive dans la maison. Il ne perd pas sa verve pour autant, par exemple cet extrait de dialogue entre lui et elle, quasiment au début de leur rencontre :

"Quand j'ai vu votre perfusion, j'ai deviné que notre amour serait impossible.

- Pourquoi donc ?

- Avec tant de glucose dans vos veines, si j'embrassais vos lèvres, considérant mon début de diabète, ce serait un défi à la médecine." (p.82)

Je ne vous en dirai pas plus sur cette idylle naissante, ni sur le caractère d'Armand. Sachez que si j'ai trouvé le démarrage un peu long, la mise en place des personnages et des lieux, dès l'arrivée d'Élisabeth l'intérêt augmente et redouble carrément au mitan de l'ouvrage qui compte en tout 236 pages. Pour être complet, j'avais déjà lu avec bonheur Thiébault de Saint Amand dans Les dessous (en dentelle) de l'Élysée.

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Julie's way

Publié le par Yv

Julie's way, Pierre Chazal, Alma éditeur, 2016...,

Yann et Nicolas sont amis depuis l'enfance. Nicolas est amoureux de Julie, la sœur de Yann depuis longtemps. Mais depuis six ans, Julie a disparu. Elle a quitté la France pour l'Angleterre sans donner aucune nouvelle. Après pas mal de galères, à l'aube de leurs trente ans, Yann part pour le Japon et Nicolas pour l'Angleterre avec l'espoir vif de retrouver Julie. Il trouve vite un emploi, une logeuse et ses recherches débutent, entrecoupées par les soirées avec des collègues dans lesquelles ecstasy, joints et rails de cocaïne sont monnaie courante.

Si l'on ôte quelques longueurs (surtout sur la fin) et quelques agacements dus à la langue parfois un peu facile, notamment dans la suppression du "ne" de la négation, ce qui est légitime dans un dialogue, mais qui est ici quasi systématique, eh bien nous avons en main un livre plutôt agréable. Ce roman qu'on peut qualifier d'initiatique permet de noter que la société évolue : les romans initiatiques qu'on lisait auparavant mettaient en scène des jeunes gens de quinze à vingt ans, de nos jours, ils ont trente ans lorsqu'ils passent ce cap. Ceci étant dit, je suis un peu agacé par ces jeunes branchés qui écument les fêtes et ne peuvent s'y amuser que le nez plein de poudre, le chichon dans une main et un verre d'alcool dans l'autre. De fait, les personnages ne me plaisent guère, leurs comportements non plus, mais malgré tout, j'ai continué ma lecture jusqu'au bout, porté par les relations entre tous les protagonistes, et notamment celles entre Nicolas et les gens qu'il rencontre en Angleterre, sa logeuse, les amis d'icelle, les collègues, ... Grâce à eux, il pourra aller au bout de sa quête de Julie. Ce ne sont donc pas les personnages principaux qui m'ont tenu dans le livre -d'ailleurs la seconde partie où ils sont presque seuls m'a semblé plus longue, alors qu'elle ne l'est pas en nombre de pages-, non, ce sont les secondaires voire les tertiaires, ceux qui font que Nicolas se sente assez bien dans sa vie pour chercher Julie. Comme si cette vieille animosité Anglais-Français n'existait que dans les esprits des plus sots d'entre les deux pays (ce qui est évidemment le cas, isn't it ?).

Pierre Chazal écrit là un roman "tendre et loufoque" (4ème de couverture) qui se découvre et s'apprécie au fil des pages. Bien écrit -pas mal de dialogues en anglais, traduits en bas de page, mais avec un anglais de base comme le mien, on peut même se passer des traductions-, entre dialogues cash entre copains et descriptions plus poétiques, lyriques, la palette de l'écrivain est large et est pour beaucoup dans le fait que l'on ait envie de connaître la fin de l'histoire. Une découverte un peu gâchée par mes réserves ci-dessus, qui me laisse néanmoins sur une note positive à l'égard de l'auteur ; je me sens d'humeur à le relire.

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Le géant

Publié le par Yv

Le géant, Stefan aus dem Siepen, Éd. Écriture, 2016 (traduit par Jean-Marie Argelès).....

Tilman Wölzinger nait dans une petite ville allemande, Nagoldshausen. Fils d'un couvreur (de père en fils depuis 4 générations) trapu et bourru et d'une femme effacée, petite et solide. Sa sœur Simone est d'une taille qui se situe entre leurs père et mère. Mais Tilman grandit, dépasse, encore adolescent, les deux mètres, et son hypophyse continue à secréter de l'hormone de croissance. Tilman, le géant ainsi qu'il est appelé s'éloigne de plus en plus des autres, s'isole, se met au piano et à la lecture. Sa vie devient difficile, la différence et le hors norme effraient et produisent une curiosité souvent malsaine.

Voici un court roman, un conte ou une fable. A travers son personnage de géant, Stefan aus dem Siepen décrit merveilleusement la difficulté à s'intégrer lorsqu'on est différent, le mécanisme de l'isolement, du rejet. Si au début Tilman subit des quolibets, ceux-ci se transforment bientôt en insultes ou moqueries moins amicales. Il préfère alors se retirer, se cultiver, seul.

Un roman tendre et élégant. L'élégance se ressent dans l'écriture, les tournures de phrases et la bienveillance de l'auteur pour Tilman : "Ah ! Qu'en termes galants, ces choses-là sont mises" écrivait Molière dans Le Misanthrope, eh bien c'est une citation qui sied parfaitement à ce roman, qui pourrait également reprendre en partie le titre, car Tilman à force de voir les gens de haut, tels qu'ils sont, avides de sensations, de nouveautés, de nouvelles trash : "Ils traversaient la vie avec le besoin trouble de se délecter du malheur d'autrui, d'ingurgiter quotidiennement une dose de trivialité et de saleté. Ils avaient besoin de leurs amusements de pacotille et ils ne les trouvaient nulle part de manière aussi assurée que dans le franchement exceptionnel, dans le déviant stupéfiant." (p.115), en devient un brin misanthrope. Néanmoins, l'ouverture que lui procurent la lecture et la musique lui permet de relativiser, de prendre la curiosité qu'il suscite comme une chose inévitable et de s'y plier pas forcément de bon gré, mais avec une grande bonté et une certaine philosophie. Plus il grandit, plus il s'apaise et acquiert de réflexion, de recul sur lui-même et les événements, en un mot, de sagesse.

Une belle et profonde réflexion sur la recherche du bonheur, sur la différence et l'acceptation d'icelle par autrui, sur l'amour, sur la culture : la différence entre l'élitisme et la culture de masse qui peut tendre vers le néant lorsqu'il s'agit par exemple des phénomènes de foire, les fameux freaks, entre la beauté et la laideur ; il m'a semblé y voir aussi une critique à peine voilée de la dérive des chaînes de télévision, vers le sensationnel, le laid, la téléréalité...

Je ne connaissais pas cet auteur allemand au nom étonnant et qui me semble lui aussi très élégant (mes souvenirs d'allemand sont pauvres et lointains, j'espère qu'en cette langue, ce n'est pas une grossièreté !). Il a publié en 2014, un autre roman La corde, qui me tente tant par le thème que par la très belle écriture (félicitations au traducteur) que j'ai découverte avec Le géant. Assurément, je le relirai, en plus son roman est court, vraiment tout pour me plaire.

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Profession du père

Publié le par Yv

Profession du père, Sorj Chalandon, Grasset, 2015...,

Émile Choulans grandit entre un père violent, mythomane, qui lui raconte ses faits de guerre, ses histoires d'espion. Raciste, partisan de l'Algérie française, le sujet est particulièrement brûlant en ce tout début des années 60. Aussi, lorsque le putsch des généraux a lieu en Algérie, cet homme dérangé prend le parti d'iceux et il demande à son fils de "taguer" à la craie les murs sur son trajet pour aller au collège, du nom de l'OAS. Et lorsqu'il s'agit de supprimer De Gaulle, c'est aussi à Émile que son père s'adresse. Et comme le garçon sait que son père possède une arme, son esprit envisage déjà le pire.

"Quand mon père me battait il criait en anglais...", ainsi commence l'un des précédents romans de Sorj Chalandon, Retour à Killybegs. Lors de la remise du Prix France Télévision, en 2011 qu'il n'avait pas remporté d'ailleurs (la lauréate était Delphine de Vigan), il était resté parler avec les lecteurs-jurés et m'avait dit que cette première phrase de ce roman était réelle sauf sur un point, son père parlait alors en allemand. Profession du père est la continuité de cette phrase, Sorj Chalandon est sans doute à peine caché sous Émile Choulans, d'après ce que j'ai pu lire sur ce roman depuis qu'il est sorti. C'est un roman bouleversant sur les rapports père-fils totalement dénaturés par la maladie et la violence. Émile n'a de cesse de vouloir faire plaisir à ce père violent qui ne le complimente jamais, au contraire, il le rabaisse systématiquement, le frappe, le punit brutalement. Il croit à ses histoires d'espionnage, d'OAS et de CIA. Même lorsque le fils fait quelque chose de bien une explication du père met fin à sa joie, comme cette fois où par son dessin, Émile a gagné deux places de cinéma : "Ma mère a applaudi. Mon père a souri. Pendant la guerre, il avait sauvé la vie de monsieur Bertholon, le directeur du cinéma. Pendant que je dessinais, il était passé le voir pour lui souffler mon nom. Voilà pourquoi nous avions gagné. Mon père était ravi." (p.178)

Comme à son habitude, Sorj Chalandon, écrit un roman fort et accessible bien que dur. Même si je me dois de dire que je l'ai parfois trouvé trop long, un peu voyeur, mais peut-être est-ce parce que j'en attendais trop, venant de cet écrivain que j'aime beaucoup. Son héros est un jeune homme, mais le langage adopté n'est pas bêtifiant, ce qui est souvent le cas avec des héros-ados. On endure avec Émile, on le soutient puisque même sa mère a du mal à le faire, c'est une femme passive qui tente de le protéger et évitant les coups et les insultes. On se demande jusqu'où il pourra aller pour s'attirer si ce n'est l'amour au moins une marque d'affection et de tendresse de son père. Difficile de se construire après une enfance comme celle-ci, Gérard Garouste en parle dans L'intranquille, son autobiographie d'une manière forte également. Sorj Chalandon aborde ce thème sous forme de roman, une manière différente et tout aussi marquante d'écrire sur les violences paternelles et sur la difficulté qu'a un enfant à sortir du cercle familial malgré les coups et les insultes. On se demande toujours pourquoi les femmes battues restent avec les hommes qui les frappent, mais les enfants devenus grands pourraient aussi partir. Mais l'amour, la demande de reconnaissance, le désir d'obtenir enfin des compliments, des remarques positives est sans doute encore plus fort. Quasiment jusqu'au bout, ces enfants brimés espéreront un geste, un mot du père. C'était déjà vrai dans L'intranquille dont je parlais plus haut. Ça l'est aussi dans Je n'ai jamais eu de petite robe noire de Roselyne Madelénat.

Un beau roman, touchant et fort sur l'enfance lorsqu'elle ne se déroule pas comme elle devrait.

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Mon bel orage

Publié le par Yv

Mon bel orage, Héloïse Combes, Éd. Rémanence, 2015...,

Lella, quatorze ans, collégienne, tombe sous le charme de son professeur de dessin, Marius Gracq, une cinquantaine d'années. Lella sèche les cours pour le rejoindre, le voir peindre. Leur relation réside sur l'intérêt qu'ils ont en commun de se voir, ils se touchent à peine, parfois la main de Marius frôle par hasard celle de Lella. Mais la rumeur que Lella et Marius couchent ensemble envahit bientôt les couloirs de l'établissement scolaire, relayée ardemment par les adolescents. Lella ne peut compter que sur ses amis, les jumeaux Jules et Julien et Margot.

Voici un court roman (à peine plus de 100 pages) qui peut mettre mal-à-l'aise : pédophilie, détournement de mineure, on pense à tout cela, même si en l'occurrence, c'est Lella qui poursuit Marius de ses assiduités, lui assez en retrait de cette histoire ne semble pas la voir comme une femme. Tout débute finalement comme un simple amourette d'élève et se poursuit comme... eh bien, je ne vous le dirai pas, je ne divulguerai rien, même sous la torture (enfin, légère la torture, svp).

Ce qui est étonnant avec ce roman c'est que c'est une langue qui ne me parle pas forcément, pas assez prosaïque, trop allusive, poétique pourrait-on même dire, j'ai du mal parfois à comprendre les images, les figures de style, mais malgré tout je n'ai jamais décroché, comme attiré, aimanté par le texte, les descriptions, le personnage de Lella. Elle est complexe, amoureuse et entière comme on peut l'être à 14/15 ans, entourée de bons amis mais assez seule. Elle dit tout bas vivre seule avec sa mère et ses petits frère et sœur, sans père, disparu, ceci expliquant sans doute la relation avec Marius. Lui est en second plan, il subit plus qu'il ne vit cette histoire comme s'il pensait aux inévitables conséquences. Il paraît pâle à côté de la jeune fille. C'est l'art et la poésie qui les lient. Il peint (et n'écrit pas malgré son nom). Elle aime le voir peindre. Il la peint. Deux fois.

Difficile d'en dire plus sur ce livre sans en dévoiler trop. Héloïse Combes a su créer un univers personnel, original et touchant. Elle ne juge pas, elle raconte son histoire et le sentiment qui dérange au départ tombe en cours de lecture (pas totalement cependant, je n'ai pu me départir de ma fibre paternelle et j'ai eu du mal à imaginer ma fille adolescente -qui ne l'est plus, ouf- amoureuse d'un homme de 35 ans de plus qu'elle, et je n'ai pas réussi à me mettre dans la peau de Marius, bien qu'arrivant tranquillement à son âge), tant Lella est lumineuse et s'éveille.

Le mieux pour vous faire une idée des multiples talents d'Héloïse Combes : chanteuse, auteure-compositeure, écrivaine et photographe, c'est d'aller voir son blog, sobrement et logiquement intitulé Héloïse Combes.

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Coups de cœur 2015

Publié le par Yv

Je ne pouvais pas vous laisser comme ça sans nouvelle pendant cette fin d'année, alors comme l'an dernier, je vais lister mes coups de cœur, ceux que j'ai classés comme tels au moment de la rédaction de la recension les concernant, et comme l'an dernier, je prends la même illustration. Cette année, je fais court, j'ai lu beaucoup de livres, certains m'ont beaucoup plu mais je ne les ai pas classés en coup de cœur, j'aurais peut-être pu, mais tant pis, c'est fait. Que personne ne m'en veuille, ce classement est purement subjectif et assez restreint, la crème de la crème de ce que j'ai lu en 2015. Par ordre d'apparition sur le blog :

- Manuel de dramaturgie à l'usage des assassins, de Jérôme Fansten (Anne Carrière). Totalement barré et maîtrisé, un polar fou absolument génial.

- Les Amazoniques, de Boris Dokmak (Ring). Une quête lente et belle, une remontée de fleuve poisseuse.

- La bonne, la brute et la truande, de Samuel Sutra (Flamant noir). Parce qu'un bon polar, bien tourné, avec des tronches, c'est quand même vachement bien.

- Corps désirable, de Hubert Haddad (Zulma). Lorsque la science est poussée à l'extrême, quelles sont les questions réelles et physiques à se poser ?

- Les échoués, de Pascal Manoukian (Don Quichotte). Formidable, Magnifique, je n'ai pas assez de mots pour qualifier ce livre à lire et faire lire partout autour de vous.

- Quand le diable sortit de la salle de bain, de Sophie Divry (Noir sur blanc). Pour l'originalité du ton et de la forme.

- Libertalia, de Mikaël Hirsch (Intervalles). Parce que Mikaël Hirsch est quasiment tout le temps dans ma liste de coups de cœur.

- Le vol du Jocond, de Jean-Pierre Bernhardt (Cohen&Cohen). L'aventure dans le monde de l'art. Jouissif.

- J'étais la terreur, de Benjamin Berton (Christophe Lucquin). Un point de vue osé, un parti pris qui peut diviser et qui me plaît beaucoup.

- Lettres contre la guerre, de Tiziano Terzani (Intervalles). Parce qu'on a besoin de gens comme Tiziano Terzani qui pensent d'abord à l'humain et à la paix. Un sage.

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Les secrets du Club des Six

Publié le par Yv

Les secrets du Club des Six, Henri Girard, Éd. Rémanence, 2015.....

Lorsque Maryse Labasle vient s'installer dans ce village, c'est pour en devenir l'institutrice. Elle vient avec son fils, François âgé d'une dizaine d'années. Femme seule, elle fait sensation en ce début des années 60. François se lie très vite à Michel, fils d'un ouvrier agricole pauvre et alcoolique et d'une mère effacée. Ils vivent dans une maison sans électricité au sol en terre battue. Un jour, François tombe sur un livre de bibliothèque rose mettant en scène une équipe d'enfants et un chien, Le Club des Cinq. Il décide de créer son club des cinq, mais à six pour cause de gémellité : Michel sera son second, Marsel-Claude -fille ou garçon ?- sera le garçon manqué, et les deux jumelles, ses voisines, joueront ensemble le dernier rôle. Lechien, le chien de Michel sera Dagobert !

Ce délicieux roman se passe au fin fond de la campagne, dans ces années 60 qui verront exploser pas mal de codes, de coutumes, de mœurs, même si l'on est encore loin de tout cela dans ce village. Il commence comme un roman d'enfants qui ont envie de s'occuper ensemble, qui vont fréquenter la même école à la classe unique, qui vont s'unir pour la vie avec l'inévitable échange de serment. Contrairement à ce que pourraient laisser penser le titre et mon résumé, ce n'est pas un roman jeunesse. C'est un hommage appuyé et revendiqué à Enid Blyton, la romancière britannique et à sa série mondialement connue Le Club des Cinq, qui avait en son sein : François (même prénom ici), Mick (joué par Michel), Claude (interprété par Marsel-Claude), Annie (les sœurs Hanni qui s'y mettent à deux, normal pour des jumelles) et Dagobert dont le nom oscillera pour les Six entre Dago et... Lechien. Mais, contrairement à la série anglaise, on fait connaissance avec les parents des enfants qui deviendront des personnages importants, au même titre que leurs rejetons. Tous sont typiques, sympathiques, même lorsqu'ils ont des relations compliquées avec les autres, on sent une vraie souffrance, un mal-être qui les empêche de vivre sereinement. Et si c'était un secret ? Celui que tout le monde tente de cacher, sans y parvenir vraiment. Ou un autre, plus personnel ?

Une mention particulière pour Placide Hanni, le père des jumelles, représentant en spiritueux, qui ne peut s'empêcher de partir dans des envolées lyriques souvent émaillées de mots rares : "Va cuver ailleurs ! Madame Labasle peut prétendre à un autre... sigisbée*.", ou encore, un peu plus loin : "Oh, Dame Labasle ! Il me revient de vous gratifier, répondit Placide. Votre charme mérite plus que ma modeste sympathie. Ne vous turlupinez point, je pars de ce pas afin de le ramener dans sa... hum... thébaïde.**" (p.87) ; mais aussi souvent parasitées par des néologismes, des à-peu-près souvent drôles (comme ce "gratifier" ci-dessus). Je l'imagine bien faisant de grands gestes en même temps qu'il parle, je le visualise parfaitement.

Un roman fort agréable, écrit de très jolie manière, élégante, fine et délicate. Plus profond que le titre et le thème laissent à penser, grâce aux beaux personnages. J'ai beaucoup aimé cette chronique villageoise qui fait la part belle à l'humain, à la rencontre : chacun des protagonistes s'ouvrira à l'autre et se découvrira des talents, un hymne à la découverte de l'autre et à son enrichissement personnel grâce à la différence ici, plus sociale qu'ethnique, lieu et période obligent.

Pour les incultes (comme moi, puisque j'ai usé du dictionnaire -merci Larousse-, je connaissais les mots mais point leurs significations) :

*Sigisbée : chevalier servant d'une dame

**Thébaïde : lieu isolé propre à la méditation

Je lis, avec ce titre, mon troisième livre édité par les éditions de la Rémanence, tous très différents (Au-delà des 125 palmiers, Travers de routes) et je salue le travail de découverte et d'originalité. Je ne peux que vous inciter à vous pencher sur cette jeune et petite maison de Vénissieux.

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L'intégrale illustrée

Publié le par Yv

L'intégrale illustrée, Edgar Allan Poe, Éd. Archipoche, Collection La bibliothèque des classiques, 2015.....

Ouvrage qui regroupe les romans : Aventures d'Arthur Gordon Pym, Le journal de Julius Rodman, les contes et nouvelles : Histoires extraordinaires, Contes inédits, Histoires grotesques et sérieuses, le théâtre : Politien, l'essai : Eurêka et la poésie d'Edgar Allan Poe. 780 pages d'un gros et beau volume, traduit par Charles Baudelaire, Emile Hennequin, William Little Hughes, Félis Rabbe, Stéphane Mallarmé, Gabriel Mourey. Illustré par Harry Clarke, Arthur McDormick et Gustave Doré

Autant vous le dire tout de suite, je vous parle ici d'un livre que je n'ai pas encore fini. Mais je sais qu'il est bien puisque Edgar Allan Poe, c'est bien, c'est même encore mieux que bien. Qui ne connaît pas au moins de lui les Histoires extraordinaires : La lettre volée, Le scarabée d'or, m>Double assassinat dans la rue Morgue ? Je les ai lues, adolescent, en même temps que je m'empiffrais de séries Les six compagnons, ou des romans de Jules Verne, et que je commençais tout juste à lire les romans de Victor Hugo, Les Misérables mon premier Hugo. Mais autant, j'ai arrêté la série française avec six copains, autant j'ai continué à lire et relire Jules Verne, Victor Hugo et Edgar Allan Poe.

On ne présente plus Edgar Allan Poe, écrivain américain du 19° siècle (1809/1849), célèbre pour ses contes et ses Histoires extraordinaires, les plus marquantes pour moi furent Double assassinat dans la rue Morgue et Le scarabée d'or . On dit souvent de lui qu'il est le précurseur du roman policier, de la science fiction ou de l'anticipation. Je ne sais pas si c'est la réalité, mais il est sans doute celui que j'ai lu en premier dans quasiment tous ces genres, et celui qui m'a donné envie de continuer à lire de l'aventure. D'ailleurs les meilleurs ne s'y sont pas trompés puisque Charles Baudelaire le traduisit ainsi que Stéphane Mallarmé pour la poésie.

C'est un livre que je ne vais pas dévorer en entier, je vais piquer dedans, une histoire entre deux autres lectures, je ne vous cacherai pas qu'à peine reçu, je l'ai déjà commencé -et c'est toujours aussi excellent- et qu'il traîne dans un endroit où je peux le reprendre rapidement, à la maison, car ses dimensions m'empêchent de l'emporter en dehors. C'est un ouvrage fait pour rester dans une bibliothèque : belle couverture, tranche supérieure dorée, feuilles fines et écriture dense. Enfin, quand je dis "rester", non, pas exactement, il doit en être sorti pour le montrer, le lire et le faire lire. Vade retro les bouquins qu'on expose sans jamais les ouvrir !

Une belle idée cadeau pour les amateurs de lectures ou l'énigme, le mystère et l'intrigue ont la part belle. En plus, il ne coûte que 32€

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