Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Articles avec #roman tag

En haut de l'affiche

Publié le par Yv

En haut de l'affiche, Fabrice Châtelain, Intervalles, 2020

Vincent, la trentaine juste entamée débute une carrière de vendeur de produits ménagers sous houlette d'un commercial graveleux, Joseph Paillard. Vincent, lui, se rêve scénariste, il a d'ailleurs écrit une histoire qu'il espère voir tourner un jour. Pour séduire la jolie Noémie, il n'ose pas dire qu'il est commercial-stagiaire, et se vend comme bien introduit dans le milieu artistique. Son mensonge, d’abord léger, gonfle après un vernissage.

Premier roman de Fabrice Châtelain qui n'est pas tendre avec les milieux intellectuels, artistiques et cinématographiques. Les ego sont boursouflés au-delà du raisonnable, les ambitions démesurées et certains prêts à toutes les compromissions, les mangers de chapeau, les renonciations voire les tournages de vestes si nombreux qu'on ne sait plus où est l'envers et où est l'endroit tant ils sont usés tous deux, pour avoir leur nom en haut de l'affiche. Vincent, jeune homme peu charismatique, "un type un peu inconsistant et mollasson dont les seules qualités se résumaient à son art de parler de certains livres et de certains films" est plongé dans un monde qu'il ne connaît pas et va de désillusions en déceptions.

Fabrice Châtelain est malicieux et cinglant. Ses portraits sont savoureux, on s'y croirait. On imagine assez bien certains de ses personnages, on les visualise. Et comme il cite, de temps en temps, de vraies personnes, on y croit encore davantage. A part un passage un peu longuet -une petite vingtaine de pages-, j'ai pris beaucoup de plaisir à lire cette comédie. Le chapitre 7, dans lequel l'auteur s'essaye à inventer -ou parodier- des commentaires sur les réseaux sociaux suite à une performance d'artiste au goût douteux, est d'une justesse et d'une bêtise incroyables. L'anonymat de ces moyens de communication permet aux plus crétins de faire preuve de toutes leurs potentialités et l'on est rarement déçu. Il montre également comment certains commentaires font d'un fait anodin un événement sur lequel vont s'écharper partisans et opposants, à coup d'invectives, d'injures, de mauvaise foi, de transformation ou d'invention d'informations, chacun réagissant à chaud sans réfléchir, comme si l'on se devait d'avoir une opinion sur tout.

Un premier roman réjouissant en ces temps moroses, qui fait sourire et même rire aux dépends des gens connus ou qui se voient comme tels et qui pour certains n'auront que le warohlien quart d'heure de célébrité, pas toujours grâce à leur talent.

Voir les commentaires

Washington Black

Publié le par Yv

Washington Black, Esi Edugyan, Folio 2020 (Liana Lévi, 2019, traduit par Michelle Herpe-Voslinsky)

George Washington Black naît esclave à La Barbade en 1818. Baptisé ainsi par son maître de l'époque habitué des facéties patronymiques. Le maître meurt et c'est un neveu cruel qui prend la suite. Le frère de celui-ci, Christopher Wilde dit Titch, scientifique, qui rêve de faire voler un ballon, prend Wash sous son aile pour l'assister dans ce projet. Wash révèle bientôt un talent de dessinateur hors paire que Titch veut mettre à profit. Un jour, Wash est accusé d'un meurtre qu'il n'a pas commis et Titch et lui s'évadent en ballon. C'est le début d'un incroyable périple.

Quel roman ! Imaginez un mix de Harriet Beecher-Stowe (La case de l'oncle Tom) et de Jules Verne. Presque 500 pages dans sa version poche que j'ai dévorées, tant l’aventure est au coin de toutes les pages. Un moment de repos pour Titch et Wash ? Un événement les fait repartir, plus loin, jusqu'au Pôle Nord. Ces péripéties rythment le roman et lui donnent un attrait évident. Il y a aussi les balbutiements de la science et les découvertes incroyables des héros.

Il y a surtout l'esclavage et les conditions de survie des esclaves qui sont terribles, cruelles : "Nous avons pris Broad Street et en levant les yeux je vis une rangée de cages en bois dur qui luisaient, argentées, au soleil. A l'intérieur, des esclaves, assis, debout, certains pressant leurs visages fatigués contre les barreaux. Le sol à leurs pieds était jonché de vieux habits et de leurs propres déjections, et en passant lentement la puanteur choquante parvenait jusqu'à nous. Monsieur Philip ne posa pas de question sur eux. Mais je savais qu'il s'agissait de fugitifs." (p. 96/97)

Esi Edugyan décrit l'horrible et même plus-qu'horrible, l'inhumaine condition des esclaves, violés, agressés sans cesse, chaque jour, chaque heure, sans droit, à peine celui de vivre à condition de travailler, moins bien traités que les objets par leurs maîtres. Ce qui fait la grande force et la réussite de son roman, ce sont ses personnages, parfois caricaturaux parce que engoncés dans des principes dont ils ne peuvent se défaire : un riche blanc ne peut pas avoir de sympathie pour un esclave noir sous peine de se mettre sa famille à dos et de renoncer à l'argent et tout ce qui va avec ; un noir ne peut accéder à la liberté et s'il entre dans une relation privilégiée avec un blanc n'est plus considéré par les autres esclaves comme des leurs... Chacun d'eux blanc comme noir est à la recherche d'un idéal, d'une identité, de ses origines. C'est, pour Wash, un exceptionnel roman initiatique et pour moi, un roman formidable qui m'a fait revenir des années en arrière lorsque je lisais avidement les romans cités plus haut comme "référence" pour celui-ci.

Publié chez Liana Lévi en 2019, il paraît chez Folio et je ne saurai que vous le conseiller, mais préparez-vous à ne pas pouvoir arrêter de tourner les pages...

Voir les commentaires

Gazoline tango

Publié le par Yv

Gazoline tango, Franck Balandier, Castor astral, 2017

Benjamin né en 1983, est le fils d'une batteuse d'un groupe punk et d'un spectateur de passage dont il a hérité le prénom. Sa mère n'est pas prête à l'être et laisse Benjamin aux bons soins de Isidore, un brancardier sénégalais impuissant, du père Germain le curé de la paroisse sans cesse défoncé et de Lucienne, une vieille dame qui habite la seule maison du coin. Car, Benjamin et tout ce petit monde habitent cité des peintres : de vieux immeubles mal entretenus et une population est hétéroclite.

Une belle galerie de personnages tous plus barrés ou décalés les uns que les autres : les filles du groupe The naked tits, avec Daisy la chanteuse dont la poitrine souvent découverte -le nom du groupe annonce la couleur- ne laisse pas le jeune Benjamin insensible, Lucienne qui débloque à fond, le père Germain défoncé. Tous ces gens-là cohabitent, se côtoient, même Sofiane le dealer local est plutôt bien accepté. Le roman débute très bien avec la naissance pas banale de Benjamin qui ne veut pas crier et qui ne le fait que parce que la sage-femme "s'était acharnée sur ses fesses" (voir ci-dessous). Le ton est drôle, très moderne, une écriture qui oscille entre le récit raconté par un enfant et celui d'un observateur plus âgé. Mais, je dois avouer qu'après une bonne moitié (le livre fait 268 pages), ça ronronne, tourne en rond et s'allonge sans raison. Il y a bien ici ou là des  moments ou des faits qui font que je me raccroche mais pour peu de temps replongeant invariablement dans un certain ennui. Il me faut pas mal de persévérance pour aller au bout et reprendre le fil de la vie de Benjamin, qui sur la dernière partie est de nouveau plus intéressante.

"Il y a des vies ratées d'avance. C'est, sans doute, ce qu'avait pensé Benjamin Granger (s'il avait été en mesure de déjà penser à cet âge), le lundi 11 juillet 1983, jour de sa naissance, au sortir de sa mère, à treize heures quinze précises, lorsqu'il avait été question, toute affaire cessante, de pousser son premier cri pour indiquer à la sage-femme, sous ses claques répétées, qu'il était en vie." (p. 6)

Voir les commentaires

L'histoire d'Ana

Publié le par Yv

L'histoire d'Ana, Cathy Borie, Librinova, 2020.....

Fin des années 90, Clotilde est étudiante en psycho. Timide et discrète, au contraire de sa copine Sophie, elle accepte néanmoins la proposition de sortie de Louis, séduisant et convaincant. La seconde sortie du couple  se finit mal, Louis force Clotilde, la viole. Prostrée chez elle, incapable de réagir, Clotilde, enceinte, laisse passer le délai pour avorter. Elle accouche sous X d'une petite fille qu'elle prénomme Ana.

Ana, dès sa naissance se lie difficilement. Elle vit bien dans les foyers, mais ne parvient pas à nouer de relations dans une famille. Elle grandit de lieux d'accueil en lieux d'accueil, puis fuit et se retrouve à la rue.

Très beau texte qui dresse les portraits de deux femmes aux parcours difficiles. Clotilde d'abord qui se questionne sur ses responsabilités éventuelles dans son viol, puisqu'elle avait accepté la sortie avec Louis et qu'elle avait même éprouvé du désir pour lui avant de lui demander de ne pas aller plus loin. Clotilde qui voit sa vie chamboulée, en grande partie détruite et qui remontera la pente difficilement et jamais totalement s'empêchant des rencontres amoureuses. Puis Ana, jeune femme qui a du mal à nouer des relations sans en connaître les raisons. Ces deux femmes sont touchantes, émouvantes et beaucoup plus fortes qu'elles ne le pensent. Et je reste volontairement succinct pour ne point trop dévoiler du contenu du roman.

Cathy Borie les décrit superbement et sobrement. Tout est dit sans emphase, dans une écriture fine et délicate qui sait aller en profondeur. Les doutes et questionnements de Clotilde et Ana, on les ressent et on comprend mieux combien et comment un viol peut détruire psychiquement -certes, ce n'est pas une découverte, mais Cathy Borie a le talent de mettre tout cela en mots, de manière claire.

En outre, là où beaucoup de romanciers aiment mettre en accusation les services sociaux et les foyers ou familles d'accueil, Cathy Borie ne juge pas, ne catalogue pas. Elle fait le constat que malgré l'implication, le travail sérieux des uns et des autres, certains enfants ne s'y retrouvent pas et recherchent autre chose. Ça me touche puisque c'est mon quotidien et que sans nier les difficultés et les dysfonctionnements parfois terribles des institutions, j'aime bien qu'on montre aussi ce qui fonctionne bien. Clotilde et Ana rencontreront des gens biens et des jean-foutre comme il en existe dans tous les domaines.

L'histoire d'Ana est un roman dense qui remue. Son histoire n'est pas nouvelle, mais l'auteure y apporte de l'humanité, de la compassion, de l'émotion et du réel. On peut croire qu'on a rencontré Clotilde et Ana, tant on est proche d'elles et tant on voudrait les aider. Publié chez Librinova et disponible en numérique, je suis assez surpris qu'un éditeur ne soit pas intéressé.

Voir les commentaires

Équipe de nuit

Publié le par Yv

Équipe de nuit, Anne-Catherine Blanc, Mutine, 2020....,

Ginou et Zé vivent depuis longtemps dans un mas des Pyrénées-Orientales, isolés, à 800 mètres d'altitude. Leurs filles sont mariées et vivent à Nimes et Toulouse ne leur rendant que peu visite et leur fils Tiago est en prison, Zé l'a renié. Un soir de novembre, Zé fait un infarctus, Ginou l'accompagne à la clinique de Perpignan. C'est dans la salle d'attente qu'elle remarque un jeune garçon, seul, apeuré, se faisant aussi discret que possible. Se rapprochant de lui, elle comprend qu'il se cache, qu'il est réfugié. Et la police des frontières rôde dans les rues avoisinantes.

Je crois avoir lu tout ce que Anne-Catherine Blanc a publié. J'ai commencé avec le très bon L'astronome aveugle et enchaîné avec l'excellentissime Moana blues qui est et restera l'un de mes livres préférés que je conseille à tout-va, puis Passagers de l'archipel, Les chiens de l'aube et D'exil et de chair. Je crois même pouvoir dire que c'est l'auteure la plus représentée dans mes coups de cœur tant j'aime son écriture. La voici qui change encore de ton dans ce roman très dialogué et très intérieur. De fait, lorsque Ginou ne converse pas avec d'autres interlocuteurs, elle se parle à elle-même s'interroge sur sa vie, sur ses engagements, sur ses renonciations, ses faiblesses, sa vie avec Zé pas toujours facile, ses enfants qui se sont éloignés,... Elle sent qu'elle doit faire quelque chose pour la seconde partie de sa vie, ne pas rester isolée dans son mas, qu'elle s'est trop retirée, trop mise entre parenthèses dans une sorte de vie mécanique, routinière, dont le but principal est s'occuper de Tiago.

Avec un langage très oral, familier parfois, AC Blanc dresse le portrait d'une femme qui, comme chacun de nous, vieillit, mais ne veut pas mal vieillir. Ça paraît assez simple, parfois facile mais le petit plus c'est que quand on referme le livre, on ne peut s'empêcher de repenser à Ginou et à ce qu'on fait nous et à ce qu'on aurait fait dans sa situation. Aurait-on détourner le regard des réfugiés ? Les aurait-on aidés au risque de se faire pincer par la police ? Se mettrait-on en danger pour eux ? Je rejette définitivement l'option de dénonciation, à gerber.

C'est cela la force de ce petit roman très différent des autres de l'auteure. Il interpelle et pose la question de sa propre humanité. Il diffuse lentement en nous. Pas de jugement de la part de Ginou ou de l'auteure sur ce que font ou ne font pas les uns ou les autres, juste une histoire de femmes et d'hommes qui savent bien que l'entraide dépasse les frontières et les origines, que notre devoir est de soutenir, porter assistance à tout autre être humain en détresse, parce que c'est cela qui fait de nous des êtres humains et pas le dernier mobile ou la dernière automobile à la mode.

Voir les commentaires

Incarner l’État

Publié le par Yv

Incarner l’État, Émilie Blot, Rémanence, 2020....,

Antoine Duplanquier est nommé à la faveur d'une volonté du gouvernement de diversifier ses représentants sur le terrain, sous-préfet de l’arrondissement d'Ussel, Haute-Corrèze. Il va devoir apprendre le métier sur le terrain, se colleter avec les édiles locaux, les paysans, les élus, enfin tout ce qui fait la vie rurale. Lui, il est Parisien, mais il se fait plutôt bien à cette vie éloignée de la capitale. Petit à petit, il sait sur qui compter, à qui ne point faire de confidence, de qui se méfier... 

Émilie Blot, à peine la trentaine, écrit son premier roman sur un monde qu'elle connaît elle qui y a grandi au gré des affectations de son haut-fonctionnaire de père. Étant aux antipodes des ors de la République, je ne peux pas dire si son livre est réaliste, mais tout porte à le croire. De petits arrangements entre amis à services rendus voire compromissions, parce que parfois, coincé, Antoine ne peut pas faire autrement, le jeune homme apprend vite. Les jaloux et envieux peuplent les couloirs des administrations, ceux qui végètent hors de Paris et font tout pour y retourner, ceux qui veulent se faire bien voir du chef quitte à manger son chapeau... C'est très souvent drôle, ironique, sarcastique. L'auteure ne ménage pas ses personnages -fictifs, il va sans dire. Apprendre à faire un discours ? Pfff... facile : "De toute façon, dis-toi bien que t'as déjà la moitié de la salle qui n'écoutera même pas ce que tu vas dire. Le plus simple, crois-moi, c'est de faire appel à la bonne vieille méthode à papa : 1, tu remercies ; 2, tu félicites ; 3, tu encourages. Et pour le reste, tu fais du bruit avec ta bouche, comme on dit dans le jargon, tu meubles, tu brodes, en n'oubliant pas, bien sûr, de flatter le dernier orateur." (p. 36)

Émilie Blot s'amuse et nous avec elle des déboires des uns et des bonheurs des autres. Ses portraits sont savoureux : celui du représentant de la FNSEA est un délice et bien trouvé, il incarne tout ce que je pense de ce syndicat qui défend au mépris du bons sens et de la société un modèle agricole daté. Elle caricature (?) et tant mieux, ça me fait rire et je m'essaie ici ou là à retrouver dans ses traits un personnage public. Je n'éprouve ni antipathie ni sympathie générale pour le personnel politique, comme partout certains font bien le job pendant que d'autres profitent, peut-être un peu plus nombreux dans ce monde proche du pouvoir qui grise. Merci Émilie Blot de faire un roman dans ce monde peu exploité pour ce genre et de pouvoir nous faire rire de et parfois avec ces personnes, je ne suis pas certain que cela les fasse s'esclaffer.

Voir les commentaires

Quasi-lipogramme en A minor

Publié le par Yv

Quasi-lipogramme en A minor, ou La réintroduction, Emmanuel Glais, Ed. Maïa, 2020....,

Hubert-Félix, jeune Breton hésite sur son avenir. Il veut entreprendre, gagner de l'argent. Natif de Pontivy, il vit à quleques kilomètres, à Montfort-sur-Meu, petite localité dans laquelle l'esprit d'entreprise ne peut pas être aisément assouvi. Un peu misanthrope, un peu râleur, un peu pessimiste, il livre ses pensées et ses doutes.

Le lipogramme est une figure de style qui consiste à produire un texte d'où est exclue au moins une lettre. L'exemple le plus connu -de moi- et pas le plus aisé à lire est La disparition de Georges Perec, sans la lettre e. Emmanuel Glais s'y essaie sans la lettre a. Néanmoins, il prévient dès le titre, c'est un quasi lipogramme, donc avec apparition possible de la lettre interdite, mais ça, je n'en dirai rien.

Pour ce qui est de ce roman, je l'ai beaucoup aimé, même si par moments, la mauvaise humeur, l'agacement et les diatribes de Hubert-Félix contre l'Europe, l'écologie, le travail, la routine, l'abrutissement du métro-boulot-dodo, la politique m'ont un peu gavé. Je comprends ses hésitations, ses interrogations, ses craintes et ses doutes, son inaction pour ne pas faire comme tout le monde, ses tergiversations, ... C'est le jeu et le but du roman que de montrer un jeune homme qui ne sait pas comment avancer, qui ne veut pas reproduire le modèle des aînés, mais ses envolées sont parfois un peu pompeuses et irritantes, un peu comme celles d'un ado qui sait tout sur tout et qui, même quand il ne sait rien un avis. Finalement, je peux dire que le portrait du jeune homme est parfaitement réussi, Emmanuel Glais a su décrire même l'irritation des autres face à Hubert-Félix. Il provoque et parfois touche lorsqu'il aborde un sujet sensible. Pas mal de réflexions sensées, de celles dont on se dit qu'elles sont frappées au coin du bon sens.

J'ai beaucoup aimé le texte., je pensais qu'avec un lettre en moins et pas n'importe laquelle, il serait plus nébuleux. Or, que nenni ! On y trouve des passages très bons et même excellents :

"Noël. Son lot d'hypocrisies. Le ventre plein, le nez poudré de truffes, les Européens, qui le reste du temps ne font rien ni pour leurs droits ni pour les désespérés, refont le monde." (p. 31)

"Ce qui est sûr, c'est que je suis né vieux, grincheux et cynique. Comprenez donc mon empressement de rester jeune -entre guillemets- je veux dire mon désir de vieillir moins vite, pour mourir moins vieux que prévu. En quelques mots, voici mon credo :

Être vieux jeu.

Vivre lentement.

Refuser le progrès.

Honnir le présent." (p. 72)

Mais ce livre n'est pas qu'une suite d'avis, d'emportements, de colères, il est un vrai roman sur le passage à l'âge adulte -que je n'aime pas cette expression, disons à une forme de responsabilisation. Hubert-Félix (hommage à Thiéfaine ?), s'il est parfois énervant est un vrai jeune homme de son époque qui offre de multitudes opportunités mais aussi un fort prix à payer. Le monde actuel nécessite une reconstruction, un changement radical. Avoir vingt ans, c'est se poser des questions sur son avenir c'est désormais également se poser des questions sur l'avenir du monde, de la planète.

Voir les commentaires

De la forêt

Publié le par Yv

De la forêt, Bibhouti Bhoushan Banerji, Zulma, 2020 (traduit par France Bhattacharya)....

Jeune diplômé et citadin de Calcutta, Satyacharan accepte, pour se sortir d'une situation financière difficile un poste de régisseur de forêts dans le district de Purnea, au Bihar, cinq cents kilomètres au nord de la capitale du Bengale-Occidental. Le jeune homme découvre alors un monde inconnu de lui : des forêts, la nature à perte de vue et des hommes et des femmes très pauvres et souvent heureux. Loin de se morfondre, il découvre son environnement et bientôt se demande même comment il pourrait le quitter.

Cette année, au salon du livre de Paris, l'Inde était invitée. A cette occasion, Zulma avait prévu une série collector designée par le maître des -sublimes- couvertures de la maison David Pearson, à partir de créations originales de Roshni Vyam, peintre indienne. Le résultat est superbe et tant pis pour le salon annulé. Bibhouti Bhoushan Banerji (1894-1950) a écrit ce livre en 1937-1939 et il est traduit et publié pour la première fois en français, considéré pourtant comme l'un des premiers grands romans écologiques. Banerji a vécu cette vie de régisseur pendant quelques années à partir de 1925. C'est la description d'un monde disparu maintenant, une faune et une flore incroyables et formidables. Un écosystème qui fonctionne parfaitement bien sans l'intervention humaine.

Le romancier raconte au travers d'anecdotes, de rencontres de gens extra-ordinaires comment les gens vivent en harmonie avec la nature, sans la détruire ou la gêner. On y rencontre des gens pauvres voire très pauvres, souvent satisfaits de leur sort, ne demandant qu'à manger à leur faim. Il ne fait pas l'impasse sur les difficiles conditions de vie dès qu'un événement malheureux survient : la mort d'un homme et c'est toute sa famille qui est menacée de ne plus pouvoir manger. Un événement climatique et c'est toute la population qui peut mourir de faim, ou d'un incendie lorsque la sécheresse s'installe pour de longs mois. Tout est joliment dit, dans une langue emplie d'images, de légendes, de paraboles. B.B. Banerji parle tellement bien de la nature qui entoure son héros que l'on parvient presque à la voir, la sentir, l'entendre lorsqu'il s'agit des oiseaux notamment, la craindre lorsqu'il faut traverser la forêt la nuit...

Banerji s'interroge sur l'irruption de la modernité dans ce monde protégé, sur le sentiment de supériorité des citadins sur ces peuples qui vivent loin du confort. Jusqu'à quand résisteront-ils ? Et la nature jusqu'à quand restera-t-elle aussi belle, préservée ? Plus globalement, c'est l'éternelle question du mal que l'homme fait à la planète, à la faune et la flore et à lui-même. Presque un siècle -je compte mal, merci Alex (voir dans les commentaires)- et ce roman nous parle d'aujourd'hui.

Voir les commentaires

Ça coince ! (53)

Publié le par Yv

Un paquebot dans les arbres, Valentine Goby, Actes sud, 2016..

"Au milieu des années 1950, Mathilde sort à peine de l'enfance quand la tuberculose envoie son père et, plus tard, sa mère au sanatorium d'Aincourt. Cafetiers de La Roche-Guyon, ils ont été le cœur battant de ce village situé à une cinquantaine de kilomètres de Paris. Doué pour le bonheur mais totalement imprévoyant, le couple aimant est ruiné par les soins tandis que le placement des enfants fait voler la famille en éclat. En ce début des Trente Glorieuses au nom parfois trompeur, la Sécurité sociale protège presque exclusivement les salariés, et les antibiotiques ne font pas toujours de miracle" (4ème de couverture)

Orages intimes, Jeanne Benameur, Actes sud, 2015..

"Photographe de guerre, Étienne a été pris en otage dans une ville à feu et à sang. Quand enfin il est libéré, l'ampleur de ce qu'il lui reste à réapprivoiser le jette dans un nouveau vertige, une autre forme de péril. De retour au village de l'enfance, auprès de sa mère, au contact d'une nature sauvage et familière, il tente de reconstituer le cocon originel depuis lequel reprendre langue avec le monde. Dans ce progressif apaisement se reforme le trio de toujours. Il y a Enzo, le fils de l'Italien, l'ami taiseux qui travaille le bois et joue du violoncelle. Et Jofranka, "la petite qui vient de loin", devenue avocate à La Haye pour les femmes victimes de guerre." (4ème de couverture)

Deux écrivaines, deux fois actes sud et deux ratages. Je regroupe ces deux romans car les raisons de mes abandons sont les mêmes. Je ne suis pas parvenu à croire à leurs histoires.  Je ne m'y suis jamais senti impliqué. Chez Jeanne Benameur, j'y ai même lu quelques facilités de phrases ou expressions toutes faites qui m'ont parfois déçu.

Jamais désagréables, mais jamais convaincants. Je reste en dehors et ça je n'aime pas du tout. Je sais que ces deux écrivaines reconnues sont très appréciées et sûrement à raison. Si j'avais déjà lu Valentine Goby, je découvrais Jeanne Benameur. Bon, rendez-vous raté, qui, je tiens à le préciser avant de me faire agonir ne tient qu'à ma perception de leurs écrits. "Parfois ça marche, parfois ça marche pas" disait Garcimore -que les plus jeunes veuillent bien m'excuser de cette référence de vieux, là ça ne marche pas.

Voir les commentaires

<< < 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 20 30 40 50 60 70 80 > >>