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roman

Premier amour

Publié le par Yv

Premier amour, Samuel Beckett, Minuit, 1970.....

Un homme, le narrateur, se promène dans un cimetière, celui dans lequel est enterré son père. Il soliloque sur le sens de la vie, de la mort, sur les promenades dans les cimetières. Puis, il trouve un banc. Un banc bien calé entre deux arbres, adossé à un monceau de terre et face à un canal. Autant dire la tranquillité même, celle que recherche l'homme. Il s'allonge, mais bientôt une femme lui demande de faire de la place. C'est la première rencontre avec Lulu.

C'est l'une de mes premières rencontres avec Beckett. Il me semble avoir lu l'un de ses livres, il y a longtemps, et puis plus rien, une petit crainte de me confronter avec une œuvre dont j'ai entendu dire partout le plus grand bien ? Je (re)commence donc avec cette nouvelle ou ce court roman publié en 1970 chez Minuit et écrit en 1945. Tout m'y plait : le style, l'absurde, le manque quasi total d'action, la lenteur, l'ambiance. C'est un genre qui peut déplaire voire rebuter surtout de nos jours où tout va vite, très vite, trop vite. 

Je ne ferai pas de grandes phrases, je préfère citer Beckett dans l'une de celles que j'ai notées dans ce livre : "Je me rappelle seulement qu'il y était question de citronniers, ou d'orangers, je ne sais plus lesquels, et pour moi c'est un succès, d'avoir retenu qu'il y était question de citronniers, ou d'orangers, car des autres chansons que j'ai entendues dans ma vie, et j'en ai entendu, car il est matériellement impossible on dirait de vivre, même comme je vivais moi, sans entendre chanter à moins d'être sourd, je n'ai rien retenu du tout, pas un mot, pas une note, ou si peu de mots, si peu de notes, que, que quoi, que rien, cette phrase a assez duré." (p.34/35) Que voudriez-vous que j'ajoute après cela ? Rien, si ce n'est que je vais retourner vite à la bibliothèque fureter à la lettre B comme Beckett.

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Le rituel des dunes

Publié le par Yv

Le rituel des dunes, Jean-Marie Blas de Roblès, Zulma, 2019...,

Lorsque Roetgen  débarque à Tsientsin, en Chine, il y fait la connaissance de Beverly, délicieusement excentrique, de vingt ans son aînée. Ils deviennent amants. Tandis que Beverly dévoile certains pans de sa vie mouvementée, elle demande à Roetgen, telle une Shéhérazade de lui raconter  des histoires aussi rocambolesques que sa propre vie.

Gentiment décalé et très éparpillé, il m'aura fallu tout l'art de l'écriture de l'auteur pour me maintenir dans ce roman qui fait intervenir moult personnages dans de nombreuses situations et plusieurs espaces temps. Tout cela fait que je me perds, mais je le perds aisément. Je pense qu'il me faudrait une seconde lecture pour tenter de faire le tour de ce roman foisonnant et en bien saisir les moindres détails. 

Heureusement, le talent de conteur de Jean-Marie Blas de Roblès est bien là et j'ai pu récupérer au détour d'une phrase ou d'un paragraphe le rythme de ses histoires. Ce ne sera pas mon livre préféré de l'auteur, surtout après les deux excellents L'île du Point Némo et Dans l'épaisseur de la chair, mais ouvrir l'un de ses romans est toujours entrer dans un monde aventureux, parfois épique et décalé, toujours formidablement écrit. Prêts pour l'aventure ?

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Soren disparu

Publié le par Yv

Soren disparu, Véronique Biefnot, Francis Dannemark, Castor astral, 2019....

Soren, la cinquantaine finissante, producteur, musicien, organisateur de spectacles, de festivals, toujours à la recherche de sons, de nouveautés, fou de rock et de jazz et d'influences diverses, disparaît un jour de novembre 2017. La dernière fois qu'il a été vu, c'était sur un pont à Bordeaux. Depuis, rien. Ni nouvelles, ni corps retrouvé. Rien. Des gens qui l'ont côtoyé, approché, aimé, proches ou moins proches témoignent des moments passés avec lui et sans lui.

Voilà une idée qu'elle est bonne de parler d'un homme qu'on ne voit jamais, à travers ses relations amicales, familiales, amoureuses, professionnelles. On devine d'abord puis se fait une idée de Soren, assez précise bien qu'elle reste floue. Je sais c'est contradictoire, mais c'est pourtant comme cela que j'ai pris ce portrait-puzzle. Qui finalement n'est pas éloigné de la vérité. Que sait-on réellement de ses amis, de ses relations, les connaît-on parfaitement ? Preuve que je ne suis pas si mauvais, je viens de retrouver -après avoir écrit ces lignes- une page annotée : "Connaît-on vraiment les gens ? Non, évidemment, quand bien même on ferait le récit complet et minutieusement détaillé de leur vie. Stéphanie a réfléchi un moment avant de me dire ceci : "On n'a jamais que des fragments de ce qui se passe dans le coeur et la tête des gens, des échos." Puis elle s'est tue avant d'ajouter : "Sauf dans l'intimité... Et encore, pas toujours !" (p.14/15) Et ajouterais-je, se connaît-on parfaitement soi-même ?Vous avez deux heures...

Au-delà de la blague éculée, les deux écrivains  font un portrait kaléidoscopique de Soren, une image s'ajoutant à une autre quasi contraire. Chaque page et chaque intervenant ajoutent une touche de lumière ou de noir rendant cet homme tellement humain et complexe. 

Je retrouve dans cette belle idée très bien rendue, tout le plaisir de lire Véronique Biefnot et Francis Dannemark. L'écriture en duo n'est pas toujours aisée et peut donner des résultats décevants lorsque les deux talents ne s'additionnent pas. Ce n'est pas le cas ici, les deux auteurs parvenant à rendre leur histoire fluide, crédible et comme toujours chez eux, même si le thème n'est pas joyeux, il ne plombe pas. Il y a toujours une lueur d'espoir, une atmosphère saine qui fait que l'on ferme le livre avec un sourire plutôt que des larmes.

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Cannibale

Publié le par Yv

Cannibale, Didier Daeninckx, Verdier, 1998 (Folio, 1999)....

Paris, 1931, quelques jours avant l'ouverture de l'Exposition Coloniale, en grandes pompes, par le Président de la République Gaston Doumergue, tous les crocodiles meurent d'un coup. Une solution rapide est trouvée avec un cirque allemand qui, contre le prêt de ses alligators et autres reptiles demande à recevoir une partie des Kanaks exposés comme des cannibales. C'est ainsi que Gocéné, jeune homme extirpé de sa Calédonie natale est séparé de Minoé, sa jeune promise sur laquelle il avait promis de veiller. Minoé est envoyée en Allemagne. Gocéné s'évade et tente de la retrouver.

A partir d'un fait réel, Didier Daeninckx construit une histoire incroyable et folle dans la capitale de ce début des années trente. Fidèle à ses thèmes de prédilection et à ses indignations, il montre toute l'aberration et l'horreur de l'Exposition Coloniale. Mais quel cerveau malade a un jour eu l'idée d'exposer des hommes et des femmes, les obligeant à singer des pratiques qui ne sont même pas les leurs ? "Je leur explique qu'on nous obligeait, hommes et femmes, à danser nus, la taille et les reins recouverts d'un simple manou. Que nous n'avions pas le droit de parler entre nous, seulement de grogner comme des bêtes, pour provoquer les rires des gens, derrière les grilles... Qu'on nous a séparés ainsi qu'on le fait d'une portée de chiots, sans qu'aucun ne sache où était son frère, sa sœur. Qu'on nous traitait d'anthropophages, de polygames, qu'on insultait les noms légués par nos ancêtres..." (p.47)

Gocéné et son ami Badimoin avec lequel il s'échappe du parc de l'exposition vivent une aventure peu commune, rencontrent des gens qui les ignorent, d'autres qui les méprisent et certains qui les aident. Sans doute assez proche de la réalité de l'époque.

C'est un court roman, qui, comme toujours chez l'auteur se base sur un contexte fort qui ne peut pas laisser indifférent, et sous le prétexte de raconter une intrigue aborde les questions essentielles de la fraternité, de l'humanité, de la haine de l'autre par peur de la différence, du racisme, enfin de toutes ces choses qui ont une malheureuse tendance à revenir à la surface en ce moment et qui ne préparent pas le mieux.

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Bilan 2018

Publié le par Yv

Traditionnel bilan de fin d'année. Moins de coups de coeur cette année, sans doute par plus d'exigence ou moins d'emballements, la sagesse vient en lisant... Très réducteur sûrement car j'ai aimé beaucoup d'autres livres que j'ai recensés. Voici les plus marquants :

- Les choses, Georges Perec, chez 10/18. Pas une nouveauté, mais du Perec, c'est forcément bon.

- Le dernier rêve de la raison, Dmitri Lipskerov, chez Agullo. Barré, délirant.

- Un océan d'amour, Lupano et Panaccione, chez Delcourt. Une BD muette, profondément humaine.

- Tuez-les tous... mais pas ici, Pierre Pouchairet, chez Plon. Polar au coeur des réseaux terroristes syriens. 

- Vies volées, Matz et Mayalen Goutz, chez Rue de Sèvres. Une BD superbe sur les enfants disparus d'Argentine.

- Prenez soin d'elle, Ella Balaert, chez Des femmes-Antoinette Fouque. Un roman profond d'une beauté rare.

- Quichotte, autoportrait chevaleresque, Eric Pessan, chez Fayard. Un livre inclassable qui prend le prétexte de Quichotte pour interroger la société contemporaine.

- Le rêve armoricain, Stéphane Pajot, chez D'Orbestier. Un polar finement construit mêlant archives nantaises et présent.

- Edmond, Léonard Chemineau, chez Rue de Sèvres. La pièce d'Alexis Michalik superbement bédéisée. 

- Le pèlerinage, Tiit Aleksejev, chez Intervalles. Le roman de la première croisade à la fin du XIème siècle. Aventures garanties. 

- Le goût de la viande, Gildas Guyot, chez In8. Un premier roman noir, très noir.

 

Bonnes fêtes, je reviens en janvier

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Ça coince ! (45)

Publié le par Yv

Incontrôlable, James Patterson et David Ellis, L'Archipel, 2018 (traduit par Philippe Reilly).

Ben Casper, journaliste à Washnigton DC assiste au plongeon de son amie Diana depuis son appartement. Suicide disent les autortités. Mais Ben, secrètement amoureux de Diana n'y croit pas, il décide de mener son enquête qui bientôt, lui apporte quelques désgréments.

 

Que dire qui ne serait pas méchant ? Rien ! Purement étasunien -ce n'est pas une injure, c'est juste pour dire combien ce livre est archétypal, construit selon un plan très établi, qui a fait ses preuves... rien d'original-, avec une foultitude de références cinématographiques et/ou people que je n'ai pas. Mais qu'est-ce qui m'a pris d'ouvrir ce roman qui est bourré de digressions inintéressantes, oiseuses, de longueurs ? 

Bref, je fuis, mais avant, je referme le bouquin même pas fini, ça n'en vaut pas la peine.

La guérilla des animaux, Camille Brunel, Alma, 2018

"Comment un jeune Français baudelairien devient-il fanatique de la cause animale ? c'est le sujet du premier roman de Camille Brunel qui démarre dans la jungle indienne lorsqu'Isaac tire à vue sur des braconniers, assassins d'une tigresse prêt à accoucher. La colère d'Isaac est froide, ses idées argumentées. Un profil idéal aux yeux d'une association internationale qui le transforme en icône mondiale sponsorisée par Hollywood. Bientôt accompagné de Yumiko, son alter-ego féminin, Isaac court faire justice aux quatre coins du globe." (4ème de couverture)

Je suis désolé de classer ce roman dans ma désormais célèbre rubrique Ça coince !, parce que généralement, j'aime bien les éditions Alma. Mais, je dois piteusement avouer que je n'ai rien compris. Je navigue dans ces pages totalement dans le brouillard, un bien épais, pas du genre à se lever en fin de matinée pour laisser place au soleil, non un tenace qui ne laissera pas un rayon passer. En outre, si je ne suis pas insensible à la cause animale, le véganisme me pose question, quant à l'équilibre alimentaire notamment, mais aussi dans la vision intolérante de certains tenants de cette doctrine. Je mange peu de viande, un peu quand même, fais attention à l'origine, les conditions d'élevage et tout et tout... Que chacun puisse faire ce qu'il veut dans le respect des uns et des autres -animaux compris- et allez en paix. Amen !

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Le pèlerinage

Publié le par Yv

Le pèlerinage, Tiit Aleksejev, Intervalles, 2018 (traduit par Jean Pascal Ollivry).....

An de Grâce 1148, un vieux jardinier d'un couvent près de Montpellier raconte sa jeunesse et son départ pour Jérusalem, pour la première croisade voulue par le pape Urbain II. Tout jeune homme ignorant du maniement des armes, il se lie d'amitié avec un soldat aguerri, Dieter qui lui apprend les bases. 

Mais le jeune homme, malgré une bravoure récompensée, se pose des questions, ne se sent pas très fier de ses actions pourtant audacieuses. Dans ce monde viril, il tente de se rapprocher de Maria de Toulouse, la femme de feu son seigneur dont il est tombé amoureux, des mois auparavant lorsqu'il était chargé du service des vins à sa table.

Vous voulez du roman historique ? Ne cherchez plus, j'ai ce qu'il vous faut. Absolument génial, ce roman, écrit en 2010 par Tiit Aleksejev, écrivain estonien, est récompensé la même année par le prix de l'Union Européenne. Le travail est minutieux, documenté et extrêmement bien rendu, entre la réalité de la première croisade menée par Raymond de Saint-Gilles et son armée de Provençaux, et les personnages fictionnels dont le narrateur. Il y en a pour tous les goûts : de l'aventure, des actions d'éclat, des batailles, mais aussi de grands questionnements sur le bien-fondé d'une telle entreprise, sur la loyauté, sur l'amour, la mort, la liberté de penser, de croire et de pratiquer. Autant dire que bien que se déroulant au Moyen-Age, ce roman est d'une actualité brûlante. 

Tout au long de cette histoire, je n'ai pu m'empêcher de penser à l'intolérance des uns et des autres, à cette absurdité -à mes yeux- qu'est la religion qui pousse des hommes aux actes les plus insensés, les plus fous, et les plus meurtriers, toujours au nom de l'amour d'un dieu ; il y a là une contradiction terrible née d'on ne sait quel cerveau malade et qui perdure. 

Tiit Aleksejev raconte son histoire et l'Histoire sans diriger la pensée du lecteur, il l'aide à se poser des questions, à réfléchir. Son roman est passionnant parce que le contexte l'est bien sûr, mais aussi parce qu'il y introduit des personnages forts et en plein doute. Ils sont forts, car ils combattent dans des conditions effroyables des ennemis aussi violents qu'eux, et que le choix n'a pas lieu d'être : on tue ou on est tué. Ils doutent, notamment le jardinier-narrateur, parce qu'il est amoureux, parce que croyant il ne sait plus trop bien ou est la vérité et qui sont les infidèles, ses rencontres le font douter encore plus, même s'il continue de combattre loyalement aux côtés de son maître et seigneur. Il découvre également l'amitié virile, celle qui lie les hommes à mort dans des conditions de guerre et qui oblige à la confiance aveugle.

Un roman construit en courts paragraphes qui permettent des pauses fréquentes si besoin, car il est dense, se lit lentement pour s'en imprégner totalement. Admirablement traduite, la langue est belle et fluide, d'accès simple. J'adore ce genre de livres qui s'inscrivant dans une époque donnée, nous en apprennent beaucoup et dans un plaisir de lecture qui ne s'émousse pas du début à la fin. 

Admirable, inratable.

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Ça coince ! (44)

Publié le par Yv

23 ans et 23 jours, Serge Berthier, L'Archipel, 2018

"Pianiccia, début du XIXe siècle. Louis, noble désargenté, ressasse ses aventures passées dans le château décrépit de ses ancêtres. Auprès de lui, Petit-Jean, un enfant qu'il élève comme son fils, et  l'ancien corsaire Mahmoud, cuisinier et barbier. Tous attendent le retour du légendaire Balthazar, dit "le Capitaine", qui sillonne  les mers du monde à bord du Liberté. Quand un matin surgit à l'horizon la voilure du fameux trois-mâts, la fine équipe décide de courir l'aventure et embarque pour la Chine lointaine. Ils sont suivis pas la jolie Margot, une prostituée dont Louis ne songe pas à se séparer. Et mes voilà partis pour Makassar et les mers d'Asie." (4ème de couverture)

Voilà un roman qui débute bien, très bien même, j'ai noté plusieurs phrases drôles, bien tournées comme par exemple celle qui parle du barbier amputé de sa main gauche : "On ne savait pas si le tremblement était le résultat de son amputation ou du ratafia. Depuis la perte de sa main, le barbier buvait deux fois plus qu'avant. Comme avant il buvait tout le temps, c'était un exploit dont le village était au demeurant assez fier." (p.10)

Et puis, ça se gâte un peu lorsque le romancier parle de l'enfance de Margot et de la pédophilie du curé qui la déflore ainsi qu'il l'a fait pour nombre d'autres jeunes filles. C'est tourné de manière humoristique, mais j'avoue que ça m'a mis mal à l'aise qu'on en puisse plaisanter. 

Puis, la suite est longue, tarde à démarrer et l'on reste à Pianiccia (en Corse, pour les ceusses, incultes comme mézigue qui ne le savaient pas) longtemps avant que le Liberté n'arrive et Serge Berthier tire sur la corde de son humour qui s’effiloche. Finalement, ce qui me retient dans ce roman me déçoit, je le quitte sans regret.

Le sauvetage, Bruce Bégout, Fayard, 2018

Leo Van Breda, jeune père franciscain arrive à Fribourd-en-Brisgau en 1938 pour consulter les archives d'Edmund Husserl, philosophe juif, père de la phénoménologie, décédé quelques mois plus tôt. Lorsqu'il voit la somme accumulée par le philosophe, il comprend qu'il lui faudra être habile et courageux pour la sauver de la folie nazie.

Autant j'avais aimé le petit livre de Bruce Bégout intitulé Chroniques mélancoliques d'un vendeur de roses ambulant, autant je me suis perdu dans Le sauvetage. Je résiste à la tentation de parler de mon propre sauvetage, tant je me suis senti hors du roman. Non pas que j'aie quelque chose à lui reprocher. L'écriture est belle, sans effet, simple et fluide. Quelques mots en allemand non traduits m'ont un peu gêné et mon manque de connaissance de l'époque, de la philosophie en général et de la phénoménologie en particulier m'ont sans doute empêché d'entrer totalement dans ce roman. Dommage, mais bon, ça arrive parfois.

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Le héros et les autres

Publié le par Yv

Le héros et les autres, Antonin Crenn, Lunatique, 2018....

Martin, lycéen, vit dans une petite ville. Dans cette ville, il y a un square et dans ce square, la statue d'un jeune héros, en bronze, à la fois symbole fort des jeunes morts au combat, mais aussi poids pour  ceux qui ne sont pas des héros. Martin se pose beaucoup de questions, se fait ses propres réponses. Peu entouré, il est souvent seul et regrette que Félix ne passe pas plus de temps avec lui.

Résumé court pour ce court roman d'Antonin Crenn, ici déjà recensé pour son Passerage des décombres et Les bandits. Martin semble attiré par Félix qui ne le regarde pas plus qu'un autre. Cela lui suffit pour intérioriser encore plus -si tant est que cela soit possible-, pour se replier sur lui-même. Il est à l'âge pas facile des lycéens qui s'interrogent sur tout -amis confrontés aux ados, bonjour ! 

Dans un style délicat, fin et sensible, Antonin Crenn raconte les -peu de- faits de Martin et ses nombreuses interrogations, élucubrations, inventions, tentatives de réponses, parfois vraies, parfois totalement personnelles et sans doute loin de la réalité. C'est ce qui arrive lorsqu'on tente seul de trouver des réponses, sans se confronter à autrui pour les confirmer ou les infirmer. Martin est "quelqu'un de l'intérieur" comme le chantait Francis. Antonin raconte très bien comment une succession de petites choses, de petites frustrations, de désagréments, amène un jeune homme à prendre des décisions pas toujours bien comprises ni vraiment justifiées.

C'est un roman contemplatif qui s'attarde donc dans les pensées de Martin mais aussi dans les descriptions des lieux, de la nature omniprésente, comme si Martin avait ce besoin de se tourner vers elle lorsqu'il se sent seul. Le causse, les châteaux des alentours, la rivière froide qui serpente dans la ville, ... tout est prétexte à de belles pages. 

Un court roman que l'on déguste lentement, un brin mélancolique. "Un livre simple sur des choses compliquées" (quatrième de couverture), qui débute comme ceci : 

"Le garçon crie. Il va mourir dans un instant, il le sait, et c'est pour cette raison qu'il crie. Sa mort est imminente : elle l'est depuis près d'un siècle. Ce garçon, puisqu'il est en bronze, on ne sait pas s'il est brun ou s'il est blond. Ses cheveux sont peut-être d'une couleur changeante, comme ceux de Martin qu'on ne sait jamais comment qualifier, qui tirent vers le roux à la fin de l'été." (p.9)

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