Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

polar-noir

Blacksad

Publié le par Yv

Blacksad, Canales Diaz et Guardino, Dargaud
Blacksad est un chat dans un univers d'animaux. Détective privé, il enquête, dans le premier tome, sur la mort d'une ex-petite amie, dans le second, sur la disparition d'une petite fille et dans le troisième sur le passé d'un vieil ami.
Je n'ai pour le moment, lu que trois tomes, mais je sais qu'il en existe un très récent quatrième. Le dessin est magnifique : la personnalisation des animaux, qui gardent cependant leurs instincts est une réussite. Dans le premier tome, les personnages s'installent et dans le second tome, on sent qu'ils ont bien pris leur place. Dans celui-ci, intitulé Arctic-Nation, Blacksad est confronté au racisme, à la haine et au Ku Klux Klan. Le scénario est classique et efficace. Dans le troisième tome, un peu moins bon, le maccarthysme est le contexte auquel les auteurs ont mélangé la bombe atomique et les relents de la seconde guerre mondiale.
Les albums se déroulent dans les Etats-Unis des années 50/60, dans cette atmosphère à la fois légère pour ceux qui réussissent et tendue pour les laissés pour compte (les noirs notamment, dans le tome deux !). Et finalement, tendue pour tous, parce que malgré leur argent, leur renommée et leur réussite, beaucoup de personnalités ont été inquiétées par la chasse au communisme (tome trois). Une série et un personnage-chat vraiment originaux.
Florinette, entre autres, aime aussi Blacksad.

Voir les commentaires

Spinoza encule Hegel

Publié le par Yv

Spinoza encule Hegel, Jean-Bernard Pouy, Ed. Baleine, 1996
Dans une France post soixante huitarde ravagée, sévissent des gangs qui se font la guerre. Les gangs gauchistes anéantissent les gangs fachos et finissent par se battre entre eux. La Fraction Armée Spinoziste et son chef, Julius Puech, le narrateur, viennent d'être défiés par les Hégéliens. Ensuite, ils aimeraient également se frotter au gang Carlo Ponti mené par un des anciens leurs passé à l'ennemi.
Dans la préface, Jean-Bernard Pouy explique que ce texte n'est que la version papier d'une histoire qu'il racontait à des lycéens lui demandant de leur narrer Mai 68. Assez vite, lassé par la réalité des faits, il enjolive, brode une histoire dans laquelle les gangs évoluent sur un "terrain de jeu assez similaire à celui où devait évoluer Mad Max" (Il précise également que son texte était antérieur à ce film, bien que publié postérieurement).
C'est une lecture très particulière, dans laquelle, les femmes sont très peu présentes. Une écriture directe comme peut le laisser entendre le titre plutôt provocateur et physiquement et chronologiquement inexact, puisque, renseignements pris -merci le Petit Larousse !- Spinoza est mort environ 100 ans avant la naissance de Hegel ! Les morts pleuvent, la violence est omniprésente, mais l'amour et la tendresse sont en alerte, au cas improbable où...
Loin, très loin de ce que je lis habituellement. Un peu difficile d'entrer dans ce livre, de tout saisir au début l'histoire et de savoir où J-B Pouy veut nous emmener ; mais finalement, je ne regrette absolument pas. Petit livre de 140 pages-heureusement quand même, parce que 400 pages de carnage, je n'aurais pas résisté !- direct, franc et rapide autant en rythme qu'en temps passé à le lire. Pouy fait montre d'une imagination et d'une écriture fortes, mais, là je crois ne dire que ce qui est avéré.

Voir les commentaires

L'oeil postiche de la statue kongo

Publié le par Yv

L'oeil postiche de la statue kongo, Anne-Christine Tinel, Ed. Elyzad, 2010
Emna B. est retrouvée noyée dans la Saône. Lucie Clos, l'ex-femme du mari d'Emna, est accusée du meurtre. Anna Cabane est chargée de faire l'enquête de personnalité de l'accusée pour le procès. "Est-ce parce qu'elle est enceinte [qu'elle] constate des correspondances préoccupantes entre ses enquêtes et sa vie privée : la frontière n'est plus étanche ?" (4ème de couverture). Commence alors son enquête largement perturbée par sa quête personnelle.
Attention pure merveille que ce livre. D'abord, l'objet lui-même : une mise en page très soignée sur un papier qui respire la qualité, épais, légèrement rugueux et jauni. Les jeunes éditions Elyzad, basées à Tunis ont fait un travail remarquable.
Ensuite, l'histoire, ou plutôt les histoires, puisque Anne Cabane mène une véritable enquête policière en même temps qu'elle s'interroge sur ses origines et sa future descendance. L'auteure mèle donc habilement un roman policier à une quête beaucoup plus personnelle, si bien que l'on ne sait plus dans quel genre on navigue. Ce n'est pas vraiment un polar, ce n'est pas non plus vraiment un roman de recherche des origines et de questionnements personnels. Et quel plaisir de ne pas savoir exactement où l'auteure nous emmène et de ne pas pouvoir cataloguer ce livre !  
Enfin, l'écriture, originale, qui enchevêtre différents styles : classique, style beaucoup plus moderne avec des phrases aux mots tronqués, omis et de véritables poésies qui finissent les chapitres ou s'intercalent entre les paragraphes (la belle mise en page facilite ces insertions de poèmes). 
Seule fausse note : à la fin du livre Anne Cabane, se prépare un petit-déjeuner, beurrant une tartine et y ajoutant de la confiture d'orange. Je déteste la confiture avec du beurre dessous !
Soyons sérieux : j'avoue rechercher, dans un livre, plutôt un style d'écriture qu'une histoire, mais lorsqu'un ouvrage m'offre les deux -et d'aussi belle manière-, alors je ne peux que me réjouir. Avis aux amateurs, je me répète : ce livre est une pure merveille à ne pas rater !
Merci à Elisabeth Daldoul des éditions Elyzad.

Voir les commentaires

La commissaire n'aime point les vers

Publié le par Yv

La commissaire n'aime point les vers, Georges Flipo, Ed. La table ronde, 2010
Ce vendredi 18 janvier, le lieutenant Monot , de la 3ème DPJ prend la déposition d'un témoin dans l'agression d'un SDF. Ce SDF, ancien professeur de lettres, amateur de Victor Hugo a poussé sa passion hugolienne jusqu'à lui ressembler trait pour trait. Si l'on ajoute à cela sa manie de déclamer les vers du grand poète, on comprendra pourquoi les habitants du quartier et ses compagnons de la rue l'appellent Victor Hugo. Dans sa sacoche, la commissaire Viviane Lancier, chef de la 3ème DPJ découvre un sonnet que Monot, fin lettré pense être de Baudelaire. Commence alors une enquête dont la commissaire ne veut pas, mais qu'on lui impose. Des agressions et même des meurtres toutes liées au fameux sonnet émaillent le récit et la progression de l'enquête.
Un roman policier littéraire ? Vous en réviez, Georges Flipo l'a fait ! Un vrai régal de lecture pour qui aime l'un des genres ou les deux réunis. Un mort qui se prend pour Victor Hugo, un lieutenant de police connaisseur de Baudelaire, l'Académie Française en cause dans un assassinat et beaucoup de références littéraires, on sent que l'auteur s'est fait plaisir sans jamais devenir pédant.
En changeant de style et en abordant l'écriture d'un roman policier -même si sa bibliographie fait apparaître des écrits policiers pour une émission de radio-, Georges Flipo ne laisse pas de côté ce que j'aime bien chez lui : une vraie maîtrise de son sujet et une vraie écriture. Pour le premier point, on sent qu'il s'est documenté sur les procédures judiciaires, sur le fonctionnement d'une DPJ. Il reste aussi fidèle à sa critique féroce et probablement réelle -et tellement savoureuse- du monde de la télé, des gens qui y travaillent ou gravitent autour et de son pouvoir d'attirance extrêmement fort  envers nous, simples citoyens ; le "vu à la télé" étant de nos jours une marque de "qualité".
Pour le second point, Georges Flipo use d'un vocabulaire à la fois riche et simple, varié, dans un style personnel assez reconnaissable. J'ai beaucoup ri lors de cette enquête -un peu comme dans certains romans policiers d'Exbrayat- La confrontation entre la commissaire qui "n'aime point les vers" et son adjoint, le lieutenant Monot féru de littérature est fine et délectable. J'ai lu et pris du plaisir, beaucoup plus pour l'ambiance et les personnages que pour l'enquête, même si celle-ci n'a rien à envier à d'autres polars. Mais bon, on est loin d'un thriller étasunien sanglant, avec des rebondissements toutes les deux pages. Et c'est tant mieux ! On peut regretter que la commissaire soit un peu trop embarrassée de ses problèmes personnels (rupture amoureuse proche et douloureuse, et quelques kilos en trop) et qu'elle néglige un peu son enquête : elle a parfois l'air d'une débutante, mais je pardonne aisément. Et non seulement je lui pardonne, mais en plus, étant donné qu'elle est bien partie pour faire d'autres enquêtes (La commissaire n'a point l'esprit club est prévu pour 2011), j'attendrai avec une certaine impatience de replonger dans cette atmosphère policière "flipoenne". Que l'auteur veuille bien m'excuser ce néologisme !
Merci à Nadine Straub des éditions La Table Ronde pour cet envoi.

Voir les commentaires

Ballon mort

Publié le par Yv

Ballon  mort, Marc Villard, Le castor astral, 2008
Stéphane Miller, enquêteur pour les assurances les Mutuelles réunies doit retourner dans sa ville natale pour tenter d'élucider la disparition d'un ami d'enfance, gloire du football. Ce qu'il ne sait pas c'est qu'il va devoir partir avec son fils et loger chez son père. Ce qu'il sait, par contre, c'est qu'il va revoir toute la bande de ses anciens copains et remuer des affaires sordides.
Roman policier de Marc Villard dont on m'a conseillé la lecture ; je reste sur ma faim. Certes, je ne m'attendais pas à un roman anglo-saxon avec un rebondissements prévisibles toutes les 3 pages, mais là, c'est franchement assez mou, prévisible et un peu ennuyeux. Tous les clichés sur les notables de Province sont écrits, mais ce sont des choses que l'on a déjà lues ou vues. Pas assez incisif. Le livre démarre quand même vers la page 100 (sur 168 !). Heureusement que Villard possède une écriture qui retient, parce que sinon, j'aurais refermé ce livre presque sitôt ouvert. Ajoutez à cela que je m'attendais à une bonne dose d'humour noir et décalé comme on peut le trouver dans des romans noirs français et que rien n'arrive. Vous comprendrez alors ma déception. Pas mal, sans plus !

Voir les commentaires

Adèle Blanc-sec

Publié le par Yv

Adèle Blanc-sec, Jacques Tardi, Casterman
Adèle Blanc-sec est une feuilletoniste des années 1910/1920 qui raconte dans les journaux parisiens de l'époque, ses propres aventures. Elle est aventurière, fréquente des savants fous, des gens de la pègre, malfrats et autres escrocs et d'autres personnages ou créatures tout droit sortis de l'imagination de Tardi. Les monstres cotoient les mutilés de la grande guerre (période fétiche de l'auteur), les mafieux et les flics véreux ou incompétents. Dans cette bande dessinée  (dessin et scénario de Tardi), les rues et les bâtiments du Paris des années vingt sont très présents ; l'invraisemblance tutoie la réalité pour mon plus grand plaisir. La série complète comprend 9 tomes (Adèle et la bête, Le démon de la tour Eiffel, Le savant fou, Momies en folie, Le secret de la salamandre, Le noyé a deux têtes, Tous des monstres, Le mystère des profondeurs, Le labyrinthe infernal).
Je me suis laissé dire que Luc Besson avait adapté Adèle Blanc-sec au cinéma pour une sortie prévue prochainement (avril 2010, je crois) : j'ai hâte de voir ce que ça peut donner.

Voir les commentaires

Purgatoire

Publié le par Yv

Purgatoire, Chabouté, Vents d'Ouest, 2003/2005
Benjamin Tartouche est un jeune homme à qui l'avenir semble sourire : une grande maison en héritage d'une vieille tante inconnue, du nouveau matériel performant et des clients pour se lancer dans le monde du travail. Jusqu'au jour où la maison brûle. L'assureur fait traîner les choses dans l'espoir de n'avoir rien à débourser. Benjamin vit alors dans la rue. Il se fait renverser par une voiture. Il est mort... "et c'est là que [ses] ennuis ont vraiment commencé..." (4ème de couverture).
J'aime bien Chabouté. Jusqu'ici j'ai lu des BD en noir et blanc avec très peu de textes (Tout seul, Sorcières, La bête, Pleine lune, Construire un feu). Dans Purgatoire, la couleur est là, dans les tons bruns, marrons. Le texte est présent, mais point trop tout de même : on est loin des BD bavardes. Le dessin est précis, réaliste. C'est par lui qu'on voit les réactions et les sentiments des personnages qui remplissent les cases. Peu de paysages, et ceci d'autant plus que cette fois, l'univers est  urbain : plus d'arbres et de grands espaces, contrairement aux autres titres de l'auteur.
L'histoire que raconte cette trilogie est plaisante, elle tient bien la route grâce à quelques retournements de situation jusqu'à la fin. Elle n'est pas manichéenne : les bons, Tartouche en tête, ont quelques souvenirs pas très glorieux, et les méchants ne réagissent pas toujours caricaturalement.
Que dire d'autre sinon que j'aime vraiment cette bande dessinée comme quasiment toutes les autres de Christophe Chabouté ? Ah si, encore une chose : merci Père Noël, puisque je l'ai trouvée dans mes chaussons, sous le sapin enguirlandé !

Voir les commentaires

Les brouillards de la butte

Publié le par Yv

Les brouillards de la butte, Patrick Pécherot, Gallimard, 2001
Quatre copains de Montmartre, vaguement anars, vivant de petits boulots, s'associent pour cambrioler les maisons des bourgeois. Une nuit, ils dévalisent la maison du comte de Klercq et trouvent dans le coffre fort, en lieu et place de billets, un cadavre.
Roman policier se déroulant exclusivement dans le Paris de l'après première guerre -l'action se déroule en 1926-, on pourrait se croire dans une bande dessinée de Tardi, ou dans un livre de Léo Malet dont Pécherot revendique d'ailleurs l'héritage pour ce livre. Seulement voilà, malgré ces références, j'ai eu un peu de peine à aller au bout : peu d'entrain pour l'intrigue et les personnages, assez fades malgré leurs pedigrees qui laissaient augurer beaucoup mieux. L'auteur nous fait rencontrer André Breton, la Goulue, nous abreuve de noms et de faits qui se sont déroulés dans cette période, comme s'il voulait à tout prix "caser" toutes ses références dans un minimum de pages. C'est parfois trop !
Ce roman n'est jamais désagréable, mais il est loin de m'avoir "scotché".

Voir les commentaires

Country blues

Publié le par Yv

Country blues, Claude Bathany, Métailié, 2010
Dans une ferme délabrée des monts d'Arrée, vivent les membres de la famille Argol, tous plus givrés ou désorientés les uns que les autres : "Dany, play-boy rivé à ses vaches, Cécile, lesbienne passionnée d'armes, Jean-Bruno, boxeur agoraphobe, et Lucas, marionnettiste schizophrène" (4ème de couverture), tous frères et sœurs, auxquels, il faut ajouter leur mère atteinte de la maladie d'Alzheimer. Dans leur petit monde, survient Flora, "jeune et mystérieuse zonarde". Alors, de petits bouts de révélations et petits bouts de révélations, le passé de ce village des monts d'Arrée se dévoile. Et la seule chose que je puisse en dire sans trop éclairer  votre lanterne, c'est qu'il est très noir et très glauque.
Je vais être clair tout de suite : j'ai adoré ! Voilà, c'est dit ! Si l'on peut considérer que l'intrigue a déjà pu être lue ou vue ailleurs (un serial killer, des suicides suspects, ...), la manière de la raconter est pour moi très originale.Tous les protagonistes deviennent narrateurs à tour de rôle : les membres de la famille Argol et ceux de l'autre famille importante du livre, les Moullec. Chaque chapitre commence par le récit d'un événement présent par l'un des Argol. Le chapitre qui suit revient sur cet événement, mais par la bouche d'un autre Argol ; il décrit à son tour ce qu'il a vu ou vécu, ajoutant par rapport à son frère ou sa soeur des détails qui lui sont propres. Ce qui nous permet de nous faire une idée plus large de cet événement. Un peu comme si un cinéaste filmait une situation sous des angles différents avec plusieurs caméras et nous présentait ensuite les films consécutivement, sans montage. Une vision grand angle de la vie des Argol. Les Moullec eux, racontent plutôt les faits passés, de la même manière. On comprend donc à la fois la vie terne et peu enviable de ces familles et le secret qui les lie, par touches impressionnistes, tout au long du livre, le suspense tenant bon jusqu'aux dernières lignes.
Claude Bathany use donc d'un stratagème vraiment plaisant. J'aime bien son écriture, qui varie en fonction du narrateur, plus ou moins argotique pour les Argol, nettement plus léchée pour Vincent Moullec (officier de gendarmerie). Son roman est vraiment noir et glauque, quelques pointes d'humour sont les bienvenues. La Bretagne est pluvieuse, la terre omniprésente, boueuse, les hommes sont parfois répugnants, parfois attachants, de vrais losers, la musique est présente en fond de tableau, elle-même pesante, lourde : du blues, sûrement. Du blues de la campagne bretonne. Allez faire un tour dans cette Bretagne blues, vous ne le regretterez pas !

Voir les commentaires