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polar-noir

Le royaume des voleurs

Publié le par Yv

Le royaume des voleurs, William Ryan, Ed. Les deux terres, avril 2011

"1936, début de la terreur stalinienne. Le cadavre mutilé d'une jeune femme est retrouvé sur l'autel d'une église désaffectée. L'inspecteur Korolev, chef de la section criminelle de la Milice de Moscou, est chargé d'enquêter. Comme la victime est citoyenne américaine, l'organisation la plus redoutée de toute la Russie, appelée NKVD, s'en mêle. Les moindres faits et gestes de korolev sont observés." (4ème de couverture)

Ce livre est présenté par l'éditeur comme la première enquête de l'inspecteur Korolev. Il est toujours intéressant d'assister à la "naissance" d'un héros récurrent. Enfin, moi, j'aime bien. Et puis, il est assez sympathique ce flic russe. Une quarantaine d'années, vétéran de la guerre 14/18, ancien joueur de football, divorcé et père d'un petit Youri qu'il ne voit plus guère, voilà pour le profil. Il est empêtré dans une histoire difficile et gêné aux entournures par le NKVD et l'angoisse qui règne à Moscou en cette année 1936. En effet, à cette époque, tout le monde espionne tout le monde. Les dénonciations d'un voisin pour récupérer un appartement plus grand, par exemple, ou simplement parce que ce voisin n'a pas une tête très communiste sont légion. Ci-après, une blague de l'époque qui a valu à son auteur, flic, ex-collègue de Korolev, d'être dénoncé et déporté : "C'est un mouton qui tente de franchir la frontière avec la Finlande. "Pourquoi tu veux fuir en Finlande ? lui demande le douanier. - A cause du NKVD, répond le mouton. Le camarade Staline a ordonné que tous les éléphants soient arrêtés. - Mais tu n'es pas un éléphant, dit le douanier. - Oui, je sais, répond le mouton, mais essayez d'expliquer ça aux tchékistes [les hommes du NKVD.]" (p89)

Cette fois encore, le contexte de ce roman policier est suffisamment dense pour attirer le lecteur et le garder. La peur est omniprésente, l'effroi d'être dénoncé pour rien ajoute du suspense au récit. Même au plus haut du sommet, la lutte existe pour le pouvoir, mais personne n'est sûr de rester au poste qu'il occupe très longtemps. Staline décide, Staline fait et/ou défait les carrières et mêmes les vies. Dès lors, il est donc à peine utile de vous préciser que Korolev se doit d'avancer à pas feutrés, sans faire de bruit ni de vagues. L'enquête prend donc du temps et pour tenter d'en perdre le moins possible, il doit s'allier à la fois à un colonel du NKVD et au chef des Voleurs.

Contrairement à beaucoup d'autres polars, le récit est assez linéaire : il n'y a que trois chapitres disséminés dans le livre dans lesquels le tueur s'exprime, en aparté, tout le reste est consacré à l'enquête proprement dite et à Korolev quasiment présent de bout en bout. C'est plutôt pas mal de quitter un peu le modèle dominant du moment dans lequel le tueur intervient très souvent, en parallèle de l'enquêteur.

Pour conclure, pas mal du tout cet inspecteur Korolev. Convaincant, évoluant dans un cadre fort et peut-être une petite histoire d'amour qui s'annonce ?

Lu dans le cadre de  masse_critique.jpg de Babelio. 

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Pizzicato

Publié le par Yv

Pizzicato, Yaël König, Ed. Yago, 2011

"Jean Bertini, célèbre violoniste est assassiné à Nice. Jeune inspecteur, Nathan Godfine mène l'enquête, mais l'affaire ne sera jamais résolue. Quinze ans plus tard, le ténor Isaac van Jong est tué avant d'entrer en scène. A côté de son cadavre gît une poupée mutilée." (4ème de couverture). Cette poupée Nathan l'avait déjà vue près du cadavre de Bertini. Commence alors une enquête dans le milieu de l'opéra, de la musique classique.

Pas mal du tout ce roman policier. D'abord pour le milieu qu'il décrit, pas très courant dans ce genre de littérature. Ensuite pour les personnages campés qui sont attachants. Alors, certes, les héros ont tendance à être tous très beaux, tous très intelligents, une sorte d'élite culturelle-physique-musicale, mais je n'ai pas boudé mon plaisir à voyager en leur compagnie à Nice. Yaël König offre une belle visite de l'opéra de cette ville, nous guide dans tous ses recoins et nous promène dans cette vile, que personnellement, je ne connais pas du tout. C'est bien, ça change des visites de Paris, et en plus, "il y a le ciel, le soleil et la mer..."

Revenons à nos meurtres et à notre inspecteur Godfine, devenu entre temps commissaire. Il est amateur de grande musique et d'opéra. Avec son copain journaliste musical, Baptiste Del Chiappo, ils vont régulièrement aux concerts, et Baptiste peaufine les connaissances de Godfine en la matière. Baptiste est aussi d'un grand secours lorsqu'il s'agit de faire le portrait des plus grands chanteurs, dont Isaac van Jong et la cantatrice qui suivra dans la liste macabre.

Nathan travaille à l'ancienne : il a un cahier dans lequel il écrit "Ce que je sais" en noir sur une page  et "Ce que je ne sais pas" en rouge sur l'autre page. Les éditions Yago et l'auteure ont inséré dans le livre des paragraphes dans lequel le meurtrier s'exprime -sans que l'on ne connaisse son identité- écrits en rouge, comme dans le cahier de Godfine. Bien vu ! Ces incursions de l'assassin font bien sûr monter le suspense, puisque l'on sait clairement ses motivations. En outre, aucun indice ne nous met la puce à l'oreille quant à son identité ; personnellement, j'avais plusieurs suspects, mais tout au long du livre, ce n'est pas le bon, qui dans mon esprit tient la corde.

Bien écrit, très agréable à lire, ce roman policier, en plus de nous tenir en haleine nous présente, comme je l'ai dit plus haut, des personnages très attachants. En premier lieu, Nathan Godfine -mais comment prononcer son nom ? Pendant toute ma lecture, je me le suis demandé : à l'anglaise "Godfaïne" ou à l'italienne "Godfiné" ou tout simplement à la française ? Ça m'a turlupiné, ça me turlupine encore. J'ai opté pour la version italienne, ne réussissant pas à me faire à la française et compte tenu de la proximité de ce pays lorsqu'on est à Nice. Bon parenthèse fermée. Yaël König décrit bien ses personnages, même -et surtout serais-je tenté de  dire- les "seconds rôles". Elle écrit des biographies complètes des victimes, de certains témoins et de suspects. On pourrait penser que c'est vain puisqu'ils ne font qu'une courte apparition, mais au contraire, je trouve que cela donne une humanité au récit, par ailleurs pas drôle du tout, surtout que les cadavres sont mutilés atrocement. Et puis, pour des gens comme moi, assez inculte voire ignare en opéra, Yaël König parle de cet art de manière qui donne envie de l'écouter. "Aussi ne t'interroge pas sur l'étiquette à donner à ta voix. Travaille-la, préserve-la, puis ne crains pas de la laisser jaillir lorsque c'est nécessaire. Le chant est séduction parfaite ; il est bonheur. Parfois même guérison." (p.148)

Bien écrit, contexte merveilleusement et sensuellement décrit, récit maîtrisé et judicieusement construit, faites vous plaisir !

Merci à Gilles Paris.

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Horreur boréale

Publié le par Yv

Horreur boréale, Asa Larsson,  Folio 2011, (Gallimard 2006)

Viktor Strandgard, le Pèlerin du Paradis, surnommé ainsi depuis qu'il a survécu à un accident et qu'il est revenu des morts meurt une seconde fois. Cette fois-ci, c'est la bonne, il est retrouvé sauvagement assassiné dans l'église de la communauté que sa résurrection précédente vue comme un miracle déclencheur d'une ferveur religieuse a aidé à rendre prospère. Sa sœur, Sanna, est accusée du meurtre. Elle appelle à la rescousse son ancienne amie Rebecka Martinsson, ancienne membre de l'Église, désormais avocate fiscaliste à Stockholm, pour la défendre. Mais une amitié brisée ne se ressoude pas d'un simple claquement de doigts.

Ça tarde à démarrer, les personnages sont à peine crédibles, notamment Rebecka Martinsson, et  l'intrigue traîne en longueur. Il faut attendre une bonne moitié du livre pour qu'il devienne enfin intéressant et que le suspense monte. Bon, la policière, enceinte jusqu'aux yeux, aidée d'un collègue aux moustaches de morse, je peux y croire ; le substitut du procureur, irascible, en colère perpétuelle de se retrouver dans ce trou de Laponie alors qu'une telle intelligence doublée d'un tel charisme pourrait faire de lui un procureur très en vue dans la capitale, je veux bien aussi, bien que je sente poindre une légère caricature ; mais l'avocate fiscaliste, limite anorexique qui trouve des forces surhumaines pour affronter ses propres démons internes et externes et ceux de l'église de la Force originelle et qui dans le même temps doit s'occuper de deux fillettes, elle qui peut à peine s'assumer, là, je n'adhère plus. Pas crédible, même pour un roman policier dans lequel, on sait bien qu'on risque de trouver des situations exagérées, voire totalement fantaisistes. Mais le propre des polars nordiques, c'est justement de confronter ce genre à une réalité tangible ; là, Mlle Martinsson n'est pas réelle !

A part ça, et bien, on retrouve, les joies du climat frisquet -enfin, totalement glacial- de la Laponie, les paysages de neige, de glace, les voitures qui ne veulent pas démarrer, les motoneiges, ... On découvre aussi une description des églises dites libres de Suède qui fait froid dans le dos et qui n'incite pas vraiment à la gaudriole. Mieux vaut les éviter que d'affronter leur courroux. "Comme dans tout pays protestant, l'Église officielle (qui vient seulement d'être séparée de l'État) se double d'une  foule de confessions indépendantes (dites "Églises libres") souvent beaucoup plus critiques envers elles que les agnostiques." (note du traducteur, Philippe Bouquet en bas de la page 26). Le contexte de la toute puissance de ces très fortes et très implantées églises libres est très intéressant. Il est bien rendu et crée un climat de tension palpable. Je pourrais dire qu'il rafraîchit le climat, mais vues les températures du pays, ce n'est guère possible. Néanmoins, c'est pour moi le bon point du bouquin.

Pour finir, si je mets dans la balance mes réserves et mes bons points, je ne pèse, en sortant de ce livre pas vraiment plus lourd qu'en y entrant. Concrètement : Pas mal, mais peut mieux faire !

D'autres avis : Cunéipage, Cryssilda. Et merci à la librairie dialogue.

 

dialogues croisés

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L'homme qui aimait les chiens

Publié le par Yv

L'homme qui aimait les chiens, Leonardo Padura, Métailié, 2011

En 2004, Ivan, vétérinaire-écrivain raté se souvient de ses rencontres, dans les années 1970,  avec celui qui dit se nommer Jaime Lopez et qui lui raconte la vie de Ramon Mercader, l'assassin de Trotski. Dès lors, Ivan commence à fouiller dans la vie de Léon Trotski. Mais à Cuba, dans les années 70, il n'est pas aisé de faire des recherches sur celui que les Staliniens surnommaient le renégat ou le traître.

Voilà donc ce gros roman (671 pages, en comptant les remerciements, importants) ! Celui qui m'a empêché de lire et donc de chroniquer d'autres livres pendant une bonne semaine (j'avais un peu d'avance et donc vous n'avez pas été privé des mes billets. Ouf !) Le lecteur qui, comme moi, se dit que sur une telle quantité de pages, il peut en passer quelques unes voire plusieurs, pour avancer plus vite se trompe. Ce roman est tellement dense, que chaque mot compte et que même si l'on a envie d'aller vite, Leonardo Padura, par je ne sais quel prodige, nous oblige à le lire mot à mot.

Construit en chapitres parallèles, qui parfois s'entrecroisent cependant -un comble pour des parallèles !), Leonardo Padura raconte la vie de Léon Trotski, depuis le début de son exil jusqu'à sa mort, celle de Ramon Mercader, son assassin, et celle d'Ivan.

Le plongeon dans la vie de Lev Davidovitch (Trotski) est historique. Formidablement documenté, Padura narre en détails ce qu'a été l'exil de Trotski, d'abord en Turquie, puis en France, puis en Norvège pour finir au Mexique, recueilli par Frida Kahlo et son mari Diego Rivera. Trotski, sans jamais douter du bien-fondé de sa pensée, de son opposition à Staline, malgré le sort qui lui est réservé, se retrouve souvent en situations délicates. Il souffre, il se pose des questions dues à son isolement, sur sa vie, sur ce qu'il fait endurer aux siens : "Lev Davidovitch [...] avait éprouvé le besoin urgent de presser la main de Natalia Sedova pour sentir près de lui une chaleur humaine, pour ne pas étouffer d'inquiétude, harcelé par cette sensation d'égarement. Mais il se souviendrait aussi qu'à ce moment, il avait réaffirmé sa décision : même seul, son devoir était la lutte. Si la Révolution pour laquelle il s'était battu se prostituait en devenant la dictature d'un tsar déguisé en bolchevik, alors il faudrait l'extirper à la racine et la semer de nouveau, parce que le monde avait besoin de révolutions authentiques. Il savait bien que ce choix le rapprocherait encore de la mort qui le guettait depuis les tours du Kremlin." (p.63)

Parallèlement, Padura raconte aussi l'embrigadement, le lavage de cerveau qu'a subi Ramon Mercader, jeune Espagnol communiste pour devenir le futur assassin de Trotski. Très romancé, puisque très peu de choses sont connues sur ce Mercader, l'écrivain nous livre une version très crédible des assurances et des doutes du jeune homme. Sa transformation est quasi totale, rapide et impressionnante. Il ne vit que pour LA tâche qu'on lui promet : assassiner le renégat.

Et puis, Leonardo Padura invente Ivan, le vétérinaire raté, l'écrivain cubain frustré qui rencontre Jaime Lopez (ou Ramon Mercader ?) sur une plage de Cuba dans les années 70. Ce personnage fictif est là pour nous montrer ce qu'était Cuba dans ces années-là : avant 1989 et la chute du mur de Berlin, très peu de nouvelles passaient à La Havane et sûrement pas celles concernant une éventuelle opposition à l'URSS ; les Cubains ne savaient rien non plus des crimes de Staline avant cette date. Alors, Trotski, vous pensez bien qu'ils ne savaient pas qui il était. On s'étonne tout au long du livre de l'aveuglement total des dirigeants soviétiques et de tous les autres dirigeants sur les crimes perpétrés par Staline. Comment les hommes ont-ils pu fermer les yeux sur tant de meurtres, de folie, sur une telle terreur ? Comment certains ont-ils pu rester fidèles au communisme russe même après avoir connu ces horreurs ?

J'aurais tellement à dire et à citer de ce roman que je crains d'être trop long. Encore un excellent bon point pour vous donner envie : bien que l'on sache la fin, puisqu'elle est historique, Leonardo Padura trouve le moyen de créer un suspense terrible dans les 100 pages qui précèdent l'assassinat de Lev Davidovitch par Ramon Mercader. Comme dans un roman policier (que Padura écrit aussi d'ailleurs ; lisez son très bon Les brumes du passé), on lit ces pages en tremblant (comme Mercader dans les dernières minutes craignant de subir "le souffle de Trotski"), avide d'arriver au geste fatal. Quel talent ! 

Très franchement pour moi, pour le moment, le meilleur livre de la sélection du Prix des Lecteurs de l'Express. La barre est désormais très haute. Surtout ne vous privez pas d'un tel plaisir ! Si vous ne croyez pas à mon enthousiasme -parfois, je m'emporte, je sais-, allez voir chez Keisha, Ys, Tournez les pages, Audrey, L'actu du noir, Moustafette.

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En cas de malheur

Publié le par Yv

En cas de malheur, Georges Simenon, Ed. Le livre de poche, 2010 (Ed. Originale : Presses de la cité, 1956)

Un avocat parisien de renom, Maître Gobillot, approchant la cinquantaine est réputé pour ses plaidoiries et pour faire acquitter ses clients, même les coupables. Un soir, une jeune femme vient à son cabinet, lui avoue qu'elle a commis un hold up avec une amie et lui demande de la défendre. L'avocat accepte, et gagne le procès. Le jeune femme devient ensuite sa maîtresse.

Ecrit comme un journal que tient l'avocat, ce livre remonte à la rencontre entre les deux personnages. Puis, Maître Gobillot raconte ensuite son quotidien, partagé entre ses affaires, sa femme et Yvette, la jeune femme, qui prend une place de plus en plus importante. C'est remarquablement écrit et mis à part quelques détails prosaïques, l'histoire tient encore bien la route 55 ans après sa première parution.

Je n'ai pas vu le film De Calude Autant-Lara avec Jean Gabin et Brigitte Bardot malgré ses nombreuses rediffusions télévisuelles. Ce qui me surprend d'emblée, c'est que dans le texte, l'avocat est une personne laide, aux yeux globuleux et que Yvette est une jeune femme assez quelconque, pas le sex-symbol qu'était BB à l'époque. Bon, passons sur ces détails pour en revenir au livre. Georges Simenon, la petite cinquantaine lorsqu'il écrit le livre, détaille, dissèque les sentiments et la vie d'un homme du même âge et ayant réussi socialement. L'introspection est poussée loin : "Ce qui me poussait avant tout, c'était probablement une faim sexuelle pure, si je puis m'exprimer ainsi sans faire sourire, je veux dire sans aucun mélange de considérations sentimentales ou passionnelles. Mettons de sexualité à l'état brut. Ou cynique.

J'ai reçu, parfois forcé, les confidences de centaines de clients, hommes et femmes, et j'ai pu me convaincre que je ne constitue pas une exception, qu'il existe, chez l'être humain, un besoin de se comporter parfois en animal." (p.117)

Aujourd'hui, avec la même idée, beaucoup feraient un texte sale, trash, avec force sexe et sentiments qui dégoulinent. La force de Simenon est de tout dire avec élégance voire avec suggestion, mais pourtant, son récit va assez loin. Un peu comme un Hitchcok qui suggère plus qu'il ne montre et qui réussit à faire naître et à maintenir un suspense, contrairement à certains films actuels qui doivent tout montrer pour un résultat pas toujours à la hauteur.

Simenon décortique aussi les rapports mari/femme et les relations "amicales" dans le monde de la haute bourgeoisie qu'il décrit, ce monde des affaires, de la politique, des médias. Ça ne fait pas très envie, les relations sont faussées, juste présentes pour faire avancer sa carrière, pour être en vue, ...  Désillusionné, blasé l'avocat : "J'ai pu me convaincre, par l'expérience, que les "familles comme les autres" n'existent pas, qu'il suffit de gratter la surface et d'aller au fond des choses pour retrouver les mêmes hommes, les mêmes femmes, les mêmes tentations et les mêmes défaillances. Seule la façade change, le plus ou moins de franchise ou de discrétion - ou d'illusions ?" (p.141/142)

Lorsque B.O.B a proposé ce livre en partenariat avec Le livre de poche, j'ai d'abord mis un autre choix et celui-ci en second. J'ai été un peu déçu de n'avoir pas eu mon premier choix et En cas de malheur a tardé à arriver, mais après sa lecture, je peux vous dire que je ne regrette pas du tout et que relire -ou lire- du Simenon, ça fait du bien. Je ne sais pas si écrire a fait du bien à l'avocat, mais voici ce qu'il dit en tout début de livre : "J'essaie de me moquer de moi, de ne pas me prendre au tragique. Pourtant, n'est-ce pas déjà un symptôme d'avoir besoin de m'expliquer par écrit ? Pour qui ? Pourquoi ? Je n'en ai aucune idée. En cas de malheur, en somme, comme disent les braves gens qui mettent de l'argent de côté. Pour l'éventualité où les choses tourneraient mal." (p.11) Et j'ajouterai, pour notre plus grand plaisir de vous lire, Maître Gobillot-Simenon !

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Totally killer

Publié le par Yv

Totally killer, Greg Olear, Gallmeister, mars 2011

New York, 1991. Taylor Schmidt, une charmante jeune femme de 23 ans débarque de son Missouri natal. Toute nouvelle diplômée, elle ne réussit pas à trouver de boulot. Elle écume les bureaux de placements sans succès. Un jour, dans la boîte à lettres de l'appartement qu'elle partage avec Todd Lander (le narrateur), elle trouve une annonce d'un bureau de placement pas comme les autres :

"Des jobs pour lesquels vous seriez prêts à tuer.

Marre des autres agences ? Essayez la meilleure - QUID PRO QUO." (p.37) 

Dans cette agence, il suffit de dire ce qu'on veut faire et on obtient un poste à peu près correspondant, très rapidement. Mais il existe une contrepartie. Un prix particulièrement difficile à payer.

Qu'il m'a été difficile de résister à la première partie du bouquin : la mise en place des personnages, des situations est très longue. Beaucoup de références à l'année 1991 avec des noms de personnes et de lieux a priori connus, mais pas de moi. Loin d'être un spécialiste des Etats-Unis et pas forcément passionné par les années 90, je m'y suis perdu. Heureusement, il y a de bons passages qui permettent de tenir. Et tant mieux serais-je tenté de dire, parce qu'à partir de la page 131, l'histoire s'emballe. Et là, je me suis retrouvé en plein roman noir à la fois grinçant, drôle et dérangeant. Voilà le passage qui, selon moi, fait basculer vraiment le livre : "Tandis qu'il la tenait serrée tout près de lui, Taylor prit conscience de deux choses en même temps. Premièrement, le lendemain était le jour de son entretien de suivi avec le boss de Quid Pro Quo (dont le nom n'avait jamais été mentionné par Asher) et il allait être question du remboursement.

Deuxièmement, ce qu'elle avait pris pour du rouge à lèvres était en fait du sang." (p.135)

Ensuite, Taylor, jusque là, jeune femme ambitieuse certes, mais seulement ambitieuse, passe du côté obscur de la force. Todd, son co-locataire, le narrateur, ne peut que constater que celle dont il est amoureux lui échappe totalement.

L'écriture est plutôt moderne, sans être trash. Rien de bien nouveau, mais à part ces références étasuniennes des années 90 auxquelles je ne comprends rien (qui s'estompent dans la seconde partie au fur et à mesure que le récit s'épaissit), le livre se lit bien et agréablement. J'ai pu trouver dans ce livre des ressemblances avec certains films : Le prix du danger, d'Yves Boisset ou encore Le couperet, de Constantin Costa-Gavras. Surtout avec le second d'ailleurs. Mais j'ai eu également des flashs du premier au cours de ma lecture. Peut-être le constat que certains sont obligés d'aller au bout de leurs limites pour exister ? Peut-être la vision de l'auteur sur le monde des médias et de la justice ? 

Enfin, ce que je peux dire c'est que cette seconde partie est passionnante et que je me suis demandé jusqu'à la fin comment cette histoire pourrait  finir. Je suis d'ailleurs plutôt surpris de la manière dont Greg Olear clôt son roman : une fin bien amenée et assez étonnante.

Pour résumer, si vous passez rapidement les 130 premières pages, vous découvrirez un très bon roman noir, qui franchement vaut le coup que vous fassiez ce petit effort.

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Sukkwan Island

Publié le par Yv

Sukkwan Island, David Vann, Ed. Gallmeister, 2010

Un père et son fils de treize ans se retrouvent sur une île du sud de l'Alaska pour y vivre une année entière. Sukkwan Island. Les relations ne sont pas si simples, entre eux qui ne se connaissent pas vraiment. Le séjour démarre très mal et la malchance perdure jusqu'au drame prévisible.

Que dire de ce livre tant décrit sur les blogs et ailleurs ? La première partie, celle qui concerne l'arrivée de Jim (le père) et de Roy (le fils) se déroule assez lentement, malgré les événements qui s'enchaînent et qui les empêchent de profiter réellement l'un de l'autre. Les relations que Jim pensait nouer avec son fils sont très longues à se créer : "Observant l'ombre qui bougeait devant lui, il [Roy] prit conscience que c'était précisément l'impression qu'il avait depuis trop longtemps ; que son père était une forme immatérielle et que s'il détournait le regard un instant, s'il l'oubliait ou ne marchait pas à sa vitesse, s'il n'avait pas la volonté de l'avoir là à ses côtés, alors son père disparaîtrait, comme si sa présence ne tenait qu'à la seule volonté de Roy." (p.112). Le jeune homme oscille entre sa volonté de rester et celle de partir. Son père lui demande beaucoup : de se conduire comme un homme, d'affronter le climat et les événements, de "renoncer" un an à sa mère et à sa soeur, ... Jusqu'au drame qui même s'il est prévisible surprend par sa brutalité, et là, le récit change totalement. Plus dur. Plus âpre. Plus rapide. Je ne décrirai pas là de peur de dévoiler trop du livre et donc de "casser" le suspense et de diminuer le plaisir de le découvrir.

Un roman qui dissèque les relations père/fils et que je trouve assez juste. Dépaysant. L'île de Sukkwan et les paysages semblent quoique froids, superbes. De là à proposer à mon fils -du même âge que Roy- d'aller y passer une année, il y a un grand pas que je ne franchirai pas, refroidi -ah ah quel jeu de mots !- que je suis par l'aventure de Jim et de Roy !

Haletant, je vous préviens qu'une fois commencé  ce roman, vous ne le lâcherez plus. Je dis ça, mais je dois être un des derniers à le lire, tellement j'en ai entendu parler. En bien. A juste titre. Encore que sa diffusion pourrait grandir puisqu'il vient de sortir aux éditions France Loisirs. Je remercie d'ailleurs beaucoup ma maman qui l'a acheté chez ce distributeur, sur mes conseils, et qui après l'avoir dévoré me l'a prêté.  

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Histoire et faux-semblants

Publié le par Yv

Histoire et faux-semblants, Didier Daeninckx, Ed. Verdier 2007 (existe en Ed. Folio)

"Dans ces quatre nouvelles, les apparences s'avèrent toujours trompeuses. L'histoire refuse que l'on assemble trop vite les bribes qui la constituent." (4ème de couverture)

Matin de canicule : un homme roule sur le périphérique parisien en direction de Lille, mais par le malheureux hasard d'un accident de la route dont il est témoin, il se retrouve à arpenter les rues du quartier de sa jeunesse. Il revoit celle qu'il croit être l'un de ses amours adolescentes.

Mères glorieuses, mères angoissées... : un assassinat à Paris occupée en 1942. Une jeune femme est retrouvée morte dans son chic appartement. Les deux inspecteurs découvrent qu'elle est la maîtresse d'un officier de la Wafen SS, ce qui complique considérablement leur tâche.

Sandrina Spice : une jeune fille se suicide lorsqu'elle apprend que son idole, la chanteuse Sandrina Spice vient d'avoir un accident mortel. Le jumeau de la jeune fille, qui la sauve de justesse, tente de lui redonner envie de vivre.

Un petit air mutin : 1931, aux alentours de Craon, Eusèbe et Edmond sont chargés de faire la chasse aux dépouilleurs de cadavres, aux collectionneurs de tous poils qui creusent les tranchées vieilles de 13 ans. Ce matin-là, ils appréhendent un homme qui se dit Sénégalais, fait assez rare dans la région à cette époque.

Les personnes dont on parle et à qui l'on parle sont-elles bien réelles ? Ne se trompe-t-on pas d'individu ? Toute l'ambiguïté des histoires de Didier Daeninckx repose sur ses faux-semblants, sur l'illusion. Comme toujours chez cet auteur, l'enquête, le suspense est là pour tenir en haleine, mais le contexte est le plus fort. L'Histoire avec un grand H, dans laquelle il insère des morceaux de la petite histoire : la nôtre ou celle de ses héros. Elles sont courtes ses quatre nouvelles. Trop courtes. Elles auraient toutes pu faire, séparément, d'excellents romans. La première, Matin de canicule commence fort  : "Les Parisiens lève-tôt, en route pour leur maison de campagne, croisaient les fêtards en quête d'after sur l'anneau presque désert. Je me suis laissé emporter. L'aiguille du compteur flirtait avec le chiffre cent quand un type, tête nue, queue de cheval dressée à l'horizontale par le vent, a débouché sur ma droite. Il avait dû doper le moteur de son scooter, car après s'être maintenu un instant à ma hauteur, une pression sur la manette des gaz lui a fait prendre une dizaine de mètres d'avance. [...] J'étais en train de l'insulter quand la roue avant de son engin a percuté un morceau de pot d'échappement vraisemblablement perdu par une épave au cours de la nuit. [...] ... j'ai ouvert la portière pour aller regarder ce que je croyais être la pièce métallique à l'origine de l'accident. Le café du petit matin m'a cogné à l'intérieur des dents quand j'ai réalisé que c'était un bras humain." (p.13/14) de quoi faire une excellent polar, n'est-il pas ? C'en est presque frustrant, mais bon, D. Daeninckx a préféré une forme plus courte. Respectons son libre choix.

Ces quatre nouvelles sont toutes excellentes, mais j'ai tout de même une petite préférence pour Un petit air mutin : tous les personnages, autant ceux censés faire respecter la loi que ceux qui l'enfreignent sont en piteux état psychique, mais aussi parfois physique, et ils sont aussi très attachants. Et à travers leur courte rencontre Didier Daeninckx lève le voile sur une partie de notre Histoire pas très glorieuse et inhumaine.

 

dialogues croisés

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La rigole du diable

Publié le par Yv

La rigole du diable, Sylvie Granotier, Albin Michel, 2011

"Catherine, une jeune avocate parisienne, doit assurer dans la Creuse la défense d'une femme soupçonnée d'avoir empoisonné son époux, un riche et vieux paysan. Tout accuse sa cliente. Mais, de manière inattendue, c'est à son propre passé que Catherine se retrouve confrontée, à travers un crime jamais élucidé : celui de sa propre mère dont elle a été, enfant, le témoin innocent." (4ème de couverture)

Quatrième livre du Prix des lecteurs de l'Express. Je finis par croire que je ne suis pas dans une bonne passe de lecture, tant ce que je lis en ce moment me déçoit. Ce livre ne m'attire pas. Je l'ai commencé, mais rien ne m'y retient. Les personnages me paraissent plats, falots, et caricaturaux. Déjà vus. Déjà lus. Même l'intrigue ne relance pas mon intérêt. Mais, ça doit venir de moi. Avant d'ouvrir un livre, quel qu'il soit, j'ai toujours des secondes de plaisir : j'ai envie d'être surpris par l'histoire, par le style, par l'originalité du propos ; j'ai envie de lire du nouveau, si ce n'est dans l'histoire, au moins dans la manière de la raconter ; j'ai envie pourquoi pas d'être choqué -mais là, il faut y aller fort- quitte à ensuite dire que je n'aime absolument pas. Ce qui peut m'arriver de pire, c'est de ne rien ressentir, d'avoir l'impression de lire des mots qui ne me racontent rien ou qui me racontent des choses qu'on m'a déjà dites. Dans ces-moments là, je referme l'ouvrage et le laisse à ceux qui sauront mieux apprécier que moi. C'est donc ce que je fais avec ce livre de Sylvie Granotier. Pas forcément mauvais. Juste pas pour moi.

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