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polar-noir

Le psychopompe

Publié le par Yv

Le psychopompe, Dominique Maisons, Ed. Les nouveaux auteurs, 2011

Alfortville, hiver 2011, Alice, jeune professeure rentre chez elle. Elle est agressée par un vagabond qui ressemble trait pour trait à son mari, mort deux mois plus tôt. Totalement effrayée, elle va porter plainte et là, Victor Bellanger, flic à la marge, qui file un mauvais coton écoute son histoire. Commence alors pour tous les deux une recherche de la vérité qui les mènera vers des domaines qu'ils n'imaginent même pas.

Thriller absolument haletant, qui tient quasiment son lecteur de bout en bout. Mais avant de développer ce thème, j'aimerais faire ici état de mes quelques réserves sur le contenant :

- d'abord, le bandeau "gagnant prix VSD du polar 2011" qui peut faire vendre -qui moi personnellement aurait tendance à m'agacer surtout lorsqu'on sait que les éditions Les Nouveaux auteurs sont liées aux éditions Prisma qui éditent ... VSD. J'imagine qu'il a eu droit à un bel article dans le magazine !

- ensuite, le nombre incalculable de coquilles et de fautes " il s'en rappelle" (p.256), "je [...] me débattus" (p.393), "si cette deuxième hypothèse s'avère exacte" (p.404) et il y en a d'autres, et le nombre impressionnant de tirets de fin de ligne pour couper un mot, placés n'importe comment sans tenir compte de la règle (j'en ai compté une quinzaine mais j'en ai sans doute oublié !).

Pas rédhibitoire, mais le travail de correction et de mise en pages est très perfectible chez Prisma !

Venons-en maintenant au contenu. Heureusement, lui est de qualité : 562 pages qui passionnent -bon, j'ai bien eu un petit moment de vide vers le milieu, comme souvent lorsque je m’attelle à des pavés, mais rien qui empêche d'aller au bout. Néanmoins, pour moi, on pourrait faire une petite coupe, supprimer quelques détails pour alléger le volumineux bouquin.

Maintenant, une petite explication sur le titre, ce mot qui est très très laid existe vraiment : le psychopompe, en grec ancien -ça le fait, non ? Citer du grec ancien pour une simple blogueur, c'est quand même assez classe !- le psychopompe, disais-je, est le conducteur des âmes des morts.

C'est pourquoi, Dominique Maisons base son thriller sur le vaudou, ou plutôt sur l'ancêtre du vaudou "connu", le vodun. Né au Dahomey (le Bénin actuel), le vodun vénère un seul dieu, le dieu serpent. Évidemment, il est l'objet de beaucoup de fantasmes de notre part à nous Occidentaux prosaïques. Dominique Maisons est soit un spécialiste, soit il s'est documenté parce qu'il explique en long en large et en travers cette religion -on peut même parfois avoir l'impression d'être à un cours magistral. Pour donner un peu plus de fantastique, de surnaturel à son roman, et pour coller parfaitement au titre du livre, le vodun est là mâtiné d'Expérience de Mort Imminente (EMI). Si vous êtes totalement allergique à tout ce qui n'est pas scientifique, prouvé et absolument imparable, passez votre chemin, ce livre n'est pas pour vous ! Mais si vous aimez les ambiances ésotériques, surnaturelles, extra-ordinaires et sidérantes, restez-là et prenez le temps -il en faut, le livre est gros- d'ouvrir Le psychopompe.

"Le culte vaudou répandu de par le globe, avec ses oripeaux et ses diableries empruntées au catholicisme spectaculaire des missionnaires, était à l'origine un culte rendu au principe essentiel de la vie, à l'étincelle de conscience qui anime la chair et la rend humaine, et dont la présence différencie l'homme de la matière. En traversant les plaines et les océans, ce culte s'était travesti, édulcoré, oublié, perdu pour n'en garder que le nom et une partie des rituels. Cette dégénérescence s'était produite d'autant plus inéluctablement que ses sectateurs originels gardaient leur culte secret et que son expansion s'est faite contre leur gré, sous le joug des luttes ethniques et de l'esclavage transatlantique qui ont bouleversé la région d'Allada." (p.347/348)

Très efficace donc ce premier roman, en plus d'être instructif et dépaysant. Bien construit également, pas linéaire il tient en haleine le lecteur avec de courts chapitres qui alternent les actions des uns et des autres et la lettre testament de la maman d'Alice qui explique ses recherches concernant le passage des âmes. Ces chapitres, en italique sont très forts : ils expliquent la totalité de l'intrigue, bribes par bribes. Ce sont eux qui donnent l'armature du roman, qui nous plongent dans des mondes parallèles excitants et totalement irrationnels. Bien écrit, la lecture est plaisante, sauf pour mes remarques de début de billet. Son efficacité dramatique empêche par contre un développement plus large des personnages. Ils pâtissent d'une action constante et d'une description quasi exhaustive du vodun. Je me dois de dire cependant que les méchants eux, sont très glauques -quelques scènes sont dures et violentes !

Franchement, je me suis laissé embarquer dans l'histoire dont je n'ai pas beaucoup parlé parce qu'elle est très difficile à résumer sans trop en dire, je vous laisse les surprises et notamment la plus grosse, celle de la fin, totalement imprévisible. Très bon moment de lecture, avec un auteur qui signe là une entrée fracassante dans le thriller ; pour les amateurs du genre, écrivain à suivre !

Merci à l'éditeur et à Les agents littéraires

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Un traître à notre goût

Publié le par Yv

Un traître à notre goût, John le Carré, Seuil, 2011

Deux jeunes amoureux britanniques, Perry et Gail,  passent des vacances à Antigua, île des Caraïbes. Ils y font la connaissance d'un Russe expansif, Dima, riche amateur de tennis, comme Perry. Ils jouent une partie, et là, Dima propose à Perry un marché qui le mènera, lui et Gail, plus loin que ce qu'ils n'auraient jamais pu imaginer. Entre mafia russe, espionnage, blanchiment d'argent, corruption, ...

Je me souviens avoir lu, il y a très longtemps un roman de John le Carré, mais lequel, je crains un oubli total du titre. Depuis, rien. Il m'a donc fallu attendre la sélection du Prix des lecteurs de l'Express pour m'y remettre. Très agréablement d'ailleurs. John le Carré dont on dit qu'il est THE spécialiste du roman d'espionnage le prouve ici. Il sait installer ses personnages lambda au cœur d'une action et d'une intrigue qui les dépassent. Doucement, mais sûrement, il tisse la toile pour y prendre le lecteur. Au début du roman il ménage ses effets, et construit l'intrigue en nous baladant. Un coup en avant. Un coup en arrière. On commence à cerner un peu mieux le problème vers la centième page. Il joue de l'anticipation ou du retardement des situations pour mieux perdre et mieux récupérer ses lecteurs. C'est magistralement fait. Ensuite, la narration est plus linéaire, plus classique, mais pas moins captivante, même s'il y a un petit "ventre mou" au milieu du livre. En effet, j'ai senti un flottement, un immobilisme pendant plusieurs pages, qui s'il ne plombe pas la bonne impression générale du livre, en alourdit un tout petit peu la lecture.

L'auteur met beaucoup de sympathie dans quasiment tous ses personnages Perry, Gail, Dima et sa famille : même les espions anglais, plus retors sont sympathiques. Evidemment, ce n'est pas le cas, des méchants de la mafia et de leurs complices, mais c'est aussi le genre qui veut un peu de stéréotypes. Peut-être pourrait-on lui reprocher de faire de simples citoyens de vrais espions entraînés, mais en suivant l'histoire page après page, c'est assez crédible. Sans être une étude psychologique, ses héros sont assez fouillés, tous embêtés dans leur vie privée par des soucis plus ou moins graves, ce qui rend humain et proche de nous les espions, qui souvent, dans les romans ou les films sont des êtres inaccessibles, une sorte de superman. Là, point ! Simplement des hommes et des femmes au métier pas banal, mais aux vies privées qui le sont beaucoup plus.

John le Carré se montre assez critique envers la classe politique -ou envers certains hommes politiques- qui accepte toute compromission, pourvu que ça lui rapporte financièrement certes, mais aussi pour l'avancée de sa carrière :

""- Comment on fait pour sauver l'Angleterre ? Et de quoi ? D'accord, d'elle-même. mais de quelle partie d'elle-même ?"

Ce fut au tour d'Hector de se montrer pensif.

"Vous allez devoir vous contenter de notre parole.

- La parole de votre Service ?

- Dans l'immédiat, oui.

- Et elle a quelle valeur ? Les gentlemen qui mentent pour le bien de leur pays, c'est bien vous, non ?

- Ça, c'est les diplomates. Nous, on n'est pas des gentlemen.

- Alors vous mentez pour sauver votre peau.

- Encore raté. Ça, c'est les hommes politiques. Rien à voir."" (p.153)

Certains élus, très proches du pouvoir sont totalement corrompus, mais très puissants, très en vue. C'est là que l'intrigue prend de l'épaisseur, puisque Hector, un des responsables des Services Secrets britanniques aura fort à faire pour tenter de faire la lumière sur toute cette histoire.

Schtroumpf grognon comme je suis, j'ai bien encore un bémol -il faut bien que je fasse honneur à ma réputation- sur les arcanes du blanchiment d'argent qui resteront pour moi totalement absconses. Malgré les explications de J. le Carré, j'avoue être passé à côté des détails ; que voulez-vous, je ne suis pas un homme d'argent !

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L'homme à la carabine

Publié le par Yv

L'homme à la carabine, Patrick Pécherot, Gallimard, 2011

Région parisienne, 1912, la bande à Bonnot fait ses derniers coups. Bourbourre, le flic les traque un à un et finira par les stopper. Patrick Pécherot remonte le cours du temps, en s'arrêtant plus particulièrement sur le plus jeune de la bande, André Soudy, tuberculeux. Un pauvre gamin livré à lui-même assez tôt, commis d'épicerie, qui se révolte contre les conditions de travail, contre la paie de misère et la vie que lui impose son salaire. Puis un jour, il entre dans la bande à Bonnot, par le biais de l'anarchie.

Roman foisonnant dans lequel on croise, outre tous les membres de la bande, deux Léo, Ferré et Malet, Brassens, Aragon, Arletty, Boris Vian,... Dans ce roman, sous titré Esquisse, P. Pécherot tente le portrait d'un jeune homme mal dans son époque, mal dans sa peau de pauvre de traîne-misère, qui ne rêve que d'anarchie, de copains, de copines, d'actions étincelantes, mais qui ne récolte que tuberculose, mauvais coups et coups perdants. André Soudy est un "perdant magnifique".

La construction de ce roman est étonnante : des parties racontant les faits, d'autres les interrogatoires de Soudy, d'autres sa jeunesse, toutes mises en parallèle. Il n'est pas toujours aisé de se retrouver entre elles et entre tous les protagonistes au moins au début. Une fois bien lancé dans la lecture, ça va mieux, même si la profusion des personnages peut perturber encore jusqu'à la fin.

L'écriture est plutôt rapide, des phrases courtes, des mots du peuple -P. Pécherot disait dans une interviouve que ce n'était pas de l'argot, mais plutôt des mots qu'il avait entendu dans sa jeunesse et qui pouvaient d'ailleurs être totalement anachroniques. Mais il y a aussi des passages plus classiques joliment écrits : "Prenez le tram à l'Opéra, passé la porte des Lilas, il vous mènera jusqu'à Romainville. Après les fortifications, vous longerez les carrières de gypse. Les cratères et le blanc crayeux comme une Voie lactée évoquent un décor de Méliès mais vous n'êtes pas sur la Lune, vous arrivez place Carnot. Descendez, à présent. Vous êtes rue de Bagnolet. Suivez-la. C'est une rue tranquille, avec ses maisonnettes et de petits immeubles. Le n°16 jouxte les établissements Renaud, meubles neufs et d'occasion. On y voit un pavillon à étages, d'assez belle allure. Poussez la grille, entrez dans le jardin. Il ressemble à ceux qu'on dit de curé mais vous n'y rencontrerez nul ecclésiastique. Quoique strictement végétariens, ceux qui vivent ici en font leur ordinaire." (p.41)

Le livre de Pécherot est donc un mélange, "un puzzle" disait son interviouveur. Très intéressant par la période qu'il raconte, par la bande qu'il décrit, leurs croyances et leurs méfaits : "- Ils ont retrouvé la bagnole. Tout de même, on avait encore jamais vu ça. Le hold-up en auto, c'est de l'inédit. Je sais même pas si en Amérique ils y ont pensé. Pourtant, ils en ont des gangsters en Amérique. Et des autos aussi. Eh bien, le premier hold-up à moteur, il a eu lieu chez nous. A Paris. Rue Ordener. C'est historique..." (p.82)

Cependant, je suis partagé et franchement j'ai du mal à dire vraiment ce que je pense de ce livre : j'ai bien aimé, notamment l'écriture de P. Pécherot, mais me reste une réticence que je ne réussis pas à bien définir. Peut-être la construction volontairement labyrinthique (Cathe dixit !). L'autre hypothèse serait que l'auteur nous amène à éprouver une certaine sympathie pour ces hommes, ces anarchistes que rien n'arrêtait. Mais malgré tout, ils furent quand même des malfrats aux mains pleines de sang - sauf Soudy qui bien qu'on l'appelât L'homme à la carabine, n'a jamais tiré sur personne. Le malaise ou ma part d'incompréhension ou ma réticence, appelez-ça comme vous voulez, vient sans doute de cette situation.

Globalement, je peux adjoindre à ce roman (sélectionné pour Le Prix des Lecteurs de l'Express), sans hésiter l'adjectif "bon", avec une petite pointe de regret de ne pouvoir le qualifier de très bon, probablement parce que je suis passé un petit peu à côté.

Flora a lu aussi.

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La commissaire n'a point l'esprit club

Publié le par Yv

La commissaire n'a point l'esprit club, Georges Flipo, La Table ronde, 2011

Un meurtre est commis à l'Esprit Club de l'île de Rhodes. Le chef du camp a été retrouvé pendu, comme un mannequin. Viviane Lancier est sommée d'aller enquêter incognito et discrètement là-bas, accompagnée du lieutenant... Cruyff, le lieutenant Monot revenant tout juste de sa convalescence est véritablement happé par les médias. Huit jours au club en charmante compagnie, voilà qui aurait pu ravir Viviane, mais...

Retour de Viviane Lancier, après La commissaire n'aime point les vers. Et ça commence tout pareil : Viviane a repris du poids, ne se sent pas vraiment sexy, ni désirable, s'habille n'importe comment et mange de tout en dépit du bon sens, celui qui voudrait qu'elle s'alimentât plus légèrement pour tenter de retrouver une ligne plus fine. Mais Viviane ne résiste pas à un plat lourd et copieux. Beaucoup d'humour dans la première partie du livre, notamment lors de la réception en l'honneur du retour d'Augustin Monot : "Viviane soupira, heureuse. On ne lui avait pas proposé de siège, ses escarpins lui faisaient mal aux pieds, les miettes de macaron grattaient sa gorge, le champagne lui donnait un léger hoquet, le foie gras remontait avec un goût aigre, mais c'était vraiment une belle soirée." (p.22)

Puis, la commissaire et Willy Cruyff arrivent au Club. Lui, très beau, corps d'athlète, toujours prêt à ouvrir la conversation avec les autres, il réussit même à se faire des connaissances dans les files d'attente ! Elle, coincée, complexée, incapable d'aller vers autrui, totalement paralysée à l'idée de passer quelques jours dans un Club de "Bronzés". Comme je la comprends Viviane : je frémis à l'idée de passer une semaine dans un Club, entouré de "cocos" et de "kikis" (respectivement les animateurs et les animatrices), obligé de me coltiner le karaoké, les repas-buffets de maigre qualité ! Et c'est là que le livre à l'instar de son héroïne, devient plus nostalgique ; l'humour est moins tranchant et l'on sent beaucoup plus la véritable détresse de Viviane. Ou alors, c'est moi qui, redoutant cette terrible épreuve et voyant Viviane la vivre si douloureusement, me suis totalement projeté et n'ai alors plus ressenti l'humour de Georges Flipo. Mais si je dis que je trouve ce deuxième tome moins drôle, je ne le considère pas moins bon. Différent, mais ressemblant tout de même. Suis-je clair ?

Dans tout le milieu du livre, la commissaire a du mal à prendre sur elle-même pour avancer. Elle aimerait tant avoir son lieutenant Monot à ses côtés. Monot, l'intellectuel, Monot le littéraire -qui, soit dit en passant, lui lira quelques passages de poèmes érotisants d'Apollinaire au téléphone, puisque pour se mettre à niveau, Viviane se lance dans la lecture de ce poète ! Mais elle n'est pas insensible non plus au charme de Cruyff. Cruyff, le sportif, Cruyff, l'adepte du beau corps. Un intellectuel et un sportif, à eux deux, l'homme parfait pour Viviane. Au(x)quel(s) elle céderait volontiers, mais de concours de circonstances en pudeur mal placée et d'aléas en retenues, Viviane... sautera-telle -si je puis m'exprimer ainsi- le pas ? Vous le saurez, en lisant La commissaire...

Venons-en maintenant à l'intrigue : un vrai casse-tête, digne -ou inspiré- du Mystère de la chambre jaune. Elle tient bien la route, met à jour les pratiques douteuses au sein du Club. Sans être haletante, elle m'a étonné jusqu'au bout : je ne m'attendais pas à cette fin.

Pouf, pouf, résumons : si on met un peu d'intrigue bien ficelée, des personnages qui doutent -enfin surtout Viviane-, d'autres qui ne se posent aucune question et avancent au jour le jour -là, c'est Cruyff-, des situations drôles -mais pas que- un contexte effrayant -le Club- que l'on mélange le tout joliment grâce à une belle écriture -toujours chez Georges Flipo, enfin ce que j'en ai lu bien sûr- eh bien vous vous retrouvez avec un bon livre policier digne descendant de La commissaire n'aime point les vers et probablement digne ascendant de La commissaire n'aime point... ou n'a point..., ou n'est point...que je programme déjà comme une de mes prochaines lectures -Ouh la la qu'elle est longue mon ultime phrase !

D'autres avis : Lystig, Ankya, Keisha, Sandrine, Liliba, Dasola, ...

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Commissaire Garon : La jeune chair

Publié le par Yv

La jeune chair, Saint-Luc, Ed. Beaurepaire, 2011

Un directeur de banque lyonnaise est tué de trois balles dessinant un parfait triangle au niveau du plexus. L'enquête est confiée au commissaire Garon, le directeur de la Brigade des Affaires Générales de Lyon. Cette brigade s'occupe des personnalités en vue. Garon et ses collègues, les inspecteurs Arnand et Dancour avancent à pas feutrés, mais rapides.

Ce petit roman policier de 173 pages (ah merci M. Saint-Luc de nous éviter les pavés de 400 pages emplis de banalités et de considérations de peu d'intérêt. J'aime les livres courts, qu'on se le dise !) m'a été proposé par Les agents littéraires qui sévissent sur la toile depuis quelques semaines. Gentiment dédicacé à un "critique littéraire" -c'est trop d'honneur-, par l'auteur qui me dit que son livre "n'est qu'un premier polar, certainement perfectible". Perfectible, sûrement, mais déjà bien construit et l'équipe de Garon mérite un arrêt sur ses aventures. Les personnages se mettent en place, puisque tome 2 -et peut-être plus- il y aura. D'ailleurs, pour en savoir plus il existe un site Commisaire Garon, très bien fait.

Saint-Luc nous balade à Lyon : "Lyon est cernée par deux collines, symbolisant deux mondes antagonistes : la Croix-Rousse, appelée la "colline qui travaille" sent la révolution, la sueur des petites gens, rappelle les combats des canuts, alors que Fourvière, la "colline qui prie" invite au recueillement, à l'abri dans sa verdure. Les maisons n'y sont pas luxueuses, mais sages et sans ostentation, les congrégations nombreuses." (p.79), puis nous emmène dans les pas d'Albéric Garon de Bouziq, puisque tel est son véritable patronyme, à Hong-Kong et Macao ; il nous y promène également dans les rues et ruelles. Comme je le disais précédemment, le roman est assez court, donc les personnages ne sont pas poussés, mais comme il existe une suite, j'imagine que nous en apprendrons plus sur eux au fur et à mesure de leurs enquêtes.

L'intrigue démarre assez vite et monte en puissance. Mais ici point de courses poursuites, point de fusillades ni d'hémoglobine dégoulinante. C'est un bon polar classique dans lequel l'auteur n'hésite pas à faire preuve d'humour et de critique envers le monde politique, le monde des affaires et les liens très étroits qui les unissent. Pour avoir fréquenté les cabinets ministériels, et donc le monde politique, Saint-Luc sait de quoi il retourne.

Plutôt bien écrit (même si le "s'est avérée fausse" de la page 140 me heurte un peu-beaucoup ; mais bon, parfois dans des bouquins plus grand public, on trouve bien pire !) ce polar permet de passer un très agréable moment. Pour tout dire, je le retrouverai bien volontiers, ce commissaire Garon avec ses camarades, épaissis, décrits plus en profondeur, dans une intrigue que j'espère au moins de la même bonne qualité.

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Savages

Publié le par Yv

Savages, Don Winslow, Ed. du Masque, 2011

Chon, mercenaire amateur d'armes, Ben, docteur en botanique et Ophélia, dite O. forment un trio amoureux. Mais les garçons cultivent aussi un cannabis exceptionnel, le vendent et les bénéfices qu'ils en tirent sont énormes. Tous trois vivent tranquillement, en Californie, entre la drogue, le sexe, l'alcool, et le volley-ball.

Un jour, le Cartel Baja, lui-même grand pourvoyeur de drogue, décide de s'approprier la totalité du marché de la Californie. Ben et Chon refusent, mais le cartel a des moyens de persuasion très efficaces.

Lorsque Anne des éditions du masque m'a envoyé ce livre, un petit mot l'accompagnait disant : "Voici le dernier Winslow, une référence à ne pas manquer !" Je ne vais pas faire mon puritain et dire que je n'aime pas les histoires de drogue et de sexe omniprésents, mais c'est un peu cela tout de même. Disons que ça ne m'intéresse pas plus que cela, que ce n'est pas forcément ce que je recherche dans mes lectures. J'ai donc commencé ce livre avec beaucoup de réserves. Réserves que je gardais tout au long des premières pages. Le langage est souvent cru, direct, les phrases parfois pas finies, bourrées d'acronymes, de mots-valises, de néologismes. Et puis, et puis... Je me suis bien fait avoir. Ce que je peux reprocher au style de l'auteur dans la ligne juste au-dessus est finalement ce qui fait la force du roman. Construit en tous petits chapitres, très rapides, très accrocheurs, le livre est provocant et diablement prenant. Premier chapitre : "Fuck you." (p.11), bon je vous l'accorde, on fait plus léger et plus distingué. Don Winslow dresse le portrait de jeunes gens vivant dans un monde méchant et cruel : les êtres fragiles n'y ont pas place. Chon, le mercenaire

"...se sent

    mort d'ennui

    en dépression

    à la dérive dans sa vie. Sans but devant lui peut-être parce que...

    ... vous creusez un puits au Soudan, ça n'empêche pas les Janjawid (Milices du Darfour et du Soudan) de débarquer et d'abattre les gens.

    ... vous achetez des moustiquaires et les garçons que vous sauvez grandissent pour

                                                      ... violer les femmes

    ... vous installez de petites entreprises familiales au Myanmar et l'armée

                                                      ... les vole et utilise les femmes comme esclaves et Ben commence à craindre de très bientôt partager l'opinion de Chon sur l'espèce humaine

    A savoir que les gens ne sont au fond que

                                                            des merdes." (p.67)

Vous voyez, même la mise en page est étonnante, déroutante et hors normes. Je ressors donc de ce roman un peu groggy, parce que ça cogne dur, parce que les personnages, malgré le monde ultra violent dans lequel ils vivent et qu'ils contribuent à rendre ainsi, sont plus vulnérables qu'ils ne veulent bien le dire et attachants.

Heureusement, pour faire passer la pilule, Don Winslow n'hésite pas à jouer d'humour :

"La dope-sexe de Ben & Chon. [...]

Tout le monde en veut.

Vous filez ça au pape, il jouerait au frisbee avec des capotes qu'il balancerait de son balcon à une foule de fidèles en adoration. Leur dirait d'y aller. Dieu est bon, tirez votre coup. Dieu est amour, envoyez-vous en l'air." (p.134)

Attention donc, si vous mettez le nez dans ce livre, vous risquez de devenir accro. Se déguste jusqu'au bout, jusqu'à la scène finale. Je confirme donc les propos de Anne (merci merci pour le livre) : "Une référence à ne pas manquer !"

Jean-Marc Laherrère a beaucoup aimé aussi.

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Le sang des bistanclaques

Publié le par Yv

Le sang des bistanclaques, Odile Bouhier, Presses de la cité, 2011

Lyon, mai 1920, le corps en putréfaction d'une vieille femme est retrouvé dans un champ. Un meurtre. Suivra un second meurtre étrangement semblable d'une vieille femme également. Le commissaire Kolvair associé au professeur Hugo Salacan dirige le nouveau laboratoire de la police scientifique : l'affaire leur est confiée. Ils se heurtent au scepticisme des autres flics qui ne croient pas en la science dans la police.

Historiquement vrai, le premier laboratoire de la police scientifique vit le jour à Lyon en 1910 bien avant celui de Paris qui naquit en 1943 (merci Laura pour tous ces renseignements). Odile Bouhier, par ailleurs scénariste pour la télé -et notamment pour un épisode de la série Empreintes criminelles passé très récemment sur France 2, s'attelle donc à nous faire découvrir la nouvelle police à laquelle s'oppose les tenants de la police de Clémenceau, les brigades du Tigre. "Si Kolvair ne se faisait pas d'illusions -la création de ce laboratoire scientifique, le premier au service de la police française, n'empêcherait pas, jusqu'à la fin des temps, les amoureux de s'aimer, les cambrioleurs de cambrioler, ni les assassins d'assassiner-, il restait indéniable que le génie de Salacan offrait à ses contemporains la sensation de participer à une nouvelle ère de l'humanité. Grâce à lui, la science acquérait ses lettres de noblesse." (p.34)

Plutôt bien réussi, malgré des maladresses et quelques lourdeurs, ce roman policier se lit très vite. D'abord parce qu'il n'est pas très épais, 276 pages en caractères assez gros et ensuite, parce que l'intérêt du lecteur -au moins le mien- est piqué à vif et que l'envie de connaître le dénouement et l'évolution des personnages est réelle. Commençons par les personnages : Kolvair est un rescapé de la Grande Guerre, amputé d'une jambe, qui marche avec une prothèse en bois et qui a été réintégré dans la police grâce à ses excellents états de service dans les années d'avant guerre. Hugo Salacan est un professeur éminent, père de famille nombreuse qui invente sans cesse de nouvelles méthodes pour trouver des indices, aidé en cela par un jeune scientifique, Jacques Durieux. N'oublions pas l'indispensable médecin légiste, Damien Badou et la très belle psychopathologiste Bianca Serraggio qui apparaît en milieu d'enquête. Voilà l'équipe du laboratoire au complet qui va pouvoir traquer le tueur des vieilles dames.

Odile Bouhier a inventé des personnages attachants, maladroits pour certains, prévisibles sûrement, mais qu'il est très agréable de suivre dans leur cheminement.

Poursuivons par l'enquête qui est un peu plan-plan dans la première moitié du bouquin et qui prend de l'ampleur par la suite, notamment lorsque le lecteur découvre -ou devine facilement- qui est le tueur alors que les policiers ne le savent pas encore. 

Finissons par le contexte, l'arrière-plan : l'auteure nous promène littéralement dans la ville de Lyon. On a le droit à une description en règle des inévitables traboules bien sûr mais aussi des nouvelles -pour l'époque- constructions. Elle pousse parfois même le vice jusqu'à nous expliquer comment historiquement est né tel ou tel quartier. Gonflé et intéressant, même pour moi qui n'ai jamais mis les pieds dans cette ville. Grâce à ses digressions architecturales ou urbanistes, Odile Bouhier enracine son roman dans Lyon et dans le début du vingtième siècle. Bien vu, même si parfois la description a du mal à s'intégrer au récit.

Un roman policier qui change des polars traditionnels et qui, s'il ne révolutionne pas le genre fait passer un très agréable moment de lecture, et ça c'est déjà un énorme bon point. Je suivrais bien la suite des aventures de ce laboratoire moi. Siouplait, Madame Odile Bouhier, c'est prévu ?

Un dernier mot pour finir, je réponds à la question qui vous taraude tous depuis le début : "mais kezako les bistanclaques ?" Voilà l'explication : une vieille femme s'installe devant son métier à tisser : "La machine s'ébroua, le tapis de soie fit quelques vagues, puis le choc continu des pédales de bois souleva les fils de la chaîne, émettant le son bis. Aussitôt, Madeleine repoussa agilement le battant, un tan lointain et doux se faisant alors entendre.

La vieille femme sourit -celui qu'elle préférait restait à venir-, elle ferma brièvement les yeux, histoire d'écouter, sans la regarder, la navette passer puis buter sur le bord. Clac. Enfin, le battant frappa la dernière trame sur les rouleaux de tissu.

Bis-tan-clac... Elle trouvait joli et pertinent ce terme donné par les canuts au métier à tisser le siècle dernier." (p.10)

Un autre avis chez Hécate.

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Carnaval infernal

Publié le par Yv

Carnaval infernal, Stéphane Pajot, Embannadurioù Coop Breizh, 2011

"A quelques jours du carnaval nantais, un cocon tissé par une araignée géante a rameuté la foule. A l'intérieur : un corps. Léo roule vers la cité des Ducs de Bretagne. Au bout de la route : des fachos, une jolie japonaise, un mort dans les confettis. Sexe, drogue, muscadet et rock'n'roll..." (4ème de couverture)

Connaissez-vous Léo Tanguy, cyber-enquêteur qui travaille dans une Bretagne d'anticipation proche (ce livre se déroule en 2019) ? A la manière du Poulpe, Léo Tanguy est un personnage inventé par quatre écrivains, Gérard Alle, José-Louis Bocquet, Denis Flageul et Sylvie Rouch. Pour s'en emparer et écrire une histoire avec Léo, il suffit de respecter la bible le concernant. L'idée est de faire des polars régionaux de qualité en s'inspirant des recettes poulpesques. A l'heure actuelle, 16 romans avec Léo Tanguy ont été écrits, dont un par Jean-Bernard Pouy, créateur de Gabriel Lecouvreur, référence en la matière.

Là, c'est Stéphane Pajot qui s'y colle. Journaliste-écrivain nantais, grand connaisseur de tout ce qui touche à cette ville, il fait donc venir Léo Tanguy dans la cité des Ducs. Il a laissé libre cour à son imagination et a refait de Nantes la Venise de l'Ouest. En effet le nouveau maire, un écolo, a fait recreuser les canaux qui, avant les années trente (mille neuf cent trente) sillonnaient la ville avant d'être comblés. Nantes est aussi devenue, sous la plume de l'auteur, la ville ayant l'un des plus beaux carnavals de France, grâce à la reprise en mains du comité des fêtes par des gens motivés et totalement fous. Les machines pullulent -pour ceux qui ne les connaissent pas, suivez le lien précédent- et sont devenues en quelque sorte la marque de fabrique de la ville, ce qu'elles sont réellement un peu déjà, grâce au fameux éléphant.

Léo débarque donc dans cette ville tendue à l'approche du très proche carnaval, qui, en cette année 2019, a pour thème l'enfer ! C'est dire si un cocon géant accroché aux colonnes de l'opéra Graslin n'impressionne personne il est d'ailleurs pris comme une performance artistique. Sauf que lorsqu'on sort de ce cocon, un vrai cadavre, les humeurs changent et les flics et les journalistes emplissent les rues de la ville à la recherche du tueur.

L'enquête n'est sans doute pas exceptionnelle, mais elle est un très bon prétexte pour l'auteur pour nous parler de la bataille de la presse, les "coups" en douce, les "coups" foireux à faire à ses concurrents pour avoir le meilleur scoop (Stéphane Pajot donne même l'origine du mot scoop à laquelle je ne m'attendais pas du tout), la pesse écrite survivra-t-ele à l'Internet ? A Nantes, en 2019, oui ! Cette enquête est aussi l'occasion pour l'auteur de nous promener dans les rues d'une ville en totale mutation, d'une ville qui veut vivre sa folie et son délire : exactement ce que fait très bien Stéphane Pajot, dans son livre. Mi-passéiste, en revenant sur son histoire, négrière par exemple, pour l'exorciser, mi-avant-gardiste et promouvant ses créations artistiques grandioses et originales et mi-visionnaire -oui, je sais, ça fait un "mi" en trop, mais je viens d'avoir une troisième idée, ipso facto de dernière minute, et comme je trouvais la construction de ma phrase pas mal, alors, j'ai décidé de garder les trois "mi"- à la Jules Verne (LE grand homme nantais).

Léo, qui connaît un peu la ville, se prend quelques cuites au muscadet -on a l'alcool qu'on peut, c'est peut-être plus chic au bourbon ou au whisky, mais le résultat est globalement le même : un gros mal de cheveux le lendemain !- tente d'infiltrer un groupe de nazillons qui se rassemble sur une péniche et fait même un tour en "pou-du-ciel", sorte de mini-avion qui survole et surveille la ville.

Bien écrite, style rapide, jeux de mots fréquents, humour et ironie omniprésents, mots d'argot, de patois nantais -qui ne nuisent pas à la bonne compréhension- cette enquête se laisse lire très agréablement, même si Léo est un peu naïf et crédule et qu'il ne la résout pas vraiment, enfin pas seul. J'aime bien. A tel point, que me voilà maintenant très tenté de lire d'autres aventures de Léo Tanguy. Et les prochains livres de l'auteur.

Amis bretons -et les autres aussi- n'hésitez plus, nous avons -je m'inclus, en tant que Nantais, même si je sais qu'au fin fond de la Bretagne, ça peu râler un peu, mais c'est quand même nous qu'on a l'château- nous avons, disais-je notre cyber-enquêteur, journaliste des temps modernes en la personne de Léo Tanguy. Et en plus le livre, il est pas cher (8€) ! Bien vendu, non ?

Merci Stéphane, pour le livre et la dédicace.

Alain connait aussi Léo Tanguy. Et Constance.

PS : titre prémonitoire, puisque le livre sort au moment même où il y a du rififi au carnaval de Nantes. La mairie et les carnavaliers s'opposent sur fonds de déficit et de gros sous, à défaut de grosses têtes cette année ?

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La mort muette

Publié le par Yv

La mort muette, Volker Kutscher, Seuil Policiers, 2011 (traduit par Magali Girault)

Berlin, fin février/début mars 1930, Betty Winter actrice du cinéma muet qui tourne son premier film parlant meurt accidentellement de la chute d'un projecteur. Du moins, c'est la thèse du départ. Puis, une autre actrice, elle-même en début de tournage d'un film parlant disparaît. Gereon Rath, commissaire est sur l'enquête, jusqu'à ce que celle-ci ait du retentissement, car à ce moment-là, son supérieur le débarque pour reprendre le flambeau. Mais Gereon a de l'avance, ce qui ne plaît pas à tout le monde.

Revoilà donc Gereon Rath de retour. J'avais aimé sa première aventure, Le poisson mouillé, dans le Berlin de l'année 1929, qui appelait une suite. J'ai beaucoup aimé cette mort muette qui n'est pas le dernier puisqu'une troisième enquête est écrite et en cours de traduction. Gros livre (667 pages !) qui ne lasse jamais. Cependant, je débute par une retenue qui vient du contexte : on le sent bien présent, mais l'auteur y fait référence à doses homéopathiques. En 1930, à Berlin, les communiste et les nazis s'affrontent assez violemment dans les rues, la police est sur les dents pour tenter d'endiguer la violence pendant les manifestations des bruns ou des rouges. J'aurais aimé que l'auteur, qui est historien, nous restitue cet arrière plan beaucoup plus fortement. Les policiers Rath et ses collègues ne prennent aucune position, enfin, pas clairement. On sait à peine, on devine plutôt ce qu'ils pensent sans vraiment que ce soit net. On ne peut que supposer, aisément certes, que Gereon Rath n'est pas nazi, dans ce qu'il fait comme allusions, dans le jazz qu'il écoute (musique interdite par les nazis) et dans le fait qu'il roule dans une Buick (voiture étasunienne), ce qui à l'époque, n'est pas forcément bien vu des futurs gouvernants de l'Allemagne. C'est un peu comme si les policiers vivaient hors les événements qui commençaient à secouer le pays. Mais peut-être à l'époque ces événements étaient-ils ressentis comme ayant peu d'importance, on est encore à trois ans de l'arrivée au pouvoir d'Hitler ?

Par contre, une autre partie de ce que j'appelle le contexte est bien restituée : le passage du cinéma muet au cinéma parlant ! Les tenants de l'un s'opposent à ceux qui ne jurent que par l'autre. Les défenseurs du muet pensent que leur cinéma est le seul qui soit artistique et que le parlant signe la mort du cinéma. Les autres pensent a contrario que le parlant est l'avenir. Avenir qui leur donnera raison, mais en 1930, rien n'est encore sûr, ce que rend bien Volker Kutscher.

Venons-en maintenant aux autres bons points : l'enquête est prenante, les personnages suffisamment complexes pour qu'on ait envie d'en savoir un peu plus sur eux. Gereon Rath en particulier, qui oscille entre la règle et des méthodes moins scrupuleuses. Il n'hésite pas à demander des services à Johann Marlow, le chef de la pègre berlinoise, qui les lui rend bien volontiers, ne lui demandant encore rien en retour, pour le moment ; une sorte de contrat secret les lie l'un et l'autre. Rath n'hésite pas non plus à frayer avec la presse, à faire des enquêtes "off" pour le compte de personnes influentes. Tout ce qui est bon pour faire avancer sa carrière, il le prend. Parce qu'il ne pense qu'à cela Gereon. A sa carrière. A son avancement. Sauf lorsque Charlotte réapparaît dans sa vie : là, ses pensées se divisent. C'est ce qui le rend humain, cette ambition, cette envie qu'on parle de lui. Il n'est pas un pauvre flic, désabusé qui ne pense plus qu'à arrêter les "méchants". Ce qu'il veut lui, c'est bien sûr arrêter les meurtriers mais aussi que ça se sache. Il veut donc travailler sur des affaires dont on parle et qui peuvent lui rapporter.

Troisième aventure de Gereon Rath, à paraître : Goldstein. Je prends !

Gros mercis à la librairie Dialogues, pour m'avoir permis cette avant-première, car j'écris ce billet le 17 mars pour un livre qui ne paraît que le 14 avril (aujourd'hui donc, ah la magie des billets programmés !)

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