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polar-noir

La mort n'est pas un jeu d'enfant

Publié le par Yv

flavia.jpgLa mort n'est pas un jeu d'enfant, Alan Bradley, Ed. Le masque, 2011

Deuxième tome des aventures de Flavia de Luce. Cette fois-ci, la jeune demoiselle veut éclaircir le mystère autour de la mort de Rupert Porson, marionnettiste de son état, tué en pleine représentation. Mais Flavia "devra prendre garde à ne pas s'approcher trop près de celui qui tire secrètement les ficelles de cette danse macabre..." (4ème de couverture)

Lorsque Anne, des éditions Lattès et Le masque m'a envoyé ce livre, j'ai à peine eu le temps d'ouvrir le paquet que Mlle Yv l'a emporté avec elle. J'ai donc pensé que le mieux était qu'elle vous en parle elle-même, mais elle est timide, alors, elle m'a glissé ses impressions et m'a autorisé à les reproduire. Je vous soumets donc le fruit de notre collaboration et de nos conversations :

"- Eh bien ce livre il est drôlement bien et même que Flavia elle enquête sur le meurtre d'un marionnettiste qu'a été tué tout près de chez elle."

Non, j'rigole, en fait Mlle Yv, étant âgée de 17 ans, elle parle trop pas comme ça !

"- Oh papa, arrête, t'es relou là ! Tu veux me faire passer pour qui ? Je ne suis plus une gamine !

- Mais tu ne parles pas comme ça à ton père, s'il te plait ! Non mais c'est quoi cette éducation ?"

Après bien sûr, c'est l'escalade et le pugilat assuré, et puis Madame Yv entre en scène et puis Junior Yv aussi et les deux petits, alors je vous dis pas la journée...

Comme je ne vous la dis pas, je vais en profiter pour revenir à Flavia et aux raisons qui ont poussé Mlle Yv a lire et aimer ce roman :

"D'abord l'héroïne -mais non, pas la drogue papa, là t'es lourd !- est sympa, espiègle. Toujours prête à jouer des mauvais tours à ses soeurs et à se rendre intéressante. Le livre est aussi intéressant que le premier et toujours autant accessible. Moi, qui n'ai jamais été fan des Harry Potter -en fait je n'ai pas aimé-, là, j'ai pris du plaisir aux aventures et mésaventures de Flavia. L'intrigue m'a tenu en haleine et les méthodes de Flavia pour la résoudre sont réjouissantes et efficaces. Mais, je pense que ce livre est destiné à un public de jeunes et d'ados et qu'il ne conviendra pas aux adultes ou aux vieux comme papa, ou alors à ceux qui ont l'habitude de lire ce genre de romans. Pour ceux qui lisent des choses plus sérieuses, ce sera sans doute un bouquin un peu léger. Quoiqu'il puisse être aussi un moment de détente.

Alors, ça te va papa, j'ai été bonne ?

- Mais oui, ma fille, très bonne. Ton texte est digne de figurer sur mon blog, il en a l'étoffe !

- Ça va bien, comment tu t'la pètes ! Tiens, pour ta peine, j'espère que j'aurai plus de commentaires que toi. Filles à papa et tous les autres, aidez-moi ! Laissez vos commentaires et ensemble, nous battrons tous les papas trop fiers d'eux (et en plus, ça fera de la pub au blog de mon papa qu'il est trop bon -mon papa, pas le blog, bien sûr ; quoique, les deux finalement !)"

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Samedi 14

Publié le par Yv

Samedi 14, Jean-Bernard Pouy, Ed. La Branche, 2011

Maxime vit bien peinard dans sa campagne creusoise. Entre les visites aux commerçants de la petite ville voisine, les discussions météorologiques au comptoir du rade et les apéros-guignolet avec ses plus proches voisins, les Kowa, la vie s'écoule, paisible. Un matin, on cogne à son huis et il se retrouve en face de compagnies de flics, présentes pour assurer la sécurité des Kowa, parents du nouveau et très controversé ministre de l'Intérieur. Maxime est embarqué sous de fallacieux prétextes, se libère et prend la poudre d'escampette. Et puis, les flics s'aperçoivent que celui qu'ils prenaient pour un pré-retraité tranquille est en fait un ancien terroriste, très recherché. Dès lors, Maxime va jouer, se cacher, risquer sa liberté dans son road-movie sur les rails de France.

Troisième polar de la collection vendredi 13 et il faut bien le dire, voire même le crier fort, troisième succès ! Différent des deux précedents (Close-up et L'arcane sans nom), mais tout aussi réussi. Jean-Bernard Pouy écrit là le roman d'un homme qui a donné pour une cause et qui ne rêve désormais que d'une vie peinarde. On le réveille de sa torpeur, tant pis pour ceux qui ont osé. Maxime est fatigué, certes, souffre d'un lumbago chronique, re-certes, mais n'est pas d'une nature à se laisser alpaguer aisément. Il sillonne la France du sud au nord, de l'est au sud et de l'ouest à l'est en passant par le centre et à nouveau par le nord, laissant fort peu de traces. Preuve qu'il est un homme de goût et de talent, il prend avec lui la Pléiade des romans de Queneau (et trouvera en chemin, sur un vide-grenier son pendant des poèmes du même auteur), et J-B Pouy nous agrémente des poèmes de cet immense auteur tout au long de son livre. Quelle riche et belle idée ! D'ailleurs, toute comparaison gardée, JB Pouy a une écriture qui par moment s'apparente à celle de Queneau, entre belles lettres et mots inventés ou triturés, entre anglicismes et jeux de mots faciles, mais/et réjouissants. Un exemple ? Il y en aurait beaucoup, mais l'une des pages qui m'a le plus plu est la 27 (pas forcément la plus représentative de ce que je viens de dire, mais elle m'a tapé dans l’œil) :

"J'ai aussi eu le temps de me renseigner sur notre nouveau ministre de l'Intérieur. Stanislas Favard, le fiston de Roman et Monique. Qui avait pris, pour fomenter son ambition, le nom de sa mère. De nos jours, il vaut mieux passer pour un Creusois qu'un Polack, le chabichou est plus rassurant, dans nos isoloirs, que le bortsch. Ce type était apparemment un genre de requin aux dents longues et à l'haleine de hyène. Grimpette accélérée dans les sphères du pouvoir. Populiste à cran, extrémiste droitier parfois, chrétien de gauche de temps en temps. Réactionnaire se faisant toujours passer pour progressiste. Cinquième maroquin. Sans parler du nombre de Marocains qu'il avait déjà faits raccompagner dans leur beau pays. Certains le voyaient même à la tête de l'Etat, le jour où il aurait réussi à se faire mieux aimer des Français. Pour l'instant, une grande partie de notre population de veaux en douce stabulation ne le voyais (sic) pas encore comme le grand taureau en chef. Il s'était fait agresser plusieurs fois par des militants en colère. Il s'en foutait. Il fonçait. Comptait sur son impunité. Laminait ses ennemis."

Vous dire que j'ai aimé cette balade croustillante dans les villes les plus paumées, les hôtels miteux est superflu, vous l'aurez deviné de vous-mêmes. L'auteur nous rend sympathique un ex-terroriste (enfin, quand vous connaîtrez ses méthodes, vous verrez qu'il n'a rien à voir avec certains autres aux actions violentes) et se moque gentiment de la flicaille en tout genre, de la guerre des services, de l'ambition affichée de quelques uns d'être calife à la place du calife. Laissez-vous promener -dans tous les sens du terme, parce que certains rebondissements ne sont pas forcément prévisibles-, laissez-vous aller sur les routes par JB Pouy, laissez-vous guider dans les arcanes des services policiers qui se tirent la bourre, laissez-vous prendre au charme faussement indolent et nonchalant du pré-retraité Maxime et cerise sur le gâteau, ne résistez plus au plaisir de lire -ou relire- les poésies de Raymond Queneau (moi, qui suis assez imperméable à ce genre littéraire, j'avoue que je vais aller voir de plus près, mais bon, je suis fan de Queneau, alors ce n'est point une contrainte).

Merci Davina de chez Gilles Paris.

D'autres lecteurs : Choco (qui cite le même passage que moi), Claude Le Nocher.

 

challenge-rentrée-littéraire-2011

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L'arcane sans nom

Publié le par Yv

L'arcane sans nom, Pierre Bordage, Ed. La Branche, 2011

Sahil est déserteur de l’armée afghane et réfugié, sans papiers, en France. Il vit dans un squat parmi une troupe de satanistes et n’est pas insensible aux charmes de l’une d’entre elle, Ten. Néanmoins, il n’est pas à son aise dans ce monde aux antipodes de sa vie d’avant. Sans papiers, sans le sou, il ne sait quoi faire. Un jour, Méphisto, un jeune sataniste le met en relation avec un homme qui, pour 15 000€ et des papiers, lui propose un marché : tuer une femme. Sahil accepte, mais au dernier moment réalise qu’il est tombé dans un piège et qu’il risque de le payer de sa vie. Refusant de tuer la femme, il doit donc s’enfuir, poursuivi par une bande de tueurs sans scrupules.  

Deuxième roman de la collection Vendredi 13, après Close-up dont je  vous ai déjà parlé. Même jaquette, même mise en page et police d’écriture très agréables. Des livres qu’on a plaisir à avoir dans les mains. L’idée du directeur de collection, Patrick Raynal : un jour particulier, le vendredi 13, 13 romanciers s’en emparent et rendent leur copie. Close-up m’a emballé, L’arcane sans nom, tout pareil, dans un genre très différent.

Là, ce n’est point l’écriture de Pierre Bordage qui m’a séduit –encore qu’elle n’ait rien à envier à bien d’autres-, elle est simple, directe, efficace, au service de l’histoire, de ses rebondissements et des personnages. La majeure partie du roman se passe à Paris, mais on revient de temps en temps, dans la tête de Sahil, en Afghanistan, dans les combats terribles entre les talibans et l’armée dite régulière, dans les actes abominables proférés par les deux parties qui bouleversent et hantent encore le jeune homme.

Le voilà bien mal embarqué Sahil : empêtré dans une histoire qui le dépasse, lui qui veut juste aller dans le nord du pays pour émigrer en Angleterre, pays nettement plus accueillant que le nôtre, en ce moment pour les réfugiés, ce qui n’est pas à notre honneur (parenthèse personnelle) ! Mal embarqué, certes, mais bien entouré, entre Ten, la jolie sataniste dont il est amoureux, mais qu’il n’ose pas toucher tellement elle est loin de la représentation de la femme qu’on lui a inculquée : "Il se demanda pourquoi il éprouvait ce violent sentiment de jalousie vis-à-vis d’une fille totalement dépourvue des vertus exigées d’une femme, pudeur, fidélité, honnêteté, loyauté…" (p.114) et Djidjo, la jeune fille rom, son ange gardien, la porte d’O Del :

"-Toi, tu me protèges ? […]

- Jofranka [la guérisseuse] dit que je suis la porte d’O Del.

- O Del ?

- Le bien. Elle dit que, si je reste près de toi, j’empêcherai O Beng, le mal, de t’emporter." (p.86)

C’est donc à un audacieux et réjouissant mélange des genres, des cultures, un melting-pot comme on disait dans le temps que nous invite l'auteur. Le choc des cultures pour Sahil, l’opposition entre son éducation et la vie occidentale. Ce roman ne laisse aucun temps mort, ni à Sahil ni aux lecteurs : c'est rapide, efficace, sans chichi.

Néanmoins, Pierre Bordage ne dédaigne pas faire des remarques sur la guerre en Afghanistan, sur notre manière de recevoir les réfugiés : ce ne sont pas des parenthèses personnelles de l'auteur intervenant en tant que tel dans son roman, il met plutôt ses réflexions dans les voix de ses héros. Il est vrai que le monde qu'il décrit, celui des laissés pour compte, des marginaux n'est pas vraiment engageant, ni leur présent ni leur avenir et que la France n’a pas à s’enorgueillir actuellement ni de ses conditions d’accueil ni de ses conditions de reconduite aux frontières.

Action, rebondissements, personnages attachants et bien décrits avec leurs bons côtés mais aussi leurs travers, lieux glauques et situations qui ne le sont pas beaucoup moins, plus le talent et l'efficacité de Pierre Bordage (dont j'avais beaucoup aimé le Porteurs d'âmes) font que je viens de finir un excellent polar et que décidément, cette collection Vendredi 13 m'a l'air bien prometteuse.

Merci Gilles Paris (Davina)

 

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Désolations

Publié le par Yv

 

Désolations, David Vann, Gallmeister, 2011

Gary et Irene vivent ensemble depuis 30 ans, mais leur couple n'est pas au beau fixe. Gary décide de construire une cabane sur Caribou Island, un îlot isolé pour y vivre, mais Irene n'envisage ni la vie là-bas, ni la vie sans Gary. De leur côté, leurs enfants, Mark et Rhoda peinent à entrer réellement dans la vie. Si Mark pêche et se défonce au cannabis avec sa copine Karen, Rhoda, assistante vétérinaire se pose des questions sur le couple qu'elle forme avec Jim, le dentiste du coin. Toutes ces interrogations sont exacerbées par le climat et le rythme inhérents à l'Alaska.

Vais-je oser ? Me mettrais-je à dos la quantité de lecteurs de David Vann depuis son formidable succès de Sukkwan Island ? Bon, je me lance : je n'ai pas aimé ! C'est lent, c'est long, c'est prévisible ! Ouf ! Voilà, c'est dit. Maintenant je pars en courant (je suis un grand sportif) de peur de recevoir des cailloux. .................................................................................................................................

Voilà, c'est bon ? Je peux revenir ? Vous avez bien vidé vos mains et jeté les projectiles qu'il vous restait ? Sûr ? pas un qui traîne encore ici ou là ?

J'argumente : j'ai eu beaucoup de mal à entrer dans ce livre et pourtant j'avais un a priori très positif eu égard au roman précédent de l'auteur, qui malgré des longueurs, là aussi m'avait emballé. Las, je retrouve ici, en encore plus fort ce que je n'avais pas aimé dans l'autre. L'intrigue de départ est peu ou prou la même et le déroulement pareil. Le paysage est ressemblant : j'aime bien lorsque les auteurs se renouvellent, mais là ce n'est pas le cas.

J'ai été vraiment agacé par les les questionnements des personnages : toujours les mêmes tout au long des 300 pages ; ils n'évoluent quasiment pas, sauf dans les toutes dernières pages ; c'est redondant et longuet.

"Si Irene avait pu comprendre tout cela à temps, elle aurait peut-être quitté Gary à l'époque où cela était encore possible. Mais il lui avait fallu plusieurs décennies pour découvrir la vérité, pas seulement à cause de son travail et des enfants, mais parce que Gary était un excellent menteur, toujours enthousiaste à l'idée d'une nouvelle entreprise." (p.98)

Il a fallu des décennies à Irene pour comprendre, moi, en 100 pages j'avais compris qu'on tournait en rond. Pareil pour Rhoda et Jim qui se tournent l'un autour de l'autre : nous marions-nous ? Pourrais-je être infidèle ?

J'aime bien la lenteur et les paysages dans mes lectures, mais il faut que le style de l'auteur m'accroche, que j'aie du plaisir à lire ses phrases, l'enchaînement de ses mots. J'ai toujours du mal à parler style littéraire avec des ouvrages traduits, ce qui est de l'auteur, ce qui est de la traductrice (Laura Derajinski) et d'autant plus pour David Vann que son écriture n'a rien d'extraordinaire. Pas désagréable, certes non, mais point exceptionnelle non plus, avec même ça et là des phrases bizarres comme celle ci que j'ai repérée, celle du milieu  : "Elle était la plus belle femme qu'il fréquenterait jamais. Elle était certain (sic). Il n'y aurait jamais rien de mieux et il avait pourtant encore la moitié de son existence devant lui." (p.167)

Je suis un peu dur, sûrement, mais ma déception est la mesure de ce que j'attendais de ce livre. Je l'ai fini en diagonale, vite fait pour tenter de ne rien rater, mais pour ce qui est du raté, je pense que c'est David Vann qui a commencé !

D'autres lecteurs, très nombreux, je vous renvoie donc sur Babelio qui centralise.

Lu grâce au Matchs de la rentrée organisé par Price Minister (merci Rémi)

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Close-up

Publié le par Yv

Close-up, Michel Quint, Ed. La Branche, 2011 (Collection Vendredi 13)

Miranda effectue des tours de cartes au Quolibet, un cabaret assez miteux de Lille, un numéro de close-up. Un soir, entre dans ce cabaret un groupe emmené par Bruno Carteret, magnat du BTP, la cinquantaine triomphante. Miranda reconnaît en lui celui qui dix ans plus tôt, a donné à sa vie son ton misérable. Elle décide de se venger et lui prédit sa mort avant le vendredi 13. Ce qu'elle ne prévoit pas, c'est qu'on va attenter à la vie de Bruno peu après cette soirée et qu'il viendra se réfugier chez elle. Ainsi, elle se retrouve à protéger l'homme dont elle souhaite la ruine.

Les éditions La branche lancent la collection Vendredi 13, et excusez du peu, mais ont déjà publié Michel Quint donc, J-B Pouy et Pierre Bordage ! Et sont prévus Olivier Maulin, Jean-Marie Laclavetine Patrick Chamoiseau et Alain Mabanckou, entre autres. Très alléchant !

Pour Close-up, ce qui m'a emballé tout de suite, c'est le style, la langue de Michel Quint. Je me suis régalé de ses phrases qui alternent le plus beau français, avec des expressions latines (c'est le dada, le TOC même, de Bruno) et les mots de patois lillois ou d'argot. Et ses phrases, très ponctuées, triturées, déstructurées. Quel plaisir de lecture avant tout ! Un exemple ? Allez, je suis bon :

"Ce soir, pas long après la Toussaint, quand les larmes écloses au bord des tombes n'ont pas encore séché aux joues mais que le parfum des fêtes allume déjà l’œil, marché de Noël, grande roue sur la place de la Déesse et tout le tralala, elle glisse de son tabouret, et tend le bras, paume ouverte, pour accueillir cinq hommes et une jeune femme blonde qui entrent en secouant la brume de leurs épaules." (p.9/10)

J'en ai plein d'autres que j'ai notés et notamment les descriptions des personnages qui sont absolument formidables. Lorsque Bruno fait les présentations de sa belle-famille à Miranda, lors de la soirée où elle lance sa prédiction, on a presque l'impression d'être à l'hippodrome ou à une parade hippique, avec belles dames et beaux messieurs :

"Elle s'arrête au passage dire deux mots à un vieux monsieur, tout blanc de poil, une tête de percheron sournois, les dents aussi et la carrure, les paluches comme des pâturons. [...] Miranda passe ainsi en revue, Henri Vailland, frère aîné d'Eléonore, autre cheval, plus grand que son père, les attaches plus fines, mais la gueule, la gueule, il est carnassier ce bourrin-là, et pas à son aise, mou de partout, sauf du râtelier... [...] Jeanne aussi, la cadette, moins jument, quand même de la race, costaud, en robe longue, vraisemblablement d'un jeune créateur audacieux du froufrou et belge, belge comme son mari, Charles Dierickx, "dans les affaires", exactement du négoce par ci par là, un peu de tout, un maigrelet qui respire peu pour bomber le torse, une tête de jockey de trot, avec écrit margoulin partout sur lui, même dans l'accent à la Brel qu'il n'a pas." (p.43/44/45)

Vous l'avez compris je me suis régalé de l'écriture de Michel Quint. Maintenant, qu'en est-il de l'histoire ? Eh, bien assez nébuleuse et rebondissante pour qu'on s'y intéresse aussi. L'auteur maîtrise bien ses effets et nous les distille à petites doses, pour nous garder vigilants. Je pourrais dire que la relation entre Miranda et Bruno est assez prévisible -mais pas désagréable-, mais c'est vraiment le seul reproche que je pourrais faire à Michel Quint.

Le seul ? Pas sûr, lisez plutôt cela :

"Elle sait que sa voix a grimpé dans les aigus, qu'elle fait ado hystérique à un concert de Frédéric François..." (p.114)

Qui pourra croire que Frédéric François s'attire encore des cris d'adolescentes ? Et même des adolescentes dans ses concerts  ? Et même simplement des concerts ? (Désolé, mes sœurs ! Ne lisez pas ceci, vous qui vous pâmâtes devant ce ... chanteur, pour mon grand malheur -et celui de mes frères-, nous qui fûmes obligés de l'entendre, parfois brailler depuis votre chambre, en duo ou trio avec vous-mêmes !)

Las, M. Quint, je suis désolé de vous dire que vous n'êtes point crédible, vous eûtes été plus inspiré en écrivant : " Elle sait que sa voix a grimpé dans les aigus, qu'elle fait ado hystérique à un concert de Justin Bieber..."

Mais que cela ne vous empêche pas -oh que nenni- de vous précipiter sur ce livre pour déguster, que dis-je pour vous empiffrer, de la belle langue onctueuse, pulpeuse, généreuse et plein d'autres adjectifs en "euse" de Michel Quint !

Merci Davina de chez Gilles Paris.

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Intermittence

Publié le par Yv

Intermittence, Andrea Camilleri, Métailié, 06 octobre 2011

"La Manuelli, l’une des plus grandes entreprises d’Italie, est à un tournant : ses dirigeants préparent la fermeture de certains établissements en même temps que l’absorption d’une autre société, l’Artenia. A cette occasion, les cruels jeux du pouvoir et de l’argent vont voir s’affronter le vieux Manuelli, père fondateur, tout imprégné de son importance historique, son fils Beppo qu’il méprise, De Blasi, directeur, vrai patron de la société et requin impitoyable, sa secrétaire Anna, amoureuse d’un gigolo, la très troublante et ambitieuse Licia, fille du fondateur de l’entreprise absorbée, un sous-secrétaire d’Etat avide et bigot, des ouvriers en grève et des hommes de main sans scrupules." (4ème de couverture)

Brrr, qu'elle est glaçante cette plongée dans le monde économique ! Magouilles, prises illégales d'intérêts, manipulation et donc manipulateurs-manipulés et vice-versa.

Andrea Camilleri -plus connu pour ses polars avec le désormais célèbre commissaire Montalbano- s'essaie au thriller économique qui n'a rien à envier au bon vieux thriller classique avec ses tueurs en série, ses flics désabusés et ses coulées d'hémoglobine. De rebondissements en retournements de situation, il nous trimbale gentiment dans le monde des requins de la grande entreprise.

Les personnages ont quasiment tous un double visage : le patron, beau gosse, habile, à qui tout réussit, d'un cynisme exacerbé et insupportable, le vieux capitaine d'industrie, peut-être pas si amoindri que cela ; même les femmes ne sont pas épargnées : la femme docile, belle et un peu nunuche -en apparence- et la jeune femme ambitieuse et prête absolument à tout pour en tirer profit. Alors, loin de moi et loin de l'auteur -enfin, là je m'avance, parce que je ne le connais point du tout, et donc j'imagine, je devine que...- l'idée de dire "tous pourris" ou "tous les mêmes" ; il y a bien sûr des gens honnêtes, mais pas sûr qu'il faille les chercher dans les plus hautes sphères de la société civile ou politique. Alors, clichés ? Stéréotypes ? Caricatures ? Peut-être ! Sûrement même ! Mais de la même façon qu'il y a quelques années, un coureur du Tour de France disait qu'on ne pouvait pas gagner une course aussi difficile sans tricher, je me demande si l'on peut parvenir aux sommets totalement propre. Sûrement certains y réussissent-ils ! (Ne voyez dans ma comparaison avec la bicyclette aucune tentation de faire allusion à qui que ce soit. Ce n'est pas mon genre.)

Très largement dialogué, ce roman se lit sans mal et c'est dans ces passages que l'on reçoit en pleine face le cynisme et l'absence totale de scrupules des protagonistes envers ceux qu'ils licencient ou qu'ils spolient en en claquement de doigts.

"- J'ai trouvé un accord avec Pennachi [le sous-secrétaire d'Etat]

- Je n'en doutais pas, dit Marsili.

- On va fermer l'établissement de Nola.

- Et nous laisserons tourner ceux de Gallarte et Saronno, complète Marsili.

- Naturellement.

- Et pour les réductions d'effectifs ?

- Cinq cents unités, saupoudrées ici et là.

- On n'avait pas dit huit cents ?

- Oui, mais Pennachi veut limiter les dégâts. En échange, il va nous aider dans l'opération Artenia. Il m'a formellement garanti que le gouvernement ne ferait pas d'histoire.

- Comment comptes-tu procéder ?

- Toi, tu convoques qui tu dois convoquer et tu officialises la chose. Et prépare-toi à l'attaque des syndicats et aux aboiements des journalistes qui vont monter en épingle les assemblées, les banderoles de protestation, les manifs, les quatre connards qui vont monter sur une grue." (p.40)

Andrea Camilleri distille des infos deci-delà qui questionnent le lecteur et qui trouvent leur explication dans le final, méthode usitée et efficace dans le polar ; l'écriture est simple, classique : mais on ne lit pas Camilleri pour l'exercice stylistique. Ce roman manque néanmoins d'un peu de souffle qui le propulserait sur les hauteurs des 40 PAL (Piles A Lire) les plus courues (là, j'ai tenté une petite blague avec PAL 40 et CAC 40, mais je crains qu'elle ne fasse flop, que ce ne soit un krach abyssal).

Cependant, ce qui est intéressant, c'est l'angle par lequel l'auteur aborde son thème : ses personnages principaux sont des dirigeants sans vergogne, corrompus, véreux. C'est donc un anti-roman social : les ouvriers trinquent, mais on ne les voit pas ; un parti-pris original qui fait de son roman un premier du genre "thriller économique" comme le qualifie l'éditeur.

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Le cercle de Faidherbe

Publié le par Yv

Le cercle de Faidherbe, Emmanuel Sys, Ed. Ravet-Anceau, septembre 2011

Patrick Rihois est retrouvé mort chez lui, assassiné. Il était directeur d'une agence bancaire à Lille. Mais 20 ans auparavant, il était étudiant en Prépa au lycée Faidherbe. La piste que suivent les policiers Monin et Preux les mène vers un groupe d'amis, qui dans les années 90, en Prépa avait créé un groupe très soudé. Qui parmi eux a eu intérêt ou l'occasion ou le besoin de supprimer Patrick Rihois de trois coups de club de golf ?

Petit polar par le format du livre, édité par un éditeur du nord, Ravet-Anceau. Format poche donc, parfait pour lire en voyage et à peine 180 pages : idéal pour un trajet en train ! Bon, par contre, pour les ceusses, qui comme moi vieillissent, prévoir de chausser une paire de lunettes, les caractères sont petits.

C'est la cinquième enquête du tandem Preux et Monin, Sylvie de son prénom. Pour Preux, je n'ai pas su le sien, mais c'est un garçon !

L'enquête commence doucement et n'aura jamais un rythme échevelé : ça repose ! Néanmoins, un énorme bon point pour ce bouquin : je n'ai trouvé le coupable qu'à 15 pages de la fin, en même temps que l'enquêteur ! Pas mal du tout. Avant, on se demande qui peut être coupable et pourquoi, mais aussi qui ne l'est pas, tellement tous les suspects ont des motifs d'en vouloir à la victime, autant les hommes que les femmes :

"- ...L'ordre des coups est impossible à déterminer.

- Docteur, une femme aurait-elle pu les asséner ?

- Certainement. Lorsque je vois, lors de la vaisselle, ma femme s'approcher de moi, une poêle à la main, pour me faire constater que je l'ai mal essuyée, je n'ai aucun doute sur le fait que si je niais, elle pourrait me fracasser le crâne avec. Un club de golf ne pèse pas si lourd que ça et, si vous ajoutez la fureur qui décuple les forces, il n'y a pas d'hésitation à répondre par l'affirmative à votre question." (p.70/71)

Vous le voyez, l'humour n'est pas absent de ce livre, même si c'est loin d'être sa marque de fabrique. Non, l'auteur nous fait visiter Lille et sa proche banlieue, et s'attache à ses deux personnages principaux : leurs vies personnelles, pas vraiment au top, et assez différentes l'une de l'autre. Ils sont d'ailleurs bien sympathiques ces deux enquêteurs, aimant leur métier, motivés malgré les embûches, malveillances et autres croche-pieds dont ils peuvent être victimes. Pas une ambiance de franche rigolade donc dans le commissariat, ni dans la ville, mais il faut dire que le pluie fréquente n'amène pas les sourires sur les lèvres. Probablement moins dépaysant qu'un polar à Marseille ou en Italie, au soleil, mais authentique et crédible.

Bien écrit, simplement, même si un mot m'a surpris et que j'ai été obligé d'aller chercher sa signification : "Son amour-propre blessé lui commandait de la faire endêver à son tour." (p.111) Eh bien, sachez le endêver = enrager, tourmenter. Point de scène scabreuse ou difficile à supporter, ce roman-policier, classique, à l'ancienne pourrait-on même dire est lisible par un très large panel de lecteurs et lectrices.

Je disais récemment, dans mon article sur le livre de Hervé Jaouen, que les romans dits régionaux avaient à mes yeux -et aux yeux de beaucoup- une image empoussiérée et négative. C'était avant ma lecture du roman breton. Ce "polar en nord" -du titre de la collection- enfonce le clou et aux tenants de bons livres qui ne pourraient être que parisiens et de grands éditeurs, je dirais qu'ils devraient aller voir du côté des petits éditeurs régionaux qui font un travail formidable de découverte et de diffusion. Travail relayé en partie par Les Agents Littéraires par le biais de qui j'ai pu recevoir et lire Le cercle de Faidherbe.

 

challenge-rentrée-littéraire-2011

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L'héritage de Guillemette Gâtinel

Publié le par Yv

L'héritage de Guillemette Gâtinel, Joseph Bialot, Ed. Rivages/Noir, 2011

Guillemette Gâtinel, une riche ex-habitante de la commune de Rocbelle meurt. Elle laisse en héritage à cette commune une somme plus que rondelette, à la seule condition que la mort de son fils, Sylvain, survenue presque 40 années plus tôt soit réétudiée. Classée comme accident, Guillemette était sûre qu'il s'agissait d'un meurtre. Le maire de Rocbelle demande à Antonin Merlot, ancien journaliste, fils du pays et accessoirement ancien camarade de Sylvain d'enquêter. Très vite, il est persuadé du caractère criminel de la mort de son ancien ami.

L'intrigue peine un peu à s'installer, les personnages principaux ne sont plus très jeunes et dégainent moins vite que les p'tits jeunots. Cependant, elle prend place sur fond de guerre d'Algérie, de France des années 60, celle dans laquelle des bidonvilles fleurissaient encore aux abords des villes. La ville ici s'appelle Arbase :

"Arbase... Elle ressemblait à une ville, avait l'allure d'une ville, ses mouvements, ses odeurs, sa vie, mais ce n'était pas une ville. Elle n'avait pas de couleurs. Agitée, retournée, par les remous des guerres de décolonisation, minée par les manques de toutes sortes, cette caricature citadine m'a vu naître, grandir, traîner dans ses jardins de déchets et de pierrailles, évoluer avec elle.

Elle possédait une mairie, une école, des commerces, un club de foot. Il lui manquait une âme pour l'unifier." (p.29)

Antonin et son ami Alvaro, ex-flic dont il a demandé l'aide se retrouvent confrontés à des gens qui entendent bien laisser cette enquête au point mort. Des gros sous ont disparu pour on ne sait quel profit : sortir le mort du fossé dans lequel il a été retrouvé ne sent pas bon du tout.

A franchement parler, je ne peux pas dire que je me sois vraiment laisser captiver par cette histoire : ni désagréable, ni emballante, j'avoue que je me suis un petit peu ennuyé. Et pourtant le contexte me plaisait bien. C'est sans doute la construction du roman qui m'a gêné : des flash-backs, des informations données au compte goutte, distillées parcimonieusement. Un puzzle un peu difficile à reconstituer : je n'ai jamais été bon à ce jeu, déjà les puzzles dix pièces lorsque mes enfants étaient petits, ça m'agaçait !

L'écriture oscille entre classique et argot, phrases courtes plutôt, sans vraiment de chichis.

J'aimais bien le titre pourtant, ce prénom désuet m'attirait. Dommage.

Deux autres avis, l'un qui ressemble au mien : Topsy, l'autre très enthousiaste : Claude Le Nocher.

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Commissaire Garon : Les cahiers du ministre

Publié le par Yv

Commissaire Garon : Les cahiers du ministre, Saint-Luc, Ed. Beaurepaire, septembre 2011

Un ex-secrétaire d'Etat, Patrice Warth, trouve la mort dans un accident de voiture. Une lettre posthume parvient au ministre de l'Intérieur, Dominique Galarzot dans laquelle Warth explique que s'il n'est pas mort dans son lit, c'est qu'il s'agit d'un meurtre et qu'il a mis en lieu sûr des cahiers particulièrement sensibles à dévoiler si la lumière n'est pas faite sur les circonstances de son décès. Le commissaire Albéric Garon de Bouziq, patron lyonnais de la Brigade des Affaires Générales est appelé à la rescousse pour mener à bien cette enquête, en toute discrétion.

Voilà donc le tome deux des aventures du commissaire Garon, la suite de La jeune chair. Le moins que l'on puisse dire c'est que Garon prend de l'épaisseur, ainsi que l'enquête et le contexte. L'avertissement d'avant roman est plus que jamais de rigueur : "Les personnages que ce roman met en scène sont purement imaginaires. Toute ressemblance avec des personnes existantes ou ayant existé ne peut être que fortuite." Parce qu'en fait entre un ex-ministre mort accidentellement, Warth -et non pas Woerth, qui je vous le rappelle n'est pas mort. Bon peut-être politiquement, mais pas physiquement. Et encore, dans notre société, peut-être peut-il ressusciter en politique ?-, un ministre de l'Intérieur Dominique Galarzot, grand homme cultivé, à la crinière blanche -mais non pas D. Galouzeau De Villepin !- un Président Balkücy -non, non, pas Sarkozy- et une vieille dame qui donne de l'argent aux gens en place du parti l'Union des Conservateurs de Progrès (sic) et qui se nomme Mme Guyancourt -là non plus, point de Bettencourt- eh bien, tout tourne autour de personnages fictifs donc, mais qui ressemblent un peu à ceux qu'on ne connaît que trop !

Saint-Luc n'a guère besoin de beaucoup d'imagination pour ses personnages, la réalité se chargeant de les lui fournir gracieusement. Pour son intrigue itou : entre magouilles, fric qui finance les partis politiques illégalement, hommes politiques qui cherchent la faille de l'adversaire -qui peut être un ami de trente ans, du même parti- pour pouvoir si possible l'anéantir -le mot n'est pas trop fort. Chacun joue pour soi dans ce monde où l'on ne réussit pas sans argent, sans soutien.

Le commissaire Garon nage dans ce milieu aux eaux plus que troubles. Comme lors de sa précédente enquête, il ne s'embarrasse pas de principes : d'ailleurs sa hiérarchie lui a donné carte blanche. Il en profite. Et si ses méthodes peuvent parfois être discutées, il faut bien dire qu'elles sont efficaces.

Comme je le disais plus haut, il prend de l'épaisseur, une légitimité qu'il n'avait pas dans le premier opus, peut-être un peu léger, une esquisse de ce qu'il devient là. Et puis, Saint-Luc nous fait les présentations avec Mme Garon, un passage rapide, certes, mais on en apprend un peu plus sur le personnage. Certains des actes qu'il commet pourront choquer ou faire grincer des dents : on est parfois à la limite de faire pire que ceux qu'on veut coincer, mais bon, ce n'est que de la littérature policière. Pour ma part, je l'aime bien ce Garon aux méthodes contestables qui est loin d'être un flic lisse, inodore et sans saveur.

Très direct, il pousse ses réflexions sur tous les sujets, la politique, évidemment, mais aussi, lui l'adepte d'une monarchie à l'anglaise se permet de renvoyer dos à dos les tricheurs, magouilleurs et les donneurs de leçon bien-pensants qui dénoncent sans faire avancer le schmilblick.

Saint-Luc n'est pas politiquement correct et c'est tant mieux ! Du moins dans ses écrits, le reste, je ne sais pas ! Il surfe sur l'actualité -on ne peut plus, puisque une histoire du même acabit resurgit en ce moment !- pour le plus grand bonheur de ses lecteurs qui peuvent même comprendre par quels moyens certains de nos dirigeants arrivent au pouvoir. Attention, loin de moi l'idée de crier : "Tous pourris", je ne le crois pas et je vote depuis mes 18 ans sérieusement et consciencieusement pour justement participer à l'élection de ceux que je crois honnêtes.

Bon trêve de digression, passons au final : lisez le commissaire Garon, parce que c'est bien, parce que c'est bien écrit (y'a même des imparfaits du subjonctif, c'est dire si c'est bien !), parce que ça fourmille d'anecdotes et de références littéraires. Même si vous n'avez pas lu le premier, vous pouvez attaquer par celui-ci sans problème (c'est mieux même).

Noir de polars et Critiques libres font aussi des articles sur Garon II et toujours le site de l'auteur, ici.

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